Mai 13

TCHERNOBYL, Le nuage sans fin

30 ans après l’explosion de la centrale nucléaire, l’Association Française des Malades de la Thyroïde raconte son combat pour faire reconnaître la vérité dans une Bande dessinée.

titre de l'ouvrage

Le 26 avril 1986, à 1h 23 mn du matin, une manoeuvre humaine erronée déclenche la fusion du cœur du réacteur N°4 de la centrale ukrainienne puis une explosion qui libère une énorme quantité d’éléments radioactifs dans l’atmosphère.

Le nuage contaminé entame alors sa course dans le ciel européen au gré des vents. Des mesures de protection sont décrétées en urgence dans la plupart des pays, comme l’interdiction aux enfants de jouer à l’extérieur, la mise en garde contre l’exposition à la pluie, la destruction de milliers de tonnes de légumes frais, etc.

En France, la communication gouvernementale se veut rassurante, au point d’affirmer que le nuage radioactif va épargner l’Hexagone !

Des communiqués laconiques nient la gravité de la pollution radioactive et conseillent « de ne rien changer à nos habitudes » notamment alimentaires !!!

La Bande dessinée illustrée par Ming relate l’explosion du réacteur N°4, le travail des liquidateurs, mais surtout , le déni de tous les acteurs politiques sur la gravité de cet accident tant en URSS que dans notre pays.

En 2016, il nous faut constater:
À Fukushima, les discours et les comportements des autorités sont les mêmes:

Le déni du désastre est le même : les victimes doivent apprendre à vivre en territoire contaminé. Nous voilà prévenus ! Nous, citoyens, avons des leçons à tirer de la façon dont les responsables politiques ont fait face à leur devoir de protection des populations lors des événements de Tchernobyl puis de Fukushima.

macaron

Tchernobyl « Le nuage sans fin » Scénario AFMT, dessin Ming
Cette BD n’est pas disponible en librairie.
Vous pouvez la commander en envoyant un chèque de 22 € (15 € de BD + 7 € de port et d’emballage) à l’adresse ci-dessous
AFMT
BP 21
82700 BOURRET
(Pour les envois en nombre, voir directement avec l’association)

La présentation de l’ouvrage sur le site de l’AFMT:
http://www.asso-malades-thyroide.org/detail_asc.php?id=1

Documentation

Sur le site « http://nuagesansfin.info/ » L’AFMT a rassemblé des documents qui fournissent des références sourcées et indiscutables aux faits évoqués dans la Bande Dessinée « Tchernobyl, un nuage sans fin ».

Ces pièces ont été extraites des milliers de pages des dossiers des perquisitions menées par Madame la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy. Elles vous permettront de cerner comment les responsables politiques ont utilisé leurs pouvoirs pour la défense de l’industrie nucléaire civile et militaire, à tout prix et contre toute vérité.

Si ces informations vous parviennent si longtemps après la survenue de la catastrophe du 26 avril 1986, c’est qu’elles sont issues d’un très long processus. Il a fallu un accroissement anormal du nombre de cancers thyroïdiens, spécialement en Corse, pour que l’Association Française des Malades de la Thyroïde se constitue et tente tous les recours légaux qui étaient en son pouvoir devant toutes les juridictions possibles – 31 mars 2011 – Rejet en cour d’appel avec énoncé d’un Non Lieu – 7 sept 2011 —Rejet du pourvoi en cassation – 8 octobre 2013 – La Cour Européenne des Droits de l’Homme, juge irrecevable la plainte de Me. Fau déposée pour l’AFMT .

Le 13 mai 2013

Avr 05

Oleg Veklenko, liquidateur à Tchernobyl

Le 3 avril 2016 à Darnieulles, dans le cadre des évènements promus par l’Appel du 26 avril, Vosges Alternatives au Nucléaire a accueilli Oleg Veklenko, liquidateur ukrainien de Tchernobyl .
Il raconte la vie des liquidateurs sur le site de la centrale détruite à l’aide de nombreuses photographies

Conférence de Oleg Veklenko, liquidateur ukrainien de Tchernobyl, sur les hommes qui ont sauvé l’Europe d’un enfer radioactif

https://youtu.be/3TDQBDWiqSI (première partie)
https://youtu.be/hBRVUrOKPdQ (deuxième partie)

Conférence de Jocelyn Peyret sur la lutte des aborigènes australiens contre les mines d’uranium
https://youtu.be/DW_m34MjEgU

Conférence de Claude Kaiser sur un scénario de sortie du nucléaire en moins de 10 ans
https://youtu.be/kNPn_3jECVM


Vous pouvez encore rencontrer Oleg Veklenko jusqu’au 15 avril.
Se reporter au programme ci-dessous

Mardi 5 avril à 20h – Nevers 58000 Salle Stephane Hessel
20 Rue Henri Bouquillard,

Mercredi 6 avril à 20h – Valence 26000 à la MJC du Grand Charran
61 avenue du Grand Charran à Valence

Jeudi 7 avril à 20h – Le Puy en Velay 43000 à la Biocoop
34 route de roderie

Vendredi 8 avril à 20h – Clermont-Ferrand 63000 Salle Multi média
3 Rue Léo-Lagrange 63000 Clermont-ferrand

Samedi 9 avril 20h30 – Léguillac de Cercles 24340 Salle des fêtes

Dimanche 10 avril 17h Moulidars 16290 Ferme-Théâtre de Malvieille
Le Cluzeau

Lundi 11 avril 20h – Poitiers 86000 Le Local
16 rue St Pierre le Puellier

Mardi 12 avril 20h – Alençon 61000 Arts Terre Native
http://www.asso-atn.org/

Mercredi 13 avril 20h30 – Paris 75012 la M.E.O 3 passage Hennel
http://www.sildav.org.

Jeudi 14 avril 20h ! Montreuil 93100 La Guillotine
24 rue Robespierre
http://la-guillotine.fr

Vendredi 15 avril Colloque de 10h à 19h (ELENA à 18h) Paris 75013 INALCO Auditorium
65 rue des Grands Moulins.


Avr 02

Cancers de la thyroïde: Création d’un groupe d’entraide par les familles

Les familles de jeunes patients de la préfecture de Fukushima atteints d’un cancer de la Thyroïde après la catastrophe du 3/11, ont créé un groupe d’entraide qui vise à faire pression sur les médecins et les autorités pour qu’ils améliorent leurs politiques.

Traduction d’un article du journal Asahi Shimbun du 24 mars 2016
http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201603240025

Le « 311 Thyroid cancer family group» souhaite que les gens puissent partager leurs inquiétudes concernant la santé de leurs proches depuis les 5 ans écoulés depuis la catastrophe nucléaire.

Un membre de l’association: «Nous voulons que les responsables de la préfecture de Fukushima et les médecins fassent preuve d’une meilleure compréhension des patients»

Le groupe a été créé par 7 parents et familles de 5 jeunes de Nakadori et de Hamadori (régions centrale et orientale de la préfecture); ils ont subi une intervention chirurgicale sur la thyroïde après la triple fusion des coeurs à la centrale de N°1 de Fukushima.

Hiroyuki Kawai, un avocat de l’association « Daini Tokyo Bar» dirigera le groupe et le représentera. D’autres vont aider à gérer l’association, dont Motomi Ushiyama, un médecin qui a travaillé à la préfecture de Fukushima et a mené une étude sur les habitants des zones contaminées lors de la catastrophe de Chernobyl en 1986.

« Notre objectif est de créer un lieu où les patients, qui restent isolés et ne peuvent même pas parler de leurs inquiétudes et de leurs doutes, puissent se rencontrer et parler ensemble» dit Kawai. «Le fait que les patients et leurs familles soient unis et crient d’une seule voix nous rend plus facile de faire des suggestions de politiques au gouvernement.»

Le groupe envisage, à l’avenir, de mener des poursuites judiciaires contre les gouvernements centraux et préfectoraux, ainsi que contre Tokyo Electric Power Co; mais, pour l’instant, son but principal et de fournir une aide directe aux patients et à leurs familles.

La préfecture de Fukushima continue d’examiner les glandes thyroïdes des habitants âgés de 18 ans ou moins au moment du désastre nucléaire de 2011 et ceux qui sont nés après; cela représente environ 380.000 personnes. Un total de 166 cas ou suspicions de cancer de la Thyroïde a été détecté avant la fin de l’année 2015.

Cependant le groupe d’experts de la préfecture qui examine les statistiques a estimé qu’il était «peu probable que ces cas aient été causés par les radiations»
Sans surprise, les membres du groupe ont considéré ce communiqué officiel avec inquiétude et scepticisme.

Une élève de l’école secondaire de Nakadori a subi l’ablation de la glande thyroïde par un médecin de l’hôpital Universitaire de Fukushima au printemps dernier. Mais du fait que les cellules cancéreuses s’étaient disséminées plus que prévu, elle a maintenant une grande cicatrice sur son cou qu’elle doit couvrir avec un foulard, même l’été.

Sa mère, âgée de 40 ans a déclaré: « Ma fille est plus sujette à la fatigue depuis l’intervention chirurgicale. Jamais auparavant elle ne s’endormait en jouant à ses jeux vidéos qu’elle aime.»

Il y a deux ans, un nodule avait été trouvé dans la thyroïde de cette jeune fille. A l’hôpital, son chirurgien lui a dit: «Nous allons examiner le tissu dont nous pensons qu’il est formé de cellules cancéreuses en plantant une aiguille dans votre cou. C’est très douloureux, c’est donc à vous de décider. Vous avez un mois pour prendre votre décision.»

La jeune fille et sa mère en ont discuté et ont choisi de faire l’examen. Mais quand elles sont retournées à l’hôpital pour obtenir les résultats, la mère a été très choquée: le médecin a jeté à la figure de la jeune patiente: «C’est une tumeur maligne.»
Il a toutefois expliqué qu’il n’y avait pas à s’inquiéter et a dit :«Ce n’est pas une grosse affaire. Les cancers de la thyroïde peuvent être laissés tels quels pendant 6 mois à 1 an; ils ne seront toujours pas une quelconque menace pour la vie.»
Mais quand elle a subi l’intervention six mois plus tard, le médecin a réprimandé la mère: «La tumeur était plus grosse que prévu. Mais qui donc vous a dit qu’on pouvait la négliger pendant 6 mois ?»
Le médecin l’a aussi avertie des possibilités de récidive.

Après l’opération de sa fille, la mêre s’est rendue à une réunion organisée par l’hôpital pour les patients atteints de cancer de la thyroïde, pour qu’ils puissent se rencontrer. Mais ce ne fut pas du tout comme elle l’avait imaginé.
«Nous n’avons entendu qu’un discours à sens unique; ce ne fut pas un forum capable de répondre aux doutes que j’avais. C’était complètement inutile»

Le père d’un jeune homme qui était élève du secondaire en 2011 a été perturbé par l’attitude du même médecin qui a également opéré la thyroïde de son fils.

