En cas de catastrophe nucléaire en Europe nous mangerons contaminé

Des autorisations de contamination radioactive des aliments excessivement élevées sont sur le point d’être adoptées par le Conseil de l’Union Européenne en cas d’accident nucléaire.

La CRIIRAD a analysé le dossier; elle a relevé des erreurs et anomalies inacceptables. Devant l’impossiblité de contacter les auteurs de ces normes, bien cachés derrière le secret administratif, elle s’adresse maintenant au Président de la République.

Je reprends ci-dessous des extraits de la lettre ouverte de la CRIIRAD au président de la République
Que vous pouvez consulter en entier ici
(La mise en page est de Vivre après Fukushima)

LETTRE OUVERTE de la CRIIRAD
au Président de la République

Le 14 Octobre 2015
Objet : ACCIDENT NUCLEAIRE / CONTAMINATION RADIOACTIVE DES ALIMENTS
Responsabilité des autorités françaises dans l’adoption d’un règlement exposant la population à des niveaux de risque inadmissibles

Monsieur le Président,
Le Conseil de l’Union européenne est sur le point d’adopter un règlement fixant des limites de contamination alimentaire excessivement élevées en cas d’accident nucléaire.
Comme vous le savez, un règlement européen est d’application directe et obligatoire en France, sans possibilité d’adaptation. Il faut donc agir avant son adoption.
Le projet a été élaboré par la Commission européenne sur la base des travaux du groupe d’experts de l’article 31 du traité Euratom (rapport d’expertise RP 105 de 1998, confirmé par les avis de 2011 et 2012).
Les vérifications auxquelles nous avons procédé montrent que les niveaux de risque associés aux limites européennes sont 10 à 100 fois supérieurs à ce qu’affirment les responsables.
Ces écarts proviennent d’une accumulation d’erreurs, d’incohérences et d’omissions qui discrédite le rapport des experts et invalide ses conclusions.

Les quelques exemples ci-après vous permettront de comprendre qu’il ne s’agit pas de points de détail. Les experts ont en effet :

  • 1/ « oublié » de comptabiliser l’impact de l’une des 5 catégories d’aliments !
  • 2/ méconnu le problème crucial de la dose à la thyroïde (responsable, après Tchernobyl, d’une véritable épidémie de cancer dans la cohorte des plus jeunes enfants) !
  • 3/ défini des limites pour un accident lointain (à plus de 1 000 km des frontières) alors que le règlement s’applique aussi – et avant tout – aux accidents pouvant survenir en Europe !
  • 4/ dimensionné les limites pour 1 ou 2 gorgées d’eau par jour alors que le règlement stipule que les calculs ont tenu compte d’une consommation d’eau courante !
  • 5/ commis des « erreurs » conduisant à sous-évaluer de 10 fois à 200 fois ( !) les doses reçues par les enfants de 1 an du fait du plutonium !

(Cf. démonstrations dans les annexes 1 à 4)…

Nous nous sommes demandé comment les Etats européens pouvaient se mettre d’accord sur des limites aussi dangereuses, fondées sur un rapport truffé d’erreurs ?…

Un courriel des autorités autrichiennes nous apprend que les représentants des Etats membres ont été pleinement informés des travers du rapport d’expertise. L’Autriche et l’Allemagne sont intervenues mais, faute de majorité, n’ont pu obtenir la révision du rapport et ont tenté de compenser ses insuffisances tout en s’efforçant d’éviter le pire : des Etats membres ont en effet soutenu « longtemps – et avec véhémence » les dispositions autorisant, en situation d’urgence, la fixation de limites encore supérieures aux niveaux définis dans le règlement !

Sur la base des informations transmises par le cabinet du ministère de la santé autrichien, nous souhaitons obtenir des réponses aux 2 questions suivantes :

  • 1/ Pourquoi la France n’a-t-elle pas joint ses efforts à ceux de l’Autriche et de l’Allemagne pour remettre à plat le travail d’expertise ? Comment nos représentants ont-ils pu accepter que la protection de plus de 500 millions d’Européens dépende d’un rapport qui sous-évalue scandaleusement les doses ? Ainsi que vous pourrez le constater en lisant l’annexe 2, les experts se sont trompés de façon grossière dans leurs calculs sur le taux de plutonium dans les aliments pour nourrissons ! : couvrir de telles erreurs est impardonnable…
  • 2/ Est-ce plus grave encore ? La France s’est-elle battue pour que soit autorisé, en cas d’accident, le relèvement des limites de contamination définies dans le règlement ?

