Jan 22

Essais nucléaires en polynésie: les petits-enfants oubliés de la bombe

Une étude révélée par « Le Parisien »
Suliane Favennec
http://www.leparisien.fr/faits-divers/essais-nucleaires-en-polynesie-les-petits-enfants-oublies-de-la-bombe-20-01-2018-7512900.php

L’étude menée par le Dr Christian Sueur sur des enfants polynésiens dont les grands-parents ont travaillé sur les sites des explosions atomiques atmosphériques est alarmante

C’est un rapport qui dérange. Les essais nucléaires atmosphériques qui ont eu lieu, entre 1966 et 1974, en Polynésie française, ont-ils eu des répercussions génétiques sur les descendants des vétérans du Centre d’Essais du Pacifique (CEP) ayant participé à ces essais, et plus largement sur les populations locales ? C’est ce que laisse entendre le rapport alarmant du Dr Christian Sueur, responsable jusqu’en décembre 2017 de l’unité de pédopsychiatrie du Centre Hospitalier de Polynésie française. Dans ce document que nous avons pu nous procurer, ce praticien, retourné en poste en Métropole depuis janvier, relève des anomalies morphologiques parfois couplées à des retards mentaux chez de nombreux enfants.

Les observations du docteur Sueur sont le fruit d’un travail de consultation et de recherche clinique, mené entre 2012 et 2017. Un travail réalisé à Tahiti, et dans cinq archipels, en particulier aux îles des Tuamotu-Gambier, l’une des zones les plus touchées par les retombées radioactives des 46 essais atmosphériques polynésiens menés durant huit ans à Mururoa et Fangataufa.

Déficiences génétiques

271 enfants ont consulté pour des troubles envahissants du développement (TED)*. Parmi ces jeunes patients, 69 d’entre eux ont également développé des anomalies morphologiques et/ou des retards mentaux. Dans son rapport, le praticien relève des pathologies liées à des déficiences génétiques, susceptibles d’avoir été provoquées par des retombées radioactives sur les « cellules germinales » des grands-parents, avant de se transmettre sur plusieurs générations. La grande majorité de ces enfants ont en effet des aïeux qui ont travaillé sur place à l’époque des essais nucléaires et dont les parents sont nés à cette période. Fait troublant, plus de 70 % de ces enfants ont des parents mais aussi des frères et sœurs qui ont développé des pathologies telles que leucémies, cancers du rein ou de la thyroïde. Autant de pathologies radio-induites, c’est-à-dire des maladies considérées comme pouvant être liées aux retombées radioactives.

Certaines données relevées dans ces îles des Tuamotu-Gambier posent question. À Tureia, atoll habité le plus proche de Mururoa et touché par 39 retombées radioactives, un enfant sur 4 est atteint d’un cancer de la thyroïde, de jeunes adultes sont décédés à la trentaine ou ont développé des pathologies héréditaires. Sur près de 300 habitants, le docteur Sueur a relevé une vingtaine de pathologies possiblement radio-induites, soit une morbidité d’une personne sur 5. À Reao, où vivent 369 habitants, près de 10 % de la population est touchée par une maladie radio-induite.

carte des retombées

document Le Parisien

Les responsables politiques alertés en vain

Étonné par cette concentration de cas dans une population infanto-juvénile sur une zone restreinte, Le Dr Sueur a alerté de cette situation il y a quelques années auprès des autorités polynésiennes et a interpellé les différents ministres de la Santé qui se sont succédés au sein du gouvernement polynésien. Sans effet.

Si des scientifiques se sont déjà intéressés aux différents cancers en Polynésie française, rares sont ceux qui se sont penchés sur la question des anomalies génétiques ou morphologiques chez les enfants. Dès 2012, le pédopsychiatre a travaillé sur le lancement d’un programme de recherche avec l’aide de Bruno Barrillot, délégué du comité du suivi des conséquences des essais nucléaires. Ceci jusqu’au décès de ce dernier en mars 2017.

L’idée des deux experts était de lancer une recherche épidémiologique chez les anciens travailleurs du CEP et leurs descendants (première et deuxième génération) mais aussi au sein de la population de la Polynésie française. En effet, selon des documents secret-défense déclassifiés en 2013, le territoire aurait été survolé dans son ensemble par les nuages radioactifs.

*Les troubles envahissants du développement peuvent se traduire par différentes pathologies : autisme, syndrome de Rett, syndrome d’Asperger, dysharmonies d’évolution.

«Le parisien» du 20 janvier 2018
Suliane Favennec
http://www.leparisien.fr/faits-divers/essais-nucleaires-en-polynesie-les-petits-enfants-oublies-de-la-bombe-20-01-2018-7512900.php


Notes:

Dommage que l’étude envisagée par le Dr Sueur et Bruno Barillot ait été bloquée.

Comme prévisible,le service de santé des armées critique l’étude qu’il juge «excessive». Mais dès les premières lignes de la réponse des militaires on peut lire: « Nous ne menons aucune étude sur ces enfants……»
a lire ici:
http://www.leparisien.fr/faits-divers/essais-nucleaires-en-polynesie-l-armee-francaise-conteste-l-etude-du-docteur-sueur-21-01-2018-7513143.php

«Nous avons servi de cobayes» : témoigne le père d’une enfant atteinte de troubles du développement
http://www.leparisien.fr/faits-divers/polynesie-nous-avons-servi-de-cobaye-a-l-epoque-des-essais-nucleaires-21-01-2018-7513140.php

Entretien avec le Dr Sueur qui avait commencé à organiser avec Bruno Barillot (délégué du comité du suivi des conséquences des essais nucléaires, décédé en mars 2017) une étude poussée, en liaison avec des scientifiques japonais.Projet stoppé :
http://www.leparisien.fr/faits-divers/essais-nucleaires-en-polynesie-un-medecin-denonce-une-omerta-21-01-2018-7513137.php

Le blog du Dr Christian Sueur:
https://blogs.mediapart.fr/christian-sueur/blog/050811/les-essais-nucleaires-francais-dans-le-pacifique-n-etaient-pas-prop

La définition des «troubles envahissants du développement» par la haute Autorité de santé française:
https://www.has-sante.fr//portail/upload/docs/application/pdf/2010-03/autisme_et_autres_ted_etat_des_connaissances_resume.pdf

Le 22 janvier 2018


Jan 01

La pollution de l’Europe par le Ruthénium 106. Toujours le silence.

