Mar 26

5 ans. Bilan sanitaire de la catastrophe de Fukushima.

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW) et l’association Physicians for Social responsability (PSR)
ont publié le 9 mars 2016 un rapport intitulé
« Vivre avec Fukushima depuis 5 ans»

Il est disponible en anglais ici:
http://www.psr.org/resources/fukushima-report-2016.html

La couverture du rapport de IPPNW/PSR

Voici une traduction partielle de ce rapport.

Traduction Odile Girard, http://www.fukushima-is-still-news.com/
avec l’aimable autorisation des auteurs

Auteurs
Dr.med. Alex Rosen, Vice-Chair, IPPNW Germany
Dr.med. Angelika Claussen, IPPNW Vice President for Europe

mars 2016


5 ans: vivre avec Fukushima – Résumé des effets sanitaires de la catastrophe nucléaire

Résumé

Le 11 mars 2016, le Japon et le monde commémorent le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Plus de 200 000 personnes furent évacuées de la préfecture de Fukushima dans des camps de fortune, où vivent encore quelque 100 000 d’entre elles. Mais les conséquences de la catastrophe s’étendent bien au-delà des limites de la préfecture. Depuis le début, des millions de gens ont été exposés à une augmentation des doses de radiation, principalement dans les zones de fortes retombées radioactives. Les retombées radioactives affectent les personnes à travers l’exposition atmosphérique pendant les émissions de radioactivité ou les tempêtes qui soulèvent de la poussière radioactive, ainsi que via l’exposition directe à un sol et des surfaces contaminés. Tout le monde, y compris ceux qui vivent dans les régions moins contaminées du pays, a également été confronté à la radioactivité contenue dans l’eau de boisson et l’alimentation contaminées. Cette forme d’exposition est extrêmement inquiétante, car les particules radioactives peuvent
être absorbées par les organes et les tissus internes et continuer à émettre des rayonnements ionisants pendant des dizaines d’années.

Selon le Premier ministre japonais de l’époque, ce n’est que grâce à une « divine Providence » que le Grand Tokyo, avec ses plus de 30 millions d’habitants, a évité la contamination et l’évacuation. Les autorités ayant omis de distribuer de comprimés d’iode, la population est restée sans protection face à l’iode radioactif, qui peut provoquer cancers thyroïdiens et hypothyroïdisme.
Cette tragédie se poursuit encore aujourd’hui.
Chaque jour, quelque 300 tonnes d’eau radioactive se déversent de manière incontrôlée dans l’océan. La catastrophe de Fukushima est déjà responsable de la plus grave contamination radioactive des océans dans l’histoire de l’humanité.

Cinq ans après la fusion des cœurs, on ne connaît toujours pas avec certitude ses effets sur la santé de la population japonaise. Premièrement, on ne sait pas exactement combien de radiation a été réellement émise en mars et avril 2011, et combien s’est échappée depuis des ruines des réacteurs et du site de la centrale. Comment l’expliquer?

  • Des études indépendantes indiquent parfois des émissions radioactives
    considérablement plus importantes
  • Tous les isotopes radioactifs n’ont pas été mesurés, en particulier le
    strontium-90
  • Les premiers rejets n’ont pas été inclus dans l’évaluation des impacts
    sanitaires.

En d’autres termes, les informations de base concernant la contamination du sol,de l’océan et de la nourriture sont encore un sujet de controverse entre le lobby nucléaire et les scientifiques indépendants.
Deuxièmement, le gouvernement pro-nucléaire du Japon et le tout-puissant lobby nucléaire font tout ce qu’ils peuvent pour minimiser et dissimuler les conséquences de la catastrophe.
Même l’Université de Médecine de Fukushima, qui coordonne le programme
de dépistage du cancer de la thyroïde, a des liens avec le lobby nucléaire et a reçu de l’argent de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). On a l’impression que l’idée est de refermer au plus vite le dossier de Fukushima et de s’assurer que le public japonais retrouve une attitude positive vis-à-vis de l’énergie nucléaire.

Toutefois, les données montrent un tableau assez différent. Non seulement des fuites radioactives périodiques en provenance des réacteurs dévastés ainsi que des épisodes de recontamination dans toute la région continuent à se produire, mais la perception de l’énergie nucléaire a aussi changé et une majorité de Japonais rejettent désormais le nucléaire. L’étude controversée relative aux cancers de la thyroïde n’a pas envoyé le signal de fin d’alerte tant espéré par le lobby nucléaire. Au contraire, 116 enfants de la préfecture de Fukushima ont déjà été diagnostiqués comme souffrant d’un cancer de la thyroïde agressif et à évolution rapide, ou déjà au stade des métastases. Dans une population de cette taille, on attendrait normalement environ un cas par an. Pour 16 de ces enfants, on peut exclure l’effet du dépistage (screening effect), étant donné que leur cancer s’est déclaré au cours des deux dernières années.

Ce qui est encore plus inquiétant que les résultats de l’étude, c’est qu’à part l’incidence des cancers de la thyroïde chez les enfants de la préfecture de Fukushima, le Japon n’a pas commencé d’autres enquêtes scientifiques à grande échelle sur les maladies liées aux radiations.
L’origine d’un cancer est difficile à étiqueter
et la cause d’un cancer individuel ne peut être reliée par un lien de causalité à un incident spécifique. Les autorités japonaises sont parfaitement conscientes de ce fait et n’ont pas cherché les augmentations de fausses couches, de malformations fœtales, de leucémies, de lymphomes, de tumeurs solides et de maladies non cancéreuses parmi la population qui a été touchée par les retombées radioactives. Or on sait que le taux d’augmentation de toutes ces maladies avait été significatif après l’accident de Tchernobyl.

Quand nous parlons de la population affectée au Japon, nous la divisons en quatre sous-groupes :

  • Plus de 25 000 personnes ayant participé au nettoyage et aux secours ont reçu les doses de radiations les plus fortes doses et risqué leur vie, en empêchant l’escalade de la situation sur le site de la centrale. Si l’on en croit les données fournies par l’opérateur TEPCO, une centaine d’ouvriers contracteront un cancer dû aux doses excessives de radiations, cancer qui sera fatal dans 50 pour cent des cas. Cependant, les véritables niveaux de dose sont très probablement bien plus élevés, car l’opérateur n’hésite pas à manipuler les données afin d’éviter les demandes de compensation ; l’entreprise est ainsi capable d’engager des travailleurs temporaires non enregistrés, de trafiquer les dosimètres et même d’avoir recours à des faux grossiers.
  • La population évacuée, soit 200 000 personnes, qui a été initialement exposée à des doses de radiation considérables, vit maintenant pour la majeure partie en-dehors de la préfecture de Fukushima.
  • Les populations non évacuées des zones irradiées continuent à être exposées chaque jour à des doses accrues de radiation.
  • La population du reste du Japon est exposée à des doses accrues de radiation provenant de retombées radioactives minimales, ainsi que d’aliments et d’eau contaminés.

Ce qui est absolument nécessaire à présent, c’est de réaliser une série d’études épidémiologiques pour examiner les conséquences sanitaires de l’exposition aux doses excessives de radiation, en particulier les maladies qui peuvent être détectées et traitées de manière précoce. Ces études doivent être guidées par les enquêtes déjà publiées, exposées dans le présent rapport, sur les animaux , les oiseaux et les insectes touchés par la catastrophe et qui montrent des effets hématologiques, une élévation des taux de mutation dans la seconde génération et une augmentation des taux de mortalité. Mais comme ce genre d’études – et l’image négative de l’énergie nucléaire qu’elles véhiculeraient – ne sont pas politiquement désirables, nous ne connaîtrons sans doute jamais l’ampleur réelle des effets sur la santé de la catastrophe de Fukushima et nous devons nous limiter à faire des estimations fondées sur les émissions radioactives connues ou présumées et sur les voies d’exposition.

Si l’on se base sur les chiffres du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), qui est un organisme pro-nucléaire, qui estimait la dose collective à vie à environ 48 000 personne-Sieverts et si l’on utilise les facteurs de risque reconnus au niveau international dans le rapport BEIR-VII, on peut attendre un excès d’incidence de cancers d’un peu moins de 10 000 au Japon dans les décennies à venir (intervalle de confiance allant de 4 300 à 16 800 cas). Si l’on prend en compte des données et des facteurs de risque plus modernes, les estimations de l’augmentation des taux de cancer sont nettement plus élevées, à savoir quelque 66 000 cas de cancer supplémentaires, dont environ la moitié seraient mortels.

Est-ce beaucoup ?
Certainement pas en regard d’une population de presque 127 millions de personnes et un risque “normal” de cancer de 50 % au cours de la vie. Mais est-ce négligeable ? Vu que dix mille personnes vont développer un cancer uniquement suite à une « catastrophe causée par l’homme » à Fukushima (c’est ainsi que l‘a qualifiée la Commission d’enquête indépendante de la Diète nationale), certes non. Le destin de ces personnes et de leur famille n’est ni « négligeable » ni « non significatif », comme voudraient nous le faire croire le lobby de l’industrie nucléaire, l’AIEA et l’UNSCEAR.

Le discours public sur la catastrophe de Fukushima ne doit pas se laisser guider par le profit économique et l’influence politique, mais doit se concentrer sur la santé et destin des populations affectées, ceux qui ont tout perdu, qui craignent pour leur santé et celle de leurs enfants, et qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre sans la peur incessante des radiations.

Les risques sanitaires pour la population japonaise doivent être étudiés par des scientifiques indépendants et de manière à exclure toute influence indue de la part de l’industrie nucléaire et de ses soutiens politiques. Des études extensives sont nécessaires pour comprendre les conséquences sanitaires sur la population affectée, pour identifier les maladies à un stade précoce et améliorer la protection des générations futures en approfondissant nos connaissances sur les effets des rayonnements ionisants. Le débat sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima va bien au-delà du principe de l’indépendance de la recherche et de la résistance à l’influence des tout-puissants groupes de pression. Il s’agit ici du droit universel de chaque être humain à la santé et à vivre dans un environnement sain.

Dr. Alex Rosen, médecin, vice-président, IPPNW Allemagne
Catherine Thomasson, médecin, directrice exécutive, PSR (États-Unis)


Extraits de quelques chapitres du rapport

Perspectives

Les résultats ci-dessus montrent clairement que la catastrophe nucléaire de Fukushima n’est toujours pas sous contrôle et que le processus enclenché pour faire face aux conséquences sur les humains et l’environnement ne fait que débuter.
Dans le même temps, les informations élémentaires concernant le terme source [expression technique utilisée pour décrire le rejet accidentel de matières radioactives à partie d’une installation nucléaire dans l’environnement] et la contamination du sol, de l’océan et de
l’alimentation est encore sujette à des controverses entre d’une part, le lobby nucléaire et ses institutions, et d’autre part, les chercheurs et physiciens indépendants, même cinq ans après le début de la catastrophe.
Les effets sanitaires sur les ouvriers exposés de par leur travail et le public en général sont systématiquement minimisés par l’industrie nucléaire et leurs groupes de pression comme l’AIEA ou l’UNSCEAR.
À coup de
déclarations éloquentes et de rapports palliatifs, particulièrement de la part des autorités japonaises, des efforts persistants sont faits pour mettre fin à toute discussion sur la catastrophe de Fukushima.

