Nov 30

Qui est concerné par un éventuel accident nucléaire en France ?

Une carte de Greenpeace

La France, pays le plus nucléarisé au monde, avec ses 58 réacteurs en fonctionnement et ses dizaines d’installations civiles et militaires, se contente de protéger les populations dans une zone beaucoup trop restreinte en cas d’accident nucléaire. Pourtant, l’impact d’une catastrophe nucléaire peut s’étendre au-delà de 100 kilomètres (Fukushima) voire au-delà de 300 kilomètres (Tchernobyl).

En France, c’est le Plan Particulier d’Intervention (PPI) qui comporte l’ensemble des mesures qui doivent être appliquées en cas d’accident sur un site nucléaire. Greenpeace demande l’extension de cette zone PPI à au moins 80 km autour des centrales et une extension de la zone de prédistribution des comprimés d’iode à au moins 100 km.

Pour plus de détails lire l’intéressant rapport du 30/01/2016 de l’Association Nationale des Comités et Commissions Locales d’Information
http://www.anccli.org/
En France, chaque installation nucléaire est pourvue d’une Commission Locale d’Information (CLI) qui a la double mission d’informer la population sur les activités nucléaires et assurer un suivi permanent de l’impact des installations nucléaires

Le rapport de l’ANCCLI- 2016


carte des zones autour de Lyon

Un exemple de la carte Greenpeace pour Lyon


Aller sur la carte de Greenpeace


PS. Le rayon des PPI autour des centrales devait être élargi à 20 km.
(http://www.maire-info.com/risques/le-perimtre-des-ppi-nucleaire-va-tre-etendu-20-km-article-19532)
Je ne sais pas si cet élargissement est appliqué actuellement…j’ai cherché en vain dans le fouillis de la législation…si un lecteur a la réponse peut-il me l’envoyer ? merci

le 30 novembre 2017


Nov 25

Les migrants du nucléaire

Une étude de la sociologue Cécile Asanuma-Brice

Publié le 18/10/2017
Auteur(s) : Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine, Maison franco-japonaise Tokyo UMIFRE 19-CNRS / Laboratoire CLERSE, Université Lille 1

L’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima 1 le 11 mars 2011 a provoqué une grave contamination radioactive contraignant des dizaines de milliers de personnes à la fuite de leur domicile.

Parce qu’il prouve l’impossibilité de la gestion d’un accident nucléaire, le refuge n’est souhaité ni par les autorités nationales ayant opté pour une poursuite du nucléaire, ni par les autorités internationales.

Si dans un premier temps, les autorités ont simulé l’aide au refuge, cette aide a été interrompue en avril 2017 simultanément à la réouverture à l’habitat d’une partie de l’ancienne zone d’évacuation afin de contraindre les migrants au retour à la vie dans les territoires contaminés.

Sommaire

  • Un matin comme un autre
  • Les effets de la résilience
  • Ce nouveau séisme ravive les colères
  • En dépit du bon sens, le retour dans l’ancienne zone d’évacuation organisé par les autorités prend place
  • Dans les faits, où en est-on ?
  • Du progrès, et de la vie : ce que les sciences sont en droit d’interroger

Lire la suite

Lire l’article origine de C. Asanuma-Brice

Merci à Fukushima blog qui nous a signalé et a publié cette étude


carte de la contamination du Japon après Fukushima


Le 25 novembre 2017

Avr 25

TCHERNOBYL : 30 ANS déjà – quelles leçons ?

Des leçons ont été tirées de la catastrophe
mais ce n’est pas au bénéfice des populations.

Les autorités internationales, européennes et nationales ont mis en place un cadre juridique destiné à gérer à moindre coût les catastrophes nucléaires.

Voici le communiqué de presse de la CRIIRAD du 21/04/2016 à l’occasion des 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl

Après un accident nucléaire, la protection des populations devrait être au cœur des décisions mais les coûts d’une catastrophe sont tels qu’ils ont conduit les États à mettre en place une gestion « optimisée » qui fait supporter aux victimes de la pollution la plus grande part des dommages économiques et sanitaires.

Les concepts que le lobby nucléaire français[1] a testé et mis au point au Bélarus ont été intégrés aux recommandations de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR). Ils sont désormais mis en œuvre dans les territoires contaminés par les rejets de la centrale de Fukushima-Daiichi. Le « développement durable en zone contaminée » se substitue à l’obligation de relogement dans des zones exemptes de risque radiologique dosimètre porté par les écoliers: il faut apprendre aux habitants des zones affectées à vivre avec la radioactivité, les équiper de radiamètres et de dosimètres afin qu’ils limitent au mieux leur niveau d’exposition, qu’ils contrôlent le niveau de contamination de leur alimentation. Les victimes doivent être résilientes et autonomes. Elles deviennent responsables de leur protection contre les risques d’irradiation et de contamination (et potentiellement coupables si au final elles tombent malades). Les photographies d’écolières, avec leur dosimètre en guise de pendentif, illustrent parfaitement combien est devenu banal, normal, une réalité qui devrait susciter l’horreur et la révolte.

Les politiques de relogement à grande échelle sont trop onéreuses, d’autant plus onéreuses que le principe pollueur-payeur ne s’applique pas à l’industrie nucléaire. Les catastrophes n’ont pas provoqué de remise en question du régime dérogatoire de la responsabilité civile du nucléaire. Si le protocole d’amendement de la convention de Paris voté en 2004 aboutit, le montant disponible pour l’indemnisation des dommages corporels et matériels atteindra 1,5 milliard d’euros, une somme totalement dérisoire en regard du coût réel d’un accident majeur que les services officiels eux-mêmes chiffrent désormais à des centaines de milliards d’euros, voire à plusieurs milliers de milliards d’€.

Dès l’origine, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a pris le contrôle des recherches sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl et sa stratégie du doute a réussi à neutraliser les résultats les plus dérangeants. Malgré cela, l’évolution des connaissances scientifiques aurait dû conduire à tenir compte des effets spécifiques des faibles doses de rayonnements et à renforcer les normes de radioprotection. Au lieu de quoi :

  • 1/ les effets génétiques ont été arbitrairement limités à leur impact sur les 2 premières générations, une décision scandaleuse et incompréhensible à la lumière des travaux sur l’instabilité génomique ;
  • 2/ le coefficient qui divise artificiellement par 2 les effets cancérigènes n’a pas été supprimé en dépit des résultats de plusieurs études épidémiologiques de référence, en particulier sur les travailleurs ;
  • 3/ les pathologies non cancéreuses n’ont toujours pas été pris en compte, pas même les effets cardiaques, alors que tous les systèmes physiologiques sont impactés et notamment le système immunitaire ;
  • 4/ le principe de précaution n’est pas appliqué alors que de nombreux travaux questionnent les fondements mêmes du système de radioprotection (effet de proximité par exemple) ;
  • 5/ l’accident de Fukushima a relancé les discours les plus mensongers sur l’existence d’un seuil (autour de 100 mSv) en dessous duquel les doses seraient sans effet sanitaire, sur la prétendue innocuité de la radioactivité naturelle ou des examens médicaux … comme si les effets du radon n’étaient abondamment documentés, comme si aucune publication n’avait mis en évidence les risques associés aux scanners !

Dans un tel contexte, les dispositions règlementaires relatives à la gestion des phases accidentelle et post-accidentelle sont particulièrement laxistes. Pour faciliter la réinstallation, ou le maintien, des populations dans les zones contaminées, le seuil de référence applicable aux situations de contamination post-accidentelle est désormais fixé à 20 mSv/an. Il s’agit d’une valeur excessivement élevée : 20 fois la limite de 1 mSv/an qui définit le niveau de risque maximum acceptable hors situation accidentelle ! De plus, il s’agit bien d’une « référence » et non pas d’une « limite » qui serait beaucoup plus contraignante : la référence de dose peut être dépassée par une partie des personnes exposées. La « normalisation » se fera progressivement : la seule obligation est que le pourcentage des personnes exposées à plus de 20 mSv/an diminue progressivement. Aucune contrainte de temps n’est fixée ! Et cette valeur ne concerne pas la phase d’urgence au cours de laquelle les références de dose applicables sont encore plus élevées.

Les nouvelles recommandations de la CIPR sont désormais inscrites dans le droit européen : les prescriptions de la directive Euratom 2013-59[2] doivent être transposées dans le droit national des États membres d’ici février 2018. De plus, le 15 janvier dernier a été publié le règlement Euratom n°2016-52 qui fixe les niveaux de contamination autorisés dans les aliments en cas d’accident. Il reprend sans les modifier les limites établies en 1987-1990 alors qu’entre-temps le risque cancérigène radio-induit a été multiplié par 10 et qu’il est désormais établi que le rapport d’expertise qui a servi de caution scientifique est truffé d’erreurs, de lacunes et d’incohérences ! Les limites applicables à l’iode 131 sont révoltantes, en particulier quand on songe à l’épidémie de cancers de la thyroïde qui a frappé les personnes (en particulier les enfants) exposées aux retombées de Tchernobyl. Concernant la distribution d’iode stable, destiné à saturer la thyroïde et à limiter son irradiation, la référence de dose est de 50 mSv/an alors que le bureau européen de l’OMS préconise depuis 1999 un seuil d’action de 10 mSv/an pour les enfants, les femmes enceintes et les mères qui allaitent.

Les nouvelles doctrines et limites se sont mises en place dans l’indifférence quasi-générale. Compte-tenu de la répartition et de l’âge du parc électronucléaire mondial, la probabilité que le prochain accident nucléaire majeur affecte directement l’Europe est assez élevée. Tout est prêt pour qu’il soit géré au mieux des intérêts de l’industrie nucléaire.

