Fukushima 5 ans après– Nouveaux résultats concernant les cancers de la thyroïde

Une synthèse de la situation par le Dr Rosen de la section allemande de l’ IPPNW.

https://www.ippnw.de/atomenergie/gesundheit/artikel/de/fukushima-nach-5-jahren-neue-erk.html

12.10.2016
Depuis 2011, tous les habitants de la préfecture de Fukushima qui avaient moins de 18 ans lors de la catastrophe nucléaire de mars 2011, sont soumis tous les deux ans à des tests thyroïdiens.
La première série d’examens s’est déroulée entre octobre 2011 et mars 2014, la seconde d’avril 2014 à avril 2016 et la troisième a démarré en mai 2016. Les résultats de cette troisième série ne sont pas encore disponibles et nous devons donc nous limiter à ceux des deux premières séries de tests.
Parmi les 381 281 enfants ciblés, un total de 300 476 a été examiné au cours de la première série de tests, et seulement 270 378 (70,9 %) pendant la seconde série.
Le sort des quelque 110 000 enfants restants, ce qui représente tout de même près de 30 % de la population concernée, n’entre en compte dans aucune étude scientifique. Ces enfants peuvent par exemple avoir déménagé vers une destination inconnue, avoir été empêchés de prendre part au dépistage en raison des restrictions s’appliquant aux tests ou avoir refusé de participer. Cette dernière variante est même depuis peu soutenue activement par l’Université de Médecine de Fukushima (voir IPPNW ATOM-Energie-Newsletter August 2016).

Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que le second dépistage a trouvé 59,8 % de nodules ou de kystes. Le premier dépistage en avait trouvé 48,5 %. Cela signifie que chez 42 422 enfants qui ne présentaient encore aucune anomalie thyroïdienne la première fois, on a découvert des kystes ou des nodules au second dépistage. Et chez 393 d’entre eux, ces nodules étaient déjà si gros qu’il a été nécessaire de faire des examens complémentaires.
En outre, chez 935 des enfants qui, au premier dépistage, présentaient des kystes ou des nodules de petite taille, on s’est rendu compte au second dépistage que ces anomalies s’étaient développé si vite que les enfants ont dû être soumis à des examens plus poussés. Ces chiffres sont tous perturbants, mais ils illustrent aussi une dynamique certaine de la morbidité entre les deux premières séries de dépistage.

En raison des changements importants visibles à l’examen échographique, 721 enfants ont dû jusqu’à présent subir une biopsie à l’aiguille fine (545 après le premier dépistage, 176 après le second). L’examen au microscope a décelé un total de 175 cas de suspicion de cancer (116 au premier dépistage, 59 au second).
Parmi ces enfants, 136 ont dû être opérés parce qu’ils présentaient des métastases dans les ganglions lymphatiques (22,4 %), des métastases distantes (2,4 %) ou une croissance dangereuse de leur tumeur (pourcentage inconnu) : 102 enfants (premier dépistage) et 34 enfants (second dépistage) ont ainsi été opérés.
Dans 91 % des cas, on a seulement enlevé un seul lobe thyroïdien, mais chez 9% des patients, toute la thyroïde a dû être enlevée.
Chez 135 de ces enfants (99,3 %) le diagnostic de cancer a été confirmé par un examen histologique. Dans 133 cas, on a trouvé en termes histologiques un « carcinome papillaire de la thyroïde » ; deux cas ont été jugés comme un carcinome de la thyroïde « autre » ou « peu/mal différencié ». Un des cas s’est avéré être une tumeur bénigne. Il reste encore 39 autres enfants chez qui on soupçonne fortement un carcinome de la thyroïde (14 issus du premier dépistage, 25 du second) mais ils attendent encore d’être opérés.

Pour ce qui est des 102 cas de cancer du premier dépistage, il est difficile de dire clairement dans quelle mesure ils sont attribuables à l’effet dépistage, c’est-à-dire qu’ils représenteraient des diagnostics qui en réalité n’auraient été décelés que plus tard, mais qui auraient été découverts de façon précoce grâce aux séries d’examens pratiqués sur des participants cliniquement sains. Toutefois, les 34 cas de cancer nouvellement diagnostiqués à partir de la seconde série de tests doivent s’être développés dans la période qui sépare le premier du second dépistage.
Si l’on part du principe qu’entre les deux séries de tests il s’est toujours écoulé deux ans comme prévu, on arrive à un taux annuel de nouveaux cas de maladie (incidence) de 6,3 cas par an pour 100 000 enfants (34 nouveaux cas pour une population de 270 327 enfants sur une période de 2 ans). Le taux d’incidence du cancer de la thyroïde chez les enfants au Japon était de 0,3 pour 100 000, avant la catastrophe nucléaire de Fukushima. La multiplication de l’incidence des cancers de la thyroïde chez les enfants par plus de 20 ne peut plus s’expliquer par un soi-disant effet de dépistage.

