Août 18

Radiations Ionisantes: les normes de radioprotection doivent être améliorées

Des médecins et des scientifiques lancent une alerte au sujet des risques sur la santé des radiations ionisantes.
Même de faibles doses d’environ 1 millisievert (mSv) augmentent le risque de faire se développer des maladies radio-induites.
Il n’y a pas de seuil en dessous duquel les radiations pourraient être considérées comme inoffensives.

Résumé d’une réunion d’experts à Ulm (Allemagne) le 19 octobre 2013

Le 19 octobre 2013, les membres allemands et suisses de « International Physicians for the Prevention of Nuclear War» (IPPNW – médecins du monde pour la prévention de la guerre nucléaire) ont invité des médecins et des scientifiques dans les domaines de la radiobiologie, épidémiologie, statistique et physique à une réunion d’experts à ULM, la ville natale d’Einstein. Les participants ont discuté des connaissances  actuelles concernant les effets sur la santé des radiations ionisantes, spécialement dans le domaine des faibles doses.

Le groupe d’experts a conclu qu’une révision des normes de radio-protection actuelles est essentielle, de façon qu’elles reflètent le niveau actuel des connaissances scientifiques. Les radiations ionisantes sont capables de causer des effets préjudiciables à la santé; certains peuvent être prévus et quantifiés grâce à l’utilisation de modèles épidémiologiques.

Dans le passé, la détermination des risques sanitaires des radiations ionisantes a été basée sur des études concernant les survivants des bombardements de Hiroshima et Nagasaki. Ce groupe de référence ne peut plus être considéré comme approprié à la lumière des nouvelles preuves statistiques. Même de très faibles doses de radiations sont susceptibles de provoquer des maladies.

Voici les conclusions du symposium d’ULM:
  • 1. Même le rayonnement naturel de fond a des effets néfastes qui sont mesurables ;
  • 2. L’usage des radiations en vue de faire des diagnostics médicaux a des effets néfastes sur la santé qui sont mesurables ;
  • 3. L’usage de l’énergie nucléaire et les tests d’armes nucléaires ont des effets néfastes sur la santé qui sont mesurables ;
  • 4. L’utilisation du concept de dose collective dans les études épidémiologiques permet de prédire et quantifier de façon fiable les risques pour la santé des faibles doses de radiations.
  • 5- L’usage par la CIPR de baser les facteurs de risques pour les faibles doses de radiations sur l’examen des survivants de Hiroshima et Nagasaki doit être considéré comme périmé.
  • 6. Une amélioration de la radioprotection basée sur la notion de risque est nécessaire. Elle doit être combinée à l’application rigoureuse de l’impératif de minimisation de l’exposition aux radiations.
1. Même le rayonnement naturel
a des effets néfastes mesurables sur la santé.

Même les faibles doses du rayonnement naturel (radiations d’origine terrestre et cosmique, radon inhalé et ingestion de radioisotopes naturels), ont des effets néfastes sur la santé qui peuvent être mesurés par les études épidémiologiques. C’est donc une tromperie d’affirmer que l’exposition aux radiations peut être considérée sans danger tant qu’elle elle se trouve au niveau des doses de la radiation de fond « naturelle ». 1-17

2. L’usage des radiations en vue de faire des diagnostics médicaux a des effets néfastes sur la santé qui sont mesurables

Il a été mis en évidence que le scanner et les examens radiologiques conventionnels provoquent une augmentation des cas de cancer (surtout cancer du sein, leucémie, cancer de la thyroïde et tumeurs du cerveau). Le risque est plus grand chez les enfants et les adolescents que chez les adultes et l’embryon est le plus vulnérable de tous. 18-40

Limiter l’usage des rayons à usage diagnostique et l’usage de la médecine nucléaire aux cas d’absolue nécessité est recommandé de façon urgente. Il faudrait adhérer à des règles strictes pour l’usage des scanners et n’utiliser que des CT scanners [Computed tomography=tomodensitomètre appelés simplement scanners -ndt] à basse émission de radiations. Chaque fois que c’est possible les ultrasons et l’imagerie par résonnance magnétique devraient être préférés.

Certains groupes de population ont un risque augmenté de développer un cancer suite à l’exposition aux radiations, par exemple les femmes qui ont une prédisposition génétique au cancer du sein. Par conséquent il est recommandé que les femmes avec un tel risque ne soient pas incluses dans les dépistages utilisant les rayons X. 41-45

3. L’usage de l’énergie nucléaire et les tests d’armes nucléaires ont des effets néfastes sur la santé qui sont mesurables

Du fait de l’usage des armes nucléaires (plus de 2.000 tests) et de graves accidents nucléaires, de grandes quantités de radionucléides ont été relâchées et largement dispersées ; elles exposent une grande partie de la population mondiale à une exposition accrue aux radiations. Les études épidémiologiques effectuées chez les populations concernées, autour des sites des tests d’armes nucléaires du Nevada et de Semipalatinsk et dans les régions affectées par le désastre de Tchernobyl et de Fukushima, montrent une augmentation de la morbidité et de la mortalité. 46-54
Même les opérations de routine des centrales nucléaires ont des effets néfastes sur la santé de la population environnante. Dépendant de la distance, une augmentation des cas de leucémies et d’autres sortes de cancers a été constatée chez les enfants de moins de 5 ans dans l’environnement des centrales nucléaires. (Actuellement, la preuve la plus forte se trouve en Allemagne, avec des résultats concordants dans des études en Suisse, en France et au Royaume-Uni.) 55-59

Chez les travailleurs exposés professionnellement aux radiations ionisantes, on constate une élévation significative des cas de cancer, en comparaison avec les autres groupes même si la dose limite officielle n’a pas été dépassée.
La santé de leurs enfants est plus altérée que celle des autres enfants. 60-64
Chez les employés des compagnies minières d’uranium et des sites de production d’armes atomiques, on observe une augmentation des leucémies lymphoïdes chroniques. 65-68
Des leucémies et beaucoup d’autres types de cancers ont été provoqués par de faibles doses de radiations ionisantes, dans les régions dont le rayonnement de fond a augmenté suite aux tests des armes nucléaires, aux accidents nucléaires, ou du fait d’examens de diagnostic médical et d’exposition professionnelle. 69-92

Suite à l’exposition à de faibles doses d’Iode radioactif, des maladies de la thyroïde dont des cancers ont été observées chez des enfants, des adolescents et des adultes. 93-99
De plus, de faibles doses de radiations ionisantes provoquent des maladies graves non malignes telles que des méningiomes et autres tumeurs bénignes, des maladies ou dysfonctionnements cardiaques, cérébro-vasculaires, respiratoires, gastrointestinaux et endocriniens ; et aussi des troubles psychiatriques et des cataractes.100-113

Des études ont pu montrer que, in utero et chez les enfants, l’exposition du cerveau aux radiations ionisantes provoque une diminution du développement cognitif. Les sources possibles de radiations sont, parmi d’autres, les rayons X pour diagnostic, les radiothérapies et l’exposition aux radiations due aux accidents nucléaires. 114-116

Suite aux accidents nucléaires, des effets tératogènes ont été observés tant chez les animaux que chez les humains, même chez ceux qui n’ont été exposés qu’à de faibles niveaux de radiations. 117-120
Certains effets génétiques peuvent déjà être observés dans la première génération de descendants, d’autres ne commencent à apparaître que dans les générations suivantes. Les affections tardives peuvent de ce fait être difficiles à confirmer.
De nombreuses études ont été menées dans les « zones mortes » de Tchernobyl et Fukushima sur des animaux dont les générations se succèdent rapidement ; elles ont montré de sévères anomalies génétiques en rapport avec le niveau de radiation dans leur habitat.

Chez les humains, de telles anomalies ont depuis longtemps été observées suite à une exposition à des doses faibles.
Des effets transgénérationnels des radiations, c’est-à-dire génétiquement fixés, ont été souvent documentés par exemple chez les enfants des liquidateurs de Tchernobyl. 121-128. De nombreuses autres études suggèrent également que les radiations ionisantes provoquent des dommages génétiques ou épigénétiques sur le long terme. 129-146

4.L’utilisation du concept de dose collective dans les études épidémiologiques permet de prédire et quantifier de façon fiable les risques pour la santé des faibles doses de radiations.

Le concept de dose collective est, dans l’état actuel des connaissances, le moyen le plus sûr d’évaluer quantitativement les risques stochastiques des radiations. D’importantes études cliniques nouvelles confirment le modèle linéaire sans seuil ; ce modèle établit qu’il n’y a pas de seuil au-dessous duquel les radiations n’auraient pas d’effets sur la santé. 147,148

En utilisant le concept de dose collective qui prend en considération les études scientifiques actuelles, voici les facteurs de risque (Excès absolu de risque, EAR) qui devraient être appliqués :

Un facteur de risque de 0,2/Sv devrait être utilisé pour prévoir la mortalité par cancer et de 0,4/Sv pour prévoir l’incidence des cancers. 149-151
Le comité scientifique de l’ONU pour les effets des radiations atomiques (UNSCEAR) et la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) utilisent encore des facteurs de risque bas, soit 0,05/Sv pour la mortalité par cancer et 0,1/Sv pour l’incidence des cancers. Cependant, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dans son évaluation de 2013 sur les risques pour la santé à Fukushima, a reconnu que les facteurs de risque de la CIPR devraient être doublés. 152

Les facteurs de risque ci-dessus s’appliquent à une population exposée dont les âges ont une distribution standard. Cependant, selon la CIPR, la sensibilité aux radiations ionisantes des jeunes enfants (moins de 10 ans) et des fœtus est trois fois plus élevée que celle des adultes. 153-155

Les facteurs de risque pour la prédiction de l’incidence et de la mortalité des affections non malignes (maladies non cancéreuses), spécialement les affections cardiovasculaires, sont du même ordre que celles des affections malignes. 156-157

Il serait souhaitable que l’OMS et les institutions nationales de radioprotection adoptent les facteurs de risque mentionnés ci-dessus comme base pour l’évaluation des risques après les accidents nucléaires.

5. L’utilisation par la CIPR [Commission internationale de protection radiologique] des études sur les survivants de Hiroshima et Nagasaki comme base pour déterminer les risques des faibles doses de radiations doit être considérée comme une pratique périmée.

Dans leurs études, les institutions comme la CIPR ont utilisé comme référence les survivants des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki pour la prédiction des effets des radiations.
La prédiction du risque sur cette base n’est pas transférable à d’autres populations exposées sur une longue période à des niveaux croissants de radiations, pour les raisons suivantes :

Les survivants japonais ont été exposés brièvement à des radiations gamma pénétrantes à haute énergie. Les recherches radiobiologiques ont montré qu’une telle exposition est moins nuisible pour les tissus qu’une irradiation interne Alpha ou Beta consécutive à l’incorporation de radionucléides.
La même chose vaut pour l’exposition à long terme à des rayons X ou des rayons Gamma issus de sources naturelles ou artificielles, à des niveaux comparables à la radiation normale de fond. 158-159

Les radiations délivrées par les bombes nucléaires ont un niveau de dose extrêmement élevé. Antérieurement, il était accepté que la mutagénicité serait donc dans ce cas plus élevée que pour de faibles doses. Actuellement la CIPR prétend que cette assertion tient toujours et elle divise dans ses calculs le risque de développer des cancers par un facteur 2.
Les études sur des cohortes de travailleurs exposés professionnellement contredisent cette affirmation et l’OMS ne voit plus de justification pour diviser ce facteur de risque par deux. 160-161

Les doses de radiations reçues du fait des retombées radioactives et de l’activation neutronique n’ont pas été prises en compte par la RERF (Radiation Effects Research Fondation), malgré le fait qu’elles ont causé des effets signifiants sur les survivants de Hiroshima et Nagasaki. Les effets réels des radiations s’en sont donc trouvés sous-estimés. 162

Du fait que le RERF n’a commencé ses travaux qu’en 1950, il manque d’importantes données sur les 5 premières années qui ont suivi le bombardement nucléaire. Il faudrait donc reconnaître que l’évaluation des effets tératogéniques et génétiques, ainsi que celle des cancers avec une courte période de latence est incomplète.
Du fait de la situation catastrophique après les bombardements de Hiroshima et Nagasaki, il faut admettre de considérer les survivants comme une cohorte sélectionnée de gens spécialement résistants («la survie du plus apte»). Par conséquent ces études n’étaient pas représentatives d’une population normale. Ce biais de sélection a provoqué une sous-estimation d’environ 30% du risque des radiations. 163

Les survivants des bombardements nucléaires étaient ostracisés par la société japonaise. Il est fort probable que les informations concernant l’origine de la famille ou la morbidité des descendants aient été cachées ou falsifiées pour ne pas mettre en danger, par exemple les chances de mariage et l’intégration sociale des enfants. 164

Note des éditeurs:

Les facteurs de risque utilisés dans le concept de dose collective décrivent la probabilité que des cas supplémentaires de maladie, supérieurs aux taux de cancers spontanés, se produisent, que la carcinogénèse provoquée par les radiations, l’incidence ou la mortalité du cancer, s’accroissent au dessus de la ligne de base d’une population donnée.
Habituellement cet Excès Absolu de Risque (EAR) est représenté par l’unité 1/Sv. Un facteur de risque (EAR) de 0,2/Sv pour la mortalité par cancer signifie qu’une irradiation de 1Sv provoquerait un risque supplémentaire de décès par cancer de 20% – en supplément du risque de base de 25%. Un EAR de 0,2/Sv correspond à un excès relatif de risque (ERR) de 0,2/0,25=0,8/Sv.

6. Une amélioration de la radioprotection basée sur la notion de risque est nécessaire. Elle doit être combinée à l’application rigoureuse de l’impératif de minimisation de l’exposition aux radiations.

Déterminer à quel niveau le risque pour la santé provoqué par les radiations est acceptable et raisonnable ne peut se faire qu’au niveau de la société, en écoutant la voix de ceux qui sont concernés. Pour protéger les populations, les risques des radiations ionisantes devraient être déterminés aussi précisément que possible et présentés d’une façon compréhensible. En médecine, de tels critères de radioprotection s’imposent déjà de plus en plus.

L’évaluation des dangers des radiations ionisantes selon un concept basé sur le risque peut aider à minimiser leurs effets néfastes, même aux doses faibles. Associé aux exigences légales de minimisation, un ensemble de mesures concrètes utilisant un tel concept pourrait servir à réduire encore plus les effets néfastes des radiations. Le concept d’acceptabilité du risque pour les matériaux cancérigènes au travail déjà existant dans la législation allemande est, dans ses grandes lignes, un bon exemple à suivre. 165-169

La plus haute priorité devrait être donnée à la protection de la vie avant la naissance et à l’intégrité des futures générations. La radioprotection doit élargir ses modèles basés sur les adultes et les adapter à la vulnérabilité particulière de l’embryon et des enfants.


