Déc 02

Évacués de Fukushima: le gouvernement veut cesser l’aide au relogement début 2018

Ce qui obligera les réfugiés à retourner vivre en milieu contaminé

Un entretien avec Ken Sakamoto qui milite pour le maintien de l’aide au logement

Voici des extraits de la version française d’un entretien avec Ken SAKAMOTO.
Traduction «nos voisins 311»
La version française complète
La version originale de l’entretien, en anglais et japonais

INTRODUCTION à l’entretien

Par «evacuate fukushima»

Avec les Jeux Olympiques à l’horizon et pour montrer au monde que le Japon a totalement récupéré du triple désastre qui a frappé la région de Tohoku en 2011, y compris la crise en cours de Fukushima et au-delà, Sinzo Abe et les gouvernements locaux ont clairement indiqué aux dizaines de milliers d’évacués qu’il est temps de rentrer dans leur région d’origine.
Le Japon affirme qu’une quantité suffisante de travaux de décontamination a été réalisée pour que les évacués retournent en toute sécurité sur leurs terres contaminées.
Cependant, beaucoup d’entre eux n’acceptent pas la propagande déployée par les gouvernements locaux et sont réticents à rentrer et ce à juste titre.

Afin d’accélérer le processus de retour, le gouvernement a adopté des mesures drastiques, à savoir arrêter l’aide au logement et les autres compensations, à la grande majorité des évacués d’ici la fin mars 2018, les obligeant ainsi à retourner dans leur lieux d’origine.

Malgré une très mauvaise information par les medias japonais, Fukushima a été témoin d’un énorme acte de résistance de la part des résidents; de nombreux citoyens se sont organisés en groupes et associations à but non lucratif, déterminés à lutter contre des réformes exerçant des pressions sur les évacués. Un des leaders les plus dévoués est Ken Sakamoto que j’ai eu le privilège de rencontrer via les réseaux sociaux. Il m’a été présenté par une de mes chères amies d’Evacuate Fukushima福島の子供を守れ,Yukiko Young. M. Sakamoto est un être incroyable et se bat avec tout son cœur et son esprit afin de protéger la vie des enfants et des résidents de Fukushima.

M. Sakamoto a accepté d’être interviewé par nous et nous lui avons promis de diffuser l’entretien autant que possible, et de le partager ; espérons-le, beaucoup plus largement que ce que les media ont fait jusqu’à présent, contre leur gré. Nous sommes tous une plateforme pour transmettre au monde les voix oubliées de Fukushima.

Veuillez lui apporter votre soutien et aussi aux milliers de victimes en lisant cet entretien et en le partageant largement.
A la fin de l’article, vous trouverez les liens où vous pouvez faire un don qui sera de l’aide directe aux victimes. Beaucoup de gens m’ont demandé comment ils pouvaient aider. Voici la solution !

Evacuate Fukushima


Ken Sakamoto

坂本健 Ken Sakamoto and Tatsuyo Young
– Courtesy of 坂本健

Extraits de l’Entretien:

Nelson :
Qu’est ce qui vous a amené à cette lutte pour protéger les droits des habitants de Fukushima ?

Sakamoto :
Jusqu’à présent, beaucoup de citoyens ainsi que les experts, ont fait remarquer l’insuffisance des politiques. Ainsi le gouvernement central et la préfecture de Fukushima se renvoient la responsabilité, ignorent les nombreuses voix du peuple tout en menant une politique d’abandon vis à vis d’une partie de la population, quoique de manière camouflée. En effet, pour protéger les enfants, nous devons défendre nos droits à l’évacuation, et assurer la perennité de leur hébergement est crucial. Telles sont les raisons pour mes actions aujourd’hui.

Nelson:
Si je comprends bien, l’aide au logement pour les déplacés se termine à la fin de l’année fiscale 2016 (au mois de mars 2017) pour les zones dont la radioactivité ambiante est au-dessous de 20mSv/an, et à la fin de l’année fiscale 2017, partout où la radioactivité sera en dessous de 50mSv/an.
A la fin de 2018, il n’y aura plus aucune compensation. Qu’est ce que cela signifie pour les milliers de familles qui ont du reconstruire leur vie ailleurs et qui devront recommencer une vie nouvelle ?

Sakamoto :
Votre commentaire sur la remise à zéro est tout à fait correct. A mon avis, le gouvernement central a constamment déployé des efforts pour minimiser les dommages de l’accident nucléaire tout en exerçant des pressions sur les médias. On peut presque parler ici d’un contrôle de l’information.

La préfecture de Fukushima a mis en priorité la sauvegarde du gouvernement local plutôt que la santé et la vie de ses ressortissants. L’ETHOS qui avait été actif dans les coulisses à Tchernobyl est entré en scène sans tarder à Fukushima, et a recommandé de vivre avec la radiation, prétendant qu’il était là pour protéger la santé des habitants de Fukushima.
Derrière la série des événements, on aperçoit les figures de l’AIEA, de la CIPR et de l’UNSCEAR. Toutefois, j’ai l’impression que l’éducation après guerre a fait des Japonais un peuple docile qui suit les autorités et les média aveuglément. Même si la diffusion de l’accès à l’internet empêche le contrôle complet de l’information, le fait est que les personnes n’ayant pas accès à une information véridique, ne se rendent même pas compte qu’ils sont dupés. Ceux qui ne sont pas conscients de la manigance du gouvernement se laissent abuser à cause de leur discrétion, élément caractéristique du caractère japonais. Parmi ceux qui bénéficient de la ”Compensation” (quoi qu’insuffisante ), beaucoup ne réalisent même pas qu’ils ont été manipulés à ne pas réclamer leurs droits légitimes à cause de leur sentiment de culpabilité vis-à-vis des personnes qui elles sont privées du droit à la “Compensation”. Une partie de sinistrés ont fini par accepter leur situation comme inévitable. C’est dommage.
Toutefois, il existe également des déplacés ayant une forte conscience de leurs droits qui s’élèvent contre cette maltraitance injustifiable.
Le gouvernement central ainsi que TEPCO, les auteurs, non seulement ne reconnaissent pas leur responsabilité pénale mais ils essaient en plus de s’en tirer sans remplir la responsabilité de la “Compensation”. Cela me met en rage. A cause de députés parlementaires sans coeur, à cause du sabotage et de l’absence de prise de décision de la part des administrateurs, les victimes ne peuvent que vivre au jour le jour, et dans la situation où ils se trouvent, ne voient plus que l’option de la mort.

