Juil 05

Fukushima, 4 ans après : les réfugiés de l’atome forcés au retour en zone contaminée

Les 120 000 déplacés nucléaires de Fukushima font face à des pressions gouvernementales croissantes pour retourner vivre dans les zones pourtant fortement contaminées.
Alors que la centrale ravagée continue de déverser sa radioactivité, le gouvernement japonais, farouchement pro-nucléaire, veut donner l’illusion d’un retour à la normale.

Un article de MEDIAPART du 04 juillet 2015 | Par Frederic Ojardias

De notre envoyé spécial au Japon.
« Ma maison est inhabitable. Elle est beaucoup trop radioactive. »
Assis en tailleur sur son tatami, M. Nakano, 67 ans, ouvre son quotidien local à la page qui donne chaque jour, comme si c’était la météo, les taux de radioactivité de chaque hameau situé autour de la centrale dévastée de Fukushima Daiichi.
Au feutre rouge, il a dessiné un point devant le taux de son village : 14,11 μSv/h. « C’est très élevé et très dangereux.
En plus, c’est une mesure officielle, à laquelle je ne fais pas confiance. Je pense que la radioactivité y est en réalité encore plus forte. »

… Cécile Asanuma-Brice, directrice adjointe du bureau du CNRS à Tokyo et chercheuse associée à la maison franco-japonaise de la capitale:
« Le gouvernement cherche à créer un sentiment de nostalgie par rapport au territoire d’origine. C’est extrêmement vicieux. Par exemple, alors que les enfants commençaient enfin à s’établir et à se réintégrer sur leur lieu de refuge, on a organisé des ateliers avec leurs anciens camarades de classe de Fukushima. On les replonge avec leurs anciens amis, on les fait cuisiner, en leur expliquant que les légumes viennent du jardin du grand-père, de la tante. On leur raconte des légendes fabuleuses. Et quand le gamin revient chez lui, il demande : “Maman, on rentre quand à la maison ?” Cela génère une plaie ouverte. Les gens ne peuvent jamais s’établir. Psychologiquement, c’est invivable.»

Yoshida Kuniyoshi sort d’un placard son compteur Geiger, soigneusement enveloppé dans une pochette en plastique. « Quand je retourne chez moi, ça bipe comme un fou, c’est flippant. »…
Jeune marié, il n’a aucune envie de retourner s’installer dans sa maison irradiée, malgré la probable fin, d’ici deux ans, des indemnités et des aides financières. « Les journaux proches du gouvernement écrivent que les évacués coûtent trop cher. Il y a une pression pour mettre fin aux compensations données aux réfugiés nucléaires. Je pense que dans mon cas, elles cesseront dès 2017, comme c’est déjà prévu dans certaines zones. 2017 sera une année de combat », prévient-il, dans un petit rire amer…

Lire l’article en entier

Un article de MEDIAPART DU 04 juillet 2015 dont je vous conseille vivement la lecture

L’information en français sur Fukushima:
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Avr 16

En 1984, le gouvernement japonais a caché un rapport concernant les conséquences d’une attaque sur une centrale nucléaire.

En 1984, le ministre des affaires étrangères japonais avait commandé une étude sur les conséquences éventuelles de l’attaque d’une centrale nucléaire en temps de guerre.
Ce rapport a été tenu secret, on comprend pourquoi:

Il concluait que jusque 18.000 personnes pourraient être tués du fait d’une exposition aigüe au rayonnement si elles n’étaient pas évacuées immédiatement.
Ce rapport évoquait également la possibilité d’une explosion d’Hydrogène consécutive à l’effondrement des barres de combustible; ce qui s’est précisément passé lors de l’accident de Fukushima de 2011.

Le document a été rendu public par le journal Tokyo Shimbun qui a réussi à l’obtenir en vertu d’une loi sur la divulgation d’informations.

Selon le ministère, cette étude avait été lancée après qu’Israël ait détruit un réacteur en construction en Irak en 1981.

Selon Hideyuki Ban, du Centre d’information nucléaire des citoyens, les centrales nucléaires au Japon ne sont pas conçues pour être capables de résister aux attaques de missiles ou à un crash d’avion suicide tels que les attaques terroristes 9/11 à New York en 2001.

La Commission de réglementation de l’énergie nucléaire exige désormais que les bâtiments des réacteurs soient suffisamment robustes pour résister au « crash intentionnel d’un gros avion» et d’autres attaques terroristes.
Mais la NRA refuse de divulguer plus de détails sur les règles de sécurité, disant qu’elles doivent être gardées secrètes pour des raisons de sécurité.

Ceci est le résumé d’un article paru en anglais le 08 avril sur le site du Japan Times qui lui-même a repris une information du Tokyo Shimbun
Lire l’article du Japan Times


Notes

J’aimerais bien connaître le détail des règles de sécurité de la NRA japonaises. Car, même si la cuve est restée indemne; comment protéger l’approvisionnement en électricité, les pompes, etc.

On se souvient qu’en France un document « secret » avait circulé, montrant qu’un réacteur ne sortirait pas indemne d’un crash d’avion de ligne. Récemment, les centrales nucléaires françaises ont été survolées impunément par des drones; un avion de ligne s’est crashé volontairement à quelques minutes de vol des installations nucléaires de la vallée du Rhône.

Finalement, un pays nucléarisé est porteur d’une grande fragilité envers le terrorisme et toute guerre conventionelle.

le 16 Avril 2015

L’information en français sur Fukushima:
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Avr 01

La ville de Miyama, Japon, produit son électricité solaire

Miyama est la première commune au Japon à créer une entreprise qui va vendre de l’électricité solaire aux habitants, à des tarifs plus avantageux que Kyushu Electric Power, le monopole régional .

Les fonctionnaires de la ville ont annoncé le 25 Mars que la compagnie Miyama Smart Energie, créée en collaboration avec le secteur privé, commencera ses opérations le mois prochain. Elle alimentera en énergie d’abord les établissements publics tels que les bureaux de la mairie, les écoles, les bibliothèques; elle commencera à s’adresser aux ménages en Avril 2016.

Miyama Smart Energy a été fondée en Février avec un capital de 5 Millions de Yens (42.000 $) Il est prévu de le faire monter jusqu’à 20 millions de Yens.
La compagnie prévoit d’employer 25 travailleurs et de faire des ventes de 1,3 billions de yens dans 4 ans.

Le but principal de cette initiative est de renforcer l’économie locale grâce à la consommation d’énergie produite localement.

