Avr 10

Fukushima: Beaucoup d’évacués hésitent à rentrer chez eux

L’ordre d’évacuation a été levé le 1er Avril à Miyakoji (TAMURA).
Une semaine après, bien peu de maisons sont éclairées la nuit.

Il y avait là 357 habitants en 117 foyers. 28 familles ont déclaré avoir décidé de rentrer.

Beaucoup sont encore inquiets au sujet de la stabilité de la centrale ruinée, du risque des rayonnements, et aussi des inconvénients à vivre dans une région où manquent de nombreux services de base.
La plupart de ceux qui rentrent sont âgés

Yukio Wanatabe au cours de sa première visite à sa maison, à quelque 18 km de la centrale:
« C’est vrai, je me sens en paix ici, mais je n’ai pas envie de rester car je me sens isolée et je suis anxieuse»
Les niveaux de rayonnement dans Miyakoji variaient de 0,11 à 0,48 microsieverts/heure (1 à 4 milliSieverts/an) en Février dernier.
Une partie de la colline derrière chez eux est à plus de 1mSv/an.

Indécis, Wanatabe et Toshiyuki, son mari de 79 ans sont rentrés le soir dans leur logement temporaire à Koriyama, environ 40 km de là. Toshiyuki garde des séquelles d’une attaque datant de 9 ans. Ils craignent que les services de secours ne soient incertains à Miyakoji; ils ne savent pas combien de voisins vont rentrer.
Le super-marché le plus proche est à Okuma, 15 minutes de voiture, mais il reste fermé à cause de problèmes de radiations.

Avant le désastre, ils vivaient dans leur maison à deux étages avec leur fille Masumi, son mari, une petite-fille et une arrière petite fille.
Après l’accident ils ont été séparés et installés dans des appartements distincts à Koriyama, environ 40 km.

Les jeunes n’envisagent pas de rentrer:

Leur petite-fille Konomi dit que leur fille de 5 ans s’est faite de nouveaux amis à Koriyama; elle ne pense pas retourner de sitôt à Miyakoji.

Leur fille Masumi n’envisage pas non plus de rentrer: «il y a peu d’emplois disponibles à Miyakoji». Elle et son mari se sentent poussés à trouver un emploi car ils doivent quitter leur appartement subventioné le 31 Mars 2015.

Les évacués reçoivent une indemnité de 100.000 Yens par mois (710€); qui ne sera plus versée un an après la levée de l’évacuation.
Pour inciter les évacués à rentrer chez eux le gouvernement a ordonné à Tepco de donner à chacun de ceux qui rentre une somme unique de 900.000 Y (6.400€).
Mais pour Masumi, l’argent n’est pas tout. Il ne donne pas la sécurité pour l’avenir; et il serait bien plus facile de trouver du travail à Koriyama.

Le gouvernement pense lever l’ordre d’évacuation prochainement à
Kawauchi : 275 personnes en 134 foyers
Naraha: 7.500 personnes en 2.729 foyers
Dès la fin des travaux de décontamination.

Lors d’une réunion avec des responsables gouvernementaux, certains habitants ont exprimé leur inquiétude au sujet des niveaux de rayonnement; ils ont jugé la décision du gouvernement « trop hâtive ».
Certains ont l’impression d’être utilisés comme des des cobayes pour voir si il est possible de retourner vivre dans leurs foyers.


Résumé de deux articles en anglais:
de l’ Asahi shimbun
du UK.news


Je n’ai pas trouvé d’images de Miyakoji mais CBS présente un reportage photo à Tamioka où les niveaux de radiations permettent de visiter la ville pendant la journée; mais les gens doivent quitter les lieux à 15heures.
CBS titre: Dans le sillage de Fukushima: Un terrain vague radioactif.
Voir les photos de CBS

Le 10 avril 2014


Mar 06

Fukushima: 3° anniversaire difficile

A l’approche du 3ème anniversaire, c’est l’heure des bilans.

Voici quelques précisions tirées du site de l’ACRO

• 15 884 décès et 2 636 disparus : tel est le dernier bilan de la triple catastrophe. Cela fait un total de 18 520 victimes.
Il y a encore 267 000 réfugiés, dont 100 000 vivent dans des logements préfabriqués.