Les autorités ne jouissent pas de l’adhésion des sinistrés.

Nelson :
Quel est le consensus parmi les membres des familles concernant un tel déplacement? J’ai lu quelque part que 40% ne souhaitent pas rentrer, ce qui est compréhensible. Est ce exact ?

Sakamoto :
En ce qui concerne les évacués de la zone d’exclusion où l’ordre d’évacuation a été appliqué, la part de la population souhaitant retourner est d’environ 20%. Ceux qui n’arrivent pas à prendre une décision définitive et continuent la vie de réfugié représentent entre 30 et 40%. Le reste de la population, c’est-à-dire entre 40 et 50%, considère qu’il n’est pas possible de rentrer, et souhaite reconstruire leur vie ailleurs rapidement. Au fur et à mesure que la période d’évacuation s’allonge, la part de la population qui considère qu’il n’est pas possible de rentrer augmente.


Quant aux auto-évacués (ntr : ceux qui ont quitté des régions en dehors des zones d’évacuation officielles), la grande majorité souhaite demeurer où ils sont, et ce souhait est de la première importance pour eux. Il existe de plus en plus de personnes qui sont rentrées malgré elles pour des raisons financières ou à cause de conflits au sein de la famille. Généralement, les gens ne comprennent pas la situation des refugiés. Aussi, il est difficile de dire combien de refugiés comprennent pleinement la démarche d’arrêt de l’aide de “Compensation” de la préfecture de Fukushima. Dans ce sens, une audition publique est nécessaire, et la préfecture de Fukushima a la responsabilité de s’expliquer.

Nelson :
Les autorités locales ont l’air de croire qu’elles ont réussi à décontaminer suffisamment les régions contaminées pour y faire retourner les familles avec leurs enfants. Qu’en pensez-vous ? Y a-t-il suffisamment d’infrastructures sur place pour accueillir un si grand nombre de personnes qui vont rentrer – hôpitaux, supermarchés, écoles ?

Sakamoto :
C’est le planning des bureaucrates, ils essaient de détourner l’attention du peuple japonais de l’accident de la centrale nucléaire et de l’orienter vers les Jeux Olympiques en suscitant leur enthousiasme.

Quant aux infrastructures, leur mise en place est retardée par le manque de main-d’œuvre dû à la préparation des Jeux Olympiques. Cela freine aussi la construction de logements publics, ce qui rend difficile la levée de l’ordre d’évacuation au mois de mars 2017.

Ils vont donc dire que les infrastructures sont prêtes pour le retour et ceux qui ne rentrent pas devront reconstruire leur vie avec leurs propres moyens. D’ores et déjà, les gouvernement central et de Fukushima incitent à « l’autonomisation » des évacués.
La démarche du gouvernement actuel est de créer une ambiance sociale requérant l’autonomisation des réfugiés, et de créer une situation dans laquelle ceux-ci n’auront d’autres options que de retourner dans leur région d’origine. Pour ce faire, il arrête les aides et la compensation, en se basant sur la mesure de la radioactivité ambiante comme seul critère pour lever l’ordre d’évacuation, sans faire face à la réalité de la radio-contamination.

Nelson:
Selon l’ICRP, le public ne devrait pas être exposé à plus de 1mSv/an. Les autorités parlent-elles réellement de 50mSv/an ou moins, comme la dose sans risque pour faire rentrer les enfants ? Quels sont les arguments fournis par les autorités locales aux évacués afin de les convaincre de rentrer– à part, bien sûr, de les priver du statut d’évacué et de la ” Compensation” ?

Sakamoto :
Malheureusement, le gouvernement central diffuse des informations erronées en profitant de l’ignorance du peuple japonais sur la radioprotection, et le mène en bateau en impliquant les gouvernements locaux.
C’est ainsi que les gens qui croient en leur sécurité sans même en discuter, ou les gens qui veulent y croire, soutiennent la politique du retour. Le gouvernement utilise leur sentiment de vouloir reconstruire leur pays natal qui n’a rien à voir avec la logique scientifique.


Le gouvernement maintient son point de vue selon lequel l’exposition à la radioactivité jusqu’à 100mSv/an n’est pas censée avoir des effets sanitaires. Quant à la dose inférieure à 50mSv/an, cela va sans dire

Afin d’implanter dans le peuple japonais l’idée selon laquelle les gens qui parlent des effets sanitaires ne sont qu’une petite partie de la population trop nerveuse et trop inquiète, des chercheurs et des universitaires sous l’influence du lobby nucléaire français mènent des activités de lavage de cerveau au sujet de la sécurité auprès des organismes d’administration, des comités d’éducation et des organisations à but non lucratif, et ce, en utilisant le budget de la reconstruction.
Puisque les fonctionnaires ont l’habitude de transmettre la volonté de leur supérieur hiérarchique aux subalternes sans se poser de question, la voix des habitants n’est pas entendue et par conséquent n’est évidemment pas prise en considération.