Orateurs et participants à la réunion d’experts de Ulm,
19 Octobre 2013:
  • » » Prof. Dr. med. Wolfgang Hoffmann, MPH, Professor für
    bevölkerungsbezogene Versorgungsepidemiologie und
    Community Health, Institut für Community Medicine,
    Universitätsmedizin in Greifswald
  • » » Dr. rer. nat. Alfred Körblein, Dipl. Phys., selbstständiger
    Wissenschaftler in Nürnberg, Wissenschaftlicher Beirat
    der IPPNW.de
  • » » Prof. Dr. med. Dr. h.c. Edmund Lengfelder, Professor
    em. des Strahlenbiologisches Institutes an der Medizini-
    schen Fakultät der LMU München, Leiter des Otto Hug
    Strahleninstitutes für Gesundheit und Umwelt
  • » » Dr. rer. nat. Hagen Scherb, Dipl. Math., Helmholtz Zen-
    trum, Deutsches Forschungszentrum für Gesundheit und
    Umwelt in München
  • » » Prof. Dr. rer. nat. Inge Schmitz-Feuerhake, Professorin
    em. für experimentelle Physik an der Universität in Bre-
    men, Wissenschaftlicher Beirat der IPPNW.de
  • » » Dr. med. Hartmut Heinz, Facharzt für Arbeitsmedizin,
    ehem. leitender Werksarzt in Salzgitter, AK Atomenergie
    der IPPNW.de
  • » » Dr. med. Angelika Claußen, Fachärztin für Psychothe-
    rapie in Bielefeld, AK Atomenergie der IPPNW.de
  • » » Dr. med. Winfrid Eisenberg, ehem. Chefarzt der Kin-
    derklinik in Herford, AK Atomenergie der IPPNW.de
  • » » Dr. med. Claudio Knüsli, Leitender Arzt der Onkologie
    im St. Claraspital in Basel, Vorstandsmitglied IPPNW.ch
  • » » Dr. med. Helmut Lohrer, Facharzt für Allgemeinmedizin
    in Villingen, Int. Board der IPPNW, International Councillor
    der IPPNW.de
  • » » Henrik Paulitz, Dipl.-Biol., Atomenergie-Referent der
    IPPNW.de in Seeheim
  • » » Dr. med. Alex Rosen, Kinderarzt in Berlin, Stellv. Vorsit-
    zender der IPPNW.de
  • » » Dr. med. Jörg Schmid, Facharzt für Psychotherapie in
    Stuttgart, AK Atomenergie der IPPNW.de
  • » » Reinhold Thiel, Facharzt für Allgemeinmedizin, Ulmer
    Ärzteinitiative, AK Atomenergie der IPPNW.de

Le texte est complété par une longue liste de références à télécharger ici


Traduction:fukushima-is-still-news.com/ et vivre-apres-Fukushima.fr
à partir des versions allemande et anglaise
La version allemande:
http://www.ippnw.de/commonFiles/pdfs/Atomenergie/Ulmer_Expertentreffen_-_Gefahren_ionisierender_Strahlung.pdf
La version anglaise:
https://www.ippnw.de/commonFiles/pdfs/Atomenergie/Health_effects_of_ionising_radiation.pdf

Télécharger la version française imprimable (pdf): cliquer ici


Je rajoute une référence traduite en français:
Risque de cancer chez 680 000 personnes exposées à la tomodensitométrie dans l’enfance ou l’adolescence: étude reliant les données de 11 millions d’Australiens
Version française
original en anglais

Qu’est l’IPPNW ?

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et syndrome d’irradiation aiguë. L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.

Le site de l’IPPNW: http://ippnw.org/
Le site de la section française: Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
http://amfpgn.org/site/category/qui-sommes-nous/amfpgn-presentation/

le 18 Août 2017


Nov 13

Uranium appauvri: des armes à bannir


1er Novembre 2016: La Première Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution concernant les armes à uranium appauvri.

Cette résolution stipule que deux réunions de négociation d’un contrat juridiquement contraignant en vue de l’interdiction des armements nucléaires, auront lieu en 2017. La première rencontre se déroulera du 27 au 31 mars et la deuxième du 15 juin au 7 juillet 2017.
Elle ne définit pas le contenu du traité, mais reconnaît l’impact humain des armements nucléaires et les risques liés à l’existence d’armes nucléaires comme des raisons de s’engager pour leur interdiction.
La résolution appelle les États à participer afin « d’unir leurs efforts pour conclure au plus tôt un contrat juridiquement contraignant pour l’interdiction des armes nucléaires ».
Voici les résultats. Je note que le gouvernement français a voté contre.

tableau d'affichage du vote

Cette résolution a pris note des inquiétudes concernant les états comme l’Irak en ce qui concerne les effets des armes à Uranium Appauvri sur la santé des populations civiles. Le vote est survenu une semaine après que les USA aient reconnu qu’ils avaient utilisé des armes à Uranium Appauvri en Syrie en 2015

Détails en anglais:
http://www.bandepleteduranium.org/en/unga-first-l63-depleted-uranium-results

Compte rendu de la session en français sur le site de l’ONU:
http://www.un.org/press/fr/2016/agfdis3566.doc.htm

Le représentant de la France, au nom également du Royaume-Uni, a justifié son vote contre le texte en citant les travaux de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) sur cette question. Selon le représentant, les études existantes démontrent que l’utilisation de ces armes et munitions contenant de l’uranium appauvri, y compris dans les sites les plus contaminés, n’avait pas d’effet nocif sur la santé.


Les armes à l’uranium appauvri:

L’uranium appauvri (isotope U238, abréviation « UA ») est un sous-produit de l’enrichissement de l’uranium et du traitement du combustible usé. Il ne possède pas les propriétés nécessaires pour être utilisé dans un réacteur ni dans une bombe.

C’est un métal lourd, il est toxique chimiquement, spécialement pour le rein.
Il est faiblement radioactif. Il émet des rayons Alpha, peu pénétrants mais très dangereux pour les cellules vivantes. Plus des rayons Bêta faibles.
Il est très durable: pour perdre la moitié de sa radioactivité (demi-vie) il faut 4,47 milliards d’années !
Il est difficile à détecter, les rayons Alpha n’étant pas détectés par les compteurs Geiger standards.

L’uranium appauvri est utilisé dans l’armement pour ses propriétés physiques. Du fait de sa forte densité (2 fois le plomb) il est d’une efficacité redoutable pour transpercer les parois des chars blindés et des abris.
Il est tellement dur qu’il ne se déforme pas lorsqu’il entre en contact avec sa cible.
Au contact de sa cible, l’uranium s’enflamme, relâchant en grande quantité de minuscules particules radioactives. Transportées par le vent, ces particules vont se retrouver dans l’eau, les poussières, le sol, les nappes phréatiques… contaminant tout l’environnement. Procéder à un nettoyage des lieux contaminés apparaît complètement irréel au vu de la finesse des particules, et l’UA continue à tuer, même des centaines d’années après la fin d’un conflit, quand plus aucun belligérant n’est encore en vie…

L’uranium appauvri utilisé pour la fabrication d’obus-flèches provient de la filière civile, et notamment des étapes d’enrichissement et retraitement du combustible. L’armement est un débouché bien utile pour se débarrasser de cette matière encombrante !

L’UA équipe aujourd’hui les chars Leclerc. En France, deux sites militaires accueillent les essais d’obus à l’uranium appauvri : à Bourges (Cher,) les essais se font en plein air, tandis qu’ à Gramat (Lot), les tirs d’obus ont lieu dans des cavités souterraines . La Direction Générale de l’Armement assure qu’il n’y a aucun risque de contamination de l’air et des nappes phréatiques mais le secret défense entourant ces essais ne permet pas d’en être certain.

Ces armes ont déjà été utilisées dans de nombreux conflits. En Ex-Yougoslavie (Bosnie, Serbie, Kosovo), pendant le conflit qui a entraîné une intervention des forces de l’OTAN. En Irak, pendant la Guerre du Golfe de 1991 et pendant l’intervention américaine de 2003 justifiée par la prétendue présence d’ « armes de destruction massive ». On soupçonne aussi les États-Unis d’avoir utilisé des armes à l’uranium appauvri en Afghanistan. Ils viennent de reconnaître les avoir utilisées en Syrie en 2015.
De plus, il y a de fortes suspicions d’utilisation d’UA pendant la guerre du Liban par l’armée israélienne.
On estime que 140 000 kg d’uranium appauvri auraient été utilisés dans ces conflits avant 2004.

L’uranium appauvri est néfaste pour la santé des populations civiles

La contamination par l’uranium appauvri se fait quasi exclusivement de manière interne, car le rayonnement émis par l’UA est de type alpha, et donc très peu pénétrant. Il y a trois voies majeures de contamination,

  • par inhalation de poussières
  • par ingestion d’aliments ou d’eau
  • ou par lésion cutanée.

C’est l’inhalation de particules de 1 à 10 microns qui est la plus dangereuse pour les êtres vivants:lorsque des particules de 1 à 10 microns se fixent dans les poumons: elles irradient les cellules environnantes de façon permanente, la vie durant; leur rayonnement Alpha est très nocif et est source de cancer.

L’uranium appauvri atteint les reins, les poumons, le squelette, les organes reproducteurs, la thyroïde, les muscles, les ganglions lymphatiques ainsi que le système neurologique. Les types de pathologies observées sont principalement les cancers les leucémies et les malformations congénitales.
L’uranium appauvri s’attaque au capital génétique des personnes. De génération en génération, les effets s’accumulent…(persistance de l’irradiation et instabilité génomique)

Les enfants sont les plus vulnérables aux effets de l’uranium appauvri; parce qu’ils sont plus au contact des poussières, qu’ils portent fréquemment la main à la bouche, que les cimetières de matériels militaires détruits peuvent leur servir de terrains de jeux. Même une faible dose peut avoir des effets; il est reconnu qu’il n’existe pas de seuil d’innocuité.

On observe ces pathologies chez les populations victimes de bombardements à l’uranium appauvri, mais aussi chez les vétérans des conflits irakiens, des Balkans ou encore d’Afghanistan.

La présence de l’UA dans l’environnement peut être considéré comme irréversible: il se présente sous forme de très fines poussières; il reste radioactif pour une éternité. Les eaux, les terres agricoles, l’air, les épaves de véhicules civils ou militaires attaqués et, au final, toute la chaîne alimentaire sont contaminés.

Dans 4,47 milliards d’années l’UA disséminé n’aura perdu que la moitié de sa radioactivité.
Il continue d’avoir des effets sur l’environnement et la population même après la fin du conflit pendant des laps de temps impossibles à se représenter à l’échelle humaine.
Procéder à un nettoyage des lieux contaminés apparaît complètement irréel au vu de la finesse des particules, et l’UA continue à tuer, même des centaines d’années après la fin d’un conflit, quand plus aucun belligérant n’est encore en vie…

Conséquences sur les populations:

Le gouvernement français reprend la doctrine officielle qui est que l’exposition à l’UA ne provoque aucun effet néfaste sur la santé.

En cherchant «uranium appauvri» sur le site de l’OMS on ne trouve qu’un texte daté de 2001:
Un document entièrement détaché de la réalité des populations. Totalement inutile pour les malades et leurs médeçins. Il ne parle même pas des malformations. Il conclut qu’il faut dépolluer, contrôler l’exposition, «prendre les mesures préventives nécessaires pour les enfants», poursuivre des études..
http://www.who.int/entity/ionizing_radiation/pub_meet/en/DU_French.pdf
http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/83757/2/fa5419a1.pdf?ua=1

Un Rapport conjoint de l’OMS et du ministère de la santé irakien sur les cancers et malformations congénitales en Irak devait être publié en Novembre 2012. «Il a été retardé à plusieurs reprises et n’a maintenant plus aucune date de sortie prévue.»
http://www.globalresearch.ca/who-refuses-to-publish-report-on-cancers-and-birth-defects-in-iraq-caused-by-depleted-uranium-ammunition/5349556

Pourquoi ?

Depuis 1959, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est liée à l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) par un accord qui lui interdit de publier des rapports qui concernent la radioactivité, sans l’aval de cette dernière. De ce fait, aucun des rapports « critiques » de l’OMS sur les armes à l’uranium appauvri n’a jamais été publié.

Sur le terrain, les médecins clament l’apparition
de pathologies cancéreuses et de malformations:

– Croissance des cancers et des anomalies à la naissance en Irak: l’OMS refuse de publier les résultats:
Rise of Cancers and Birth Defects in Iraq: World Health Organization Refuses to Release Data
http://www.globalresearch.ca/rise-of-cancers-and-birth-defects-in-iraq-world-health-organization-refuses-to-release-data/5344530
Par Mozhgan Savabieasfahani
Global Research, July 31, 2013 (en anglais)

– L’OMS refuse de publier le rapport sur les cancers et les anomalies à la naissance causés par l’uranium appauvri
WHO Refuses to Publish Report on Cancers and Birth Defects in Iraq Caused by Depleted Uranium Ammunition.
By Denis Halliday – Global Research, September 13, 2013
http://www.globalresearch.ca/who-refuses-to-publish-report-on-cancers-and-birth-defects-in-iraq-caused-by-depleted-uranium-ammunition/5349556

– Selon Hans von Sponeck, ancien Secrétaire général adjoint des Nations Unies,
«Le gouvernement américain a cherché à empêcher l’OMS de cartographier les zones du sud de l’Irak, où l’uranium appauvri a été utilisé et a provoqué des dangers sanitaires et environnementaux graves.»
Cité dans l’article de Mozhgan Savabieasfahani

Le rapport du Dr Al-Azzawi publié par Harvard (en anglais)
http://users.physics.harvard.edu/~wilson/soundscience/Al-Azzawi.pdf
Il cite: Cancers chez les enfants, leucémies, déficiences immunitaires, malformations chez les nouveux-nés

Les médecins de l’hôpital de Falloujah ont observé une croissance très inquiétante du nombre de bébés naissant avec des malformations congénitales : celles-ci concerneraient 144 naissances sur 1000, soit 14,4%. Ce taux est normalement inférieur à 2%, explique le docteur Alaani, qui étudie ce phénomène depuis de nombreuses années à Falloujah. Afin d’alerter la communauté internationale sur ces crimes, et de demander à l’Organisation Mondiale de la Santé de révéler ces nouvelles informations, elle a lancé une pétition :

Dr Alaani

Dr Samira Alaani à l’hôpital de Falloudja

Le Dr Samira Alaani, hôpital de Falloujah

« Je suis le Docteur Samira ALAANI, je suis pédiatre à l’Hôpital Général de Falloujah. Dans les années qui ont suivi les attaques des forces américaines sur notre ville, mes collègues et moi avons remarqué une augmentation horrifiante du nombre de bébés nés avec des malformations congénitales graves : spina bifida, anomalies cardiaques et des malformations auxquelles je ne peux même pas donner de nom. Beaucoup ne survivent pas. Pour ceux qui survivent, nous leur procurons des soins tant bien que mal avec le peu de ressources dont nous disposons.

Je travaille comme pédiatre à Falloujah depuis 1997, et c’est depuis 2006 que j’ai remarqué ce problème, nous avons alors commencé à enregistrer ces cas. Nous nous sommes rendus compte que sur 1000 naissances, 144 bébés présentaient des malformations. Nous sommes convaincus que, même aujourd’hui, ces cas sont liés à la contamination provenant des conflits dans notre ville il y a plus de dix ans maintenant. Ce phénomène n’est pas unique à Falloujah : les hôpitaux dans tout le Gouvernorat d’alAnbar ainsi que d’autres régions d’Irak constatent une hausse similaire. Tous les jours je vois les ravages que cette peur inculque aux futures mères et à leurs familles. La première question que l’on me pose lorsqu’un enfant naît n’est pas « Est-ce une fille ou un garçon ? » mais « Mon bébé est-il en bonne santé ? » Lorsque j’ai entendu que le Ministère de la Santé Irakien et l’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS) allaient faire des recherches, cela m’a donné une lueur d’espoir. Je savais que cela ne ferait que confirmer ce que nous savions déjà : que le nombre de malformations congénitales avait augmenté, mais je pensais aussi que cela pousserait l’Irak et la communauté internationale à agir.