Il faut le clamer avec insistance : le débat est loin d’être terminé.
Selon TEPCO, chaque jour quelque 300 tonnes d’eau radioactive se déversent dans la mer.1 Les travaux de décontamination sont en panne et sont sans cesse contrariés par la recontamination. La décontamination des montagnes, des forêts et des champs s’est avérée impossible, même pour un pays comme le Japon. Les autorités comptent avec optimiste sur “l’effet protecteur” du lavage des radionucléides dans le sol et l’infiltration des particules radioactives dans les couches plus profondes du sol, mais oublient de tenir compte de l’augmentation de l’exposition du public au césium-137 radioactif présent dans les nappes phréatiques et la chaîne alimentaire. 2 Il faudra des dizaines d’années et des milliards de dollars des contribuables pour retirer les matériaux radioactifs restant dans les réacteurs dévastés.3 La demi-vie du césium-137 est d’environ 30 ans. Cela signifie que des quantités non négligeables de radiation resteront présentes dans les champs, les pâturages et les forêts pendant les 300 prochaines années et plus. Le fait que les forêts du sud de l’Allemagne soient encore activement contaminées 30 ans après Tchernobyl en est un parfait exemple.

Il ne serait pas très scientifique de formuler des conclusions définitives sur les effets à long terme d’une catastrophe nucléaire cinq ans seulement après l’accident, surtout que les problèmes principaux sont les cancers et les maladies cardiovasculaires qui prennent des années, voire des décennies à se manifester. C’est précisément pourtant ce que les autorités japonaises, l’AIEA et l’UNSCEAR essaient de faire quand elles déclarent qu’il n’y aura pas dans la population affectée d’effets « pertinents » ou « discernables » dus aux radiations.
Ce dont ont besoin les gens qui vivent dans les régions concernées, c’est d’une information crédible, de conseils et de soutien, et non pas de mensonges, d’études manipulées ou de faux espoirs.
La motivation d’organismes comme l’AIEA n’est pas de protéger la santé des populations : leur intérêt consiste en grande partie à protéger les profits et l’influence politique de l’industrie nucléaire au Japon et dans le reste du monde.
Alors que le secteur de l’énergie nucléaire japonais a généré depuis des dizaines d’années d’immenses profits avec ses réacteurs vieillissants, le coût de la contamination extensive et des efforts de nettoyage à Fukushima sera du ressort de plusieurs générations de contribuables japonais, dont la majorité doute aujourd’hui sérieusement du bien-fondé du nucléaire. Au Japon, un gigantesque système de mensonge organisé a été installé pour protéger l’industrie nucléaire. Les rapports indésirables peuvent être accusés de “trahison de secrets d’État” et sont punis par la loi. 4

Le débat public sur Fukushima ne doit pas concerner les profits, le pouvoir et l’influence politique de l’industrie nucléaire, mais la situation et la santé des populations affectées, ceux qui ont tout perdu, qui craignent pour leur santé et celle de leurs enfants, qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre sans la peur incessante des radiations.
Les risques sanitaires pour la population japonaise doivent être étudiés par des scientifiques indépendants pour exclure tout soupçon d’influence indue de la part de l’industrie nucléaire et de ses soutiens politiques. Des études extensives sont nécessaires pour comprendre les conséquences sanitaires sur la population affectée, pour identifier les maladies à un stade précoce et améliorer la protection des générations futures en approfondissant nos connaissances sur les effets des rayonnements ionisants. Le débat sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima va bien au-delà du principe de l’indépendance de la recherche et de la résistance à l’influence des tout-puissants groupes de pression. Il s’agit ici du droit universel de chaque être humain à la santé et à vivre dans un environnement sain.

3.Conséquences de la catastrophe nucléaire sur la santé humaine

pp.22-25

La nature cancérigène des radiations ionisantes est connue depuis longtemps. class= »fvert »>1 Les personnes qui sont soumises aux radiations sur leur lieu de travail sont plus souvent malades que les personnes non exposées.
Une méta-analyse de 2007 des données émanant de 15 pays a montré une corrélation significative entre la dose de radiation et l’incidence de cancer sans dose seuil chez les personnes exposées.2
Le Comité consultatif de l’Académie des Sciences américaine sur les effets biologiques des radiations ionisantes déclare dans son rapport BEIR VII qu’il n’existe pas de dose seuil minimale et que même de faibles doses de radiation sont capables de provoquer des dégâts dans les tissus et des mutations génétiques. L’exposition d’une population importante à de faibles doses de radiation peut donc avoir un effet similaire à celle qu’aurait une forte dose de radiation sur une population réduite. Le modèle dose-risque du rapport BEIR VII montre que l’exposition d’une population de 100 000 personnes à une moyenne de 1 mSv aurait pour résultat une moyenne de 20 cas de cancers (avec un intervalle de confiance ou IC de 9 à 35). On pourrait attendre le même nombre de cancers si 1 000 personnes étaient exposées à 100 mSv de radiation.
Dans les deux cas, on part du principe que le facteur de risque relatif à l’incidence de cancer (intervalle de confiance 0,09-0,35) est de 0,2 par personne-sievert. L’OMS utilise aussi un facteur de risque de cancer de 0,2/PSv dans son rapport de 2013 sur Fukushima.4 Le facteur de risque pour la mortalité due au cancer est à peu près deux fois moins élevé (0,1/PSv, IC 0,05-0,19).

Si on applique ce modèle à la situation du Japon après la catastrophe nucléaire de Fukushima, voici l’image qui en résulte :
Les ouvriers responsables du nettoyage de la centrale ont probablement été les plus exposés. Ils constituent cependant un groupe
relativement réduit.
Les retombées radioactives et la contamination incessante de l’océan, de l’eau de boisson et des aliments font qu’une bien plus grande proportion de la population japonaise est actuellement exposée à de faibles doses de radiations, en particulier dans les zones les plus contaminées. Mais les gens vivant dans le Grand Tokyo sont eux aussi affectés, ainsi que les consommateurs de produits irradiés dans tout le pays. La contamination radioactive continuera à avoir des conséquences pour la population pendant longtemps. Le strontium-90 ayant une demi-vie de 28 ans et le césium-137 une demi-vie de 30 ans, il faudra 300 ans avant que le processus de désintégration ne rende les niveaux d’irradiation acceptables.

Dans les décennies à venir, l’exposition chronique d’importantes parties de la population à de faibles doses de radiations va représenter le défi le plus sévère pour la politique de santé publique. L’origine des cancers étant difficile à identifier, le lien de causalité entre les cas de cancers spécifiques et tel ou tel évènement ne peut jamais être établi. En outre, le Japon a déjà une incidence “naturelle” de cancer relativement élevée : environ la moitié des Japonais développeront un cancer au cours de leur vie. Néanmoins, des études épidémiologiques appropriées pourraient différencier les cas de cancers radio-induits du “bruit de fond” de l’incidence naturelle de cancer. On l’a vu très clairement dans l’étude des leucémies et des cancers chez les enfants vivant près de réacteurs nucléaires en Allemagne, qui a révélé une augmentation significative du nombre de cancers
infantiles aux alentours des centrales nucléaires. 5
Mais ce genre d’études ne sert évidemment pas les intérêts des autorités et du puissant lobby nucléaire japonais. Leurs organismes soutiennent par conséquent qu’ « on n’attend pas
d’augmentation perceptible du taux d’incidence des cancers dans cette population qui pourrait être attribuée à une exposition aux radiations liée à l’accident. »6
Dans les deux chapitres qui suivent, nous examinerons cette affirmation [de manière critique] sur la base des deux populations les plus affectées, à savoir les travailleurs affectés au nettoyage et l’ensemble de la population. Pour finir nous reprendrons [encore une fois séparément] les résultats de l’étude en cours sur les cancers de la thyroïde menée par l’Université de Médecine de Fukushima, car elle est jusqu’à présent la seule
étude à présenter la possibilité d’un lien entre l’augmentation de l’incidence des cancers et la catastrophe nucléaire de Fukushima.

3.1 Effets sur la santé des personnes exposées professionnellement

3.2 Effets sur la santé du public en général

Contrairement aux ouvriers qui ont été et continuent à être exposés à des taux de radiation élevés, la plus grande partie de la population japonaise a été exposée à des doses relativement faibles, à travers les aliments, l’eau et l’air contaminés. Cependant, de par sa taille, c’est dans ce groupe qu’on peut attendre de loin le plus grand nombre d’effets concrets sur la santé. L’exemple suivant peut servir d’illustration : si on prend les chiffres de l’UNSCEAR, les 127 millions de Japonais seront exposés à une dose vie d’environ 48 000 personne-sieverts (PSv), dont la majorité affectera la population des préfectures les plus contaminées. En appliquant le facteur de risque de 0,2/PSv (IC : 0,09-0,35) proposé dans le rapport BEIR VII, que même l’OMS utilise à présent, on estime le total des cas de cancers radio-induits au Japon à 9 600 (IC : 4 300 – 16 800), dont environ la moitié seront mortels.

Ce chiffre est encore plus élevé si l’on utilise les calculs de doses du rapport de l’OMS sur Fukushima. L’OMS part du principe que la dose individuelle durant la première année était entre 3 et 25 mSv pour la population des zones les plus contaminées (un peu
moins d’un million de personnes) et de 0,316 mSv (IC : 0,1-1 mSv) pour le reste de la population (soit quelque 126 millions).17

Selon le facteur utilisé pour calculer la dose vie (le double ou le triple de la dose de la première année), on arrive à une dose vie collective de 110 000 à 165 000 PSv. Si on prend le facteur de risque d’incidence de cancer de 0,2/ PSv (IC : 0,09 – 0,35), on peut s’attendre à un chiffre de cancers supplémentaires de 9 900 à 57 000 pour l’ensemble du Japon.
D’autres modèles de calcul qui appliquent le facteur de risque plus élevé de 0,4/PSv pour le taux d’incidence des cancers arrivent à un chiffre situé entre 22 000 et 66 000 cas de cancers.18
Des études épidémiologiques récentes suggèrent que ce facteur de risque reflète le risque réel de cancer de manière plus fiable que le facteur moins élevé appliqué dans le rapport BEIR VII.19

Quelles que soient les estimations de doses, les calculs de dose à vie ou les facteurs de risque qu’on ait tendance à préférer, il ne fait aucun doute que les rejets radioactifs de Fukushima provoqueront au Japon un nombre significatif de cancers – leucémies, lymphomes et tumeurs solides – même si individuellement le lien avec la catastrophe nucléaire de Fukushima n’est pas démontrable. Il n’est envisagé aucun programme de dépistage de masse ou de prévention spécifique pour l’ensemble de la population, à la seule exception des tests thyroïdiens prévus pour les enfants de la préfecture de Fukushima.