Créée au lendemain de l’accident de Tchernobyl, la CRIIRAD a mis au cœur de son action le combat pour l’information et la protection des populations. Elle appelle les citoyens, en France et en Europe, à s’intéresser d’urgence aux questions qui déterminent directement la protection de leur santé et l’avenir de leurs enfants. Faute de mobilisation, le prix à payer sera colossal.

La protection sanitaire des populations et des travailleurs doit être placée au centre des discussions et des décisions. Ceci concerne en tout premier lieu les risques d’accident mais également l’impact du fonctionnement normal des installations nucléaires. À titre d’exemple, la multiplication des chantiers de démantèlement des installations nucléaires produits des quantités grandissantes de déchets radioactifs dits valorisables (métaux et gravats notamment). Avec la bénédiction de la Commission européenne et de l’AIEA, plusieurs États européens pratiquent d’ores et déjà le recyclage à grande échelle de ces matériaux contaminés. En France, le pas n’est pas franchi mais les pressions sur l’Autorité de Sûreté Nucléaire se font de plus en plus fortes. Et avec le marché commun, ce qui a été recyclé en Allemagne ou en Suède est peut-être déjà présent, à notre insu, dans les objets de notre environnement quotidien.

L’équipe de la CRIIRAD

Renvois:
[1] Notamment le CEPN, Centre d’étude sur l’Évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, une « association » qui regroupe EDF, AREVA, le CEA et l’IRSN. Son directeur est désormais vice-président de la CIPR.
[2] Directive 2013/59/Euratom du Conseil du 5 décembre 2013 fixant les normes de base relatives à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants.

Le communiqué sur le site de la CRIIRAD: http://www.criirad.org/tchernobyl/cp-2016-04-21-30-ans-web.pdf

CRIIRAD
Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité
29 Cours Manuel de Falla 26000 VALENCE- 04 75 41 82 50
asso@criirad.org – www.criirad.org

Le 25 avril 2016

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Fév 20

116 cas de cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima

Selon les officiels: toujours rien à voir avec l’accident nucléaire de Mars 2011

Un nouveau cas de cancer de la Thyroïde a été constaté chez un jeune de la préfecture de Fukushima. Cela porte le nombre total à 116 chez les enfants et jeunes adultes qui avaient 18 ans ou moins lors de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima en 2011. L’enquête concerne environ 380 000 jeunes. Aucun cas n’a été constaté chez les nourrissons.
La commission d’enquête sur la santé de la préfecture affirme que ces 116 cas ne sont pas liés à la catastrophe nucléaire.

Une information du journal Asahi Shimbun du 16 février 2016
http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201602160050


Notes

– Ces conclusions officielles sont contestées par une équipe d’épidémiologistes japonais dirigée par le Pr TSUDA. Voir une présentation des travaux du Pr Tsuda traduite en français par l’ACRO

– L’ACRO vient de publier un intéressant bilan sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima.
Je vous invite à le télécharger et lire ICI

Le 20 février 2016

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

voir l’étude WISE – PARIS

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Fév 08

Quand il sera trop tard…

Nucléaire. Les autorités multiplient les plans pour gérer un accident.
On s’y prépare et ce qui s’est déjà passé à Tchernobyl en 1986 et Fukushima en 2011 ne laisse rien augurer de bon.

L’article ci dessous est à paraître dans le numéro de mars de la revue «Silence».
avec l’aimable autorisation de l’auteur
Il y sera accompagné par un autre article sur les multiples causes qui peuvent provoquer un accident majeur en France.
http://www.revuesilence.net/


L’article de la revue «Silence» :

Imaginons qu’un accident majeur commence un soir à minuit sur le site de la Hague, dans la Manche.
Ce jour là, un vent modéré de 50 km/h souffle de l’ouest.
Que se passe-t-il ?
  • Dès 0h30, la ville de Cherbourg (agglomération de 116 000 habitants) est contaminée.
  • A 2h30, le nuage arrive au Havre (294 000 habitants).
  • A 3h30, il est à Rouen (660 000 habitants), mais aussi à Caen (400 000 habitants).
  • A 5h, il entre en région parisienne (12 millions d’habitants). Il touche également Beauvais, Amiens.
  • A 7h, il atteint Lille (1,2 millions d’habitants) mais également les côtes anglaises au nord, Chartres et Le Mans plus au sud.

C’est à ce moment là que ces millions de personnes écoutent les infos sur la radio et découvrent qu’elles sont en zone contaminée. Dans la journée, le nuage couvre la Belgique, atteint la région londonienne, franchit la frontière allemande…

En 1986, le nuage de Tchernobyl a fait le tour du monde. Il a été si intense qu’en Allemagne et en France, il a provoqué de nombreux cancers de la thyroïde, bien que l’on soit à plus de 3000 km du lieu de l’accident.

Impossibilité de se protéger du nuage radioactif

Alors bien sûr, il y a la fameuse pastille d’iode qui est distribuée, avec force communication, dans la périphérie des centrales nucléaires. Son ingestion sature la thyroïde en iode non radioactif et empêche la glande de fixer l’iode radioactif abondamment présente dans le nuage.
Problème : pour que cela soit efficace, il faut absorber cette pastille 48 h avant l’arrivée du nuage radioactif. Ce sera donc pour ceux qui habitent à plus de 2000 km, la distance que parcourera le nuage en deux jours ! Donc peut-être pour les Allemands et plus à l’est.
Et cette pastille ne protège que de l’iode radioactif… pas des centaines d’autres éléments radioactifs présents dans l’air.

Pour la population française prise dans le nuage, il n’y aura rien à faire si ce n’est déménager le plus vite possible en dehors de la trajectoire du nuage (voir encart).

Evacuation trop tardive et trop limitée

A Tchernobyl, dans une région peu habitée, les autorités soviétiques ont évacué les populations jusqu’à une trentaine de kilomètres, plusieurs jours après l’accident (1). A Fukushima, l’évacuation n’a pas été plus rapide, notamment parce que le tsunami et le séisme ont compliqué les choses. L’évacuation a été faite sur seulement 20 km dans un premier temps, puis 30 km sous les vents dominants (2). C’est insuffisant. Si l’on s’en tient aux normes de sûreté définie avant l’accident, il aurait fallu évacuer jusqu’à 250 km de la centrale (3), ce qui était tout simplement impossible : 60 millions de personnes vivent dans ce rayon, dont les banlieues nord de Tokyo. Le gouvernement des Etats-Unis a prôné une évacuation au moins jusqu’à 80 km, mais le gouvernement japonais a refusé, estimant que cela serait la mort économique du pays.
Revenons à notre accident à La Hague. Le gouvernement pourrait accepter d’évacuer le département de la Manche (500 000 habitants), mais probablement pas au-delà. Les Franciliens (12 millions), les Normands (3,3 millions), les Nord-Picards (6 millions)… seront condamnés à vivre (et mourir prématurément) en zone radioactive.

Qui pour aller travailler sur le site accidenté ?

A Tchernobyl, l’armée soviétique a fourni l’essentiel des travailleurs pour essayer d’enterrer le site sous des tonnes de sable. 600 000 personnes ont été sacrifiées et la plupart sont mortes depuis. A Fukushima, la compagnie électrique a fait appel à des sociétés de sous-traitance pour trouver du personnel. Celles-ci, dont nombre d’entre elles sont contrôlées par les Yakuzas, la mafia locale, ont recruté dans le milieu des SDF et des chômeurs les moins diplômés.

En cas d’accident en France, un décret paru en 1986 après l’accident de Tchernobyl, prévoyait qu’une liste de personnes soit tenue à jour pour intervenir en cas d’accident nucléaire. Ces listes, si elles existent, n’ont jamais été rendues publiques.

L’armée n’a pas les troupes suffisantes depuis l’abandon du service militaire en 1996. Les Français dans l’ensemble ont un niveau d’étude suffisant pour comprendre qu’accepter un tel travail est se condamner à tomber malade rapidement. Reste la « ressource » malheureusement la plus probable : les réfugiés, les immigrés, les SDF, les roms… ! Il en faudra beaucoup.

Le temps du nucléaire, le temps du politique

Benjamin Dessus, expert dans le domaine de l’énergie, a l’habitude de plaisanter ainsi : le problème du nucléaire, c’est que la période du plutonium est de 24 400 ans alors que la durée de vie moyenne d’un ministre est de deux ans. Et donc nos élus vont chercher des solutions à court terme, espérant ne plus être là pour gérer la suite. Tchernobyl est dans le nord de l’Ukraine et près de la Biélorussie. Ces deux pays doivent, 30 ans après l’accident, gérer les millions de malades. Dans la région de Gomel (sud de la Biélorussie, non évacuée, mais avec un taux de radioactivité important), aujourd’hui, pas un enfant ne naît en bonne santé (4).

En cas d’accident nucléaire, il faut entre 3 et 4 ans pour qu’apparaissent, d’abord chez les enfants, les premiers cancers de la thyroïde. Il faut cinq ans (cela commence donc tout juste à Fukushima) pour qu’apparaissent les leucémies (cancer du sang). Suivent ensuite les cancers des os, puis tous les types de cancers. La catastrophe sanitaire va en s’amplifiant (5).

Les politiques vont donc tenter par tous les moyens de minimiser les conséquences : en répétant que l’accident est maîtrisé, en annonçant que tout est sous contrôle et en dénonçant les messages alarmistes des médecins honnêtes. Et cela sera relayé au plus haut niveau, jusqu’à l’OMS (6), par ceux qui défendent encore et toujours le nucléaire. Le mensonge sera l’arme des puissants.

Malgré cela, les conséquences économiques seront énormes. Dans la région de Fukushima, la plupart des hommes restent pour ne pas perdre leurs emplois. Mais les femmes partent pour protéger les enfants… provoquant un taux de divorces inédit. Imaginons que la région parisienne soit fortement contaminée, que se passerait-il ? Qui serait encore volontaire pour aller y occuper un emploi, même bien payé ? Avec notre centralisation administrative, comment cela se gérerait-il ?