• La pénurie de main d’œuvre ralentit toujours les travaux de reconstruction dans les régions frappées par la triple catastrophe. Le manque de matériaux de construction est un autre obstacle. Le gouvernement a aussi créé plus de 20 000 postes pour aider les réfugiés rien qu’à Miyagi.
Cela rejaillit sur d’autres secteurs d’activité : une usine de transformation du poisson qui a repris ses activités à Kesennuma (Miyagi) n’a plus qu’une cinquantaine d’employés alors qu’ils étaient une centaine avant 2011. La construction paye près de 10 000 yens par jour (71 €), un gardien d’un village de préfabriqués pour réfugiés, 8 000. Les 6 000 yens par jour (42 €)proposés par l’usine de transformation du poisson ne sont pas attractifs.

• Le travail des pêcheurs reste précaire:Les pêcheurs de Fukushima ne pêchent que 32 espèces, les font contrôler avant de les mettre sur le marché. Ils ont adopté une limite de 50 Bq/kg, ce qui est la moitié de la limite gouvernementale. Mais ils ont récemment pêché une rascasse à 110 Bq/kg au large d’Iwaki. Les 13,2 kg de rascasse ne seront pas commercialisés et les 2,5 kg pêchés la veille seront repris, même s’ils ne dépassaient pas la limite. La pêche à la rascasse est suspendue.

• 60% des maires des communes affectées par le séisme et le tsunami pensent que les travaux pour les JO de 2020 seront prioritaires et que cela va retarder encore plus la reconstruction. L’Asahi a interrogé 42 maires de villes côtières ou de la zone évacuée de Fukushima. L’agence de presse Kyodo aussi : il sont plus de la moitié à se plaindre des délais. Les maires de Namié et Futaba, communes évacuées à cause de la radioactivité, n’ont vu aucun progrès.

• Des chantiers pour les JO ont déjà commencé : il y en a pour 500 milliards de yens (3,6 milliards d’euros). Il faut ajouter 6 000 milliards de yens (43 milliards d’euros) dans des routes et autoroutes. Les JO devraient coûter jusqu’à 20 000 milliards de yens (143 milliards d’euros)

• Les prix de la construction augmentent et les pouvoirs publics du Tôhoku ne peuvent plus suivre : Aïzu-Wakamatsu a eu du mal à trouver un constructeur pour loger 2 000 réfugiés d’Ôkuma. Il a dû lancer plusieurs appels d’offre en augmentant les prix de 6% pour pouvoir y arriver. Le prix du béton a augmenté de 45% environ.

carte Iitate - Fukaya
Le projet d’un village:
• Un groupe d’habitants d’Iitaté a présenté un projet de réhabilitation au maire du village : ils veulent reconstruire leur vie dans le district de Fukaya. La demande inclut des logements pour les personnes âgées et prévoit, entre autres, la culture de fleurs, l’installation d’une immense centrale solaire… pour relancer l’économie locale de ce village classé parmi les 100 plus beaux du pays.

• Les procureurs ont décidé de ne poursuivre personne suite au triple accident nucléaire à Fukushima daï-ichi. Etaient visés, l’ancien premier ministre Naoto Kan au moment de la catastrophe, des membres de la précédente autorité de sûreté ou l’ancien PDG de TEPCo. Il y a eu une manifestation à Tôkyô pour protester contre cette décision.
La rapport d’enquête parlementaire avait conclu à une catastrophe d’origine humaine, mais sans coupable…(on peut consulter ce rapport en français à la page « téléchargements » ci-dessus)
Les plaignants ont décidé de faire appel. D’autres plaintes ont été déposées contre TEPCo à propos des indemnisations ou au civil.


Renseignements tirés du site de l’ACRO

Des précisions sur la contamination des pêcheurs japonais par l’essai de Bikini sur Fukushima-blog

Le 06 Mars 2014


Mar 04

Fukushima 3 ans: difficiles retours à la maison

Décision difficile entre:

  • les retards et imperfections de la décontamination (limitée aux abords des maisons)
  • la crainte des rayonnements pour sa famille (on reçoit jusqu’à 20 mSv/an)
  • des maisons en triste état après 3 ans d’absence
  • les champs et bois contaminés (la région est agricole: riz, fruits, légumes, forêts)
  • des services publics précaires (transports, hôpitaux, écoles…)
  • des commerces absents
  • retrouver un employeur, relancer son entreprise dans une région sinistrée,reprendre la culture de sa terre
  • l’arrêt des indemnisations 1 an après la levée de l’ordre d’évacuation.