On ne sait toujours pas comment il se fait qu’une grande partie de l’europe a subi des retombées de Ruthénium radioactif

Dans son communiqué du 20 décembre 2017
la CRIIRAD fait le point et conteste le rapport russe
Voir le communiqué de la CRIIRAD (avec une carte)
http://criirad.org/accident-et-pollutions/2017-12-20_cp_Ru-106_enqu%C3%AAte-russe.pdf

L’AIEA (Agence internationale pour l’énergie nucléaire – agence de l’ONU) semble n’avoir publié qu’un relevé de mesures confidentiel « réservé aux autorités » (que la CRIIRAD a pu consulter). Effectivement en allant sur le site de l’AIEA, je n’ai trouvé aucune mention de l’accident.
L’OMS, autre agence de l’ONU: site muet sur la question du Ruthénium. L’OMS est censée se préoccuper de la santé des populations…

Les pays de l’Ouest de l’Europe n’ont pas subi de retombées préoccupantes (voir le rapport de la CRIIRAD)
Il semble bien que les populations proches du site de rejet n’aient bénéficié d’aucune mesure de protection.


Libérer l’ONU du nucléaire

À propos de l’AIEA et de l’ONU, toutes deux faisant partie de l’ONU, je vous propose de lire ces intéressantes interventions au «Forum social antinucléaire» de novembre 2017 à Paris
Ce sont les textes des contributions à l’atelier « Libérer l’ONU du nucléaire », animé par Michel Lablanquie, Yves Lenoir, Paul Lannoye et Nicole Roelens.

  • Nicole Roelens, « Pourquoi les peuples laissent-ils s’accomplir le crime nucléaire contre les prochaines générations ? »:
    http://lotoisdumonde.fr/initiatives/FSMAN/Roelens-FSMAN-pourquoi-les-peuples-laissent-ils-s-accomplir-le-crime-nucleaire.pdf
  • Paul Lannoye, « La radioprotection doit être refondée,ses bases scientifiques sont erronées » :
    http://lotoisdumonde.fr/initiatives/FSMAN/Lannoye-FSMAN-2017.pdf
  • Yves Lenoir, « L’ONU et ses organes :des institutions de et pour l’âge atomique »
    http://lotoisdumonde.fr/initiatives/index-lenoir.html
  • Michel Lablanquie, « Les droits de l’ADN – Libérer l’ONU du nucléaire » :
    http://lotoisdumonde.fr/initiatives/FSMAN/Lablanquie-FSMAN-les-droits-de-l-adn.pdf

Les textes des interventions, qui ne sont pas retranscription, et de nombreuses autres sources sont publiés ici :http://tinyurl.com/yazl94mr

Voir aussi la synthèse qu’a faite le journal «Basta»:
https://www.bastamag.net/Nouvel-incident-nucleaire-en-Russie-le-silence-et-l-opacite-sont-toujours-la


Note

Tout cela est sérieusement inquiétant en ce qui nous concerne, nous, la population, lors de futurs accidents nucléaires; où qu’ils soient dans le monde. Il est fort probable que nous serons alors comme ici très mal informés et protégés…..
Mayak, Tchernobyl, Fukushima on montré qu’il est impossible de gérer efficacement un accident nucléaire civil. Quand à la joute actuelle entre Corée du Nord et USA, espérons qu’elle restera verbale…

Une bonne chose quand même en 2017: la signature du traité d’interdiction des armes nucléaires par de nombreuses nations. Malheureusement, dans un coin de la cour de récréation, quelques fiers à bras ricanent et affirment qu’ils ne lâcheront jamais leur gros bâton atomique….

Le 01 janvier 2018


Déc 16

Les installations nucléaires sont très vulnérables aux aggressions:

la sortie du nucléaire est une urgence

Après l’émission « Sécurité nucléaire, le grand mensonge »sur ARTE,
je reprends ci dessous le communiqué de l’association SORTIR DU NUCLÉAIRE.

Communiqué du 6 décembre 2017

Comme l’a démontré le reportage de Arte « Sécurité nucléaire, le grand mensonge », quasiment aucune installation nucléaire n’est à l’abri du risque d’agression, qui n’a pas été prévu lors de leur conception. Tir de roquette sur une centrale, une usine ou un transport radioactif, crash d’avion, cyberterrorisme, attaque de drones ou actes de sabotage : tous ces scénarios sont malheureusement crédibles et leurs conséquences seraient catastrophiques (impacts sanitaires lourds, exode massif des populations…). Les autorités et les industriels doivent en tirer les leçons qui s’imposent.