La recherche est maintenant terminée et on nous avait promis que le rapport serait publié début 2013 ; mais nous voici six mois plus tard et l’OMS vient d’annoncer de nouveaux délais. Nous sommes inquiets que cela soit du à un problème d’ordre politique et non pas scientifique. Nous avons déjà attendu des années que la vérité éclate et mes patientes ne peuvent plus continuer comme cela. L’OMS a une autre option. Que les données soient publiées dans une revue à libre accès pour un examen indépendant par des pairs. Ce procédé serait rapide, rigoureux et transparent.

Mes patientes ont besoin de savoir la vérité, elles ont besoin de savoir pourquoi elles ont fait une fausse couche, elles ont besoin de savoir pourquoi leurs bébés sont si malades et par-dessus tout, elles ont besoin de savoir que l’on est en train de faire quelque chose pour y remédier. Le Ministère de la Santé Irakien et l’OMS se doivent de publier ces données et de nous fournir des réponses.

Je vous demande de signer cette pétition et de prouver que le reste du monde n’a pas oublié le peuple d’Irak.»

L’article d’où est extrait cet appel (en français)
http://www.sortirdunucleaire.org/Uranium-appauvri-un-tueur-meconnu

Un ensemble d’articles sur le sujet:
http://www.sortirdunucleaire.org/Uranium-appauvri-un-tueur-meconnu-551


* Une synthèse du problème en français:
ARMES A L’URANIUM APPAUVRI : 20 ANS APRES, OU EN EST-ON? Par Joëlle Pénochet
http://www.internationalnews.fr/article-armes-a-l-uranium-appauvri-ou-en-est-on-64255044.html

* Un Article très complet en anglais avec photos il évoque notamment le problème de la récupération et du recyclage des épaves contaminées par les ferrailleurs:
http://www.bandepleteduranium.org/en/docs/215.pdf

Ferrailleurs de tanks contaminés

Recyclage de ferrailles contaminées par des travailleurs kurdes, Qushtapa, route entre Kirkuk et Arbil, Kurdistan. Irak, Septembre 2003. Les tanks ont été importés du sud de l’iRAK. Cliché www.paxforpeace.nl

jeux d'enfants sur des chars contaminés

Jeux d’enfants sur des chars contaminés


Août 22

Fukushima: Le dépistage des cancers de la thyroïde serait «déraisonnable».


C’est ainsi que l’université de Fukushima présente le dépistage des cancers de la thyroïde dans les écoles de Fukushima.

Voici la traduction d’un article de Yuri Hiranuma, ostéopathe, en réaction à un article d’un journal de Fukushima

Ce qu’il faudrait faire: «Respecter le souhait des enfants de ne pas participer à l’examen»

Le 15 Juin, 2016, «Fukushima Minyu», l’un des principaux journaux régionaux de la préfecture de Fukushima, a publié un article mettant en vedette Sanae Midorikawa , MD, Ph.D., une endocrinologue qui a visité les écoles de la préfecture de Fukushima pour informer les enfants sur les examens de la thyroïde auxquels ils participent. Midorikawa est également professeur associé dans la gestion de la santé des radiations à l’Université médicale de Fukushima et chargée de la communication avec les habitants.

L’article décrit comment Midorikawa est «accommodante» envers les enfants qui ne veulent pas participer à l’examen de la thyroïde: celui-ci pourrait conduire à un «diagnostic déraisonnable de cancer de la thyroïde». Le «caractère déraisonnable de ces examens» est apparemment fondé sur l’avis de l’Université médicale de Fukushima: pour elle les cas de cancer de la thyroïde trouvés au cours des 4 premières années après l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ne sont pas dus aux effets des rayonnements, mais simplement le résultat du dépistage de masse.
En d’autres termes, ces diagnostics sont considérés comme «déraisonnables» parce que sans le dépistage de masse, ces cancers n’auraient peut-être été découverts que plus tard, lorsque des symptômes seraient apparus.

Il est vrai que le diagnostic du cancer peut provoquer angoisse mentale et stress. Quand cela arrive aux enfants, c’est encore pire puisque les enfants ne sont généralement pas atteints de cancer.

Cependant, il semble tout aussi déraisonnable que l’Université médicale de Fukushima déclare prématurément que le rayonnement n’a aucune responsabilité pour les cas de cancer de la thyroïde chez les enfants de Fukushima; cette opinion n’est basée que sur les résultats de la première série de tests. En fait, la seconde série de tests juste terminée mais avec certains résultats encore en suspens, montre qu’il y a plus de cas de cancer de la thyroïde que ce qui serait explicable par «effet de dépistage». (Voir ce post pour les derniers résultats: http://fukushimavoice-eng2.blogspot.fr/2016/06/fukushima-thyroid-examination-june-2016.html).

Bien qu’il soit important de tenir compte de l’anxiété et de la peur ressentie par les enfants (et leurs proches) qui participent à l’examen, les enfants et leurs familles ont le droit de recevoir une information impartiale et réaliste en ce qui concerne les risques radiologiques.

Oui, leurs doses d’exposition pourraient ne pas être aussi élevées que celles de la population de Tchernobyl; mais il y a de nombreuses incertitudes sur les doses d’exposition réelles à Fukushima.

Dans un document récent publié dans «Thyroïd», l’Université médicale de Fukushima conclut que des cancers de la thyroïde induits par les radiations ne sont pas susceptibles d’apparaître à Fukushima parce que les doses d’exposition ne dépassent pas 100 mSv.
Mais ce seuil 100 mSv a été scientifiquement réfuté par des études récentes, telles que l’étude australienne CT (http://www.bmj.com/content/346/bmj.f2360)et l’étude suisse sur le rayonnement de fond .

Yuri Hiranuma – le 17 Juin 2016


  • L’article original de Yuri Hiranuma en anglais
    http://fukushimavoice-eng2.blogspot.fr/2016/06/thyroid-cancer-in-fukushimahow-thyroid.html?m=1
    Yuri Hiranuma est une ostéopathe d’origine japonaise travaillant aux USA
  • La traduction anglaise non officielle de l’article du Fukushima Minyu:
    http://www.minyu-net.com/news/news/FM20160615-084349.php
  • La traduction vers l’anglais de l’article du Fukushima Minyu par l’Université de Fukushima:
    http://fmu-global.jp/2016/06/30/article-of-the-fukushima-minyu-shimbun%E3%80%80%E3%80%90wednesday-june-15-2016%E3%80%91/
  • L’article de l’Université de Fukushima:
    http://online.liebertpub.com/doi/abs/10.1089/thy.2015.0564
  • Un article détaillé de Yuri Hiranuma qui nous fait une synthèse de la situation en juin 2016 (anglais ):
    http://fukushimavoice-eng2.blogspot.fr/2016/06/fukushima-thyroid-examination-june-2016.html
  • Le blog de Yuri Hiranuma:
    http://fukushimavoice-eng2.blogspot.fr/
Notes:

Cela s’appelle manipuler les enfants. Quelles conséquences sur la relation parents-enfants ? sur la relation avec les soignants ? sur l’angoisse des enfants, invités à prendre seuls des décisions qui ne sont pas forcément de leur âge ?

Au fil des mois, on voit apparaître les avis que le lobby nucléaire fournit aux politiques:

  • 1- «au dessous de 100mSv il n’y a aucun risque». Cette affirmation qui date des études sur les survivants des bombes atomiques américaines n’est plus juste: 1) l’exposition à l’explosion unique d’une bombe n’est pas comparable à une exposition chronique au fil des ans; spécialement pour des enfants.
    2)Plusieurs études modernes ont montré qu’il n’existe pas de seuil en dessous duquel l’exposition aux rayonnements serait inoffensive. Une exposition chronique à 20 mSv/an est déjà considéée comme trop élevée. Voir l’étude citée ci dessus, et «A 20 mSv/an, le risque de cancer des enfants de Fukushima est très sous-estimé»:
    http://www.vivre-apres-fukushima.fr/a-20-msvan-le-risque-de-cancer-des-enfants-de-fukushima-est-tres-sous-estime/
  • 2- Il est inutile d’évacuer les populations. L’évacuation causerait plus de problèmes de santé que de laisser tout le monde en milieu contaminé. Cela coûte extrèmement cher et cela ruine toute une province.
  • 3- La doctrine, déjà mise en oeuvre à Tchernobyl et actuellement en cours à Fukushima est de tenter de persuader les populations qu’on peut très bien vivre en milieu contaminé, femmes enceintes et enfants compris; qu’il suffit d’apprendre à chacun comment utiliser son dosimètre et contrôler ainsi sa contamination. C’est le programme ETHOS. La responsabilité des affections provoquées par les rayonnements est ainsi reportée sur les populations qui en sont victimes.
  • 4- Et voici maintenant qu’il est déraisonnable d’examiner les enfants victimes de l’irradiation radioactive.

Il est fort probable que ce sont les conseils que le lobby nucléaire donnera aux politiques lors du prochain accident au Japon, en Europe ou ailleurs. Les politiques suivront-ils ?

Vous trouverez des articles concernant les faibles doses à la rubrique «faibles doses» dans l’index en haut de page. Notamment:

  • Les cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima sont bien dus à la radioactivité:
    http://www.vivre-apres-fukushima.fr/les-cancers-de-la-thyroiactivite/
  • A 20 mSv/an, le risque de cancer des enfants de Fukushima est très sous-estimé
    – lire: http://www.vivre-apres-fukushima.fr/a-20-msvan-le-risque-de-cancer-des-enfants-de-fukushima-est-tres-sous-estime/
    – Télécharger: vivre-apres-fukushima.fr/gm-documents/danger-20mSv-impr.pdf
  • Le rapport des médecins de l’IPPNW/PSR:
    http://tinyurl.com/zzmazqj
    ou http://www.vivre-apres-fukushima.fr/gm-documents/Ippnw-fukushima-report-FRa.pdf
  • Les maladies radio-induites “NEGLIGEABLES“
    http://www.vivre-apres-fukushima.fr/les-maladies-radio-induites-negligeables-un-nouveau-paradigme

N’est-ce pas un bon moyen de saborder une étude dont les résultats vous déplaisent que de dire aux enfants concernés que ce n’est pas la peine de continuer de s’astreindre à des examens «déraisonnables»?

L’université de Fukushima a signé des accords avec l’AIEA. Ce qui sort de cette université a l’accord de l’AIEA(le lobby officiel du nucléaire).
Au sujet des liens de l’université médicale de Fukushima, je reprends une note de Yuri Hiranuma dans son article http://fukushimavoice-eng2.blogspot.fr/2016/06/strict-management-of-fukushima-health.html :

(Note: Il est de notoriété publique que l’Université médicale de Fukushima est comissionnée par la préfecture de Fukushima pour mener l’enquête sur la gestion de la santé de Fukushima en utilisant les ¥ 78,2 milliards du «Fonds pour la santé des Residents de Fukushima» créé à la fin 2011 par le gouvernement japonais(~684 millions d’€). Cependant, il pourrait ne pas être aussi bien connu que les 78,2 milliards de yens provenaient du «Ministère de l’Economie, du commerce et de l’Énergie», dont l’«Agence des ressources naturelles et de l’énergie» est chargée de promouvoir la construction de centrales nucléaires électriques au Japon; par l’intermédiaire de son service pour l’expansion des installations nucléaires et des industries du cycle du carburant qui fait partie du département pour l’expansion de l’industrie de l’électricité et du gaz).
Deuxièmement, il est devenu évident que l’Université médicale de Fukushima a des lignes directrices strictes concernant l’utilisation des données de l’Enquête sur la gestion de la santé Fukushima; et qu’il existe un contrôle serré sur la présentation et la publication des données analysées par le biais d’un processus d’examen par les pairs qui approuve ou désapprouve le travail. Les références sont dans l’article anglais, en anglais ou en japonais

Pour information, les buts et le conmpte-rendu officiel du «Fukushima Health Management Survey» se trouvent sur le site web du « Radiation Health Science Center»: http://fmu-global.jp/?wpdmdl=1032 (anglais)

le 22 août 2016

L’information en français sur Fukushima:
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Juin 24

Les maladies radio-induites « négligeables », un nouveau paradigme

Dr. ABRAHAM BEHAR
Président de l’AMFPGN
Ex président de l’IPPNW

Jusqu’en 2006, la bataille a fait rage dans la communauté scientifique pour faire admettre la notion de “faibles doses“. Celle-ci fut soit rejetée par les partisans d’un seuil d’efficacité biologique, soit reliée aux effets des rayonnements ionisants en dessous de 500 mSv, ce qui retirait toute singularité puisque les effets tangibles sur la santé étaient identiques avec celles des fortes doses, la gravité en moins.

Dans un premier temps le seuil est redescendu à 100 mSv. Même si la majorité des experts avaient accepté une limite “admissible“ en radioprotection (soit 1 mSv pour la population) les nucléaristes restaient fermes sur ce qui leur paraissaient une évidence : pas de maladies radio induites en dessous du seuil  fatidique de 100 mSv.

La contestation de ce dogme, menée par des radiobiologistes (comme votre serviteur) et par une partie de la société civile a eu pendant longtemps uniquement des arguments épidémiologiques confirmant des effets délétères des rayonnements ionisants bien en dessous des 100 mSv, jusqu’à 10 mSv dans certains cas. Si très tôt on a compris que la genèse des cancers était multifactorielle, cette caractéristique a surtout servi à masquer la part de la radioactivité dans ce processus.

La bascule, du moins dans les esprits, s’est faite avec le rapport de l’UNSCEAR (agence de l’ONU pour la radioprotection) de 2006 (1) confirmé par celui de 2012 sur “ les mécanismes biologiques des effets des radiations aux faibles doses“ (2).

    Ce rapport allait confirmer :

  • La reconnaissance officielle d’une différence majeure entre fortes et faibles doses, avec un lien sur les effets non ciblés.
  • L’existence d’une nouvelle radiobiologie radicalement différente de l’ancienne
  • L’acceptation (prudente) d’un début de modèle biologique pour expliquer les lésions non ciblées. (3)
  • La reconnaissance d’un support biologique aux groupes humains à risque : l’épi génétique, c’est à dire l’ensemble des événements environnementaux susceptibles de modifier le génome.

Cela n’a pas suffit pour faire changer d’avis les tenants de la limite à 100 mSv, mais une brèche s’est ouverte au sein du groupe des experts en radioprotection : Un certain nombre ont accepté l’idée de la réalité du modèle linéaire sans seuil, non plus comme précaution administrative, mais comme une réalité.
Cela rétablissait la cohérence avec les dernières études épidémiologiques (4) avec des valeurs de doses cumulées très inférieures au 100 mSv.
Par exemple, l’étude portant sur les travailleurs de 3 pays (USA, GB et France) appelée INWORKS. On a étudié une population de 8,22 millions de “sujet/année“ correspondant à 308 297 travailleurs. La dose cumulée moyenne est de 16 mGy, avec une dose moyenne annuelle de 1,1 mGy. Même si on traduit un milli Gray (mGy) par un milli Sievert (mSv) on est loin des 100 mSv exigés pour avoir un effet !

Nous avons déjà expliqué ce que signifie «l’excès de risque relatif» ERR (5), rappelons qu’il est très significatif au delà de 1.

    On a,

  • pour les leucémies myéloïdes chroniques recensées un ERR de 10,45
  • pour les leucémies aigues lymphoblastiques : ERR= 5,80
  • Pour la maladie de Hodgkin, ERR= 2,54
  • et pour les lymphomes non Hodgkinien ERR=0,47
  • tout cela avec un dose cumulée moyenne de 16 mGy.