Voici un petit résumé de deux articles de journaux japonais du 2 mars 2014:
l’ Asahi shimbun
le Mainichi
Suivi d’une video de Chiho Kaneko qui revient de Kawauchi

la carte de l'Asahi
Le gouvernement a différé de 1 an la levée de l’ordre d’évacuation dans 2 communes situées dans les zones « préparées pour la levée de l’ordre d’évacuation ».

Les zones ainsi désignées ont un niveau de radiation de 20 mSv/an ou moins.


Les travaux de décontamination sont en retard. Ce nouveau délai risque de dissuader encore plus d’évacués de rentrer à la maison et nuit au rétablisement des services.
Cela coûtera à TEPCO: le paiement des indemnisations se poursuit 1 an après la levée de l’ordre d’évacuation.
Katsuaro avait 1.359 habitants en 417 foyers.
A Iitate vivaient 5.210 personnes en 1.582 foyers.

Dans d’autres municipalités où le travail de décontamination est en retard les dates de retour pourraient également être repoussées.

Un officiel de Tamioka: «Les dates cibles de levée de l’ordre d’évacuation sont basées sur des bases fragiles et sans solidité»

La gestion des indemnisations est difficile:

Les résidents de Okuma et Futaba (zone d’exclusion)reçoivent des indemnités identiques
Par contre la commune de Tamioka est divisée en 3 zones, ce qui fait que les habitants se plaignent des différences entre les indemnisations.

Choichi Wanatabe, 67 ans, dans une réunion à Tamioka:
La plupart des habitants ont abandonné l’idée d’un retour. Je ne peux pas comprendre pourquoi il y a différents niveaux d’indemnisation.
Sa maison n’est plus habitable car le toit fuit et l’humidité a abimé les combles et les sols (les tatamis).

A Tamioka la date la plus proche envisagée pour le retour est Avril 2017.
Seulement 12% des habitants veulent rentrer chez eux.
Les indemnités cesseront 1 an après la levée de l’ordre d’évacuation. Ceux qui ne rentreront pas chez eux n’auront plus d’aides.

A HIRONO, la levée de l’ordre d’évacuation a été faite en septembre 2011.
Les indemnités mensuelles de 100.000 Y (716 € par personne) ne sont plus versées depuis Août 2012.
Seulement 1.300 des 5.200 habitants ont regagné leur maison.

A KAWAUCHI, 20 km de la centrale, le retour des habitants n’a pas avancé non plus. Le maire a demandé au gouvernement de continuer le versement des indemnités et de prendre d’autres mesures.

Voyez le compte-rendu de la visite que Chiho Kaneko vient de faire à Kawauchi

merci à KNA pour le sous-titrage français
https://youtu.be/Nd40v6UjerU

le 04 Mars 2014


Oct 30

Le gouvernement japonais envisage d’abandonner l’idée que tous les évacués de Fukushima retournent chez eux

Le gouvernement a classé les zones polluées par la centrale explosée en 3 zones:

  • Les zones où la dose annuelle dépasse 50 milliSieverts: retour difficile – environ 25.000 habitants
  • Les zones où des restrictions de vie sont en place: environ 23.000 habitants
  • Les zones qu’on prépare pour la levée des ordres d’évacuation: environ 33.00 habitants

Les zones dépassant les 50 mSv/an risquent d’être inhabitables pendant longtemps. Le gouvernement fournira une aide financière pour aider les habitants toujours évacués, à se reloger dans d’autres régions et y reconstruire leur vie.

Le gouvernement envisage également d’obliger Tepco à augmenter le niveau des indemnités basées sur la valeur des maisons abandonnées; en effet le montant actuel n’est souvent pas suffisant pour acheter une maison ailleurs.

