Fév 26

Impasses concernant les déchets nucléaires -2.

Nul ne sait comment gérer sans danger des déchets de l’industrie nucléaire

-2- Les problèmes du stockage en profondeur

Un dossier de France nature Environnement
https://www.fne.asso.fr/node/401830

Déchets nucléaires : questions explosives soulevées par le projet CIGÉO à Bure

Décidé par l’État français, le projet CIGÉO à Bure vise à enfouir les déchets nucléaires les plus radioactifs du pays pour des centaines de milliers d’années. Plonger dans ce dossier, c’est rencontrer une multitude de questions auxquelles ni les promoteurs, ni l’État ne savent répondre, révélant ainsi notre incapacité à gérer les déchets nucléaires.
Mirabel-Lorraine Nature Environnement et France Nature Environnement reviennent sur quelques questions explosives liées à ce projet.

En quoi consiste le projet de CIGÉO à Bure ?

Enfouir 99,9 % de la radioactivité totale des déchets du programme nucléaire français dans un seul et même lieu pour des centaines de milliers d’années : voici, en substance, l’insensé projet du Centre Industriel de stockage GÉOlogique, alias CIGÉO, à Bure. Cette poubelle du nucléaire français est censée accueillir ses premiers colis de déchets radioactifs en 2030. Pendant au moins 120 ans, ils seraient alors progressivement entreposés à 500 mètres sous terre, avant que le stockage ne soit « scellé pour l’éternité ». Alors qu’il avait été demandé d’étudier diverses alternatives à l’enfouissement en profondeur, l’État a d’ores et déjà jeté son dévolu sur la commune de Bure, village de 90 âmes entre Nancy et Troyes. Si pour l’instant aucun déchet n’y est enfoui, un laboratoire de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) y est installé depuis 2000 et y jette les bases d’un centre d’enfouissement.

L’ANDRA est l’établissement public chargé de traiter l’épineuse question des déchets nucléaires. Pour y répondre, elle a décidé de construire à 500m de profondeur environ 300km de galeries souterraines (soit Paris-Angers à vol d’oiseau). La surface de cette poubelle nucléaire représente plus de 2 fois celle de la ville de Paris. Ces galeries desserviraient des alvéoles horizontales de plusieurs centaines de mètres au sein d’une couche d’argile censée ralentir la diffusion de la radioactivité vers la surface au cours des millénaires. 108 000 m3 de déchets radioactifs dits « à haute activité » et « à moyenne activité à vie longue » (HA & MA-VL) y seraient enfouis, l’équivalent d’environ 43 piscines olympiques de 2 m de profondeur.

Mais en réalité, nul ne sait exactement ce qui sera enfoui car, au fur à mesure que le temps passe, de nouveaux déchets nucléaires dont on ne sait que faire s’accumulent. Ils pourraient aussi finir dans le « grand trou » puisque ce scénario s’est déjà réalisé avec les déchets de Moyenne activité à vie longue qui n’étaient pas prévus dans ce projet au départ.

Et si ces déchets HA & MA-VL ne constitueraient pour l’heure « que » 3,2 % du volume total de ceux issus des réacteurs nucléaires français, ils concentrent à eux seuls 99,9 % de leur radioactivité.

A quoi peut-on comparer la radioactivité de ces déchets ?

Tenter de décrire la dangerosité des déchets que l’État désire enfouir à Bure, c’est se confronter à un dictionnaire qui manque de mots. Les chiffres aident à percevoir l’enjeu. Cette radioactivité représente près de 100 fois celle dispersée par l’accident de Tchernobyl. La durée de sa dangerosité, elle, est estimée à 100 000 ans.

100 000 ans. Une échelle de temps hors de proportion avec toute civilisation et hors de portée pour les humains et leur espérance de vie d’environ 80 ans. Alors qu’aucun assureur ne garantirait l’absence d’accidents sur une telle durée, l’État français croit pouvoir tenir le pari… Par sa nature, CIGÉO interroge donc fortement l’avenir, la durée de l’engagement des choix politiques présents et la fiabilité des compétences actuelles de l’industrie nucléaire alors que la Mise à l’Arrêt Définitif (MAD) des réacteurs et leur Démantèlement (DEM) doit se préciser.

Si face à cette brûlante question de la gestion des déchets nucléaire, l’étude de différentes options s’avère primordiale, le concept de plan B à CIGÉO, prévu en 1991, a été supprimé en 2006. Ce renoncement à l’étude d’alternatives conduit désormais les pouvoirs publics à faire plier le projet à une décision déjà prise. Une conception à l’envers. Immanquablement, le site de Bure montre déjà des failles : deux décès sont déjà survenus sur le site et donnent un amer avant-goût des risques qui pèsent sur le projet.

Une qualité des sous-sols en question

L’accident du 26 janvier 2016 qui a tué un technicien et en a blessé un autre peut être affecté à tous risques miniers. Cependant, il pose ici crucialement la question de la stabilité des sous-sols. En effet, malgré un boulonnage, une partie de la roche a glissé, s’est effondrée et a enseveli un salarié. Le creusement de galeries altère forcément l’unité de la roche, elle provoque fracturations et fissurations sur le pourtour des cavités. Ce phénomène, nommé « zone endommagée » (EDZ), fait perdre à la roche ses propriétés premières. En 2005, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) soulignait à ce propos qu’à Bure, « l’extension de [la zone fracturée] s’avère plus grande que prévue ».

Le phénomène de zone endommagée est-il sous-estimé ? Le drame serait-il plutôt survenu à cause de la nature même de la roche, une argilite, qui est en réalité une marne, critiquée par certains géologues pour sa friabilité ? A la question de stabilité du sol s’ajoute celle du choix même d’enfouir les déchets. L’expérience la plus similaire à celle de CIGÉO, le projet WIPP (Waste Isolation Pilot Plant), aux Etats-Unis, a rapidement montré les limites d’un tel choix.

Le choix de l’enfouissement en profondeur est-il pertinent et réversible en cas d’accident ?

Le projet WIPP (Waste Isolation Pilot Plant) est un site d’enfouissement de déchets radioactifs militaires de Moyenne et de Faible Activité à Vie Longue (MA-FAVL), donc beaucoup moins irradiants qu’à Bure. Il est entré en fonction en 1999 aux États-Unis. Seulement, deux incendies successifs en sous-sol ont provoqué une contamination humaine en surface. Résultat : le site a fermé provisoirement au bout de 15 ans alors même que ce tout premier site d’enfouissement de déchets radioactifs au monde était censé durer 10 000 ans.