On sait en outre que les radiations ionisantes causent non seulement des cancers, mais aussi des maladies cardiovasculaires, ainsi qu’un certain nombre d’autres maladies, et qu’une partie de celles-ci présentent les mêmes facteurs de risque que le cancer.20-21
De plus, les dommages génétiques et les effets ransgénérationnels des radiations ionisantes sont aujourd’hui bien connus. On peut en trouver de nombreux exemples dans la récente étude de synthèse de Scherb et al.22
Tout particulièrement, une évolution du rapport des sexes (sex-ratio) chez les nouveau-nés a été observée chez les populations ayant été exposées aux radiations. Avec moins de filles à la naissance, le rapport des sexes évolue en faveur des mâles. Il reste à voir si cet effet se fera également sentir à Fukushima au cours des prochaines années, mais la question vaut certainement la peine d’être examinée. Dans une analyse statistique des registres des naissances au Japon, Körblein a trouvé une augmentation significative de 20 % de mortalité périnatale dans les régions contaminées en 2012 et 2013, ce qui correspond à quelque 140 cas de cas excédentaires de mort périnatale. 23

Il faut noter que les calculs des taux de maladies et d’effets sanitaires sont fondés sur un grand nombre d’hypothèses, telles que le terme source, l’ingestion de particules radioactives dans l’alimentation et certains comportements ayant un impact sur le risque.24
Dans ce chapitre, les calculs sont basés sur les évaluations de doses faites par l’OMS et les estimations de doses vie collectives de l’UNSCEAR. On a déjà montré que cette information est tellement empreinte d’incertitudes et systématiquement sujette à une telle sous-estimation que les doses collectives, et par conséquent le nombre de cas de cancers et de morts, est en toute probabilité plusieurs fois supérieur. En voici quelques raisons :

  • Le montant total de particules radioactives rejetées est probablement
    beaucoup plus élevé que les chiffres utilisés pour les rapports
    de l’OMS et de l’UNSCEAR (voir chapitre sur les rejets
    atmosphériques).
  • L’exposition de la population dans la zone des 20 km avant et durant
    l’évacuation n’a pas été incluse dans ces estimations. 25
  • La quantité et la sélection des échantillons alimentaires pour
    calculer les doses d’irradiation interne étaient inadéquates ou
    biaisées (voir chapitre sur la contamination radioactive des
    aliments).
  • L’indépendance des auteurs des deux rapports doit être mise en question. Des
    représentants de l’AIEA ont écrit des passages essentiels du
    rapport de l’OMS, alors que le principal objectif de l’agence
    est de promouvoir l’énergie nucléaire dans le monde entier. 26

L’exactitude des calculs des risques sanitaires ne vaut que les hypothèses sur lesquelles sont fondés ces calculs. Une évaluation basée sur des données d’une objectivité discutable, un échantillonnage sélectif, la distorsion des données et la soustraction de faits pertinents ne saurait servir de fondement à une politique de santé
publique.

4.3 Les dépistages concernant la thyroïde(résumé)

p.28

Le nombre d’enfants qui n’ont pas été examinés suggère que l’augmentation de l’incidence des cancers thyroïdiens pourrait être encore plus forte. Plus de 67 000 enfants de la
préfecture de Fukushima ayant été exposés aux radiations n’ont pas été inclus dans l’étude et plus de 160 000 sont encore sur la liste d’attente pour un dépistage complet [attendent leur second dépistage]. Un autre motif d’inquiétude est que les enfants qui vivent hors de la préfecture de Fukushima ne sont pas systématiquement examinés ou soumis à un dépistage, alors qu’on sait que les retombées radioactives contenant du césium-131 ont atteint la banlieue nord de Tokyo et que des centaines de milliers d’enfants supplémentaires ont été exposés à une élévation de la radioactivité dans les premiers jours et les premières semaines de la catastrophe nucléaire mais n’ont pas fait l’objet d’un dépistage. Sans des dépistages de masse, il ne sera pas possible d’établir un lien de causalité entre l’excès
des cas de cancer et l’exposition aux radiations, et certains cas de cancer risquent d’être dépistés trop tard.

Dans ce contexte, il est important de rappeler que les autorités ont délibérément omis de distribuer des comprimés d’iode pour protéger la population contre les effets néfastes de l’iode-131. Le rapport du Comité d’enquête indépendant du parlement japonais indique que « quoique les effets positifs de l’administration d’iode stable et les délais appropriés aient été parfaitement connus, les autorités de réponse à l’urgence nucléaire du gouvernement et le gouvernement de la préfecture n’ont pas réussi à donner au public des instructions correctes.[check report]. »12
Il est difficile également de comprendre pourquoi, le 19 avril 2011, le gouvernement japonais a augmenté le niveau d’exposition permissible pour les enfants à 3,8 μSv/heure (l’équivalent de 20 mSv par an pour une exposition de 14 heures par jour).13
Suite aux protestations des organisations de parents, de scientifiques et de médecins, le gouvernement a annulé la nouvelle norme le 27 mai 2011 et repris l’ancienne qui était de 0,2 μSv par heure (soit 1 mSv par an).14 Durant les premières semaines et les premiers mois de la catastrophe, ce changement de norme aura certainement
contribué à exposer les enfants des zones affectées à de plus fortes doses de radiation.

En résumé, on peut dire que les dépistages de masse peuvent aider à étayer l’incidence des carcinomes thyroïdiens et à détecter et donc soigner plus tôt les évolutions angereuses.

Au vu de l’expérience de Tchernobyl, il est incompréhensible qu’à part les dépistages pour la thyroïde, il n’y ait eu aucune autre forme de dépistage de masse des enfants dans les préfectures contaminées.
Une évaluation et un dépistage pour rechercher d’autres formes de maladies radio-induites, telles les tumeurs solides, les leucémies, les lymphomes ainsi que des effets sanitaires non cancéreux comme les cataractes, les maladies endocriniennes et cardiovasculaires, et les conséquences génétiques de l’exposition aux radiations, auraient dû être effectués. Il est encore possible de le faire. Une recherche extensive doit absolument être menée par des scientifiques indépendants pour quantifier l’ampleur réelle de la charge de morbidité au sein de la population affectée.

Recommandations

pp.33-34

Pour le Japon :

  • Les populations affectées par la catastrophe nucléaire et leur droit
    à vivre dans un environnement sain doivent être au centre de
    toutes les discussions et des décisions sur les mesures à prendre.
    Dans ce but, il convient de garantir que les groupes affectés
    soient impliqués comme il se doit dans les processus décisionnels.
  • Tous ceux qui ont été impliqués dans le nettoyage de la catastrophe
    nucléaire, qu’ils aient été ou qu’ils doivent à l’avenir
    être exposés à la radioactivité, doivent être équipés de
    dosimètres fiables et être régulièrement examinés par des
    médecins indépendants. Ceci s’applique également aux employés
    des sous-traitants, aux travailleurs temporaires et aux volontaires.
    Les opérateurs nucléaires comme TEPCO ne doivent plus influencer
    les études et les données.
  • Le gouvernement japonais doit établir et tenir des registres
    semblables à ceux qui ont été mis en place par l’Union
    soviétique après Tchernobyl, pour couvrir tous les groupes ayant
    été exposés aux radiations suite à la catastrophe nucléaire de
    Fukushima. Ceci concerne :
    • Tous les évacués des zones contaminées et ceux qui vivent encore en zone
      contaminée ;
    • Les travailleurs de la centrale et ceux qui s’occupent du nettoyage et
      de la décontamination.
  • Les résidents des zones contaminées doivent être autorisés à
    décider s’ils veulent continuer à y vivre ou s’ils préfèrent
    déménager dans une région non contaminée. Un soutien financier
    et logistique doit leur être fourni.
  • Il faut mettre fin à la réinstallation forcée des évacués dans les
    zones contaminées. En particulier ils ne doivent pas être menacés
    de se voir retirer l’assistance financière s’ils ne veulent pas
    retourner [avec leur famille] dans les zones contaminées.
  • Des recherches épidémiologiques doivent être menées sur les effets
    de la catastrophe nucléaire et les populations affectées doivent
    avoir droit, régulièrement et gratuitement, à des bilans de santé
    et aux traitements. Les risques sanitaires pour la population
    japonaise doivent être évalués par des scientifiques indépendants
    qui n’ont pas de conflit d’intérêt avec l’industrie
    nucléaire ou ses soutiens politiques.
  • Étant donné qu’une grande partie des retombées a touché l’Océan
    Pacifique, une recherche systématique doit être effectuée sur la
    vie marine ; le Japon et des instituts de recherche
    océanographique internationaux doivent travailler en coopération.
  • Les reportages et recherches sur les conséquences de la catastrophe nucléaire ne
    doivent pas se heurter à la répression de l’État, comme la loi
    controversée sur la “trahison des secrets d’État”.
  • Après la fusion des cœurs à Fukushima, le Japon a arrêté toutes ses
    centrales nucléaires et durant plusieurs années, le pays s’est
    débrouillé sans énergie nucléaire. Le lobby nucléaire essaie
    actuellement de redémarrer les réacteurs, contre la volonté de la
    majorité de la population japonaise. Le Japon doit arrêter
    définitivement ses quelque 50 réacteurs et investir à la
    place dans la production d’énergie renouvelable et durable. Le
    pays a un potentiel énorme en termes d’énergie solaire,
    éolienne, hydraulique et géothermique et particulièrement dans le
    domaine de l’efficacité et des économies énergétiques.
  • En attendant, une enquête [par des instances parlementaires
    indépendantes] s’impose sur l’énorme influence exercée par le
    lobby nucléaire sur la politique japonaise et la corruption et la
    collusion endémiques entre hommes politiques, opérateurs de
    centrales et régulateurs, afin d’y mettre un terme et de prévenir
    l’occurrence de nouveaux désastres comme Fukushima.

Pour l’Europe et le reste du monde :

  • En Europe et aux États-Unis un peu moins de 300 réacteurs sont toujours en
    fonctionnement ; la moyenne d’âge est entre 30 et 40 ans.
  • L’IPPNW et PSR exhortent tous les États possédant des centrales nucléaires à
    commencer à fermer et à démanteler leurs réacteurs et à
    s’engager dans la production d’énergie renouvelable durable et
    dans l’efficacité énergétique. Il existe au niveau
    international un large consensus sur le fait que les combustibles
    fossiles ne peuvent ni ne doivent jouer le moindre rôle dans la
    production énergétique future. Mais le nucléaire ne représente
    pas non plus une alternative acceptable.
  • Pour l’IPPNW et PSR, la transition énergétique mondiale tendant vers 100 %
    d’énergie renouvelable associée à l’efficacité et aux
    économies énergétiques, ainsi qu’à la décentralisation de la
    production de l’énergie, est la seule conséquence politique
    raisonnable à tirer des catastrophes nucléaires de Tchernobyl et
    de Fukushima.

Mars 2016

Télécharger le rapport: http://www.psr.org/FukushimaReport2016

Les références surlignées en vert se rapportent au texte anglais

Deutsche Sektion der Internationalen Ärzte
für die Verhütung des Atomrieges / Ärzte in sozialer Verantwortung e. V. (IPPNW)
Körtestr. 10 · 10967 Berlin · Deutschland
Tel. ++49/ (0)30/ 69 80 74-0
Fax ++49/ (0)30/ 693 81 66
E-Mail: kontakt@ippnw.de
Internet: www.ippnw.de

PHYSICIANS FOR SOCIAL RESPONSIBILITY
1111 14th St NW
Washington, DC 20005 USA
Phone 202-667-4260
Fax: 202-667-4201
E-Mail: psrnatl@psr.org
Internet: www.psr.org

Fév 20

116 cas de cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima

Selon les officiels: toujours rien à voir avec l’accident nucléaire de Mars 2011

Un nouveau cas de cancer de la Thyroïde a été constaté chez un jeune de la préfecture de Fukushima. Cela porte le nombre total à 116 chez les enfants et jeunes adultes qui avaient 18 ans ou moins lors de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima en 2011. L’enquête concerne environ 380 000 jeunes. Aucun cas n’a été constaté chez les nourrissons.
La commission d’enquête sur la santé de la préfecture affirme que ces 116 cas ne sont pas liés à la catastrophe nucléaire.