Catastrophe sans fin

La zone interdite de Tchernobyl est fermée maintenant depuis 30 ans. La période de l’iode radioactif est de l’ordre de quelques semaines, celle du césium, autre polluant majeur, est d’une trentaine d’années. Trente ans après, les scientifiques s’attendaient à avoir une baisse de la radioactivité dans la zone interdite de l’ordre de la moitié. Or les dernières mesures montrent qu’il n’en est rien : elle est stable car depuis le début de la catastrophe, le réacteur accidenté continue à émettre suffisamment de radioactivité pour remplacer celle qui disparaît.

A Fukushima, des essais de décontamination ont été faits avec l’idée d’inciter les gens à revenir dans les zones « nettoyées ». Mais cela ne se passe pas comme prévu, car cinq ans après, les trois réacteurs en fusion continuent à rejeter de la radioactivité et la décontamination est sans fin.

Michel Bernard.

Cet article est extrait du dossier qui sera publié en mars 2016 par la revue Silence: « Faut-il que ça pête pour qu’on l’arrête [le nucléaire] ?« .
Voir: www.revuesilence.net


  • (1) Environ 250 000 personnes ont été évacuées en mai 1986.
  • (2) Environ 110 000 personnes ont été évacuées en mars 2011.
  • (3) Pour ne pas dépasser un taux d’exposition de 1 mSv/an.
  • (4) voir www.lesenfantsdetchernobyl.fr
  • (5) Toutes les victimes des bombardements de Hiroshima et Nagasaki ne sont pas encore mortes… Pour une bombe, la radioactivité est relâchée d’un seul coup, alors que pour un accident nucléaire, la pollution se poursuit pendant des années…
  • (6) L’OMS, Organisation mondiale de la santé, est contrôlé par l’AIEA, Agence internationale de l’énergie atomique voir la campagne independentwho.org.

Eloge de la fuite

En cas d’accident, les consignes officielles sont de s’enfermer chez soi et de se calfeutrer. Ce qui ne peut être efficace au risque de mourir asphyxié du fait du non-renouvellement de l’air. Ce choix des autorités a un but : que vous soyez résigné en apprenant que de tout manière vous êtes contaminé… et ainsi obéir gentiment aux consignes d’évacuation (ou non) quand il sera trop tard. Les autorités craignent que la panique ne provoque de nombreux accidents lors d’une fuite massive. En terme de gestion politique, les autorités cherchent à minimiser les morts sur le moment quitte à les augmenter ensuite loin de l’attention des médias.

En 1986, lors de l’arrivée du nuage radioactif de Tchernobyl sur l’Europe de l’ouest, des familles allemandes ont pris leurs voitures pour s’éloigner, certaines allant vivre un temps en Espagne. Cela peut paraître exagéré, mais c’est exactement ce qu’il fallait faire.
Renseignez-vous sur les conditions météos, et déplacez-vous pour essayer de rester en dehors de la trajectoire des particules radioactives. Il faut tout particulièrement éviter les zones de pluies qui précipitent le nuage au sol et forment ensuite des taches de contamination durables (comme encore aujourd’hui dans le Mercantour).

La revue «Silence»


Notes ( de Vivre-après-fukushima):

La trajectoire habituelle d’une dépression sur la France se fait d’Ouest vers l’Est. Le vent vient d’abord d’ouest; puis du Nord-Ouest. Enfin il vient du Nord, lorsque la dépression s’est déplacée vers l’Allemagne, la Hollande, la Norvège etc…Le beau temps revient alors jusqu’à la dépression suivante. L’implication de la région parisienne dès que le vent passe à l’ouest nord-ouest, est tout à fait plausible.

Il y a deux types de catastrophes:
– L’une provoque une émission brève de polluants radioactifs (Les bombes de Hiroshima et Nagasaki).
– L’autre provoque l’émission continue d’un nuage invisible radioactif pendant des semaines, des mois, des années; c’est le cas des dernières grosses catastrophes « civiles »: Tchernobyl et Fukushima.

Évacuer, s’enfuir:
– jusqu’à présent, les autorités ont très mal géré l’évacuation des populations. L’iode n’a pas été distribué
– La fuite individuelle nécessite des conditions difficiles à rassembler: avoir une bonne information à temps, avoir des prévisions météorologiques fiables (il vaut mieux s’informer à l’étranger ou sur les sites de l’organisation météorologique mondiale), avoir les moyens de fuir après avoir rassemblé sa famille et ne pas se retrouver bloqué dans d’immenses embouteillages, précisément en zone contaminée.

Le 08 février 2016

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

voir l’étude WISE – PARIS

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Déc 17

Fukushima, bilan d’une situation sanitaire inquiétante

Par CÉCILE ASANUMA-BRICE | 19 OCTOBRE 2015

(Texte reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Tant est grand l’irrationnel en cet affaire, et par-delà les contradictions qui dépassent l’entendement, simultanément à l’annonce des résultats du groupe de recherche INWORKS (Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers) selon lesquels le risque de mortalité par leucémie ou myélome multiple des travailleurs de centrales nucléaires après exposition à des faibles doses est désormais avéré[1], le gouvernement japonais, avec l’aval de l’AIEA[2], a relevé les doses acceptables pour les travailleurs du nucléaire de 100msv/an à 250 msv/an en cas d’urgence[3].

Pour rappel, cette même norme qui était à 20 msv/an avant l’explosion de la centrale de Tepco – Fukushima Dai ichi a été réhaussée à 100 msv/an après l’accident (pour les travailleurs du nucléaire) et à 20 msv/an pour la population civile.
Suite au réhaussement de la norme, lors du seul mois d’août 2015, on compte trois décès parmi les travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi, ce qui porte à 64, selon les chiffres officiels[4], le nombre de travailleurs décédés des conséquences de leur travail.

Devant la vivacité des prises de position concernant les conséquences sanitaires du nucléaire, nous avons jugé nécessaire de refaire un bref bilan sur le sujet, afin de poser une question des plus candides : le nucléaire est-il dangereux pour l’homme ? Où en sont les enquêtes épidémiologiques sur le sujet ? Qu’avons-nous appris des diverses recherches médicales menées à Fukushima après l’explosion de la centrale en mars 2011 ?

Les effets épidémiologiques du nucléaire : Even INWORKS[5]doesn’t work…

Cette étude, menée par 13 chercheurs en épidémiologie provenant tous de laboratoires distincts, a été rendue publique en juin 2015.
Son financement provient du centre de prévention et contrôle des maladies, du Ministère de la santé, du travail et du bien-être du Japon, de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (IRSN), d’AREVA, d’électricité de France, de l’institut national pour la sécurité et la santé (USA), du département de l’énergie américain, du service sanitaire et humanitaire des Etats-Unis, de l’université de Caroline du Nord, du ministère de la santé publique anglais. Les financements de cette recherche relèvent donc principalement d’acteurs impliqués directement dans les intérêts du microcosme nucléaire. Néanmoins, les auteurs de cette recherche précisent que les financeurs ne sont à aucun moment intervenus dans la recherche ou dans la rédaction du rapport, leur rôle s’étant limité à l’autorisation d’accès aux données.
Cette étude a consisté à suivre non moins de 308 297 travailleurs employés dans un équipement nucléaire depuis au moins un an, pour la France : par la Commission d’Energie Atomique (CEA), AREVA Nuclear Cycle, ou l’entreprise nationale d’électricité (EDF) ; les départements de l’énergie et de la défense pour les USA ; et pour l’Angleterre, les employés de l’industrie nucléaire inscrits au registre national des travailleurs de la radioactivité[6].
La méthode utilisée pour suivre l’état de santé des travailleurs a été la régression de Poisson, ou modèle linéaire de fonctions logarithmiques, qui permet de quantifier les associations entre la dose absorbée par la moëlle épinière, et le taux de mortalité par leucémie, lymphoma (tumeurs qui se développent sur les cellules lymphatiques) ou myelome multiple.
Jusqu’à présent les données dont nous disposions provenaient essentiellement de la radiothérapie. On avait par exemple démontré que l’exposition annuelle à des doses de radiations ionisantes était passée de 0,5 mGy par personne en 1982 à 3,0 mGy par personne en 2006 aux Etats-Unis. Ce phénomène a été observé dans la plupart des pays à revenus élevés. D’autres données avaient été accumulées via le suivi épidémiologique des survivants des deux bombes atomiques larguées par les Etats-Unis à Hiroshima et Nagasaki en août 1945. Leur analyse a permis de démontrer le lien de cause à effet entre l’exposition à des radiations ionisantes et le développement de leucémie.
Mais ces résultats ne concernaient que l’exposition à des niveaux élevés de radiation. Les auteurs n’évoquent pas les bases de données effectuées et analysées après Tchernobyl.
L’étude menée par l’équipe de chercheurs de INWORKS quant à elle, prouve la corrélation entre le risque de mort par leucémie et l’exposition à de faibles doses de radiation, via un suivi des individus concernés sur une période de 60 ans.