Que s’est-il passé pour en arriver là ? Le 5 février 2014, un incendie se déclare sur un camion dans une galerie. Neuf jours après, un fût de déchets explose et provoque un autre incendie. Or en profondeur, rien ne se passe comme en surface. Agir dans un site d’enfouissement s’avère particulièrement ardu : il n’est pas systématiquement possible d’utiliser de l’eau à cause de la nature même des déchets à traiter. Sur place, peu d’informations sont alors livrées aux populations.

Depuis, des milliers de pages de rapports et commentaires avec contre-expertises ont été rendus publics. Ils permettent de se faire une bonne idée des centaines d’aléas liés à l’enfouissement de déchets nucléaires, aux États-Unis comme en France.

Une longue enquête a fini par pointer du doigt la non-conformité d’un fût. Elle montre aussi que l’univers confiné dégrade très rapidement les matériels et déplore leur importante vétusté, 15 ans seulement après l’ouverture.

Si le redémarrage du chantier du WIPP apparaît sur le papier comme opérationnel fin 2016, il n’est pas effectif à ce jour. Actuellement, les travaux consistent à réhabiliter les lieux. Ils scellent notamment définitivement de manière irréversible certains quartiers où sont entreposés des fûts potentiellement de même nature que celui qui a explosé. L’activité réelle ne reprendra au mieux qu’en 2021, quand il aura été dépensé environ 2 milliards de dollars supplémentaires de « remise à niveau ».

L’échec de l’enfouissement profond de WIPP n’est pas un cas isolé. Les enseignement de ASSE II, en Allemagne, comme Stocamine, en France, montrent que les systèmes miniers ne sont pas en cohérence avec des stockages de déchets, qu’ils soient radioactifs ou non. En effet, la grande profondeur aggrave les difficultés à faire face au moindre accident.

Infiltrations d’eau, risques d’incendie, ventilation éternelle… CIGÉO face à des centaines de milliers d’années

Eau et déchets nucléaires ne font pas bon ménage. L’Andra a déjà pu percevoir ces désastreux effets lorsqu’elle a participé au projet de Asse II, en Allemagne. Contrairement à ce qui était projeté, des infiltrations d’eau ont eu lieu sur ce site aux 126 000 fûts de déchets radioactifs, provoquant des contaminations radioactives en surface. Les dégâts sont tels que l’extraction des fûts a été décidée après 2030 pour un coût estimé entre 5 et 10 milliards d’euros. Comment garantir qu’à Bure, les couches d’argile et de béton ne vont pas se dégrader en 100 000 ans et faciliter des infiltrations d’eau ? Et même sans cela, des infiltrations ne risqueraient-elles pas de se produire à travers les circuits de ventilation et les puits ?

De plus, selon leur nature, les déchets nucléaires dégagent en permanence de la chaleur, de l’hydrogène et des radioéléments. Certaines combinaisons et/ou associations de déchets sont interdites au risque de réactions ingérables. Ainsi, il est impératif que la zone de stockage soit ventilée en permanence pour ne pas monter en température du fait du dégagement de chaleur des colis et pour obtenir une concentration aussi faible que possible en hydrogène… Bref, il ne faut surtout pas atteindre 100°C sous peine d’avoir une réaction explosive. Seulement, qui peut sérieusement garantir une absence de panne de ventilation durant les 120 ans de remplissage de cette poubelle ? Et pour les 100 000 ans suivants ?

En cas d’incendie, l’arrêt de la ventilation augmenterait la concentration d’hydrogène et donc le risque d’explosion tandis que l’augmentation de la ventilation pour éliminer les fumées attiserait l’incendie… Comment éviter toute étincelle avec les différents dispositifs électriques et les engins qui circuleraient pendant les quelque 120 ans de remplissage de cette méga-poubelle nucléaire, au sein d’un milieu chargé en hydrogène particulièrement inflammable ?

Même en temps normal, l’hydrogène et les radioéléments rejetés par cette ventilation ne nuiront-ils pas à la santé des habitants et l’environnement de la Haute-Marne et de la Meuse ?

Enfin, le risque sismique entre également en ligne de mire. Régulièrement réévalué par les scientifiques, il est qualifié de « stable » car il n’aurait pas bougé depuis 130 millions d’années. Seulement, le passé ne peut prédire l’avenir. Le site de Bure, ceinturé de fractures géologiques, n’est pas à l’abri des caprices sismiques.

Ces questions et bien d’autres encore, les opposants au projet de CIGÉO ne sont pas les seuls à se les poser : les instances d’expertise de l’État les relèvent également.

Les experts et leurs critiques seront-ils entendus ?

Dans son avis et son rapport sur le « Dossier d’Options de Sûreté » du projet CIGÉO rendu le 15 juin 2017, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), expert public en matière de recherche et d’expertise sur les risques nucléaires et radiologiques, s’inquiète principalement de quatre points du projet concernant :

  • – la sécurité notamment sur les transferts de radioactivité dans l’environnement, pour protéger les populations,
  • – les moyens de surveillance mis en place lors de l’exploitation,
  • – la possibilité d’intervenir pour gérer des situations susceptibles d’entraîner une contamination des infrastructures,
  • – la sécurité contre les incendies.

C’est ainsi que le rapport de l’IRSN interroge la conception même du projet en soulignant qu’il faudra « revoir significativement les concepts afin d’éliminer la possibilité qu’un incendie puisse se propager dans l’alvéole de stockage ». Cette expertise confirme surtout les doutes sur la faisabilité de CIGÉO au vu des nombreuses questions scientifiques qui restent sans réponse. Et les questions peuvent encore et encore se décliner…

Le projet est-il vraiment réversible ?

Espérant trouver un jour une solution meilleure face à l’épineux problème des déchets nucléaires, l’exécutif a inscrit dans la loi que le projet CIGEO doit être réversible. Selon sa définition, en cas d’idées lumineuses ou de sérieux problèmes il doit donc être possible de vider les déchets nucléaires qui auraient déjà été entreposés durant les 120 ans de remplissage. Ensuite, fermeture des portes. La réversibilité disparaît. Comme l’ont montré les expériences précédentes de stockage en profondeur, à WIPP ou encore Asse II, cette réversibilité inscrite dans la loi ressemble davantage à un vœu allégeant les consciences qu’à une réalité : elle est techniquement impossible.

A la question de la réversibilité s’ajoute également celle de l’impossible risque zéro. Bien plus que la théorie, le premier décès survenu sur les lieux en rappelle l’évidence.
Mort d’un employé en 2002 : jusqu’à quel point la France est-elle prête à croire au risque zéro face aux ravages de l’atome ?