Regarder le documentaire de ARTE:
Sécurité nucléaire – le grand mensonge

https://tinyurl.com/y93aajaa
ou
https://www.arte.tv/fr/videos/067856-000-A/securite-nucleaire-le-grand-mensonge/

Disponible du 05/12/2017 au 03/02/2018

Ces failles de sécurité béantes, qui viennent se rajouter à un contexte déjà inquiétant en termes de sûreté (vieillissement des installations, incapacité d’EDF et Areva à assurer une maintenance correcte de leurs installations, découverte de nombreuses malfaçons), appellent une réponse immédiate des pouvoirs publics. La sécurité des populations doit passer avant les intérêts économiques d’EDF et Areva. Elle ne pourra être garantie qu’avec la disparition du risque nucléaire actif, ce qui signifie une sortie en urgence du nucléaire.

Dans ce contexte, il apparaît d’autant plus irresponsable que l’échéance de réduction de la part du nucléaire ait été repoussée à une date pour l’instant indéterminée. Le gouvernement, responsable en premier lieu de la sécurité des citoyens, se doit d’engager dès maintenant un programme de fermeture des centrales, sans attendre qu’EDF daigne enfin renoncer à prolonger leur durée de fonctionnement.

Alors que la France n’est pas à même de sécuriser ses 58 réacteurs et ses nombreuses usines nucléaires, il apparaît également irresponsable d’accroître cette vulnérabilité en mettant en service l’EPR de Flamanville – dont il est démontré depuis déjà de nombreuses années qu’il ne résisterait pas plus que les autres installations au crash d’un avion de ligne. Ce risque d’agression vient se rajouter aux nombreux problèmes de sûreté (cuve défectueuse, malfaçons en série…) qui plaident déjà pour l’abandon du réacteur.

Enfin, comme le démontrent les faits exposés dans le reportage « Sécurité nucléaire, le grand mensonge », il n’est pas concevable que la France puisse poursuivre plus longtemps les opérations de séparation du plutonium effectuées à La Hague, qui posent un risque énorme en terme de prolifération. Et que dire de la fabrication du combustible MOX, qui entraîne des allées et venues dans toute la France de camions de plutonium à la merci d’une attaque ?

C’est avec raison que, le 2 décembre, près de 250 personnes ont déposé plainte contre EDF et l’État pour « risque causé à autrui » en raison de l’insécurité nucléaire.

La France ne peut pas continuer à menacer plus longtemps la sécurité des populations européennes. Il est inacceptable que la seule réponse aux alertes posées dans ce documentaire soit, en l’état actuel, la criminalisation des militants qui ont le courage de s’engager pour mettre en lumière les problèmes. Au lieu de se réfugier dans le mutisme, les responsables politiques ont le devoir de prendre le sujet à bras-le-corps : la sortie du nucléaire s’impose en urgence !

Sortir du nucléaire
Contact presse :
Martial Chateau – 06 45 30 74 66


Note:

Et j’ajoute: la France doit signer et appliquer le traité d’interdiction des armes nucléaires qui sont une menace pour l’humanité entière et les générations futures. Voir l’affaire USA contre Corée du nord et les problèmes du moyen orient.

le 16 décembre 2017


Déc 14

Il y a 60 ans: Kychtym, le premier Tchernobyl

Le désastre nucléaire en Oural en 1957

La traduction française du livre de Jaurès Medvedev a été publié en 1988 sous le titre « Désastre nucléaire en Oural ». Il est épuisé en librairie mais disponible en PDF sur:
http://www.enfants-tchernobyl-belarus.org/extra/pdf-divers/telecharge.php?pdf=Medvedev.pdf .
L’ouvrage initial en anglais: «Nuclear Disaster in the Urals » a été publié fin 1979 en Angleterre.

Préface par Bella Belbéoch

Au cours de l’hiver 1957-1958, une catastrophe est survenue en URSS
dans la région de Kychtym (Oural), dans un centre de stockage de
déchets nucléaires entraÎnant l’évacuation de nombreux villages et la
condamnation d’un vaste territoire.

Comment un tel désastre a-t-il pu rester ignoré en Occident alors qu’il
s’agissait de la plus grande catastrophe industrielle ? Sans le biologiste
soviétique dissident Jaurès Medvedev, cette catastrophe aurait pu être
complètement occultée. La brève description qu’il en fit dans un article de
la revue britannique « New Scientist » en novembre 1976 fut accueillie
par de violentes critiques, voire des sarcasmes, par la plupart des
experts nucléaires.

Jaurès Medvedev fut ainsi poussé à faire la démonstration minutieuse de la véracité de l’événement par l’analyse de ses conséquences écologiques. C’est l’objet de son livre « Nuclear Disaster in the Urals » publié fin 1979 en Angleterre.

Le lecteur peut se poser des questions complémentaires :

  • – Le tabou concernant les accidents majeurs est-il si grand qu’il a
    rendu aveugles (et sourds) les experts qui affirmaient posséder la
    maÎtrise nucléaire puisque la plupart des preuves de Medvedev
    proviennent de textes scientifiques soviétiques disponibles dans les
    bibliothèques occidentales ou exposés à des congrès internationaux
    auxquels participaient les experts occidentaux ?
  • – Est-ce un hasard si le livre de Medvedev traduit dans la plupart des
    langues dès 1978 n’a pas été publié en France, le pays le plus nucléarisé
    du monde et le plus étatisé (après l’URSS) ?

Fort heureusement les Editions lsoète comblent cette lacune à un
moment opportun. Après la catastrophe de Tchernobyl il a été dit dans la
presse française que la région contaminée serait « le premier laboratoire
en vraie grandeur » pour l’étude écologique des effets des rayonnements
ionisants. Affirmation erronée puisqu’il y a eu Kychtym – dont on ignore
toujours le nombre de morts. Ainsi, la quasi censure continue. D’ailleurs,
dans les discussions post-Tchernobyl entre les experts occidentaux et
leurs collègues soviétiques, aucune référence n’est faite à Kychtym et
aux enseignements que les soviétiques ont dû en tirer.