La raison au service du devoir de soumission

Mais puisque rien n’arrête ceux qui vont se servir à la boucherie ALARA (As Low As Reasonably Achievable – aussi bas que raisonnablement possible)[7], c’est moins d’évidences épidémiologiques que de « raison » dont nos vies dépendraient.
Ainsi, la démagogie en la matière aurait depuis peu remplacé le terme de victime par celui de « personnes affectées » dans ses documents. Ce changement de terminologie, notamment dans les rapports de l’ICRP[8] n’est pas sans conséquence car l’affect, est, en psychologie, ce qui est opposé à l’intellect, et en cela, induirait des comportements qui ne seraient pas rationnellement fondés. En psychologie, l’affectivité est opposée à la cognition, soit aux capacités d’un raisonnement rationnel bien que cette approche dichotomique tende à se nuancer au cours du temps.
En outre, l’utilisation du terme d’affect ici renvoie au discours d’une peur irrationnelle d’un danger mal connu (le nucléaire) qui serait à l’origine d’une radio-phobie. Récemment, l’ICRP s’accorde à dire que ce terme de « radio-phobie » dont elle était l’auteur, est déplacé. Il serait, selon leur nouveau discours, normal que les personnes aient peur car elles seraient dans la méconnaissance. Il s’agirait donc de mettre en place un système d’éducation afin de remédier à l’ignorance régnante. Cette logique est néanmoins en contradiction avec celle développée par les mêmes personnes pour appliquer le principe ALARA, soit : « nous ne savons pas, scientifiquement, quels effets sanitaires ont les faibles niveaux de radioactivité,> que l’on ne sait pas… Cela en dit long sur le poids donné à la simple communication en la matière. Par ailleurs, l’étude Inworks a désormais démontré les conséquences sanitaires concrètes des faibles doses. Ainsi, on peut se demander si la communication mise en place par l’ICRP ne relève pas de l’endoctrinement publicitaire plus que de l’information scientifiquement fondée.

« Faire aussi bas que raisonnablement possible » (ALARA) signifie également, selon Jacques Lochard, que « Le droit au refuge ne peut être une des règles de la radio-protection. Nous devons accepter la situation et faire avec. »[9]. Deborah Oughton (CERAD) complète ces termes prononcés lors du symposium sur l’éthique en radio-protection par « nous devons éduquer les gens aux risques, afin de rendre ce risque plus acceptable ».
Le tout est de savoir par qui ce risque devrait être accepté et pourquoi.
Ces quelques extraits d’intervention choisis parmi d’autres, nous ont amené à nous interroger sur ce qui est très certainement l’une des préoccupations majeures de nos sociétés aujourd’hui, soit le fait que ceux qui effectuent la prise de risque sont rarement ceux qui reçoivent les bénéfices de cette prise de risque. En cela la situation devient inacceptable pour ceux qui en sont victimes. Cela se reflète concrètement par la déterioration de leur état psychologique et se traduit par un taux de suicide qui augmente de façon exponentielle.

Les effets psychologiques du nucléaire : un retour impossible

Nous avions établi un premier bilan en décembre 2014 du nombre de victimes de cette gestion aussi désastreuse que le désastre lui-même, comptabilisant 1170 décès relatifs à l’explosion de la centrale nucléaire de Tepco[10].
Les résultats d’une enquête récente menée auprès de 16 000 personnes réfugiées par l’équipe du professeur Takuya TSUJIUCHI, directeur de l’institut d’anthropologie médicale sur la reconstruction des désastres de l’université de Waseda[11], montre que plus de 40% d’entre elles sont atteintes de troubles de stress post-traumatique (PTSD).
Le professeur Tsujiuchi, interviewé par la NHK le 27 mai 2015, précise que contraindre ces personnes au retour à la vie sur le lieu générateur du désordre psychologique alors même que cet environnement reste instable en raison du taux de contamination et de l’état de la centrale nucléaire en déliquescence, aurait des conséquences dramatiques. Celui-ci précise qu’à la différence des résultats des tests post-traumatiques effectués après des tremblements de terre, il ressort de cette enquête que les victimes ne sont pas confrontées à un simple stress dans la gestion de leur vie quotidienne, mais ressentent une véritable angoisse de mort face à la menace nucléaire.
Selon le professeur Tsujiuchi : « aujourd’hui on fait comme si la catastrophe avait pris fin, alors que ça n’est pas le cas. On coupe l’aide au logement, puis, l’indemnité pour préjudice nerveux, puis les compensations financières pour perte de bien… il n’y aura bientôt plus d’aides au refuge. La situation est très dangereuse. »

Les enquêtes épidémiologiques à Fukushima : Il est toujours trop tôt à moins qu’il ne soit déjà trop tard…

Le 8 octobre 2015, lors d’une conférence de presse à Tôkyô au club des correspondants étrangers du Japon, le Professeur Toshihide TSUDA, épidémiologiste de l’université d’Okayama, spécialiste des retombées sanitaires des pollutions environnementales, exprime son désarroi quant à la manière dont les enquêtes épidémiologiques sont actuellement menées à Fukushima.
L’université médicale de Fukushima ainsi que la Préfecture elle-même, deux acteurs à la tête des investigations menées depuis 2011, estiment encore aujourd’hui, qu’il est trop tôt pour tirer des conséquences sérieuses des résultats obtenus.

Quels sont ces résultats ?

Le professeur Tsuda et son équipe ont repris la totalité des données rassemblées d’octobre 2011 jusqu’en juin 2015. Soit, l’échographie de la thyroïde d’un échantillon de 370 000 personnes agées de moins de 18 ans au moment des faits. Ils ont mené une étude comparative prenant en compte la moyenne connue de développement de cancer de la thyroïde sur l’ensemble du Japon par classe d’âge par année afin de quantifier le rapport de causes à effets entre la pollution engendrée par les isotopes qui se sont répandus dans l’atmosphère après l’explosion de la centrale et l’accroissement du nombre de cancer de la thyroïde chez les enfants de moins de 18 ans dans la région.

« Si l’on fait une comparaison avec la moyenne nationalement connue, on en déduit, que le taux de cancer de la thyroïde des moins de 18 ans a été multiplié par 50. Dans les endroits où le taux est naturellement faible, on trouve une multiplication par 20 fois du nombre de cancer de la thyroïde. Dans les localités (au plan national) où le taux était le plus faible, nous n’avons pas encore détecté de cas de développement de cancer de la thyroïde. »

Le professeur Tsuda se porte en faux face au rapport de l’organisation mondiale de la santé de 2013 qui sous-estime considérablement les conséquences sanitaires de l’explosion de la centrale de Fukushima.
Selon lui, il sera bientôt trop tard pour prendre les mesures qui s’imposent face à une multiplication importante des cancers (il s’agit en particulier de cancers de la thyroïde, de leucémies et de cancers du sein) dans les régions contaminées qui n’ont toujours pas toutes été évacuées, et dans lesquels, bien au contraire, on rappelle les familles réfugiées dites “volontaires” à revenir habiter.
Le professeur Toshihide TSUDA a publié le 5 octobre 2015 les résultats de ses recherches dans la revue internationale Epydemiology[12] et les exposera à l’Institut des systèmes complexes (CNRS) à Paris le 9 novembre prochain.

Dr Asanuma-Brice Cécile
Adjointe au directeur
Bureau régional CNRS Asie du nord (Corée du sud, Taiwan, Japon)
Tel. : 03-3443-8551
Fax. : 03-3443-8552

Références:
[1] Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers (INWORKS) : an International cohort study, Klervi Leuraud, David B Richardson, Elisabeth Cardis, Robert D Daniels, Michael Gillies, Jacqueline A O’Hagan, Ghassan B Hamra, Richard Haylock, Dominique Laurier, Monika Moissonnier, Mary K Schubauer-Berigan, Isabelle Thierry-Chef, Ausrele Kesminiene, 22 juin 2015.
[2] Agence Internationale à l’Energie Atomique
[3] NHK News, 25 Juillet 2015. 緊急時の被ばく線量 上限引き上げ案を審議
Nikkei, 15 août 2015, 原発作業員の被曝限度上げ、緊急時250ミリシーベルトに 規制委
http://www.nikkei.com/article/DGXLASDG08H1Q_Y5A700C1CR0000/
[4] Journal Nikkan Gendai du 26 août 2015 :
http://www.nikkan-gendai.com/articles/view/news/163113
[5] Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers
[6] dixit : National Registry for Radiation Workers in the UK.
[7] Principe de précaution en matière de radio-protection lorsqu’il y a incertitude sur la relation dose-effet.
[8] Commission internationale de Protection Radiologique. Symposium 2-3 juin 2015 à l’Université Médicale de Fukushima : workshop sur les questions d’éthique dans le domaine de la radio-protection, organisé par l’université médicale de Fukushima et l’ICRP
[9] Prononcé en anglais : « The right of refuge could not be one of radio-protection rules. We have to accept situation and deal with ». Ibid.
[10] Cecile Asanuma-Brice (2014) : Beyond reality: The management of migratory flows in a nuclear catastrophe by a pro-nuclear State, Japan Focus, nov. (en anglais)
[11] Waseda Institute of Medical Anthropology on Disaster Reconstruction
[12]http://journals.lww.com/epidem/Abstract/publishahead/Thyroid_Cancer_Detection_by_Ultrasound_Among.99115.aspx


L’article original:
ICI ET
Article reproduit ici avec l’aimable autorisation du Dr Cécile Asanuma-Brice


articles liés:

  • Le déni des responsabilités du nucléaire par les institutions officielles de l’ONU
    Dr Gordon Edwards président du CCNR (Canadian Coalition for Nuclear Responsibility)
  • Même à de faibles doses, l’exposition aux rayonnements accroît le risque de décès par leucémie chez les travailleurs du nucléaire
    Une étude du Centre International de Recherches sur le Cancer (CIRC)-26 juillet 2015
  • Les cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima sont bien dus à la radioactivité (11 octobre 2015)
    Un épidémiologiste japonais, le prof. Toshihidé TSUDA de l’université de Okayama a publié avec son équipe une synthèse qui démontre que les cancers de thyroïde découverts à Fukushima sont bien liés à l’irradiation de l’accident de Fukushima.
  • Une Synthèse des conséquences sur la santé du désastre de Fukushima par le dr Ian FAIRLIE

Le 17 Décembre 2015

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

voir l’étude WISE – PARIS

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Déc 02

Évacués de Fukushima: le gouvernement veut cesser l’aide au relogement début 2018

Ce qui obligera les réfugiés à retourner vivre en milieu contaminé

Un entretien avec Ken Sakamoto qui milite pour le maintien de l’aide au logement

Voici des extraits de la version française d’un entretien avec Ken SAKAMOTO.
Traduction «nos voisins 311»
La version française complète
La version originale de l’entretien, en anglais et japonais

INTRODUCTION à l’entretien

Par «evacuate fukushima»

Avec les Jeux Olympiques à l’horizon et pour montrer au monde que le Japon a totalement récupéré du triple désastre qui a frappé la région de Tohoku en 2011, y compris la crise en cours de Fukushima et au-delà, Sinzo Abe et les gouvernements locaux ont clairement indiqué aux dizaines de milliers d’évacués qu’il est temps de rentrer dans leur région d’origine.
Le Japon affirme qu’une quantité suffisante de travaux de décontamination a été réalisée pour que les évacués retournent en toute sécurité sur leurs terres contaminées.
Cependant, beaucoup d’entre eux n’acceptent pas la propagande déployée par les gouvernements locaux et sont réticents à rentrer et ce à juste titre.