Le premier événement tragique sur le chantier est survenu en mai 2002. Alors qu’il travaillait dans le puits principal d’accès du laboratoire, un mineur de 33 ans est écrasé par un tube de 400 kg. Celui-ci s’est détaché à une quinzaine de mètres au-dessus de lui. Suite au drame, l’Inspection du travail souligne de « graves manquements en matière de sécurité ». Bouygues Travaux Publics rétorque que « les mesures d’organisation et de sécurité sur place étaient nettement supérieures à celles prises dans la profession. » Plus tard, face au tribunal de Bar-le-duc en 2007, le groupe de BTP avance que l’accident s’est produit à la suite d’« une collection d’erreurs » de ses employés.

Les deux points de vue se rejoignent sur l’essentiel : il y a eu des erreurs. Que l’origine du drame provienne de manquements, de maladresses, de mauvaises intentions ou d’oublis, le drame est là et personne n’a su agir ou réagir avant, malgré un chantier identifié à risques et une sécurité annoncée comme « supérieure ». Le site de CIGÉO n’accueille pas encore de déchets. Jusqu’à quel point la France est-elle prête à croire au risque zéro face aux ravages de l’atome ? Sur les 4 pays les plus nucléarisés au monde, la France est aujourd’hui le seul à ne pas avoir vécu d’accident de grande ampleur, mais pour combien de temps encore cela restera-il vrai ?

Que demande France Nature Environnement ?

France Nature Environnement appelle à la sortie du nucléaire afin, notamment, de ne plus produire ces déchets et d’en connaître la réalité. Nous demandons l’arrêt du projet CIGÉO avant d’engager une phase pilote. Les retours d’expérience des centres de stockage du WIPP (Etats-Unis), Asse (Allemagne), ou encore du centre de stockage de déchets chimiques de Stocamine (Alsace) semblent négligés et ne permettent pas d’aborder sereinement le projet CIGÉO. Celui-ci fait l’objet de questionnements scientifiques sur sa faisabilité, restés sans réponse malgré d’importantes sommes d’argent engagées depuis près de 20 ans. De plus, il a été décidé de réaliser cette installation, et exclusivement celle-ci, avant même que sa faisabilité soit avérée, ce qui conduit à un projet imposé, source de très graves tensions locales et nationales.

CIGÉO ne constitue pas un projet de territoire soutenable pour ses habitants qui le contestent, ni pour l’ensemble de la nation qui ne pourrait assumer un tel héritage. Construire la plus grande poubelle nucléaire du monde à Bure reviendrait à ajouter un grand nombre d’aléas ingérables à la catastrophe que représente d’ores et déjà la filière nucléaire en quasi-faillite.

C’est pourquoi France Nature Environnement demande de toute urgence de stopper le projet CIGÉO et de le comparer avec ses alternatives, à l’aune d’études de faisabilité attendues depuis de trop nombreuses années.

Texte mis en ligne le 12/02/18 – Mis à jour le 23/02/18
Texte original: https://www.fne.asso.fr/node/401830

France Nature Environnement
81-83 bd Port-Royal, 75013 – Paris
Email : information@fne.asso.fr


Plus d’infos:
Informations sur Wipp
Informations sur Wipp
Les problèmes Stocamine
Doc sur ASSE
Les avis et rapports de l’IRSN sur le projet CIGEO

le 26 février 2018


Mai 12

Coûts et faisabilité du démantèlement des installations nucléaires

Le point sur le rapport parlementaire français du 1er février 2017

Au terme de 7 mois d’enquête et l’audition de 70 personnes, dont les porte-paroles du réseau «Sortir du nucléaire, la rapporteure Barbara Romagnan (PS) et le président Julien Aubert (LR) de la commission parlementaire ont rendu un rapport (1)d’information sur la faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires.

Ce rapport est disponible à l’adresse:
http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i448.asp

Voici çi-dessous l’analyse qu’en fait le réseau «Sortir du nucléaire»:

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Ce rapport fait ressortir les divergences entre les auteurs sur l’évolution de la production d’électricité d’origine nucléaire en France et dans le monde, sur le montant des provisions réalisées par EDF et sur la remise en état des sites sur lesquels se trouvent des installations nucléaires. Il instruit de façon pertinente la problématique du démantèlement en apportant des informations et des justifications sur le dogme de la nécessité du démantèlement immédiat. Dressant d’abord un état des lieux, le document détaille les difficultés techniques que rencontre EDF, les questions cruciales de la gestion des déchets et de la sous-traitance, et s’intéresse aux provisions de l’exploitant et à la sous évaluation des coûts induite par des hypothèses trop optimistes, de nombreuses dépenses non provisionnées et des charges sous-évaluées.

Qu’est-ce que le démantèlement immédiat ?

L’article 127 de la loi n°215-992 du 17 août 2015(2) relative à la transition énergétique pour la croissance verte dispose que «lorsque le fonctionnement d’une installation nucléaire de base ou d’une partie d’une telle installation est arrêté définitivement, son exploitant procède à son démantèlement dans un délai aussi court que possible.
Ce principe est toutefois relatif, dans la mesure où il s’écoule un délai de 5 à 7 ans entre la mise à l’arrêt définitif d’un réacteur et le début de son démantèlement, qui prendra plusieurs d’années. Les exemples en cours contredisant d’ailleurs ce dogme du démantèlement «immédiat» : les chantiers de Brennilis (arrêt en 1985) et Superphénix (arrêt en 1998) sont loin d’être terminés. Quand à la filière graphite gaz, EDF a reporté au XXII° siècle leur déconstruction ! Et pour les sous-marins nucléaires mis à l’arrêt, le tronçon réacteur est découpé et entreposé «pour une durée de l’ordre de quelques dizaines d’années» dans l’attente d’une diminution de la radioactivité de certains matériaux métalliques.

Une faisabilité technique pas entièrement assurée.

C’est que pour démanteler, EDF se heurte à plusieurs difficultés techniques. La première est de travailler dans un milieu radioactif. Milieu qui, en outre, n’a pas toujours été conçu pour dans l’optique d’être un jour démantelé.

Par ailleurs, 80% des réacteurs ont été mis en service entre 1877 et 1987. Du fait de la mise en service resserrée dans le temps, leur démantèlement sera donc aussi rapproché et cette quasi-simultanéité posera de véritables défis en termes de moyens et de main d’oeuvre à mobiliser simultanément en de nombreux points du territoire.