Lors de la cérémonie marquant le lancement du projet, la maire de Miyama, Chikashi Nishihara, a affirmé:
«Nous avons entrepris d’arriver à l’autosuffisance dans le domaine de l’énergie en produisant et consommant localement de l’énergie renouvelable; ce qui créera également des emplois pour les communautés locales.»

Au printemps de l’an prochain, le Japon va déréguler le secteur de l’énergie; ce qui permettra aux ménages d’acheter leur électricité à d’autres fournisseurs que les entreprises régionales.

Miyama Smart Energy envisage d’acheter l’électricitée fournie par la centrale solaire de la ville, ainsi que les surplus d’électricité solaire des ménages à 1 Yen de plus par Kw/heure que le prix proposé par Kyushu Electric; et de la vendre aux ménages moins cher que Kyushu Electric.

Tatsushi Osobe, un directeur d’EPCO, consultant en énergie affilié à Panasonic Corp de Tokyo, qui a investi dans Miyama Smart Energy, a exprimé sa confiance dans l’initiative:
« Même si la nouvelle compagnie achète l’électricité plus cher que Kyushu Electric et la revend moins cher, ce sera rentable car ses investissements et ses frais de personnel sont bas» affirme-t-il.

Selon le ministre de l’industrie, Nakanojo, une ville située dans la préfecture de Gunma, et Izumisano, dans la préfecture d’Osaka, ont déjà installé des entreprises fournissant de l’électricité.
Mais leurs services concernent les services publics et pas les ménages ordinaires.
Miyama Smart Energy est la première compagnie à fournir les ménages dès le début.

La compagnie ne suivra pas la politique de Kyushu Electric qui est de freiner ses achats d’ énergie solaire les jours ensoleillés, lorsque la consommation est forte.[étrange !- voir la note]
Selon la municipalité, Miyama Energy, qui a conclu un accord avec un autre producteur solaire de Miyama devrait être capable de couvrir tous les besoins en électricité de la cité de 40.000 habitants, pendant le jour, lors des journées ensoleillés.

Le défi pour la société est d’attirer les utilisateurs de Kyushu Electric. Actuellement, tous les habitants achètent leur électricité à cette compagnie. S’ils passent à Miyama Smart Energy, l’argent de leurs factures circulera à nouveau dans la ville, renforçant l’économie de Miyama.

Pour lancer la compagnie, la ville, depuis l’automne dernier, a fourni des compteurs à environ 2.000 foyers à titre d’expérience; ils pourront voir leur consommation d’électricité à tout moment de la journée sur leurs tablettes.
Les consommateurs disent que les factures de Kyushu Electric ne sont pas si détaillées.

Cet article a été écrit par Masanobu Higashiyama et Kenichiro Sakai pour le journal Asahi Shimbun.
L’article original en anglais
Cette traduction en français a été faite à partir de la version anglaise de l’article.


Notes:

– On n’est jamais servi aussi bien que par soi-même quand il s’agit de faire évoluer une situation de monopole.
– Lors des journées ensoleillées, l’été, il y a une forte consommation d’électricité due aux climatiseurs

– J’ai longtemps hésité sur le sens du paragraphe indiquant que l’ancienne compagnie qui détient le monopole pour encore peu de temps, Kyushu Electric, freine ses achats d’électricité photovoltaïque précisément lorsqu’elle est très abondante.
Voici l’explication:

  • – au printemps prochain, le monopole des compagnies anciennes va disparaître; les ménages pourront acheter leur électricité à qui bon leur semble.
  • – les installations de production solaires bénéficient d’un prix de vente de leurs kW/heure élevé; le gouvernement subventionne ainsi le solaire.
  • – profitant de l’aubaine, de nombreuses installations solaires se sont construites et sont en projet.
  • – les électriciens actuels se plaignent de ce soutien aux énergies renouvelables et demandent au gouvernement une modification de la réglementation

EDF nous fait une bonne description du problème vu par un électricien, dans son article: «le Japon veut freiner le fort développement de son parc solaire».
Voici sa conclusion:
«Conscient des enjeux défendus par les électriciens japonais, le gouvernement a annoncé qu’il était nécessaire de remettre à plat la politique de soutien aux énergies renouvelables actuelle. Le tarif d’achat bonifié devrait ainsi être revu à la baisse afin de ralentir la frénésie de construction de centrales (solaires). Les électriciens devraient également se voir accorder plus de pouvoirs afin d’évaluer plus facilement le sérieux d’un projet et décider de son intégration ou non au réseau.»

– Déjà, cinq des principaux fournisseurs d’électricité japonais ont décidé de restreindre l’accès des nouvelles centrales solaires à leur réseau et de ne pas appliquer le tarif d’achat bonifié.

– Les compteurs électriques fournis sont conçus pour permettre aux ménages de mesurer et gérer eux-même leurs consommations. Ce n’est pas le cas pour les compteurs « intelligents » qui doivent être mis en place en France; ceux-ci ne seront utiles qu’à EDF pour réguler ses réseaux et n’apporteront rien au consommateur.

Le 1er avril 2015

L’information en français sur Fukushima:
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Mar 25

Fukushima: des villages qui souffrent de dépopulation.

Seulement 20% des évacués âgés de 40 ans et moins sont retournés à Kawauchi
Un entretien avec le maire.

Article publié en anglais par le journal Asahi Shimbun du 19/03/2015.
(Traduction « vivre-après fukushima.fr)

Situation de Kawauchi

Le village de Kawauchi où je suis maire est situé à 20-30 km au sud Ouest de la centrale nucléaire détruite de Fukushima.
Les niveaux de rayonnements sont restés relativement faibles et cela a rendu évident le fait que devions préparer le retour des habitants. Nous avons attiré des entreprises pour assurer des emplois et élargi les capacités de notre clinique de façon que les habitants puissent revenir sans inquiétudes.
Nous prévoyons aussi d’ouvrir un établissement de soins intensifs pour les plus âgés et un centre commercial d’ici la fin de l’année.

Sur les 3.000 habitants de Kawauchi avant le désastre, quelque 1.600 sont revenus.
Seulement 20% des 40 ans et moins sont revenus.

Les familles ont changé. Du fait qu’après leur évacuation elles ont du vivre dans des logements temporaires, le nombre de foyers est passé de 1.100 à 1.500.