Alors, dans le milieu spécialisé s’est posée très vite la question : comment construire une nouvelle digue contre la reconnaissance des effets biologiques non ciblés, singulièrement aux faibles doses ? Il y avait urgence compte tenue des retombées financières.

LA NOUVELLE FRONTIÈRE POUR LES FAIBLES DOSES : LES MALADIES RADIO INDUITES “NEGLIGEABLES“
Négligeable, du verbe négliger vient du latin negligere c’est à dire stricto sensu : ne pas en tenir compte. Donc le qualificatif négligeable s’applique à tout ce qui est susceptible de n’être pas pris en compte.
On utilise depuis longtemps en statistique cette notion quand une mesure oscille autour d’une valeur centrale et qu’il faut déterminer un “intervalle de confiance“ :

courbe de Gauss

Si on choisit un intervalle de confiance de 99% de part et d’autre de la moyenne, cela ne veut pas dire que les valeurs mesurées au delà de 1% n’existent pas, mais on accepte de ne pas en tenir compte, c’est la loi de GAUSS dite normale. Exemple, si un objet pesant une tonne en moyenne sur une balance, est il raisonnable de tenir compte des variations de l’ordre du gramme, même du kilo,  en plus ou en moins?

    Pour les faibles doses, le glissement va se faire en plusieurs étapes :

  • 1- Contrairement aux principes fondamentaux de la statistique, on va mesurer la probabilité de “causalité“ non pas pour une population, mais pour un individu précis : alors que devant une réalité d’un effet (ici un cancer) c’est la loi du tout ou rien qui s’applique.
  • 2- Pour ce faire on va utiliser un logiciel américain (abandonné aux USA pour les vétérans) le NIOSH IREP (6) qui mixte des données multiples mais en fait qui embrouille une seule donnée décisive, la dose évaluée pour cet individu, avec une seule hypothèse : la probabilité de causalité. Si celle-ci est inférieure à 1% du calcul global fait à partir d’une population de référence (l’étude LLS sur la mortalité dans une cohorte de survivants d’Hiroshima et Nagasaki), on ne dit pas explicitement que le patient n’est pas atteint d’une maladie radio induite, mais qu’il se situe en dessous du seuil de 1%. Donc la prise en compte de sa pathologie comme étant radio induite n’est pas possible, donc le lien entre son exposition (bien réelle) et sa maladie pourtant inscrite dans un tableau, n’existe pas, ou plus exactement “qu’il est négligeable“ !
  • 3- Par extension, et en conformité avec le modèle linéaire sans seuil qui cesse d’être une précaution et devient un reflet de la réalité, on ne nie plus la survenue des maladies radio induites aux faibles doses, (y compris en dessous de 50 mSv de dose engagée cumulative), mais on les déclare négligeables.

QUE PEUT ON FAIRE DEVANT CE NOUVEAU FRONT DU REFUS ?

1Retourner au socle initial de l’épidémiologie d’une population en montrant l’ineptie de cette règle de 1% qui est ici appliquée uniquement sur les valeurs basses de la relation dose/effet.
Si, dans la probabilité de survenue d’une pathologie dans la population française on appliquait cette règle de 1% cela donnerait le résultat suivant : pour 65 millions d’habitants, la survenue certaine de 650 000 cas par an, est-ce acceptable? quand on voit la mobilisation générale (le téléthon) pour des maladies dont la probabilité de survenue est inférieure à un millionième soit 65 cas par an, cette morbidité a-t-on le droit de la proclamer « négligeable » ?

2 Démonter la supercherie des logiciels.
Pour NIOSH IREP utilisé pour exclure 97% des vétérans des essais nucléaires du droit à l’indemnisation, il nous revient de revenir sans cesse aux défauts de ce système en parti reconnus par les concepteurs de celui-ci :

  • a- Il s’appuie sur la mortalité des survivants japonais exposés en 1945 (à Hiroshima et Nagasaki) pour l’appliquer à la MORBIDITÉ y compris pour des travailleurs d’une population différente exposés pendant leur durée du travail. Or, aujourd’hui un cancer sur deux est guéri, avec une grande inhomogénéité alors que le logiciel tend à les évaluer en moyenne et en confondant en plus mortalité et morbidité.
  • b- Les manipulations des doses proposées par le logiciel reposent quasi uniquement sur une évaluation plus ou moins fantaisiste de la dose effectivement reçue mais non mesurée dans la plupart des cas. Le flou artistique à l’entrée dans NIOSH IREP se retrouve inéluctablement à la sortie.
  • c- Même si la version corrigée actuelle de ce logiciel tient compte des objections de la communauté scientifique et est donc plus réaliste, tout se passe comme si rien n’existe en dessous de 50 mSv (sauf pour les leucémies) ce qui est en contradiction avec les données épidémiologiques.
  • d- L’évaluation des doses liées à la contamination interne est encore plus discutable, l’interprétation par le logiciel aggrave encore cette sous estimation.
  • e- La nature du dépôt d’énergie dans les organes humains est mal prise en compte en particulier pour les neutrons, et pourtant pour les explosions atomiques et encore plus, pour les travailleurs exposés, ce n’est pas négligeable (environ 10% dans la cohorte des travailleurs du nucléaire).

3 SURTOUT PROMOUVOIR LE MODÈLE DIT DU “SYSTÈME BIOLOGIQUE“ (3) certes plus complexe mais qui intègre convenablement le caractère spécifique des faibles doses dans le cadre général du détriment des rayons ionisants sur la santé. Il y a en effet un monde entre nos anciennes conceptions en radiobiologie schématisée ici avec une mutation première de l’ADN des cellules irradiées puis une deuxième mutation secondaire pour aboutir de façon aléatoire au cancer (le terme utilisé étant un effet “stochastique“ opposé à l’effet “ déterministe“ strictement lié à la dose). Dans le nouveau modèle biologique, il y a bien une mutation première éventuellement tardive, mais c’est un deuxième événement qui est décisif.

Schéma Genèse des cancers

QUELLES SONT NOS TÂCHES POUR NOUS AMFPGN ?

Avec l’IPPNW, et en tant que praticiens de la santé, nous avons comme matière principale les conséquences humanitaires de la menace nucléaire et donc en priorité les conséquences sur la santé publique. Se battre dans toutes les instances scientifiques pour faire admettre la pertinence du système biologique, cohérente avec notre expérience médicale, reste crucial. Nous l’avons fait dans le passé pour la reconnaissance des effets sur la santé publique des faibles doses, nous devons le faire contre ce nouveau révisionnisme avec cette conception de ce qui est “négligeable“.
Mais pour nous en France il y a une urgence spécifique, celle des vétérans des essais nucléaires régulièrement grugés par cette mécanique du 1%, dénoncée partout, y compris dans la commission des droits de l’Homme de l’ONU ( voir l’éditorial de Françoise Ducloux dans le dernier numéro de MGN). Il s’agit d’une bataille politique au bon sens du terme qu’il faut mener avec les parlementaires favorables à la loi sur l’indemnisation et avec les ministres, comme celle de la santé, qui ont soutenu le bon droit des vétérans porté en particulier par l’AVEN.
L’AMFPGN ne se dérobera pas à cette exigence majeure.

Dr. ABRAHAM BEHAR

BIBLIOGRAPHIE
1- IRSN, Synthèse des rapports de l’UNSCEAR, Ed doc référence, septembre 2006
2- UNSCEAR (United nations committee on the effects of atomic radiation), Biological mechanisms of radiation actions at low doses, 2012
3- A.BEHAR, la radiobiologie a changé de base, CR. AC.ROY MED Belgique, 163, N°3-4,133/143p, 2008
4- KIERVI LEURAUD, DS RICHARDSON, E CARDIS et al, Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation monitored workers (INWORKS), THE LANCET HEM.2, 276/281p, juillet 2015
5- A.BEHAR quelles pratiques en zone contaminée (glossaire) MGN, 30,N°1, 13/15p, 2015
6- A.BEHAR, la loi d’indemnisation, miroir aux alouettes pour les vétérans des essais nucléaires, MGN, 26, N°4, 4/8p, 2011


Notes

J’ai reproduit ci-dessus le texte original intégral, avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Le texte origine se trouve sur le site de l’ AMFPGN: Association des Médecins Français pour la prévention de la Guerre Nucléaire.- http://amfpgn.org/

L’AMFPGN est la branche française de l’ IPPNW International.
l’IPPNW a publié avec l’association américaine PSR un rapport sur la situation sanitaire à Fukushima 5 ans après la triple fusion nucléaire.
Vous pouvez trouver la version française:
ICI: http://www.vivre-apres-fukushima.fr/gm-documents/Ippnw-fukushima-report-FRa.pdf
et LÀ: http://tinyurl.com/zzmazqj

Qu’est l’IPPNW ?

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son «important et compétent travail d’information», qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW: http://ippnw.org/

Le site de la section française:
Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
http://amfpgn.org/site/category/qui-sommes-nous/amfpgn-presentation/

Le PSR: « Physicians for Social Responsability » est une association américaine de médecins qui milite pour que cessent toutes sortes de pollutions : le nucléaire, les gaz de schiste etc…
Le site du PSR: http://www.psr.org/

L’AVEN, Association des Vétérans des Essais Nucléaires Français et leurs familles
a pour but de soutenir la cause de tous les Vétérans et, particulièrement, ceux porteurs de maladies radio-induites, en intervenant auprès des autorités administratives et judiciaires pour obtenir :

  • 1 – Le recensement des personnels civils et militaires qui ont travaillé aux Centres d’Expérimentation du Sahara et du Pacifique;
  • 2 – L’accès aux dossiers médicaux militaires des personnels des essais ;
  • 3 – La présomption d’origine des maladies radio-induites ;
  • 4 – Une Commission du suivi des essais nucléaires ;
  • 5 – Un fonds d’indemnisation des victimes civiles et militaires des essais nucléaires
  • 6 – Un droit à pension pour les personnels civils et militaires et leurs ayants droit
  • 7 – La reconnaissance de la nation

Le 24 juin 2016

L’information en français sur Fukushima:
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Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Juin 02

Le rapport des médecins de l’IPPNW/PSR sur Fukushima-5 ans disponible en français

C’est une synthèse des conséquences à 5 ans de l’accident de Fukushima dont vous avez déjà pu lire des extraits sur « vivre-apres-fukushima » ces dernières semaines.

Vous pouvez maintenant télécharger la version française complète ici ou ICI

la page 1

Les chapitres:

  • 1. Le début de la catastrophe nucléaire
  • 2. Emissions et contamination radioactives
    • 2. 1. Rejets dans l’atmosphère
    • 2. 2. Rejets dans l’océan Pacifique
    • 2. 3. Contamination radioactive des denrées alimentaires
  • 3. Conséquences de la catastrophe nucléaire sur la santé humaine
    • 3. 1. Effets sur la santé des personnes exposées professionnellement
    • 3. 2. Effets sur la santé du public
  • 4. Les tests thyroïdiens dans la préfecture de Fukushima
    • 4. 1. Dépistage préliminaire de base
    • 4. 2. Dépistage à grande échelle
    • 4. 3. Les dépistages thyroïdiens, synthèse
  • 5. Conséquences de la catastrophe nucléaire sur le biote non humain
  • 6. Perspectives
  • 7. Recommandations de l’IPPNW et de PSR

Qu’est l’IPPNW ?

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW: http://www.ippnw.eu/fr/accueil.html

Le site de la section française:
Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
http://amfpgn.org/site/category/qui-sommes-nous/amfpgn-presentation/

Le PSR: « Physicians for Social Responsability » est une association américaine de médecins qui milite pour que cessent toutes sortes de pollutions : le nucléaire, les gaz de schiste etc…
Le site du PSR: http://www.psr.org/

Le 2 juin 2016

Mar 26

5 ans. Bilan sanitaire de la catastrophe de Fukushima.

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW) et l’association Physicians for Social responsability (PSR)
ont publié le 9 mars 2016 un rapport intitulé
« Vivre avec Fukushima depuis 5 ans»

Il est disponible en anglais ici:
http://www.psr.org/resources/fukushima-report-2016.html

La couverture du rapport de IPPNW/PSR

Voici une traduction partielle de ce rapport.

Traduction Odile Girard, http://www.fukushima-is-still-news.com/
avec l’aimable autorisation des auteurs

Auteurs
Dr.med. Alex Rosen, Vice-Chair, IPPNW Germany
Dr.med. Angelika Claussen, IPPNW Vice President for Europe

mars 2016


5 ans: vivre avec Fukushima – Résumé des effets sanitaires de la catastrophe nucléaire

Résumé

Le 11 mars 2016, le Japon et le monde commémorent le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Plus de 200 000 personnes furent évacuées de la préfecture de Fukushima dans des camps de fortune, où vivent encore quelque 100 000 d’entre elles. Mais les conséquences de la catastrophe s’étendent bien au-delà des limites de la préfecture. Depuis le début, des millions de gens ont été exposés à une augmentation des doses de radiation, principalement dans les zones de fortes retombées radioactives. Les retombées radioactives affectent les personnes à travers l’exposition atmosphérique pendant les émissions de radioactivité ou les tempêtes qui soulèvent de la poussière radioactive, ainsi que via l’exposition directe à un sol et des surfaces contaminés. Tout le monde, y compris ceux qui vivent dans les régions moins contaminées du pays, a également été confronté à la radioactivité contenue dans l’eau de boisson et l’alimentation contaminées. Cette forme d’exposition est extrêmement inquiétante, car les particules radioactives peuvent
être absorbées par les organes et les tissus internes et continuer à émettre des rayonnements ionisants pendant des dizaines d’années.

Selon le Premier ministre japonais de l’époque, ce n’est que grâce à une « divine Providence » que le Grand Tokyo, avec ses plus de 30 millions d’habitants, a évité la contamination et l’évacuation. Les autorités ayant omis de distribuer de comprimés d’iode, la population est restée sans protection face à l’iode radioactif, qui peut provoquer cancers thyroïdiens et hypothyroïdisme.
Cette tragédie se poursuit encore aujourd’hui.
Chaque jour, quelque 300 tonnes d’eau radioactive se déversent de manière incontrôlée dans l’océan. La catastrophe de Fukushima est déjà responsable de la plus grave contamination radioactive des océans dans l’histoire de l’humanité.

Cinq ans après la fusion des cœurs, on ne connaît toujours pas avec certitude ses effets sur la santé de la population japonaise. Premièrement, on ne sait pas exactement combien de radiation a été réellement émise en mars et avril 2011, et combien s’est échappée depuis des ruines des réacteurs et du site de la centrale. Comment l’expliquer?

  • Des études indépendantes indiquent parfois des émissions radioactives
    considérablement plus importantes
  • Tous les isotopes radioactifs n’ont pas été mesurés, en particulier le
    strontium-90
  • Les premiers rejets n’ont pas été inclus dans l’évaluation des impacts
    sanitaires.

En d’autres termes, les informations de base concernant la contamination du sol,de l’océan et de la nourriture sont encore un sujet de controverse entre le lobby nucléaire et les scientifiques indépendants.
Deuxièmement, le gouvernement pro-nucléaire du Japon et le tout-puissant lobby nucléaire font tout ce qu’ils peuvent pour minimiser et dissimuler les conséquences de la catastrophe.
Même l’Université de Médecine de Fukushima, qui coordonne le programme
de dépistage du cancer de la thyroïde, a des liens avec le lobby nucléaire et a reçu de l’argent de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). On a l’impression que l’idée est de refermer au plus vite le dossier de Fukushima et de s’assurer que le public japonais retrouve une attitude positive vis-à-vis de l’énergie nucléaire.