Bien sûr la référence à Kychtym aurait pu être embarrassante
lorsqu’un an après Tchernobyl les Soviétiques, sous la pression des
nucléocrates occidentaux, ont réduit l’ampleur des effets à long terme de
la catastrophe par un facteur 10 en arguant qu’ils s’étaient trompés dans
l’évaluation de la contamination de la population ; eux qui sont les seuls à
avoir « expérimenté » un événement du même type, le « laboratoire » de
Kychtym leur ayant fourni les meilleurs données mondiales existantes sur
l’évolution en milieu naturel d’une contamination importante par éléments
radioactifs…

Bella Belbéoch


En savoir plus:

Télécharger le livre en français sur le site des enfants de tchernobyl-belarus:
http://www.enfants-tchernobyl-belarus.org/extra/pdf-divers/telecharge.php?pdf=Medvedev.pdf

Un article passionnant de dissident-media sur la genèse du livre et l’accident:
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/20ans_de_silence.html

L’article de Wikipedia sur la catastrophe de Kychtym
https://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_nucl%C3%A9aire_de_Kychtym

La notice de Wikipedia sur Jaurès Medvedev:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jaur%C3%A8s_Medvedev

Jaurès Aleksandrovitch Medvedev (en russe: Жорес Медведев), né le 14 novembre 1925 à Tbilissi, en RSS de Géorgie (Union soviétique), est un biologiste et ancien dissident soviétique.

Il est le frère jumeau de l’historien et dissident Roy Medvedev. Son prénom a été choisi par ses parents en l’honneur de Jean Jaurès. L’orthographe Zhores découle donc uniquement d’une adaptation à la graphie cyrillique.

Jaurès Medvedev remettait en cause les thèses biologiques en vogue en URSS sous la présidence de Brejnev et auparavant, notamment le lyssenkisme accusé d’avoir contribué à voiler la réalité scientifique au profit du soutien de l’idéologie stalinienne. Pour étouffer la portée de sa contestation, le régime en place sous Brejnev décida son internement dans un hôpital psychiatrique après l’avoir accusé de démence. Le 29 mai 1970, J.Medvedev fut placé à l’hôpital psychiatrique de Kalouga, officiellement pour avoir écrit quelques articles sur les violations des droits de l’homme en URSS, parmi lesquels ceux relatifs à la protection du caractère privé de la correspondance. Dans ses articles, Medvedev affirmait que les membres du KGB pouvaient ouvrir n’importe quelle lettre de n’importe quel citoyen d’URSS

Jaurès Medvedev révéla en 1976 dans la revue américaine New Scientist qu’une catastrophe nucléaire était survenue dans le sud de l’Oural près d’une vingtaine d’années plus tôt. Cet évènement est connu depuis comme la catastrophe nucléaire de Kychtym. Elle se produisit près de Tcheliabinsk en septembre 1957, et reste avec celle de Tchernobyl et celle de Fukushima l’une des plus trois graves catastrophes nucléaires jamais connues. Trois ans plus tard, il publia un livre sur le sujet: Nuclear disaster in the Urals

Jaurès Medvedev


Notes:

Le ruthénium qui a contaminé fin septembre l’Europe semble bien provenir de cette même région. On ne sait toujours pas ce qui s’est passé là bas; on ne sait rien non plus du sort des populations concernées.L’AIEA, l’OMS sont étrangements muettes….
Voir le communiqué de la CRIIRAD du 22 novembre 2017

Le complexe nucléaire accidenté Maïak se trouve entre les villes de Kasli et Kychtym, à 72 km au nord de la ville de Tcheliabinsk en Russie.
La notice de Maïak sur Wikipedia

Le 14 décembre 2017

Déc 07

Augmentation de la mortalité périnatale dans les préfectures contaminées par l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima.

Une étude dans le temps et l’espace publiée par la revue MEDICINE
– Hagen Heinrich Scherb, Dr rer nat Dipl-Math (Allemagne)
– Kuniyoshi Mori, MD (Japon)
– Keiji Hayashi, MD (Japon)

Résumé

Des études descriptives par observation (Descriptive observational studies) ont montré une évolution à la hausse de la mortalité périnatale européenne séculaire après Tchernobyl.
L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima a-t-il entraîné des phénomènes similaires au Japon ? C’est la question que nous posons ici
.

Le gouvernement japonais a publié pour la période 2001-2014 des statistiques mensuelles pour 47 préfectures représentant 15,2 millions de naissances. 69.171 cas de mort périnatale du foetus ou du nouveau-né ont été enregistrés entre la fin de la 22ème semaine de grossesse et 7 jours révolus après la naissance.

Afin d’évaluer et de vérifier la part de l’augmentation des taux de mortalité périnatale attribuable au tremblement de terre, au tsunami ou à l’exposition aux rayonnements, nous avons appliqué une méthode dite de variation du point (change-point) permettant de détecter les modifications des variables dans le temps. Nous avons aussi analysé l’évolution dans le temps de la mortalité périnatale dans les préfectures japonaises classées par ordre d’exposition aux rayonnements.

Les zones présentant des niveaux de rayonnement modérés à élevés ont été comparées à des zones moins exposées et non affectées; de même les zones fortement contaminées ont été comparées selon qu’elles ont été touchées ou pas par le tremblement de terre et le tsunami.

Dix mois après le tremblement de terre,le tsunami et l’accident nucléaire qui a suivi, la mortalité périnatale dans 6 préfectures gravement contaminées a fait un bond à partir de janvier 2012: rapport de probabilité du saut de 1,156; Intervalle de confiance à 95% (1,061, 1,259), valeur P 0,0009.