Les jeunes villageois ont trouvé des emplois dans les zones urbaines, là où ils ont trouvé un abri. Les enfants ont également pris leurs habitudes dans les écoles où ils ont été transférés. Ils se construisent une nouvelle vie quoiqu’on les appelle toujours les « évacués ».
Ils voient leur retour dans leurs propres maisons comme une « réinstallation », car un retour à Kawauchi les obligerait à nouveau à modifier radicalement leur mode de vie.

Je pense qu’il n’est plus possible de restaurer le village comme il était. Il n’y a rien de mal à ce que, pensant à l’avenir, les gens prennent la décision de s’installer ailleurs plutôt que de retourner à Kawauchi. En fait, persister dans une vie « tout temporaire », – un travail temporaire, une école temporaire – revient à perdre un temps précieux dans leur vie.

Le gouvernement central a réservé 25 Trillions de Yen ( 208 billions de dollars) à la reconstruction après le tremblement de terre, le tsunami, et le désastre nucléaire pour une période de « reconstruction intensive » de 5 ans. Cette période se terminera à la fin de l’année fiscale 2015.
Le gouvernement central veut montrer au monde comment Fukushima a été reconstruit, lors des jeux olympiques d’été de 2020.
Je pense qu’il est bien sûr essentiel de fixer un délai pour atteindre l’objectif; mais il ne faut pas oublier qu’il faut beaucoup de temps pour reconstruire une zone sinistrée.

Les forêts qui représentent 87% de la superficie de Kawauchi doivent encore être décontaminées. Tout ce que nous pouvons faire est d’attendre le déclin naturel des substances radioactives tout en prenant soin des forêts; mais cela prendra vraisemblablement quelque chose comme 40 ans, le même temps que pour démanteler les réacteurs.

Je crains que lorsque le délai prévu sera passé, le gouvernement ne réduise, au nom de l’efficacité, son aide à toute la zone de Futaba (une circonscription administrative qui inclut Kawauchi) qui héberge la centrale Fukushima n°1.

Les mesures de reconstruction sont, bien sûr, essentielles; mais surtout, comment faire face à une dépopulation continue est un enjeu crucial. Il avait été initialement prévu que le niveau de la population actuelle de Kawauchi, 1.600 habitants, serait atteint vers les années 2030. La catastrophe nucléaire a brusquement transformé cette projection en réalité.

D’autres villes et villages du canton de Futaba où le retour des habitants est en cours devront faire face au même problème. Sans les jeunes, il reste difficile de réaliser une gestion locale et d’envisager un avenir pour la communauté ; quelle que soit la magnificience des infrastructures construites.

Je me rends compte que là est précisément la gravité de la catastrophe nucléaire.
Il n’est jamais facile de tenter d’arrêter une dépopulation; ne pas savoir comment faire face à ce changement radical que nous devons affronter provoque une anxiété qui donne aux villageois un sentiment de perte et d’impuissance; ce qui va à l’encontre de leur retour.

Je souhaite que le gouvernement central offre des incitations fiscales et d’autres mesures de façon que les gens sentent qu’ils feraient mieux de travailler à la campagne plutôt qu’en ville.
Si le gouvernement central affirme qu’il se soucie des communautés provinciales et qu’il veut revitaliser leurs économies, pourquoi ne pas décentraliser les organisations et les ressources humaines du gouvernement national, concentrées à Tokyo, vers les régions rurales ? Les jeunes ne rejoindront jamais les communautés dépeuplées s’il n’y a pas d’incitations telles que celles-ci.

Le préjudice doit être réparé correctement, mais se considérer éternellement comme une victime ne vous permet pas de passer au stade suivant du processus de reconstruction qui est de construire par vous même une nouvelle communauté.
La zone de plantation de riz à Kawauchi est remontée à 160 hectares l’an dernier, la moitié de sa surface avant le désastre. Cela tient à ce que de nombreux cultivateurs trouvent joie et fierté à cultiver dans notre village. Dans la partie de Kawauchi où l’ordre d’évacuation a été levé en Octobre, de jeunes agriculteurs tentent de cultiver des gentianes; ils espèrent que cela évoluera vers une nouvelle spécialité locale.

Je me sens fort rassuré d’apprendre que certains de nos habitants montrent leur courage alors que le reste de la population est de plus en plus dépendant des services administratifs.
Ce n’est pas l’argent mais les ressources humaines qui ont le potentiel de changer une communauté locale.

Reconstruire Kawauchi pourrait également aider ceux qui ont quitté notre village. Ils ont besoin d’une comunauté dans laquelle ils puissent revenir s’ils le souhaitent. Cela nécessiterait des efforts persévérants, mais on ne peut pas se permettre d’abandonner.


Cet article est basé sur un entretien du maire de Kawauchi avec Susumu Okamoto.
Né en 1955, Yuko Endo, est maire de Kawauchi depuis 2004 après avoir siégé au conseil municipal.
Alors que presque tous les habitants de Kawauchi ont été évacués après la catastrophe nucléaire de Fukushima, Endo leur a adressé un message en janvier 2012 dans lequel il appelait ceux qui le pouvaient à retourner au village.

L’article de l’Asahi Shimbun en anglais

Le 25 mars 2015

L’information en français sur Fukushima:
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Mar 15

4 années après l’accident de Fukushima

Un communiqué du WNSCR: World Network for Saving Children from Radiation
Réseau Mondial pour sauver les enfants du rayonnement.
11 Mars 2015

Le WNSCR est composé de personnes qui mènent des activités sur le terrain dans différentes parties du monde pour soutenir les enfants exposés aux radiations.Il a été fondé en Juin 2012, lorsque les membres du «Réseau de Fukushima pour sauver les enfants du rayonnement» ont voulu informer le reste du monde de la situation à Fukushima, en particulier sur la santé de ses enfants.
http://www.save-children-from-radiation.org/
http://www.save-children-from-radiation.org/2015/03/11/fukushima-nuclear-disaster-4-year-anniversary/

QUATRE années à la fois longues et brèves se sont écoulées depuis la catastrophe nucléaire de 2011 à Fukushima. Nous entendons de moins en moins parler de Fukushima, sauf le 11 Mars. Le fort séisme et le tsunami d’il y a 4 ans nous hantent toujours.
250.000 personnes ont été déplacées et 2.594 sont toujours portées disparues. Les villes côtières près de la centrale nucléaire restent désertes. Les problèmes en cours sur le site ne seront pas résolus de sitôt. Il faudra 30 ans ou plus pour démonter la centrale.

