Fukushima, 7 ans après : 159 cas de cancer thyroïdien confirmés et 35 enfants en attente d’une opération

Résumé de l’article du Dr Rosen, IPPNW Allemagne du 07mars 2018
https://www.ippnw.de/atomenergie/artikel/de/schilddruesenkrebs-in-fukushima-7-ja.html

Le 25 décembre 2017, l’Université de Médecine de Fukushima (la FMU) a publié les derniers chiffres des tests thyroïdiens en cours. Les données comprennent les chiffres allant jusqu’à la fin de septembre 2017.
On en est à la troisième série de dépistage qui a démarré en mai 2016 et devrait se terminer à la fin mars 2018.
Au total, 159 cas de cancer sont confirmés, 35 enfants attendent toujours la chirurgie.
Ils ont été opérés à cause d’une croissance rapide de la tumeur, des métastases ou parce qu’elle menaçait des organes vitaux.

Selon la base de données du Registre du cancer japonais, le taux d’incidence du cancer de la thyroïde de l’enfant était avant la catastrophe nucléaire autour de 0,35 pour 100.000 enfants par an.
Avec une population pédiatrique d’environ 360.000 enfants, la préfecture de Fukushima aurait attendu environ un seul nouveau cas de cancer de la thyroïde de l’enfant chaque année.

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On observe aujourd’hui clairement une répartition géographique des cas de cancers. La FMU a longtemps éludé cet aspect, ce qui lui permettait de nier un éventuel rapport entre la fusion des cœurs des réacteurs de Fukushima et l’élévation des taux de cancers de la thyroïde.

Voici la carte des zones où ont eu lieu les examens
«13 communes évacuées», c’est la zone la plus proche de la centrale

carte des zones

Les dépistages durent deux ans et les dates des différentes séries de dépistage se chevauchent dans le temps; cela complique bien sûr la lecture et l’interprétation des résultats. Mais en décembre la FMU a présenté un tableau avec des données « nettoyées » qui étaient censées prendre en compte justement la différence temporelle entre les différents dépistages:

Cas de cancer ou de suspicion de cancer
détectés chez les participants aux deux premiers tours, classés par zone – 30 juin 2017
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Extrait du tableau en allemand du Dr Rosen
tableau d’origine en japonais:
https://www.pref.fukushima.lg.jp/uploaded/attachment/244313.pdf

13 municipalités évacuées Nakadori Hamadori Aizu Total
population cible 49.454 207.165 72.871 51.766 381.256
Nb participants aux deux tours 32.006 140.582 46.406 27.693 246.687
Âge moyen 11,8 11,9 12,6 12,3
% filles 50,3 49,5 50,0 49,6 49,7
Nb cas de cancer ou suspicion pour 100.000 enfants 53,1 27,7 21,5 14,4 28,4
Nb cas de cancer ou suspicion /100.000 et /an 21,4 13,4 9,9 7,7 13,4

Avant Fukushima l’incidence du cancer de la thyroïde des enfants au Japon était de 0,35 cas par an pour 100.000 enfants.

Ce résultat est extrêmement significatif et il ne peut pas s’expliquer ou être relativisé par un effet de dépistage, car les résultats des premiers examens de tous les patients sont très clairs. [les cancers découverts lors des deuxième et troisième dépistages touchent des gens qui n’avaient pas de cancer lors du premier dépistage].

C’est aussi la première fois que la FMU inclut dans sa présentation des résultats les données officielles sur l’incidence du cancer de la thyroïde (c’est-à-dire le taux annuel de nouvelles victimes sur 100 000 enfants).

Voici la répartition géographique des cas.
On voit que plus on se rapproche de la zone de l’accident nucléaire (les 13 communes évacuées) plus il y a de jeunes atteints

Répartition géographique des ca

Tout est fait pour dévaluer l’étude sur la thyroïde

Ces données semblent gêner les responsables de la FMU. Il est vrai qu’elles contredisent la thèse soutenue depuis le début de la catastrophe nucléaire selon laquelle les multiples fusions des cœurs n’auraient provoqué aucune augmentation des cancers. Depuis le début, la FMU subit de fortes pressions de la part d’un gouvernement central pronucléaire et de l’industrie nucléaire toute-puissante dans le pays. La FMU reçoit aussi des soutiens financiers et logistiques du lobby international de l’atome, en l’occurrence l’AIEA, qui participe à l’organisation de l’étude sur les cancers de la thyroïde. Tout ceci remet en cause l’indépendance scientifique de la FMU. De nombreux observateurs et journalistes au Japon critiquent actuellement les efforts de la FMU pour réduire les tests de thyroïde et éventuellement y mettre fin.

