Les médecins de l’IPPNW critiquent sévèrement le dernier rapport de l’UNSCEAR

“Pour nous, médecins, le rapport de l’UNSCEAR sous-estime systématiquement l’impact sanitaire de la catastrophe de Fukushima”

Une analyse critique du rapport de l’UNSCEAR du 2 Avril 2014 a été publiée le 6 Juin 2014 par 19 organisations affiliées à l’IPPNW (International Physicians for the Prevention of Nuclear War)
http://ippnw.org/about-us.html

logo de l'IPPNWL’IPPNW est une fédération d’associations de médecins de 62 pays. Elle représente des dizaines de milliers de médecins, étudiants en médecine, autres travailleurs de santé, citoyens qui partagent le but de créer un monde plus paisible et plus sûr, libre de la menace de l’annihilation nucléaire.
L’IPPNW a été lauréat en 1985 du Prix Nobel de la paix pour avoir rendu  » un service considérable à l’humanité de par la diffusion d’informations fiables, et pour avoir créé une prise de conscience des conséquences catastrophiques d’une guerre atomique ».

IPPNW en France: «Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire» (AMFPGN)


L’UNSCEAR

United Nations Scientific Commitee on the Effects of Atomic Radiation.
http://www.unscear.org/
L’UNSCEAR a été créé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1955. Son mandat dans le système des Nations Unies est d’évaluer les niveaux et les effets de l’exposition aux rayonnements ionisants.
Les gouvernements et les organisations à travers le monde s’appuient sur les estimations de l’UNSCEAR pour évaluer le risque des rayonnements et établir des mesures de protection.
Le rapport de l’UNSCEAR publié le 2 Avril 2014


L’analyse critique complète du rapport de l’UNSCEAR du 2 Avril 2014 par les médecins de l’IPPNW est disponible en anglais à l’adresse suivante:
www.fukushima-disaster.de/information-in-english/maximum-credible-accident.html

Ci dessous: un résumé de l’analyse des médecins de l’ IPPNW
à lire ici et là en anglais
(traduction et mise en page de «Vivre après Fukushima»)


««
Tout en reconnaissant les efforts déployés par la Commission des Nations unies pour évaluer la masse des données très complexes relatives à la catastrophe de Fukushima, les médecins signataires indiquent qu’il ne s’agit pas d’un accident ponctuel, mais bien d’une catastrophe qui perdure, ajoutant qu’elle touche non seulement la préfecture de Fukushima mais la totalité de la population japonaise et au-delà, et qu’elle constitue la plus importante cause unique de contamination radioactive des océans jamais enregistrée.
Les doses biochroniques collectives auxquelles la population japonaise a été exposée d’après le rapport sont telles que l’incidence attendue de cancers supplémentaires par rapport à la normale est évaluée à environ 1 000 cas pour le cancer de la thyroïde et entre 4 300 et 16 800 cas pour d’autres cancers, sachant que la qualité de ces prévisions dépend bien entendu de l’exactitude des données de base.

Le rapport de l’UNSCEAR tend à minimiser les conséquences de cette catastrophe et ses conclusions doivent être considérées comme des sous-estimations pour les raisons suivantes :

  • 1. On peut douter de l’exactitude du «terme source» tel qu’estimé par l’UNSCEAR (Dans un modèle mathématique, « terme source» représente la nature, la quantité et la cinétique de rejet des produits radioactifs d’une installation nucléaire soit en conditions normales de fonctionnement, soit au cours d’un accident réel ou supposé).
  • 2. Le calcul des irradiations internes est sérieusement sujet à caution
  • 3. Les évaluations des doses auxquelles les travailleurs ont été exposés ne sont pas fiables
  • 4. Le rapport UNSCEAR ignore les effets des retombées radioactives sur les milieux vivants (biote) non-humains
  • 5. La vulnérabilité particulière de l’embryon aux rayonnements n’est pas prise en compte
  • 6. Les maladies non cancéreuses et les facteurs héréditaires sont ignorés
  • 7. La comparaison entre retombées nucléaires et radiations de fond est trompeuse
  • 8. L’interprétation des résultats donnée par l’UNSCEAR est contestable
  • 9. Les mesures de protection décidées par les autorités ne sont pas fidèlement reproduites
  • 10. Les estimations de dose collective ne sont suivies d’aucune proposition logique