La gestion des déchets est elle aussi problématique. Le démantèlement d’une installation nucléaire génère la production d’une grande quantité de déchets, certains conventionnels et d’autres radioactifs. c’est un volume de 2.300.000 m3 qui est attendu, toutes catégories confondues, auxquels il faut encore ajouter les combustibls usagés. Les décharges existantes arriveront rapidement à saturation et la création de nouveaux sites de stockage de déchets se heurtera à la légitimes oppositions des populations impactées comme à Bure avec le projet CIGEO (3).

Et il y a aussi la question du seuil de libération: afin d’en diminuer le volume, le rapport n’exclut pas que des déchets de radioactivité comparable à la radioactivité naturelle puissent être réutilisés dans le domaine public, même si cette option (surtout envisagée pour les métaux) coûterait plus cher car elle impose un tri plus sévère des déchets. Le rapport prend en compte le niveau de radioactivité sans se poser la question de la nature de la radioactivité, question pourtant importante sachant par exemple que des matériaux peuvent contenir des traces de plutoniun sans pour autant dépasser le niveau de la radioactivité naturelle.

Enfin, autre difficulté: il n’existe pas de filière industrielle spécialisée du démantèlement. Et le recours à la sous-traitance pose problème comme le signale le rapport:« L’absence de cadre législatif réellement contraignant en matière de recours à la sous-traitance dans le secteur empêche à l’heure actuelle à la fois la sructuration de cette filière et de réels gains d’eficacité comme d’efficience des opérations de démantèlement. En d’autre termes, sans filière structurée du démantèlement, il semble peu probable que l’on puisse compter sur un véritable retour d’expérience permettant de gagner en efficacité au fil des démantèlements successifs ni que des économies d’échelle (réutilisation d’équipements lourds, de robots) soient possibles si le marché reste éclaté entre différents prestataires» (4)

Des provisions financières nettement insuffisantes:

Selon la loi française, le démantèlement doit être financé par l’exploitant des centrales. Examinant les principes et les méthodes d’estimation d’EDF, le rapport conclut à une sous-évaluation. Sur les 75 milliards d’euros du coût estimé du démantèlement, seuls 36 milliards sont provisionnés, dont 23 milliards couverts par des actifs dédiés qui sont des placements boursiers sensibles aux fluctuations des marchés financiers !

Quant aux comparaisons internationales, elles sont toutes défavorables aux calculs français; les provisions allemandes sont 2,4 fois supérieures aux provisions d’EDF !

Ces coûts ne prennent pas en compte la gestion des combustibles usagés, ni le coût social des suppressions d’emplois consécutives à la mise à l’arrêt des réacteurs; Les taxes et assurances auxquels les sites seront assujettis ne sont pas non plus prises en compte.
Hypothèses optimistes, dépenses non provisionnées, charges sous-évaluées…Il ne fait aucun doute qu’en l’absence de décisions politiques exigeant des provisions suffisantes, le coût du démantèlement et de la gestion des déchets sera supporté par les impôts des générations futures !

Les raisons du choix du démantèlement immédiat

On peut se demander si le choix du démantèlement immédiat n’a pas été fait dans l’idée de libérer des sites pour construire de nouveaux réacteurs. Comme l’a fait remarquer Mr André-Claude Lacoste, ancien président de l’ASN,  » l’idéal pour tout grand électricien serait de disposer, sur un même site, d’un réacteur en construction, d’un autre en exploitation et d’un troisième en cours de démantèlement »; (…) EDF considère qu’il y aura un réacteur en construction ou en exploitation sur tous les sites. Il s’agira la plupart du temps de nouveaux réacteurs dont la construction n’est actuellement pas décidée (5) ». Ainsi EDF considère que le programme nucléaire français va se poursuivre sans tenir compte de la loi de Transition Énergétique (6) qui limite à 50% la part du nucléaire dans l’électricité produite en France.

Le point de vue développé
lors de l’audition du réseau « Sortir du nucléaire »

Cas des Graphite-gaz arrêtés depuis plus de 20 ans

La décision d’EDF de reporter à 2100 le démantèlement des deux réacteurs de St Laurent des Eaux est risquée: les réacteurs auront alors 130 ans, et qui peut garantir qu’il n’y aura pas de fuite de radioactivité dans l’environnement ? D’autant plus que ces réacteurs ont déjà été à l’origine de rejets de radionucléides et qu’ils se trouvent en bord de Loire, dans une zone potentiellement innondable. Dès lors, quelles solutions pour les stocks de graphite contaminé ?

Démantèlement des sites nucléaires:

Notre réflexion est en discussion dans les groupes qui composent le Réseau mais nous nous orientons vers une position interrogative sur la nécessité de démanteler le coeur du réacteur pour 3 raisons essentielles:

  • la cuve et l’enceinte en béton sont radioactives et leur déconstruction ferait prendre des risques importants aux travailleurs qui l’effectueraient ainsi qu’à l’environnement
  • les gravats et ferrailles de démolition seraient alors envoyées dans des centres d’enfouissemnet à créer, or personne ne veut une poubelle nucléaire près de chez lui
  • il y a une tentation récurrente de la part des autorités d’autoriser le «recyclage» de déchets faiblement radioactifs dans les biens de consommation et matériaux de construction. Or cela aboutirait à disperser de faibles doses de radioactivité dans l’environnement et augmenter le niveau moyen d’exposition à la radioactivité du grand public.Nous sommes contre cette option et rappelons notre opposition catégorique au recyclage des matériaux même faiblement radioactifs pour la fabrication d’objets et d’infrastructures de la vie quotidienne.

Pourquoi ne pas utiliser les enceintes actuelles comme lieu de stockage des combustibles usagés tout en maintenant à l’intérieur la cuve fortement radioactive ? Contrôler l’état de confinement de ces vieilles enceintes et en cas de fuite construire une nouvelle «peau» par dessus la première ? Cette solution de non démantèlement immédiat avec sécurisation du confinement de la radioactivité dans les réacteurs existants ou dans des bunkers à proximité éviterait de nombreux transports de déchets radioactifs et leur mise en décharges.Néanmoins pour les réacteurs en zone potentiellement innondable (Gravelines, le Blayais, Fessenheim, Bugey, Chinon …), le démantèlement devra être mené dans les meilleurs délais sans attendre l’innondation !

le «retour à l’herbe» est pour nous un mythe idéaliste

En l’absence d’une définition stricte de ce qui constitue une installation démantelée, comme c’est le cas actuellement, la plupart des exploitants ont pour objectif d’obtenir simplement la déclassification administrative de l’installation nucléaire. Les lieux peuvent être déclassés en étant assortis d’une servitude pour l’éventuelle réutilisation industrielle du site.