Dans le même temps, pour les autres zones où le retour est prévu, le gouvernement envisage de hâter les travaux de décontamination, de rétablir les services et infrastructures, tels les hôpitaux, les commerces etc…

Résumé d’un article en anglais du journal Mainichi du 30 Octobre

L’avenir nous dira si ces bonnes dispositions sont suivies d’effet…


Au parlement européen

Le parlement européen a voté le 24 Octobre au sujet du niveau de radiations auxquels les gouvernements sont autorisés à nous exposer, travailleurs et populations.
La députée européenne Michèle Rivasi estime que les niveaux tolérés sont trop élevés.
Voici le titre de son communiqué:

Radioprotection: Le lobby du nucléaire prépare l’acceptabilité d’un Fukushima européen avec la complaisance du Parlement européen

Voir le communiqué de Michèle Rivasi
le texte européen en français (page 177)

Je reviendrai sur ce sujet


Un maire japonais accueille des enfants de Fukushima dans sa ville

Un chirurgien spécialisé dans la chirurgie de la thyroïde a travaillé plus de 5 ans à Tchernobyl, il a formé des chirurgiens locaux. Maintenant maire d’une ville japonaise, il va héberger des enfants pour qu’ils puissent poursuivre leur scolarité pendant des séjours en zone non contaminée.
Lire l’article sur Fukushima-blog

Note

Les médecins de Tchernobyl ont constaté les bienfaits de ces séjours de « désintoxication ». Détails dans le petit livre du dr Babenko « Après l’accident atomique, guide pratique d’une radioprotection efficace ». ( ed Tatamis).C’est en français, disponible en librairie et sur l’internet.


Sep 19

Vivre à Fukushima: s’informer, mesurer et éviter.

Comment vivre à Fukushima-ville ?(60 km de la centrale)
Où vont finalement aller les sacs de sol contaminé ?

Un membre du WNSCR (réseau sauver les enfants des rayonnements) vivant à Fukushima-ville, une mère de 4 enfants (deux d’entre eux vivent en dehors de la préfecture de Fukushima, à l’université), décrit le travail de décontamination dans la cour de sa maison et la vie quotidienne à Fukushima-ville. La décontamination a été effectuée après un an d’attente.

Le trou dans la courLe 6 Septembre:
C’est le 6° jour de décontamination de notre maison. Les travailleurs ont creusé un gros trou dans notre cour pour y enterrer le sol radioactif, lui-même placé dans de grands sacs qui sont supposés retenir le sol pendant 3 ans. La mairie de Fukushima nous dit qu’ils trouveront un endroit pour stocker le sol contaminé dans la commune et qu’ensuite ils déterreront les sacs et transporteront le sol contaminé vers cete zone de stockage. Je doute qu’ils soient en mesure de trouver un tel emplacement en 3 ans. Chaque fois qu’un nom de lieu est cité comme possible, les gens concernés, qu’ils vivent à proximité ou loin commencent par s’y opposer. Jusqu’à présent, je ne crois pas qu’une seule municipalité de la préfecture de Fukushima ait donné son accord pour un site de stockage temporaire des déchets contaminés.
Quand je considère la situation, je me demande comment on va pouvoir trouver un endroit où stocker tous ces combustibles usés qui vont continuer de s’accumuler aussi longtemps qu’ils laisseront fonctionner des centrales nucléaires.Le gouvernement japonais semble penser que notre seule préoccupation est la sécurité du fonctionnement des centrales; mais je pense qu’ils devraient aborder sérieusement et tenter de résoudre le problème de savoir où mettre ces combustibles usés. S’ils le font, ils devraient voir que nous devons cesser d’utiliser l’énergie nucléaire.

les caisses de déchetsLe trou dans ma cour est assez grand pour accueillir 3 de ces grands sacs qui seront placés dans le trou et recouverts d’environ 30 cm de sol propre. Ils ont aussi lavé le sol et les escaliers autour de la maison en utilisant un jet d’eau sous pression et ils ont aussi lavé notre toit. Les eaux usées de ces travaux ont été également collectées et emmenées dans un grand conteneur en plastique, qui selon les règlements, doit être emmené à un emplacement réservé au stockage et au traitement.

14 Septembre
4 jours après la fin des travaux de décontamination. Les niveaux de radioactivité ont considérablement diminué mais ne ils ne sont pas revenus au niveau d’avant l’accident. Beaucoup disent qu’ils vont remonter graduellement car des substances radioactives persistent encore dans l’environnement.