Récemment, TEPCO a admis une fuite d’eau fortement contaminée (environ 75 tonnes) vers le sous-sol, mais «de toute façon pas vers la mer». Leur comportement «gardons secret tant que ce n’est pas découvert» ne change pas.
« Nous ne croyons pas qu’il y ait eu une fuite d’eau radioactive vers l’océan proche»: c’est le communiqué publié par la compagnie quand une grande quantité d’eau radioactive a fui de la centrale en Février 2014.

Des millions et des millions de dollars ont été dépensés pour faire croire à la population et aux parents qu’on peut retourner et vivre à Fukushima en sécurité. Nous entendons tout le temps des messages tels que «Nous allons reconstruire notre UTSUKUSHIMA !». Utsukushima est le surnom de Fukushima, il signifie la Belle île. Allez sur le site de la préfecture de Fukushima. La première chose que vous voyez sont les mots: « L’avenir de Fukushima». C’est comme si nous étions enfermés dans une bulle.

Cependant, restaurer réellement Fukushima semble être un rêve impossible. Fukushima est destiné à devenir la terre des déchets nucléaires. Personne ne veut de la poubelle de quiconque dans sa cour. Les déchets nucléaires ? Pas question ! Puisque les villes en dehors de Fukushima rejettent les projets de construction d’installations de stockage temporaires pour les déchets nucléaires, les administrations locales et centrales construisent ces installations dans [la préfecture de] Fukushima; parfois à l’improviste.

Où en est le problème des radiations au Japon ?
Voici le dernier rapport concernant la contamination de certains endroits dans la métropole de Tokyo. (0,23µSv/h soit 2mSv/an, est la limite recommandée par la CIPR) [voir note]

  • Tokyo Dome (un grand stade en ville) 1,34 µSv/h
  • Aéroport de Narita 0,45 µSv/h
  • Dysneyland Tokyo: 0,42 µSv/h
  • le temple Senso: 0,35 µSv/h
  • La station de métro Shibuya: 0,31 µSv/h

Notre plus grande préoccupation, ce sont les enfants de Fukushima. Selon le communiqué de la préfecture de Fukushima en Février, 87 enfants ont été opérés de la thyroïde et 23 sont suspectés d’avoir une tumeur maligne. La plupart ont des ganglions lymphatiques [envahis].

Malheureusement, le problème s’est déjà étendu aux préfectures adjacentes, comme Ibaraki et Chiba. Un groupe de citoyens annonce que 63% des enfants de la région du Kanto qui inclut Tokyo ont des anomalies thyroïdiennes. Nous avons à faire maintenant à une calamité de bien plus haut niveau. Les experts, au contraire, sont catégoriques et nient soigneusement un rapport entre les radiations et les maladies.

Il vient d’y avoir un tremblement de terre de niveau M6 au large de la région Nord-Est du Japon. Nous sommmes fort préoccupés par le fait qu’il est suivi de nombreux tremblements de terre à proximité.

Nous tenons à vous remercier tous pour votre soutien et votre encouragement continus. Nous vous serions très reconnaissants si vous nous rejoigniez dans une prière
pour ceux qui ont perdu la vie le 11 mars 2011,
pour ceux qui ont du quitter leur maison
pour ceux qui restent dans les zones contaminées
et surtout pour tous les enfants qui souffrent de cette terrible épreuve: être exposés aux rayonnements,

l’équipe du WNSCR
World net for save the Children from Rayonnements
Réseau mondial pour sauver les enfants des radiations.
http://www.save-children-from-radiation.org/
Traduit avec l’aimable autorisation de l’équipe du WNSCR


Notes

Les normes d’exposition aux radiations radioactives en Europe:

Le Journal officiel de l’Union européenne du 17/01/2014 a publié la «directive 2013/59/Euratom du Conseil du 5 Décembre 2013»

Le public:

En temps normal les populations ne doivent pas être exposées à plus de 1mSv/an, en plus de la radioactivité naturelle.
1mSv/an = 0,11 µSv/heure
En cas de «situation d’exposition existante»: le public peut subir de 1 à 20 mSv/an
20 mSv/an = 2,28 µSv/heure
Le terme de situation d’exposition existante est un euphémisme pour désigner les zones qui restent polluées après la phase aigüe d’un accident
En situation d’exposition d’urgence, le public peut être exposé à de 20 à 100 mSv/an
100 mSv/an = 11,4 µSv/heure

Toutes ces normes permettent de délimiter les zones à évacuer en cas d’accident.
Il s’agit ici uniquement de l’exposition externe
Rien n’est précisé pour les enfants et les femmes enceintes.
La radioactivité ambiante naturelle, se situe en France,selon les régions aux environs de 0,10 µSv/heure. Parfois plus parfois moins.
Au Japon, la radioactivité naturelle est faible: moins de 0,10 µSv/heure (volontiers 0,06 µSv/heure)

Les travailleurs du nucléaire:

Les travailleurs ne doivent pas être exposés à plus de 20 µSv/an
Les travailleuses enceintes ne doivent pas être exposées à plus de 1 µSv/an
Les étudiants et apprentis ont droit à 6 mSv/an

Au Japon, au dessus de 0,23 µSv/h (= 2 mSv/an) il faut décontaminer.
Les chiffres donnés par le WNSCR montrent que stationner ou vivre à certains endroits de Tokyo amène à dépasser les limites «permises»
La contamination n’est pas homogène: j’ai trouvé ces deux chiffres en date du 11 Mars 2015:
Tokyo Shinjuku: 0,06 µSv/heure
La ville de Osaka: 0,08 µSv/h

Le fait d’être dans les limites «permises» ne signifie pas du tout qu’il n’y a pas de danger. En fait ce sont les limites que le village nucléaire se permet de nous imposer. On sait que mêmes des doses faibles peuvent avoir des conséquences néfastes. Les normes sont plus faites pour protéger l’industrie nucléaire que pour protéger les populations.

A l’exposition externe se rajoutent les rayonnements reçus du fait de l’alimentation. C’est le principal problème dans les régions de Tchernobyl. Les normes européennes concernant les aliments contaminés doivent être mises à jour en 2015.

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L’information en français sur Fukushima:
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Mar 11

Fukushima: «Piégés, sans issue»

Fukushima: 4 ans. Maintenir la mémoire de ces jours tragiques

Traduction d’un article en anglais de la station de télévision japonaise NHK, le 9 Mars 2015

Près de 4 ans après le tremblement de terre du Grand est du Japon, la NHK a interrogé les résidents de la plus touchée des 3 préfectures.
Sur les 300 réponses obtenues, près de 80% estimaient que l’attention publique sur le désastre et l’accident nucléaire qui s’est ensuivi s’estompe. Un des habitants s’est consacré à transmettre son expérience, dans le but d’en garder vivante la mémoire.