«Après l’intervention, j’ai demandé à plusieurs reprises au médecin si le cancer avait quelque chose à voir avec la centrale nucléaire, mais il a catégoriquement nié, disant ‘Il n’y a pas de relation’.
De plus, le médecin lui a dit:«Ne dites rien aux médias s’ils apprennent l’intervention chirurgicale de votre fils. Vous savez qu’il n’y a aucune obligation à leur répondre.»

«Mon fils , chaque jour, a peur d’une récidive et d’une métastase.»

Toutefois, le médecin a affirmé à l’Asahi Shimbun, par l’intermédiaire du services des relations publiques de son institution qu’il avait été mal compris.

«Nous portons la plus grande attention à établir un environnement où les patients peuvent parler de leurs inquiétudes et de leurs doutes; et voir des spécialistes de la santé mentale qui s’impliquent avec eux à un stade précoce de leur traitement. Ces efforts se poursuivent également pendant la période post opératoire» a-t-il affirmé par écrit.
« Nous prenons un soin extrème lorsque nous révélons au patient le diagnostic de cancer. Mais maintenant, après avoir été confronté à des interprétations qui n’étaient pas dans mes intentions, je réalise fortement la difficulté qu’il y a à transmettre ce message au patient. Lorsque nous informons les mineurs, nous consultons auparavant leurs parents, nous discutons avec eux avant de prononcer le mot [de cancer].

Le «311 Thyroid cancer family Group» créera des réunions pour promouvoir la mise en réseau des familles de patients; ils pourront y obtenir des conseils et ils encourageront plus de gens à se joindre au groupe.

Les membres du groupe affirment: «Nous voulons d’abord encourager les patients à se rencontrer, à partager des informations et demander une amélioration de leurs environnements médicaux.»

By MASAKAZU HONDA

La version originale de l’article en anglais


Notes:

– 1. Dans la société japonaise, il est mal vu de réclamer, de parler même de ses soucis concernant le nucléaire, la santé de ses enfants. D’où la solitude des familles atteintes.

– 2. Le 10 juin 2014, lors de réunions de la commission de surveillance des dysfonctionnements thyroïdiens, le professeur Suzuki de l’université médicale de Fukushima avait affirmé que la plupart des cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima avaient déjà envahi les ganglions lymphatiques lors du diagnostic.
Ceci en réponse à l’affirmation d’ «experts» qui pensaient que toutes ces opérations, étaient de la surmédication pour une affection finalement sans gravité.
Source: Le Fukushima diary
Voir l’article du 15 Février 2015

Voici ce qu’ont constaté les médecins qui ont travaillé à Chernobyl, dans leur ouvrage
Tchernobyl,Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement
A.V.Yablokov – V.B.Nesterenko – A.V.Nesterenko, Natalia E. Preobrajenskaya:

Chapitre 6.2
L’incidence du cancer de la thyroïde nécessite une attention spéciale, car il constitue la plus répandue de toutes les tumeurs malignes provoquées par la catastrophe. Comme la thyroïde est une partie critique du système endocrinien, le dysfonctionnement de la glande provoque bien d’autres maladies graves.
Les caractéristiques cliniques et moléculaires des cancers de la thyroïde qui se sont développés à la suite de Tchernobyl sont exclusives. Les cancers de la thyroïde de Tchernobyl surviennent pratiquement toujours sous la forme papillaire, sont plus agressifs lorsqu’ils apparaissent et sont souvent associés à une auto-immunité thyroïdienne. En outre, beaucoup sont d’un sous-type inhabituel avec une grande composante solide, se développent rapidement et ont des taux élevés de métastases locales et à distance [Williams et al., 2004 ; Hatch et al.,2005 ; et bien d’autres]. Ils sont également souvent précédés ou accompagnés par des nodules thyroïdiens bénins radio-induits, une hypothyroïdie, une thyroïdite auto-immune et une insuffisance thyroïdienne.

Télécharger la traduction en français de l’ouvrage
Je vous invite à en lire la préface de Alexey V. YABLOKOV,: «Aux lecteurs français», 15 Janvier 2015.

Le 02 avril 2016

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Mar 26

5 ans. Bilan sanitaire de la catastrophe de Fukushima.

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW) et l’association Physicians for Social responsability (PSR)
ont publié le 9 mars 2016 un rapport intitulé
« Vivre avec Fukushima depuis 5 ans»

Il est disponible en anglais ici:
http://www.psr.org/resources/fukushima-report-2016.html

La couverture du rapport de IPPNW/PSR

Voici une traduction partielle de ce rapport.

Traduction Odile Girard, http://www.fukushima-is-still-news.com/
avec l’aimable autorisation des auteurs

Auteurs
Dr.med. Alex Rosen, Vice-Chair, IPPNW Germany
Dr.med. Angelika Claussen, IPPNW Vice President for Europe

mars 2016


5 ans: vivre avec Fukushima – Résumé des effets sanitaires de la catastrophe nucléaire

Résumé

Le 11 mars 2016, le Japon et le monde commémorent le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Plus de 200 000 personnes furent évacuées de la préfecture de Fukushima dans des camps de fortune, où vivent encore quelque 100 000 d’entre elles. Mais les conséquences de la catastrophe s’étendent bien au-delà des limites de la préfecture. Depuis le début, des millions de gens ont été exposés à une augmentation des doses de radiation, principalement dans les zones de fortes retombées radioactives. Les retombées radioactives affectent les personnes à travers l’exposition atmosphérique pendant les émissions de radioactivité ou les tempêtes qui soulèvent de la poussière radioactive, ainsi que via l’exposition directe à un sol et des surfaces contaminés. Tout le monde, y compris ceux qui vivent dans les régions moins contaminées du pays, a également été confronté à la radioactivité contenue dans l’eau de boisson et l’alimentation contaminées. Cette forme d’exposition est extrêmement inquiétante, car les particules radioactives peuvent
être absorbées par les organes et les tissus internes et continuer à émettre des rayonnements ionisants pendant des dizaines d’années.

Selon le Premier ministre japonais de l’époque, ce n’est que grâce à une « divine Providence » que le Grand Tokyo, avec ses plus de 30 millions d’habitants, a évité la contamination et l’évacuation. Les autorités ayant omis de distribuer de comprimés d’iode, la population est restée sans protection face à l’iode radioactif, qui peut provoquer cancers thyroïdiens et hypothyroïdisme.
Cette tragédie se poursuit encore aujourd’hui.
Chaque jour, quelque 300 tonnes d’eau radioactive se déversent de manière incontrôlée dans l’océan. La catastrophe de Fukushima est déjà responsable de la plus grave contamination radioactive des océans dans l’histoire de l’humanité.

Cinq ans après la fusion des cœurs, on ne connaît toujours pas avec certitude ses effets sur la santé de la population japonaise. Premièrement, on ne sait pas exactement combien de radiation a été réellement émise en mars et avril 2011, et combien s’est échappée depuis des ruines des réacteurs et du site de la centrale. Comment l’expliquer?

  • Des études indépendantes indiquent parfois des émissions radioactives
    considérablement plus importantes
  • Tous les isotopes radioactifs n’ont pas été mesurés, en particulier le
    strontium-90
  • Les premiers rejets n’ont pas été inclus dans l’évaluation des impacts
    sanitaires.

En d’autres termes, les informations de base concernant la contamination du sol,de l’océan et de la nourriture sont encore un sujet de controverse entre le lobby nucléaire et les scientifiques indépendants.
Deuxièmement, le gouvernement pro-nucléaire du Japon et le tout-puissant lobby nucléaire font tout ce qu’ils peuvent pour minimiser et dissimuler les conséquences de la catastrophe.
Même l’Université de Médecine de Fukushima, qui coordonne le programme
de dépistage du cancer de la thyroïde, a des liens avec le lobby nucléaire et a reçu de l’argent de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). On a l’impression que l’idée est de refermer au plus vite le dossier de Fukushima et de s’assurer que le public japonais retrouve une attitude positive vis-à-vis de l’énergie nucléaire.

Toutefois, les données montrent un tableau assez différent. Non seulement des fuites radioactives périodiques en provenance des réacteurs dévastés ainsi que des épisodes de recontamination dans toute la région continuent à se produire, mais la perception de l’énergie nucléaire a aussi changé et une majorité de Japonais rejettent désormais le nucléaire. L’étude controversée relative aux cancers de la thyroïde n’a pas envoyé le signal de fin d’alerte tant espéré par le lobby nucléaire. Au contraire, 116 enfants de la préfecture de Fukushima ont déjà été diagnostiqués comme souffrant d’un cancer de la thyroïde agressif et à évolution rapide, ou déjà au stade des métastases. Dans une population de cette taille, on attendrait normalement environ un cas par an. Pour 16 de ces enfants, on peut exclure l’effet du dépistage (screening effect), étant donné que leur cancer s’est déclaré au cours des deux dernières années.

Ce qui est encore plus inquiétant que les résultats de l’étude, c’est qu’à part l’incidence des cancers de la thyroïde chez les enfants de la préfecture de Fukushima, le Japon n’a pas commencé d’autres enquêtes scientifiques à grande échelle sur les maladies liées aux radiations.
L’origine d’un cancer est difficile à étiqueter
et la cause d’un cancer individuel ne peut être reliée par un lien de causalité à un incident spécifique. Les autorités japonaises sont parfaitement conscientes de ce fait et n’ont pas cherché les augmentations de fausses couches, de malformations fœtales, de leucémies, de lymphomes, de tumeurs solides et de maladies non cancéreuses parmi la population qui a été touchée par les retombées radioactives. Or on sait que le taux d’augmentation de toutes ces maladies avait été significatif après l’accident de Tchernobyl.

Quand nous parlons de la population affectée au Japon, nous la divisons en quatre sous-groupes :

  • Plus de 25 000 personnes ayant participé au nettoyage et aux secours ont reçu les doses de radiations les plus fortes doses et risqué leur vie, en empêchant l’escalade de la situation sur le site de la centrale. Si l’on en croit les données fournies par l’opérateur TEPCO, une centaine d’ouvriers contracteront un cancer dû aux doses excessives de radiations, cancer qui sera fatal dans 50 pour cent des cas. Cependant, les véritables niveaux de dose sont très probablement bien plus élevés, car l’opérateur n’hésite pas à manipuler les données afin d’éviter les demandes de compensation ; l’entreprise est ainsi capable d’engager des travailleurs temporaires non enregistrés, de trafiquer les dosimètres et même d’avoir recours à des faux grossiers.
  • La population évacuée, soit 200 000 personnes, qui a été initialement exposée à des doses de radiation considérables, vit maintenant pour la majeure partie en-dehors de la préfecture de Fukushima.
  • Les populations non évacuées des zones irradiées continuent à être exposées chaque jour à des doses accrues de radiation.
  • La population du reste du Japon est exposée à des doses accrues de radiation provenant de retombées radioactives minimales, ainsi que d’aliments et d’eau contaminés.