Nécessité d’évaluer les coûts de manière réaliste et de provisionner en conséquence

Les provisions actuelles d’EDF nous semblent ridicules. Démantèlement ou pas, il est indispensable d’imposer à tous les producteurs de déchets nucléaires de provisionner des capitaux à hauteur des besoins.

Arrêter le retraitement des combustibles usagés à La Hague de toute urgence

Ce retraitement est coûteux, il s’accompagne de rejets radioactifs dans l’environnement (mer et atmosphère), et du fait des traitements chimiques utilisés, le volume des déchets radioactifs augments. Au final les déchets sont séparés les uns des autres, les plus dangereux se trouvent concentrés dans un faible volume, ce qui tend à augmenter leur dangerosité. C’est le cas en particulier du plutonium (50 tonnes en stock à La Hague alors qu’il suffit de 6 à 8 kg pour faire une bombe !).

Pas d’enfouissement des déchets à 500m de profondeur à Bure !

L’enfouissement ne garantit en rien la mise en sûreté des déchets, la réversibilité n’existe que sur le papier, personne ne peut garantir que les galeries ne se déformeront pas et la récupération des colis, si nécessaire, deviendrait problématique.
Pour évacuer les gaz et la chaleur, une ventilation permanente des galeries sera nécessaire pendant des centaines d’années ou plus, avec les risques de remontée de radioéléments dans l’environnement, de pollution des eaux…

Pour les déchets radioactifs, il n’y a pas de solution, que des options toutes mauvaises et nous considérons que la moins mauvaise consiste à les sécuriser et stocker en surface de façon à intervenir en cas de problème.

Les déchets nucléaires et le démantèlement sont les casse-têtes insolubles de la filière nucléaire. L’urgence est d’arrêter d’en produire. Le seul moyen pour y arriver est de fermer les réacteurs existants et de ne pas en construire de nouveaux.

Notes:

  • 1: rapport d’information n°4428, 1er février 2017,113 pages:
    http://www.assemblee-nationale.fr14/rap-info/i4428.asp
  • 2: LOI n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte
    ELI: https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2015/8/17/DEVX1413992L/jo/texte
    Alias: https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2015/8/17/2015-992/jo/texte
  • 3: Centre industriel de stockage géologique: www.sortirdunucleaire.org/CIGEO-qu-est-ce-que-cest
  • 4 :Voir page 44 du rapport
  • 5: voir pages 52-53 du rapport
  • 6: loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énéergétique pour une croissance verte.

Martial Chateau et Laure Barthélémy.

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Cet article est paru dans «Sortir du nucléaire» n°73, printemps 2017
www.sortirdunucleaire.org
sa reproduction est autorisée et vivement conseillée sous réserve d’en indiquer la source et le nom des auteurs


Juil 03

Centrales nucléaires: Transfert du risque aux générations futures


DÉMANTELER nos Centrales nucléaires: Mission Impossible?

Un article de Fairewinds Energy Education

Compte-rendu de Caroline Phillips, administrateur Fairewinds– 18 juin 2015.

Comme la plupart d’entre vous, sympathisants et téléspectateurs, le savent, le fait que l’industrie du nucléaire commence à déclasser et démanteler les centrales nucléaires est une source d’inquiétude majeure pour Fairewinds Energy Education. Parrainé par la Fondation Lintilhac, Fairewinds a publié en Mars 2015 un important rapport sur le démantèlement de la centrale Vermont Yankee . Les organisations «Beyond Nuclear», «Vermont Yankee Decommissioning Alliance» et «Vermont Citizens Action Network » ont invité Fairewinds Energy Education à prendre la parole le mercredi 3 juin 2015 à Montpelier, VT (capitale de l’état de Vermont), lors de la première diffusion aux Etats Unis du documentaire « Démanteler nos centrales nucléaires, mission impossible ? »

J’ai regardé le documentaire d’Arte France qui examine le processus de démantèlement en cours de réacteurs nucléaires mis à l’arrêt en France, en Allemagne et aux États-Unis. Le film est effrayant, car il montre la réalité navrante de l’impréparation de l’industrie nucléaire et des gouvernements à travers le monde, lorsqu’il s’agit de déclasser et démanteler des centrales nucléaires qui sont trop anciennes pour respecter les réglementations de sécurité et ne sont économiquement plus viables.

Les déchets nucléaires restent hautement radioactifs et dangereux pendant des milliers d’années.

Le film d’Arte France, très bien documenté, démontre que les concepteurs de ces réacteurs nucléaires ignoraient totalement il y a 40 ans la façon dont on pourrait les démanteler et éliminer les matériaux et les déchets fortement radioactifs issus de leur fonctionnement.
Plus inquiétant encore, aucun progrès n’a été fait pour déterminer comment mettre en sécurité ces déchets pour les 250.000 années requises.

L’auteur, Bernard Nicolas attire l’attention de son auditoire sur un échec : celui du site d’enfouissement de déchets nucléaires de Asse en Allemagne où les ingénieurs ont voulu expérimenter le stockage des déchets nucléaires dans une mine de sel. Suite à un glissement de terrain en 2004, de l’eau s’est infiltrée dans la mine de sel, entraînant l’effondrement des parois et un dégagement de radiations. Une course contre la montre été engagée pour injecter du béton dans les zones effondrées afin de colmater les fuites avant les prochains mouvements de terrain.

En France une tentative de confinement de déchets nucléaires qui utilisait de l’asphalte pour piéger les contaminants toxiques a échoué. Cela a abouti à la libération d’hydrogène qui présente maintenant un risque élevé d’explosion s’il se trouve en présence d’Oxygène.

Actuellement, les experts ne savent pas (et ils ne sont pas d’accord entre-eux) quelle est la meilleure méthode pour éliminer les déchets nucléaires. Il n’en existe pas.

Le film nous emmène ensuite dans le Maine (USA)sur un ancien site nucléaire que l’industrie a baptisé «Installation provisoire de stockage pour combustible Nucléaire usagé» (IFSI). Autrefois centrale nucléaire, Maine Yankee a été fermée pour des problèmes de sécurité trop onéreux à corriger.