Une information du journal Asahi Shimbun du 16 février 2016
http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201602160050


Notes

– Ces conclusions officielles sont contestées par une équipe d’épidémiologistes japonais dirigée par le Pr TSUDA. Voir une présentation des travaux du Pr Tsuda traduite en français par l’ACRO

– L’ACRO vient de publier un intéressant bilan sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima.
Je vous invite à le télécharger et lire ICI

Le 20 février 2016

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

voir l’étude WISE – PARIS

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Jan 28

En l’honneur de la vie et du travail de Chiyo Nohara

Chiyo Nohara, morte à l’âge de 60 ans, était membre de l’équipe de recherche qui a publié la première preuve scientifique de dommages causés à un organisme vivant par la contamination radioactive due à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

Chiyo Nohara était présente à Genève en Novembre 2014 lors du Forum scientifique et citoyen sur les effets génétiques des rayonnements ionisants. Elle y a présenté le travail de son équipe japonaise.

Cet article de Susie Greaves a été publié le 07 Janvier 2016 en anglais
sur le site d’ISIS – Institute of Science in Society
La traduction française est parue sur le site de l’association «Independent WHO»
Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Courage et héroïsme

Chiyo Npohara à Genève le 29 novembre 2014

Chiyo Nohara à Genève le 29 novembre 2014

En août 2012, la revue Nature a publié la preuve que les radionucléides artificiels de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ont créé des dommages physiologiques et génétiques au papillon bleu pâle des herbes, Zizeeria mara [1]. Au sein de l’équipe qui a conduit la recherche à l’université Ryukyus d’Okinawa, se trouvait une étudiante-chercheur en première année, Chiyo Nohara. Chiyo est décédée d’une crise cardiaque à l’âge de 60 ans, le 28 octobre 2015. Chiyo était une scientifique qui voulait protéger les êtres humains malgré la forte pression des autorités et un grand risque pour sa propre vie.

Chiyo a dit un jour à un ami [2] « Peu importe la quantité de vos recherches et de vos connaissances, elle serait futile si vous mourriez avant de transmettre au monde ce que vous avez appris. » Heureusement, la recherche de Chiyo a été publiée, et elle a apporté la première preuve scientifique des dommages que l’accident de Fukushima a provoqués sur des organismes vivants. Je ne vais pas décrire la recherche elle-même, puisqu’elle est publiée [1]. (Voir aussi [3] Fukushima Mutant Butterflies Confirm Harm from Low-Dose Radiation, SiS 56.) Je voudrais plutôt me concentrer sur sa réponse à l’accident de Fukushima, et rendre hommage à l’intelligence, le courage et l’énergie développés par Nohara et son équipe pour entreprendre cette recherche, s’engager dans le travail de terrain, diriger les expériences de laboratoire et ensuite défendre leur travail contre les critiques.

Chiyo est née le 8 mai 1955 à Ube, une ville de la préfecture de Yamaguchi. Elle a étudié les sciences économiques dans les universités de Okayama et de Aichi ; elle a enseigné l’expertise comptable à l’université, publié de nombreux articles et était impliquée dans la vérification des comptes publics aux niveaux local et national. Mais en 2010, à l’âge de 55 ans, en partie à cause d’allergies dont souffrait sa propre fille, Chiyo s’est intéressée à la santé environnementale. Elle a démissionné de son poste universitaire et s’est engagée dans le programme de biologie de troisième cycle de la faculté des sciences de l’Université de Ryukyus.

L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

Lorsque l’accident de la centrale de Fukushima est survenu en mars 2011, Chiyo était encore en première année de recherche. Elle a cependant persuadé son équipe que la recherche dans la zone de Fukushima était d’une importance capitale et qu’elle devait commencer immédiatement. Elle s’était déjà engagée en donnant de l’argent et des provisions aux victimes du tsunami et du tremblement de terre, mais elle disait [4] : « Je veux aller à Fukushima. Je veux voir la zone dévastée de mes propres yeux ». Elle disait qu’elle voulait « faire quelque chose, quoi que ce soit » pour aider les gens touchés par l’accident.
L’équipe universitaire, conduite par le maître de conférences Joji Otaki, spécialiste de la physiologie moléculaire, avait mené des recherches sur le mécanisme des motifs de couleurs particuliers du papillon bleu pâle des herbes (Zizeeria maha), qui sont influencés par les conditions environnementales, telles que la température. Il a vu que cette espèce de papillon pouvait servir comme un indicateur environnemental.

Mener une recherche dans les territoires contaminés

Après s’être longuement interrogés, trois membres du troisième cycle universitaire décidèrent d’aller dans les territoires contaminés de Fukushima. Ils signèrent tous une décharge écrite [4] : « Je suis tout à fait conscient et informé des dangers de mes activités dans des zones contaminées à un niveau de radiation relativement élevé ». Mais quelques jours avant la date de leur voyage à Fukushima, ils furent convoqués au bureau du doyen. Chiyo et son équipe furent soumis à un interrogatoire agressif et déplaisant du doyen, du doyen délégué et d’autres membres de l’administration. Leur préparation et leur planning furent mis en cause et ils furent aussi interpellés sur la réaction qu’ils susciteraient auprès des habitants de la préfecture de Fukushima « lorsque ceux-ci verraient une équipe de l’université de Ryukyus chasser des papillons au filet, alors qu’eux-mêmes cherchaient désespérément des parents disparus (à cause du tsunami) ».

Finalement, l’autorisation fut donnée, sous réserve de mesures correctes de protection radiologique et d’un plan strict de gestion de crise en cas d’une autre explosion à la centrale nucléaire. Il est intéressant de noter que, plus tard, le doyen délégué a félicité l’équipe pour son travail, disant que beaucoup d’équipes de recherche ne prendraient pas de tels risques de peur de perdre des financements, mais que « cette équipe ne se préoccupe pas de ces risques-là. Ils veulent seulement savoir ce qui se passe là-bas. Je soutiens leur travail, mais ils m’inquiètent ».

L’équipe partit le 13 mai 2011 pour un voyage de six jours sur le terrain. Ils avaient un compteur Geiger pour relever les niveaux de radiation et s’étaient eux-mêmes défini une limite de temps stricte de 20 minutes sur chaque site. S’ils ne trouvaient pas de papillons, ils allaient ailleurs. Ils visitèrent 15 sites dans 4 préfectures (Tokyo, Ibaraki, Fukushima, Miyagi) et reprirent l’avion pour Okinawa le 18 mai avec 144 papillons.

Chiyo s’inquiète de sa santé

Le travail s’est poursuivi pendant les mois suivants dans les laboratoires de l’université d’Okinawa et en septembre l’équipe est revenue de nouveau à Fukushima et a recueilli d’autres spécimens. Une partie de la recherche comprenait l’alimentation des papillons avec de l’oxalis corniculata contaminé par les radionucléides de la zone de Fukushima. Ce sont Chiyo et son mari qui firent les voyages dans les territoires contaminés pour cueillir l’oxalis contaminé – 15 voyages en l’espace de 18 mois. Inévitablement, Chiyo était inquiète pour sa santé. Un ami a dit [2] : « chaque fois qu’elle allait à Fukushima pour ramener des papillons et qu’elle mesurait le niveau de radiation de l’oxalis contaminé, sa condition physique se détériorait. Mais elle ne voulait pas que les jeunes étudiants fassent ce travail. »

L’équipe a recueilli les premiers adultes dans la zone de Fukushima en mai 2011 et certains présentaient des malformations. Deux générations de leur progéniture ont été élevées dans les laboratoires à Okinawa et les membres de l’équipe ont découvert que, bien qu’elles n’aient pas été exposées à la radiation, leurs malformations étaient plus graves. Ils ont pu aussi provoquer des anomalies similaires chez des papillons de zones non contaminées en les exposant à des rayonnements externe et interne à faibles doses. D’autres papillons adultes ont été capturés en septembre 2015 dans la zone de Fukushima et ils montraient de plus graves malformations que ceux pris en mai. L’équipe en conclut que les radionucléides de la centrale nucléaire de Fukushima avaient provoqué des dommages physiologiques et génétiques à cette espèce de papillon.

Une recherche « importante et accablante par ses implications»

La recherche a été publiée une première fois en août 2012 dans la revue Nature et le retour international a été immédiat [2]. La BBC a détaillé les résultats de la recherche en y incluant ce commentaire « cette recherche est importante et accablante par ses implications pour les communautés humaines et biologiques à Fukushima » [5]. Le Monde en France fut plus explicite, disant que, même si officiellement personne n’était encore décédé à cause de la radioactivité de Fukushima, beaucoup d’experts pensaient que les gens seraient malades et mourraient dans les années à venir [6]. La BBC et la chaîne de télévision allemande ARD sont allées interroger le professeur Otaki à Okinawa et les chaînes américaines ABC, CNN et Fox ont aussi traité le sujet.

La recherche a suscité une grande quantité de commentaires (276 139 dans les six premiers mois – jusqu’en janvier 2013 –, selon le site web de l’éditeur). Chiyo et son équipe ont répondu aux commentaires dans un nouvel article en 2013 [7]. Onze points ont été discutés en profondeur, dont le choix de cette espèce en tant qu’indicateur environnemental, la possibilité que la diminution des ailes antérieures des papillons dépende de la latitude, les conditions de l’élevage et les implications de l’accumulation des mutations génétiques. Beaucoup de commentaires n’étaient pas scientifiques et motivés politiquement et il n’était donc pas possible d’y répondre.

Au Japon cette recherche n’est pas largement connue

Les principaux médias japonais n’ont pas rendu compte de l’importance de cette recherche, à part quelques-uns de faible importance. Sur les blogs personnels et les comptes Twitter, les découvertes de la recherche ont été largement propagées, mais pas toujours positivement. Le manque de liberté de la presse au Japon depuis les accidents de Fukushima est très inquiétant. Dans l’Index 2010 de la liberté de la presse, le Japon était à la 11ème place. En 2015, il est tombé à la 61ème et ceci est en grande partie dû au secret sur l’accident de Fukushima [8]. En Europe et aux États-Unis, on peut accéder aux images du papillon bleu pâle des herbes – Z. maha – et à ses malformations post-Fukushima en quelques secondes, mais pas au Japon. La réponse du gouvernement japonais à l’accident a été essentiellement de donner de fausses « informations » rassurantes. Le Premier ministre Abe déclarant en 2013 au Comité de candidature aux Jeux Olympiques que « la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi est sous contrôle », ce qui est clairement faux [9], en est un exemple.

C’est une lutte permanente. Les scientifiques et les non-scientifiques de l’Ouest ont le devoir d’aider les Japonais. Tout comme pour Tchernobyl, il existe [10] « une fragile chaîne humaine composée, à l’Est, de militants dans un pays piégé par la contamination radioactive et, à l’Ouest, de militants qui les soutiennent contre les mensonges scientifiques ». En 2014, Chiyo s’est rendue à Genève pour présenter sa recherche au « Forum sur les Effets génétiques des rayonnements ionisants », organisé par le Collectif IndependentWHO [11]. Elle était déjà malade. IndependentWHO a publié les Actes de ce Forum et les a dédiés à Chiyo Nohara avec ces mots : « elle est morte pour la cause de la vérité scientifique. » Dans les pages de Science in Society, dédiée à l’indépendance scientifique, je la salue. Mais nous desservirions Chiyo Nohara si nous n’ajoutions pas que les implications de sa recherche sont qu’aucune personne, et surtout pas les enfants, ne devrait vivre dans les zones contaminées par l’accident de Fukushima.