Ce qui est absolument nécessaire à présent, c’est de réaliser une série d’études épidémiologiques pour examiner les conséquences sanitaires de l’exposition aux doses excessives de radiation, en particulier les maladies qui peuvent être détectées et traitées de manière précoce. Ces études doivent être guidées par les enquêtes déjà publiées, exposées dans le présent rapport, sur les animaux , les oiseaux et les insectes touchés par la catastrophe et qui montrent des effets hématologiques, une élévation des taux de mutation dans la seconde génération et une augmentation des taux de mortalité. Mais comme ce genre d’études – et l’image négative de l’énergie nucléaire qu’elles véhiculeraient – ne sont pas politiquement désirables, nous ne connaîtrons sans doute jamais l’ampleur réelle des effets sur la santé de la catastrophe de Fukushima et nous devons nous limiter à faire des estimations fondées sur les émissions radioactives connues ou présumées et sur les voies d’exposition.

Si l’on se base sur les chiffres du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), qui est un organisme pro-nucléaire, qui estimait la dose collective à vie à environ 48 000 personne-Sieverts et si l’on utilise les facteurs de risque reconnus au niveau international dans le rapport BEIR-VII, on peut attendre un excès d’incidence de cancers d’un peu moins de 10 000 au Japon dans les décennies à venir (intervalle de confiance allant de 4 300 à 16 800 cas). Si l’on prend en compte des données et des facteurs de risque plus modernes, les estimations de l’augmentation des taux de cancer sont nettement plus élevées, à savoir quelque 66 000 cas de cancer supplémentaires, dont environ la moitié seraient mortels.

Est-ce beaucoup ?
Certainement pas en regard d’une population de presque 127 millions de personnes et un risque “normal” de cancer de 50 % au cours de la vie. Mais est-ce négligeable ? Vu que dix mille personnes vont développer un cancer uniquement suite à une « catastrophe causée par l’homme » à Fukushima (c’est ainsi que l‘a qualifiée la Commission d’enquête indépendante de la Diète nationale), certes non. Le destin de ces personnes et de leur famille n’est ni « négligeable » ni « non significatif », comme voudraient nous le faire croire le lobby de l’industrie nucléaire, l’AIEA et l’UNSCEAR.

Le discours public sur la catastrophe de Fukushima ne doit pas se laisser guider par le profit économique et l’influence politique, mais doit se concentrer sur la santé et destin des populations affectées, ceux qui ont tout perdu, qui craignent pour leur santé et celle de leurs enfants, et qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre sans la peur incessante des radiations.

Les risques sanitaires pour la population japonaise doivent être étudiés par des scientifiques indépendants et de manière à exclure toute influence indue de la part de l’industrie nucléaire et de ses soutiens politiques. Des études extensives sont nécessaires pour comprendre les conséquences sanitaires sur la population affectée, pour identifier les maladies à un stade précoce et améliorer la protection des générations futures en approfondissant nos connaissances sur les effets des rayonnements ionisants. Le débat sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima va bien au-delà du principe de l’indépendance de la recherche et de la résistance à l’influence des tout-puissants groupes de pression. Il s’agit ici du droit universel de chaque être humain à la santé et à vivre dans un environnement sain.

Dr. Alex Rosen, médecin, vice-président, IPPNW Allemagne
Catherine Thomasson, médecin, directrice exécutive, PSR (États-Unis)


Extraits de quelques chapitres du rapport

Perspectives

Les résultats ci-dessus montrent clairement que la catastrophe nucléaire de Fukushima n’est toujours pas sous contrôle et que le processus enclenché pour faire face aux conséquences sur les humains et l’environnement ne fait que débuter.
Dans le même temps, les informations élémentaires concernant le terme source [expression technique utilisée pour décrire le rejet accidentel de matières radioactives à partie d’une installation nucléaire dans l’environnement] et la contamination du sol, de l’océan et de
l’alimentation est encore sujette à des controverses entre d’une part, le lobby nucléaire et ses institutions, et d’autre part, les chercheurs et physiciens indépendants, même cinq ans après le début de la catastrophe.
Les effets sanitaires sur les ouvriers exposés de par leur travail et le public en général sont systématiquement minimisés par l’industrie nucléaire et leurs groupes de pression comme l’AIEA ou l’UNSCEAR.
À coup de
déclarations éloquentes et de rapports palliatifs, particulièrement de la part des autorités japonaises, des efforts persistants sont faits pour mettre fin à toute discussion sur la catastrophe de Fukushima.

Il faut le clamer avec insistance : le débat est loin d’être terminé.
Selon TEPCO, chaque jour quelque 300 tonnes d’eau radioactive se déversent dans la mer.1 Les travaux de décontamination sont en panne et sont sans cesse contrariés par la recontamination. La décontamination des montagnes, des forêts et des champs s’est avérée impossible, même pour un pays comme le Japon. Les autorités comptent avec optimiste sur “l’effet protecteur” du lavage des radionucléides dans le sol et l’infiltration des particules radioactives dans les couches plus profondes du sol, mais oublient de tenir compte de l’augmentation de l’exposition du public au césium-137 radioactif présent dans les nappes phréatiques et la chaîne alimentaire. 2 Il faudra des dizaines d’années et des milliards de dollars des contribuables pour retirer les matériaux radioactifs restant dans les réacteurs dévastés.3 La demi-vie du césium-137 est d’environ 30 ans. Cela signifie que des quantités non négligeables de radiation resteront présentes dans les champs, les pâturages et les forêts pendant les 300 prochaines années et plus. Le fait que les forêts du sud de l’Allemagne soient encore activement contaminées 30 ans après Tchernobyl en est un parfait exemple.

Il ne serait pas très scientifique de formuler des conclusions définitives sur les effets à long terme d’une catastrophe nucléaire cinq ans seulement après l’accident, surtout que les problèmes principaux sont les cancers et les maladies cardiovasculaires qui prennent des années, voire des décennies à se manifester. C’est précisément pourtant ce que les autorités japonaises, l’AIEA et l’UNSCEAR essaient de faire quand elles déclarent qu’il n’y aura pas dans la population affectée d’effets « pertinents » ou « discernables » dus aux radiations.
Ce dont ont besoin les gens qui vivent dans les régions concernées, c’est d’une information crédible, de conseils et de soutien, et non pas de mensonges, d’études manipulées ou de faux espoirs.
La motivation d’organismes comme l’AIEA n’est pas de protéger la santé des populations : leur intérêt consiste en grande partie à protéger les profits et l’influence politique de l’industrie nucléaire au Japon et dans le reste du monde.
Alors que le secteur de l’énergie nucléaire japonais a généré depuis des dizaines d’années d’immenses profits avec ses réacteurs vieillissants, le coût de la contamination extensive et des efforts de nettoyage à Fukushima sera du ressort de plusieurs générations de contribuables japonais, dont la majorité doute aujourd’hui sérieusement du bien-fondé du nucléaire. Au Japon, un gigantesque système de mensonge organisé a été installé pour protéger l’industrie nucléaire. Les rapports indésirables peuvent être accusés de “trahison de secrets d’État” et sont punis par la loi. 4

Le débat public sur Fukushima ne doit pas concerner les profits, le pouvoir et l’influence politique de l’industrie nucléaire, mais la situation et la santé des populations affectées, ceux qui ont tout perdu, qui craignent pour leur santé et celle de leurs enfants, qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre sans la peur incessante des radiations.
Les risques sanitaires pour la population japonaise doivent être étudiés par des scientifiques indépendants pour exclure tout soupçon d’influence indue de la part de l’industrie nucléaire et de ses soutiens politiques. Des études extensives sont nécessaires pour comprendre les conséquences sanitaires sur la population affectée, pour identifier les maladies à un stade précoce et améliorer la protection des générations futures en approfondissant nos connaissances sur les effets des rayonnements ionisants. Le débat sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima va bien au-delà du principe de l’indépendance de la recherche et de la résistance à l’influence des tout-puissants groupes de pression. Il s’agit ici du droit universel de chaque être humain à la santé et à vivre dans un environnement sain.

3.Conséquences de la catastrophe nucléaire sur la santé humaine

pp.22-25

La nature cancérigène des radiations ionisantes est connue depuis longtemps. class= »fvert »>1 Les personnes qui sont soumises aux radiations sur leur lieu de travail sont plus souvent malades que les personnes non exposées.
Une méta-analyse de 2007 des données émanant de 15 pays a montré une corrélation significative entre la dose de radiation et l’incidence de cancer sans dose seuil chez les personnes exposées.2
Le Comité consultatif de l’Académie des Sciences américaine sur les effets biologiques des radiations ionisantes déclare dans son rapport BEIR VII qu’il n’existe pas de dose seuil minimale et que même de faibles doses de radiation sont capables de provoquer des dégâts dans les tissus et des mutations génétiques. L’exposition d’une population importante à de faibles doses de radiation peut donc avoir un effet similaire à celle qu’aurait une forte dose de radiation sur une population réduite. Le modèle dose-risque du rapport BEIR VII montre que l’exposition d’une population de 100 000 personnes à une moyenne de 1 mSv aurait pour résultat une moyenne de 20 cas de cancers (avec un intervalle de confiance ou IC de 9 à 35). On pourrait attendre le même nombre de cancers si 1 000 personnes étaient exposées à 100 mSv de radiation.
Dans les deux cas, on part du principe que le facteur de risque relatif à l’incidence de cancer (intervalle de confiance 0,09-0,35) est de 0,2 par personne-sievert. L’OMS utilise aussi un facteur de risque de cancer de 0,2/PSv dans son rapport de 2013 sur Fukushima.4 Le facteur de risque pour la mortalité due au cancer est à peu près deux fois moins élevé (0,1/PSv, IC 0,05-0,19).

Si on applique ce modèle à la situation du Japon après la catastrophe nucléaire de Fukushima, voici l’image qui en résulte :
Les ouvriers responsables du nettoyage de la centrale ont probablement été les plus exposés. Ils constituent cependant un groupe
relativement réduit.
Les retombées radioactives et la contamination incessante de l’océan, de l’eau de boisson et des aliments font qu’une bien plus grande proportion de la population japonaise est actuellement exposée à de faibles doses de radiations, en particulier dans les zones les plus contaminées. Mais les gens vivant dans le Grand Tokyo sont eux aussi affectés, ainsi que les consommateurs de produits irradiés dans tout le pays. La contamination radioactive continuera à avoir des conséquences pour la population pendant longtemps. Le strontium-90 ayant une demi-vie de 28 ans et le césium-137 une demi-vie de 30 ans, il faudra 300 ans avant que le processus de désintégration ne rende les niveaux d’irradiation acceptables.