Les problèmes de de sécurité persistent à Maine Yankee: des fûts secs pleins de combustible usagé hautement radioactifs sont entreposés en plein air, sans lieu de stockage définitif et sans qu’on sache comment les éliminer définitivement. Il y a quelques semaines, Fairewinds a dévoilé une intervention directe de la NRC pour que soit retiré de la circulation un rapport mentionnant le survol de Maine Yankee par un drone non identifié.
Le site de Maine Yankee où sont abandonnés les déchets est très coûteux et il est exposé à deux risques potentiels : des attaques terroristes et la dégradation des fûts entreposés sur le site pour une durée indéfinie.

Les fûts sur Maine-Yankee

Le stockage sur Maine Yankee
Dans quel état seront les fûts dans 50 ans ?
dans 25.000 ans ?
En principe, il s’agit d’un stockage provisoire, en attendant une solution définitive.

Enfin, le film se penche sur la centrale nucléaire Vermont Yankee dans le sud du Vermont. Fermée en décembre 2014, la centrale de Vermont Yankee doit être prochainement déclassée, ce qui en fait potentiellement une zone où les déchets pourront être abandonnés et entreposés de façon non conforme.

Prenant l’exemple de centrales déjà démantelées dans le monde entier, la vidéo de Nicolas nous apprend que d’un bout à l’autre, le processus de déclassement présente des risques et des lacunes sécuritaires. Ces centrales n’étant plus opérationnelles ni productives, les opérateurs ne sont pas pressés de financer à grands frais un démantèlement en sécurité et il leur manque la motivation nécessaire pour prendre les mesures de sécurité qui permettraient d’assurer une bonne gestion des déchets radioactifs.

Le problème majeur qui en découle est celui de la transmission du risque aux générations suivantes. Non seulement ces déchets radioactifs hautement toxiques vont être transmis de génération en génération sans solution adéquate pour leur élimination; mais aussi le démantèlement physique des sites nucléaires va prendre des décennies avec un lourd transfert de responsabilité à des travailleurs sans expérience ni connaissances appropriées.

Il est vrai qu’actuellement, la société Entergy s’est engagée à assurer pendant 60 ans le suivi du déclassement de la centrale de Vermont Yankee dont elle est propriétaire. Mais Fairewinds a fait remarquer que 60 ans est un nombre totalement arbitraire qui ne repose sur aucune base scientifique.
Sans vouloir entrer dans le détail, constatons que dans 60 ans bon nombre d’entre nous nous seront plus de ce monde. Des ouvriers de la centrale ont d’ailleurs déjà été déplacés vers d’autres sites du territoire américain, privant ainsi Vermont Yankee de personnel familiarisé avec le site, son environnement et ses équipements. On peut prévoir sans trop de risque de se tromper que d’ici 60 ans, les travaux liés au déclassement seront effectués par de nouveaux employés qui connaîtront encore moins bien le mode opératoire initial de la centrale, ses faiblesses et ses bizarreries spécifiques.

La manipulation des déchets radioactifs ne doit pas être prise à la légère. Le fait même que personne au monde n’ait de solution quand à la façon de confiner et d’éliminer ces produits toxiques est la preuve que des précautions particulières, des efforts conséquents et une compétence étendue sont nécessaires pendant le déclassement et le démantèlement d’une centrale nucléaire.

Alors, où en sommes-nous ?
Il est clair que l’énergie nucléaire n’est pas une énergie sûre et économique; la surface de la terre est déjà suffisamment polluée par les déchets radioactifs : point n’est besoin d’en ajouter. L’opinion publique se rendant compte que les énergies vertes et renouvelables sont la meilleure solution au problème du changement climatique, la fermeture de centrales nucléaires va devenir un phénomène de plus en plus courant, et les états doivent se préparer à jouer un rôle plus actif dans leur mise hors service.

Il est probable que l’intervention du gouvernement ou des états fédéraux dans le processus de démantèlement se fera sous forme financière. Des états comme le Vermont n’ont aujourd’hui aucun droit de regard sur les fonds de déclassement de la centrale nucléaire de Vermont Yankee car il s’agit d’un fonds d’entreprise totalement indépendant du système de gestion des dépenses publiques (fédérales ou locales).

Afin de protéger les citoyens d’un déclassement laxiste et d’un abandon des déchets par l’industrie nucléaire, les états doivent créer une source de financement qui serait utilisée spécifiquement pour les sites à l’arrêt.

Avec l’argent vient le pouvoir, un pouvoir que les états peuvent utiliser pour obliger l’industrie nucléaire à rendre compte de la gestion des déchets radioactifs qu’elle a produits. C’est une des propositions qui permettraient avec le plus de chances de succès d’éliminer en sécurité les déchets nucléaires et de réduire le risque intergénérationnel ( transgénérationnel ?)

Il est hors de question d’accepter la présence de décharges nucléaires fortement radioactives – dont on sait qu’elles sont mal gérées et source de fuites – dans le voisinage immédiat des lacs, rivières, océans et ressources aquifères qui sont si précieux pour notre planète.

Fairewinds vous tiendra informés.

Article publié sur le site de Fairewinds et traduit avec son autorisation
L’article original en anglais


Articles Liés:

WCAX TV a enregistré Arnie Gundersen,l’ingénieur en chef de Fairewinds, suite à la première américaine du film français: le déclassement de nos Centrales nucléaires: Mission Impossible ?
http://www.wcax.com/story/29238571/group-raises-concerns-about-yankee-decommissioning

Le contrôleur de l’État Doug Hoffer affirme que les préoccupations que Fairewinds Education présente dans son rapport de 35 pages sur le déclassement de Vermont Yankee sont légitimes. (selon Amy Nixon,journaliste à AshVTDigger).
http://vtdigger.org/2015/06/04/anti-nuke-group-wants-hoffer-to-oversee-vermont-yankee-fund/

Le film sur le site de Arte: http://future.arte.tv/fr/sujet/centrales-nucleaires-demantelement-impossible


Qu’est «Fairewinds Energy Education» ?

Fairewinds se présente:
Démystifier l’énergie nucléaire par l’information. Notre mission est d’informer le public sur l’énergie nucléaire et d’autres problèmes d’énergie. «Fairewinds Energy Education», est un outil facile à utiliser pour obtenir une information basé sur des faits, une information sur l’énergie nucléaire sans distorsion. Le site Web de Fairewinds propose des podcasts et des vidéos, dans lesquelles nous collaborons avec des experts issus de domaines très variés pour traiter des questions relatives à l’énergie nucléaire.