Les caisses e déchets radioactifs15 septembre
Nous avons reçu de la part des agents chargés de la surveillance de la radioactivité les résultats officiels des mesures avant et après la décontamination. A 50 cm au dessus du sol, le niveau de radioactivité dans notre séjour a été abaissés de 0,14 à 0,09 µSv/h et dans notre cour il est passé de 0,55~0,97 à 0,19~0,46 µSv/h.
La dose moyenne dans l’air dans la ville de Fukushima avant l’accident était d’environ 0,04 µSv/h. Ainsi vous pouvez constater que les niveaux de radioactivité dans et autour de notre maison ne sont pas aussi bas qu’ils le devraient.
La ville de Fukushima est à environ 60 km au nord de la centrale nucléaire ruinée Fukushima Dai ichi; cependant certaines parties de la ville sont fort contaminées et 3.234 personnes (au 15 mars 2011), surtout des mères de jeunes enfants ont évacué volontairement; la population est d’environ 283.000 habitants.

Beaucoup de gens au dehors de Fukushima semblent penser que toute la préfecture est tellement contaminée que où qu’on aille l’eau et les aliments sont fortement radioactifs et dangereux. Cela peut être vrai dans des zones plus proches de la centrale nucléaire et dans certaines autres zones que le nuage radioactif a survolées après l’explosion et où les habitants ont reçu l’ordre d’évacuer; mais si vous regardez sur la carte, vous verrez que la préfecture de Fukushima est une assez grande préfecture.Et dans les villes comme Fukushima la plupart des gens, y compris moi,sont restés et vivent une vie quotidienne ordinaire.

Travaux terminésIl est probablement vrai que la majorité d’entre nous est encore profondément inquiète au sujet des effets des radiations, spécialement pour nos enfants pour les 5, 10, 20 ans à venir et même plus. Beaucoup d’entre nous ont traversé une longue période pendant laquelle nous hésitions à décider si nous devions ou non quitter notre maison, nos parents, nos amis, le travail, tout ce que nous avions à Fukushima.
Mais en même temps nous avons appris à mesurer la radioactivité dans l’eau et nos aliments, et aussi dans notre corps. Nous avons appris que certains aliments semblent absorber la radioactivité mieux que d’autres et donc à les surveiller plus étroitement. Nous avons appris à éviter les endroits où la radioactivité est particulièrement forte. Nous avons appris toutes ces choses et bien d’autres de telle sorte que nous sommes certains que vivre à Fukushima est aussi sûr que de vivre à Tokyo, en Californie, à Londres ou à Paris.
Ainsi, les mots clef sont: mesure et évite.

En conséquence, je bois l’eau du robinet car je sais qu’elle a été contrôlée et qu’elle est saine. J’achète la plupart de mes aliments à une coopérative qui impose des limites de Césium radioactif plus sévères que celles du gouvernement. L’an dernier nous avons décidé de manger du riz poussé chez mes beau-parents après en avoir mesuré la radioactivité et trouvé qu’elle contenait moins de 5 Bequerels par kg.
La limite décidée par le gouvernement japonais est de 100 Becquerels/kg pour le riz. Aux U.S. la limite est de 1.200 Bq/kg pour tous les aliments et en Europe la limite est de 1.250/kg pour les céréales,la viande et les légumes.

Je ne nie pas que Fukushima soit encore dans une situation difficile; et comme je l’écrivais plus haut, la plupart d’entre nous se pose chaque jour la question de savoir si nous prenons les bonnes décisions. C’est pourquoi, quand j’entends certains membres de la délégation japonaise répéter à la dernière réunion de l’IOC «Tokyo est sûr» pour les jeux de 2020 car il est à «250 km de Fukushima» et «la question de l’eau contaminée est sous contrôle», cela me rend vraiment furieuse.
Je souhaite que les gens hors de Fukushima sachent qu’il y a des gens ici qui font de leur mieux pour se protéger des radiations, pour vivre une vie quotidienne normale et décente. Et autant que je sache, pour avoir mesuré la radioactivité dans notre environnement, je peux affirmer que la totalité de la préfecture de Fukushima n’est pas aussi fortement contaminée que le monde pense qu’il est.
fin des travaux