Ainsi, à partir de l’âge de 25 ans, l’intervalle entre les séries de tests passerait de 2 à 5 ans, contrairement aux annonces et aux plans initiaux. On sait également depuis un certain temps que des membres de la FMU vont dans les écoles pour y informer les enfants de leur „droit de non-participation“ et de leur „droit de ne pas savoir“. Récemment est aussi apparue sur les formulaires une option „opt-out“, c’est-à-dire la possibilité de ne pas faire partie du dépistage. Ceci est assez remarquable, car la participation est de toute façon volontaire et aujourd’hui entre 20 et 30 % des enfants de la cohorte de test ne participent déjà pas aux tests. On peut aussi critiquer le fait que les coûts des tests après 18 ans ne soient plus complètement pris en charge, ce qui signifie que ce sont les patients et leur famille qui doivent les assumer.
On peut présumer que le but de la FMU est de réduire encore les quotas de participation et en déformant systématiquement les résultats des tests, de vider à long terme l’ensemble de l’étude de sa valeur. Une conséquence qui ne serait pas pour déplaire à l’industrie nucléaire japonaise.

Des cas de cancer passés sous silence

Ces deux cas de manipulation de données particulièrement évidents montrent combien il est difficile de faire confiance aux chiffres officiels:
Au début 2017, la famille d’un enfant victime d’un cancer de la thyroïde a dénoncé publiquement que le cas de leur enfant n’était pas inclus dans les données officielles de la FMU. Les responsables de l’étude ont soutenu que le diagnostic de leur enfant n’émanait pas de chez eux, mais d’une clinique partenaire à laquelle le jeune garçon avait été adressé pour approfondir le diagnostic et suivre la thérapie. Le fait que le garçon ait vécu à Fukushima au moment de l’accident nucléaire, qu’il ait pris part au dépistage de la FMU et qu’il ait dû être opéré suite à un cancer de la thyroïde nouvellement diagnostiqué, tout cela n’a pas été considéré comme pertinent pour les responsables de l’étude.
À la fin décembre, un autre cas de cancer thyroïdien, qui ne figurait pas parmi les statistiques officielles de la FMU, a été signalé. Le patient vivait certes dans la préfecture de Fukushima au moment de la fusion des cœurs et il a participé au premier dépistage de l’Université, mais comme il avait été évacué de sa ville natale, Koriyama, le diagnostic de cancer de la thyroïde et l’opération ont eu lieu en-dehors de la préfecture et n’ont de ce fait pas été inclus dans les statistiques officielles.

Combien d’autres cas de cancers thyroïdiens touchant des enfants n’ont pas été signalés non plus, combien de cas se sont produits en-dehors de la préfecture ou chez des gens qui au moment de l’accident avaient déjà plus de 18 ans, tous ces cas ne font l’objet d’aucune recherche scientifique et on peut présumer qu’on ne les connaîtra jamais.

Le droit à la santé

En conclusion nous observons à Fukushima une hausse significative des taux de nouveaux cas de cancer de la thyroïde chez les enfants et qu’en raison de la dépendance particulière des responsables de l’étude vis-à-vis du lobby nucléaire et du biais restrictif de l’étude, ces chiffres pourraient en même temps être systématiquement sous-estimés.

En outre, on peut attendre une augmentation d’autres sortes de cancer et d’autres maladies qui sont provoquées ou influencées de manière négative par les radiations ionisantes. Les tests thyroïdiens de la FMU représentent les seuls tests scientifiques en série qui puissent donner des résultats pertinents sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Et ils courent actuellement le risque d’être dévalorisés par les partisans de l’énergie nucléaire.

Les Japonais ont comme tous les humains un droit à la santé et un droit à l’information. Les tests thyroïdiens chez les enfants ne sont pas seulement bénéfiques aux patients dont les cancers sont détectés de manière précoce et peuvent ainsi être traités, mais servent l’intérêt de l’ensemble de la population qui a subi les effets des radiations libérées lors de l‘accident. La poursuite des tests thyroïdiens dans le respect des règles et leur accompagnement scientifique sont donc d’intérêt public et ne doivent en aucun cas être entravés par des motifs politiques ou économiques.
Dr Alex Rosen, médecin, président de l’IPPNW Allemagne
le 7 mars 2018

l’article original:
https://www.ippnw.de/atomenergie/artikel/de/schilddruesenkrebs-in-fukushima-7-ja.html
Traduction et résumé: www.fukushima-is-still-news.com et www.vivre-apres-fukushima.fr


Notes:

1 – www.fukushima-is-still-news nous signale:
Un article publié le 6 mars 2018 dans le Mainichi Shimbun indique que le nombre d’enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde est de 160, un dernier cas ayant été rajouté aux résultats de décembre 2017 susmentionnés. Voir :

http://www.fukushima-is-still-news.com/2018/03/160-cases-of-thyroid-cancers-among-fukushima-children.html

2 – Une précision sur les cas « suspectés »:
les cas suspectés sont ceux qui n’ont eu qu’un prélèvement à l’aiguille fine; avec un résultat suffisamment suspect pour justifier l’intervention chirurgicale
les cas confirmés sont ceux dont l’examen anatomo-pathologique de la pièce opératoire a certifié la nature cancéreuse.
D’après la Faculté de Fukushima il n’y a eu qu’une erreur : un cas suspect à l’examen à l’aiguille qui s’est révélé bénin à l’examen de la pièce chirurgicale.

le 10 mars 2018
mis à jour le 11 mars 2018


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