Il y a eu de légères augmentations dans les zones exposées à des niveaux de contamination modérés et aucune augmentation dans le reste du Japon.

Dans les zones fortement contaminées, l’augmentation de la mortalité périnatale 10 mois après Fukushima n’est pas liée au nombre de morts et de disparus dus au tremblement terre et au tsunami.

Dans les zones contaminées par des substances radioactives, la mortalité périnatale a commencé d’augmenter 10 mois après l’accident nucléaire par rapport à la baisse séculaire stable existante. Ces résultats concordent avec les constatations en Europe après Tchernobyl.

Cependant, cette étude – comme d’autres du même type – ne peut qu’émettre des hypothèses sans pouvoir établir un véritable lien de causalité, du fait de facteurs inconnus et non contrôlés ou de facteurs de confusion. De ce fait, il est nécessaire et urgent d’intensifier les recherches dans diverses disciplines scientifiques; pour mieux qualifier et quantifier le rapport entre les radiations naturelles et artificielles de l’environnement et les effets nuisibles sur la santé génétique de la population.


L’article original publié dans le journal «Medicine»:
Scherb et al, “Increases in perinatal mortality in prefectures contaminated by the Fukushima nuclear power plant accident in Japan: A spatially stratified longitudinal study.” Medicine; 2016 Sep; 95(38).
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5044925/pdf/medi-95-e4958.pdf
http://ebm-jp.com/wp-content/uploads/media-2016002-medicine.pdf


Note:

– Les méthodes statistiques ne sont pas capables d’identifier la cause de cette augmentation de la mortalité périnatale. Concernant les problèmes de santé, le lobby nucléaire en profite pour nier tout lien avec l’exposition aux rayonnements nucléaires. Et de ce fait il incite les gouvernements à renvoyer les populations déplacées, y compris enfants et femmes enceintes, dans des zones toujours contaminées.
La statistique a ses limites mais cela ne dispense pas d’utiliser notre intelligence.

Le 7 Décembre 2017


Nov 30

Qui est concerné par un éventuel accident nucléaire en France ?

Une carte de Greenpeace

La France, pays le plus nucléarisé au monde, avec ses 58 réacteurs en fonctionnement et ses dizaines d’installations civiles et militaires, se contente de protéger les populations dans une zone beaucoup trop restreinte en cas d’accident nucléaire. Pourtant, l’impact d’une catastrophe nucléaire peut s’étendre au-delà de 100 kilomètres (Fukushima) voire au-delà de 300 kilomètres (Tchernobyl).

En France, c’est le Plan Particulier d’Intervention (PPI) qui comporte l’ensemble des mesures qui doivent être appliquées en cas d’accident sur un site nucléaire. Greenpeace demande l’extension de cette zone PPI à au moins 80 km autour des centrales et une extension de la zone de prédistribution des comprimés d’iode à au moins 100 km.

Pour plus de détails lire l’intéressant rapport du 30/01/2016 de l’Association Nationale des Comités et Commissions Locales d’Information
http://www.anccli.org/
En France, chaque installation nucléaire est pourvue d’une Commission Locale d’Information (CLI) qui a la double mission d’informer la population sur les activités nucléaires et assurer un suivi permanent de l’impact des installations nucléaires

Le rapport de l’ANCCLI- 2016


carte des zones autour de Lyon

Un exemple de la carte Greenpeace pour Lyon


Aller sur la carte de Greenpeace


PS. Le rayon des PPI autour des centrales devait être élargi à 20 km.
(http://www.maire-info.com/risques/le-perimtre-des-ppi-nucleaire-va-tre-etendu-20-km-article-19532)
Je ne sais pas si cet élargissement est appliqué actuellement…j’ai cherché en vain dans le fouillis de la législation…si un lecteur a la réponse peut-il me l’envoyer ? merci

le 30 novembre 2017


Nov 25

Les migrants du nucléaire

Une étude de la sociologue Cécile Asanuma-Brice

Publié le 18/10/2017
Auteur(s) : Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine, Maison franco-japonaise Tokyo UMIFRE 19-CNRS / Laboratoire CLERSE, Université Lille 1

L’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima 1 le 11 mars 2011 a provoqué une grave contamination radioactive contraignant des dizaines de milliers de personnes à la fuite de leur domicile.

Parce qu’il prouve l’impossibilité de la gestion d’un accident nucléaire, le refuge n’est souhaité ni par les autorités nationales ayant opté pour une poursuite du nucléaire, ni par les autorités internationales.

Si dans un premier temps, les autorités ont simulé l’aide au refuge, cette aide a été interrompue en avril 2017 simultanément à la réouverture à l’habitat d’une partie de l’ancienne zone d’évacuation afin de contraindre les migrants au retour à la vie dans les territoires contaminés.