Reportage et photos par Akiko Fukami, Fukushima-ville
Paru sur le site de WNSCN : «Réseau mondial Sauver les enfants du nucléaire»
Traduction: «vivre-apres-fukushima.fr»


Notes:

Les normes alimentaires japonaises concernant les Césiums depuis le 1 Avril 2012:
100 Bq/kg pour les aliments en général
50 Bq/kg pour la nourriture pour enfants
10 Bq/l pour l’eau potable

En Europe, depuis le 15 Juillet 2008 l’importation d’aliments contaminés est autorisée tant qu’ils ne dépassent pas, concernant la contamination par les Césiums:

Lait et aliments pour enfants: 370 Bq/kg
tout le reste: 600 bq/kg

Un sommaire sur la réglementation européenne

Auparavant on était encore sous le régime d’une directive de l’Euratom datant de 1987; elle indiquait pour les Césiums:
Aliments solides: 1.250 bq/kg
1.000 Bq/l pour les liquides, le lait
Aliments pour enfants: 400 Bq/kg


TRITIUM

Le site de Fukushima-Dai ichi relâche de grandes quantités de Tritium. Jusqu’à présent les gouvernements et experts ne considéraient que les Césiums. Le Tritium était considéré comme peu dangereux; cela tombait bien, le tritium traverse les parois de tous les récipients possibles; on ne sait pas le filtrer; le tritium est difficile à mesurer; l’industrie nucléaire est une grosse productrice de tritium qu’elle relâche dans la nature. On est en train de s’apercevoir que le tritium est plus dangereux que ce qu’il était affirmé.

Il est difficile à détecter: son rayonnement Beta- est de faible puissance et ne parcourt que 1 cm dans l’air et 0,02 mm dans le corps humain. Il faut des appareils spéciaux; les radiamètres standard (compteur Geiger)ne le détectent pas. Sa demi-vie est de 12,33 ans Sa période dans l’organisme (le temps que l’organisme met à en éliminer la moitié) est en moyenne de 40 jours (variant de quelques semaines à plusieurs mois); mais évidemment comme l’industrie en relâche sans cesse, la pollution se renouvelle sans fin.

Les fuites de Fukushima attirent l’attention sur ce problème: il n’y a pas que les césiums et l’Iode; ils y a aussi quantité d’autres poisons nucléaires dont le Tritium.

Un article canadien intéressant concernant le tritium dans l’eau de boisson

Sur le plan réglementaire concernant la présence de tritium dans l’eau potable, c’est l’anarchie complète dans le monde: Voici les valeurs maximales du tritium dans l’eau potable en Bq/l:

Canada 7.000
Australie 76.103
Russie 7.700
Suisse 10.000
USA 740
OMS 10.000

Au canada le «Ontario drinking water advisory council» recommande d’abaisser les limites de 7.000 Bq/l à 20 Bq/l
Pour l’Europe il n’y a pas de chiffre officiel pour l’eau potable; seulement, la constatation de plus de 100 Bq/l déclenche une enquète.
Chiffres tirés du document canadien


Juil 02

Les derniers évacués âgés de Futaba, installés dans leur nouvelle vie souhaitent y demeurer car ils n’ont pas où aller.

KAITO, préfecture de Saitama
Pour plus de cent évacués, la vie dans leur abri « provisoire » n’est guère confortable. Néanmoins ils rechignent à le quitter.
Le seul des centres d’hébergement provisoires mis en place après la catastrophe de Fukushima qui subsiste encore est devenu une deuxième maison pour ces réfugiés âgés. Ils sont originaires de Futaba, une commune voisine de la centrale détruite. Quelque 2000 abris provisoires avaient été mis en place. Mais tous sauf celui de Kazo ont fermé lorsque des logements temporaires ont été créés.