A la date du 31 décembre 2013, 33 cas de cancer de la thyroïde avaient été diagnostiqués et 41 biopsies de tumeurs suspectes potentiellement malignes avaient été pratiquées sur des enfants.
Les cancers ne portant pas de  » label d’origine », il est impossible de savoir si cela est la conséquence directe de l’exposition aux radiations, mais le nombre de cas enregistrés est étonnamment élevé (les statistiques japonaises indiquent en effet une incidence de moins d’un cas de cancer de la thyroïde par an pour cette population) et risque encore d’augmenter car on ne dispose de résultats que pour 70 % de la population pédiatrique concernée.
De plus, il faut réévaluer des centaines de résultats suspects et surveiller l’état général de la population sans oublier de prendre en compte d’autres types de maladies si on veut mesurer sérieusement les conséquences de la catastrophe nucléaire et assurer des soins appropriés aux victimes de retombées radioactives.

Les autorités japonaises n’ont pas su protéger les enfants des rayonnements : elles ont refusé la distribution de comprimés d’iode stable et ont augmenté le seuil annuel permissible d’exposition à 20 mSv, obligeant ainsi de nombreux enfants à vivre dans des zones contaminées.
Les responsables des établissements scolaires font semblant d’ignorer la présence de points chauds (les hotspots ou points chauds sont des endroits où les doses dans l’air sont considérablement plus hautes que dans les zones environnantes) à quelques mètres de leur école et remettent le riz de Fukushima au menu des cantines.

Les efforts déployés ne donnent pas les résultats escomptés du fait que le gouvernement pousse les habitants des zones évacuées à regagner leur domicile, allant jusqu’à leur offrir de l’argent pour qu’ils réintègrent les zones contaminées.
Or rien de tout cela n’apparaît dans le rapport de l’UNSCEAR.

Il est inacceptable pour ces médecins de constater que les conséquences terribles de la catastrophe nucléaire de Fukushima pour des dizaines de milliers de familles sont réduites à un problème purement statistique ; le rapport UNSCEAR se contente en effet d’affirmer, au mépris des souffrances subies par la population, qu’il est « peu probable que l’exposition aux retombées radioactives aura des conséquences sur la santé du grand public et d’une grande majorité des ouvriers ».

Ils signalent enfin que les choses auraient pu se passer de façon bien plus dramatique encore à Fukushima : si l’orientation du vent avait été différente, les retombées radioactives auraient pu menacer des millions de Japonais vivant à l’est du pays plutôt que de s’abattre dans l’océan pacifique. C’est un point qu’il faudra prendre en compte dans la rédaction des futures règles de sécurité nucléaire.

Enfin, ce qu’il faut sauvegarder n’est pas seulement l’indépendance de la recherche scientifique face aux intérêts politiques et industriels, mais aussi le droit de tout être humain à bénéficier d’un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé et son bien-être.

C’est sur cette base qu’il faudrait évaluer l’impact de la catastrophe de Fukushima sur la santé de la population.
»»


L’étude complète en anglais, est à cette adresse:
www.fukushima-disaster.de/information-in-english/maximum-credible-accident.html
9 Juillet: ME-Hanne nous en a fait une traduction française qui se trouve ici. Merci à elle pour ce gros travail.


Note:

Voilà un jugement très sévère des médecins envers un organisme chargé de la sécurité des humains et de l’ensemble du vivant.
Je rappelle que c’est sur les travaux de l’UNSCEAR que se basent les gouvernements pour édicter les règles auxquelles doit se soumettre l’industrie atomique pour assurer la sécurité des populations.

le 22 Juin 2014


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