Susie Greaves – ISIS – 07/01/16

* Cet article de Susie Greaves a été publié d’abord en anglais
sur le site d’ISIS – Institute of Science in Society
http://www.i-sis.org.uk/Honouring_the_Life_and_Work_of_Chiyo_Nohara.php
* La traduction française est parue sur le site de l’association «Independent WHO»
http://independentwho.org/fr/2016/01/17/en-lhonneur-de-chiyo-nohara/


Vous pouvez lire la version française des actes du forum scientifique et Citoyen sur «Les effets génétiques des rayonnements ionisants» (ou acheter la version papier) sur le site de Independent Who (cliquer ici )

Références

1 – Hiyama A, Nohara C, Kinjo S, Taira W, Gima S Tanahara A and Otaki JM. The biological impacts of the Fukushima nuclear accident on the pale grass blue butterfly.Nature Scientific Reports2, 570, DOI: 10.1038/srep00570
2 – Obituary of Chiyo Nohara by Oshidori Mako in Days Japan, December issue, 2015, Vol.12, No.12, p.23.
3 – Ho M W. Fukushima mutant butterflies confirm harm from low dose radiation. Science in Society 56, 48-51, 2012.
4 – “Prometheus Traps: Pursuing Butterflies”, Nakayama Y, Asahi Shimbun, 2015 (Series no.4: 12 July 2015:, no.5: 14 July 2015, no.6: 15 July 2015, no.7: 16 July, 2015, no.8: 17 July 2015, no.10: 19 July 2015)
5 – “Severe abnormalities found in Fukushima butterflies”, Nick Crumpton, 13 August 2012, http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-19245818
6 – « Des papillons mutants autour de Fukushima », Philippe Pons, 15 August 2012, http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/08/15/des-papillons-mutants-autour-de-fukushima_1746252_3244.html
7 – Hiyama A, Nohara C, Taira W, Kinjo S, Iwata M and Otaki JM, BMC Evolutionary Biology 2013, 13:168 http://www.biomedcentral.com/1471-2148/13/168 http://www.biomedcentral.com/content/pdf/1471-2148-13-168.pdf)
8 – “Japan slips in press freedom index.” Toko Sekiguchi, Wall Street Journal: Japan Real Time, 13 February 2015. http://blogs.wsj.com/japanrealtime/2015/02/13/japan-slips-in-press-freedom-rankings/
9 – “Japan Olympic win boosts Abe but Fukushima shadows linger”, Elaine Lies, Reuters, 9 September 2013, http://www.reuters.com/article/us-olympics-2020-japan-idUSBRE98806P20130909#ujqbOt12wDCbMa2v.97
10 – Tchertkoff W, Le crime de Tchernobyl: le goulag nucleaire. Actes Sud (2006)
11 – Collectif IndependentWHO – Santé et nucléaire, Forum Scientifique et Citoyen sur les Effets Génétiques des Rayonnements Ionisants (2015) http://independentwho.org/media/Documents_Autres/Actes_forum_IW_november2014_French_01.pdf

le 28 janvier 2016


Jan 20

La centrale de Fukushima fuit toujours:

On a encore trouvé de l’iode 131 dans deux stations d’épuration de Tokyo en décembre dernier

Le 25 décembre 2015, le Bureau de l’Épuration de la Métropole de Tokyo a déclaré qu’ils avaient détecté de l’iode 131 dans 2 stations d’épuration de Tokyo.
Ces stations sont situées dans la région de Tama (communes d’Akishima et Hachiouji).

Les échantillons testés sont des cendres d’incinération des boues d’épuration. Ils ont été collectés entre le 2 et le 15 décembre 2015.

Les radioactivités relevées variaient de 21 à 25 Bq/kg.
Dans le secteur de Edogawa aussi, on a mesuré 1450 Bq/Kg de Cs-134/137. La concentration en Cs134 était de 250 Bq/Kg, ce qui prouve qu’il provenait de la centrale de Fukushima.
Dans l’usine de Akashima on avait déjà relevé 20 Bq/kg d’iode 131 en Novembre dernier.

L’information a été fournie par «Fukushima Diary»:
http://fukushima-diary.com/2016/01/i-131-still-detected-from-two-sewage-plants-in-tokyo-this-december/


Note:

– L’iode 131 a une demi-vie de 8 jours. Au bout de 80 jours il n’en persiste que le 1/1000°. Ceci prouve que les émissions d’Iode ne datent pas de l’accident de 2011: elles sont récentes.
La centrale fuit donc toujours et les produits radioactifs émis vont au moins jusqu’à Tokyo.
Contrairement aux déclarations officielles, la situation n’est pas du tout maîtrisée

– En France on s’apprête à étendre la distribution des comprimés d’iode à un rayon de 10km.
Ce n’est pas suffisant. On n’a pas tiré (ou on ne veut pas) les leçons de l’accident de Fukushima: les 3/4 du nuage radioactif sont partis en mer. Le reste s’est étalé sur bien plus de 10 km.
Vous voyez sur la carte que la pollution ayant entraîné l’évacuation a largement dépassé les 20 km.
la carte de l'Asahi

Enfin, l’iode stable ne protège que la thyroïde (surtout celle des enfants); mais il n’y a pas que de l’Iode131 qui est rejeté, dont les fameux Césiums et Strontium.

le 20 janvier 2015

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

voir l’étude WISE – PARIS

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
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et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Jan 12

L’UE va assouplir ses restrictions sur l’importation des produits alimentaires de Fukushima.

Traduction d’un article du Japan Times du 9 janvier 2016

Kyodo
Le ministre japonais de l’agriculture a annoncé que l’Union Européenne va commencer samedi à assouplir les restrictions imposées aux importations de produits alimentaires japonais à cause du désastre nucléaire de Fukushima; y compris les légumes et la viande produits dans cette préfecture.

Tsuyoshi Takagi, ministre du cabinet en charge de la reconstruction concernant le tremblement de terre, le tsunami et la crise nucléaire de Mars 2011, a salué la décision de l’Union Européenne. Jusqu’à présent, tous les produits alimentaires en provenance de Fukushima, à l’exception des boissons alcoolisées devaient être expédiées accompagnées d’un certificat de test de radioactivité.

Selon le ministre de l’agriculture, cette exigence sera supprimée pour les légumes et les fruits, car leur niveau de radiations en 2013 et 2014 n’a jamais dépassé le niveau autorisé; à l’exception des kakis, des produits de l’élevage, du thé et des soba [Les soba sont un mets japonais fait de farine de sarrasin. Avec les udon et les rāmen, ce sont les pâtes les plus consommées au Japon.].

D’autres aliments originaires de la préfecture, comme le riz, les champignons, le soja et certains produits de la pêche -sauf les pétoncles, les algues et les poissons vivants- resteront soumis à l’obligation des tests de radioactivité.

Les limites autorisées sont fixées à 100 Becquerels par Kg pour les légumes et les fruits, 50 Bq/kg pour les boissons lactées, les aliments pour enfants, et 10 Bq/kg pour l’eau potable, conformément aux normes japonaises.

Cette évolution de l’UE est conforme à l’annonce faite en Novembre dernier par le ministre japonais de l’agriculture, des forêts et de la pêche, que l’union assouplira ses restrictions après approbation de la commission européenne.

Cette décision arrive également alors que l’Union Européenne et le Japon sont en cours de négociations pour un accord de libre échange. Au cours de ces négociations, Tokyo recherche l’élimination des droits de douane sur les véhicules japonais alors que Bruxelles cherche à augmenter ses exportations par la réduction des droits sur le porc, le fromage, le vin et autres produits agricoles.

Lors d’une conférence de presse vendredi, le ministre Takagi a affirmé: « Nous allons nous efforcer de faire en sorte que les restrictions sur tous les produits de Fukushima soient éliminées.» Le ministre a ajouté qu’il continuera à travailler avec d’autres pays pour que soient levées les restrictions similaires imposées après que la triple fusion à la centrale nucléaire de Fukushima ait provoqué des inquiétudes au sujet de la sécurité des aliments produits au Japon.

L’Union Européenne va également supprimer les restrictions sur les importations de produits alimentaires de Aomori et Saitama.

En dehors de Fukushima, des restrictions resteront en vigueur pour certains articles produits dans 12 préfectures du nord-Est, de l’Est et du centre du Japon.
Au moins 14 pays, y compris l’Australie et la Thaïlande ont aboli les restrictions sur les importations de produits alimentaires japonais; tandis que des dizaines de pays comme la Corée du sud maintiennent des réglementations spéciales.

L’article du Japan Times en anglais


Note

On voit que le commerce « libre et non faussé » et la sauvegarde de l’industrie nucléaire passent avant la santé des citoyens. En Europe comme ailleurs.
Voir les articles:
– L’Europe envisagerait d’alléger les contrôles de radioactivité de certains aliments en provenance de Fukushima.cliquer ici
– En cas de catastrophe nucléaire en Europe nous mangerons contaminé.
cliquer ici

Le 12 Janvier 2016

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

voir l’étude WISE – PARIS

L’information en français sur Fukushima:
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Jan 10

Les scientifiques japonais étudient la faune et la flore des forêts contaminées.

Mais ils se refusent à conclure avant encore 5 ou 6 ans.

Traduction (par vivre-après-fukushima) d’un article de l’Asahi Shimbun daté du 22 Décembre 2015.

Plus de 90% des sapins proches du site de la catastrophe nucléaire de 2011 présentent des anomalies; et des spéciments de pucerons collectés dans une ville distante de plus de 30 km de la centrale détruite ont des pattes tordues ou absentes.

Mais il reste difficile de savoir si les mutations des plantes et animaux sont effectivement en relation avec la catastrophe de la centrale nucléaire Fukushima N°1.

Tout ce que les scientifiques japonais acceptent de dire c’est qu’ils essaient de comprendre les effets du césium radioactif libéré avec d’énormes quantités de matières radioactives par la triple fusion à la centrale de Fukushima, déclenchée par le tremblement de terre et le tsunami du grand Est japonais.

Ils cherchent à savoir comment le césium radioactif s’est diffusé dans les forêts et le sol des zones proches de la centrale accidentée, accompagné de signes de mutations chez les plantes et les animaux.
Comprendre comment le césium et d’autres particules radioactives se sont propagés après la catastrophe est une clef pour comprendre les conséquences du pire accident nucléaire survenu au Japon.

Ces recherches concernent fortement ce à quoi les autorités et les habitants peuvent s’attendre en cas de nouvel accident.
Elles fournissent également des informations précieuses aux évacués lorsqu’ils pèsent le choix de refaire leur vie près de la centrale détruite.

Parmi les substances radioactives, le césium137 est la préoccupation majeure car sa demi-vie est de 30 ans à peu près. Comme les forêts ont été exclues des travaux de décontamination, une quantité indéterminée de césium va persister dans les forêts et rester enfouie dans le sol pendant de nombreuses années.

Des forêts montagneuses couvrent 70% de la surface de la Préfecture de Fukushima.
L’agence gouvernementale Japan Atomic Energy Agency (JAEA) est l’une des organisations qui étudie les effets de la radioactivité et la façon dont le césium se diffuse dans les zones boisées.

Lors d’un récent déplacement sur le terrain à Kawauchi, les niveaux de radiations sur un point de contrôle ont été de 1,2 à 1,3 microsieverts par heure.
Dans le sol on a mesuré entre 300 000 et 400 000 Becquerels par mètre carré.
voir la note

Le point de contrôle se trouvait dans une zone « No Entry»; cette zone couvrait un rayon de 20 km autour de l’usine; elle a été évacuée peu après l’accident nucléaire.
Actuellement, le site du point de contrôle est classé «Zone en préparation pour la levée de l’ordre d’évacuation» conformément à la réévaluation que fait le gouvernement de la situation des communautés touchées.