Kenichi Hasegawa , 61 ans, un producteur laitier du village de Iitate, préfecture de Fukushima, a parcouru l’île de Hokkaido le mois dernier, pour partager ses expériences.
L’accident nucléaire l’a obligé à abattre toutes ses vaches laitières.
« J’étais là, dans mon étable vide, me demandant ce que je devais faire…comment je pourrai faire vivre ma famille»

Les producteurs de lait n’étaient pas autorisés à vendre leur lait à cause des retombées nucléaires.
Ils n’avaient d’autre choix que de se débarrasser de leurs vaches à qui ils avaient prodigué tant de travail et d’amour. Une tragédie en a provoqué une autre.

« S’il n’y avait pas eu la centrale nucléaire…» Ainsi commence un message écrit sur un mur.
Ce message a été laissé par un collège de Hasegawa qui s’est suicidé 3 mois après le désastre.

C’est à ce moment là que Hasegawa a décidé de commencer sa campagne d’information au Japon et à l’étranger, pour informer les gens de la situation désastreuse de Fukushima.
« Je pensais en moi-même que c’était absolument inacceptable. Qu’il fallait que je parle de cela à tout le monde». Voilà comment j’ai commencé» dit Hasegawa.
Hasegawa s’inquiète de ce que les gens pourraient se désintéresser de ces événements tragiques datant d’il y a 4 ans. Et du fait qu’ils jettent encore une grande ombre sur la vie des gens.

Son calendrier mentionne les 250 conférences qu’il a données. Pendant la première année après le désastre il en a donné 100. Mais il n’en donne maintenant plus que la moitié.
« C’est progressivement en train de s’estomper. La mémoire s’efface progressivement des esprits du peuple japonais. C’est ce que je ressens très fort» dit Hasegawa.

Avec un ordre d’évacuation encore en vigueur, l’accès à l’ensemble de son village reste limité.
Au milieu de toutes ces incertitudes, Hasegawa a pris cet hiver la décision majeure de démolir son étable.
Ce qui l’y a incité c’est la décision de son fils aîné, 30 ans, de quitter le village pour démarrer une ferme laitière ailleurs.

Aucun des membres de sa famille ne peut prévoir quand il pourra retourner à la maison. Malgré tous ces bouleversements, Hasegawa va donner une autre conférence, cette fois à Tokyo.
«Que pouvons-nous faire dans ce village contaminé ?» « Il n’y a pas de jeunes. Que pourraient faire les personnes âgées si elles revenaient ? C’est cette réalité là que nous avons à affronter.»

Hasegawa souligne que les gens de sa ville natale partagent le sentiment d’être pris au piège, sans issue possible.

« Je suis soulagé de savoir qu’il y a encore des gens à Tokyo qui se soucient de nous» « J’espère qu’il vont aider à diffuser mes paroles. Les garder intéressés au désastre est critique maintenant. C’est comme cela que je vois les choses»

L’article de la NHK, une station de télévision japonaise


4 années ont passé

Sur le site de l’ACRO, vous trouverez une synthèse de la situation 4 ans après la triple fusion des réacteurs nucléaires.[LIENS]

L’eau contaminée:

Tepco ne sait qu’en faire. Chaque jour environ 300 m3 d’eau contaminée partent à l’océan; le reste est stocké dans des centaines de cuves en espérant une hypothétique décontamination.

La menace des piscines et des 3 coeurs fondus

La piscine du réacteur 4 a pu être vidée, seule bonne nouvelle.
Restent les piscines des réacteurs 1 à 3. La piscine 3 contient du MOX, un combustible dangereux car chargé de Plutonium. Les radiations sont tellement fortes qu’on ne peut s’approcher.
Restent les 3 coeurs fondus dont on ne sait même pas précisément où ils sont…

Toujours des rejets nucléaires dissimulés par Tepco:

– des eaux de pluie fortement contaminées qui partent à la mer
– les poussières du démantèlement qui vont polluer les champs de riz au loin

Les déchets radioactifs des travaux de décontamination.

30 Milllions de m3 dans des sacs plastique qui se dégradent, dont on ne sait que faire.

Les populations:

Il reste environ 120.000 personnes évacuées;quel est leur avenir ?
Les enfants: quel est l’avenir de ceux qui devront retourner vivre en milieu contaminé?
Les cancers de la thyroïde en nombre croissant
Les jeunes vont s’installer ailleurs quand ils le peuvent
Les gens âgés rentrent plus facilement, mais dans un pays dévasté, déserté, sans emplois, en manque de commerces, d’hôpitaux.
– Il y a également une forte population qui vit dans des zones non évacuées. Elle est contrainte de vivre dans un milieu « faiblement » contaminé. L’état tente de faire comme si rien ne s’était passé.
les travailleurs sur le site: ce sont les intérimaires qui prennent les plus fortes doses de radioactivité; deux accidents mortels (non nucléaires)récemment

Voyez les détails sur le site de l’ACRO:
l’ACRO, association d’information et de surveillance de la radioactivité créée à la suite de la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Elle est dotée d’un laboratoire d’analyse et agréée de protection de l’environnement.
Fukushima : des défis insurmontables
Rapports à l’occasion du quatrième anniversaire
[Retour]


Je vous signale que la CRIIRAD organise une réunion publique sur le bilan de ces 4 années
le 26 Mars à 20h au Cinéma «Le Navire» de Valence (Drôme, France) , animée par Roland Desbordes et Bruno Chareyron, en présence de Wataru Iwata.

Bruno Chareyron et Wataru Iwata participeront également au Symposium
« Savoir et Ignorance » organisé par l’association L’Espoir du Soleil le 28 Mars
de 14h à 19h30 à la mairie du 2ème arrondissement de Paris.
Wataru Iwata pourra témoigner de la situation sur le terrain.
La CRIIRAD – Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – est née en mai 1986, au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, à l’initiative d’un groupe de citoyens révoltés par les mensonges officiels et qui souhaitaient connaître la vérité sur la contamination réelle du territoire français. La CRIIRAD est une association. Elle possède son propre laboratoire d’analyses.