Hideko Hayashi, à gauche, cause avec une amie dans son espace de vie

Hideko Hayashi, à gauche, cause avec une amie dans son espace de vie le 18 Juin à Kazo, Préfecture de Saîtama. (Photo Asahi Shimbun-Naoko Kawamura)


109 evacués de Futaba vivent encore dans les batiments d’un ancien lycée préfectoral de Kazo.
Hideko Hayashi, 81 ans, se lève à 5 heures tous les jours dans une salle de conférence au deuxième étage du gymnase de l’école. Sa « maison » est un espace de 17 mètres carrés. Une mince cloison en carton ondulé d’une hauteur de 1 mètre la sépare de sa voisine. Hayashi a créé une commode simple et une boîte à chaussures avec du carton. Les évacués partagent les toilettes de l’école et une salle de fortune. « Si vous négligez les inconvénients, la vie ici est agréable », a déclaré Hayashi. « Rêver d’un retour à la vie idéale provoque la douleur chez moi ». Une femme âgée de 70 ans occupe un autre espace au-delà de la cloison en carton. Jusqu’à l’année dernière, la salle de conférence était divisée en quatre et trois hommes y ont également vécu.
TEPCO paie une somme mensuelle de 120.000 ¥ (920 €) en indemnité, qui, avec une modeste pension de l’Etat, permet à Hayashi de s’en sortir. Elle ne paye pas de loyer ni les factures des services publics, mais le coût des repas est à sa charge. Habituellement, elle s’approvisionne dans un supermarché local ou achète des produits alimentaires à un dépanneur à proximité lors de ses sorties à pied.
Plus de 1000 bénévoles oeuvrent à soutenir la vie des personnes évacuées. Par exemple, avec des bénévoles, une femme de 67 ans a ouvert un petit restaurant près de l’école à l’automne dernier pour fournir des repas relativement peu coûteux aux personnes évacuées.
Selon la mairie de Futaba, la plupart des personnes évacuées ont plus de 50 ans et ont été contraints par la catastrophe nucléaire de vivre loin de leurs familles. L’âge moyen des personnes évacuées est de 68 ans. Certains d’entre eux ont un emploi et travaillent, 30 personnes y ont besoin de soins infirmiers. Une enquête menée en mai dernier par la mairie a montré que sur 113 répondants, 86 anciens habitants de Futaba n’ont aucun endroit pour vivre autre que le refuge.
Jusqu’à la catastrophe, Hayashi vivait seule dans une maison près de la mer, elle cultivait fleurs et de légumes sur sa propriété. Son mari est mort il ya 10 ans.
Immédiatement après la catastrophe nucléaire, Hayashi a déménagé à la préfecture de Kanagawa et est restée avec sa famille. Mais sur les conseils d’une infirmière de santé publique, elle a déménagé vers l’abri d’évacuation en Janvier 2012. En raison des niveaux élevés de rayonnement autour de sa maison, située à moins de 1 kilomètre de l’usine, Hayashi ne pourra pas retourner chez elle avant 4 ans. L’appartement loué dans la préfecture de Fukushima par son fils aîné et sa femme est trop petit. Cela signifie que Hayashi doit vivre seule.
Elle a refusé d’aller loger dans un logement temporaire vacant car aucun membre de sa famille ne vivait à proximité. « Je ne veux pas vivre dans le solitude ».

L’école de Kazo est devenue sa seconde patrie. La campagne environnante est semblable à celle de sa ville natale, a-t-elle ajouté. Hayashi espère qu’elle pourra rester avec ceux avec qui elle s’est liée d’amitié, lorsque le refuge aura été inévitablement fermé. À ce jour, Hayashi et ses amis n’ont pas trouvé d’autre endroit où vivre ensemble lorsqu’ ils seront obligés de quitter les locaux de l’école.

« Les choses sont faites à l’envers », déclare Shinichi Ikuta, le président, âgé de 65 ans, de l’association des résidents. « La ville est en train de faire les choses à l’envers pour forcer les évacués à partir, même si ils n’ont nulle part où vivre. » Le gouvernement de la ville semble ne pas être pressé de fermer l’abri précisément pour la raison cité par Ikuta. «Il est difficile de dire aux personnes évacuées qu’ils doivent quitter le refuge », a déclaré le maire de Futaba, Shiro Izawa.
Le maire de Kazo, Ryoichi Ohashi, affirme que le maximum d’ efforts sera fait pour permettre aux personnes évacuées de continuer à vivre dans sa ville. « C’est nous qui avons bénéficié de centrales nucléaires », a déclaré Ohashi, 66ans. «Selon moi nous devons soutenir les personnes évacuées jusqu’à ce qu’ils retrouvent le sourire à nouveau ».
La mairie a placé des tatamis sur le sol de l’école pour donner plus d’intimité à l’espace. Elle a également demandé l’avis de l’Association médicale Japon pour prévenir les maladies infectieuses.
Le maire a également appelé le gouvernement central à mettre en œuvre des mesures qui permettront aux personnes évacuées de retourner à renouer les fils de leur vie dès que possible. « L’école n’est pas un logement», a déclaré Ohashi. « J’espère que le gouvernement central prendra en considération sa responsabilité et offrira des places qui permettront aux personnes évacuées de mener une existence détendue dès que possible.  »
Le gouvernement de la préfecture de Saitama réfléchit également à préparer des appartements en location et autres hébergements pour les personnes évacuées près de Kazo.
1er Juillet 2013
Résumé-traduction libre de l’article en anglais du Journal Asahi Shimbun