Nelson :
C’est une question personnelle et vous n’êtes pas obligé d’y répondre. J’ai compris que vous êtes vous-même un évacué de Tomioka et que maintenant vous habitez à Yokohama. Vous êtes en première ligne de feu. Il vous faut beaucoup de courage pour vous déplacer dans un nouvel environnement et vous insérer dans de nouvelles communautés. Pendant quatre ans, les évacués ont été forcés de reconstruire leur vie afin de s’adapter à ce nouvel environnement. Maintenant, ils doivent rentrer s’ils ne peuvent plus subvenir aux besoins de leur famille et recommencer à zéro. Alors ma question c’est, retournerez-vous à Fukushima ?

Sakamoto:
Je n’en ai pas l’intention. La plus grande partie du territoire de la préfecture de Fukushima est contaminée à une dose équivalente aux zones contrôlées radioactives. Considérant le fait que la demi-vie du Césium 137, – radionucléide le plus présent -, est d’environ 30 ans, la possibilité d’une nouvelle crise à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, et le fait que son démantèlement nécessiterait quelques centaines d’années, je ne prends pas le choix du retour. Si je rentre, cela signifie que mes enfants ainsi que mes petits-enfants y retournent également.

Je ne peux même pas considérer la possibilité d’imposer l’irradiation aux générations de mes enfants et petits-enfants.

Lire en entier la traduction française de l’entretien
l’entretien en anglais et japonais


Note

Mr Sakamoto évoque l’influence du lobby nucléaire français: c’est le programme ETHOS
Ce programme, créé par le lobby nucléaire français vise à réinstaller les populations évacuées dans leur ancienne région contaminée. Il a été créé de suite après Tchernobyl. Il travaille à persuader les populations et les gouvernants qu’on peut très bien vivre en territoire contaminé.
Ethos travaille maintenant à Fukushima.
Voyez ce qu’en dit la «journaliste indépendante et mère indignée» Mari Takenouchi

Le 02 décembre 2015

L’information en français sur Fukushima:
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Les Veilleurs de Fukushima
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Nov 08

112 enfants sur 173 diagnostiqués avec des problèmes thyroïdiens à Kashiwa

Kashiwa est à 26 km du centre de Tokyo,
à 200 km de la centrale Dai ichi accidentée.

Le 30 octobre 2015, la municipalité de Kashiwa a annoncé que 112 enfants sur 173 ont été diagnostiqués avec des nodules ou des kystes thyroïdiens.

  • 61 n’ont aucune anomalie
  • 95 ont des nodules <= à 5mm - ou des kystes <= à 20 mm
  • 6 ont des nodules => à 5,1 mm ou des kystes => à 20,1 mm
  • 11 d’entre eux ont été conviés à subir des examens complémentaires

Les enfants examinés sont nés entre 1992 et 2011. Les examens ont eu lieu entre juillet et septembre 2015.

Les parents ont du signer une déclaration de consentement pour se faire rembourser ces examens. Elle précise que les examens ne garantissent pas l’état de santé futur de l’enfant, qu’ils ne concernent que l’état de santé actuel et aussi qu’il ne s’agit pas d’une évaluation des effets de la radioactivité due à l’accident nucléaire mais seulement d’apaiser les angoisses devant l’exposition à la radioactivité.

le tableau publié par la ville de Kashiwa

L’article de Fukushima-diary
Le site de la ville de Kashiwa


Note:

C’est inquiétant cette profusion d’anomalies si près de Tokyo et si loin de la centrale, même si elles ne sont pas cancéreuses.
On voit que la doctrine oficielle est de rapporter les problèmes de santé des enfants à l’angoisse; mais surtout pas à l’exposition à l’Iode radioactif ou autres produits radioactifs relâchés par les réacteurs de Fukushima Dai ichi.

Les réacteurs accidentés continuent 4 ans après l’accident de relâcher de l’Iode radioactif puisqu’on en a retrouvé récemment notamment dans des boues de station d’épuration

Précision:
Kyste: une formation creuse contenant un liquide
Nodule: une formation solide

Nodules ou kystes peuvent être bénins ou malins
Le diagnostic de malignité ou de bénignité est apporté par l’analyse des fragments prélevés à l’aide d’une ponction avec une aiguille fine. Cela va vraisemblablement être le cas pour les 11 enfants invités à subir un examen complémentaire.

Deux articles sur ce sujet:
Découverte d’Iode radioactif dans les boues d’une station d’épuration à Gunma le 5 sept 2015
Les cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima sont bien dus à la radioactivité

Le 8 novembre 2015

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Oct 20

Un premier cas de leucémie professionelle reconnu à Fukushima.

Le ministère du travail japonais a reconnu le caractère professionnel de la leucémie qu’a contractée un travailleur de la centrale de Fukushima dai ichi.

Résumé d’un article en anglais de la NHK, chaîne de télévision japonaise, le 20 octobre 2015
http://www3.nhk.or.jp/nhkworld/english/news/20151020_34.html

L’homme a travaillé de Novembre 2011 à Novembre 2013 dans diverses centrales nucléaires dont celle de Fukushima dai ichi.
Les experts du ministère ont admis qu’il avait probablement contracté la leucémie suite aux travaux de nettoyage à Fukushima dai ichi.
Il a été exposé à 19,8 millisieverts en tout, dont 15,7 millisieverts à la centrale de Fukushima.
Sa leucémie est reconnue comme maladie professionnelle et il sera indemnisé.

La règle japonaise est qu’une indemnisation est due à un travailleur du nucléaire s’il a été exposé à un rayonnement annuel de 5 millisieverts et qu’il a développé le cancer plus d’un an après.
D’après le ministère, jusqu’à présent 13 cas de cancer ont été reconnus maladie professionnelle chez les travailleurs du nucléaire. C’est le premier à la centrale de Fukushima.
Environ 45.000 personnes ont travaillé à la centrale de Fukushima depuis l’ accident. Plus de 21.000 ont été exposés à des niveaux de 5 Millisieverts par an.