Des brindilles en décomposition et des branches mélangées à la couverture de feuilles recouvrent les pentes abruptes de la forêt de cèdres. Au cours de l’enquête, les chercheurs ont balisé une parcelle rectangulaire de 66 m2 comme témoin et y ont recueilli l’eau de pluie et les feuilles tombées.
Ils ont également mesuré la radioactivité de l’eau de pluie. Les chercheurs ont pour cela entouré les troncs d’arbres avec une bande et ont recueilli l’eau de pluie qui y coulait.

Avant la catastrophe de Fukushima, les seules données disponibles pour les chercheurs du JAEA sur le transfert à long terme du césium dans le sol était limitées à des données expérimentales au laboratoire.
«Nous avons du tâtonner pour trouver sous quelle forme et où se trouve le césium dans les forêts après avoir été relâché par la centrale nucléaire» a déclaré Kazuki Iijima, attaché au centre de sécurité environnementale de Fukushima.

Selon les chercheurs, le césium des feuilles se retrouve au sol du fait de la défoliation.
Dans le cas des cèdres, par exemple, les feuilles sont remplacées tous les 3 à 4 ans.
Les feuilles des cèdres tombées au moment de l’accident nucléaire étaient criblées de césium qui ensuite s’est infiltré dans le sol. Chaque nouveau lit de feuilles mortes pèse sur le sol de surface et repoussse le césium plus bas.
De ce fait, le niveau de radiations dans l’air de la zone considérée baisse plus rapidement que la décroissance naturelle du césium au fil du temps.

Les études précédentes des chercheurs ont montré que, en forêt, seulement 0,1 % de la quantité totale de césium des sites surveillés se propage hors de la zone sur une période de 1 an.
« La plus grande partie du césium reste dans le sol de surface jusqu’à 5 à 10 cm de la surface.»

Du fait que le césium se fixe sur la terre et se dissout dans l’eau, il se propage facilement. Il se dépose également dans le lit des rivières et au fond des lacs.
Au barrage de Ogaki, à environ 20 km au Nord-Ouest de la centrale nucléaire, les chercheurs ont mesuré 800 000 Becquerels/kg à 20 cm sous le niveau du lit du lac, à proximité de l’embouchure de la rivière Ukedogawa.
Mais un prélèvement près de la surface du lit du lac était à moins de 200 000 Bq.
Selon les chercheurs, cette différence est facile à expliquer: de la terre hautement contaminée par le césium s’est écoulée dans le barrage immédiatement après l’accident; et de la terre moins contaminée s’est accumulée plus tard au dessus.

Les chercheurs tentent également de déterminer si la libération de matières radioactives affecte la croissance des plantes et des animaux.
Les chercheurs ont rapporté des mutations et des anomalies concernant des espèces comme les sapins, les pucerons, les singes japonais, les carpes et les grenouilles.
L’institut national des sciences radiologiques (NIRS) , une organisation gouvernementale, a déclaré fin août que les troncs des sapins ne poussent pas à la verticale. (http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201508290045)
Les sapins sont l’une des 44 espèces que le gouvernement a demandé au NIRS et d’autres organismes de recherche d’étudier; dans le but de déterminer les effets des radiations sur les êtres vivants.

La NIRS a indiqué que la fréquence de ces mutations est liée à l’élévation du niveau de fond de la radioactivité naturelle.(note 2)
Dans la ville de Okuma, à seulement 3,5 km de la centrale accidentée, plus de 90% des sapins ont des anomalies de croissance.
«Nous avons besoin de comprendre comment la radioactivité s’accumule dans les sapins; nous faisons des recherches complémentaires.» affirme un chercheur de la NIRS.

Parmi les autres modifications signalées: les pattes de pucerons collectés à Kawamata, une ville située à plus de 30 km de la centrale, étaient manquantes ou tordues; et à Fukushima, capitale de la préfecture, à 60 km de la centrale, le nombre de leucocytes dans le sang des singes japonais était abaissé.
D’autres scientifiques étudient les vers de terre, les carpes, les grenouilles, les mouches et les coléoptères dorés.

Manabu Fukumoto, professeur de pathologie, du vieillissement, du cancer à l’Institut du développement de l’université du Tohoku, a mis en garde contre toute conclusion hâtive selon laquelle les retombées nucléaires seraient responsables de tous ces effets.
« Nous ne pouvons pas conclure définitivement que ces phénomènes ont été causés par les radiations tant que les doses cumulées (des estimations fiables) n’ont pas été calculées» a déclaré Fukumoto qui est aussi le chef de la société japonaise de recherche sur les radiations.
Mais l’évaluation de leur effet sur les animaux sauvages est un défi pour les scientifiques.
Avant la catastrophe, la plupart des expériences visant à évaluer l’impact des radiations sur les animaux avaient été menées dans les laboratoires.

Au cours de ces expériences, les animaux ont été exposés à des intensités de rayonnement variées sous le contrôle des chercheurs.
Dans l’environnement naturel il est difficile d’évaluer l’exposition externe car les animaux se déplacent.
De plus, les doses de leur exposition interne peuvent varier considérablement, en fonction de ce qu’ils mangent: quand et combien.
Il est également possible que certains animaux, même s’ils ont des signes d’effets des rayonnements, ne restent pas en vie et ne puissent être examinés. Ils pourraient également avoir été tués par leurs prédateurs naturels.

En outre, les scientifiques ne peuvent pas exclure des facteurs tels que la température, la présence de produits chimiques agricoles, derrière ces anomalies.

Les experts affirment qu’ils ont besoin de reproduire de semblables résultats dans des tests de laboratoire.
« Nous devons continuer de surveiller l’environnement pendant au moins 5 ou 6 ans» affirme Fukumoto. « Et dans le même temps nous devons commencer à analyser les phénomènes constatés»

le Journal Asahi Shimbun – 22 décembre 2015


Notes:

  • Pas bien précis cet article et on sent plein de réserves. On dirait que tous les scientifiques japonais, hormis quelques exceptions notables, se sont donné le mot: « Pas question de conclure sur les conséquences des retombées radioactives avant 5 ou 6 ans. Il faut faire des études complémentaires».
  • C’est la même rengaine au sujet de la multiplication des cancers de la thyroïde chez les enfants (au moins 30 fois plus qu’avant la catastrophe nucléaire).
    C’est beau, c’est très scientifique.
  • Mais en attendant, on fait quoi ? On incite énergiquement les gens, les enfants, les femmes enceintes, à aller vivre dans les zones polluées ! Avec l’aide des dosimètres que le programme «Ethos» leur fournit chacun pourra contrôler sa contamination !
    On compte le nombre d’enfants ayant un cancer de la thyroïde !
  • Il n’est pas mentionné que lorsque les arbres font de nouvelles feuilles ils remontent du césium puisé dans le sol

(1) La radioactivité naturelle au Japon est généralement franchement inférieure à 0,10 µSv/h
A partir de 8000 Bq/kg, on objet est déclaré «déchet radioactif» et doit être traité en conséquence.
La teneur normale d’un sol en Césium est ZÉRO
Un aliment contaminé jusqu’à 100 Bq/kg de Césium est déclaré consommable.
Retour au texte

(2)-un exploit cette phrase ! affirmer que l’augmentation de la radioactivité locale serait «naturelle»! Je ne peux déterminer si c’est le journaliste ou le scientifique qui a affirmé cela; ou peut-être une erreur dans les traductions successives.
Retour au texte

(3) Et on n’oublie pas bien sûr l’énorme fuite de méthane dans la région de Los Angeles. Des milliers de personnes ont du évacuer. 30 à 58 tonnes par heure ! La fuite dure depuis au moins le 23 octobre. Encore un exemple d’une « super » technologie non maîtrisée, avec de lourdes conséquences.

Le 10 janvier 2016

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

voir l’étude WISE – PARIS

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Jan 05

La préfecture de Fukushima demande la décontamination de ses forêts.

Les fonctionnaires de la préfecture japonaise de Fukushima et ses municipalités ont demandé au gouvernement central d’étendre le travail de décontamination plus profondément dans les forêts.

Ils en ont fait la demande lundi à Tamayo Marukawa, ministre de l’environnement à Tokyo.
Le gouvernement a placé le limite de principe du nettoyage des substances radioactives de l’accident nucléaire de 2011 à 20 mètres des communautés. Il affirme qu’il n’a pas l’intention d’aller au delà car il n’a pas confirmation que des matières radioactives dangereuses aient été dispersées plus loin.

Toshiyuki Hata, vice gouverneur de la préfecture de Fukushima a demandé au gouvernement de revoir son plan et de trouver les moyens de nettoyer entièrement les forêts . Il a exposé les inquiétudes des habitants qui sont désireux de rentrer chez eux et celles des travailleurs de l’industrie forestière.

Le ministre Marukawa a seulement répondu que le gouvernement continuera d’écouter les opinions locales.

Après la réunion, le vice gouverneur a déclaré que beaucoup de gens sont préoccupés à ce sujet quand leurs maisons sont entourées de forêts.

Traduction d’un article de la NHK daté du 4 janvier 2016
http://www3.nhk.or.jp/nhkworld/english/news/nuclear.html
http://www.fukushima-is-still-news.com/


Notes:

  • Tiens, c’est comme en France, la pollution radioactive s’arrête pile; non pas à la frontière mais à 20 mètres des maisons !!!!
  • Les ministres sont à l’écoute ! cela, on connait aussi !
  • La préfecture de Fukushima est couverte de forêts sur 70 % de sa surface.
  • Imaginez vous chargé de décontaminer une forêt: sols plus ou moins pentus, rocheux, marécageux, broussailles, petits et grands arbres, les feuilles qui tombent, les pluies et cyclones …
  • Les chercheurs trouvent déjà dans les forêts des anomalies chez les végétaux et les animaux
    http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201512220004
    http://www.vivre-apres-fukushima.fr/la-pollution-radioactive-emise-par-fukushima-dai-ichi-suit-son-cours-2/

Je vous invite vivement à aller lire sur le blog Fukushima
le compte rendu d’une visite à Minami-Soma et Motomiya
à l’automne 2015

Un récit de HORI Yasuo traduit en français

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

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Jan 02

Le nouvel an 2016 à Fukushima

Il n’y a aucune raison de se réjouir:

Le nombre de cas de cancers de la thyroïde augmente toujours chez les 380.000 jeunes examinés:

Le nombre officiel de cas confirmés de Cancer de la Thyroïde est maintenant de 153.
http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201512010072

Les 380 000 jeunes examinés avaient 18 ans ou moins lors de l’accident de 2011.
L’incidence « normale » du cancer de la thyroïde chez l’enfant est de 1 à 3 par million et par an.
153 cas en 4,5 années chez 380 000 jeunes, cela fait 89 cas/an et par million de jeunes: au minimum 30 fois plus.


La centrale accidentée échappe toujours à tout contrôle :
  • Il y a toujours plus de fuites
  • La radioactivité locale augmente par endroits sans qu’on sache pourquoi
  • Les eaux qui fuient sont de plus en plus radioactives
  • On ne peut toujours pas approcher les 3 réacteurs dont le coeur a fondu

http://hillion-fukushima.blogspot.fr/


Les ingénieurs sont obligés d’improviser :

Dans un entretien accordé le 20 décembre à l’Agence Associated Press, le responsable de la réparation de la centrale de Fukushima a avoué qu’il était dans l’incapacité de prévoir quel serait le coût de la mise en sécurité des installations, ni de fixer une date pour que les réacteurs fondus cessent de menacer la santé des salariés de l’entreprise et les habitants de la région alors que les bâtiments accidentés continuent à polluer les sous sols et l’atmosphère.