Mai 24

Okuma, Fukushima : le désarroi des réfugiés

Par Cécile Asanuma-Brice Riveraine, Thierry Ribault Economiste au CNRS.
Publié le 22/05/2013 dans rue 89
Okuma est à 5 km des réacteurs en ruines. Tous les habitants ont été évacués.
Situation d'Okuma

Jusqu’à présent, ils n’avaient le droit de retourner chez eux que pour quelques heures avec un équipement de protection.

Les autorités vont rouvrir discrètement la zone interdite entourant la centrale nucléaire.

Les réfugiés pourront retrouver leur domicile, à leurs risques et périls. Lire la suite

Mar 12

L’exode de la population se poursuit à Fukushima

Une enquête de la NHK révèle que dans la préfecture de Fukushima, où s’est produit l’accident nucléaire de 2011, la population a continué de baisser entre 2012 et 2013.

les 3 préfectures

les 3 préfectures
la proximité de Tokyo


L’enquête couvrait les trois préfectures les plus durement touchées par la catastrophe du 11 mars dans le nord-est de l’Archipel: Fukushima, Miyagi et Iwate
La NHK a examiné le nombre de personnes qui se sont installées dans 127 municipalités de ces préfectures ,ou les ont quittées, au cours des 11 mois précédant le 1er février de cette année. Lire la suite

Mar 03

Des cartes, des statistiques et le destin d’enfants, de femmes, d’hommes.

Le ministère de l’industrie japonais (MEXT)a publié de nouvelles cartes de la contamination.
Les mesures ont été effectuées en hélicoptère en octobre et novembre 2012. Elles ont couvert un rayon de 80 km autour des centrales en ruine.
Le MEXT a trouvé que la radioactivité a décru de 40 % en moyenne sur 1 an. On attendait une décroissance de seulement 21%.

Le MEXT explique que la radio activité a baissé plus vite que prévu du fait de l’action des pluies (notamment les cyclones l’été dernier) qui ont lessivé les sols et entraîné les substances radioactives; par l’action des vents qui ont également dispersé les poussières radio actives.
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Fév 03

De la mine au démantèlement ou l’accident, l’industrie nucléaire n’est pas bonne pour la santé

Le nucléaire n’a pas besoin de catastrophe pour être toxique

L’actualité guerrière nous fait jeter un oeil du côté du Mali et de son voisin le Niger où l’industrie nucléaire exploite des mines d’uranium.

Voici ce qu’en dit l’association des Touaregs locaux, l’ AGHIRIN’MAN:

Logo de l'Aghitin'manLes activités d’extraction de l’uranium ont de multiples conséquences négatives sur l’environnement :

  1. Epuisement des nappes fossiles et contamination des eaux souterraines sur le plan radiologique et chimique
  2. Contamination de l’air par des poussières radioactives et un gaz radioactif le radon
  3. Production de dizaines de millions de tonnes de résidus radioactifs entreposés à l’air libre
  4. Dispersion de remblais radioactifs réutilisés pour l’élaboration des pistes et parfois dans l’habitat
  5. Dispersion de divers matériaux radioactifs (ferrailles, textiles) réutilisés par la population
  6. Recours à des énergies fossiles : l’énergie électrique utilisée par les industries minières de la région provient principalement de la centrale thermique à charbon exploitée par la SONICHAR à Tchirozerine, à 75 kilomètres au nord-ouest d’Agadez.

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