Dans les décennies à venir, l’exposition chronique d’importantes parties de la population à de faibles doses de radiations va représenter le défi le plus sévère pour la politique de santé publique. L’origine des cancers étant difficile à identifier, le lien de causalité entre les cas de cancers spécifiques et tel ou tel évènement ne peut jamais être établi. En outre, le Japon a déjà une incidence “naturelle” de cancer relativement élevée : environ la moitié des Japonais développeront un cancer au cours de leur vie. Néanmoins, des études épidémiologiques appropriées pourraient différencier les cas de cancers radio-induits du “bruit de fond” de l’incidence naturelle de cancer. On l’a vu très clairement dans l’étude des leucémies et des cancers chez les enfants vivant près de réacteurs nucléaires en Allemagne, qui a révélé une augmentation significative du nombre de cancers
infantiles aux alentours des centrales nucléaires. 5
Mais ce genre d’études ne sert évidemment pas les intérêts des autorités et du puissant lobby nucléaire japonais. Leurs organismes soutiennent par conséquent qu’ « on n’attend pas
d’augmentation perceptible du taux d’incidence des cancers dans cette population qui pourrait être attribuée à une exposition aux radiations liée à l’accident. »6
Dans les deux chapitres qui suivent, nous examinerons cette affirmation [de manière critique] sur la base des deux populations les plus affectées, à savoir les travailleurs affectés au nettoyage et l’ensemble de la population. Pour finir nous reprendrons [encore une fois séparément] les résultats de l’étude en cours sur les cancers de la thyroïde menée par l’Université de Médecine de Fukushima, car elle est jusqu’à présent la seule
étude à présenter la possibilité d’un lien entre l’augmentation de l’incidence des cancers et la catastrophe nucléaire de Fukushima.

3.1 Effets sur la santé des personnes exposées professionnellement

3.2 Effets sur la santé du public en général

Contrairement aux ouvriers qui ont été et continuent à être exposés à des taux de radiation élevés, la plus grande partie de la population japonaise a été exposée à des doses relativement faibles, à travers les aliments, l’eau et l’air contaminés. Cependant, de par sa taille, c’est dans ce groupe qu’on peut attendre de loin le plus grand nombre d’effets concrets sur la santé. L’exemple suivant peut servir d’illustration : si on prend les chiffres de l’UNSCEAR, les 127 millions de Japonais seront exposés à une dose vie d’environ 48 000 personne-sieverts (PSv), dont la majorité affectera la population des préfectures les plus contaminées. En appliquant le facteur de risque de 0,2/PSv (IC : 0,09-0,35) proposé dans le rapport BEIR VII, que même l’OMS utilise à présent, on estime le total des cas de cancers radio-induits au Japon à 9 600 (IC : 4 300 – 16 800), dont environ la moitié seront mortels.

Ce chiffre est encore plus élevé si l’on utilise les calculs de doses du rapport de l’OMS sur Fukushima. L’OMS part du principe que la dose individuelle durant la première année était entre 3 et 25 mSv pour la population des zones les plus contaminées (un peu
moins d’un million de personnes) et de 0,316 mSv (IC : 0,1-1 mSv) pour le reste de la population (soit quelque 126 millions).17

Selon le facteur utilisé pour calculer la dose vie (le double ou le triple de la dose de la première année), on arrive à une dose vie collective de 110 000 à 165 000 PSv. Si on prend le facteur de risque d’incidence de cancer de 0,2/ PSv (IC : 0,09 – 0,35), on peut s’attendre à un chiffre de cancers supplémentaires de 9 900 à 57 000 pour l’ensemble du Japon.
D’autres modèles de calcul qui appliquent le facteur de risque plus élevé de 0,4/PSv pour le taux d’incidence des cancers arrivent à un chiffre situé entre 22 000 et 66 000 cas de cancers.18
Des études épidémiologiques récentes suggèrent que ce facteur de risque reflète le risque réel de cancer de manière plus fiable que le facteur moins élevé appliqué dans le rapport BEIR VII.19

Quelles que soient les estimations de doses, les calculs de dose à vie ou les facteurs de risque qu’on ait tendance à préférer, il ne fait aucun doute que les rejets radioactifs de Fukushima provoqueront au Japon un nombre significatif de cancers – leucémies, lymphomes et tumeurs solides – même si individuellement le lien avec la catastrophe nucléaire de Fukushima n’est pas démontrable. Il n’est envisagé aucun programme de dépistage de masse ou de prévention spécifique pour l’ensemble de la population, à la seule exception des tests thyroïdiens prévus pour les enfants de la préfecture de Fukushima.

On sait en outre que les radiations ionisantes causent non seulement des cancers, mais aussi des maladies cardiovasculaires, ainsi qu’un certain nombre d’autres maladies, et qu’une partie de celles-ci présentent les mêmes facteurs de risque que le cancer.20-21
De plus, les dommages génétiques et les effets ransgénérationnels des radiations ionisantes sont aujourd’hui bien connus. On peut en trouver de nombreux exemples dans la récente étude de synthèse de Scherb et al.22
Tout particulièrement, une évolution du rapport des sexes (sex-ratio) chez les nouveau-nés a été observée chez les populations ayant été exposées aux radiations. Avec moins de filles à la naissance, le rapport des sexes évolue en faveur des mâles. Il reste à voir si cet effet se fera également sentir à Fukushima au cours des prochaines années, mais la question vaut certainement la peine d’être examinée. Dans une analyse statistique des registres des naissances au Japon, Körblein a trouvé une augmentation significative de 20 % de mortalité périnatale dans les régions contaminées en 2012 et 2013, ce qui correspond à quelque 140 cas de cas excédentaires de mort périnatale. 23

Il faut noter que les calculs des taux de maladies et d’effets sanitaires sont fondés sur un grand nombre d’hypothèses, telles que le terme source, l’ingestion de particules radioactives dans l’alimentation et certains comportements ayant un impact sur le risque.24
Dans ce chapitre, les calculs sont basés sur les évaluations de doses faites par l’OMS et les estimations de doses vie collectives de l’UNSCEAR. On a déjà montré que cette information est tellement empreinte d’incertitudes et systématiquement sujette à une telle sous-estimation que les doses collectives, et par conséquent le nombre de cas de cancers et de morts, est en toute probabilité plusieurs fois supérieur. En voici quelques raisons :

  • Le montant total de particules radioactives rejetées est probablement
    beaucoup plus élevé que les chiffres utilisés pour les rapports
    de l’OMS et de l’UNSCEAR (voir chapitre sur les rejets
    atmosphériques).
  • L’exposition de la population dans la zone des 20 km avant et durant
    l’évacuation n’a pas été incluse dans ces estimations. 25
  • La quantité et la sélection des échantillons alimentaires pour
    calculer les doses d’irradiation interne étaient inadéquates ou
    biaisées (voir chapitre sur la contamination radioactive des
    aliments).
  • L’indépendance des auteurs des deux rapports doit être mise en question. Des
    représentants de l’AIEA ont écrit des passages essentiels du
    rapport de l’OMS, alors que le principal objectif de l’agence
    est de promouvoir l’énergie nucléaire dans le monde entier. 26

L’exactitude des calculs des risques sanitaires ne vaut que les hypothèses sur lesquelles sont fondés ces calculs. Une évaluation basée sur des données d’une objectivité discutable, un échantillonnage sélectif, la distorsion des données et la soustraction de faits pertinents ne saurait servir de fondement à une politique de santé
publique.

4.3 Les dépistages concernant la thyroïde(résumé)

p.28

Le nombre d’enfants qui n’ont pas été examinés suggère que l’augmentation de l’incidence des cancers thyroïdiens pourrait être encore plus forte. Plus de 67 000 enfants de la
préfecture de Fukushima ayant été exposés aux radiations n’ont pas été inclus dans l’étude et plus de 160 000 sont encore sur la liste d’attente pour un dépistage complet [attendent leur second dépistage]. Un autre motif d’inquiétude est que les enfants qui vivent hors de la préfecture de Fukushima ne sont pas systématiquement examinés ou soumis à un dépistage, alors qu’on sait que les retombées radioactives contenant du césium-131 ont atteint la banlieue nord de Tokyo et que des centaines de milliers d’enfants supplémentaires ont été exposés à une élévation de la radioactivité dans les premiers jours et les premières semaines de la catastrophe nucléaire mais n’ont pas fait l’objet d’un dépistage. Sans des dépistages de masse, il ne sera pas possible d’établir un lien de causalité entre l’excès
des cas de cancer et l’exposition aux radiations, et certains cas de cancer risquent d’être dépistés trop tard.

Dans ce contexte, il est important de rappeler que les autorités ont délibérément omis de distribuer des comprimés d’iode pour protéger la population contre les effets néfastes de l’iode-131. Le rapport du Comité d’enquête indépendant du parlement japonais indique que « quoique les effets positifs de l’administration d’iode stable et les délais appropriés aient été parfaitement connus, les autorités de réponse à l’urgence nucléaire du gouvernement et le gouvernement de la préfecture n’ont pas réussi à donner au public des instructions correctes.[check report]. »12
Il est difficile également de comprendre pourquoi, le 19 avril 2011, le gouvernement japonais a augmenté le niveau d’exposition permissible pour les enfants à 3,8 μSv/heure (l’équivalent de 20 mSv par an pour une exposition de 14 heures par jour).13
Suite aux protestations des organisations de parents, de scientifiques et de médecins, le gouvernement a annulé la nouvelle norme le 27 mai 2011 et repris l’ancienne qui était de 0,2 μSv par heure (soit 1 mSv par an).14 Durant les premières semaines et les premiers mois de la catastrophe, ce changement de norme aura certainement
contribué à exposer les enfants des zones affectées à de plus fortes doses de radiation.

En résumé, on peut dire que les dépistages de masse peuvent aider à étayer l’incidence des carcinomes thyroïdiens et à détecter et donc soigner plus tôt les évolutions angereuses.

Au vu de l’expérience de Tchernobyl, il est incompréhensible qu’à part les dépistages pour la thyroïde, il n’y ait eu aucune autre forme de dépistage de masse des enfants dans les préfectures contaminées.
Une évaluation et un dépistage pour rechercher d’autres formes de maladies radio-induites, telles les tumeurs solides, les leucémies, les lymphomes ainsi que des effets sanitaires non cancéreux comme les cataractes, les maladies endocriniennes et cardiovasculaires, et les conséquences génétiques de l’exposition aux radiations, auraient dû être effectués. Il est encore possible de le faire. Une recherche extensive doit absolument être menée par des scientifiques indépendants pour quantifier l’ampleur réelle de la charge de morbidité au sein de la population affectée.

