Mr ITO, l’hôtelier improvisé de Fukushima

Ito-san, bientôt 70 ans, a un passé terne de salaryman (salarié) dans une grosse boite d’informatique de Tokyo: entre 60 et 70 heures de travail par semaine, au bureau jusqu’à minuit. Quatre ans après avoir pris sa retraite, il est triste. Un beau jour, son ancien patron lui propose de prendre la direction de la ferme de l’entreprise; une ferme qui accueille au vert ses employés pour des séminaires, une remise en forme, pour souder l’équipe etc…
situation de Iitate-MuraEt voilà le bonheur à Iitate-Mura, à 35km de la centrale Dai Ichi. Mr Ito remet la ferme en marche, accueille des séminaires, noue des liens avec les habitants de la commune, fait sa première récolte de riz… La ferme ne désemplit pas: les voisins lui offrent une partie de leurs cueillettes, il leur porte le miel de ses ruches et les invite aux soirées qu’il organise avec les employés de son ancienne entreprise et la direction venus de Tokyo.
Un an plus tard c’est le tremblement de terre; puis la chute de neige qui plaque au sol les émissions radioactives des réacteurs détruits…
Au milieu du salon, mr Ito projette ses photos de la vie d’avant: les grenouilles au bord des mares, les doryphores symboles de bonheur, les hortensias en fleurs, les sourires éclatants des hommes au travail sur la terre….
Deux ans après, Mr Ito vit dans un monde atomisé. Où qu’il soit le compteur Geiger accroché à sa combinaison s’affole: au dessus de la neige, il affiche 14,41 micro Sieverts par heure (µSv/h)…près de la gouttière, 80,9 µSv/h; à un mètre du sol, sous la serre de légumes, 3µSv/h; dans le dortoir, 3µSv/h également.
Mr Ito a refusé de suivre les consignes d’évacuation. Il ne veut pas croire que son paradis a maintenant le goût du désastre.

Et même actuellement, la ferme n’est jamais déserte. Les scientifiques, les photographes et journalistes en ont fait leur base arrière, au coeur de la zone contaminée…

L’eau pour le bain provient d’une nappe située à 50 mètres sous terre, elle est délicieuse; mais ne vous approchez pas du tonneau de cendres: le bois que je fais brûler est très contaminé

….

«Si je vous ouvre ma porte, il faut que vous fassiez un vrai travail. Il faut raconter ce à quoi nous ont condamnés ces événements: l’exil, les mensonges des autorités, la radioactivité, les choix politiques»

Lire l’article en entier dans le journal XXI (Vingt et un)n° 23, été 2013 ( en kiosques, maison de la presse etc)
L’article a de belles illustrations. Si j’en obtiens l’autorisation, j’en ajouterai ici un extrait.


Note:
La limite officielle affirmée «sans danger» pour les populations civiles est de 1 milliSievert par an, soit 0,14 microSieverts par heure.
A rajouter à la radioactivité naturelle qui est partout inférieure à 0,10 microSieverts/h au Japon.
1 MilliSievert = 1.000 microSieverts


A lire aussi, dans LE MAG de Libération du 22 Juin

Iwaishima, l’île des irréductibles

Situation d'Iwaishima

Situation d’Iwaishima

Depuis 30 ans les habitants d’Iwaishima se battent contre la construction d’une centrale.
Chaque lundi les antinucléaires de l’île manifestent contre l’installation de la centrale, il leur est arrivé de bloquer le port…
La compagnie électrique Chugoku fait du lobbying: soirées bien arrosées, voyages d’étude avec hôtels luxueux, «cours d’électricité»….
La communauté des habitants est divisée.
Depuis Fukushima, la compagnie Chugoku a interrompu les travaux de terrassement. Le site est situé dans la préfecture de Yamaguchi, fief électoral du premier ministre pronucléaire Shinzo Abe.


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