Toutefois, les données montrent un tableau assez différent. Non seulement des fuites radioactives périodiques en provenance des réacteurs dévastés ainsi que des épisodes de recontamination dans toute la région continuent à se produire, mais la perception de l’énergie nucléaire a aussi changé et une majorité de Japonais rejettent désormais le nucléaire. L’étude controversée relative aux cancers de la thyroïde n’a pas envoyé le signal de fin d’alerte tant espéré par le lobby nucléaire. Au contraire, 116 enfants de la préfecture de Fukushima ont déjà été diagnostiqués comme souffrant d’un cancer de la thyroïde agressif et à évolution rapide, ou déjà au stade des métastases. Dans une population de cette taille, on attendrait normalement environ un cas par an. Pour 16 de ces enfants, on peut exclure l’effet du dépistage (screening effect), étant donné que leur cancer s’est déclaré au cours des deux dernières années.

Ce qui est encore plus inquiétant que les résultats de l’étude, c’est qu’à part l’incidence des cancers de la thyroïde chez les enfants de la préfecture de Fukushima, le Japon n’a pas commencé d’autres enquêtes scientifiques à grande échelle sur les maladies liées aux radiations.
L’origine d’un cancer est difficile à étiqueter
et la cause d’un cancer individuel ne peut être reliée par un lien de causalité à un incident spécifique. Les autorités japonaises sont parfaitement conscientes de ce fait et n’ont pas cherché les augmentations de fausses couches, de malformations fœtales, de leucémies, de lymphomes, de tumeurs solides et de maladies non cancéreuses parmi la population qui a été touchée par les retombées radioactives. Or on sait que le taux d’augmentation de toutes ces maladies avait été significatif après l’accident de Tchernobyl.

Quand nous parlons de la population affectée au Japon, nous la divisons en quatre sous-groupes :

  • Plus de 25 000 personnes ayant participé au nettoyage et aux secours ont reçu les doses de radiations les plus fortes doses et risqué leur vie, en empêchant l’escalade de la situation sur le site de la centrale. Si l’on en croit les données fournies par l’opérateur TEPCO, une centaine d’ouvriers contracteront un cancer dû aux doses excessives de radiations, cancer qui sera fatal dans 50 pour cent des cas. Cependant, les véritables niveaux de dose sont très probablement bien plus élevés, car l’opérateur n’hésite pas à manipuler les données afin d’éviter les demandes de compensation ; l’entreprise est ainsi capable d’engager des travailleurs temporaires non enregistrés, de trafiquer les dosimètres et même d’avoir recours à des faux grossiers.
  • La population évacuée, soit 200 000 personnes, qui a été initialement exposée à des doses de radiation considérables, vit maintenant pour la majeure partie en-dehors de la préfecture de Fukushima.
  • Les populations non évacuées des zones irradiées continuent à être exposées chaque jour à des doses accrues de radiation.
  • La population du reste du Japon est exposée à des doses accrues de radiation provenant de retombées radioactives minimales, ainsi que d’aliments et d’eau contaminés.

Ce qui est absolument nécessaire à présent, c’est de réaliser une série d’études épidémiologiques pour examiner les conséquences sanitaires de l’exposition aux doses excessives de radiation, en particulier les maladies qui peuvent être détectées et traitées de manière précoce. Ces études doivent être guidées par les enquêtes déjà publiées, exposées dans le présent rapport, sur les animaux , les oiseaux et les insectes touchés par la catastrophe et qui montrent des effets hématologiques, une élévation des taux de mutation dans la seconde génération et une augmentation des taux de mortalité. Mais comme ce genre d’études – et l’image négative de l’énergie nucléaire qu’elles véhiculeraient – ne sont pas politiquement désirables, nous ne connaîtrons sans doute jamais l’ampleur réelle des effets sur la santé de la catastrophe de Fukushima et nous devons nous limiter à faire des estimations fondées sur les émissions radioactives connues ou présumées et sur les voies d’exposition.

Si l’on se base sur les chiffres du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), qui est un organisme pro-nucléaire, qui estimait la dose collective à vie à environ 48 000 personne-Sieverts et si l’on utilise les facteurs de risque reconnus au niveau international dans le rapport BEIR-VII, on peut attendre un excès d’incidence de cancers d’un peu moins de 10 000 au Japon dans les décennies à venir (intervalle de confiance allant de 4 300 à 16 800 cas). Si l’on prend en compte des données et des facteurs de risque plus modernes, les estimations de l’augmentation des taux de cancer sont nettement plus élevées, à savoir quelque 66 000 cas de cancer supplémentaires, dont environ la moitié seraient mortels.

Est-ce beaucoup ?
Certainement pas en regard d’une population de presque 127 millions de personnes et un risque “normal” de cancer de 50 % au cours de la vie. Mais est-ce négligeable ? Vu que dix mille personnes vont développer un cancer uniquement suite à une « catastrophe causée par l’homme » à Fukushima (c’est ainsi que l‘a qualifiée la Commission d’enquête indépendante de la Diète nationale), certes non. Le destin de ces personnes et de leur famille n’est ni « négligeable » ni « non significatif », comme voudraient nous le faire croire le lobby de l’industrie nucléaire, l’AIEA et l’UNSCEAR.

Le discours public sur la catastrophe de Fukushima ne doit pas se laisser guider par le profit économique et l’influence politique, mais doit se concentrer sur la santé et destin des populations affectées, ceux qui ont tout perdu, qui craignent pour leur santé et celle de leurs enfants, et qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre sans la peur incessante des radiations.

Les risques sanitaires pour la population japonaise doivent être étudiés par des scientifiques indépendants et de manière à exclure toute influence indue de la part de l’industrie nucléaire et de ses soutiens politiques. Des études extensives sont nécessaires pour comprendre les conséquences sanitaires sur la population affectée, pour identifier les maladies à un stade précoce et améliorer la protection des générations futures en approfondissant nos connaissances sur les effets des rayonnements ionisants. Le débat sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima va bien au-delà du principe de l’indépendance de la recherche et de la résistance à l’influence des tout-puissants groupes de pression. Il s’agit ici du droit universel de chaque être humain à la santé et à vivre dans un environnement sain.

Dr. Alex Rosen, médecin, vice-président, IPPNW Allemagne
Catherine Thomasson, médecin, directrice exécutive, PSR (États-Unis)


Extraits de quelques chapitres du rapport

Perspectives

Les résultats ci-dessus montrent clairement que la catastrophe nucléaire de Fukushima n’est toujours pas sous contrôle et que le processus enclenché pour faire face aux conséquences sur les humains et l’environnement ne fait que débuter.
Dans le même temps, les informations élémentaires concernant le terme source [expression technique utilisée pour décrire le rejet accidentel de matières radioactives à partie d’une installation nucléaire dans l’environnement] et la contamination du sol, de l’océan et de
l’alimentation est encore sujette à des controverses entre d’une part, le lobby nucléaire et ses institutions, et d’autre part, les chercheurs et physiciens indépendants, même cinq ans après le début de la catastrophe.
Les effets sanitaires sur les ouvriers exposés de par leur travail et le public en général sont systématiquement minimisés par l’industrie nucléaire et leurs groupes de pression comme l’AIEA ou l’UNSCEAR.
À coup de
déclarations éloquentes et de rapports palliatifs, particulièrement de la part des autorités japonaises, des efforts persistants sont faits pour mettre fin à toute discussion sur la catastrophe de Fukushima.

Il faut le clamer avec insistance : le débat est loin d’être terminé.
Selon TEPCO, chaque jour quelque 300 tonnes d’eau radioactive se déversent dans la mer.1 Les travaux de décontamination sont en panne et sont sans cesse contrariés par la recontamination. La décontamination des montagnes, des forêts et des champs s’est avérée impossible, même pour un pays comme le Japon. Les autorités comptent avec optimiste sur “l’effet protecteur” du lavage des radionucléides dans le sol et l’infiltration des particules radioactives dans les couches plus profondes du sol, mais oublient de tenir compte de l’augmentation de l’exposition du public au césium-137 radioactif présent dans les nappes phréatiques et la chaîne alimentaire. 2 Il faudra des dizaines d’années et des milliards de dollars des contribuables pour retirer les matériaux radioactifs restant dans les réacteurs dévastés.3 La demi-vie du césium-137 est d’environ 30 ans. Cela signifie que des quantités non négligeables de radiation resteront présentes dans les champs, les pâturages et les forêts pendant les 300 prochaines années et plus. Le fait que les forêts du sud de l’Allemagne soient encore activement contaminées 30 ans après Tchernobyl en est un parfait exemple.

Il ne serait pas très scientifique de formuler des conclusions définitives sur les effets à long terme d’une catastrophe nucléaire cinq ans seulement après l’accident, surtout que les problèmes principaux sont les cancers et les maladies cardiovasculaires qui prennent des années, voire des décennies à se manifester. C’est précisément pourtant ce que les autorités japonaises, l’AIEA et l’UNSCEAR essaient de faire quand elles déclarent qu’il n’y aura pas dans la population affectée d’effets « pertinents » ou « discernables » dus aux radiations.
Ce dont ont besoin les gens qui vivent dans les régions concernées, c’est d’une information crédible, de conseils et de soutien, et non pas de mensonges, d’études manipulées ou de faux espoirs.
La motivation d’organismes comme l’AIEA n’est pas de protéger la santé des populations : leur intérêt consiste en grande partie à protéger les profits et l’influence politique de l’industrie nucléaire au Japon et dans le reste du monde.
Alors que le secteur de l’énergie nucléaire japonais a généré depuis des dizaines d’années d’immenses profits avec ses réacteurs vieillissants, le coût de la contamination extensive et des efforts de nettoyage à Fukushima sera du ressort de plusieurs générations de contribuables japonais, dont la majorité doute aujourd’hui sérieusement du bien-fondé du nucléaire. Au Japon, un gigantesque système de mensonge organisé a été installé pour protéger l’industrie nucléaire. Les rapports indésirables peuvent être accusés de “trahison de secrets d’État” et sont punis par la loi. 4

Le débat public sur Fukushima ne doit pas concerner les profits, le pouvoir et l’influence politique de l’industrie nucléaire, mais la situation et la santé des populations affectées, ceux qui ont tout perdu, qui craignent pour leur santé et celle de leurs enfants, qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre sans la peur incessante des radiations.
Les risques sanitaires pour la population japonaise doivent être étudiés par des scientifiques indépendants pour exclure tout soupçon d’influence indue de la part de l’industrie nucléaire et de ses soutiens politiques. Des études extensives sont nécessaires pour comprendre les conséquences sanitaires sur la population affectée, pour identifier les maladies à un stade précoce et améliorer la protection des générations futures en approfondissant nos connaissances sur les effets des rayonnements ionisants. Le débat sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima va bien au-delà du principe de l’indépendance de la recherche et de la résistance à l’influence des tout-puissants groupes de pression. Il s’agit ici du droit universel de chaque être humain à la santé et à vivre dans un environnement sain.

3.Conséquences de la catastrophe nucléaire sur la santé humaine

pp.22-25

La nature cancérigène des radiations ionisantes est connue depuis longtemps. class= »fvert »>1 Les personnes qui sont soumises aux radiations sur leur lieu de travail sont plus souvent malades que les personnes non exposées.
Une méta-analyse de 2007 des données émanant de 15 pays a montré une corrélation significative entre la dose de radiation et l’incidence de cancer sans dose seuil chez les personnes exposées.2
Le Comité consultatif de l’Académie des Sciences américaine sur les effets biologiques des radiations ionisantes déclare dans son rapport BEIR VII qu’il n’existe pas de dose seuil minimale et que même de faibles doses de radiation sont capables de provoquer des dégâts dans les tissus et des mutations génétiques. L’exposition d’une population importante à de faibles doses de radiation peut donc avoir un effet similaire à celle qu’aurait une forte dose de radiation sur une population réduite. Le modèle dose-risque du rapport BEIR VII montre que l’exposition d’une population de 100 000 personnes à une moyenne de 1 mSv aurait pour résultat une moyenne de 20 cas de cancers (avec un intervalle de confiance ou IC de 9 à 35). On pourrait attendre le même nombre de cancers si 1 000 personnes étaient exposées à 100 mSv de radiation.
Dans les deux cas, on part du principe que le facteur de risque relatif à l’incidence de cancer (intervalle de confiance 0,09-0,35) est de 0,2 par personne-sievert. L’OMS utilise aussi un facteur de risque de cancer de 0,2/PSv dans son rapport de 2013 sur Fukushima.4 Le facteur de risque pour la mortalité due au cancer est à peu près deux fois moins élevé (0,1/PSv, IC 0,05-0,19).

Si on applique ce modèle à la situation du Japon après la catastrophe nucléaire de Fukushima, voici l’image qui en résulte :
Les ouvriers responsables du nettoyage de la centrale ont probablement été les plus exposés. Ils constituent cependant un groupe
relativement réduit.
Les retombées radioactives et la contamination incessante de l’océan, de l’eau de boisson et des aliments font qu’une bien plus grande proportion de la population japonaise est actuellement exposée à de faibles doses de radiations, en particulier dans les zones les plus contaminées. Mais les gens vivant dans le Grand Tokyo sont eux aussi affectés, ainsi que les consommateurs de produits irradiés dans tout le pays. La contamination radioactive continuera à avoir des conséquences pour la population pendant longtemps. Le strontium-90 ayant une demi-vie de 28 ans et le césium-137 une demi-vie de 30 ans, il faudra 300 ans avant que le processus de désintégration ne rende les niveaux d’irradiation acceptables.

Dans les décennies à venir, l’exposition chronique d’importantes parties de la population à de faibles doses de radiations va représenter le défi le plus sévère pour la politique de santé publique. L’origine des cancers étant difficile à identifier, le lien de causalité entre les cas de cancers spécifiques et tel ou tel évènement ne peut jamais être établi. En outre, le Japon a déjà une incidence “naturelle” de cancer relativement élevée : environ la moitié des Japonais développeront un cancer au cours de leur vie. Néanmoins, des études épidémiologiques appropriées pourraient différencier les cas de cancers radio-induits du “bruit de fond” de l’incidence naturelle de cancer. On l’a vu très clairement dans l’étude des leucémies et des cancers chez les enfants vivant près de réacteurs nucléaires en Allemagne, qui a révélé une augmentation significative du nombre de cancers
infantiles aux alentours des centrales nucléaires. 5
Mais ce genre d’études ne sert évidemment pas les intérêts des autorités et du puissant lobby nucléaire japonais. Leurs organismes soutiennent par conséquent qu’ « on n’attend pas
d’augmentation perceptible du taux d’incidence des cancers dans cette population qui pourrait être attribuée à une exposition aux radiations liée à l’accident. »6
Dans les deux chapitres qui suivent, nous examinerons cette affirmation [de manière critique] sur la base des deux populations les plus affectées, à savoir les travailleurs affectés au nettoyage et l’ensemble de la population. Pour finir nous reprendrons [encore une fois séparément] les résultats de l’étude en cours sur les cancers de la thyroïde menée par l’Université de Médecine de Fukushima, car elle est jusqu’à présent la seule
étude à présenter la possibilité d’un lien entre l’augmentation de l’incidence des cancers et la catastrophe nucléaire de Fukushima.