Afin d’accélérer le processus de retour, le gouvernement a adopté des mesures drastiques, à savoir arrêter l’aide au logement et les autres compensations, à la grande majorité des évacués d’ici la fin mars 2018, les obligeant ainsi à retourner dans leur lieux d’origine.

Malgré une très mauvaise information par les medias japonais, Fukushima a été témoin d’un énorme acte de résistance de la part des résidents; de nombreux citoyens se sont organisés en groupes et associations à but non lucratif, déterminés à lutter contre des réformes exerçant des pressions sur les évacués. Un des leaders les plus dévoués est Ken Sakamoto que j’ai eu le privilège de rencontrer via les réseaux sociaux. Il m’a été présenté par une de mes chères amies d’Evacuate Fukushima福島の子供を守れ,Yukiko Young. M. Sakamoto est un être incroyable et se bat avec tout son cœur et son esprit afin de protéger la vie des enfants et des résidents de Fukushima.

M. Sakamoto a accepté d’être interviewé par nous et nous lui avons promis de diffuser l’entretien autant que possible, et de le partager ; espérons-le, beaucoup plus largement que ce que les media ont fait jusqu’à présent, contre leur gré. Nous sommes tous une plateforme pour transmettre au monde les voix oubliées de Fukushima.

Veuillez lui apporter votre soutien et aussi aux milliers de victimes en lisant cet entretien et en le partageant largement.
A la fin de l’article, vous trouverez les liens où vous pouvez faire un don qui sera de l’aide directe aux victimes. Beaucoup de gens m’ont demandé comment ils pouvaient aider. Voici la solution !

Evacuate Fukushima


Ken Sakamoto

坂本健 Ken Sakamoto and Tatsuyo Young
– Courtesy of 坂本健

Extraits de l’Entretien:

Nelson :
Qu’est ce qui vous a amené à cette lutte pour protéger les droits des habitants de Fukushima ?

Sakamoto :
Jusqu’à présent, beaucoup de citoyens ainsi que les experts, ont fait remarquer l’insuffisance des politiques. Ainsi le gouvernement central et la préfecture de Fukushima se renvoient la responsabilité, ignorent les nombreuses voix du peuple tout en menant une politique d’abandon vis à vis d’une partie de la population, quoique de manière camouflée. En effet, pour protéger les enfants, nous devons défendre nos droits à l’évacuation, et assurer la perennité de leur hébergement est crucial. Telles sont les raisons pour mes actions aujourd’hui.

Nelson:
Si je comprends bien, l’aide au logement pour les déplacés se termine à la fin de l’année fiscale 2016 (au mois de mars 2017) pour les zones dont la radioactivité ambiante est au-dessous de 20mSv/an, et à la fin de l’année fiscale 2017, partout où la radioactivité sera en dessous de 50mSv/an.
A la fin de 2018, il n’y aura plus aucune compensation. Qu’est ce que cela signifie pour les milliers de familles qui ont du reconstruire leur vie ailleurs et qui devront recommencer une vie nouvelle ?

Sakamoto :
Votre commentaire sur la remise à zéro est tout à fait correct. A mon avis, le gouvernement central a constamment déployé des efforts pour minimiser les dommages de l’accident nucléaire tout en exerçant des pressions sur les médias. On peut presque parler ici d’un contrôle de l’information.

La préfecture de Fukushima a mis en priorité la sauvegarde du gouvernement local plutôt que la santé et la vie de ses ressortissants. L’ETHOS qui avait été actif dans les coulisses à Tchernobyl est entré en scène sans tarder à Fukushima, et a recommandé de vivre avec la radiation, prétendant qu’il était là pour protéger la santé des habitants de Fukushima.
Derrière la série des événements, on aperçoit les figures de l’AIEA, de la CIPR et de l’UNSCEAR. Toutefois, j’ai l’impression que l’éducation après guerre a fait des Japonais un peuple docile qui suit les autorités et les média aveuglément. Même si la diffusion de l’accès à l’internet empêche le contrôle complet de l’information, le fait est que les personnes n’ayant pas accès à une information véridique, ne se rendent même pas compte qu’ils sont dupés. Ceux qui ne sont pas conscients de la manigance du gouvernement se laissent abuser à cause de leur discrétion, élément caractéristique du caractère japonais. Parmi ceux qui bénéficient de la ”Compensation” (quoi qu’insuffisante ), beaucoup ne réalisent même pas qu’ils ont été manipulés à ne pas réclamer leurs droits légitimes à cause de leur sentiment de culpabilité vis-à-vis des personnes qui elles sont privées du droit à la “Compensation”. Une partie de sinistrés ont fini par accepter leur situation comme inévitable. C’est dommage.
Toutefois, il existe également des déplacés ayant une forte conscience de leurs droits qui s’élèvent contre cette maltraitance injustifiable.
Le gouvernement central ainsi que TEPCO, les auteurs, non seulement ne reconnaissent pas leur responsabilité pénale mais ils essaient en plus de s’en tirer sans remplir la responsabilité de la “Compensation”. Cela me met en rage. A cause de députés parlementaires sans coeur, à cause du sabotage et de l’absence de prise de décision de la part des administrateurs, les victimes ne peuvent que vivre au jour le jour, et dans la situation où ils se trouvent, ne voient plus que l’option de la mort.

Les autorités ne jouissent pas de l’adhésion des sinistrés.

Nelson :
Quel est le consensus parmi les membres des familles concernant un tel déplacement? J’ai lu quelque part que 40% ne souhaitent pas rentrer, ce qui est compréhensible. Est ce exact ?

Sakamoto :
En ce qui concerne les évacués de la zone d’exclusion où l’ordre d’évacuation a été appliqué, la part de la population souhaitant retourner est d’environ 20%. Ceux qui n’arrivent pas à prendre une décision définitive et continuent la vie de réfugié représentent entre 30 et 40%. Le reste de la population, c’est-à-dire entre 40 et 50%, considère qu’il n’est pas possible de rentrer, et souhaite reconstruire leur vie ailleurs rapidement. Au fur et à mesure que la période d’évacuation s’allonge, la part de la population qui considère qu’il n’est pas possible de rentrer augmente.


Quant aux auto-évacués (ntr : ceux qui ont quitté des régions en dehors des zones d’évacuation officielles), la grande majorité souhaite demeurer où ils sont, et ce souhait est de la première importance pour eux. Il existe de plus en plus de personnes qui sont rentrées malgré elles pour des raisons financières ou à cause de conflits au sein de la famille. Généralement, les gens ne comprennent pas la situation des refugiés. Aussi, il est difficile de dire combien de refugiés comprennent pleinement la démarche d’arrêt de l’aide de “Compensation” de la préfecture de Fukushima. Dans ce sens, une audition publique est nécessaire, et la préfecture de Fukushima a la responsabilité de s’expliquer.

Nelson :
Les autorités locales ont l’air de croire qu’elles ont réussi à décontaminer suffisamment les régions contaminées pour y faire retourner les familles avec leurs enfants. Qu’en pensez-vous ? Y a-t-il suffisamment d’infrastructures sur place pour accueillir un si grand nombre de personnes qui vont rentrer – hôpitaux, supermarchés, écoles ?

Sakamoto :
C’est le planning des bureaucrates, ils essaient de détourner l’attention du peuple japonais de l’accident de la centrale nucléaire et de l’orienter vers les Jeux Olympiques en suscitant leur enthousiasme.

Quant aux infrastructures, leur mise en place est retardée par le manque de main-d’œuvre dû à la préparation des Jeux Olympiques. Cela freine aussi la construction de logements publics, ce qui rend difficile la levée de l’ordre d’évacuation au mois de mars 2017.

Ils vont donc dire que les infrastructures sont prêtes pour le retour et ceux qui ne rentrent pas devront reconstruire leur vie avec leurs propres moyens. D’ores et déjà, les gouvernement central et de Fukushima incitent à « l’autonomisation » des évacués.
La démarche du gouvernement actuel est de créer une ambiance sociale requérant l’autonomisation des réfugiés, et de créer une situation dans laquelle ceux-ci n’auront d’autres options que de retourner dans leur région d’origine. Pour ce faire, il arrête les aides et la compensation, en se basant sur la mesure de la radioactivité ambiante comme seul critère pour lever l’ordre d’évacuation, sans faire face à la réalité de la radio-contamination.

Nelson:
Selon l’ICRP, le public ne devrait pas être exposé à plus de 1mSv/an. Les autorités parlent-elles réellement de 50mSv/an ou moins, comme la dose sans risque pour faire rentrer les enfants ? Quels sont les arguments fournis par les autorités locales aux évacués afin de les convaincre de rentrer– à part, bien sûr, de les priver du statut d’évacué et de la ” Compensation” ?

