Un directeur d’école de Fukushima fait un exposé à l’Ecole Normale supérieure de Paris

Le 1 Juin 2013, Mr Sensuke Shishodo, ancien directeur d’une école primaire a fait un exposé à l’école normale supérieure de Paris au sujet des enfants de la ville de DATE et de ce qu’il pense être le plus important dans l’éducation des enfants après le désastre de mars 2011 au Japon.

Ci dessous, un résumé de la conférence
Transcription intégrale de la conférence sur la page française de «Save the Chilren from radiations»


Me Sensuke Shishido

Mr Sensuke Shishido


La ville de DATE est située à environ 50 km de la centrale nucléaire endommagée Fukushima Dai Ichi mais elle a été sévèrement affectée par les radiations.

Voici un extrait de son exposé paru en anglais sur le site Save children from radiation.org » (sauvez les enfants des radiations)


«Jusqu’à fin Mars j’ai été le directeur d’une petite école publique élémentaire dans une ville à environ 50 km de la centrale nucléaire Fukushima Dai Ichi où d’énormes explosions ont eu lieu après le grand séisme et le tsunami qui ont frappé la région il y a deux ans.

Presque deux ans et demi ont passé depuis le grand séisme, le tsunami et l’accident nucléaire, mais il y a encore plus de 100.000 personnes qui ne peuvent retourner dans leur ville natale. A Iitate, un village à 30 km de la centrale nucléaire, les habitants ont du évacuer l’ensemble du village tout comme les 4 villes situées dans les 20 km de la centrale. Les différents gouvernements ont terminé la décontamination des maisons et des équipements publics dans les villes et ont dit aux gens qu’ils pouvaient revenir. Mais même avec ce discours, les familles avec de petits enfants craignent les radiations et ne peuvent pas revenir. Il y a 12 écoles primaires et secondaires dans la région côtière de Fukushima qui ne peuvent pas reprendre leur activité; plus 35 qui ne peuvent pas utiliser leurs anciens locaux.

12 jours après le séisme, il y a eu une cérémonie de remise de diplômes dans mon école à Higashidate. Au Japon, habituellement les écoles organisent ces remises de diplômes dans les gymnases parce que tous les élèves assistent à la cérémonie, plus les parents et des membres de la communauté. Comme il y avait toujours des répliques, nous ne pouvions pas utiliser le gymnase endommagé. Nous avons donc tenu la cérémonie à un endroit que nous pouvions évacuer immédiatement. Lors de la cérémonie, mon message à mes élèves a été: « Ne laissez aucune sorte de catastrophe vous abattre, mais continuez de marcher avec vos rêves et vos souhaits». Après la cérémonie, les étudiants diplômés sont allés directement là où les personnes qui ont dû fuir leurs maisons ont été évacuées. Les enfants sont allés là-bas pour essayer de remonter le moral de ces gens qui ont du abandonner tant de choses.

situation de DATEJe vis dans la ville de Fukushima , à environ 20 km de DATE et qui est la capitale de la préfecture de Fukushima. Même après deux ans le niveau de radiation dans le fossé autour de ma maison est de plus de 5µSv/h. C’est bien plus que la limite annuelle de 1mSv/an fixée par le ministre japonais de l’éducation, de la Science et de la technologie. Le ministère affirme qu’il n’y a pas de danger si vous êtes exposé à moins de 1 mSv/an; ainsi le niveau autour de ma maison est assez élevé, mais après deux ans et 3 mois rien n’a été fait à ce sujet.bat
Dans la ville de Fukushima, les établissements publics qui avaient de hauts niveaux de contamination ont été décontaminés, mais à part cela, rien n’a été réellement fait autour de ma maison. La ville de Fukushima a juste distribué une carte qui montre les niveaux de contamination le mois d’Avril dernier.

En Août 2011, le niveau de dose dans l’air autour de notre école était d’environ entre 0,8 à 0,9 micro Sieverts. A cause de cela, les enfants n’ont pas pu jouer dehors pendant le premier trimestre entre Avril et Juillet 2011. A Date, il y a en tout 21 écoles élémentaires et en Août 2011, dans chacune de ces écoles, environ 10 cm du sol des cours de récréation ont été enlevés, dans un but de décontamination. Le sol radioactif a ensuite été recouvert d’une feuille de plastique spécial et enterré dans une fosse aussi grande qu’une piscine creusée dans le sol de l’école. Actuellement, le niveau de radiation s’est abaissé partout jusqu’à 0,1 à 0,2 µSv/h, et c’est maintenant le point le plus bas de notre district scolaire. Cependant ceci ne rassure ni ne soulage les nombreuses mères concernées et c’est la réalité à laquelle nous devons faire face.