3.1 Effets sur la santé des personnes exposées professionnellement

3.2 Effets sur la santé du public en général

Contrairement aux ouvriers qui ont été et continuent à être exposés à des taux de radiation élevés, la plus grande partie de la population japonaise a été exposée à des doses relativement faibles, à travers les aliments, l’eau et l’air contaminés. Cependant, de par sa taille, c’est dans ce groupe qu’on peut attendre de loin le plus grand nombre d’effets concrets sur la santé. L’exemple suivant peut servir d’illustration : si on prend les chiffres de l’UNSCEAR, les 127 millions de Japonais seront exposés à une dose vie d’environ 48 000 personne-sieverts (PSv), dont la majorité affectera la population des préfectures les plus contaminées. En appliquant le facteur de risque de 0,2/PSv (IC : 0,09-0,35) proposé dans le rapport BEIR VII, que même l’OMS utilise à présent, on estime le total des cas de cancers radio-induits au Japon à 9 600 (IC : 4 300 – 16 800), dont environ la moitié seront mortels.

Ce chiffre est encore plus élevé si l’on utilise les calculs de doses du rapport de l’OMS sur Fukushima. L’OMS part du principe que la dose individuelle durant la première année était entre 3 et 25 mSv pour la population des zones les plus contaminées (un peu
moins d’un million de personnes) et de 0,316 mSv (IC : 0,1-1 mSv) pour le reste de la population (soit quelque 126 millions).17

Selon le facteur utilisé pour calculer la dose vie (le double ou le triple de la dose de la première année), on arrive à une dose vie collective de 110 000 à 165 000 PSv. Si on prend le facteur de risque d’incidence de cancer de 0,2/ PSv (IC : 0,09 – 0,35), on peut s’attendre à un chiffre de cancers supplémentaires de 9 900 à 57 000 pour l’ensemble du Japon.
D’autres modèles de calcul qui appliquent le facteur de risque plus élevé de 0,4/PSv pour le taux d’incidence des cancers arrivent à un chiffre situé entre 22 000 et 66 000 cas de cancers.18
Des études épidémiologiques récentes suggèrent que ce facteur de risque reflète le risque réel de cancer de manière plus fiable que le facteur moins élevé appliqué dans le rapport BEIR VII.19

Quelles que soient les estimations de doses, les calculs de dose à vie ou les facteurs de risque qu’on ait tendance à préférer, il ne fait aucun doute que les rejets radioactifs de Fukushima provoqueront au Japon un nombre significatif de cancers – leucémies, lymphomes et tumeurs solides – même si individuellement le lien avec la catastrophe nucléaire de Fukushima n’est pas démontrable. Il n’est envisagé aucun programme de dépistage de masse ou de prévention spécifique pour l’ensemble de la population, à la seule exception des tests thyroïdiens prévus pour les enfants de la préfecture de Fukushima.

On sait en outre que les radiations ionisantes causent non seulement des cancers, mais aussi des maladies cardiovasculaires, ainsi qu’un certain nombre d’autres maladies, et qu’une partie de celles-ci présentent les mêmes facteurs de risque que le cancer.20-21
De plus, les dommages génétiques et les effets ransgénérationnels des radiations ionisantes sont aujourd’hui bien connus. On peut en trouver de nombreux exemples dans la récente étude de synthèse de Scherb et al.22
Tout particulièrement, une évolution du rapport des sexes (sex-ratio) chez les nouveau-nés a été observée chez les populations ayant été exposées aux radiations. Avec moins de filles à la naissance, le rapport des sexes évolue en faveur des mâles. Il reste à voir si cet effet se fera également sentir à Fukushima au cours des prochaines années, mais la question vaut certainement la peine d’être examinée. Dans une analyse statistique des registres des naissances au Japon, Körblein a trouvé une augmentation significative de 20 % de mortalité périnatale dans les régions contaminées en 2012 et 2013, ce qui correspond à quelque 140 cas de cas excédentaires de mort périnatale. 23

Il faut noter que les calculs des taux de maladies et d’effets sanitaires sont fondés sur un grand nombre d’hypothèses, telles que le terme source, l’ingestion de particules radioactives dans l’alimentation et certains comportements ayant un impact sur le risque.24
Dans ce chapitre, les calculs sont basés sur les évaluations de doses faites par l’OMS et les estimations de doses vie collectives de l’UNSCEAR. On a déjà montré que cette information est tellement empreinte d’incertitudes et systématiquement sujette à une telle sous-estimation que les doses collectives, et par conséquent le nombre de cas de cancers et de morts, est en toute probabilité plusieurs fois supérieur. En voici quelques raisons :

  • Le montant total de particules radioactives rejetées est probablement
    beaucoup plus élevé que les chiffres utilisés pour les rapports
    de l’OMS et de l’UNSCEAR (voir chapitre sur les rejets
    atmosphériques).
  • L’exposition de la population dans la zone des 20 km avant et durant
    l’évacuation n’a pas été incluse dans ces estimations. 25
  • La quantité et la sélection des échantillons alimentaires pour
    calculer les doses d’irradiation interne étaient inadéquates ou
    biaisées (voir chapitre sur la contamination radioactive des
    aliments).
  • L’indépendance des auteurs des deux rapports doit être mise en question. Des
    représentants de l’AIEA ont écrit des passages essentiels du
    rapport de l’OMS, alors que le principal objectif de l’agence
    est de promouvoir l’énergie nucléaire dans le monde entier. 26

L’exactitude des calculs des risques sanitaires ne vaut que les hypothèses sur lesquelles sont fondés ces calculs. Une évaluation basée sur des données d’une objectivité discutable, un échantillonnage sélectif, la distorsion des données et la soustraction de faits pertinents ne saurait servir de fondement à une politique de santé
publique.

4.3 Les dépistages concernant la thyroïde(résumé)

p.28

Le nombre d’enfants qui n’ont pas été examinés suggère que l’augmentation de l’incidence des cancers thyroïdiens pourrait être encore plus forte. Plus de 67 000 enfants de la
préfecture de Fukushima ayant été exposés aux radiations n’ont pas été inclus dans l’étude et plus de 160 000 sont encore sur la liste d’attente pour un dépistage complet [attendent leur second dépistage]. Un autre motif d’inquiétude est que les enfants qui vivent hors de la préfecture de Fukushima ne sont pas systématiquement examinés ou soumis à un dépistage, alors qu’on sait que les retombées radioactives contenant du césium-131 ont atteint la banlieue nord de Tokyo et que des centaines de milliers d’enfants supplémentaires ont été exposés à une élévation de la radioactivité dans les premiers jours et les premières semaines de la catastrophe nucléaire mais n’ont pas fait l’objet d’un dépistage. Sans des dépistages de masse, il ne sera pas possible d’établir un lien de causalité entre l’excès
des cas de cancer et l’exposition aux radiations, et certains cas de cancer risquent d’être dépistés trop tard.

Dans ce contexte, il est important de rappeler que les autorités ont délibérément omis de distribuer des comprimés d’iode pour protéger la population contre les effets néfastes de l’iode-131. Le rapport du Comité d’enquête indépendant du parlement japonais indique que « quoique les effets positifs de l’administration d’iode stable et les délais appropriés aient été parfaitement connus, les autorités de réponse à l’urgence nucléaire du gouvernement et le gouvernement de la préfecture n’ont pas réussi à donner au public des instructions correctes.[check report]. »12
Il est difficile également de comprendre pourquoi, le 19 avril 2011, le gouvernement japonais a augmenté le niveau d’exposition permissible pour les enfants à 3,8 μSv/heure (l’équivalent de 20 mSv par an pour une exposition de 14 heures par jour).13
Suite aux protestations des organisations de parents, de scientifiques et de médecins, le gouvernement a annulé la nouvelle norme le 27 mai 2011 et repris l’ancienne qui était de 0,2 μSv par heure (soit 1 mSv par an).14 Durant les premières semaines et les premiers mois de la catastrophe, ce changement de norme aura certainement
contribué à exposer les enfants des zones affectées à de plus fortes doses de radiation.

En résumé, on peut dire que les dépistages de masse peuvent aider à étayer l’incidence des carcinomes thyroïdiens et à détecter et donc soigner plus tôt les évolutions angereuses.

Au vu de l’expérience de Tchernobyl, il est incompréhensible qu’à part les dépistages pour la thyroïde, il n’y ait eu aucune autre forme de dépistage de masse des enfants dans les préfectures contaminées.
Une évaluation et un dépistage pour rechercher d’autres formes de maladies radio-induites, telles les tumeurs solides, les leucémies, les lymphomes ainsi que des effets sanitaires non cancéreux comme les cataractes, les maladies endocriniennes et cardiovasculaires, et les conséquences génétiques de l’exposition aux radiations, auraient dû être effectués. Il est encore possible de le faire. Une recherche extensive doit absolument être menée par des scientifiques indépendants pour quantifier l’ampleur réelle de la charge de morbidité au sein de la population affectée.

Recommandations

pp.33-34

Pour le Japon :

  • Les populations affectées par la catastrophe nucléaire et leur droit
    à vivre dans un environnement sain doivent être au centre de
    toutes les discussions et des décisions sur les mesures à prendre.
    Dans ce but, il convient de garantir que les groupes affectés
    soient impliqués comme il se doit dans les processus décisionnels.
  • Tous ceux qui ont été impliqués dans le nettoyage de la catastrophe
    nucléaire, qu’ils aient été ou qu’ils doivent à l’avenir
    être exposés à la radioactivité, doivent être équipés de
    dosimètres fiables et être régulièrement examinés par des
    médecins indépendants. Ceci s’applique également aux employés
    des sous-traitants, aux travailleurs temporaires et aux volontaires.
    Les opérateurs nucléaires comme TEPCO ne doivent plus influencer
    les études et les données.
  • Le gouvernement japonais doit établir et tenir des registres
    semblables à ceux qui ont été mis en place par l’Union
    soviétique après Tchernobyl, pour couvrir tous les groupes ayant
    été exposés aux radiations suite à la catastrophe nucléaire de
    Fukushima. Ceci concerne :
    • Tous les évacués des zones contaminées et ceux qui vivent encore en zone
      contaminée ;
    • Les travailleurs de la centrale et ceux qui s’occupent du nettoyage et
      de la décontamination.
  • Les résidents des zones contaminées doivent être autorisés à
    décider s’ils veulent continuer à y vivre ou s’ils préfèrent
    déménager dans une région non contaminée. Un soutien financier
    et logistique doit leur être fourni.
  • Il faut mettre fin à la réinstallation forcée des évacués dans les
    zones contaminées. En particulier ils ne doivent pas être menacés
    de se voir retirer l’assistance financière s’ils ne veulent pas
    retourner [avec leur famille] dans les zones contaminées.
  • Des recherches épidémiologiques doivent être menées sur les effets
    de la catastrophe nucléaire et les populations affectées doivent
    avoir droit, régulièrement et gratuitement, à des bilans de santé
    et aux traitements. Les risques sanitaires pour la population
    japonaise doivent être évalués par des scientifiques indépendants
    qui n’ont pas de conflit d’intérêt avec l’industrie
    nucléaire ou ses soutiens politiques.
  • Étant donné qu’une grande partie des retombées a touché l’Océan
    Pacifique, une recherche systématique doit être effectuée sur la
    vie marine ; le Japon et des instituts de recherche
    océanographique internationaux doivent travailler en coopération.
  • Les reportages et recherches sur les conséquences de la catastrophe nucléaire ne
    doivent pas se heurter à la répression de l’État, comme la loi
    controversée sur la “trahison des secrets d’État”.
  • Après la fusion des cœurs à Fukushima, le Japon a arrêté toutes ses
    centrales nucléaires et durant plusieurs années, le pays s’est
    débrouillé sans énergie nucléaire. Le lobby nucléaire essaie
    actuellement de redémarrer les réacteurs, contre la volonté de la
    majorité de la population japonaise. Le Japon doit arrêter
    définitivement ses quelque 50 réacteurs et investir à la
    place dans la production d’énergie renouvelable et durable. Le
    pays a un potentiel énorme en termes d’énergie solaire,
    éolienne, hydraulique et géothermique et particulièrement dans le
    domaine de l’efficacité et des économies énergétiques.
  • En attendant, une enquête [par des instances parlementaires
    indépendantes] s’impose sur l’énorme influence exercée par le
    lobby nucléaire sur la politique japonaise et la corruption et la
    collusion endémiques entre hommes politiques, opérateurs de
    centrales et régulateurs, afin d’y mettre un terme et de prévenir
    l’occurrence de nouveaux désastres comme Fukushima.

Pour l’Europe et le reste du monde :

  • En Europe et aux États-Unis un peu moins de 300 réacteurs sont toujours en
    fonctionnement ; la moyenne d’âge est entre 30 et 40 ans.
  • L’IPPNW et PSR exhortent tous les États possédant des centrales nucléaires à
    commencer à fermer et à démanteler leurs réacteurs et à
    s’engager dans la production d’énergie renouvelable durable et
    dans l’efficacité énergétique. Il existe au niveau
    international un large consensus sur le fait que les combustibles
    fossiles ne peuvent ni ne doivent jouer le moindre rôle dans la
    production énergétique future. Mais le nucléaire ne représente
    pas non plus une alternative acceptable.
  • Pour l’IPPNW et PSR, la transition énergétique mondiale tendant vers 100 %
    d’énergie renouvelable associée à l’efficacité et aux
    économies énergétiques, ainsi qu’à la décentralisation de la
    production de l’énergie, est la seule conséquence politique
    raisonnable à tirer des catastrophes nucléaires de Tchernobyl et
    de Fukushima.

Mars 2016

Télécharger le rapport: http://www.psr.org/FukushimaReport2016

Les références surlignées en vert se rapportent au texte anglais

Deutsche Sektion der Internationalen Ärzte
für die Verhütung des Atomrieges / Ärzte in sozialer Verantwortung e. V. (IPPNW)
Körtestr. 10 · 10967 Berlin · Deutschland
Tel. ++49/ (0)30/ 69 80 74-0
Fax ++49/ (0)30/ 693 81 66
E-Mail: kontakt@ippnw.de
Internet: www.ippnw.de

PHYSICIANS FOR SOCIAL RESPONSIBILITY
1111 14th St NW
Washington, DC 20005 USA
Phone 202-667-4260
Fax: 202-667-4201
E-Mail: psrnatl@psr.org
Internet: www.psr.org

Déc 17

Fukushima, bilan d’une situation sanitaire inquiétante

Par CÉCILE ASANUMA-BRICE | 19 OCTOBRE 2015

(Texte reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Tant est grand l’irrationnel en cet affaire, et par-delà les contradictions qui dépassent l’entendement, simultanément à l’annonce des résultats du groupe de recherche INWORKS (Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers) selon lesquels le risque de mortalité par leucémie ou myélome multiple des travailleurs de centrales nucléaires après exposition à des faibles doses est désormais avéré[1], le gouvernement japonais, avec l’aval de l’AIEA[2], a relevé les doses acceptables pour les travailleurs du nucléaire de 100msv/an à 250 msv/an en cas d’urgence[3].

Pour rappel, cette même norme qui était à 20 msv/an avant l’explosion de la centrale de Tepco – Fukushima Dai ichi a été réhaussée à 100 msv/an après l’accident (pour les travailleurs du nucléaire) et à 20 msv/an pour la population civile.
Suite au réhaussement de la norme, lors du seul mois d’août 2015, on compte trois décès parmi les travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi, ce qui porte à 64, selon les chiffres officiels[4], le nombre de travailleurs décédés des conséquences de leur travail.

Devant la vivacité des prises de position concernant les conséquences sanitaires du nucléaire, nous avons jugé nécessaire de refaire un bref bilan sur le sujet, afin de poser une question des plus candides : le nucléaire est-il dangereux pour l’homme ? Où en sont les enquêtes épidémiologiques sur le sujet ? Qu’avons-nous appris des diverses recherches médicales menées à Fukushima après l’explosion de la centrale en mars 2011 ?