Le 30 ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl approche et notre question s’inscrit dans un contexte historique difficile à oublier : en 1986, le service chargé de la surveillance radiologique du territoire français a enfreint délibérément, systématiquement et ouvertement le règlement européen interdisant l’importation d’aliments présentant des taux de césium radioactif supérieurs à 600 Bq/kg. Son directeur, le Pr PELLERIN, a signé nombre de télex faisant état de résultats d’analyse dépassant largement ces limites et invariablement assortis de la mention « ces produits sont sans exception consommables sans restriction »

…. En cette année 2015, alors que la révision de ces textes est enfin à l’ordre du jour, la préoccupation des autorités françaises est-elle encore et toujours de préserver les intérêts de l’industrie nucléaire, quoi qu’il en coûte pour la santé des personnes, et tout particulièrement des enfants ? Les calculs que nous avons conduits montrent qu’ils supporteront la plus lourde part du détriment : la moitié des cancers provoqués par la consommation des aliments légalement contaminés se développera dans leur organisme alors qu’ils ne représentent que 15% de la population.

… Ne laissez pas vos conseillers vous convaincre qu’en cas d’accident grave, les limites pourront toujours être revues à la baisse… en situation d’urgence, chaque heure compte. Il ne sera plus temps de débattre, de consulter les experts et de tenter de trouver un accord qui satisfasse les 28 Etats membres.

Compte tenu des enjeux sanitaires, nous considérons que votre responsabilité et celle de votre gouvernement sont engagées. A ce jour, le projet de règlement n’a pas été adopté par le Conseil de l’Union européenne : vous pouvez encore refuser de le cautionner et demander qu’il soit procédé, dans les plus brefs délais, à un réexamen complet et approfondi des textes et de leur justification, aussi bien scientifique qu’éthique.

La pétition que nous avons lancée pour une « refonte complète, transparente et démocratique de la réglementation, incluant la réduction drastique des niveaux de contamination autorisés en cas d’accident nucléaire » a recueilli à ce jour plus de 30.000 signatures. Elles seront bien plus nombreuses lorsque le dossier sera médiatisé car la gravité des faits révolte tous ceux qui en prennent connaissance.

…espérant un changement radical dans la position de la France, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’assurance de notre respectueuse considération.

Le président de la CRIIRAD, Roland DESBORDES
P/o Corinne CASTANIER, Responsable Réglementation / Radioprotection
Copie à : Premier ministre et Ministres en charge de la santé, de l’écologie, de l’agriculture et de la Contamination des aliments en Europe en cas d’accident nucléaire

Lire la lettre ouverte en entier
Les annexes détaillant erreurs du projet.
Signer la pétition


La CRIIRAD

La CRIIRAD – Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – est née en mai 1986, au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, à l’initiative d’un groupe de citoyens révoltés par les mensonges officiels et qui souhaitaient connaître la vérité sur la contamination réelle du territoire français. La CRIIRAD est une association. Elle possède son propre laboratoire d’analyses homologué.

Elle mène ses propres investigations, informe le public et les médias. Si nécessaire, elle interpelle les responsables et les pouvoirs publics, engage des actions en justice et contribue ainsi à faire évoluer la règlementation en vigueur.
Le site de la CRIIRAD: www.criirad.org


Note

Les Normes, c’est sur le papier. Mais où sont les matériels de détection ? Les personnels sachant les mener au bon endroit et réaliser des mesures fiables ? Comment les aliments trop contaminés seront-ils sortis des circuits alimentaires ? Le consommateur sera-t-il informé du niveau de contamination de ce qu’il achète ?
Les femmes enceintes et les enfants devraient pouvoir accéder à des aliments non contaminés.
La gestion des suites d’un accident nucléaire est un vrai casse-tête. Il vaudrait-mieux qu’il n’y ait plus d’accident grave. Ce qui signifie l’arrêt des installations nucléaires en commençant par les plus vieilles. Resteront les problèmes non résolus du démontage des installations et pour les siècles qui suivent la gestion des tonnes de déchets radioactifs dangereux.


L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

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