Recommandations

pp.33-34

Pour le Japon :

  • Les populations affectées par la catastrophe nucléaire et leur droit
    à vivre dans un environnement sain doivent être au centre de
    toutes les discussions et des décisions sur les mesures à prendre.
    Dans ce but, il convient de garantir que les groupes affectés
    soient impliqués comme il se doit dans les processus décisionnels.
  • Tous ceux qui ont été impliqués dans le nettoyage de la catastrophe
    nucléaire, qu’ils aient été ou qu’ils doivent à l’avenir
    être exposés à la radioactivité, doivent être équipés de
    dosimètres fiables et être régulièrement examinés par des
    médecins indépendants. Ceci s’applique également aux employés
    des sous-traitants, aux travailleurs temporaires et aux volontaires.
    Les opérateurs nucléaires comme TEPCO ne doivent plus influencer
    les études et les données.
  • Le gouvernement japonais doit établir et tenir des registres
    semblables à ceux qui ont été mis en place par l’Union
    soviétique après Tchernobyl, pour couvrir tous les groupes ayant
    été exposés aux radiations suite à la catastrophe nucléaire de
    Fukushima. Ceci concerne :
    • Tous les évacués des zones contaminées et ceux qui vivent encore en zone
      contaminée ;
    • Les travailleurs de la centrale et ceux qui s’occupent du nettoyage et
      de la décontamination.
  • Les résidents des zones contaminées doivent être autorisés à
    décider s’ils veulent continuer à y vivre ou s’ils préfèrent
    déménager dans une région non contaminée. Un soutien financier
    et logistique doit leur être fourni.
  • Il faut mettre fin à la réinstallation forcée des évacués dans les
    zones contaminées. En particulier ils ne doivent pas être menacés
    de se voir retirer l’assistance financière s’ils ne veulent pas
    retourner [avec leur famille] dans les zones contaminées.
  • Des recherches épidémiologiques doivent être menées sur les effets
    de la catastrophe nucléaire et les populations affectées doivent
    avoir droit, régulièrement et gratuitement, à des bilans de santé
    et aux traitements. Les risques sanitaires pour la population
    japonaise doivent être évalués par des scientifiques indépendants
    qui n’ont pas de conflit d’intérêt avec l’industrie
    nucléaire ou ses soutiens politiques.
  • Étant donné qu’une grande partie des retombées a touché l’Océan
    Pacifique, une recherche systématique doit être effectuée sur la
    vie marine ; le Japon et des instituts de recherche
    océanographique internationaux doivent travailler en coopération.
  • Les reportages et recherches sur les conséquences de la catastrophe nucléaire ne
    doivent pas se heurter à la répression de l’État, comme la loi
    controversée sur la “trahison des secrets d’État”.
  • Après la fusion des cœurs à Fukushima, le Japon a arrêté toutes ses
    centrales nucléaires et durant plusieurs années, le pays s’est
    débrouillé sans énergie nucléaire. Le lobby nucléaire essaie
    actuellement de redémarrer les réacteurs, contre la volonté de la
    majorité de la population japonaise. Le Japon doit arrêter
    définitivement ses quelque 50 réacteurs et investir à la
    place dans la production d’énergie renouvelable et durable. Le
    pays a un potentiel énorme en termes d’énergie solaire,
    éolienne, hydraulique et géothermique et particulièrement dans le
    domaine de l’efficacité et des économies énergétiques.
  • En attendant, une enquête [par des instances parlementaires
    indépendantes] s’impose sur l’énorme influence exercée par le
    lobby nucléaire sur la politique japonaise et la corruption et la
    collusion endémiques entre hommes politiques, opérateurs de
    centrales et régulateurs, afin d’y mettre un terme et de prévenir
    l’occurrence de nouveaux désastres comme Fukushima.

Pour l’Europe et le reste du monde :

  • En Europe et aux États-Unis un peu moins de 300 réacteurs sont toujours en
    fonctionnement ; la moyenne d’âge est entre 30 et 40 ans.
  • L’IPPNW et PSR exhortent tous les États possédant des centrales nucléaires à
    commencer à fermer et à démanteler leurs réacteurs et à
    s’engager dans la production d’énergie renouvelable durable et
    dans l’efficacité énergétique. Il existe au niveau
    international un large consensus sur le fait que les combustibles
    fossiles ne peuvent ni ne doivent jouer le moindre rôle dans la
    production énergétique future. Mais le nucléaire ne représente
    pas non plus une alternative acceptable.
  • Pour l’IPPNW et PSR, la transition énergétique mondiale tendant vers 100 %
    d’énergie renouvelable associée à l’efficacité et aux
    économies énergétiques, ainsi qu’à la décentralisation de la
    production de l’énergie, est la seule conséquence politique
    raisonnable à tirer des catastrophes nucléaires de Tchernobyl et
    de Fukushima.

Mars 2016

Télécharger le rapport: http://www.psr.org/FukushimaReport2016

Les références surlignées en vert se rapportent au texte anglais

Deutsche Sektion der Internationalen Ärzte
für die Verhütung des Atomrieges / Ärzte in sozialer Verantwortung e. V. (IPPNW)
Körtestr. 10 · 10967 Berlin · Deutschland
Tel. ++49/ (0)30/ 69 80 74-0
Fax ++49/ (0)30/ 693 81 66
E-Mail: kontakt@ippnw.de
Internet: www.ippnw.de

PHYSICIANS FOR SOCIAL RESPONSIBILITY
1111 14th St NW
Washington, DC 20005 USA
Phone 202-667-4260
Fax: 202-667-4201
E-Mail: psrnatl@psr.org
Internet: www.psr.org

Déc 13

Fukushima. Des citoyens se réapproprient les ressources d’énergie locales

et prennent leur avenir en mains

Un article du journal Asahi Simbun du 1 mai 2015 (traduction Vivre-après Fukushima)

Fukushima doit récupérer ses ressources énergétiques pour éviter les «chaudrons de l’enfer»

KITAKATA, préfecture de Fukushima

Yauemon Sato, de la neuvième génération de dirigeants d’une brasserie de Saké, en exploitation ici depuis 1790, compare les réacteurs détruits de la centrale de Fukushima N°1 aux «chaudrons de l’enfer».

Dans un précédent entretien avec l’ Asahi Simbun, Sato (http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201504190028) déclarait que le désastre nucléaire « continue de se reproduire chaque jour»; il se réfère à l’énorme stock d’eau radioactive qui ne cesse de croître – et fuit souvent- plus de 4 ans après la fusion des coeurs.

Aizu Dentyoku, une compagnie d’énergie qu’il a fondée en 2013 a été sa réponse à la question de savoir quelle direction devait prendre la «renaissance de Fukushima» après le désastre nucléaire.

En tant que chef d’entreprise, Sato était déterminé à ne pas se contenter d’un «simple mouvement social».
Il gère maintenant plus de 20 centrales solaires.

Sato prévoit également de se lancer dans la production d’électricité par micro-centrales hydrauliques et par l’utilisation de la biomasse ligneuse; ce qui permettra à son entreprise de puiser dans les ressources générées par l’eau abondante et les forêts de la région d’Aizu, dans la partie Ouest de la préfecture de Fukushima où se situe Kitakata.

«Aizu dispose de suffisamment de ressources pour être auto-suffisante» affirme Sato. «Initialement, l’eau du lac Inawashiroko et l’eau de la rivière Tadamigawa étaient pour nous. Il est probablement temps de les récupérer».

Voici des extraits de l’entretien:

Question: Qu’est-ce qui vous pousse à être si actif, y compris dans l’utilisation des énergies renouvelables ?

Sato: Vous connaissez le chaudron de l’enfer ? Vous serez envoyés en enfer et bouilli dans ce chaudron si vous agissez mal. Et il y a 4 de ces chaudrons dans la préfecture de Fukushima, dans la centrale Fukushima N°1 gérée par Tokyo Electric Power Co.

Question: Vous parlez des réacteurs N° 1 à 4 qui ont succombé aux accidents. C’est cela ?

Sato: Oui et la catastrophe n’est pas terminée. Elle continue de se produire chaque jour.
Plus de 300 tonnes d’eau fortement contaminée par des substances radioactives sont générées chaque jour à la centrale nucléaire, vrai ?
Nous avons une entreprise familliale, une brasserie de saké avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 350 millions de Yens ($2,9 millions). Chaque année nous brassons environ 300.000 litres de saké qui pèsent environ 300 tonnes. Il y a plus d’eau radioactive générée chaque jour que le saké que nous produisons en un an.

Question: La totalité du village de Iitate, préfecture de Fukushima, reste à ce jour évacué à cause de la catastrophe nucléaire.Vous avez soutenu Iitate avant que le désastre nucléaire ait été déclenché par le grand tremblement de terre du grand est et le tsunami. Pouvez-vous préciser votre travail ?

Sato: Tout a commencé quand la chambre de commerce et de l’industrie du village m’a demandé de brasser du saké avec du riz d’Iitate. J’ai accepté d’être un « ambassadeur Madei» pour aider le village, et la cérémonie de de nomination a eu lieu en janvier 2011. Le désastre nucléaire est suvenu seulement deux mois plus tard.
Iitate n’a rien à voir avec l’énergie nucléaire. Je me suis dit: « Je vais devoir aider d’une façon ou d’une autre».

Question: «Madei» qui signifie quelque chose comme «cordialement» dans le dialecte local est le slogan des efforts de développement de la communauté d’Iitate n’est-ce pas ?

Sato: Oui. Norio Kanno, le maire de Iitate, a déclaré lors de la cérémonie de nomination que le développement communautaire du «village Madei» était presque achevé. Mais tout a été ruiné par le désastre nucléaire.
Pour commencer, pourquoi la préfecture de Fukushima héberge-t-elle autant que 10 réacteurs nucléaires ? Eh bien, c’était pour envoyer l’électricité à Tokyo. Mais les habitants de Fukushima n’ont pas élevé suffisamment la parole en face du du gouvernement central et de Tepco.
Voici quelques-unes des idées que je partageais avec Yumiko Endo, ancien chef du conseil préfectoral de Fukushima pour l’éducation, et avec Norio Akasaka, un professeur d’ethnologie à l’université Gakushuin qui a lancé les «études Tohoku». Et la première chose que nous ayons faite a été de lancer dans l’été 2011, «Fukushima Kaigi», un forum pour les citoyens avec pour sujet «la renaissance de Fukushima».

Question: Ce forum vous a donné l’occasion de rencontrer Jun Yamada, un conseiller principal à «Qualcom Japan», le bras japonais du grand fabricant de puces américain; vrai ?

Sato: Oui, Yamada et moi avons discuté de ce que nous devrions faire à partir de ce moment là; et nous avons conclu que nous étions tous deux des dirigeants d’entreprise qui en aucun cas ne vivaient à l’écart du monde dans leur bibliothèque.Il ne servait à rien de seulement maudire le gouvernement central et Tepco. Nous ne devions pas nous contenter d’un simple mouvement social. Ainsi, nous avons finalement conclu: Pourquoi ne pas créer une entreprise ?

Question: Et l’entreprise que vous avez crée est «Aizu Denryoku», n’est-ce pas ?

Sato: Oui. Imaginez: quelles sont les conditions requises pour la vie humaine ? Vous ne pouvez rester en vie que si vous disposez d’eau, d’aliments et d’énergie.
Les 17 municipalités de la région d’Aizu dans la préfecture de Fukushima ont, ensemble, une population de 280.000 personnes ou plus. Et la région dispose de suffisamment de riz et d’énergie pour être autonome. Les seules centrales hydro-électriques de Aizu ont suffisamment de puissance pour couvrir la demande d’énergie de tous les foyers de la préfecture.