Sakamoto :
Malheureusement, le gouvernement central diffuse des informations erronées en profitant de l’ignorance du peuple japonais sur la radioprotection, et le mène en bateau en impliquant les gouvernements locaux.
C’est ainsi que les gens qui croient en leur sécurité sans même en discuter, ou les gens qui veulent y croire, soutiennent la politique du retour. Le gouvernement utilise leur sentiment de vouloir reconstruire leur pays natal qui n’a rien à voir avec la logique scientifique.


Le gouvernement maintient son point de vue selon lequel l’exposition à la radioactivité jusqu’à 100mSv/an n’est pas censée avoir des effets sanitaires. Quant à la dose inférieure à 50mSv/an, cela va sans dire

Afin d’implanter dans le peuple japonais l’idée selon laquelle les gens qui parlent des effets sanitaires ne sont qu’une petite partie de la population trop nerveuse et trop inquiète, des chercheurs et des universitaires sous l’influence du lobby nucléaire français mènent des activités de lavage de cerveau au sujet de la sécurité auprès des organismes d’administration, des comités d’éducation et des organisations à but non lucratif, et ce, en utilisant le budget de la reconstruction.
Puisque les fonctionnaires ont l’habitude de transmettre la volonté de leur supérieur hiérarchique aux subalternes sans se poser de question, la voix des habitants n’est pas entendue et par conséquent n’est évidemment pas prise en considération.

Nelson :
C’est une question personnelle et vous n’êtes pas obligé d’y répondre. J’ai compris que vous êtes vous-même un évacué de Tomioka et que maintenant vous habitez à Yokohama. Vous êtes en première ligne de feu. Il vous faut beaucoup de courage pour vous déplacer dans un nouvel environnement et vous insérer dans de nouvelles communautés. Pendant quatre ans, les évacués ont été forcés de reconstruire leur vie afin de s’adapter à ce nouvel environnement. Maintenant, ils doivent rentrer s’ils ne peuvent plus subvenir aux besoins de leur famille et recommencer à zéro. Alors ma question c’est, retournerez-vous à Fukushima ?

Sakamoto:
Je n’en ai pas l’intention. La plus grande partie du territoire de la préfecture de Fukushima est contaminée à une dose équivalente aux zones contrôlées radioactives. Considérant le fait que la demi-vie du Césium 137, – radionucléide le plus présent -, est d’environ 30 ans, la possibilité d’une nouvelle crise à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, et le fait que son démantèlement nécessiterait quelques centaines d’années, je ne prends pas le choix du retour. Si je rentre, cela signifie que mes enfants ainsi que mes petits-enfants y retournent également.

Je ne peux même pas considérer la possibilité d’imposer l’irradiation aux générations de mes enfants et petits-enfants.

Lire en entier la traduction française de l’entretien
l’entretien en anglais et japonais


Note

Mr Sakamoto évoque l’influence du lobby nucléaire français: c’est le programme ETHOS
Ce programme, créé par le lobby nucléaire français vise à réinstaller les populations évacuées dans leur ancienne région contaminée. Il a été créé de suite après Tchernobyl. Il travaille à persuader les populations et les gouvernants qu’on peut très bien vivre en territoire contaminé.
Ethos travaille maintenant à Fukushima.
Voyez ce qu’en dit la «journaliste indépendante et mère indignée» Mari Takenouchi

Le 02 décembre 2015

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

Sep 25

Une synthèse des conséquences sur la santé du désastre de Fukushima

par le Dr Ian FAIRLIE

Il est apparu récemment que les évacuations rendues nécessaires par les désastres nucléaires et leurs conséquences ont tué des milliers de gens. A l’avenir, ces décès par maladie et suicide devraient être inclus dans l’évaluation des décès causés par les désastres nucléaires.
Au total, le nombre des victimes humaines de Fukushima est effrayant : 2.000 japonais sont décédés des conséquences des évacuations et 5.000 autres vont vraisemblablement décéder ultérieurement de cancers à venir
.

1. Les décès causés par les évacuations nécessaires .

Les données officielles de Fukushima montrent que près de 2.000 personnes sont décédées – suicides inclus – suite aux évacuations organisées pour les soustraire aux fortes expositions aux radiations causées par la catastrophe.
http://www.reconstruction.go.jp/topics/main-cat2/sub-cat2-1/20141226_kanrenshi.pdf
Le déracinement vers des régions non familières, la rupture des liens familiaux, la perte des réseaux de soutien sociaux, la perturbation, l’épuisement, une mauvaise condition physique et la désorientation peuvent être la cause de nombreux décès, surtout chez les personnes âgées.
Suite aux évacuations de Fukushima, le nombre de suicides a augmenté chez les jeunes et chez les gens plus âgés, mais aucune tendance ne se dégage clairement.
www.pref.fukushima.lg.jp/uploaded/attachment/62562.docx (4 minutes de téléchargement).
Le rapport d’un bureau ministériel japonais a établi qu’entre mars 2011 et juillet 2014, dans la préfecture de Fukushima, 56 suicides sont liés à l’accident nucléaire.
http://www.japantimes.co.jp/news/2014/08/26/national/social-issues/fukushimas-high-number-disaster-related-suicides-likely-due-nuclear-crisis-cabinet-office/#.Vcstm_mrGzl
Ce nombre doit être considéré comme un minimum plutôt qu’un maximum.

2. Les conséquences sur la santé mentale.

Les conséquences sur la santé mentale de l’exposition aux radiations et celles des évacuations doivent également être prises en compte. Par exemple, Becky Martin affirme dans sa thèse de doctorat de l’université de Southampton au Royaume Uni que « la plupart des conséquences des situations d’urgences radiologiques relèvent du domaine mental ».
Elle ajoute «  … imaginez qu’on vous annonce que votre terre, votre eau, l’air que vous avez respiré ont peut-être été pollués par un contaminant mortel et invisible. Quelque chose qui a la capacité de détruire votre fertilité ou d’affecter vos enfants à naître. Même les plus solides d’entre nous seraient inquiets…. plusieurs milliers de survivants d’ une situation d’urgence radiologique ont développé par la suite un « syndrome de stress post traumatique » (PTSD Post-Trauma Stress Disorder), une dépression et des troubles anxieux en conséquence de leur vécu et de l’incertitude planant sur leur santé »
http://www.theguardian.com/science/brain-flapping/2015/aug/09/nagasaki-anniversary-radiation-nuclear-mental-health
Il est vraisemblable que ces craintes, anxiétés et stress vont aggraver les conséquences des évacuations; provoquant encore plus de décès de gens âgés, ou de suicides.
Les paragraphes ci-dessus ne doivent pas être pris comme des arguments contre les évacuations: celles-ci constituent une stratégie importante pour sauver des vies. Mais comme l’affirme Becky Martin « nous devons offrir une aide sociale fortement améliorée et des soins psychologiques approfondis et de longue durée à tous les survivants d’une situation d’urgence radiologique après leur réinstallation, pour améliorer leur état de santé et préserver leur avenir ».

3. Les conséquences néfastes sur la grossesse.

Récemment, le Dr Alfred Körblein de Nürenberg (Allemagne) a relevé une chute de 15% (statistiquement hautement significative) des naissances d’enfants vivants dans la préfecture de Fukushima en Décembre 2011, soit 9 mois après l’accident. Ce qui pourrait signifier une augmentation des avortements spontanés précoces. Il a également observé une augmentation (statistiquement significative) de 20% de la mortalité infantile en 2012 par rapport à la tendance à long terme concernant la préfecture de Fukushima et six préfectures environnantes.
http://www.strahlentelex.de/Koerblein_infant%20mortality%20after%20Fukushima.pdf
Ces résultats sont plus indicatifs que définitifs. Il faudrait pour les vérifier de nouvelles études qui, malheureusement, brillent par leur absence.

4. Le cancer et autres effets tardifs des retombées radioactives.

Enfin, il faut considérer les effets sur la santé des expositions aux radiations provenant des 4 explosions et des 3 fusions des coeurs de réacteurs de Fukushima en mars 2011. C’est un sujet qui est loin de faire l’unanimité au Japon, ce qui le rend difficilement compréhensible pour les journalistes et les profanes. (Voir l’encadré).

Précisions:
Le gouvernement japonais, ses conseillers et la plupart des scientifiques experts en radiations au Japon (avec quelques exceptions honorables) minimisent les risques causés par les radiations. La position officielle la plus répandue est de prétendre que de petites quantités de radiations sont sans danger: scientifiquement parlant c’est indéfendable. Par exemple, le gouvernement japonais tente de relever la limite d’exposition aux radiations pour le public de 1 mSv à 20 mSv par an. Ses scientifiques voudraient contraindre la CIPR [Commission internationale de Protection Radiologique] à accepter cette forte augmentation. Cette attitude n’est pas seulement contraire à l’esprit scientifique : elle est déraisonnable.

On peut trouver une explication partielle à cette situation dans le fait que les radiophysiciens japonais (comme les américains) paraissent incapables ou refusent d’accepter la nature stochastique des effets des faibles doses de rayonnements. « Stochastique » signifie que la réponse est du type tout ou rien : soit vous avez un cancer, soit vous n’en avez pas. Quand vous diminuez la dose, les conséquences deviennent moins probables: vos chances d’avoir un cancer baissent à mesure que vous diminuez la dose vers zéro. Le corollaire est que même des doses minimes, bien inférieures au bruit de fond, sont encore porteuses d’un risque de cancer : il n’existe pas de dose sûre, sauf la dose zéro.
Mais comme l’ont relevé Spycher et coll. (2015),
http://ehp.niehs.nih.gov/1510111R/
certains scientifiques « … excluent à priori la possibilité que de faibles doses de radiations puissent augmenter le risque de cancer. Il n’acceptent donc pas les études qui remettent en question leur idée préconçue».