Ainsi, depuis Août 2011, quand l’enlèvement du sol de surface a été terminé, nous avons du limiter les activités des elèves à l’extérieur à 3 heures par jour. Et nous ne pouvions pas non plus utiliser notre piscine car les fermiers voisins ne voulaient pas que l’on déverse l’eau contaminée de la piscine. De même, après l’accident nous n’avons pas pu mener des activités telles qu’élever des animaux ou cultiver des plantes. Voici une photo qui montre le travail de décontamination de la piscine à la fin d’Août 2011. Nous avons du enlever plusieurs millimètres de la surface en béton qui entoure la piscine. Le béton réduit en poudre a été mis dans des sacs, qui dégageaient un niveau de radiation vraiment élevé. Encore maintenant, ces sacs sont en tas, recouverts par une feuille spéciale et laissés dans un coin de la cour de l’école.

Depuis l’été 2011, les parents se sont inquiétés non seulement au sujet de l’exposition externe, mais aussi au sujet de l’exposition interne. Cela signifie qu’ils se sont plus souciés des ingrédients utilisés pour les repas à l’école. Les parents qui ne voulaient pas que leurs enfants consomment les repas de l’école ont préparé des boites de repas pour leurs enfants. Le 27 Mars de l’an dernier on a testé l’exposition interne de chaque élève de notre école avec un compteur « corps entier ». Les résultats ont montré que les élèves étaient à un niveau pour lequel il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Mais les médias ont continué de nourrir des informations selon lesquelles le césium- fabriqué de main d’homme peut facilement s’accumuler dans le corps humain et dans les os. A cause de ceci il y a encore beaucoup d’étudiantes du secondaire qui s’inquiètent de ne pouvoir se marier ou avoir d’enfants à l’avenir, mais ne peuvent en parler à leurs parents qui ont décidé de rester vivre à Fukushima ou Date.
Voici une image d’un groupe d’enfants allant à l’école un jour de forte chaleur en Août 2011. Comme il faisait très chaud, ils ne portaient plus de chemises à manches longues, mais ils portaient toujours des masques, paraissant ainsi las et sans entrain. Vous voyez le dénommé « badge de verre » qui est un dosimètre individuel, suspendu à leur cou. Un matin, alors que j’étais à la porte de l’école pour accueillir les enfants à l’école, j’ai aperçu un garçon qui ne portait pas sont « badge de verre »; je lui demandai « où es ton badge de verre ce matin ? ». Le garçon réalisa subitement qu’il l’avait oublié à la maison (dans notre école nous ne laissons pas les élèves qui ont oublié quelque chose retourner à la maison, pour des raisons de sécurité); je lui dis donc que c’était sans conséquence de ne pas le mettre pendant une journée. Mais il me répondit «Je ne veux pas que Maman et Papa soient inquiets, je retourne le chercher à la maison» et il a couru le chercher. Je n’arrive toujours pas à oublier les yeux de ce garçon, paraissant si sérieux et sa voix si désespérée. Ces enfants, même les plus petits, essaient de faire de leur mieux pour s’adapter à l’environnement dans lequel ils vivent, même si il peut être pleine de limites.

Il y a deux ans, fin Mai, alors que nous avions emmené nos élèves dans une école de plein air au centre nature de Aizu, lequel est à 100km de notre école, nous avons eu des activités en plein champ le dernier jour. La dernière consigne, avant le but final, où j’étais posté était: « Couchez-vous dans l’herbe et laissez vous rouler au bas de cette pente douce». Le premier groupe d’enfants qui a atteint ce point est venu vers moi avec un air perplexe et a dit: «On peut vraiment se coucher dans l’herbe ? on peut vraiment se rouler par terre ?» Quand je leur répondis, «nous sommes vraiment loin de la centrale nucléaire , donc on peut. Ne vous inquiétez pas, vous pouvez vous rouler par terre autant que vous voulez», les enfants ont dit: «vraiment ? c’est super !!!» et ils ont commencé à se laisser rouler en bas de la pente, encore et encore. Ils criaient tous de joie en se laissant rouler au bas de la pente. Là j’ai réalisé pour la première fois combien ces enfants sont contraints chaque jour. Chacun de ces enfants qui vivent et vont à l’école dans les zones où les radiations sont encore hautes est en détresse et leurs petits coeurs ont été brisés. Et même dans cette situation désastreuse, ils font de leur mieux pour vivre au quotidien, en pensant à leurs familles plutôt que de se plaindre des limites qui leur sont imposées.