Masuda Naohiro a même ajouté qu’il ignorait si, quand et comment les nouveaux robots pourraient réussir à explorer les débris des réacteurs fondus pour faire le point sur les réactions nucléaires qui se poursuivent en dégageant de la chaleur et des émanations radioactives. Il a également reconnu qu’il a du faire face à une véritable « zone de guerre ». Toutes déclarations qui contrastent avec les affirmations du gouvernement japonais répétant régulièrement que la situation est entièrement sous contrôle.

Le responsable de la Tepco, la société propriétaire de la centrale, a précisé que les ingénieurs ne savent même pas où se trouvent les débris des réacteurs fondus ni comment il serait possible de les extraire. Il ignore également si les travaux nécessaires pourront être commencés avant une dizaine d’années.
Il a précisé:
« Une nouvelle science devra être inventée pour commencer le nettoyage et il faudra pour cela prendre en compte les risques courus par les salariés et l’environnement. » D’autant plus que des éléments radioactifs continueront à fuir dans les nappes souterraines, dans la mer et dans l’air.

http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201512150079


La centrale continue de polluer l’eau et l’air

Selon Tepco:
(conférence de presse du 25 Août 2014 – pas de données pour 2015)

  • En 2014, 5 milliards de Bq de strontium 90 s’écoulaient chaque jour dans le Pacifique.
    C’ est dû au débordement des eaux extrêmement radioactives vers la mer des réacteurs 1 à 4 dans le port de la centrale nucléaire de Fukushima.
  • 2 milliards de Bq de césium 137
  • et un milliard de Bq de tritium s’écoulaient également en mer tous les jours.

Si on suit l’actualité ces quantités seraient actuellement en franche augmentation.
Le port de la centrale de Fukushima n’est pas isolé du Pacifique. Les nucléides déversés se répandent ensuite dans la mer.
Je n’ai pas les chiffres pour les émissions dans l’air.

http://www.tepco.co.jp/tepconews/library/archive-j.html
http://fukushima-diary.com/2014/08/5-billion-bq-strontium-90-flows-sea-every-single-day/


Tepco envisage de larguer 800 000 m³ d’eau tritiée dans l’air

Le 11 décembre 2015, Tepco a évoqué la possibilité d’évaporer l’eau tritiée entreposée dans la centrale de Fukushima. Ils ont présenté l’idée au cours d’un groupe de travail du METI (Ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie).
Selon Tepco, le volume à larguer estimé est de 800 000 m³. Ils espèrent ainsi évaporer 400 m³ d’eau au tritium par jour.
[Cela représente 10 MW (juste pour l’évaporation, pas la mise à 900° qu’il faut ajouter) pendant 5,5 ans !]
Le record de radioactivité du Tritium est de 4 200 000 000 Bq/m³ (4,2 milliards).
L’eau serait évaporée entre 900 et 1 000 ℃, [pourquoi si chaud ?] puis larguée dans l’atmosphère à 60 m au-dessus du sol.
Tepco affirme que la radioactivité descend en dessous de 5 000 Bq/m³ à partir de 40 m du point de largage, ce qui est la limite de radioactivité réglementaire.

http://www.tepco.co.jp/nu/fukushima-np/roadmap/images/c151211_09-j.pdf
http://fukushima-diary.com/2015/12/tepco-considers-evaporating-800000-m3-of-tritium-water-to-the-air/

Le tritium ne sera pas bien sûr détruit par la chaleur. Il sera seulement disséminé dans l’atmosphère, au gré des vents et des pluies qui pouront le disperser dans tout l’hémisphère nord.

Il est facile de faire baisser la densité volumique (Bq/m3) : 1m3 d’eau liquide = 1000kg = 1667 m3 de vapeur d’eau (à 100° et pression atmosphérique)

Cela s’appelle envoyer ses saletés chez les voisins

plus diluer et tricher sur les chiffres :
le nombre d’éléments radioactifs ne baisse pas, c’est la densité volumique qui baisse par augmentation de volume lors de la vaporisation + la dilution.

Le 03 janvier 2016 – commentaire de Pierre Fetet, http://fukushima.over-blog.fr/

Dans cet article, il est dit que Tepco veut envoyer dans l’atmosphère de l' »eau tritiée ». En fait, elle n’est pas seulement tritiée car il existe au moins 276 radionucléides dans les rejets d’une centrale nucléaire (source AIEA : External irradiation during and after the passage of a radioactive cloud- une étude du CEA, en français, 1980). Mais le système de traitement n’en n’enlève que 60. Il en reste donc au moins 216 dans cette eau « décontaminée », dont le tritium en quantité. Il est probable que certains de ces éléments aient une durée de vie inférieure à 5 ans, mais peu importe, il en reste beaucoup.
Pourquoi faire chauffer cette eau à 900 °C ? Tout simplement pour faire évaporer AUSSI ces 200 radionucléides très gênants qui risqueraient de rester dans la marmite si on ne faisait que bouillir de l’eau à 100 °C. Tepco, avec la bénédiction de l’AIEA, est donc très généreux avec notre atmosphère !


GM: Le Tritium ne peut pas être confiné: il traverse toutes les parois des récipients. Il ne peut pas non plus être filtré car il traverse tous les filtres. Même en fonctionnement normal, toutes les installations nucléaires ont des « autorisations de rejets » pour le tritium.
J’aimerais bien connaître également la qualité du filtrage des 60 éléments « éliminés » de cette eau polluée.

5 janvier:
J’ai tenté de me rendre compte de ce que représentent 800 000 m3: Le canal St Martin, à Paris va être vidé pour nettoyage sur environ 1,5 km. La presse indique que cela représente 90 000 m3. On multiplie par 9 !

Sur le plan société:
  • les centrales nucléaires japonaises redémarrent les unes après les autres malgré les protestations des habitants.
  • on ne sait toujours pas que faire des montagnes déchets collectés lors des opérations de décontamination (demi-vie du Césium= 30 ans; du plutonium = 24.000 ans)
  • Il y a toujours dans les 120.000 réfugiés. L’état envisage de leur couper les vivres fin mars 2018. Seulement 20% souhaitent rentrer mais il manque de commerces, d’hôpitaux, de transports en commun, d’emplois; 40% souhaitent refaire leur vie ailleurs.
    Lire Un entretien avec Ken Sakamoto
    Lire le reportage de Médiapart réservé aux abonnés…Merci à Mediapart de nous autoriser à télécharger le .pdf ce cet article: cliquer ici
  • Un élément satisfaisant : certains habitants prennent des initiatives pour évoluer vers une société indépendante du nucléaire
    voir l’article: des citoyens se réapproprient les sources d’énergie locales

Le 02 janvier 2015

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

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Déc 17

Fukushima, bilan d’une situation sanitaire inquiétante

Par CÉCILE ASANUMA-BRICE | 19 OCTOBRE 2015

(Texte reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Tant est grand l’irrationnel en cet affaire, et par-delà les contradictions qui dépassent l’entendement, simultanément à l’annonce des résultats du groupe de recherche INWORKS (Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers) selon lesquels le risque de mortalité par leucémie ou myélome multiple des travailleurs de centrales nucléaires après exposition à des faibles doses est désormais avéré[1], le gouvernement japonais, avec l’aval de l’AIEA[2], a relevé les doses acceptables pour les travailleurs du nucléaire de 100msv/an à 250 msv/an en cas d’urgence[3].

Pour rappel, cette même norme qui était à 20 msv/an avant l’explosion de la centrale de Tepco – Fukushima Dai ichi a été réhaussée à 100 msv/an après l’accident (pour les travailleurs du nucléaire) et à 20 msv/an pour la population civile.
Suite au réhaussement de la norme, lors du seul mois d’août 2015, on compte trois décès parmi les travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi, ce qui porte à 64, selon les chiffres officiels[4], le nombre de travailleurs décédés des conséquences de leur travail.

Devant la vivacité des prises de position concernant les conséquences sanitaires du nucléaire, nous avons jugé nécessaire de refaire un bref bilan sur le sujet, afin de poser une question des plus candides : le nucléaire est-il dangereux pour l’homme ? Où en sont les enquêtes épidémiologiques sur le sujet ? Qu’avons-nous appris des diverses recherches médicales menées à Fukushima après l’explosion de la centrale en mars 2011 ?

Les effets épidémiologiques du nucléaire : Even INWORKS[5]doesn’t work…

Cette étude, menée par 13 chercheurs en épidémiologie provenant tous de laboratoires distincts, a été rendue publique en juin 2015.
Son financement provient du centre de prévention et contrôle des maladies, du Ministère de la santé, du travail et du bien-être du Japon, de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (IRSN), d’AREVA, d’électricité de France, de l’institut national pour la sécurité et la santé (USA), du département de l’énergie américain, du service sanitaire et humanitaire des Etats-Unis, de l’université de Caroline du Nord, du ministère de la santé publique anglais. Les financements de cette recherche relèvent donc principalement d’acteurs impliqués directement dans les intérêts du microcosme nucléaire. Néanmoins, les auteurs de cette recherche précisent que les financeurs ne sont à aucun moment intervenus dans la recherche ou dans la rédaction du rapport, leur rôle s’étant limité à l’autorisation d’accès aux données.
Cette étude a consisté à suivre non moins de 308 297 travailleurs employés dans un équipement nucléaire depuis au moins un an, pour la France : par la Commission d’Energie Atomique (CEA), AREVA Nuclear Cycle, ou l’entreprise nationale d’électricité (EDF) ; les départements de l’énergie et de la défense pour les USA ; et pour l’Angleterre, les employés de l’industrie nucléaire inscrits au registre national des travailleurs de la radioactivité[6].
La méthode utilisée pour suivre l’état de santé des travailleurs a été la régression de Poisson, ou modèle linéaire de fonctions logarithmiques, qui permet de quantifier les associations entre la dose absorbée par la moëlle épinière, et le taux de mortalité par leucémie, lymphoma (tumeurs qui se développent sur les cellules lymphatiques) ou myelome multiple.
Jusqu’à présent les données dont nous disposions provenaient essentiellement de la radiothérapie. On avait par exemple démontré que l’exposition annuelle à des doses de radiations ionisantes était passée de 0,5 mGy par personne en 1982 à 3,0 mGy par personne en 2006 aux Etats-Unis. Ce phénomène a été observé dans la plupart des pays à revenus élevés. D’autres données avaient été accumulées via le suivi épidémiologique des survivants des deux bombes atomiques larguées par les Etats-Unis à Hiroshima et Nagasaki en août 1945. Leur analyse a permis de démontrer le lien de cause à effet entre l’exposition à des radiations ionisantes et le développement de leucémie.
Mais ces résultats ne concernaient que l’exposition à des niveaux élevés de radiation. Les auteurs n’évoquent pas les bases de données effectuées et analysées après Tchernobyl.
L’étude menée par l’équipe de chercheurs de INWORKS quant à elle, prouve la corrélation entre le risque de mort par leucémie et l’exposition à de faibles doses de radiation, via un suivi des individus concernés sur une période de 60 ans.