L’article en anglais sur le site de la NHK


Note

On sait que l’utilisation de la sous-traitance est importante sur le chantier de Fukushima dai ichi. Les sous-traitances en cascade on même donné lieu à quelques scandales (ponctions sur les salaires, intervention de la pègre, dosimètres entourés de plomb, travailleurs perdus de vue donc non suivis sur le plan santé…)

Le 20 octobre 2015

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Oct 19

Deux réacteurs nucléaires rebranchés au Japon; d’autres en préparation

Un nouveau réacteur nucléaire a été rebranché dans le sud ouest du Japon. C’est le second redémarage sous la nouvelle réglementation adoptée après l’accident de Fukushima. Les exploitants de centrales nucléaires se préparent à redémarrer 3 réacteurs de plus.
Mais de nombreux riverains disent qu’ils ont besoin de plus d’informations.

Ci dessous la traduction d’une émission de la NHK, (télévision japonaise assez officielle) du 16 Octobre 2015.
http://www3.nhk.or.jp/nhkworld/english/news/nuclearwatch/20151016.html

Le réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Sendai a été raccordé jeudi (15 octobre) au secteur. Le réacteur n°1 avait été redémarré en août. Jusqu’à cette date tous les réacteurs nucléaires japonais étaient débranchés depuis Septembre 2013.

les centrales japonaises

Les centrales nucléaires japonaises


Deux réacteurs de la centrale de Takahama et un de la centrale de Ikata ont été déclarés conformes à la nouvelle réglementation.
Les opérateurs de la centrale de Takahama veulent se rebrancher en janvier. Mais une décision de justice les bloque.

La centrale de Ikata est en cours de contrôle par les régulateurs.
Actuellement, les compagnies d’électricité ont demandé l’ agrément pour 20 autres réacteurs.

Les représentants du gouvernement disent que le redémarrage des centrales nucléaires assurera un approvisionnement stable en électricité et moins d’émissions de gaz à effet de serre. Et les opérateurs des centrales disent que le coût du carburant pour les centrales thermiques est extrèmement lourd.

Isamu Matsumya vit dans la ville de Takahama. Il admet que le redémarrage des réacteurs est nécesaire. Mais il est mécontent de la façon dont l’administration locale gère la question.
Il dit que les fonctionnaires de la ville diffusent des informations sur les mesures de sécurité six fois par jour à la télévision. Mais il n’y a pas eu de réunions en face à face avec les habitants.

Matsumiya a répondu à un questionnaire. Il a demandé comment, en cas de désastre, on empêchera les fuites d’eau radioactive. La réponse qu’il a reçue affirmait seulement que «le gouvernement travaille sur la question».
Matsumiya: « les fonctionnaires ne comprennent pas ce que nous ressentons quand nous posons ces questions.»« Je suis déçu de la façon dont ils répondent aux habitants».

Certains autres habitants ont souligné des problèmes avec les plans d’évacuation de la ville. La plupart prévoient d’utiliser une route côtière.
Les officiels de la ville prévoient que la route sera innondée si un tsunami frappe cette région.
Les experts indiquent également que de nombreux évacués seront finalement bloqués dans les embouteillages.

Takanobu Sugimoto, directeur du bureau de préparation aux urgences affirme:« Le bureau fait de son mieux pour aider et se coordonner avec les autorités locales à réagir de façon appropriée en cas d’urgence

NHK a mené un sondage le week end dernier demandant aux gens ce qu’ils pensent du redémarrage des réacteurs. 18 pour cent des répondants soutiennent le redémarrage des centrales alors que 43 % y sont opposés.

sondage NHK

Sondage NHK

Les experts disent que le gouvernement doit montrer comment il entend protéger la sécurité publique s’il veut obtenir l’appui de la population.

Voir l’émission télé de la NHK
Sur le même sujet lire l’article du Monde: Dans une relative indifférence le Japon relance un deuxième réacteur nucléaire

le 19 octobre 2015

L’information en français sur Fukushima:
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Oct 05

Les inquiétudes des mères de Fukushima persistent 4 ans après.

Rester ou fuir – Réticentes à parler, les mamans de Fukushima reconnaissent leur crainte des radiations et les pressions de leurs familles.

Traduction d’un article en anglais du Japan times du 29 Septembre 2015

Les mères de Fukushima ont du prendre des décisions difficiles pour leurs familles après la catastrophe nucléaire de Mars 2011. Plus de 4 ans après, c’est toujours le cas.

Celles qui sont restées dans la préfecture de Fukushima vivent dans l’inquiétude permanente pour la santé de leurs enfants. Mais choisir de partir les expose aux acusations d’être de mauvaises épouses qui ont abandonné leurs parents, leur communauté et leurs maris liés par leur emploi.

Qu’elles aient pris le décision de rester ou de partir, c’est une situation perdante car elles ne peuvent vivre l’idéal d’une «ryosai kenbo» ( Bonne épouse, mère avisée).
« Consciemment ou pas, les femmes connaissent le rôle qu’elles sont appelées à jouer dans une famille. Après le séisme et le catastrophe nucléaire, tout a changé»disait Yukiko (ce n’est pas son vrai nom), une mère évacuée volontaire âgée de 30 ans. « Je ne peux plus vivre selon ces attentes et la société me juge».
Toutes les femmes interrogées à ce sujet on parlé sous condition d’anonymat.

Au moment de la crise à la centrale n°1 de Fukushima, Tokyo Electric Power a instauré une zone interdite de 20 km autour du site; le gouvernement affirmait qu’au delà les conditions étaient sûres. Beaucoup n’ont pas cru cette affirmation.
Yuriki, une femme de 70 ans qui vit à Minamisoma (préfecture de Fukushima) pense que l’établissement de ces zones a divisé la communauté.