Détails sur les deux réunions
le site de la CRIIRAD

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

Fév 16

Portraits de quelques paysans et acteurs du système teikei après la catastrophe de Fukushima

«Face à l’accident nucléaire, les paysans sinistrés ont été fortement bousculés. En particulier ceux qui cultivaient de manière biologique. Ils fonctionnaient en coopération avec des groupes de consommateurs selon le système teikei de vente directe. Le teikei a servi de modèle pour la création des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) en France.
Hiroko Amemiya présente ci-après une série de portraits permettant d’avoir un aperçu de différents types de réaction et de conséquences provoquées par le drame de Fukushima.
Découragés, révoltés ou acceptant leur sort, les paysans sinistrés ont dû décider d’organiser leur avenir jusque-là « tout tracé ».
L’individualisme de certains paysans s’est révélé tandis que d’autres déclaraient rester défendre leurs villages hautement contaminés.
Chez les consommateurs, la situation a été ressentie comme cornélienne ; ils voulaient soutenir leurs producteurs partenaires mais ils ne pouvaient accepter des aliments radioactifs issus de leurs récoltes.
L’accident nucléaire a été une mise à l’épreuve pour les groupes de teikei, fondés sur le principe de coopération producteurs-consommateurs.»

« Géographies et cultures » vient de mettre en ligne ces « notes de terrain » qui tracent le portrait de plusieurs cultivateurs de la région de Fukushima sinistrés du fait de l’accident nucléaire.

La région de Fukushima est une région agricole qui fournit une grande part de l’alimentation de la région de Tokyo: du riz, des légumes, des pommes réputées, des champignons, des produits de l’élevage.
La pollution nucléaire, les ordres d’évacuation, cela a été dramatique pour les cultivateurs et éleveurs.

Un petit écho d’une réunion avec les représentants du ministère:
Un paysan dans la salle du ministère s’est levé : « Il vous faut décider rapidement où il est possible de reprendre des activités agricoles, pour quelles cultures : si nous ne pouvons cultiver du riz, que voulez-vous que nous mangions ? » Un autre a crié : « Vous m’avez évacué mais vous n’avez pas donné de consigne pour les animaux. Mes vaches, mes poulets sont encore à la ferme. Vous voulez qu’ils crèvent ? Après les animaux ce sera nous ? » La détresse des paysans gagnait toute la salle quand la délégation de fonctionnaires du ministère venus pour la discussion s’est levée pour partir.
Après une petite pause, Mme TARUKAWA, agricultrice de la ville de Sukagawa, a été appelée au pupitre pour témoigner…

Lire la suite de l’article:

    Vous y ferez connaisance de:

  • – Madame TARUKAWA Mitsuyo
    Une agricultrice dont le mari a été acculé au suicide
  • – Monsieur SUGENO Seiju
    Un agriculteur qui voudrait maîtriser la radioactivité
  • – La famille TANNO
    Une famille paysanne tente une relocalisation à l’abri de la
    radioactivité
  • – Monsieur ŌUCHI Shinichi
    Un agriculteur biologique abandonné par son groupe de teikei
  • – Madame KARASAWA Toshiko
    À la tête d’un groupe de teikei qui se défile
  • – Madame TOYA Iyo
    À la tête d’un groupe solidaire avec les agriculteurs sinistrés
Mr Ouchi Shinichi présente son jus de carottes

Mr Ouchi Shinichi présente son jus de carottes


Revues.org est un portail de revues en sciences humaines et sociales développé par le Cléo, Centre pour l’édition électronique ouverte (CNRS, EHESS, UP, UAPV).
Référence électronique
Hiroko Amemiya, « Notes de terrain », Géographie et cultures [En ligne], 86 | 2014, mis en ligne le 08 décembre 2014, consulté le 13 février 2015. URL : http://gc.revues.org/2919 ; DOI : 10.4000/gc.2919
Éditeur : Laboratoire Espaces, Nature et Culture (ENEC)
http://gc.revues.org
http://www.revues.org
Document accessible en ligne sur : http://gc.revues.org/2919


Cet article fait partie d’un ensemble de publications paru dans «Géographie et cultures», intitulé: «Désastres et alimentation», tous en français et d’accès libre, dont voici la liste
http://gc.revues.org/2803

  • Nicolas Baumert et Sylvie Guichard-Anguis
    Introduction – Désastres et alimentation, le défi japonais
  • Ikuhiro Fukuda
    La transformation des pratiques et des sensibilités alimentaires après le désastre de 1923 – Modernisation et popularisation du nouveau Tokyo
  • Nobuhiro Ito
    Productions agricoles et mesures contre les famines aux époques de Muromachi et d’Edo.
  • Louis Augustin-Jean et Nicolas Baumert
    Les réactions des consommateurs japonais suite à la contamination nucléaire de mars 2011 et leurs conséquences sur le rapport au territoire
  • Keiichi Ishii et Shantala Morlans
    La reprise des activités agricoles dans les régions contaminées après l’accident de Fukushima – Un défi lancé aux agriculteurs
  • Etona Orito
    Les teikei – les précurseurs au Japon de l’agriculture biologique – face à la catastrophe nucléaire de mars 2011.
  • Jean Lagane
    L’apport des partenariats solidaires entre producteurs agricoles et consommateurs en temps de crise
  • – Hiroko Amemiya
    Notes de terrain – Portraits de quelques paysans et acteurs du système teikei après la catastrophe de Fukushima

Le 16 Février 2015

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Fév 12

Un dragon, métaphore de l’énergie nucléaire

Un livre d’images pour enfants japonais présente un dragon comme métaphore de l’énergie nucléaire.

L’Énergie nucléaire n’est pas mentionnée dans le livre « Hikari no Ryu » (le dragon de lumière) mais le message est évident.

Voici un résumé de l’histoire:

Résumé d’un article du journal Asahi Shimbun

Un dragon séjourne dans un village.
Quand on lui donne à gober une pierre spéciale, il émet une lumière de 7 couleurs. Cette lumière illumine la nuit, chauffe les villageois en hiver et fait tourner une usine.

Le village prospère.

Mais les ministres du royaume et les marchands forcent le dragon à consommer de plus en plus de pierres, même si cela lui provoque de grandes douleurs.

Un jour la foudre frappe l’étable du dragon et crève son ventre gonflé. Des toxines s’écoulent de son estomac percé, engloutissent le village et obligent les villageois à évacuer.