Les effets épidémiologiques du nucléaire : Even INWORKS[5]doesn’t work…

Cette étude, menée par 13 chercheurs en épidémiologie provenant tous de laboratoires distincts, a été rendue publique en juin 2015.
Son financement provient du centre de prévention et contrôle des maladies, du Ministère de la santé, du travail et du bien-être du Japon, de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (IRSN), d’AREVA, d’électricité de France, de l’institut national pour la sécurité et la santé (USA), du département de l’énergie américain, du service sanitaire et humanitaire des Etats-Unis, de l’université de Caroline du Nord, du ministère de la santé publique anglais. Les financements de cette recherche relèvent donc principalement d’acteurs impliqués directement dans les intérêts du microcosme nucléaire. Néanmoins, les auteurs de cette recherche précisent que les financeurs ne sont à aucun moment intervenus dans la recherche ou dans la rédaction du rapport, leur rôle s’étant limité à l’autorisation d’accès aux données.
Cette étude a consisté à suivre non moins de 308 297 travailleurs employés dans un équipement nucléaire depuis au moins un an, pour la France : par la Commission d’Energie Atomique (CEA), AREVA Nuclear Cycle, ou l’entreprise nationale d’électricité (EDF) ; les départements de l’énergie et de la défense pour les USA ; et pour l’Angleterre, les employés de l’industrie nucléaire inscrits au registre national des travailleurs de la radioactivité[6].
La méthode utilisée pour suivre l’état de santé des travailleurs a été la régression de Poisson, ou modèle linéaire de fonctions logarithmiques, qui permet de quantifier les associations entre la dose absorbée par la moëlle épinière, et le taux de mortalité par leucémie, lymphoma (tumeurs qui se développent sur les cellules lymphatiques) ou myelome multiple.
Jusqu’à présent les données dont nous disposions provenaient essentiellement de la radiothérapie. On avait par exemple démontré que l’exposition annuelle à des doses de radiations ionisantes était passée de 0,5 mGy par personne en 1982 à 3,0 mGy par personne en 2006 aux Etats-Unis. Ce phénomène a été observé dans la plupart des pays à revenus élevés. D’autres données avaient été accumulées via le suivi épidémiologique des survivants des deux bombes atomiques larguées par les Etats-Unis à Hiroshima et Nagasaki en août 1945. Leur analyse a permis de démontrer le lien de cause à effet entre l’exposition à des radiations ionisantes et le développement de leucémie.
Mais ces résultats ne concernaient que l’exposition à des niveaux élevés de radiation. Les auteurs n’évoquent pas les bases de données effectuées et analysées après Tchernobyl.
L’étude menée par l’équipe de chercheurs de INWORKS quant à elle, prouve la corrélation entre le risque de mort par leucémie et l’exposition à de faibles doses de radiation, via un suivi des individus concernés sur une période de 60 ans.

La raison au service du devoir de soumission

Mais puisque rien n’arrête ceux qui vont se servir à la boucherie ALARA (As Low As Reasonably Achievable – aussi bas que raisonnablement possible)[7], c’est moins d’évidences épidémiologiques que de « raison » dont nos vies dépendraient.
Ainsi, la démagogie en la matière aurait depuis peu remplacé le terme de victime par celui de « personnes affectées » dans ses documents. Ce changement de terminologie, notamment dans les rapports de l’ICRP[8] n’est pas sans conséquence car l’affect, est, en psychologie, ce qui est opposé à l’intellect, et en cela, induirait des comportements qui ne seraient pas rationnellement fondés. En psychologie, l’affectivité est opposée à la cognition, soit aux capacités d’un raisonnement rationnel bien que cette approche dichotomique tende à se nuancer au cours du temps.
En outre, l’utilisation du terme d’affect ici renvoie au discours d’une peur irrationnelle d’un danger mal connu (le nucléaire) qui serait à l’origine d’une radio-phobie. Récemment, l’ICRP s’accorde à dire que ce terme de « radio-phobie » dont elle était l’auteur, est déplacé. Il serait, selon leur nouveau discours, normal que les personnes aient peur car elles seraient dans la méconnaissance. Il s’agirait donc de mettre en place un système d’éducation afin de remédier à l’ignorance régnante. Cette logique est néanmoins en contradiction avec celle développée par les mêmes personnes pour appliquer le principe ALARA, soit : « nous ne savons pas, scientifiquement, quels effets sanitaires ont les faibles niveaux de radioactivité,> que l’on ne sait pas… Cela en dit long sur le poids donné à la simple communication en la matière. Par ailleurs, l’étude Inworks a désormais démontré les conséquences sanitaires concrètes des faibles doses. Ainsi, on peut se demander si la communication mise en place par l’ICRP ne relève pas de l’endoctrinement publicitaire plus que de l’information scientifiquement fondée.

« Faire aussi bas que raisonnablement possible » (ALARA) signifie également, selon Jacques Lochard, que « Le droit au refuge ne peut être une des règles de la radio-protection. Nous devons accepter la situation et faire avec. »[9]. Deborah Oughton (CERAD) complète ces termes prononcés lors du symposium sur l’éthique en radio-protection par « nous devons éduquer les gens aux risques, afin de rendre ce risque plus acceptable ».
Le tout est de savoir par qui ce risque devrait être accepté et pourquoi.
Ces quelques extraits d’intervention choisis parmi d’autres, nous ont amené à nous interroger sur ce qui est très certainement l’une des préoccupations majeures de nos sociétés aujourd’hui, soit le fait que ceux qui effectuent la prise de risque sont rarement ceux qui reçoivent les bénéfices de cette prise de risque. En cela la situation devient inacceptable pour ceux qui en sont victimes. Cela se reflète concrètement par la déterioration de leur état psychologique et se traduit par un taux de suicide qui augmente de façon exponentielle.

Les effets psychologiques du nucléaire : un retour impossible

Nous avions établi un premier bilan en décembre 2014 du nombre de victimes de cette gestion aussi désastreuse que le désastre lui-même, comptabilisant 1170 décès relatifs à l’explosion de la centrale nucléaire de Tepco[10].
Les résultats d’une enquête récente menée auprès de 16 000 personnes réfugiées par l’équipe du professeur Takuya TSUJIUCHI, directeur de l’institut d’anthropologie médicale sur la reconstruction des désastres de l’université de Waseda[11], montre que plus de 40% d’entre elles sont atteintes de troubles de stress post-traumatique (PTSD).
Le professeur Tsujiuchi, interviewé par la NHK le 27 mai 2015, précise que contraindre ces personnes au retour à la vie sur le lieu générateur du désordre psychologique alors même que cet environnement reste instable en raison du taux de contamination et de l’état de la centrale nucléaire en déliquescence, aurait des conséquences dramatiques. Celui-ci précise qu’à la différence des résultats des tests post-traumatiques effectués après des tremblements de terre, il ressort de cette enquête que les victimes ne sont pas confrontées à un simple stress dans la gestion de leur vie quotidienne, mais ressentent une véritable angoisse de mort face à la menace nucléaire.
Selon le professeur Tsujiuchi : « aujourd’hui on fait comme si la catastrophe avait pris fin, alors que ça n’est pas le cas. On coupe l’aide au logement, puis, l’indemnité pour préjudice nerveux, puis les compensations financières pour perte de bien… il n’y aura bientôt plus d’aides au refuge. La situation est très dangereuse. »

Les enquêtes épidémiologiques à Fukushima : Il est toujours trop tôt à moins qu’il ne soit déjà trop tard…

Le 8 octobre 2015, lors d’une conférence de presse à Tôkyô au club des correspondants étrangers du Japon, le Professeur Toshihide TSUDA, épidémiologiste de l’université d’Okayama, spécialiste des retombées sanitaires des pollutions environnementales, exprime son désarroi quant à la manière dont les enquêtes épidémiologiques sont actuellement menées à Fukushima.
L’université médicale de Fukushima ainsi que la Préfecture elle-même, deux acteurs à la tête des investigations menées depuis 2011, estiment encore aujourd’hui, qu’il est trop tôt pour tirer des conséquences sérieuses des résultats obtenus.

Quels sont ces résultats ?

Le professeur Tsuda et son équipe ont repris la totalité des données rassemblées d’octobre 2011 jusqu’en juin 2015. Soit, l’échographie de la thyroïde d’un échantillon de 370 000 personnes agées de moins de 18 ans au moment des faits. Ils ont mené une étude comparative prenant en compte la moyenne connue de développement de cancer de la thyroïde sur l’ensemble du Japon par classe d’âge par année afin de quantifier le rapport de causes à effets entre la pollution engendrée par les isotopes qui se sont répandus dans l’atmosphère après l’explosion de la centrale et l’accroissement du nombre de cancer de la thyroïde chez les enfants de moins de 18 ans dans la région.

« Si l’on fait une comparaison avec la moyenne nationalement connue, on en déduit, que le taux de cancer de la thyroïde des moins de 18 ans a été multiplié par 50. Dans les endroits où le taux est naturellement faible, on trouve une multiplication par 20 fois du nombre de cancer de la thyroïde. Dans les localités (au plan national) où le taux était le plus faible, nous n’avons pas encore détecté de cas de développement de cancer de la thyroïde. »

Le professeur Tsuda se porte en faux face au rapport de l’organisation mondiale de la santé de 2013 qui sous-estime considérablement les conséquences sanitaires de l’explosion de la centrale de Fukushima.
Selon lui, il sera bientôt trop tard pour prendre les mesures qui s’imposent face à une multiplication importante des cancers (il s’agit en particulier de cancers de la thyroïde, de leucémies et de cancers du sein) dans les régions contaminées qui n’ont toujours pas toutes été évacuées, et dans lesquels, bien au contraire, on rappelle les familles réfugiées dites “volontaires” à revenir habiter.
Le professeur Toshihide TSUDA a publié le 5 octobre 2015 les résultats de ses recherches dans la revue internationale Epydemiology[12] et les exposera à l’Institut des systèmes complexes (CNRS) à Paris le 9 novembre prochain.

Dr Asanuma-Brice Cécile
Adjointe au directeur
Bureau régional CNRS Asie du nord (Corée du sud, Taiwan, Japon)
Tel. : 03-3443-8551
Fax. : 03-3443-8552

Références:
[1] Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers (INWORKS) : an International cohort study, Klervi Leuraud, David B Richardson, Elisabeth Cardis, Robert D Daniels, Michael Gillies, Jacqueline A O’Hagan, Ghassan B Hamra, Richard Haylock, Dominique Laurier, Monika Moissonnier, Mary K Schubauer-Berigan, Isabelle Thierry-Chef, Ausrele Kesminiene, 22 juin 2015.
[2] Agence Internationale à l’Energie Atomique
[3] NHK News, 25 Juillet 2015. 緊急時の被ばく線量 上限引き上げ案を審議
Nikkei, 15 août 2015, 原発作業員の被曝限度上げ、緊急時250ミリシーベルトに 規制委
http://www.nikkei.com/article/DGXLASDG08H1Q_Y5A700C1CR0000/
[4] Journal Nikkan Gendai du 26 août 2015 :
http://www.nikkan-gendai.com/articles/view/news/163113
[5] Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers
[6] dixit : National Registry for Radiation Workers in the UK.
[7] Principe de précaution en matière de radio-protection lorsqu’il y a incertitude sur la relation dose-effet.
[8] Commission internationale de Protection Radiologique. Symposium 2-3 juin 2015 à l’Université Médicale de Fukushima : workshop sur les questions d’éthique dans le domaine de la radio-protection, organisé par l’université médicale de Fukushima et l’ICRP
[9] Prononcé en anglais : « The right of refuge could not be one of radio-protection rules. We have to accept situation and deal with ». Ibid.
[10] Cecile Asanuma-Brice (2014) : Beyond reality: The management of migratory flows in a nuclear catastrophe by a pro-nuclear State, Japan Focus, nov. (en anglais)
[11] Waseda Institute of Medical Anthropology on Disaster Reconstruction
[12]http://journals.lww.com/epidem/Abstract/publishahead/Thyroid_Cancer_Detection_by_Ultrasound_Among.99115.aspx


L’article original:
ICI ET
Article reproduit ici avec l’aimable autorisation du Dr Cécile Asanuma-Brice


articles liés:

  • Le déni des responsabilités du nucléaire par les institutions officielles de l’ONU
    Dr Gordon Edwards président du CCNR (Canadian Coalition for Nuclear Responsibility)
  • Même à de faibles doses, l’exposition aux rayonnements accroît le risque de décès par leucémie chez les travailleurs du nucléaire
    Une étude du Centre International de Recherches sur le Cancer (CIRC)-26 juillet 2015
  • Les cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima sont bien dus à la radioactivité (11 octobre 2015)
    Un épidémiologiste japonais, le prof. Toshihidé TSUDA de l’université de Okayama a publié avec son équipe une synthèse qui démontre que les cancers de thyroïde découverts à Fukushima sont bien liés à l’irradiation de l’accident de Fukushima.
  • Une Synthèse des conséquences sur la santé du désastre de Fukushima par le dr Ian FAIRLIE

Le 17 Décembre 2015

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

voir l’étude WISE – PARIS

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Août 15

Les victimes de Hiroshima-Nagasaki servent toujours de référence scientifique

Alors que les études récentes démontrent le danger des faibles doses

Mme Annie Thébaud-Mony (1) précise, dans une interview à «Sciences et Avenir» que les études modernes ont montré que les risques des faibles doses de radiation doivent être réévalués.

Les limites d’exposition déduites des études sur les victimes des bombardements atomiques ont été fondées sur la dose qu’elles ont reçues en moins d’une heure lors de l’explosion nucléaire. (elles ont ignoré la contamination interne liée à la pluie noire qui a suivi- voir l’article de Christopher Busby)
Alors que les expositions actuelles sont des expositions à de faibles doses étalées souvent sur plusieurs années: celles des travailleurs du nucléaire; celles des populations vivant en milieu contaminé (Tchernobyl, Fukushima); celles des populations européennes dont 40% ont été exposés au Césium-137 de Tchernobyl qui va rester contaminant pendant 300 ans; celles des expositions médicales délivrées lors d’une radiothérapie qui sont répétées et étalées dans le temps.

– La Commission internationale de Protection Radiologique (CIPR, ICRP en anglais)(2) a adopté le modèle «linéaire et sans seuil» : Toute dose même faible a un effet et cet effet est proportionnel à la dose.
– Pour d’autres, il n’y aurait aucune conséquence pathologique en dessous de 100 millisieverts (mSv).

Selon les études récentes la réponse biologique part de zéro (dose nulle) et augmente ensuite fortement pour s’aplanir à des doses plus élevées.
Ainsi, selon Mme Annie Thébaud-Mony, l’hypothèse linéaire qu’utilise la CIPR n’est pas valide car elle ne rend pas compte des effets pathogènes induits par les faibles doses de radioactivité chez les êtres humains.
L’imagerie dont le scanner provoque également un risque, spécialement chez les enfants.


En cas d’accident on devrait considérer non seulement les radionucléides projetés dans l’atmosphère au moment de l’accident — puis au cours des premiers jours et semaines qui suivent — mais aussi ceux libérés à faibles doses de façon continue par la suite et que l’on retrouve dans l’air, l’eau et le sol. Ainsi, depuis 1987, les principaux radionucléides issus de la catastrophe de Tchernobyl sont constitués par le césium-137 et le strontium-90. La part du Cesium-137 dans les premiers jours après l’explosion de la centrale ne dépassait pas 4% de l’irradiation externe totale; par contre, vingt ans après la catastrophe elle représente 95% de la dose totale d’irradiation subie par la population.
40% des territoires de l’Europe ont été exposés au Cs-137 de Tchernobyl dont la radioactivité persistera au moins 300 ans.