Yuroko: «Certaines personnes ont fait confiance à la parole du gouvernement et ont continué de vivre ici; mais d’autres n’ont pas supporté de vivre chaque jour dans l’inquiétude et sont parties». «Personne ne savait que croire et les communautés se sont disloquées»

La crainte des radiations, les rumeurs, les informations des médias au sujet de la sécurité de l’alimentation locale ont incité de nombreuses mères qui vivaient juste à l’extérieur de la zone interdite d’évacuer volontairement pour le bien de la santé de leurs enfants. Certaines sont parties vers les préfectures voisines, y compris Iwate et Miyagi; d’autres ont fait le grand saut vers le sud de Tokyo.

« Pour être honnête, je n’avais guère de connaissances sur les réacteurs de Fukushima. Mais je savais que l’exposition à de fortes doses de radiations pouvait être mortelle» disait Yuko, 30 ans, mère d’ une fille de 6 ans. « Je suis partie à Tokyo dans la semaine qui a suivi la catastrophe. Mon mari est resté à Fukushima, mais j’étais déterminée à donner la priorité à la sécurité de ma fille
Très souvent, les évacuées volontaires comme Yuko sont des mères qui ont fui avec leurs enfants pendant que leurs maris restaient à Fukushima pour le travail.

Certaines ont été accusées d’abandonner ou de s’éloigner de leurs familles, spécialement celles qui se sont mariées sur place. La famille a étiqueté ces épouses comme déloyales et exagérément sensibles.
Les mères inquiétes pensent qu’il est sage de protéger leurs enfants de l’exposition aux rayons. Mais sans aucune preuve scientifique ou médicale pour justifier leur décision de partir, elles se sentent souvent coupables de quitter une communauté soudée.

Yuko disait: « chaque fois que je vais visiter ma ville natale pour un enterrement ou une fête traditionelle, mes parents me posent la même question:
« Quand revenez-vous à la maison ? C’est sûr maintenant
Les relations avec ma famille se distendent.»

Même ceux qui sont partis à Tokyo n’y trouvent pas forcément une vie meilleure.
Le gouvernement aide les évacués qui vivaient dans la zone des 20 km en leur fournissant un logement gratuit et une allocation mensuelle. Mais les évacués volontaires n’y ont pas droit et il leur est donc difficile d’y faire leur vie.

La vie est tout aussi difficile pour les mères qui restent à Fukushima. Elles sont en permanence inquiètes au sujet des dangers invisibles des radiations et quant à savoir si elles ont fait le bon choix en restant.
Certaines affirmaient qu’elles ont décidé de rester pour le bien de leur mari et pour ne pas séparer la famille. D’autres, comme Hiroko, estimaient qu’elles n’avaient pas le choix – elles n’avaient pas d’argent pour évacuer, elles ne pouvaient pas trouver un logement pour une famille de 5 personnes avec des animaux et elles avaient une qualité de vie à Fukushima qu’elles ne voulaient pas risquer de perdre.

«Il est étrange que personne ne parle de ses inquiétudes concernant le 3/11 » (date de l’accident nucléaire) déclare Hiroko une trentenaire qui vit maintenant dans la ville de Kashima, préfecture de Fukushima. « C’est comme si le désastre n’était jamais survenu et que les gens avaient effacé la dure réalité

Les mères qui restent sont également stigmatisées comme des « mauvaises mères ».
Hiroko: « Parfois quand je suis seule, je me mets à pleurer en imaginant l’avenir de mes enfants. Je crains que mes enfants ne tombent malades; et ceux que j’aime le plus vont me tenir rancune de n’avoir pas su les protéger. C’est ma plus grande crainte
Alors que la reconstruction avance dans la préfecture, avec des affiches partout vantant des slogans tels que « Gambaro nippon » (tiens le coup, Japon) ou « Gambaro Fukushima », il y a une pression sur les mères pour qu’elles gardent leurs soucis pour elles.

un groupe de Beteran Mama  no Kai

un groupe de Beteran Mama no Kai

Ce qui a sauvé certaines mères ce sont des groupes de soutien par des pairs – organisations créées spécialement pour les femmes qui peuvent y partager l’information et se soutenir mutuellement.
Parmi ces groupes il y a « Beteran Mama  no Kai» (Groupe de mères chevronnées), une organisation basée à Fukushima et Tokyo.
Le principal but du groupe est d’encourager les mères qui ont été victimes du 3/11 à parler avec d’autres femmes dans la même situation et de se faire des relations. Des réunions mensuelles permettent de veiller sur chacune et de soulager le stress.
Akiko était de celles qui ont rejoint le groupe:
« J’était capable de parler avec les autres femmes sur des sujets dont je n’aurais pas pu parler dans la vie de tous les jours, comme les règlements alimentaires, ou les niveaux de radiations. J’ai pu me faire des amies dans le groupe et je ne me sens plus si seule. »

Les experts universitaires disent qu’on sait depuis longtemps que les femmes souffrent fortement après un traumatisme tel que celui-ci.
« Une catastrophe comme celle de Fukushima n’est pas un événement unique mais une période de lutte qui évolue au cours du temps » selon David Slater, professeur d’anthropologie à l’université de Sophia. « Et souvent les femmes portent le plus lourd fardeau tout en travaillant en coulisse. »

Alors que les mères vivant à Fukushima craignent pour la santé de leurs enfants et redoutent les bilans de santé en raison du risque d’obtenir un mauvais diagnostic, celles qui ont volontairement évacué vers Tokyo envisagent la possibilité de retourner vers le nord.
Certaines mères s’inquiètent de ce que leurs enfants ont besoin d’une figure paternelle dans leur vie.
De plus, l’équilibre entre deux foyers, à Fukushima et Tokyo est difficile financièrement et émotionellement – et il y a toujours cette pression psychologique de leurs parents de Fukushima pour qu’ils y retournent.