Le dragon blessé

Les villageois fuient les toxines issues du ventre du dragon
Photo Asahi Shimbun – image Miyuki ONO

Un garçon évacué pose la question: pourquoi cela s’est-il mal passé ? Est-ce la faute du roi ?, des ministres ? Des marchands ? Ou des villageois qui voulaient avoir une source de lumière ?

L’auteur, Miyuki Ono, 29 ans, a interrogé des évacués, des scientifiques, des ingénieurs. Elle a choisi de ne pas donner de réponse à la question du garçon.
« Il semblait dangereux de jeter le blâme uniquement sur certaines personnes », a-t-elle déclaré.

Elle espère que ce livre permettra aux parents et enfants de dialoguer sur le sujet de l’énergie nucléaire;
Ce sujet semble assez difficile à aborder actuellement au Japon. « Beaucoup de gens se sentent mal à l’aise pour discuter de la question nucléaire parce que c’est controversé. »

Le livre a été financé grâce à une collecte de fonds en ligne (found-raising). Il y a deux versions: papier et une version en ligne.
Ono fera don d’une partie du produit de la vente du livre d’images à la «Great East Japan Earthquake Recovery Initiatives Foundation», une organisation chargée d’aider la reconstruction de la région de Tohoku.

Résumé d’un article du journal Asahi Shimbun

le 12 Février 2015

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Jan 31

L’obésité : un problème croissant chez les jeunes de Fukushima

Selon le gouvernement la crainte des rayonnements empêcherait les enfants de jouer dehors.

24 Janvier 2015 – Résumé d’un article du journal Asahi Shimbun

Une enquête en 2014 du ministère de l’éducation a constaté que 15,07 % des enfants âgés de 9 ans dépassaient de 20% le poids normal dans la préfecture de Fukushima.
C’était le chiffre le plus élevé d’enfants en surpoids des 47 préfectures japonaises.
La moyenne nationale d’enfants en surpoids était de 8,14 %.

Même constatation de surpoids pour les enfants de 7 ans, 11 ans et 13 ans.
Pour les 17 ans, 13,11 % étaient en surpoids alors que la moyenne nationale était de 9,48 %.

Selon le ministère, les enfants sont plus couramment obèses dans la région du Tohoku (1)où la neige d’hiver tend à faire rester à les plus jeunes à l’intérieur.
Cependant cette tendance à l’obésité est particulièrement nette dans la préfecture de Fukushima depuis la catastrophe nucléaire de 2011.
Le ministère affirme cela est dû au fait que les enfants de Fukushima ne sont pas autorisés à jouer dehors par crainte des radiations et des autres changements de mode de vie associés.
Le ministère va s’engager dans une amélioration de l’éducation physique; «mais cela demandera du temps avant que les résultats n’apparaissent».

(1) Tohoku: la région nord est de l’île principale du Japon où se trouve la préfecture de Fukushima


Notes

Voici une des rares indications qui filtrent sur l’état de santé des habitants de la province de Fukushima.
Dans toutes les classes d’âge de la jeunesse de la province de Fukushima la proportion de jeunes en surpoids est plus grande que dans les autres provinces japonaises.
C’est précisément la région où il y a eu une pollution nucléaire majeure. Et on nous donne comme explication unique la sédentarité induite par la crainte des rayonnements.
Officiellement tout ce qui n’est pas tumeurs thyroïdiennes bénignes ou malignes aurait une origine psychique: la crainte (injustifiée) des rayonnements. C’est ce que s’entendent affirmer les parents inquiets lors des consultations.

Le surpoids serait la seule anomalie observée ?

La sédentarité serait-elle la seule cause de cet accroissement du nombre de jeunes en surpoids ? Construire des gymnases fermés va-t-il régler la situation ? les autorités elles-même ne semblent pas trop y croire.
Les autorités ont-elles cherché d’autres causes à cette augmentation des cas de surpoids ? L’alimentation ? les perturbateurs endocriniens ? d’autres facteurs ? La contamination nucléaire ?
De nombreux cas d’anomalies thyroïdiennes ont été constatés; les autorités n’ont communiqué que sur les lésions tumorales et kystiques; rien n’a été communiqué au sujet d’éventuelles anomalies du fonctionnement thyroïdien; on sait que l’insuffisance thyroïdienne s’accompagne d’une prise de poids.

Voici ce qu’écrit Alexei YABLOKOV dans son ouvrage de référence TCHERNOBYL: CONSÉQUENCES DE LA CATASTROPHE POUR L’HOMME ET LA NATURE dont vous pouvez télécharger ici une traduction partielle en français.

Chapitre 7.2- Enfin, il faut tenir compte du fait que le cancer de la thyroïde n’est que la pointe de l’iceberg des affections radio induites de cet organe (cf. partie 6.3.2.) – pour chaque cas de cancer il y a des centaines de cas d’autres maladies de la thyroïde, qui altèrent aussi son fonctionnement.

Une étude plus précise des causes possibles de ce surpoids des jeunes serait utile.


Le comportement des officiels japonais est tout à fait conforme à la doctrine officielle des institutions nucléaires: AIEA, UNSCEAR etc:
Voici ce que dit le rapport de l’UNSCEAR de 2013: tous les problèmes de santé rencontrés par les habitants exposés aux radiations sont dûs à la peur des rayonnements: dépressions, syndromes post-traumatiques. L’UNSCEAR,de plus, s’en désintéresse:

Traduction d’un paragraphe du rapport de l’UNSCEAR:
39. Les doses reçues par le grand public, à la fois au cours de la première année et estimées pour leur vie entière, sont généralement faibles ou très faibles. Aucune augmentation discernable des conséquences sur la santé liés aux rayonnements n’est prévisible pour les gens exposés ou de leurs descendants.
L’effet le plus important sur la santé concerne le bien-être mental et social, conséquence à l’énorme impact du tremblement de terre, du tsunami et de l’accident nucléaire; et aussi à la peur et la stigmatisation liées à la perception du risque d’exposition aux rayonnements ionisants.
Des effets tels que la dépression et les symptômes post-traumatiques de stress ont déjà été signalés.
L’estimation de la fréquence et la gravité de ces effets sur la santé sont en dehors de la compétence du Comité.

Ce rapport est l’objet de critiques sévères de médecins et de biologistes qui le considèrent comme un document de propagande et demandent qu’il soit corrigé

La critique du rapport 2013 de l’UNSCEAR sur les conséquences de Fukushima par le Dr Keith BAVERSTOCK
La critique du dr Baverstock en français
Un résumé avec quelques commentaires
– Original de la critique en anglais

40 ONG dont des médecins ont demandé à l’ONU la révision de rapport 2013 de l’UNSCEAR

Qu’est- ce que l’UNSCEAR ? pourquoi son rapport doit-il être révisé ?

