La critique du rapport 2013 de l’UNSCEAR sur les conséquences de Fukushima en français

Je vous présente ici quelques extraits de cette critique par le Dr Keith BAVERSTOCK
que je vous invite à lire en entier (traduite en français).
Cliquer ici pour le lire ou le télécharger en entier(284 Ko)

Original de la critique en anglais: www.iwanami.co.jp/kagaku/Kagaku_201410_Baverstock.pdf
Le Rapport UNSCEAR ici critiqué est visible en anglais sur: http://www.unscear.org/docs/reports/2013/13-85418_Report_2013_Annex_A.pdf


Rapport UNSCEAR 2013 sur Fukushima: une évaluation critique

Keith Baverstock, Department of Environmental Science, University of Eastern Finland, Kuopio Campus, Finland
KAGAKU Oct. 2014 Vol.84 No.10
Traducteur : ME HANNE

Introduction

Depuis sa création le 3 Décembre 1955, le mandat du Comité scientifique des Nations Unies sur les Effets des Radiations Atomiques (UNSCEAR) a été de rendre compte aux États Membres de l’ONU et à l’Assemblée générale des Nations Unies, des niveaux, effets et dangers des radiations dans l’environnement…

Que peut-on attendre de ce rapport ?

Le lecteur doit s’attendre à des estimations fiables des doses engagées moyennes pour toutes les populations potentiellement exposées, sous-divisées de façon appropriée, à partir de la date à laquelle l’accident s’est produit, ainsi qu’à des estimations des incertitudes et des écarts applicables aux valeurs moyennes…
Je soutiens ici que ce rapport 2013 n’a pas atteint les objectifs ci-dessus.
En outre, je soutiens que, compte tenu des circonstances actuelles, il est impossible d’être en accord ou de contester certaines des estimations de niveaux (de dose) formulées dans le rapport parce que l’information qui devrait être disponible grace à l’AIEA – qui dirige le programme d’intervention d’urgence international – pour faire les estimations nécessaires n’a généralement pas été rendue accessible.
En outre, la plupart des déclarations des autorités supposées (par exemple, les autorités japonaises et l’AIEA) à l’époque et peu de temps après l’accident, se sont révélées être manifestement peu fiables et il n’est donc pas possible d’avoir la certitude que l’UNSCEAR a eu accès à des données fiables, voire de savoir si des données fiables existent…

L’échec du système d’intervention international d’urgence

…Pendant plusieurs jours après l’accident, les médias ont constamment transmis des rapports selon lesquels il n’y avait eu aucun dommage aux réacteurs et donc aucun rejet et ces rapports n’ont pas été corrigés à l’époque par l’AIEA…

Le manque de fiabilité des estimations de dose à la population proposées
par le rapport

…La question est alors comment, hors du bourbier de l’orchestration d’informations fausses, pouvoir reconstruire les doses de manière fiable, quelle que soit la qualité des modèles utilisés? Je ne crois pas que ce soit possible et je dois donc supposer que les estimations de dose de l’UNSCEAR (et d’ailleurs de l’OMS), sont très peu fiables et même fictives

…L’utilisation de moyennes dans le cas de distributions très asymétriques est une stratégie bien connue et potentiellement trompeuse de communication entraînant ce que l’on appelle « l’effet du ballon d’hélium », où un grand nombre de personnes légèrement exposées font baisser nettement la moyenne pour l’ensemble de la population.

La provenance professionnelle du rapport

Ceci m’amène à ma critique la plus sérieuse du rapport, à savoir que ce N’EST PAS ( souligné par l’auteur ) un rapport scientifique impartial ou même un rapport vraiment scientifique.

    J’y remarque les défauts suivants:

  • 1) le comité n’est pas équilibré eu égard aux sympathies pro- et anti-nucléaires de ses membres;
  • 2) la composition du comité n’est pas clairement basée sur l’expertise ou le mérite;
  • 3) le concept de « aucune augmentation perceptible [du risque] » n’est pas un concept de santé publique valide;
  • 4) alors que la dose collective a été estimée, elle n’a pas été utilisée pour évaluer le préjudice pour la santé et aucun argument logique n’est apporté pour expliquer cette omission;
  • 5) le rapport est « évasif » sur la question d’un seuil de dose en dessous duquel le risque est nul.