Une des raisons pour lesquelles ces scientifiques refusent d’accepter les effets stochastiques des radiations (cancers, accidents vasculaires cérébraux, maladies cardio-vasculaires, effets héréditaires etc.) est qu’ils n’apparaissent qu’après une longue période de latence – souvent des dizaines d’années pour les cancers solides. Pour le gouvernement japonais et ses conseillers en radiations, il semble que « hors de vue immédiate » signifie « n’y pensons plus ». Ce qui est bien commode, car le gouvernement japonais se croit ainsi autorisé à ignorer les effets tardifs des radiations.
Mais les preuves à leur opposer sont solides comme le roc. L’ironie du sort veut qu’elles proviennent principalement de la « life span study » (étude sur toute la durée de vie), la plus grande étude épidémiologique mondiale en cours qui porte sur des survivants japonais aux bombes atomiques, qui est pilotée par la « RERF foundation » basée à Hiroshima et Nagasaki.
http://www.rerf.jp/index_e.html

La masse des données épidémiologiques issues du désastre de Chernobyl de 1986 indique clairement qu’il est très probable que le nombre de cancers, augmentera aussi à Fukushima; mais beaucoup de scientifiques japonais (et US) réfutent cette affirmation.
Par exemple, l’augmentation du nombre de cancers, de kystes et de nodules de la thyroïde dans la préfecture de Fukushima consécutifs à la catastrophe nucléaire, et l’interprétation de ces données sont un grand sujet de débats. Selon les constatations faites à Chernobyl, on estime que les cancers de la thyroïde devraient commencer à augmenter 4 à 5 ans après 2011. Attendons les résultats qui seront disponibles en 2016 avant de faire des commentaires, mais les premiers signes ne sont pas rassurants pour le gouvernement japonais. Ultérieurement, on s’attend à ce que le nombre d’autres cancers solides s’accroisse également, mais il faudra du temps avant que cela soit manifeste.

Le meilleur moyen de prévoir le nombre d’effets tardifs (cancers etc.) est d’estimer la dose collective qui a été délivrée au Japon par les retombées de Fukushima. Pour ce faire, considérons que tous ceux qui ont été exposés aux rayonnements de Fukushima ont participé à une loterie, sachant que c’est une loterie négative. Si votre numéro sort, vous faites un cancer. (1). Si vous vivez loin de la centrale de Fukushima Dai ichi, vous ne recevez que peu de billets de loterie et votre chance d’avoir un cancer est faible. Si vous vivez à côté vous recevez plus de billets et votre risque est plus grand. Impossible de dire qui tirera le mauvais numéro, mais on peut en estimer le nombre total en utilisant la notion de dose collective.
Le rapport de l’UNSCEAR de 2013
http://www.unscear.org/docs/reports/2013/13-85418_Report_2013_Annex_A.pdf
a estimé que la dose collective concernant la population de Fukushima est de 48.000 personnes.Sv, ce qui est une dose vraiment forte (voir ci-dessous).

Malheureusement, les scientifiques japonais pro-nucléaires critiquent également la notion de dose collective car elle est reliée à la nature stochastique des effets des radiations et à la nature des effets « linéaires et sans seuil » des radiations, qu’ils réfutent également. Mais quasiment tous les organismes officiels de régulation dans le monde reconnaissent la nature stochastique des effets des radiations, la notion d’effet linéaire sans seuil et les doses collectives.

5. Synthèse de l’accident de Fukushima

Environ 60 personnes sont décédées pendant les évacuations dans la préfecture de Fukushima en Mars 2011.
Entre 2011 et 2015, 1.867 personnes supplémentaires (2) sont décédées des suites de l’évacuation consécutive au désastre nucléaire (3). Ce furent des décès à cause de problèmes de santé ou par suicide.
http://www.japantimes.co.jp/news/2015/03/15/national/death-toll-grows-in-311-aftermath/#.Vcn84PmrGzm
A partir de l’estimation de l’UNSCEAR d’une dose collective de 48.000 personnes.Sv, on peut raisonnablement estimer (en utilisant un facteur de risque de cancer mortel de 10% par Sievert) qu’environ 5.000 cancers mortels vont survenir à l’avenir à cause des retombées de Fukushima. Cette estimation à partir des données officielles concorde avec mon estimation personnelle obtenue par une méthode différente.
http://www.ianfairlie.org/news/new-unscear-report-on-fukushima-collective-doses/

Au total, le bilan sanitaire du désastre de Fukushima est effrayant.
Au minimum :

  • Plus de 160.000 personnes ont été évacuées, la plupart de façon permanente.
  • nombreux cas de cas de troubles liés au stress post traumatique (PTSD), dépressions et troubles anxieux causés par l’évacuation.
  • Environ 12.000 travailleurs exposés à de hauts niveaux de radiations, certains jusqu’à 250 mSv.
  • On estime à 5.000 le nombre de cancers mortels dus à l’exposition aux radiations dans l’avenir.
  • Même estimation (non quantifiée) d’accidents vasculaires cérébraux, d’affections cardio-vasculaires et d’affections héréditaires dûs aux rayonnements.
  • Entre 2011 et 2015, environ 2.000 morts par maladie et par suicide chez les évacués pour cause de radiations.
  • un nombre de cancers de la thyroïde encore inquantifié à ce jour.
  • Une augmentation de la mortalité infantile en 2012 et une diminution des naissances en vie en Décembre 2011.

Effets non sanitaires :

  • 8% du Japon (30.000 km²) y compris une partie de Tokyo contaminés par la radioactivité.
  • Des pertes économiques évaluées à entre 300 et 500 milliards de dollars.
6. Conclusions

L’accident de Fukushima n’est pas encore terminé et ses conséquences sur la santé vont persister encore longtemps. Quoi qu’il en soit nous pouvons maintenant affirmer que le désastre nucléaire de Fukushima a infligé un rude coup au Japon et à son peuple. 2.000 japonais sont déjà décédés des conséquences des évacuations et on s’attend à ce que 5.000 autres meurent de cancers dans l’avenir.

Il est impossible de ne pas être ému par le coût de Fukushima en termes de décès, suicides, de troubles mentaux et de souffrances humaines.
Les conséquences de Fukushima sur le Japon sont comparables au coup massif porté par Chernobyl à l’ ex-Union soviétique en 1986. En effet, on a pu lire sous la plume de plusieurs auteurs que le désastre nucléaire de Chernobyl a largement contribué à l’effondrement de l’URSS en 1989-1990.
Il est intéressant de constater que Mikhail Gorbatchev, président de l’URSS au moment de Chernobyl, et Naoto Kan, premier ministre du Japon au moment de Fukushima, ont tous deux affirmé leur opposition à l’énergie nucléaire.
http://bos.sagepub.com/content/67/2/77.full
Kan a même préconisé l’abolition totale de l’énergie nucléaire
https://wallofcontroversy.wordpress.com/2014/03/17/japans-ex-prime-minister-naoto-kan-on-how-fukushima-changed-his-mind-about-nuclear-power/

Est-ce que le gouvernement japonais et d’autres gouvernements (y compris les gouvernements de GB et US) ont tiré les leçons de ces catastrophes nucléaires ? Le philosophe américain George Santyana ( USA 1963 – 1962) a dit un jour que ceux qui ne savent pas tirer les leçons de l’histoire sont condamnés à la répéter.

Dr Ian FAIRLIE – Le 16 Août 2015


Merci à Azby Brown, Yuri Hiranuma, dr Tadahiro Katsuta, Dr Alfred Körblein, Becky Martin et Mycle Schneider pour leurs commentaires de mon projet de texte.
Toute erreur relève de ma responsabilité
.


(1) C’est Jan Beya aux USA qui a eu l’idée de la loterie négative
(2) Mis à jour en Mars 2015
(3) De plus, 1.603 personnes ont été tuées directement par le tremblement de terre et le Tsunami dans la préfecture de Fukushima, et environ 1.350 personnes sont mortes lors de l’évacuation dans les préfectures de Miyagi et Iwate: dans ces derniers cas les évacuations n’étaient pas dues aux radiations.


Le site du Dr Ian FAIRLIE: http://www.ianfairlie.org/
Le texte original du Dr Ian FAIRLIE: http://www.ianfairlie.org/news/summing-the-health-effects-of-the-fukushima-nuclear-disaster/
Télécharger l’article original: http://www.ianfairlie.org/wp-content/uploads/2015/08/Summing-up-the-Effects-of-the-Fukushima-Nuclear-Disaster-10.pdf
Télécharger le texte français: http://www.vivre-apres-fukushima.fr/gm-documents/Synthese-Fukushima-IFairlie.pdf
Traduction « vivre-apres-fukushima.fr » avec l’aimable autorisation de l’auteur.


Notes:

Ce travail de Ian FAIRLIE ne considère que l’Île JAPON
Son analyse ne concerne pas:

  • Les conséquences de la contamination (toujours en cours chaque jour) de l’océan Pacifique.
    On sait que le Césium et autres radionucléides ont atteint les côtes américaines
    Il y a actuellement dans le Pacifique Nord, côté américain,un problème de mortalité massive d’animaux marins, des étoiles de mer aux Grands mammifères marins et aux oiseaux. Les scientifiques en ignorent les causes (pollution chimique, réchauffement, recul de la banquise ?). Le gouvernement américain refuse de faire une veille attentive concernant la pollution radioactive.
  • La contamination de l’atmosphère mondiale par les produits radioactifs vaporisés lors de l’accident, et par les relâchers toujours quotidiens de produits radioactifs. Ces polluants radioactifs circulent tout autour du globe et retombent doucement.

Dose collective:
Un indicateur utile pour la gestion d’une collectivité

La somme des doses individuelles dans une population est la « dose collective ». Cette dose collective est exprimée en « homme.sievert » (homme.Sv). Elle se calcule en multipliant la dose efficace moyenne reçue par le nombre de personnes concernées.