Question: Mais ces centrales hydro-électriques appartiennent à Tepco, Tohoku Electric Power Co. et Electric Power development Co. La plupart de l’électricité qu’ils produisent est envoyée vers la grande région de Tokyo. Que pensez-vous de cet arrangement ?

Sato: Les droits d’utilisation de l’eau pour produire de l’énergie ne sont pas entre nos mains. Mais l’eau du lac Inawashiroko et celle de la rivière Tadamigawa étaient considérées comme les nôtres. Il est probablement temps de les récupérer.
Les centrales nucléaires également se trouvent sur le sol de la préfecture de Fukushima. Pourquoi nos ressources sont-elles toujours emmenées ailleurs ? Allons récupérer ce qui a été emporté loin de chez nous – voilà ce que je dis.

Question: Tohoku Electric a limité la quantité d’électricité qu’il achèterait aux producteurs d’énergie renouvelable. Comment voyez-vous la lourde tâche de briser les intérêts acquis ?

Sato: Mon père a commencé à court-circuiter les grossistes et détaillants pour vendre notre saké directement aux touristes à Kitakata. Cela a déclenché de terribles indignations chez les associations de grossistes et détaillants. Mais lorsque les clients, une fois acquis un désir pour nos produits, ont commencé à passer commande chez les détaillants, ces derniers , à la fin, ont bien du vendre nos produits. Une clientèle ne manquera jamais de se matérialiser si vous fabriquez des produits fins.

Question: Il y a un cercle croissant de personnes qui pensent comme vous. «Iitate Denryoku», une compagnie d’électricité solaire a été créée à Iitate en septembre 2014 avec vous comme vice président. Comment cela se passe-t-il ?

Sato: Un autre groupe de personnes à Tadami, préfecture de Fukushima, se prépare à créer une compagnie de production d’électricité, «Tadami Denryoku». Quatre des 17 communes de la région d’Aizu – Inawashiro, Bandai, Nishi-Aizu et Kita-Shiobara- ont décidé en Mars d’investir dans Aizu Denryoku.
Nous projetons de créer ce que nous pourrions appeler une « société anonyme de nature publique». Nous sommes toujours confrontés à de multiples défis, comme celui de la question des droits d’usage de l’eau. Dans les années à venir nous prévoyons de diffuser la création de microcentrales électriques qui vont utiliser l’eau des rivières et autres sources famillières; et l’utilisation de la biomasse en provenance du bois des forêts et d’autres sources.
Nous avons commencé par la production d’énergie solaire pour consolider les fondations de notre compagnie.

Question: Vous appelez tous les conseils municipaux d’Aizu à injecter du capital dans votre compagnie. Quel rôle attendez vous des municipalités ?

Sato: Un développement communautaire est en place pour les populations locales dans le secteur privé; et ce n’est pas quelque chose que les administrations sont censées prendre en charge.
Les administrations sont là pour sauvegarder ce que fait le secteur privé. Voilà comment les efforts pour promouvoir Kitakata, (comme) une ville d’entrepôts et une «ville de ramen» ont décollé et sont en bonne voie.

TOSHIHIDE UEDA – Asahi simbun du 1 mai 2015


L’article original en anglais

Notes:

Le journaliste n’a pas traduit «ramen» en anglais. Je n’en ai pas trouvé la signification. Si un lecteur la connait, je serai ravi qu’il nous en fasse part.

14 Décembre:
Merci à Mathieu qui nous fournit les indications pour comprendre la dernière phrase:

Les entrepôts, kura en japonais: ce sont des constructions destinées à stocker les choses précieuses de la maisonnée, ou bien les récoltes, des outils; les stocks des commerçants, même des munitions de l’armée etc… on en trouve donc de toutes tailles, en bois, en pierre etc…de la cabane de jardin au grand entrepôt. Les kura de Kitakata étaient réputés.
Détails sur les kura

Les Ramen : ce sont des plats de nouilles très prisés au Japon. Kitakata est aussi réputé pour ses restaurants de ramen.
La page de wikipedia sur Kitakata

La phrase reste un peu ambigüe; je pense que Mr SATO souhaite que Kitakana soit connu également pour autre chose que pour ses restaurants et ses nombreux et beaux entrepôts

En France aussi des citoyens prennent le problème en mains:
  • Voyez Enercoop une coopérative chez qui on peut acheter son électricité exclusivement propre et même être fournisseur
  • Voyez Énergie partagée qui a déjà 30 projets d’énergie citoyenne en France
  • Voyez cet article du monde
  • Des municipalités françaises sont déjà productrices d’énergie renouvelable

le 13 décembre 2015

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

Déc 08

Fukushima est un problème mondial de sécurité

De Matsuhei Murata, ancien ambassadeur du Japon en Suisse

Le 1 Novembre 2015

Préface

L’absence de signification donnée à la crise de Fukushima forme un contraste frappant avec la gravité de cette crise.
Indéniablement, Fukushima est maintenant un problème mondial de sécurité.

La contamination de l’océan pacifique et de l’atmosphère par les rayonnements ionisants issus des réacteurs nucléaires détruits de Fukushima reste imparable; elle menace la côte Ouest des États Unis. Le Japon devrait faire le maximum d’efforts pour faire face à la crise de Fukushima en se retirant des jeux olympiques de Tokyo qui disséminent la fausse impression que Fukushima est sous contrôle.

La détérioration de la situation à Fukushima

Le Japon est confronté aux conséquences d’un accident encore jamais vécu par l’humanité: la destruction et la fusion simultanée de 3 réacteurs nucléaires commerciaux.
Quatre ans et demi après la catastrophe du 11.3, il est démontré qu’un acccident nucléaire grave ne peut pas être contrôlé par un seul état. Le gouvernement japonais est déterminé à redémarrer ses réacteurs et à exporter la technologie nucléaire sans avoir élucidé pleinement les causes de l’accident.

La majorité des japonais critique sévèrement cette conduite, la jugeant immorale et irresponsable. La question est posée de savoir si le Japon a l’aptitude à la gestion et les capacités nécessaires pour faire face à cette crise qui couve.

Les coeurs fondus des réacteurs des unités 1,2 et 3 restent inaccessibles à cause des niveaux de radiations mortels qu’ils émettent; elles détruisent même les robots qui sont envoyés pour les localiser et les inspecter. Leurs cuves de confinement nécessitent un constant flux d’azote de façon à maintenir de faibles concentrations en Oxygène pour prévenir des explosions d’Hydrogène.

Le territoire japonais pourrait devenir inhabitable sur une grande étendue si les barres fondues de combustible nucléaire se trouvaient exposées à l’atmosphère à travers de fissures dues à un énorme tremblement de terre ou à cause de la liquéfaction des sols du site qui provoqueraient l’effondrement et des brèches dans les piscines de combustible usé.

Le problème des travailleurs sur le site est très grave. Le nombre moyen de travailleurs chaque jour est maintenant de plus de 7.000. Mathématiquement cela nécessite plus de 2,5 millions de travailleurs chaque année.[voir note] Le démantèlement des réacteurs sur le site prendra polusieurs dizaines d’années. Cela fait frémir.

Le premier redémarrage a eu lieu sans que la sécurité soit pleinement assurée et sans que des systèmes fiables d’évacuation des résidents soient établis.

L’ensemble du Japon est menacé par une dégradation de la situation des barres de combustible fondues; celles-ci continuent de diffuser largement de grandes quantités de dangereux radionucléides dans la mer et dans l’atmosphère. L’émission continue de vapeur évoque la possibilité du retour d’une situation de criticité sur le site.La nécessité d’une expertise internationale concernant la suspicion d’un retour de criticité sur le site est indéniable; cela devrait mener à une coopération internationale, indispensable pour pour faire face efficacement à l’accident.

La contamination continue de la mer sans aucune perspective de solution déshonore le Japon, ce qui fait qu’il est critiqué car il nuit à l’environnement mondial. En dépit de tout cela, on tente honteusement de cacher Fukushima.

Les jeux olympiques de Tokyo ont été décidés avec la fausse assurance que Fukushima avait été mis sous contrôle.

Le monde est menacé par la dissémination de la contamination

Récemment, un fort typhon a touché l’Est du Japon, provoquant des innondations telles qu’on n’en avait pas vues depuis 50 ans.Vous pouvez imaginer l’extraordinaire quantité de Césium, de strontium et autres isotopes à nettoyer, disséminés à des centaines de miles du site de la catastrophe et maintenant déplacés par les innondations dans des villages nouvellement contaminés.

Des quantités croissantes d’eau contaminée ont été stockées dans près de 1.000 réservoirs fabriqués à la hâte qui souvent fuient. Leur volume total dépasse largement les 600.000 tonnes et se rapproche de ses limites; il est possible qu’elles soient finalement toutes rejetées à la mer.

Les conséquences de la contamination radioactive de l’Océan Pacifique, du Japon à la côte ouest des États Unis, nécessitent une attention accrue. Certains experts estiment maintenant que la vague de radiations venant de Fukushima sera dix fois plus grande que l’addition des radiations de tous les essais nucléaires réalisés dans l’histoire. Certains rapports indiquent que des niveaux dangereux de radiations ont été relevés dans les neiges du Texas, du Colorado et du Missouri; ils annoncent que les États Unis vont devoir affronter les conséquences les plus graves de ce désastre historique et apparemment imparable.

Les jeux Olympiques de Tokyo font minimiser la crise de Fukushima.

Il est indéniable que les jeux olympiques de Tokyo constituent un sérieux obstacle pour faire face aux conséquences de désastre du 11 mars, en faisant augmenter les prix des matériaux de construction et en aggravant la forte pénurie de main d’oeuvre dans la région.

Le magazine « Monthly Japan» a publié mon article en septembre 2015. Il est intitulé «Un retrait honorable des jeux olympiques de Tokyo»; il a été publié à une place centrale. Les réactions sont notables et s’accroissent.

Dans mon récent message au premier ministre Shinzo Abe, je lui ai proposé d’annuler les jeux olympiques de Tokyo et d’annoncer em même temps la candidature du Japon pour les jeux de 2028 ou 2032. L’estimation du coût total, 3 milliards de Yens selon le gouverneur de Tokyo, a choqué le public. Près de 90 fois moins ( 34,5 milliards de Yens ) a été dépensé par le gouvernement pour faire face au problème de l’eau contaminée de Fukushima Dai ichi. Les jeux olympiques de Tokyo détournent l’attention de Fukushima et donnent au monde la fausse impression que Fukushima ne représente plus une menace. La promotion des jeux olympiques de Tokyo se fait au détriment des fonds nécessaires pour répondre à la multitude de catastrophes environnementales créées par les réacteurs détruits de Fukushima.

Les engagements initiaux des jeux olympiques de Tokyo ont maintenant tous été brisés. Le plan original de stade national a été annulé. L’emblème des jeux olympiques, suspecté de plagiat a été abandonné. Un éditorial du journal Asahi daté du 25 septembre 2015 a exprimé son étonnement devant l’irresponsabilité et l’incurie du comité d’organisation. Le CIO pourrait disqualifier Tokyo. Le Japon est maintenant obligé de choisir entre un retrait honorable et une disqualification honteuse.