Résumé et conclusions

… Il y a eu des manquements graves avant l’accident en termes de culture de sécurité au sein de TEPCO, puis dès le début de la réponse nationale et internationale à l’urgence et enfin, à mon avis, de l’UNSCEAR pour donner une évaluation scientifiquement crédible de l’impact de l’accident sur la santé publique.
Cela n’aurait pas dû être sorcier étant donné qu’environ 25 années se sont écoulées depuis l’accident de Tchernobyl et l’engagement pendant cette période dans les capacités de préparation à un tel accident…

…mon expérience de travail dans le passé avec certains des contributeurs de ce rapport, le Modus Operandi de certaines agences des Nations Unies, les tentatives claires d’induire en erreur dans les premiers jours de l’accident et les manquements à une approche véritablement scientifique indiqués ci-dessus, ne me laissent aucun doute que le rapport n’est pas une évaluation fiable des risques préparée avec la rigueur scientifique nécessaire…

…Ce sont principalement les nations qui utilisent l’énergie nucléaire qui fournissent l’expertise pour l’UNSCEAR: le braconnier et le garde-chasse sont les mêmes. Cet [arrangement] incestueux, doit-on en conclure, est au moins en partie responsable de l’échec du rapport à être considéré comme un document scientifique, un échec qui ne pourra pas être assez souligné: l’UNSCEAR ne peut pas maintenir de manière crédible sa déconnexion des questions de santé et de politiques publiques liées à l’énergie nucléaire, en ne faisant rien de plus que de produire de la propagande pour une industrie qui s’est arrangée pour avoir un accident qui a et continue d’avoir sans qu’on en voie la fin, un effet négatif sur l’environnement et la santé publique au Japon et au-delà.

L’Organisation des Nations Unies devrait:

  • a) demander une évaluation vraiment indépendante et complète de la santé publique et des implications environnementales de l’accident de Fukushima, déployant un plus large éventail de compétences et
  • b) reconsidérer la nécessité de l’UNSCEAR à l’avenir.

Keith Baverstock Août 2014

Cliquer ici pour lire traduction en français de la communication du Dr Baverstock en entier(284 Ko)


Qui est Keith Baverstock ?

Le Dr Keith Baverstock enseigne actuellement à la Faculté des Sciences naturelles et de l’environnement de l’Université de Kuopio (Finlande). Ses cours et ses recherches portent sur les effets des rayonnements ionisants. Il est diplômé de l’Université de Londres.
Il a dirigé, de 1991 à 2003, le Programme de radioprotection du Bureau régional pour l’Europe de l’Organisation mondiale de la santé à Bonn, comme Conseiller régional pour les radiations et la santé publique. Ce programme de l’OMS a permis d’attirer l’attention du reste du monde sur l’accroissement du nombre de cancers de la thyroïde au Belarus, attribué maintenant à l’accident de Tchernobyl.
En 2001 il a participé à une mission de l’ONU chargée d’analyser la situation dans les régions du Belarus, de l’Ukraine et de la Russie touchées par l’accident de Tchernobyl. En 2002 le rapport de mission « Conséquences de l’accident de Tchernobyl sur les êtres humains : une stratégie de rétablissement » a été publié par l’ONU.
De novembre 2002 à avril 2005 il a travaillé au sein du Comité du Royaume Uni pour la gestion des déchets radioactifs (CoRWM).
Il est maintenant associé au projet ARCH, financé par la Commission européenne, dont le but est d’établir une stratégie de recherche sur les effets de l’accident de Tchernobyl.
Il recherche en ce moment les aspects dynamiques du processus par lequel les rayonnements ionisants et les autres agents environnementaux sont la cause de l’instabilité génomique et des cancers, ainsi que les effets des faibles doses d’irradiation sur la santé et ses aspects psychologiques.

Il sera présent au
Forum Scientifique et Citoyen sur les Effets Génétiques des Rayonnements Ionisants
Genève – le samedi 29 Novembre 2014.
Son intervention portera sur:
Rôle et conséquences potentielles de l’instabilité génomique induite
par des facteurs de stress environnementaux
.
Voir le programme complet du Forum


Qu’est-ce que l’UNSCEAR ?

Le Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) a été créé en 1955 par la résolution 913(X) de l’Assemblée générale des Nations Unies (AGNU) en réponse aux nombreuses préoccupations relatives aux effets des rayonnements ionisants sur la santé et l’environnement.

Le Comité a pour mission d’évaluer les niveaux et les effets des rayonnements ionisants naturels et artificiels sur l’homme et sur son milieu et de faire rapport sur ce sujet.

Les gouvernements se servent de ses expertises pour élaborer les normes de sécurité nucléaire.

Les travaux de l’UNSCEAR servent également de base à la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) dans l’élaboration de ses recommandations sur la protection des travailleurs, de la population et des patients contre les rayonnements ionisants.

Qu’est-ce que l’AIEA ?

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) — (en) International Atomic Energy Agency (IAEA) — est une organisation internationale, sous l’égide de l’ONU. Fondée en 1957 et basée à Vienne (Autriche), elle cherche à promouvoir les usages pacifiques de l’énergie nucléaire et à limiter le développement de ses applications militaires.
Le budget de l’année 2014 est de plus de 344 millions d’euros (Wikipedia).


le 20 novembre 2014

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
et bien d’autres que vous trouverez aux deux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

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