Sommaire

  • Un matin comme un autre
  • Les effets de la résilience
  • Ce nouveau séisme ravive les colères
  • En dépit du bon sens, le retour dans l’ancienne zone d’évacuation organisé par les autorités prend place
  • Dans les faits, où en est-on ?
  • Du progrès, et de la vie : ce que les sciences sont en droit d’interroger

Lire la suite

Lire l’article origine de C. Asanuma-Brice

Merci à Fukushima blog qui nous a signalé et a publié cette étude


carte de la contamination du Japon après Fukushima


Le 25 novembre 2017

Nov 22

Ruthénium 106 – synthèse au 22/11/2017

Ce n’est toujours pas plus clair
Voici le communiqué de la CRIIRAD du 22 novembre 2017

Contamination par le ruthénium 106
Présentation synthétique du 22/11/2017

Un énorme rejet de ruthénium 106 s’est produit dans la deuxième moitié du mois de septembre. Malgré les immenses capacités de dilution de l’atmosphère, le ruthénium 106 (ou plus exactement son descendant radioactif le rhodium 106) a en effet été mesuré dans l’atmosphère de très nombreux pays européens et les concentrations ont pu atteindre plusieurs dizaines de mBq/m3, voire dépasser 100 mBq/m3. La convention internationale imposant une notification rapide des accidents nucléaires n’a pas fonctionné. Alors que l’alerte sur la contamination de l’air a été lancée début octobre, on ne sait toujours pas quelle installation est à l’origine de la contamination. On ignore combien de travailleurs, combien d’habitants, combien d’enfants ont été exposés aux radiations ; combien ont été contaminés ; quelles doses de rayonnement ils ont pu recevoir …

Dans un premier temps, seule la CRIIRAD semble s’être souciée des risques encourus au niveau local. En Europe, la communication s’est focalisée sur l’absence de tout risque sanitaire. Au niveau international, l’OMS s’est enfermée dans le silence et l’AIEA a totalement occulté la question du terme source : aucun appel à investigation, aucune mise en garde sur les risques d’exposition des travailleurs et de la population locale. L’AIEA n’a même pas publié la liste des installations nucléaires susceptibles de rejeter du ruthénium 106.

Le 9/10/2017, les modélisations des organismes d’expertises français (IRSN) et allemand (BfS) ont désigné le sud de l’Oural comme la localisation la plus probable du rejet. Le 9/11/2017, l’IRSN a publié une note indiquant comme scénario le plus probable un rejet considérable de 100 à 300 TBq, survenu entre la Volga et l’Oural et qui aurait nécessité des mesures de protection de la population dans un rayon de 5 km et le contrôle des denrées alimentaires jusqu’à 40 km de distance.

Sur la base de ces estimations, la CRIIRAD a interpellé l’OMS et l’AIEA (le 17/11/2017) et lancé un appel à une totale transparence, tant du côté des gouvernements, et notamment de la fédération de Russie, que de l’AIEA et des organismes d’expertises (communiqué du 20/11 sur Médiapart).

Peu après, plusieurs médias ont titré sur « les aveux de la Russie » et sur la publication par l’agence fédérale russe de météorologie de résultats attestant d’une contamination extrêmement élevée. Se basant sur son analyse des documents russes, la CRIIRAD a démenti ces informations par 2 communiqués successifs de mise au point, le 21/11/2017 et le 22/11/2017.
À ce jour le mystère reste entier. Nous ne pouvons qu’espérer que les modélisations soient erronées et que l’impact sanitaire soit moins important qu’envisagé.


Voir le communiqué origine et les précédents
http://www.criirad.org/accident-et-pollutions/som-accidents&pollutions.html


Petite note

Le jour où il y aura un accident en France ou chez les voisins, il y a fort à craindre que nous soyons tout aussi mal informés !

Nov 11

Contamination par le ruthénium 106

Les rejets radioactifs sont considérables
et proviendraient de Russie ou de pays proches

Voici le communiqué de la CRIIRAD daté du 10 novembre 2017
http://balises.criirad.org/pdf/cp_criirad_17-11-10_radioactivite_%20ru106.pdf

Les responsables se soucient enfin de l’importance des rejets du ruthénium 106 intervenus, fin septembre 2017, et des risques encourus au plus près du terme source !
Dans un premier temps, les communiqués officiels se sont contentés de souligner l’absence de risque en France et en Europe. La CRIIRAD avait alerté dès le 5 octobre, mais en vain, sur les risques encourus par les populations locales.
On sait pourtant depuis Tchernobyl qu’il faut agir très vite car l’exposition est majeure dans les premiers jours et les premières semaines.

Rappel : présence anormale de ruthénium 106 (1)dans l’air européen détectée fin septembre.
Dans un communiqué de presse (2) du 4 octobre 2017, l’IRSN indiquait que du ruthénium 106 avait été détecté dans l’air de plusieurs pays européens et concluait, sans émettre aucune réserve sur les niveaux de risque sur le lieu de l’accident et dans les zones proches : « Les niveaux très faibles de contamination atmosphérique en ruthénium 106 observés à ce jour par les réseaux européens de surveillance sont sans conséquences pour l’environnement et pour la santé. Néanmoins, l’IRSN maintient une vigilance de surveillance sur cette présence de ruthénium dans l’air ».

La CRIIRAD faisait part de son inquiétude le 5 octobre
Dans son communiqué (3) du 5 octobre 2017, la CRIIRAD indiquait : « Il faut déterminer l’origine du phénomène et les niveaux de risque au plus près du terme source ». « Il est important que l’origine de ces rejets de ruthénium 106 soit recherchée. De ce point de vue l’absence d’information est inquiétante. Si l’installation à l’origine des rejets n’en est pas consciente, elle n’a pas pu mettre en place de mesures de radioprotection alors que les doses subies par les riverains ou les travailleurs concernés pourraient ne pas être négligeables. S’il s’agit de dissimulation, la situation est encore plus problématique”.

La piste Russe
Plus d’un mois s’est écoulé et, à notre connaissance, l’origine exacte de cette contamination n’est pas élucidée. Des simulations effectuées par les organismes de radioprotection français (IRSN) et allemand (BfS), évoquaient une origine au sud de l’Oural. Les autorités russes (4) avaient alors réagi en niant toute responsabilité.

Un rejet colossal entre la Volga et l’Oural ?