L’avenir des jeux olympiques est en jeu. C’est en croyant en l’esprit des jeux olympiques, au mouvement olympique, que je plaide pour une retraite honorable; de façon que le Japon puisse consacrer le maximum d’efforts pour contrôler la crise de Fukushima.

Matsuhei Murata

L’article en anglais sur le site global Ethics. (traduction «vivre après Fukushima»)

Un résumé de l’article sur Enenews en anglais


Mitsuhei Murata est né à Tokyo en 1938. Diplomate de carrière, il est entré au ministère des Affaires étrangères en 1960 après avoir été diplômé en droit de l’Université de Tokyo. Il a servi en tant que Directeur Général Adjoint du Bureau des Nations Unies au Ministère des affaires étrangères; Vice-Secrétaire Général, Commission du Commerce Équitable; ancien ambassadeur du Japon au Sénégal ainsi qu’en Suisse avant de prendre le poste de Professeur Honoraire à l’Université de la Science et de la Technologie de Tianjin (Chine) et professeur de civilisations comparées à l’Université Tokai Gakuin de Nagoya au Japon. Il est actuellement directeur exécutif de la Japan Society for Global System and Ethics, et conseiller auprès de la Peace Research Foundation, USA.

Le 8 Décembre 2015


NOTE: Le 16 décembre 2015:merci à Pierre de nous signaler qu’au lieu de « Mathématiquement cela nécessite plus de 2,5 millions de travailleurs chaque année» il serait plus exact d’écrire «2,5 millions de jours-travailleurs» car les travailleurs restent tant qu’ils n’ont pas atteint la dose maxi. C’est en effet plus précis.

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Oct 15

En cas de catastrophe nucléaire en Europe nous mangerons contaminé

Des autorisations de contamination radioactive des aliments excessivement élevées sont sur le point d’être adoptées par le Conseil de l’Union Européenne en cas d’accident nucléaire.

La CRIIRAD a analysé le dossier; elle a relevé des erreurs et anomalies inacceptables. Devant l’impossiblité de contacter les auteurs de ces normes, bien cachés derrière le secret administratif, elle s’adresse maintenant au Président de la République.

Je reprends ci-dessous des extraits de la lettre ouverte de la CRIIRAD au président de la République
Que vous pouvez consulter en entier ici
(La mise en page est de Vivre après Fukushima)

LETTRE OUVERTE de la CRIIRAD
au Président de la République

Le 14 Octobre 2015
Objet : ACCIDENT NUCLEAIRE / CONTAMINATION RADIOACTIVE DES ALIMENTS
Responsabilité des autorités françaises dans l’adoption d’un règlement exposant la population à des niveaux de risque inadmissibles

Monsieur le Président,
Le Conseil de l’Union européenne est sur le point d’adopter un règlement fixant des limites de contamination alimentaire excessivement élevées en cas d’accident nucléaire.
Comme vous le savez, un règlement européen est d’application directe et obligatoire en France, sans possibilité d’adaptation. Il faut donc agir avant son adoption.
Le projet a été élaboré par la Commission européenne sur la base des travaux du groupe d’experts de l’article 31 du traité Euratom (rapport d’expertise RP 105 de 1998, confirmé par les avis de 2011 et 2012).
Les vérifications auxquelles nous avons procédé montrent que les niveaux de risque associés aux limites européennes sont 10 à 100 fois supérieurs à ce qu’affirment les responsables.
Ces écarts proviennent d’une accumulation d’erreurs, d’incohérences et d’omissions qui discrédite le rapport des experts et invalide ses conclusions.

Les quelques exemples ci-après vous permettront de comprendre qu’il ne s’agit pas de points de détail. Les experts ont en effet :

  • 1/ « oublié » de comptabiliser l’impact de l’une des 5 catégories d’aliments !
  • 2/ méconnu le problème crucial de la dose à la thyroïde (responsable, après Tchernobyl, d’une véritable épidémie de cancer dans la cohorte des plus jeunes enfants) !
  • 3/ défini des limites pour un accident lointain (à plus de 1 000 km des frontières) alors que le règlement s’applique aussi – et avant tout – aux accidents pouvant survenir en Europe !
  • 4/ dimensionné les limites pour 1 ou 2 gorgées d’eau par jour alors que le règlement stipule que les calculs ont tenu compte d’une consommation d’eau courante !
  • 5/ commis des « erreurs » conduisant à sous-évaluer de 10 fois à 200 fois ( !) les doses reçues par les enfants de 1 an du fait du plutonium !

(Cf. démonstrations dans les annexes 1 à 4)…

Nous nous sommes demandé comment les Etats européens pouvaient se mettre d’accord sur des limites aussi dangereuses, fondées sur un rapport truffé d’erreurs ?…

Un courriel des autorités autrichiennes nous apprend que les représentants des Etats membres ont été pleinement informés des travers du rapport d’expertise. L’Autriche et l’Allemagne sont intervenues mais, faute de majorité, n’ont pu obtenir la révision du rapport et ont tenté de compenser ses insuffisances tout en s’efforçant d’éviter le pire : des Etats membres ont en effet soutenu « longtemps – et avec véhémence » les dispositions autorisant, en situation d’urgence, la fixation de limites encore supérieures aux niveaux définis dans le règlement !

Sur la base des informations transmises par le cabinet du ministère de la santé autrichien, nous souhaitons obtenir des réponses aux 2 questions suivantes :

  • 1/ Pourquoi la France n’a-t-elle pas joint ses efforts à ceux de l’Autriche et de l’Allemagne pour remettre à plat le travail d’expertise ? Comment nos représentants ont-ils pu accepter que la protection de plus de 500 millions d’Européens dépende d’un rapport qui sous-évalue scandaleusement les doses ? Ainsi que vous pourrez le constater en lisant l’annexe 2, les experts se sont trompés de façon grossière dans leurs calculs sur le taux de plutonium dans les aliments pour nourrissons ! : couvrir de telles erreurs est impardonnable…
  • 2/ Est-ce plus grave encore ? La France s’est-elle battue pour que soit autorisé, en cas d’accident, le relèvement des limites de contamination définies dans le règlement ?

Le 30 ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl approche et notre question s’inscrit dans un contexte historique difficile à oublier : en 1986, le service chargé de la surveillance radiologique du territoire français a enfreint délibérément, systématiquement et ouvertement le règlement européen interdisant l’importation d’aliments présentant des taux de césium radioactif supérieurs à 600 Bq/kg. Son directeur, le Pr PELLERIN, a signé nombre de télex faisant état de résultats d’analyse dépassant largement ces limites et invariablement assortis de la mention « ces produits sont sans exception consommables sans restriction »

…. En cette année 2015, alors que la révision de ces textes est enfin à l’ordre du jour, la préoccupation des autorités françaises est-elle encore et toujours de préserver les intérêts de l’industrie nucléaire, quoi qu’il en coûte pour la santé des personnes, et tout particulièrement des enfants ? Les calculs que nous avons conduits montrent qu’ils supporteront la plus lourde part du détriment : la moitié des cancers provoqués par la consommation des aliments légalement contaminés se développera dans leur organisme alors qu’ils ne représentent que 15% de la population.

… Ne laissez pas vos conseillers vous convaincre qu’en cas d’accident grave, les limites pourront toujours être revues à la baisse… en situation d’urgence, chaque heure compte. Il ne sera plus temps de débattre, de consulter les experts et de tenter de trouver un accord qui satisfasse les 28 Etats membres.

Compte tenu des enjeux sanitaires, nous considérons que votre responsabilité et celle de votre gouvernement sont engagées. A ce jour, le projet de règlement n’a pas été adopté par le Conseil de l’Union européenne : vous pouvez encore refuser de le cautionner et demander qu’il soit procédé, dans les plus brefs délais, à un réexamen complet et approfondi des textes et de leur justification, aussi bien scientifique qu’éthique.

La pétition que nous avons lancée pour une « refonte complète, transparente et démocratique de la réglementation, incluant la réduction drastique des niveaux de contamination autorisés en cas d’accident nucléaire » a recueilli à ce jour plus de 30.000 signatures. Elles seront bien plus nombreuses lorsque le dossier sera médiatisé car la gravité des faits révolte tous ceux qui en prennent connaissance.

…espérant un changement radical dans la position de la France, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’assurance de notre respectueuse considération.

Le président de la CRIIRAD, Roland DESBORDES
P/o Corinne CASTANIER, Responsable Réglementation / Radioprotection
Copie à : Premier ministre et Ministres en charge de la santé, de l’écologie, de l’agriculture et de la Contamination des aliments en Europe en cas d’accident nucléaire

Lire la lettre ouverte en entier
Les annexes détaillant erreurs du projet.
Signer la pétition


La CRIIRAD

La CRIIRAD – Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – est née en mai 1986, au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, à l’initiative d’un groupe de citoyens révoltés par les mensonges officiels et qui souhaitaient connaître la vérité sur la contamination réelle du territoire français. La CRIIRAD est une association. Elle possède son propre laboratoire d’analyses homologué.

Elle mène ses propres investigations, informe le public et les médias. Si nécessaire, elle interpelle les responsables et les pouvoirs publics, engage des actions en justice et contribue ainsi à faire évoluer la règlementation en vigueur.
Le site de la CRIIRAD: www.criirad.org


Note

Les Normes, c’est sur le papier. Mais où sont les matériels de détection ? Les personnels sachant les mener au bon endroit et réaliser des mesures fiables ? Comment les aliments trop contaminés seront-ils sortis des circuits alimentaires ? Le consommateur sera-t-il informé du niveau de contamination de ce qu’il achète ?
Les femmes enceintes et les enfants devraient pouvoir accéder à des aliments non contaminés.
La gestion des suites d’un accident nucléaire est un vrai casse-tête. Il vaudrait-mieux qu’il n’y ait plus d’accident grave. Ce qui signifie l’arrêt des installations nucléaires en commençant par les plus vieilles. Resteront les problèmes non résolus du démontage des installations et pour les siècles qui suivent la gestion des tonnes de déchets radioactifs dangereux.


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Oct 09

Svetlana Alexievitch prix Nobel de littérature

Svetlana Alexievitch
Écrivain et journaliste Biélorusse elle est l’auteure du livre «La supplication», Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse.
Un livre poignant sur les conséquences humaines de l’accident de Tchernobyl.

Autrement plus humain et proche des gens que les froides statistiques du lobby du nucléaire.
On le trouve facilement en librairie.

Un extrait de la présentation qu’en fait «le Monde»:

Son œuvre forte et cohérente chemine à la lisière du documentaire. Les livres de Svetlana Alexievitch – six à ce jour – sont bâtis à partir de récits, tous patiemment collectés, dans un souci de vérité et de justesse. « Je vais vers l’homme pour rencontrer son mystère », dit-elle, « d’âme à âme, parce que tout se passe là ». Svetlana Alexievitch n’a jamais recours à la fiction : seul le récit lui paraît être véritablement à la hauteur de ce qui arrive…

La Supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l’Apocalypse, traduit en dix-sept langues, – et à ce jour encore interdit en Biélorussie –, donne la pleine mesure de son talent : un chœur d’hommes et de femmes y raconte le calvaire subi après l’accident nucléaire.