Mais beaucoup de parents de petits enfants se demandent encore si le débit de dose de l’air fixé par le ministère japonais de l’Education, de la science et de la technologie ou par la préfecture de Fukushima est réellent sûr. Quand j’ai commencé de travailler à l’école élémentaire de Tomino, qui est la dernière école dans laquelle j’ai travaillé avant mon départ à la retraite, la première chose que j’ai faite a été de permettre aux enfants d’avoir leurs propres rêves et souhaits, ausi grands que possibles.

« Koinobori » est la bannière colorée ornée d’une carpe que nous hissons pour célébrer le jour des enfants le 5 Mai.
Dans la video que je vais vous montrer vous verrez une « Koinobory » couverte de messages d’encouragements écrits par des enfants de minorités ethniques vivant au Vientam et au Laos. La vidéo elle-même concerne une autre Koinobori couverte de messages et des mots de remerciements et vœux de rétablissement écrits par les enfants de l’école Tomino, qui a été envoyée au Vietnam et au Laos en échange de leurs mots d’encouragement.
L’an dernier, au début de Février, j’ai pris le Koinobori, assisté à une conférence internationale entre les dirigeants d’ ONG basées en Asie du Sud-Est, et fait un exposé sur les enfants de Fukushima et Date. Le Premier ministre Abe du Japon et son épouse ont également écrit un message sur le Koinobori. Le Koinobori voyagé au Vietnam et au Laos et est retourné au Japon au début Mai.

Participaient à la conférence, 7 pays: Vietnam, Laos, Thailande, Cambodge et les USA. Le représentant d’une ONG laotienne a également visité l’école pour encourager les enfants et a laissé un message très important, qui disait: « La chose importante est d’être utile aux autres, plus que d’étudier. » Dès lors, les enfants et les enseignants ont commencé à travailler ensemble et à réfléchir à comment même les enfants peuvent travailler pour d’autres personnes. Cette image montre certains élèves visitant une maison de retraite pour les personnes âgées pour chanter et jouer une pièce de théâtre. Une jeune fille a dit: « une vieille dame dont je serrai la main m’a demandé à plusieurs reprises de revenir et elle ne voulait pas lâcher ma main. J’étais tellement heureuse. »
Les enfants des écoles où j’ai travaillé se portent bien même si les les zones où ils vivent sont encore affectées par les radiations. Ils sont pleins de « souhaits et de rêves » et ils disent, «je veux devenir quelqu’un qui sera utile aux autres».
S’il vous plait jetez un oeil à cette autre image des élèves de mon école.
A côté de cette image, qui a été imprimée dans un journal le 22 Juillet l’année dernière, il y a aussi un message de nos enfants: «Avec toute la gentillesse et encouragements qui viennent de tout le Japon et du monde, nous récupérons notre force. Dans l’espoir qu’un jour, nous serons en mesure de montrer notre sentiment de gratitude, nous continuerons de faire de notre mieux dans les sports et les matières universitaires, afin de devenir des adultes qui vont travailler pour le Japon et le monde». Nous avons un projet appelé One-coin (Une pièce de monnaie) School Project, que j’ai mentionné plus tôt. Il s’agit d’un projet pour aider à construire des écoles pour les enfants des minorités vivant dans les régions montagneuses de l’Asie du Sud-Est. Le sommet des conseils des élèves juniors du secondaire de Iwaki City, Fukushima et les élèves des écoles élémentaires de Fukuroi-ville de la préfecture de Shizuoka ont commencé à travailler sur le projet. C’est bon exemple de ce que nous pouvons faire en retour pour la gentillesse et encouragements que les enfants de Fukushima ont reçu et je pense que c’est un merveilleux projet. »

Notes de lecture fournies par Mr Shishido


Article paru en anglais sur le site de « Save the children from radiation »
Traduction: G. Magnier
Merci à « save the Children ». Ne manquez pas de visiter leur blog: il est en anglais et il y a une page en Français.
http://www.save-children-from-radiation.org


8 Juin:
A voir sur fukushima.over-blog:

  • des photos des entassements de terre contaminée dans une cour d’école et sur un terrain de sport
  • une école avec un seul élève
  • et d’autres photos de Fukushima

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