United Nations Scientific Commitee on the Effects of Atomic Radiation.
http://www.unscear.org/
L’UNSCEAR a été créé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1955. Son mandat dans le système des Nations Unies est d’évaluer les niveaux et les effets de l’exposition aux rayonnements ionisants.
Les gouvernements et les organisations à travers le monde s’appuient sur les estimations de l’UNSCEAR pour évaluer le risque des rayonnements et établir des mesures de protection,d’où l’importance de ses rapports
Le Rapport UNSCEAR ici critiqué est visible en anglais
http://www.unscear.org/docs/reports/2013/13-85418_Report_2013_Annex_A.pdf

Le 31 janvier 2014

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Jan 22

Le riz de Fukushima a passé les tests de contamination avec succès grâce à un engrais à base de Potassium.

Janvier 2015. Pour la première fois, tout le riz produit dans la préfecture de Fukushima a respecté la norme de contamination.

Résumé d’un article en anglais du Japan Times qui reprend un article en japonais du journal Fukushima Minpo
http://www.japantimes.co.jp/news/2015/01/18/national/all-2014-fukushima-rice-cleared-radiation-tests-thanks-to-fertilizer/

La loi japonaise sur l’hygiène alimentaire interdit la vente de riz émettant plus de 100 becquerels de Césiums par kilogramme.
En 2014, la préfecture de Fukushima a vérifié chaque sac de riz produit dans la préfecture – quelques 10,75 millions de sacs. Ils étaient tous conformes.

En 2012, un total de 10,35 millions de sacs avaient été testés et 71, soit 0,0007 %, avaient échoué au test: les sacs au dessus de 100Bq/kg ont été jetés.
En 2013 11 millions de sacs ont été testés: seulement 28 dépassaient les 100 Bq/kg, soit 0,0003 %.

Les experts attribuent ce résultat à l’utilisation pendant la culture d’engrais à base de Chlorure de potassium, qui empêche la plante d’absorber le Césium radioactif.

La préfecture prend en charge le coût des engrais. En 2014 elle a distribué 1,61 milliards de Yens (11,7 millions d’Euros) de subventions permettant aux riziculteurs d’acheter suffisamment d’engrais à base de Chlorure de potassium pour traiter 68.000 hectares de rizières.

Le Pr Keisuke Nemoto, professeur au laboratoire de l’Université de Tokyo étudie comment le Césium radioactif pénètre dans le riz:
Il est important de conserver de hauts niveaux niveaux de potassium dans le sol tant que le riz est jeune.
Si les riziculteurs cessent d’ajouter du Potassium dans le sol, sa concentration dans le sol va baisser et le riz pourra alors absorber à nouveau le Césium; il faut donc poursuivre les apports de Potassium.
L’an dernier le riz cultivé sans engrais potassique dépassait encore la limite de 100 Bq/kg.

L’article original en anglais


Notes

Le Césium 137 émis par la centrale accidentée est un émetteur de rayonnement Gamma. Il pert la moitié de sa radioactivité tous les 30 ans; à bientôt 4 ans de la catastrophe, l’activité restante du Césium 137 est encore de 91%.
Les propriétés chimiques du Césium sont proches de celles du Potassium. Si la plante manque de Potassium elle le remplace par le Césium radioactif. Dans l’organisme il se concentre préférentiellement dans les muscles (dont le coeur).

C’est la même chose pour le Strontium qui a des propriétés voisines de celles du calcium. Si la plante manque de Calcium, elle va absorber le Strontium. Le strontium a une demie vie de 28,8 ans.C’est un émetteur de rayons Bêta, plus difficiles à détecter que les Gammas. Il se concentre préférentiellement dans l’os d’où il irradie la moëlle osseuse.

Tchernobyl: Dans son petit manuel de radioprotection, Vladimir BABENKO donne des conseils aux populations vivant en terrain contaminé par Tchernobyl. Pour leurs potagers, il conseille l’usage d’engrais complets avec éventuellement supplément de Chlorure de Potassium; chauler si la terre est acide; apport de fertilisants organiques (fumier, compost); Il déconseille formellement d’utiliser comme engrais les cendres de bois qui sont un concentré de la pollution du bois brûlé.
« En règle générale, on pourra obtenir des produits peu contaminés sur des sols convenablement traités et bien fertilisés.»
Vladimir BABENKO – Après l’accident atomique – «Guide pratique d’une radioprotection efficace» – Éditions Tatamis.
Ce petit livre a été écrit en 2003, traduit en français, puis en japonais en 2011. On le trouve facilement dans les librairies françaises et sur internet.

Le taux normal de Césium dans les aliments est de ZÉRO. Il n’existe pas normalement dans la nature.

Le fait qu’un sac ait passé avec succès le test de radioactivité signifie qu’il émet moins de 100 Bq/kg. Cela ne signifie pas du tout qu’il est indemne de radioactivité.
100 Becquerels = 100 désintégrations chaque seconde.
Il n’est pas question dans les tests du taux éventuel de Strontium ni d’autres polluants.

L’Europe accepte l’importation de denrées alimentaires polluées au Césium à moins de 100 Bq/kg. Voir l’article précédent du 20 Janvier 2015.


Cet article de l’ACRO nous donne un aperçu des problèmes de commercialisation que rencontrent les produits agricoles en provenance de la préfecture de Fukushima:

Mardi 20 janvier :
• Les produits agricoles de Fukushima se vendent toujours mal
Le prix de la viande de bœuf élevé à Fukushima se vend toujours à environ 10% de moins que le prix du marché. Les éleveurs de cette province ont du mal à joindre les deux bouts. Pourtant, chaque bête est contrôlée avant abattage et aucune n’a dépassé la limite de 100 Bq/kg depuis octobre 2012.
Mais cela ne suffit pas. Malgré une réelle amélioration des contrôles de la nourriture, une multiplication des structures de mesure, la confiance des consommateurs n’est pas revenue après la crise de 2011.
C’est la même chose avec les fruits et les légumes. Les autorités continuent d’accuser les «rumeurs néfastes». Ce n’est pas comme cela que la situation va s’améliorer.

Les pêcheurs ont les mêmes soucis à cause des masses d’eau contaminée que rejette chaque jour la centrale dans l’océan Pacifique.

Le 22 Janvier 2015

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