L’ingénieur en chef de Fairewinds, Arnie Gundersen a plus de 40 ans d’expérience en ingénierie nucléaire de puissance. Il a étudié à Rensselaer Polytechnic Institute (RPI), où il a obtenu son Baccalauréat cum laude tout en devenant le récipiendaire d’une prestigieuse bourse de la Commission à l’Energie Atomique pour sa maîtrise en génie nucléaire. Arnie est titulaire d’un brevet de sûreté nucléaire, était un opérateur de réacteur sous licence, et est un ancien vice-président senior de l’industrie nucléaire. Au cours de sa carrière dans l’industrie nucléaire de puissance, Arnie également géré et coordonné des projets dans 70 centrales nucléaires aux États-Unis.

Quelques références sur le site de Fairewinds

http://www.fairewinds.org/nuclear-energy-education/generational-transfer-of-risk
http://www.fairewinds.org/nuclear-energy-education/remove-vy-carcass-veto-safstor
http://www.fairewinds.org/nuclear-energy-education/what-unidentified-flying-drone


Note

Mis à jour le 05 juillet 2015

Il est impossible de faire cesser la radioactivité d’un corps. Il faut attendre la décroissance naturelle qui peut être de quelques secondes à des millénaires (Plutonium: demi-vie de 24.000 ans; ceci signifie qu’au bout de 24.000 ans il n’aura perdu que la moitié de sa radioactivité.
Nettoyer, décontaminer un site, ce n’est donc que déplacer la radioactivité ailleurs.
Dans une centrale à démanteler, il n’y a pas que le combustible qui soit radioactif: il y a des tonnes de béton, des aciers…jusqu’à des gants de latex contaminés, à démonter, découper, emballer, transporter.
Il faut protéger les travailleurs, les populations locales, les populations sur les trajets des multiples convois de transport, puis les populations alentour des sites de stockage (ici, pendant des millénaires)

Le stockage en lui-même n’est pas de tout repos: au fil des centaines d’années (des millénaires pour certains, les conteneurs vieillissent, se corrodent, se mettent à fuir; certains déchets chauffent, dégagent des gaz explosifs (hydrogène).Il y a controverse entre stockage réversible ou pas, stockage en profondeur ou en surface.


Quelques installations concernées par le démantèlement

MAINE YANKEE

Centrale nucléaire de 900 MW Arrêtée définitivement en 1997 pour raisons économiques. Démantelée entre 1997 et 2005. Transformée en Installation de stockage provisoire de combustible usagé (ISFSI) Elle est actuellement constituée de 60 fûts contenant 1434 assemblages de combustible usagé et de 4 fûts contenant des parties fortement radioactives du réacteur. Coût de fonctionnement: 10 millions de Dollars par an.
Une présentation officielle du site: http://www.maineyankee.com/public/MaineYankee.pdf

VERMONT YANKEE

Centrale de 620 MW démarrée en 1972 Mise à l’arrêt le 29/12/2014 pour cause économique. Une partie du combustible avait déjà été stockée à sec depuis mai 2008. Prévision officielle du coût du démantèlement : $1,24 billions. Mais seulement $665 Millions ont été mis de côté pour le démantèlement pendant les 42 ans de fonctionnement.
Détails sur Wikipedia: https://en.wikipedia.org/wiki/Vermont_Yankee_Nuclear_Power_Plant
Le site officiel du propriétaire Entergy: vydecommissionning.com

WIPP

http://www.wipp.energy.gov/wipprecovery/accident_desc.html
Une installation pilote au USA pour stockage profond dans le sel.
Elle a été victime en février 2014 d’un double accident: incendie d’un véhicule au fond des galeries puis explosion d’un baril de déchets avec contamination au plutonium de l’installation et des environs (par les cheminées de ventilation)
Une description par Wikipedia en français


Et En France ?

BRENNILIS

Centrale mise en service en 1967. Arrêtée en 1985.
Ce démantèlement qui se voulait exemplaire n’est toujours pas terminé 30 ans après l’arrêt.
Les péripéties du démantèlement:
sur wikipedia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Site_nucl%C3%A9aire_de_Brennilis
sur sortir du nucléaire cornouaille: http://www.sortirdunucleairecornouaille.org/spip.php?article218

SUPER-PHÉNIX

Ce fut une machine mythique soi-disant capable de régénérer son combustible.
L’usine de La Hague a été construite pour alimenter les surgénérateurs en plutonium.
Machine éminemment dangereuse avec 5 tonnes de plutonium radiotoxique et 5.000 Tonnes de Sodium explosif en présence d’eau.
Construction démarrée en 1976
En juillet 1977 grosse manifestation européenne sous la pluie qui fit un mort chez les manifestants et un blessé grave chez les forces de l’ordre.
Arrêt définitif en 1997. En 11 ans il a fonctionné 53 mois.
Démantèlement en cours

À lire : Superphénix, déconstruction d’un mythe, Christine Bergé (photographies de Jacqueline Salmon), Les empêcheurs de penser en rond, La Découverte, octobre 2010, 150 p., 13 euros.
Un dossier: https://fr.wikipedia.org/wiki/Superph%C3%A9nix

FESSENHEIM

La plus vieille centrale nucléaire en activité en France: elle a été connectée en 1977.
Elle cumule les risques: zone sismique, et inondable,importante nappe phréatique, couloir aérien, incidents à répétition,conception défectueuse.
Elle devrait être mise à l’arrêt prochainement…

ICEDA

Installation de stockage provisoire en construction au bord du Rhône, à côté de la centrale du Bugey.
Elle est destinée à reçevoir et conditionner des déchets en provenance des 9 réacteurs de la filière française Uranium-graphite-gaz à démanteler.
Elle accueillera des déchets de moyenne et faible activité à vie longue.Pour une durée en principe de 50 ans, dans l’attente d’un stockage définitif.
La présentation du projet par EDF: http://fr.edf.com/fichiers/fckeditor/Commun/En_Direct_Centrales/Nucleaire/Centrales/Bugey/Projet_ICEDA/documents/ICEDA%20presentation%20generale.pdf
Un dossier technique et administratif par l’association citoyenne stop-bugey
http://www.stop-bugey.org/iceda/
http://www.stop-bugey.org/centrale-nucleaire-bugey/projet-iceda/communique-de-la-coordination-stop-bugey/

CIGEO

Site prévu de stockage profond de déchets de haute et moyenne activité à vie longue
Début du stockage prévu en 2025
Vive contestation des riverains et de la société civile
La présentation par l’ ANDRA: www.cigeo.com
Les arguments des associations contestataires: http://www.sortirdunucleaire.org/Cigeo-un-projet-inacceptable
Un article de Wikipedia sur le stockage géologique en couche profonde

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

Avr 20

Nucléaire: fuites aux USA – Revenons-en à la Vie

Revenons-en à la Vie: Réflexions de Chiho Kaneko de retour du Japon.