Pourtant, certains craignent de rentrer.
« Si je suis obligée de revenir à Fukushima, je devrai faire semblant de ne pas me soucier des radiations – ce qu’ actuellemnt je fais » disait Yuko l’évacuée à Tokyo.

Par Megan Green
paru dans le Japan Times du 29 septembre 2015
Traduction par « vivre-après-fukushima »

le 05 octobre 2015

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
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Sep 28

FUKUSHIMA – Les voix silencieuses (2)

Voici un nouvel extrait du documentaire à venir. Nous avons tourné ces images le 11 mars 2015 au « Fukushima concert hall ». Il s’agit là de la seule et unique commémoration de la catastrophe nucléaire se tenant dans la ville de Fukushima city ( 290 000 habitants)… il y avait 40 personnes dans la salle…

Nous étions la seule caméra présente (aucune TV)…
Nous avons rencontré deux militantes anti-nucléaire, à qui nous avons voulu poser quelques questions… connaître leur point de vue.

N’hésitez pas à partager cet vidéo !!! Merci à TOUS !
Chiho SATO


https://youtu.be/ug0BbeyFyZY


La présentation du projet par l’auteure:
Je m’appelle Chiho SATO, je vis en France depuis 5 ans et je suis née à FUKUSHIMA. Mes parents et grands-parents vivent encore à 60 km de la centrale de FUKUSHIMA DAIICHI dans ce que l’on appelle : « La zone d’évacuation volontaire ».
Plus de quatre ans après la catastrophe, la radioactivité, invisible mais omniprésente, a peu à peu disparu des esprits des habitants de la région

Loin des images dramatiques et anxiogènes montrées fréquemment en Europe, je désire réaliser un documentaire intimiste. Un témoignage touchant sur les habitants d’une des région les plus radioactives au monde.

Mon objectif : Re-ouvrir le débat sur la situation à FUKUSHIMA en y incluant la voix des habitants eux-mêmes…

Les détails du projet de Chiho SATO (dont deux autres videos)
que vous pouvez soutenir avec Kisskissbankbank sur cette même page

Le 28 Septembre 2015

L’information en français sur Fukushima:
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Les Veilleurs de Fukushima
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Sep 23

Fukushima: Les voix silencieuses

Un projet de film documentaire sur une famille de Fukushima

Je m’appelle Chiho SATO, je vis en France depuis 5 ans et je suis née à FUKUSHIMA. Mes parents et grands-parents vivent encore à 60 km de la centrale de FUKUSHIMA DAIICHI dans ce que l’on appelle : « La zone d’évacuation volontaire ».
Plus de quatre ans après la catastrophe, la radioactivité, invisible mais omniprésente, a peu à peu disparu des esprits des habitants de la région.

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Dès mars 2011, j’ai demandé, très inquiète, à ma mère et à mon père s’ils envisageaient de déménager. Ils m’ont simplement répondu non.
Je me suis alors rendue compte avec étonnement que les appréhension, les doutes, les débats consécutifs au tremblement de terre et à la contamination nucléaire de la région ne s’invitaient jamais dans les discussions familiales.
Cette catastrophe qui, à ce moment là encore, touchait tant les coeurs et les esprits en France, s’illustrait par son absence dans la parole de ceux qui la vivaient.
De fait, lors de mes visites qui ont suivi je n’ai jamais eu l’occasion d’entendre ma famille prendre position sur le sujet. Je n’ai même pas eu l’occasion de partager mes interrogations, mes analyses ou ma peine concernant l’avenir de notre région.
Je me rends désormais compte que plus le temps passe, plus l’invisible menace radioactive s’efface des esprits. C’est pour cela que j’ai décidé de réaliser ce documentaire.

Pour que la France n’oublie pas, que ma famille n’oublie pas. Et que l’on puisse ensemble essayer de comprendre la réalité dans laquelle vivent les gens de cette région à jamais sinistrée.

Ce documentaire doit être avant tout être un film proche de l’intimité familiale. C’est pourquoi, je désire le construire sous une forme simple, claire. Selon la temporalité d’une journée.

https://youtu.be/XxI4gc6pHvo
Quelques premières images du film.

Techniquement, je désire tourner ce film en caméra légère et compacte pour ne pas perturber nos moments familiaux et pour que la parole se délivre le plus naturellement possible.

La présentation complète de « Fukushima les voix silencieuses » par Chiho SATO
sur Kisskissbankbank
http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/fukushima-les-voix-silencieuses

Chiho SATO – Réalisatrice. Chiho est née à Fukushima, Japon en 1985. Diplomée en 2007, de “Tama art university” de Tokyo, elle commence rapidement à tavailler pour une société de production à Tokyo “CYCLOIMAGE”. Elle a réalisé plus d’une cinquantaine de documentaires sur le cyclisme dont 6 formats longs (60min) pour des chaînes tel que NHK, BS-TBS, Site Web “Cyclo-Channel”.
En 2010, elle s’expatrie en France, où elle travaille ponctuellement comme assistante caméra, assistante photographe, et coordinatrice de tournage japonais en France.
Cette année elle se consacre au développement de ses projets.
Avant tout le documentaire “Fukushima : Les voix silencieuses” puis une série de documentaires centrés sur les rapports entre les cultures française et japonaise.