Depuis, on a également appris que des cas de récidive ont déjà été constatés : il s’agit ici de patients qui avaient été opérés de leur cancer et qui, à l’occasion des tests suivants, présentent à nouveau, des tumeurs cancéreuses. Au cours du Symposium international qui s’est tenu dans la ville de Fukushima le 26 septembre 2016, le Professeur Shunichi Suzuki de l’Université de Médecine de Fukushima a parlé d’un taux de récidive de « quelques pour cents ». Ces informations prouvent encore une fois que si les carcinomes thyroïdiens se laissent en principe bien traiter chez les enfants, les complications ne sont jamais à exclure.
Outre la stigmatisation à vie qu’entraîne toujours le cancer, outre la nécessité d’une prise permanente de médicaments et d’examens médicaux réguliers, la peur d’une rechute et des complications fatales constituent pour les patients concernés et leur famille un fardeau non négligeable. Et ce fardeau est tout simplement ignoré dans les statistiques et les conférences de presse de l’Université de Médecine de Fukushima.

Résumé des données concernant le cancer de la thyroïde (mise à jour de septembre 2016) :

 

Première étude (octobre 2011 – mars 2014)
Nombre d’enfants testés 300 476 (81,7 %)
Nodules et kystes à l’échographie 145 869 (48,5 %)
Biopsie à l’aiguille fine suite à des résultats échographiques frappants 545
Suspicions de cancer après biopsie à l’aiguille fine 116
Opérations à cause de métastases ou de croissance rapide 102
Confirmation du diagnostic de cancer par l’examen histologique 101
Tumeur bénigne à l’examen histologique 1
Prévalence des cancers thyroïdiens dans la cohorte étudiée 33,6 pour 100 000

 


 

Deuxième étude (avril 2014 – mars 2016)
Nombre d’enfants testés 270 378 (70,9%)
Nodules et kystes à la radio  161 708 (59,8 %)
Dont nouveaux cas non décelés au 1er examen 42 422
Nodules > 5 mm, ou kystes < 20 mm 393
Biopsie à l’aiguille fine suite à des résultats échographiques frappants 176
Suspicions de cancer après biopsie à l’aiguille fine 59
Opérations à cause de métastases ou de croissance rapide 34
Confirmation du diagnostic de cancer par l’examen histologique 34
Tumeur bénigne à l’examen histologique 0
Prévalence des cancers thyroïdiens entre le 1er et le 2è dépistage 6,3 pour 100 000

 

Dr Alex Rosen
Section allemande de l’IPPNW – https://www.ippnw.de/

 

Sources: 

The 24th Prefectural Oversight Committee Meeting for Fukushima Health Managemant Survey“ 15.09.2016

Thyroid Cancer: A Few Percent Recurred After Surgeries. NHK News. http://archive.is/XSVmR#selection-2965.1-2983.13. (Englische Übersetzung)

 
 

Traduction: www.fukushima-is-still-news.com/
Mise en page Vivre-apres-fukushima.fr


Note:

Je vous rappelle l’article du Pr TSUDA paru dans «EPIDEMIOLOGY» en Mai 2016 qui affirmait déjà que contrairement à ce qu’affirme la Faculté de Fukushima l’excès de cancers de la Thyroïde ne peut ếtre causé par l’amélioration du dépistage.
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26441345

Oui, la faculté elle même affirme auprès des jeunes que ces dépistages sont «déraisonnables», qu’on peut les «sécher» sans problème. !
voyez l’article: http://www.vivre-apres-fukushima.fr/fukushima-le-depistage-des-cancers-de-la-thyroide-serait-deraisonnable/

Qu’est l’IPPNW ?

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW: http://ippnw.org/

Le site de la section française:
Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
http://amfpgn.org/site/category/qui-sommes-nous/amfpgn-presentation/

Le 31 octobre 2016


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