Concernant l’irradiation médicale:
Sachant que les tissus cellulaires réagissent diversement aux radiations, il convient d’être vigilant sur le risque de cancer et autres maladies radio-induites dues aux expositions médicales, y compris l’imagerie par scanner(3). Particulièrement pour les enfants chez qui ce risque est plus élevé que chez les adultes. Ce critère devrait donc être intégré dans le choix de la thérapeutique.

Lire l’entretien complet de Mme Annie Thebaud-Mony sur la page web de Sciences et Avenir


Notes:

De nombreuses études récentes concordantes confirment que l’exposition chronique aux faibles doses a des conséquences sur la santé. Augmentation des cas de leucémies chez les travailleurs du nucléaire, augmentation des cas de leucémies chez les enfants habitant à proximité d’une centrale nucléaire. Cela confirme ce qu’ont constaté les médecins de la région de Tchernobyl(4).
Dans le même temps, le gouvernement japonais fait pression sur les évacués de la région de Fukushima pour qu’ils retournent vivre dans un environnement contaminé jusqu’à 20 mSv par an; y compris les enfants et les femmes enceintes. Avec la bénédiction des «autorités» nucléaires.

Les resultats de ces études récentes concernant les faibles doses pendant de longues durées montrent que les réglements de radioprotection des travailleurs et des populations doivent être modifiés; Ils doivent particulièrement individualiser les femmes enceintes et les enfants. De même le projet de réglement européen concernant la radioactivité autorisée dans l’alimentation en cas de catastrophe nucléaire doit être amendé.

Pour en savoir plus au sujet de la valeur des études sur les survivants de Hiroshima-Nagasaki et sur le caractère erroné des conclusions de la CIPR, consulter sur Fukushima-blog l’article:
Les horreurs de Hiroshima sont la preuve qu’on ne sort pas vainqueur de guerres nucléaires par Christopher Busby (en français).
C’est en se fondant sur ce modèle erroné que les autorités médicales de Fukushima affirment que les multiples cancers de la thyroïde constatés là bas n’ont rien à voir avec l’accident nucléaire.

(1) Mme Annie Thébaud-Mony, est directrice de recherches honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et spécialiste en santé publique. (retour au texte)

(2)Le CIPR est une organisation indépendante internationale animée par des scientifiques et des politiques volontaires issus d’une trentaine de pays. C’est elle qui a créé le système international de protection contre les rayonnements. (retour au texte)

(3) l’étude australienne sur les conséquences des scanners sur les enfants traduite en français par ME Hanne. – (retour au texte)

(4) Le volume 1181 des Annales de l’Académie des Sciences de New-York, intitulé «Tchernobyl : Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement», des professeurs Nesterenko, Yablokov et du Dr Nesterenko, traduit en français.

Le 15 Août 2015

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Juin 07

Greenpeace publie un rapport confidentiel de l’AIEA sur l’accident nucléaire de Fukushima

«Le rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique ne reflète pas avec exactitude l’ampleur et les conséquences de la catastrophe de Fukushima.»

Le conseil des gouverneurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique s’est réuni le 8 Juin 2015 pour discuter du résumé de son rapport confidentiel sur l’accident de Fukushima dai ichi.
Ce rapport se décrit comme une « évaluation des causes et des conséquences de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima dai ichi qui a débuté le 11 Mars 2011

Greenpeace a reçu une copie du rapport et l’a rendu public la semaine dernière. Greenpeace a également réalisé une analyse initiale de ce rapport et ses découvertes ne sont pas bonnes.
Voici un résumé du texte de Greenpeace:

Kiya Amano, directeur général de l’AIEA affirme que ce rapport est «une évaluation faisant autorité, factuelle et équilibrée, concernant les causes et les conséquences de l’accident ainsi que les leçons apprises.»

Cependant nos experts l’ont trouvé plein d’inexactitudes, d’incertitudes; et il ne parvient pas à répondre à plusieurs questions très importantes.
Nous avons envoyé nos conclusions à Mr Amano.

Voici quelques exemples:

– L’AIEA reconnaît que la mesure des radiations n’a pas fonctionné correctement dans les jours qui ont immédiatement suivi le désastre.
Malgré cette incertitude, le rapport minimise les risques pour la santé couru par de nombreuses victimes.
Ce qui signifie qu’on ne peut pas faire confiance aux estimations des niveaux de radiations auxquels les gens de Fukushima ont été exposés.

L’analyse que fait l’AIEA des nouvelles réglementations japonaises concernant la sécurité est au mieux superficielle; elle ne présente aucune preuve que l’industrie japonaise fonctionne aux normes mondiales les plus élevées de sécurité nucléaire.
La réalité c’est qu’il y a de grandes lacunes dans la réglementation nucléaire au Japon, dans le domaine du risque sismique et autres risques menaçant la sécurité des centrales; les risques sont ignorés ou sous-estimés.

Le rapport nie l’impact de la catastrophe sur la vie animale malgré les recherches scientifiques qui ont trouvé des effets mesurables sur la faune de la région.

Le rapport omet de reconnaître les incertitudes qui concernant encore les causes de la catastrophe. Une grande partie des systèmes critiques des réacteurs fondus n’ont pas encore été inspectés.

Voici quelques unes de nos constatations initiales. Il y en a plus à venir.

Vous pouvez lire la totalité de notre analyse du rapport ici
Les 5 parties du rapport de l’AIEA sont ici:

Ainsi nous voyons, commme nous l’avons vu dans le sillage du désastre nucléaire de Tchernobyl, que l’AIEA tente de créer un récit qui minimise les conséquences sur la santé et sur l’environnement de l’accident de Fukushima; tout en soulignant que les leçons en ont été tirées, y compris dans le domaine de la confection de règles de sûreté nucléaire plus efficaces.

En bref, l’AIEA se mobilise pour protéger l’industrie nucléaire plutôt que les gens dont la vie a été détruite par le désastre de Fukushima et ceux qui risquent d’être touchés par les accidents nucléaires futurs.

Ce n’est pas une surprise, le rôle central de l’AIEA est de promouvoir l’extension mondiale de l’énergie nucléaire. Le fait que tous les réacteurs commerciaux du Japon – 43 en tout- restent à l’arrêt est un défi direct à la mission de l’AIEA. Voilà le contexte dans lequel le rapport de l’AIEA doit être considéré.

Après 4 ans, la catastrophe de Fukushima est encore en cours et pour plusieurs décennies. Si on veut que le travail de nettoyage des dommages soit effectué de façon efficace et si on veut éviter autant que possible de futurs accidents, l’AIEA doit changer sa façon de fonctionner et rapidement.

L’AIEA ne sert actuellement que les intérêts de l’industrie nucléaire et sa recherche du profit, au détriment de ceux qui ont payé le prix des échecs de l’énergie nucléaire.

Greenpeace demande à Mr AMANO et à l’AIEA de suspendre l’examen des conclusions de ce rapport. Un processus ouvert et transparent doit être instauré qui prend en compte les opinions du peuple japonais et celles de scientifiques indépendants. Nous sommes prêts à rencontrer des représentants de l’AIEA pour discuter de nos graves préoccupations.

Justin Mc KeatingJustin McKeating (Royaume Uni)
Il tient un blog sur l’industrie nucléaire pour Greenpeace International depuis 2008
le Blog de Justin Mc Keating-Greenpeace


J’ai consulté la partie du document qui concerne la santé (partie 4).

L’AIEA se contente de reprendre le rapport de l’UNSCEAR
du 2 Avril 2014

Ce rapport de l’UNSCEAR a été vivement critiqué par des ONG, des médecins, des scientifiques du monde entier

L’organisation “Human Rights Now” et 40 organisations de la société civile issues du Japon, des USA, de Tunisie, d’Azerbaïdjan, des Pays-Bas, d’Allemagne, de France et d’Irlande ont publié une déclaration demandant que l’UNSCEAR et la Quatrième Commission de l’Assemblée Générale de l’ONU révisent le rapport de l’UNSCEAR et ses conclusions du point de vue de la perspective des droits de l’homme.

…Les médecins de 19 sections nationales affiliées à l’IPPNW (L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire ), dont «Physicians for Social Responsibility» (USA) et IPPNW Allemagne ont écrit, diffusé, et publié une «Critique du rapport de l’UNSCEAR» qui met en question les hypothèses et les données utilisées par l’UNSCEAR, et les interprétations et les conclusions qui en découlent.
Extrait:
….
Cependant, leur conclusion comme quoi il n’y a «pas d’effet discernable», maintenant ou dans le futur, est un défi au sens commun et sape la crédibilité de l’UNSCEAR.

Le texte intégral en français

Qu’est ce que l’UNSCEAR ?


Un scientifique, le Dr Keith BAVERSTOCK en a fait une critique sévère, qualifiant le document de l’UNSCEAR de document de propagande non scientifique.
Extraits:

…mon expérience de travail dans le passé avec certains des contributeurs de ce rapport, le Modus Operandi de certaines agences des Nations Unies, les tentatives claires d’induire en erreur dans les premiers jours de l’accident et les manquements à une approche véritablement scientifique indiqués ci-dessus, ne me laissent aucun doute que le rapport n’est pas une évaluation fiable des risques préparée avec la rigueur scientifique nécessaire

Ce sont principalement les nations qui utilisent l’énergie nucléaire qui fournissent l’expertise pour l’UNSCEAR: le braconnier et le garde-chasse sont les mêmes. Cet [arrangement] incestueux, doit-on en conclure, est au moins en partie responsable de l’échec du rapport à être considéré comme un document scientifique, un échec qui ne pourra pas être assez souligné: l’UNSCEAR ne peut pas maintenir de manière crédible sa déconnexion des questions de santé et de politiques publiques liées à l’énergie nucléaire, en ne faisant rien de plus que de produire de la propagande pour une industrie qui s’est arrangée pour avoir un accident qui a et continue d’avoir sans qu’on en voie la fin, un effet négatif sur l’environnement et la santé publique au Japon et au-delà.

Le rapport du Dr BAVERSTOCK en français


La négation des effets de l’accident n’est pas étonnante de la part de l’AIEA qui est un organisme chargé de disséminer le nucléaire civil dans le monde.
C’est plus inquiétant venant de l’UNSCEAR qui est chargée de conseiller les gouvernements sur les mesures à prendre pour protéger les populations du risque nucléaire civil.


Si on veut avoir une idée objective des problèmes consécutifs à la contamination radioactive d’un territoire, la référence c’est ce qui se passe à Tchernobyl.

L’ouvrage de référence sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl c’est:
«Tchernobyl : Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement», de Alexei Yablokov, Vassili Nesterenko, Alexei Nesterenko, Natalia Preobrajenskaya.
Il nous fournit des données fiables recueillies sur place au contact des populations et environnements contaminés.
Il confirme les conséquences énormes de la catastrophe pour la santé humaine et l’environnement.

Il vient d’être traduit en français
Cliquer ici pour télécharger l’ouvrage gratuitement ou pour acheter la version papier

Le 7 juin 2015

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Jan 09

Le riz de la préfecture de Fukushima est à moins de 100 Bq par kg

Tout le riz cultivé à Fukushima en 2014 a satisfait aux contrôles de radioactivité.

je suis CharlieUn article de l’ Asahi Shimbun du 3 Janvier 2014

Résumé de l’article:

Dans la préfecture de Fukushima 10,75 millions de sacs de riz ont été testés en 2014; tous émettaient moins de 100 Bq/kg, ce qui est la limite au dessous de laquelle ils peuvent être commercialisés.

La préfecture dispose de 190 appareils de contrôle.
En 2012, sur environ 10 millions de sacs testés 71 sacs avaient été trouvés au dessus de la norme.
En 2013, 28 sacs dépassaient la norme.

Les sacs conformes à la norme reçoivent une étiquette confirmant que le test a été effectué avec succès.
Ceux qui dépassent la norme sont détruits.

Les riziculteurs de la préfecture de Fukushima ont testé diverses méthodes pour diminuer la présence de produits radioactifs dans le riz. L’une des mesures étudiée est d’utiliser certains engrais pour éviter que le césium soit absorbé par la plante.


Notes

    Cet article manque de précision:

  • – le taux normal de césium dans le riz , c’est ZÉRO
  • – Il est prouvé qu’il n’y a pas de dose inoffensive de radioactivité.
  • il n’est pas dit si les sacs de riz sont vérifiés producteur par producteur ou s’ils ont été mélangés
  • il n’est pas précisé si ce riz contaminé mais dans les normes va être commercialisé tel quel ou s’il va être mélangé avec des riz normaux
  • Il n’est pas précisé dans quelle zone géographique ce riz va être vendu
  • Y a-t-il eu un tri préalable ? je suppose que le riz des régions proches de la centrale n’a pas été utilisé
  • le gouvernement japonais a décidé qu’à moins de 100 Bq/kg, il n’y a pas de problème. On peut donc mettre dans le commerce du riz à moins de 100 Bq/kg et en consommer à longueur d’année. Je ne sais pas si dans le commerce de détail le taux de pollution radioactive même faible et conforme aux normes est signalé sur les emballages
  • Femmes enceintes et enfants vont consommer ce riz contaminé. Il serait intéressant de savoir combien de riz par an consomment les japonais , leurs enfants.
  • L’expérience de Tchernobyl montre que les problèmes de santé rencontrés par les populations vivant dans les zones contaminées sont essentiellement dus à la radioactivité ingérée avec les aliments. Il en résulte une contamination interne de l’organisme qui est sans cesse renouvelée. Ce sont les enfants qui sont le plus sensibles à la radioactivité.
  • – Les techniques qui ont permis de diminuer la migration de la radioactivité du sol dans les plants de Riz ne sont pas détaillées dans l’article.
    Dans son livre « Après l’accident atomique », Vladimir Babenko donne des conseils concernant la culture pour les potagers familliaux de la région de Tchernobyl. Très schématiquement, comme les propriétés chimiques du Césium sont proches de celles du potassium et celles du Strontium sont proches de celles du calcium, il faut veiller à ce que les plantes ne manquent ni de potassium ni de calcium dans le sol pour qu’elles ne soient pas amenées à absorber ces deux éléments radioactifs proches.
    « En règle générale on pourra obtenir des produits peu contaminés sur des sols convenablement traités et bien fertilisés
    Son livre a été traduit en japonais et il a rencontré là bas un grand succès.Il est disponible en librairie en France.
  • Vous trouverez une synthèse des constatations faites déjà en 2002 par les médecins de la région de Tchernobyl dans ce texte de Bella Belbeoch:Il concerne les problèmes liés à la contamination chronique d’aliments même faiblement contaminés.
    Plus d’informations concernant la contamination des aliments sur le site de la CRIIRAD

PS. le Pr Youri Bandajevsky, cité dans le texte de Bella Belbeoch, soutenu par Amnesty international et d’autres associations a été libéré le 6 janvier 2006. Indésirable en Biélorussie, a reçu une bourse de recherches d’un an financée par le Conseil régional d’Auvergne et il s’est installé en France à Clermont-Ferrand.
Plusieurs publications du Pr Bendajevsky


Carte de la préfecture de Fukushima

La Préfecture de Fukushima


Les zones en vert sont les plaines et c’est de là que la majeure partie du riz doit provenir
les zones en ocre sont montagneuses et couvertes de forêts (voir la vue satellite sur Google-maps)


Le 09 janvier 2015

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
et bien d’autres que vous trouverez aux deux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.