Elle ne peut en aucun cas donner une idée sur le sort d’un individu donné.
Par contre elle est utile pour gérer une population exposée aux rayonnements:
– prévoir ce qui va se passer dans une population irradiée ou contaminée et s’organiser en fonction
– en médecine du travail: lorsque dans une centrale nucléaire la dose collective a baissé, c’est qu’il y a des progrès dans la radio-protection.

Plus de détails dans l’article:
http://www.laradioactivite.com/fr/site/pages/dosecollective.htm

Le 25 septembre 2015

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
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Juil 05

Fukushima, 4 ans après : les réfugiés de l’atome forcés au retour en zone contaminée

Les 120 000 déplacés nucléaires de Fukushima font face à des pressions gouvernementales croissantes pour retourner vivre dans les zones pourtant fortement contaminées.
Alors que la centrale ravagée continue de déverser sa radioactivité, le gouvernement japonais, farouchement pro-nucléaire, veut donner l’illusion d’un retour à la normale.

Un article de MEDIAPART du 04 juillet 2015 | Par Frederic Ojardias

De notre envoyé spécial au Japon.
« Ma maison est inhabitable. Elle est beaucoup trop radioactive. »
Assis en tailleur sur son tatami, M. Nakano, 67 ans, ouvre son quotidien local à la page qui donne chaque jour, comme si c’était la météo, les taux de radioactivité de chaque hameau situé autour de la centrale dévastée de Fukushima Daiichi.
Au feutre rouge, il a dessiné un point devant le taux de son village : 14,11 μSv/h. « C’est très élevé et très dangereux.
En plus, c’est une mesure officielle, à laquelle je ne fais pas confiance. Je pense que la radioactivité y est en réalité encore plus forte. »

… Cécile Asanuma-Brice, directrice adjointe du bureau du CNRS à Tokyo et chercheuse associée à la maison franco-japonaise de la capitale:
« Le gouvernement cherche à créer un sentiment de nostalgie par rapport au territoire d’origine. C’est extrêmement vicieux. Par exemple, alors que les enfants commençaient enfin à s’établir et à se réintégrer sur leur lieu de refuge, on a organisé des ateliers avec leurs anciens camarades de classe de Fukushima. On les replonge avec leurs anciens amis, on les fait cuisiner, en leur expliquant que les légumes viennent du jardin du grand-père, de la tante. On leur raconte des légendes fabuleuses. Et quand le gamin revient chez lui, il demande : “Maman, on rentre quand à la maison ?” Cela génère une plaie ouverte. Les gens ne peuvent jamais s’établir. Psychologiquement, c’est invivable.»

Yoshida Kuniyoshi sort d’un placard son compteur Geiger, soigneusement enveloppé dans une pochette en plastique. « Quand je retourne chez moi, ça bipe comme un fou, c’est flippant. »…
Jeune marié, il n’a aucune envie de retourner s’installer dans sa maison irradiée, malgré la probable fin, d’ici deux ans, des indemnités et des aides financières. « Les journaux proches du gouvernement écrivent que les évacués coûtent trop cher. Il y a une pression pour mettre fin aux compensations données aux réfugiés nucléaires. Je pense que dans mon cas, elles cesseront dès 2017, comme c’est déjà prévu dans certaines zones. 2017 sera une année de combat », prévient-il, dans un petit rire amer…

Lire l’article en entier

Un article de MEDIAPART DU 04 juillet 2015 dont je vous conseille vivement la lecture

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Mar 25

Fukushima: des villages qui souffrent de dépopulation.

Seulement 20% des évacués âgés de 40 ans et moins sont retournés à Kawauchi
Un entretien avec le maire.

Article publié en anglais par le journal Asahi Shimbun du 19/03/2015.
(Traduction « vivre-après fukushima.fr)

Situation de Kawauchi

Le village de Kawauchi où je suis maire est situé à 20-30 km au sud Ouest de la centrale nucléaire détruite de Fukushima.
Les niveaux de rayonnements sont restés relativement faibles et cela a rendu évident le fait que devions préparer le retour des habitants. Nous avons attiré des entreprises pour assurer des emplois et élargi les capacités de notre clinique de façon que les habitants puissent revenir sans inquiétudes.
Nous prévoyons aussi d’ouvrir un établissement de soins intensifs pour les plus âgés et un centre commercial d’ici la fin de l’année.

Sur les 3.000 habitants de Kawauchi avant le désastre, quelque 1.600 sont revenus.
Seulement 20% des 40 ans et moins sont revenus.

Les familles ont changé. Du fait qu’après leur évacuation elles ont du vivre dans des logements temporaires, le nombre de foyers est passé de 1.100 à 1.500.

Les jeunes villageois ont trouvé des emplois dans les zones urbaines, là où ils ont trouvé un abri. Les enfants ont également pris leurs habitudes dans les écoles où ils ont été transférés. Ils se construisent une nouvelle vie quoiqu’on les appelle toujours les « évacués ».
Ils voient leur retour dans leurs propres maisons comme une « réinstallation », car un retour à Kawauchi les obligerait à nouveau à modifier radicalement leur mode de vie.

Je pense qu’il n’est plus possible de restaurer le village comme il était. Il n’y a rien de mal à ce que, pensant à l’avenir, les gens prennent la décision de s’installer ailleurs plutôt que de retourner à Kawauchi. En fait, persister dans une vie « tout temporaire », – un travail temporaire, une école temporaire – revient à perdre un temps précieux dans leur vie.

Le gouvernement central a réservé 25 Trillions de Yen ( 208 billions de dollars) à la reconstruction après le tremblement de terre, le tsunami, et le désastre nucléaire pour une période de « reconstruction intensive » de 5 ans. Cette période se terminera à la fin de l’année fiscale 2015.
Le gouvernement central veut montrer au monde comment Fukushima a été reconstruit, lors des jeux olympiques d’été de 2020.
Je pense qu’il est bien sûr essentiel de fixer un délai pour atteindre l’objectif; mais il ne faut pas oublier qu’il faut beaucoup de temps pour reconstruire une zone sinistrée.

Les forêts qui représentent 87% de la superficie de Kawauchi doivent encore être décontaminées. Tout ce que nous pouvons faire est d’attendre le déclin naturel des substances radioactives tout en prenant soin des forêts; mais cela prendra vraisemblablement quelque chose comme 40 ans, le même temps que pour démanteler les réacteurs.

Je crains que lorsque le délai prévu sera passé, le gouvernement ne réduise, au nom de l’efficacité, son aide à toute la zone de Futaba (une circonscription administrative qui inclut Kawauchi) qui héberge la centrale Fukushima n°1.

Les mesures de reconstruction sont, bien sûr, essentielles; mais surtout, comment faire face à une dépopulation continue est un enjeu crucial. Il avait été initialement prévu que le niveau de la population actuelle de Kawauchi, 1.600 habitants, serait atteint vers les années 2030. La catastrophe nucléaire a brusquement transformé cette projection en réalité.

D’autres villes et villages du canton de Futaba où le retour des habitants est en cours devront faire face au même problème. Sans les jeunes, il reste difficile de réaliser une gestion locale et d’envisager un avenir pour la communauté ; quelle que soit la magnificience des infrastructures construites.

Je me rends compte que là est précisément la gravité de la catastrophe nucléaire.
Il n’est jamais facile de tenter d’arrêter une dépopulation; ne pas savoir comment faire face à ce changement radical que nous devons affronter provoque une anxiété qui donne aux villageois un sentiment de perte et d’impuissance; ce qui va à l’encontre de leur retour.

Je souhaite que le gouvernement central offre des incitations fiscales et d’autres mesures de façon que les gens sentent qu’ils feraient mieux de travailler à la campagne plutôt qu’en ville.
Si le gouvernement central affirme qu’il se soucie des communautés provinciales et qu’il veut revitaliser leurs économies, pourquoi ne pas décentraliser les organisations et les ressources humaines du gouvernement national, concentrées à Tokyo, vers les régions rurales ? Les jeunes ne rejoindront jamais les communautés dépeuplées s’il n’y a pas d’incitations telles que celles-ci.

Le préjudice doit être réparé correctement, mais se considérer éternellement comme une victime ne vous permet pas de passer au stade suivant du processus de reconstruction qui est de construire par vous même une nouvelle communauté.
La zone de plantation de riz à Kawauchi est remontée à 160 hectares l’an dernier, la moitié de sa surface avant le désastre. Cela tient à ce que de nombreux cultivateurs trouvent joie et fierté à cultiver dans notre village. Dans la partie de Kawauchi où l’ordre d’évacuation a été levé en Octobre, de jeunes agriculteurs tentent de cultiver des gentianes; ils espèrent que cela évoluera vers une nouvelle spécialité locale.

Je me sens fort rassuré d’apprendre que certains de nos habitants montrent leur courage alors que le reste de la population est de plus en plus dépendant des services administratifs.
Ce n’est pas l’argent mais les ressources humaines qui ont le potentiel de changer une communauté locale.

Reconstruire Kawauchi pourrait également aider ceux qui ont quitté notre village. Ils ont besoin d’une comunauté dans laquelle ils puissent revenir s’ils le souhaitent. Cela nécessiterait des efforts persévérants, mais on ne peut pas se permettre d’abandonner.


Cet article est basé sur un entretien du maire de Kawauchi avec Susumu Okamoto.
Né en 1955, Yuko Endo, est maire de Kawauchi depuis 2004 après avoir siégé au conseil municipal.
Alors que presque tous les habitants de Kawauchi ont été évacués après la catastrophe nucléaire de Fukushima, Endo leur a adressé un message en janvier 2012 dans lequel il appelait ceux qui le pouvaient à retourner au village.

L’article de l’Asahi Shimbun en anglais

Le 25 mars 2015

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