Dans un nouveau communiqué (5) du 9 novembre 2017, l’IRSN indique que l’hypothèse de la retombée sur terre d’un satellite contenant du ruthénium 106 a été écartée par l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique).

Partant alors de l’hypothèse que le ruthenium 106 provient des rejets d’une installation terrestre, et sur la base de simulations, l’IRSN indique «la zone de rejet la plus plausible se situe entre la Volga et l’Oural sans qu’il ne soit possible, avec les données disponibles, de préciser la localisation exacte du point de rejet. En effet, c’est dans cette zone géographique que la simulation d’un rejet de ruthénium permet de mieux reproduire les mesures obtenues en Europe » et « Pour la zone de rejet la plus plausible, la quantité de ruthénium-106 rejetée estimée par les simulations de l’IRSN est très importante, comprise entre 100 et 300 térabecquerels. Le rejet, accidentel eu égard à la quantité rejetée, aurait eu lieu au cours de la dernière semaine du mois de septembre 2017 ».

S’il s’agit bien de rejets émanant d’une installation unique à hauteur de 300 Terabecquerels, cela correspond à une quantité colossale, 300 mille milliards de becquerels est un chiffre, à titre de comparaison, 375 000 fois supérieur au rejet annuel maximal autorisé (6) de la centrale nucléaire de Cruas. Le ruthénium 106 est un produit de fission artificiel qui, une fois retombé au sol et sur le couvert végétal, va induire une contamination durable, il faut en effet plus d’un an pour que sa radioactivité soit divisée par deux.

Comme le note l’IRSN : “Du fait des quantités rejetées, les conséquences d’un accident de cette ampleur en France auraient nécessité localement de mettre en œuvre des mesures de protection des populations sur un rayon de l’ordre de quelques kilomètres autour du lieu de rejet. Pour ce qui concerne les denrées alimentaires, le dépassement des niveaux maximaux admissibles (NMA) (1250 Bq/kg pour le ruthénium 106 et pour les denrées autres que le lait) serait quant à lui observé sur des distances de l’ordre de quelques dizaines de kilomètres autour du point de rejet”.

Il était donc bien indispensable, comme le demandait la CRIIRAD, le 5 octobre 2017, d’identifier l’installation à l’origine de la pollution par le ruthénium 106 et de mettre en oeuvre des mesures de protection pour la population proche. Et ce d’autant plus que , comme la CRIIRAD l’a dénoncé à plusieurs reprises, les critères d’intervention (7) retenus par les autorités françaises pour mettre en oeuvre des mesures de protection sont excessivement élevés.

Or, les documents analysés par la CRIIRAD montrent que, dans un premier temps, les services officiels en Europe se sont contentés d’insister sur l’absence de conséquences sanitaires sur le territoire Européen. Cette situation pose de nombreuses questions sur l’efficacité de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) et des organismes de radioprotection officiels des pays européens.

  • A l’échelle de l’Europe et de la France, pourquoi des contrôles sur les avions susceptibles d’avoir survolé les secteurs incriminés n’ont pas été mis en place ?
  • Pourquoi les ambassades des pays Européens n’ont elles pas mis en place rapidement des dispositions particulières dans les pays pressentis comme pouvant être à l’origine de ces rejets massifs de ruthénium 106 (recueil d’échantillons de sol, couvert végétal, denrées alimentaires) ?
  • Si les Etats Européens n’ont pas souligné la gravité potentielle de la situation pour les populations et les travailleurs proches de l’installation, ils auraient pu au moins s’inquiéter de la protection de leurs ressortissants en voyage ou en séjour dans les pays incriminés

Protéger les populations proches du lieu du rejet

Avoir perdu plus d’1 mois pour alerter efficacement est une faute grave. En cas de rejet massif de substances radioactives dans l’atmosphère, il faut agir vite pour limiter les doses subies par les populations proches de l’installation incriminée. En l’absence de mesures de protection, les doses subies pourraient avoir dépassé largement les limites sanitaires.

S’il est probablement trop tard pour limiter les risques liés à l’inhalation dans le panache (on peut penser en effet que les rejets ont cessé depuis plusieurs semaines), les populations proches de l’installation sont toujours soumises aux radiations liées aux retombées de ruthénium 106 et à la contamination par ingestion de denrées contaminées. Il est donc important, en fonction des niveaux de retombées, de mettre en place des contre-mesures adaptées (évacuation ou décontamination des sols).

Il est tout aussi important de leur recommander de ne pas consommer les denrées qui ont subi une contamination par dépôt foliaire ou une contamination différée.

Dans la mesure où certains Etats ne sont pas capables d’assurer la protection radiologique des citoyens, il est plus que jamais nécessaire de soutenir les ONG locales et développer les contrôles radiologiques indépendants.

Pour les autorités françaises il n’y a rien de plus à faire ?

En ce qui concerne les risques pour les personnes vivant en France, l’IRSN considère « d’une part que la probabilité d’un scénario qui verrait l’importation en France de denrées (notamment des champignons) contaminées par du ruthénium-106 à proximité de la source de rejets est extrêmement faible et, d’autre part, que le risque sanitaire potentiel lié à ce scénario est lui aussi très faible. Il n’apparait donc pas nécessaire de mettre en place des contrôles systématiques de la contamination des denrées importées ».
Cette position est reprise par l’ASN dans son communiqué (8) du 9 novembre.

La CRIIRAD considère, au contraire, qu’il est indispensable de mobiliser tous les moyens des Etats Européens (contrôles sur des denrées et produits provenant des zones incriminées, actions au niveau des ambassades) pour déterminer précisément l’origine des rejets et peser pour que les populations proches bénéficient de mesures de protection (même si elles sont tardives). Il faut penser aux populations locales et aux ressortissants des pays étrangers susceptibles de se trouver au plus près du terme source !