Une video sous-titrée en français par Kna
https://youtu.be/eIP5Z-hbSUQ


Dans le même temps la fuite du centre de stockage expérimental WIPP aux USA nous démontre que la gestion des déchets nucléaires n’est toujours pas au point.

Les explications de Fairewinds
https://youtu.be/DHHSCjQ2dyc

Sous titrage français par Kna

Le site de WIPP en anglais

Au 17 Avril 2014 les équipes de secours sont bien descendues dans la mine mais ont du rebrousser chemin à cause de la radioactivité sans avoir trouvé la cause de la fuite.
L’article de l’ AP

Il s’agit de fuites de matériaux très dangereux et durables, tel que Américium et Plutonium, résidus de la fabrication des bombes atomiques US; les populations alentour et leurs représentants sont inquiets.
L’article en anglais


Fév 02

Censure à la télé – Boues radioactives

Le coût du nucléaire : censuré
Des boues de traitement de l’eau = déchets radioactifs

Toru Nakakita, 62 ans, un enseignant en économie de l’université de Tokyo n’a pas pu présenter à la télévision publique NHK son exposé concernant le coût du redémarrage des réacteurs et le risque d’acidents nucléaires.
Voilà plus de 20 ans qu’il participe à cette émission de la télévision publique NHK.

Il a envoyé son script à la NHK le 29 Janvier, veille de l’émission; la direction lui a demandé de ne pas aborder ce sujet avant l’élection du maire de Tokyo car cela pouvait perturber l’élection.

Mr Nakakita a insisté sans succès. NHK voyait un problème dans une des phrases de l’intervention:
«La croissance économique peut être obtenue même avec une politique du Zéro nucléaire»
Remarque du professeur:
« Sommes-nous capables de présenter des matériaux de discussion et de permettre aux électeurs un choix sérieux, et d’autant plus pendant cette campagne électorale ?»

Un représentant au service des relations publiques de la NHK:«Parce que la question de l’énergie nucléaire est l’un des points de discussion dans la course au poste de gouverneur de Tokyo, il est nécessaire pour nous d’être encore plus rigoureux pendant la période de campagne. … nous lui avons demandé de changer de sujet.»

Le professeur a démissionné.

Résumé d’un article paru dans le journal Mainichi le 31 janvier 2014

Note:

Le nucléaire a toujours et partout eu besoin de secret pour s’imposer


2,9 tonnes de boues ont été classées «déchet radioactif» dans la préfecture de Kanagawa.

Le ministère de l’environnement a d’abord caché l’origine de ces boues. D’après les représentants de la ville de Yokohama il s’agirait de boues en provenance des eaux pluviales et des installations de stockage de 17 écoles. Il y aurait également des boues collectées dans les fossés.

Les boues contenant plus de 8.000 Becquerels par kilo de Césium sont classées «déchets radioactifs»

Tokyo-kanagawa
140.000 tonnes de déchets ont été ainsi classées fin 2013 dans 11 préfectures dont Kanagawa.
Le ministère prévoit de construire des sites de stockage définitifs dans 5 Préfectures dont Miyagi. Dans les autres préfectures les déchets restent en suspens dans des stockages temporaires.
Un représentant du ministère a déclaré que le faible volume des déchets radioactifs de la préfecture de Kanagawa ne nécessitera pas la construction d’un site de stockage.

Résumé d’un article de l’ Asahi Shimbun du 01 Février 2014

Note:

La préfecture de Tanagawa est juste au sud de Tokyo.
On sait depuis fin 2011 que les rivières charrient des éléments radioactifs qui polluent la baie de Tokyo.

«https://youtu.be/t_MILM2_r4o»


Le 02 Février 2014


Août 05

Les habitants de Samegawa tentent d’empêcher le démarrage d’un incinérateur de produits hautement radioactifs.

Le 18 Juillet, le MOE (ministère de l’environnement) a effectué un test de l’incinérateur de déchets de haute radioactivité dans le village de Samegawa, préfecture de Fukushima.
situation de SamegawaSelon le MOE, l’incinérateur, première installation expérimentale au monde, doit incinérer «en sécurité» des déchets de haut niveau radioactif. Mais il n’y a pas d’expérience pour appuyer leur prétention. Lire la suite

Jan 04

Les problèmes de la décontamination à Fukushima

4 journalistes du journal « The Asahi Shimbum » ont observé les travaux de décontamination à différents endroits de la Préfecture de Fukushima du 11 au 18 décembre.

La décontamination vise à permettre à des milliers d’évacués de retourner chez eux.
Ces travaux ont été concédés à de grosses entreprises qui éventuellement les sous-traitent..
Le but est d’enlever les substances radioactives jusqu’à 20 m des habitations, des routes et des fermes.
La terre et les feuilles contaminés doivent être placés dans des sacs de façon qu’elles ne se dispersent pas à nouveau.
Les murs et toits doivent être essuyés à la main ou  à la brosse
Les jets d’eau sous pression doivent être réservés aux gouttières et l’eau contaminée doit être récupérée. Lire la suite

Nov 24

Situation au Japon-Novembre 2012

Le site Kibô promesse, un site de solidarité avec les japonais nous fait un état de la situation en cette fin d’année:

Santé

Alors que le taux de naissance est en chute libre en 2012 au Japon (-0,76‰ par rapport à 2011), la moitié des enfants de Fukushima ont des problèmes thyroïdiens.
Les cantines n’hésitent pas à servir de la nourriture contaminée (ici depuis août 2011), pour soutenir les producteurs, mais au détriment de la santé des enfants.
Les services d’urgence sont débordés, et plusieurs personnalités japonaises ont dû être hospitalisées. Lire la suite

Oct 25

Que faire des déchets radio-actifs ?

Les déchets sous bâches dans les jardins Les déchets sous bâches bleues dans les jardins

A tous les niveaux, il y a des retards pour choisir le site d’entreposage provisoire des déchets radioactifs issus de la « décontamination ». En attendant, les déchets s’accumulent ici et là chez les particuliers, avec une simple bâche comme protection.

Chez Tsuneo Ôta, qui habite le quartier contaminé de Watari, à 2,5 km du centre de la ville de Fukushima, la bâche fait 3 m sur 4 m et recouvre une centaine de caisses en plastique pleines de terre du jardin. Lire la suite