Le 23 Septembre 2015>

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

Août 05

Hiroshima 6 Août 1945 – Nagasaki 9 Août 1945

HIROSHIMA 6 Août 1945 – Little boy
Ville de 350.000 habitants
70.000 décès immédiats
70.000 dans les 5 années suivantes
NAGASAKI 9 Août 1945 – Fat man
port de 260.000h
décès: 20.000 – blessés 50.000
autres sources: 87.000 décès
manifestation à Nagasaki

Manifestation à Nagasaki


70 ans après le bombardement atomique
Extrait du livre de Roger et Bella Belbéoch
« Tchernobyl une catastrophe »

L’énergie atomique se manifesta publiquement pour la première fois le 6 août 1945: destruction à peu près complète et instantanée d’Hiroshima. La « performance » fut répétée trois jours plus tard sur Nagasaki avec le même succès. Si la surprise fut grande dans l’opinion publique, parmi les savants il n’en fut rien car ils envisageaient ce développement scientifique depuis 1939. Contrairement à ce qui a été écrit plusieurs années plus tard, ces destructions de masse ne traumatisèrent ni le milieu scientifique ni l’opinion publique. Elles furent perçues comme le début d’une ère nouvelle, « l’âge atomique » confirmant la fiabilité de cette nouvelle source d’énergie.

Le mercredi 8 août 1945, on put lire à la une du journal Le Monde : « Une révolution scientifique: Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le Japon ». L’unanimité fut assez parfaite dans l’ensemble de la presse. L’ampleur du désastre, ces êtres humains qui, en quelques millionièmes de seconde, furent « volatilisés » et ne laissèrent qu’une ombre sur les murs, loin de déclencher horreur et indignation, fut reçue comme la preuve objective d’un avenir radieux pour une humanité qui allait enfin être débarrassée à tout jamais des contraintes du travail. La matière se révélait source inépuisable d’énergie, qu’il serait possible d’utiliser partout sans limite, sans effort, sans danger.

D’invraisemblables projets étaient présentés sérieusement comme à notre portée dans un avenir très proche. On parlait de faire fondre la glace des pôles par bombardement atomique pour produire un climat tempéré sur la terre entière, d’araser le Mont Blanc ou de combler la Méditerranée pour irriguer le Sahara (Joliot), etc.

Le délire scientiste n’a plus jamais atteint de tels sommets. Les explosions sur le Japon furent glorifiées et bénies par tout ce que l’establishment scientifique avait de disponible: à l’époque cela s’appelait « les savants ». La mobilisation fut spontanée pour nous initier à cet avenir que les prix Nobel du « Projet Manhattan » nous avaient soigneusement préparé. Hiroshima devait ouvrir à l’humanité une ère de liberté, on entrait dans la modernité libératrice.

La seule voix discordante fut celle d’Albert Camus dans l’éditorial de Combat le 8 août 1945: « Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. […] Il est permis de penser qu’il ya quelque indécence à célébrer une découverte qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles ». Ces positions lui valurent, quelques jours plus tard, de violentes critiques.

Pour France-Soir, l’ère nouvelle fut inaugurée le 16 juillet 1945, date de l’essai de la première bombe atomique. Il titre le 8 novembre 1945: « Le 16 juillet 1945 à Alamogordo, par une nuit d’orage, le monde est entré dans une ère nouvelle ». L’article se poursuit ainsi: « L’espèce humaine a réussi à passer un âge nouveau: l’âge atomique ».
Ce même journal titrait un article le 9 août 1945: « L’emploi de la bombe atomique ouvre des horizons illimités ».

Le 10 août 1945, après la destruction de Nagasaki, France-Soir confiait ses colonnes à « un prince, académicien français et prix Nobel de physique » qui titrait son article: « L’homme pourra demain tirer plus d’énergie de quelques grammes de matière désintégrée que de la houille, de l’eau et du pétrole, par le prince Louis de Broglie, de l’Académie française ».

Le 8 août 1945, le journal Libération titrait en première page: « La nouvelle découverte peut bouleverser le monde. […] Charbon, essence, électricité ne seraient bientôt plus que des souvenirs ».

L’Humanité du 8 août 1945 titre en première page: « La bombe atomique a son histoire depuis 1938, dans tous les pays des savants s’employaient à cette tâche immense: libérer l’énergie nucléaire. Les travaux du professeur Frédéric Joliot-Curie ont été un appoint énorme dans la réalisation de cette prodigieuse conquête de la science ». Les journaux mentionnent à de nombreuses reprises la part jouée par la France dans cette prodigieuse découverte. Ainsi on trouve dans le Figaro du 9 août 1945 un communiqué de l’AFP: « Paimpol 8 août – M. Joliot-Curie fait de Paimpol la communication suivante: L’emploi de l’énergie atomique et de la bombe atomique a son origine dans les découvertes et les travaux effectués au Collège de France par MM. Joliot-Curie, Alban et Kowarski en 1939 et 1940. Des communications ont été faites et des brevets pris à cette époque ». Un de ces brevets porte sur les « Perfectionnements aux charges explosives », brevet d’invention n° 971-324, « demandé le 4 mai 1939 à 15 h 35 min à Paris » (lire: L’histoire de la protection des brevets de l’équipe Joliot).

Cependant, personne n’osa en 1945 réclamer au gouvernement américain des royalties, bien que finalement on affirmât que la destruction de Hiroshima était couverte par un brevet français! Seul un bénéfice moral était attendu en exigeant que l’opinion mondiale reconnût la contribution française aux massacres d’Hiroshima et de Nagasaki.