Un contrôle systématique des denrées importées n’est pas forcément le plus adapté, en revanche, il est nécessaire qu’un programme de surveillance radiologique spécifique soit mis en oeuvre au niveau Européen pour vérifier la contamination par le ruthénium 106 des denrées à risque en provenance des pays incriminés, mais également par d’autres substances radioactives moins mobiles qui pourraient être présentes dans les retombées locales sans pour autant être détectables dans l’air à grande distance.

Rédaction : Bruno CHAREYRON, ingénieur en physique nucléaire,
directeur du laboratoire de la CRIIRAD.

Contact : bruno.chareyron@criirad.org


  • (1) Le ruthénium 106 est un radionucléide artificiel (produit de fission), émetteur de rayonnements bêta, de période relativement longue (1,02 ans). Il se désintègre en donnant naissance au rhodium 106, émetteur de rayonnements bêta et gamma de période 29,8 secondes.
  • (2) http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20171004_Detection-ruthenium-106-en-europe.aspx#.WgSLhXbkV8x
  • (3) http://balises.criirad.org/pdf/CP_CRIIRAD_171005_Ru106_Europe.pdf
  • (4) https://fr.sputniknews.com/international/201710111033422527-ruthenium-europe-russie/
  • (5) http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20171109_Detection-Ruthenium-106-en-france-et-en-europe-resultat-des-investigations-de-l-IRSN.aspx#.WgR77nbkV8x
  • (6) Pour les produits de fission et d’activation émetteurs bêta et gamma comme le ruthénium 106.
  • (7) L’IRSN se réfère par exemple au Niveaux Maximaux Admissibles (NMA) de contamination radioactive applicables aux aliments après un accident nucléaire ou toute autre urgence radiologique. La CRIIRAD rappelle qu’elle s’est battue contre l’adoption de ces limites fixées à des niveaux excessivement élevés et basées sur un rapport d’expertise truffé d’anomalies. De plus, le dispositif ne devrait être mis en œuvre qu’en cas de contamination massive limitant l’accès à des aliments non contaminés. Qui souhaite consommer des champignons contenant 100 becquerels de ruthénium 106 par kg au prétexte qu’en cas d’accident la limite autorisée est de 1 250 Bq/kg ?
    Les consommateurs ont le droit de savoir et de choisir.
  • (8) https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Ruthenium-106-dans-l-air-ambiant-en-France-pas-de-risque-identifie-pour-la-population

Notes:

Le communiqué original sur le site de la CRIIRAD:
http://balises.criirad.org/pdf/cp_criirad_17-11-10_radioactivite_%20ru106.pdf

Le site de la CRIIRAD
http://www.criirad.org/

1 Térabecquerel = 10 puissance 12 Becquerels – Un chiffre inimaginable….

Le 11 novembre 2017

Je vous recommande vivement la lecture de l’article bien documenté du «Fukushima-blog»: » http://www.fukushima-blog.com/2017/11/nouvel-accident-nucleaire-en-europe.html

voir aussi l’article du Figaro
http://www.lefigaro.fr/sciences/2017/11/10/01008-20171110ARTFIG00006-premiere-carte-de-la-pollution-radioactive-au-ruthenium-106-en-europe.php


Oct 06

Le prix Nobel de la Paix vient d’être décerné à l’ICAN

coalition internationale en faveur de l’abolition des armes nucléaires.

De nombreuses organisations de la société civile mondiale luttent depuis des années contre l’armement nucléaire.
Grâce à ces multiples mobilisations citoyennes, un traité d’interdiction des armes nucléaires a été adopté le 7 juillet 2017 à l’ONU par 122 pays ! 53 Etats ont d’ores et déjà signé le traité depuis le 20 septembre.

C’est cette mobilisation coordonnée par ICAN qui vient d’être récompensée par le prix Nobel de la Paix.

ICAN:International Compaign to Abolish Nuclear Weapons

ICAN France: http://icanfrance.org/
Lire le communiqué de MAN France (Mouvement pour une Alternative Non violente)

logo de l'ICAN

Le gouvernement français est hélas agrippé à sa dissuasion nucléaire, il procède à la modernisation de ses armes de destructions massives. Il refuse de signer ce traité. Il reste aux citoyens français de persuader leurs gouvernants d’abandonner ces illusions nucléaires et de ratifier le traité d’interdiction des armes nucléaires au plus vite. Et donc de se débarrasser de ces armes inutiles, coûteuses et immorales.

Actualité

Alors que le Président nord-coréen affirme pouvoir réaliser un essai nucléaire atmosphérique dans le Pacifique, que le Président Trump menace de détruire Pyongyang sans s’inquiéter du sort des populations civiles et que la ministre de la Défense française visite les sites nucléaires stratégiques pour « réaffirmer la dissuasion nucléaire », l’ONU a célébré le 26 septembre la journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires.

De fortes inquiétudes sur une escalade militaire en Asie du nord-est pouvant déboucher sur une guerre nucléaire existent. Ce traité d’interdiction des armes nucléaires représente la seule solution crédible pour mettre fin aux crises nées de la prolifération nucléaire.
Un Traité qui, malgré les fortes pressions de la part des puissances nucléaires (France, États-Unis…), est ouvert à la signature depuis ce 20 septembre 2017. Le 26 septembre 53 États l’ont déjà signé et 3 l’ont également ratifié.

Ce Traité est né de la prise de conscience par une majorité d’États des conséquences que fait peser la politique de dissuasion de 9 États, démocratiques ou non, sur le monde entier.

Le 6 octobre 2017