Magistrale polyphonie que l’on retrouve dans son dernier ouvrage en date, La Fin de l’homme rouge (2013, prix Médicis essai), consacré à cet « homo sovieticus » qu’il s’agit de sauver du mensonge et de l’oubli en en racontant les rêves, les épreuves et surtout le tragique destin. « Sculpter une époque », voilà ce qui importe à l’écrivaine, rendre ses spasmes et ses tremblements. Non pas l’histoire, telle que consignée dans les archives et les chroniques autorisées, mais « l’histoire des émotions, de l’esprit, de l’expérience humaine ».

L’article complet du «Monde»
Un entretien avec Svetlana Alexievitch, très intéressant, il retrace son itinéraire, ses démêlés avec les autorités…

Le 9 Octobre 2015

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Oct 05

Les inquiétudes des mères de Fukushima persistent 4 ans après.

Rester ou fuir – Réticentes à parler, les mamans de Fukushima reconnaissent leur crainte des radiations et les pressions de leurs familles.

Traduction d’un article en anglais du Japan times du 29 Septembre 2015

Les mères de Fukushima ont du prendre des décisions difficiles pour leurs familles après la catastrophe nucléaire de Mars 2011. Plus de 4 ans après, c’est toujours le cas.

Celles qui sont restées dans la préfecture de Fukushima vivent dans l’inquiétude permanente pour la santé de leurs enfants. Mais choisir de partir les expose aux acusations d’être de mauvaises épouses qui ont abandonné leurs parents, leur communauté et leurs maris liés par leur emploi.

Qu’elles aient pris le décision de rester ou de partir, c’est une situation perdante car elles ne peuvent vivre l’idéal d’une «ryosai kenbo» ( Bonne épouse, mère avisée).
« Consciemment ou pas, les femmes connaissent le rôle qu’elles sont appelées à jouer dans une famille. Après le séisme et le catastrophe nucléaire, tout a changé»disait Yukiko (ce n’est pas son vrai nom), une mère évacuée volontaire âgée de 30 ans. « Je ne peux plus vivre selon ces attentes et la société me juge».
Toutes les femmes interrogées à ce sujet on parlé sous condition d’anonymat.

Au moment de la crise à la centrale n°1 de Fukushima, Tokyo Electric Power a instauré une zone interdite de 20 km autour du site; le gouvernement affirmait qu’au delà les conditions étaient sûres. Beaucoup n’ont pas cru cette affirmation.
Yuriki, une femme de 70 ans qui vit à Minamisoma (préfecture de Fukushima) pense que l’établissement de ces zones a divisé la communauté.

Yuroko: «Certaines personnes ont fait confiance à la parole du gouvernement et ont continué de vivre ici; mais d’autres n’ont pas supporté de vivre chaque jour dans l’inquiétude et sont parties». «Personne ne savait que croire et les communautés se sont disloquées»

La crainte des radiations, les rumeurs, les informations des médias au sujet de la sécurité de l’alimentation locale ont incité de nombreuses mères qui vivaient juste à l’extérieur de la zone interdite d’évacuer volontairement pour le bien de la santé de leurs enfants. Certaines sont parties vers les préfectures voisines, y compris Iwate et Miyagi; d’autres ont fait le grand saut vers le sud de Tokyo.

« Pour être honnête, je n’avais guère de connaissances sur les réacteurs de Fukushima. Mais je savais que l’exposition à de fortes doses de radiations pouvait être mortelle» disait Yuko, 30 ans, mère d’ une fille de 6 ans. « Je suis partie à Tokyo dans la semaine qui a suivi la catastrophe. Mon mari est resté à Fukushima, mais j’étais déterminée à donner la priorité à la sécurité de ma fille
Très souvent, les évacuées volontaires comme Yuko sont des mères qui ont fui avec leurs enfants pendant que leurs maris restaient à Fukushima pour le travail.

Certaines ont été accusées d’abandonner ou de s’éloigner de leurs familles, spécialement celles qui se sont mariées sur place. La famille a étiqueté ces épouses comme déloyales et exagérément sensibles.
Les mères inquiétes pensent qu’il est sage de protéger leurs enfants de l’exposition aux rayons. Mais sans aucune preuve scientifique ou médicale pour justifier leur décision de partir, elles se sentent souvent coupables de quitter une communauté soudée.

Yuko disait: « chaque fois que je vais visiter ma ville natale pour un enterrement ou une fête traditionelle, mes parents me posent la même question:
« Quand revenez-vous à la maison ? C’est sûr maintenant
Les relations avec ma famille se distendent.»

Même ceux qui sont partis à Tokyo n’y trouvent pas forcément une vie meilleure.
Le gouvernement aide les évacués qui vivaient dans la zone des 20 km en leur fournissant un logement gratuit et une allocation mensuelle. Mais les évacués volontaires n’y ont pas droit et il leur est donc difficile d’y faire leur vie.

La vie est tout aussi difficile pour les mères qui restent à Fukushima. Elles sont en permanence inquiètes au sujet des dangers invisibles des radiations et quant à savoir si elles ont fait le bon choix en restant.
Certaines affirmaient qu’elles ont décidé de rester pour le bien de leur mari et pour ne pas séparer la famille. D’autres, comme Hiroko, estimaient qu’elles n’avaient pas le choix – elles n’avaient pas d’argent pour évacuer, elles ne pouvaient pas trouver un logement pour une famille de 5 personnes avec des animaux et elles avaient une qualité de vie à Fukushima qu’elles ne voulaient pas risquer de perdre.

«Il est étrange que personne ne parle de ses inquiétudes concernant le 3/11 » (date de l’accident nucléaire) déclare Hiroko une trentenaire qui vit maintenant dans la ville de Kashima, préfecture de Fukushima. « C’est comme si le désastre n’était jamais survenu et que les gens avaient effacé la dure réalité

Les mères qui restent sont également stigmatisées comme des « mauvaises mères ».
Hiroko: « Parfois quand je suis seule, je me mets à pleurer en imaginant l’avenir de mes enfants. Je crains que mes enfants ne tombent malades; et ceux que j’aime le plus vont me tenir rancune de n’avoir pas su les protéger. C’est ma plus grande crainte
Alors que la reconstruction avance dans la préfecture, avec des affiches partout vantant des slogans tels que « Gambaro nippon » (tiens le coup, Japon) ou « Gambaro Fukushima », il y a une pression sur les mères pour qu’elles gardent leurs soucis pour elles.

un groupe de Beteran Mama  no Kai

un groupe de Beteran Mama no Kai

Ce qui a sauvé certaines mères ce sont des groupes de soutien par des pairs – organisations créées spécialement pour les femmes qui peuvent y partager l’information et se soutenir mutuellement.
Parmi ces groupes il y a « Beteran Mama  no Kai» (Groupe de mères chevronnées), une organisation basée à Fukushima et Tokyo.
Le principal but du groupe est d’encourager les mères qui ont été victimes du 3/11 à parler avec d’autres femmes dans la même situation et de se faire des relations. Des réunions mensuelles permettent de veiller sur chacune et de soulager le stress.
Akiko était de celles qui ont rejoint le groupe:
« J’était capable de parler avec les autres femmes sur des sujets dont je n’aurais pas pu parler dans la vie de tous les jours, comme les règlements alimentaires, ou les niveaux de radiations. J’ai pu me faire des amies dans le groupe et je ne me sens plus si seule. »

Les experts universitaires disent qu’on sait depuis longtemps que les femmes souffrent fortement après un traumatisme tel que celui-ci.
« Une catastrophe comme celle de Fukushima n’est pas un événement unique mais une période de lutte qui évolue au cours du temps » selon David Slater, professeur d’anthropologie à l’université de Sophia. « Et souvent les femmes portent le plus lourd fardeau tout en travaillant en coulisse. »

Alors que les mères vivant à Fukushima craignent pour la santé de leurs enfants et redoutent les bilans de santé en raison du risque d’obtenir un mauvais diagnostic, celles qui ont volontairement évacué vers Tokyo envisagent la possibilité de retourner vers le nord.
Certaines mères s’inquiètent de ce que leurs enfants ont besoin d’une figure paternelle dans leur vie.
De plus, l’équilibre entre deux foyers, à Fukushima et Tokyo est difficile financièrement et émotionellement – et il y a toujours cette pression psychologique de leurs parents de Fukushima pour qu’ils y retournent.

Pourtant, certains craignent de rentrer.
« Si je suis obligée de revenir à Fukushima, je devrai faire semblant de ne pas me soucier des radiations – ce qu’ actuellemnt je fais » disait Yuko l’évacuée à Tokyo.

Par Megan Green
paru dans le Japan Times du 29 septembre 2015
Traduction par « vivre-après-fukushima »

le 05 octobre 2015

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Oct 01

420 Bq/kg de césium 134/137 dans des champignons vendus sur un étalage à Gunma

Le 25 septembre 2015, le Ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires Sociales a déclaré avoir relevé une haute radioactivité en Cs 134/137 dans des champignons déjà en vente.

situation de Gunma
Le record est de 420 Bq/kg dans des Shimeji. L’analyse a été menée par le National Institute of Health Sciences (Institut National des Sciences de la Santé).

Ils ont également relevé de 120 à 240 Bq/kg de Cs 134/137 dans 3 autres échantillons de champignons.

Tous étaient en vente et produits dans la préfecture de Gunma (200 km de la centrale).

L’échantillonnage a eu lieu mi-septembre.


J’ai simplement repris l’article original du Fukushima Diary: http://fukushima-diary.com/2015/09/420-bqkg-of-cs-134137-detected-from-mushroom-sold-on-a-shelf-in-gunma/


NOTE:

La teneur normale en Césium de tout objet ou être vivant sur terre est de ZÉRO.
Le Césium est un poison entièrement fabriqué par les industries nucléaires civile et militaire.
Les champignons sont connus pour concentrer la radioactivité du sol. Les japonais consomment beaucoup de champignons.

    Les normes alimentaires japonaises concernant les Césiums depuis le 1 Avril 2012:

  • 100 Bq/kg pour les aliments en général
  • 50 Bq/kg pour la nourriture pour enfants
  • 10 Bq/l pour l’eau potable

L’Europe s’est alignée sur ces chiffres. Mais un projet de réglement européen «en cas d’accident nucléaire» est en cours que critique vivement la CRIIRAD.
La CRIIRAD considère que ce projet établit des normes bien trop élevées, notamment pour les enfants. Certains chiffres sont manifestement erronés. Elle a demandé les coordonnées des « experts » qui ont rédigé ce projet , mais l’administration refuse de les communiquer.

Voir le dossier de la CRIIRAD

4 articles de Vivre-apres-fukushima traitent de ce problème:

Le 1er Octobre 2015

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