En face de cet enthousiasme délirant
voici ce qui se passait sur place:

A lire:

première du Daily ExpressLe seul article de presse qui ait échappé à quelques heures près à la censure américaine
La une du Dally Express du 5 septembre 1945. « La peste atomique. Ce que j’écris doit servir d’avertissement au monde entier. »

Merci à «Infonucléaire» de nous avoir fourni cette liste de témoignages


Atomisé brûlé mourant

Le 7 août, au poste de quarantaine militaire de Ninoshima, à environ 4 kilomètres de Hiroshima. Beaucoup de ceux atteints de profondes brûlures dues à la chaleur de l’explosion, restent étendus ainsi sans bouger, respirant à peine, jusqu’à ce que la vie s’en aille.
(Photo Masayoshi Onuka)


«Notes de Hiroshima»

Un livre de Kenzaburo Ôé

parti en reportage en Août 1963 à Hiroshima
il recueille le témoignage de survivants, malades, médecins..
Il y retournera à plusieurs reprises


Autres informations:

L’observatoire des armées

Sortir du nucléaire


A propos de l’image du brûlé de Hiroshima
Je ne publie généralement pas de photos à fort impact émotionnel.
Mais ici, je pense que c’est honorer ces victimes que de veiller à reconnaître leur douleur et à ne pas oublier

Le 5 Août 2015


Juil 19

Préparatifs japonais pour les JO de 2020

Décontamination d’un centre d’entraînement
pour les équipes de foot japonaises
à 20 km de la centrale accidentée

La décontamination des installations de foot «J-Village » près de la centrale détruite de Fukushima N°1 a commencé le 13 Juillet. L’objectif est d’accueillir des joueurs avant les jeux olympiques de TOKYO de 2020.
C’est le ministère de l’environnement qui gère la décontamination de l’installation qui a été polluée par des matières radioactives pendant le désastre de Fukushima. Il est prévu de la rouvrir en Avril 2019 pour fournir logement et formation aux équipes de Football japonaises, masculines et féminines.

situation et zones contaminées«J-Village» chevauche les deux communes de Naraha et Hirono; il a été construit en 1997 par TEPCO (Tokyo Electric Power Compagny) et donnée à la préfecture de Fukushima. Il est géré par «Nihon Football Village», une organisation où siègent la préfecture et Tepco.

Après la catastrophe nucléaire, Tepco a loué l’installation et l’a utilisée comme siège pour ses travaux sur le site de Fukushima et pour son bureau principal gérant les opérations de réhabilitation dans la préfecture de Fukushima.
TEPCO a l’intention de rendre l’installation à la Préfecture en 2018.

Le «J-Village» couvre une superficie d’environ 50 hectares. Un total de 6,9 hectares comprenant l’immeuble central est à décontaminer pour Mars 2016. Dix des douze terrains de sport sont actuellement utilisées, notamment pour loger quelque 1.000 employés de TEPCO.
En Mars 2017, les installations sur le terrain et le bureau principal des opérations de réhabilitation seront déplacés vers la ville de TOMIOKA. TEPCO décontaminera ensuite les terrains et certains seront disponibles dans l’été 2018.

L’article du journal Mainichi en anglais:
Decontamination of ‘J-Village’ soccer facility begins ahead of 2020 Olympics
http://mainichi.jp/english/english/newsselect/news/20150714p2a00m0na006000c.html

le site sportif

Travaux de décontamination.
A l’arrière-plan le bâtiment principal
NAHARA le 13 juillet 2015.(cliché Mainichi)

Le 19 juillet 2015

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

Juil 05

Fukushima, 4 ans après : les réfugiés de l’atome forcés au retour en zone contaminée

Les 120 000 déplacés nucléaires de Fukushima font face à des pressions gouvernementales croissantes pour retourner vivre dans les zones pourtant fortement contaminées.
Alors que la centrale ravagée continue de déverser sa radioactivité, le gouvernement japonais, farouchement pro-nucléaire, veut donner l’illusion d’un retour à la normale.

Un article de MEDIAPART du 04 juillet 2015 | Par Frederic Ojardias

De notre envoyé spécial au Japon.
« Ma maison est inhabitable. Elle est beaucoup trop radioactive. »
Assis en tailleur sur son tatami, M. Nakano, 67 ans, ouvre son quotidien local à la page qui donne chaque jour, comme si c’était la météo, les taux de radioactivité de chaque hameau situé autour de la centrale dévastée de Fukushima Daiichi.
Au feutre rouge, il a dessiné un point devant le taux de son village : 14,11 μSv/h. « C’est très élevé et très dangereux.
En plus, c’est une mesure officielle, à laquelle je ne fais pas confiance. Je pense que la radioactivité y est en réalité encore plus forte. »

… Cécile Asanuma-Brice, directrice adjointe du bureau du CNRS à Tokyo et chercheuse associée à la maison franco-japonaise de la capitale:
« Le gouvernement cherche à créer un sentiment de nostalgie par rapport au territoire d’origine. C’est extrêmement vicieux. Par exemple, alors que les enfants commençaient enfin à s’établir et à se réintégrer sur leur lieu de refuge, on a organisé des ateliers avec leurs anciens camarades de classe de Fukushima. On les replonge avec leurs anciens amis, on les fait cuisiner, en leur expliquant que les légumes viennent du jardin du grand-père, de la tante. On leur raconte des légendes fabuleuses. Et quand le gamin revient chez lui, il demande : “Maman, on rentre quand à la maison ?” Cela génère une plaie ouverte. Les gens ne peuvent jamais s’établir. Psychologiquement, c’est invivable.»

Yoshida Kuniyoshi sort d’un placard son compteur Geiger, soigneusement enveloppé dans une pochette en plastique. « Quand je retourne chez moi, ça bipe comme un fou, c’est flippant. »…
Jeune marié, il n’a aucune envie de retourner s’installer dans sa maison irradiée, malgré la probable fin, d’ici deux ans, des indemnités et des aides financières. « Les journaux proches du gouvernement écrivent que les évacués coûtent trop cher. Il y a une pression pour mettre fin aux compensations données aux réfugiés nucléaires. Je pense que dans mon cas, elles cesseront dès 2017, comme c’est déjà prévu dans certaines zones. 2017 sera une année de combat », prévient-il, dans un petit rire amer…

Lire l’article en entier

Un article de MEDIAPART DU 04 juillet 2015 dont je vous conseille vivement la lecture

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
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