La raison au service du devoir de soumission

Mais puisque rien n’arrête ceux qui vont se servir à la boucherie ALARA (As Low As Reasonably Achievable – aussi bas que raisonnablement possible)[7], c’est moins d’évidences épidémiologiques que de « raison » dont nos vies dépendraient.
Ainsi, la démagogie en la matière aurait depuis peu remplacé le terme de victime par celui de « personnes affectées » dans ses documents. Ce changement de terminologie, notamment dans les rapports de l’ICRP[8] n’est pas sans conséquence car l’affect, est, en psychologie, ce qui est opposé à l’intellect, et en cela, induirait des comportements qui ne seraient pas rationnellement fondés. En psychologie, l’affectivité est opposée à la cognition, soit aux capacités d’un raisonnement rationnel bien que cette approche dichotomique tende à se nuancer au cours du temps.
En outre, l’utilisation du terme d’affect ici renvoie au discours d’une peur irrationnelle d’un danger mal connu (le nucléaire) qui serait à l’origine d’une radio-phobie. Récemment, l’ICRP s’accorde à dire que ce terme de « radio-phobie » dont elle était l’auteur, est déplacé. Il serait, selon leur nouveau discours, normal que les personnes aient peur car elles seraient dans la méconnaissance. Il s’agirait donc de mettre en place un système d’éducation afin de remédier à l’ignorance régnante. Cette logique est néanmoins en contradiction avec celle développée par les mêmes personnes pour appliquer le principe ALARA, soit : « nous ne savons pas, scientifiquement, quels effets sanitaires ont les faibles niveaux de radioactivité,> que l’on ne sait pas… Cela en dit long sur le poids donné à la simple communication en la matière. Par ailleurs, l’étude Inworks a désormais démontré les conséquences sanitaires concrètes des faibles doses. Ainsi, on peut se demander si la communication mise en place par l’ICRP ne relève pas de l’endoctrinement publicitaire plus que de l’information scientifiquement fondée.

« Faire aussi bas que raisonnablement possible » (ALARA) signifie également, selon Jacques Lochard, que « Le droit au refuge ne peut être une des règles de la radio-protection. Nous devons accepter la situation et faire avec. »[9]. Deborah Oughton (CERAD) complète ces termes prononcés lors du symposium sur l’éthique en radio-protection par « nous devons éduquer les gens aux risques, afin de rendre ce risque plus acceptable ».
Le tout est de savoir par qui ce risque devrait être accepté et pourquoi.
Ces quelques extraits d’intervention choisis parmi d’autres, nous ont amené à nous interroger sur ce qui est très certainement l’une des préoccupations majeures de nos sociétés aujourd’hui, soit le fait que ceux qui effectuent la prise de risque sont rarement ceux qui reçoivent les bénéfices de cette prise de risque. En cela la situation devient inacceptable pour ceux qui en sont victimes. Cela se reflète concrètement par la déterioration de leur état psychologique et se traduit par un taux de suicide qui augmente de façon exponentielle.

Les effets psychologiques du nucléaire : un retour impossible

Nous avions établi un premier bilan en décembre 2014 du nombre de victimes de cette gestion aussi désastreuse que le désastre lui-même, comptabilisant 1170 décès relatifs à l’explosion de la centrale nucléaire de Tepco[10].
Les résultats d’une enquête récente menée auprès de 16 000 personnes réfugiées par l’équipe du professeur Takuya TSUJIUCHI, directeur de l’institut d’anthropologie médicale sur la reconstruction des désastres de l’université de Waseda[11], montre que plus de 40% d’entre elles sont atteintes de troubles de stress post-traumatique (PTSD).
Le professeur Tsujiuchi, interviewé par la NHK le 27 mai 2015, précise que contraindre ces personnes au retour à la vie sur le lieu générateur du désordre psychologique alors même que cet environnement reste instable en raison du taux de contamination et de l’état de la centrale nucléaire en déliquescence, aurait des conséquences dramatiques. Celui-ci précise qu’à la différence des résultats des tests post-traumatiques effectués après des tremblements de terre, il ressort de cette enquête que les victimes ne sont pas confrontées à un simple stress dans la gestion de leur vie quotidienne, mais ressentent une véritable angoisse de mort face à la menace nucléaire.
Selon le professeur Tsujiuchi : « aujourd’hui on fait comme si la catastrophe avait pris fin, alors que ça n’est pas le cas. On coupe l’aide au logement, puis, l’indemnité pour préjudice nerveux, puis les compensations financières pour perte de bien… il n’y aura bientôt plus d’aides au refuge. La situation est très dangereuse. »

Les enquêtes épidémiologiques à Fukushima : Il est toujours trop tôt à moins qu’il ne soit déjà trop tard…

Le 8 octobre 2015, lors d’une conférence de presse à Tôkyô au club des correspondants étrangers du Japon, le Professeur Toshihide TSUDA, épidémiologiste de l’université d’Okayama, spécialiste des retombées sanitaires des pollutions environnementales, exprime son désarroi quant à la manière dont les enquêtes épidémiologiques sont actuellement menées à Fukushima.
L’université médicale de Fukushima ainsi que la Préfecture elle-même, deux acteurs à la tête des investigations menées depuis 2011, estiment encore aujourd’hui, qu’il est trop tôt pour tirer des conséquences sérieuses des résultats obtenus.

Quels sont ces résultats ?

Le professeur Tsuda et son équipe ont repris la totalité des données rassemblées d’octobre 2011 jusqu’en juin 2015. Soit, l’échographie de la thyroïde d’un échantillon de 370 000 personnes agées de moins de 18 ans au moment des faits. Ils ont mené une étude comparative prenant en compte la moyenne connue de développement de cancer de la thyroïde sur l’ensemble du Japon par classe d’âge par année afin de quantifier le rapport de causes à effets entre la pollution engendrée par les isotopes qui se sont répandus dans l’atmosphère après l’explosion de la centrale et l’accroissement du nombre de cancer de la thyroïde chez les enfants de moins de 18 ans dans la région.

« Si l’on fait une comparaison avec la moyenne nationalement connue, on en déduit, que le taux de cancer de la thyroïde des moins de 18 ans a été multiplié par 50. Dans les endroits où le taux est naturellement faible, on trouve une multiplication par 20 fois du nombre de cancer de la thyroïde. Dans les localités (au plan national) où le taux était le plus faible, nous n’avons pas encore détecté de cas de développement de cancer de la thyroïde. »

Le professeur Tsuda se porte en faux face au rapport de l’organisation mondiale de la santé de 2013 qui sous-estime considérablement les conséquences sanitaires de l’explosion de la centrale de Fukushima.
Selon lui, il sera bientôt trop tard pour prendre les mesures qui s’imposent face à une multiplication importante des cancers (il s’agit en particulier de cancers de la thyroïde, de leucémies et de cancers du sein) dans les régions contaminées qui n’ont toujours pas toutes été évacuées, et dans lesquels, bien au contraire, on rappelle les familles réfugiées dites “volontaires” à revenir habiter.
Le professeur Toshihide TSUDA a publié le 5 octobre 2015 les résultats de ses recherches dans la revue internationale Epydemiology[12] et les exposera à l’Institut des systèmes complexes (CNRS) à Paris le 9 novembre prochain.

Dr Asanuma-Brice Cécile
Adjointe au directeur
Bureau régional CNRS Asie du nord (Corée du sud, Taiwan, Japon)
Tel. : 03-3443-8551
Fax. : 03-3443-8552

Références:
[1] Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers (INWORKS) : an International cohort study, Klervi Leuraud, David B Richardson, Elisabeth Cardis, Robert D Daniels, Michael Gillies, Jacqueline A O’Hagan, Ghassan B Hamra, Richard Haylock, Dominique Laurier, Monika Moissonnier, Mary K Schubauer-Berigan, Isabelle Thierry-Chef, Ausrele Kesminiene, 22 juin 2015.
[2] Agence Internationale à l’Energie Atomique
[3] NHK News, 25 Juillet 2015. 緊急時の被ばく線量 上限引き上げ案を審議
Nikkei, 15 août 2015, 原発作業員の被曝限度上げ、緊急時250ミリシーベルトに 規制委
http://www.nikkei.com/article/DGXLASDG08H1Q_Y5A700C1CR0000/
[4] Journal Nikkan Gendai du 26 août 2015 :
http://www.nikkan-gendai.com/articles/view/news/163113
[5] Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers
[6] dixit : National Registry for Radiation Workers in the UK.
[7] Principe de précaution en matière de radio-protection lorsqu’il y a incertitude sur la relation dose-effet.
[8] Commission internationale de Protection Radiologique. Symposium 2-3 juin 2015 à l’Université Médicale de Fukushima : workshop sur les questions d’éthique dans le domaine de la radio-protection, organisé par l’université médicale de Fukushima et l’ICRP
[9] Prononcé en anglais : « The right of refuge could not be one of radio-protection rules. We have to accept situation and deal with ». Ibid.
[10] Cecile Asanuma-Brice (2014) : Beyond reality: The management of migratory flows in a nuclear catastrophe by a pro-nuclear State, Japan Focus, nov. (en anglais)
[11] Waseda Institute of Medical Anthropology on Disaster Reconstruction
[12]http://journals.lww.com/epidem/Abstract/publishahead/Thyroid_Cancer_Detection_by_Ultrasound_Among.99115.aspx


L’article original:
ICI ET
Article reproduit ici avec l’aimable autorisation du Dr Cécile Asanuma-Brice


articles liés:

  • Le déni des responsabilités du nucléaire par les institutions officielles de l’ONU
    Dr Gordon Edwards président du CCNR (Canadian Coalition for Nuclear Responsibility)
  • Même à de faibles doses, l’exposition aux rayonnements accroît le risque de décès par leucémie chez les travailleurs du nucléaire
    Une étude du Centre International de Recherches sur le Cancer (CIRC)-26 juillet 2015
  • Les cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima sont bien dus à la radioactivité (11 octobre 2015)
    Un épidémiologiste japonais, le prof. Toshihidé TSUDA de l’université de Okayama a publié avec son équipe une synthèse qui démontre que les cancers de thyroïde découverts à Fukushima sont bien liés à l’irradiation de l’accident de Fukushima.
  • Une Synthèse des conséquences sur la santé du désastre de Fukushima par le dr Ian FAIRLIE

Le 17 Décembre 2015

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

voir l’étude WISE – PARIS

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Déc 13

Fukushima. Des citoyens se réapproprient les ressources d’énergie locales

et prennent leur avenir en mains

Un article du journal Asahi Simbun du 1 mai 2015 (traduction Vivre-après Fukushima)

Fukushima doit récupérer ses ressources énergétiques pour éviter les «chaudrons de l’enfer»

KITAKATA, préfecture de Fukushima

Yauemon Sato, de la neuvième génération de dirigeants d’une brasserie de Saké, en exploitation ici depuis 1790, compare les réacteurs détruits de la centrale de Fukushima N°1 aux «chaudrons de l’enfer».

Dans un précédent entretien avec l’ Asahi Simbun, Sato (http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201504190028) déclarait que le désastre nucléaire « continue de se reproduire chaque jour»; il se réfère à l’énorme stock d’eau radioactive qui ne cesse de croître – et fuit souvent- plus de 4 ans après la fusion des coeurs.

Aizu Dentyoku, une compagnie d’énergie qu’il a fondée en 2013 a été sa réponse à la question de savoir quelle direction devait prendre la «renaissance de Fukushima» après le désastre nucléaire.

En tant que chef d’entreprise, Sato était déterminé à ne pas se contenter d’un «simple mouvement social».
Il gère maintenant plus de 20 centrales solaires.

Sato prévoit également de se lancer dans la production d’électricité par micro-centrales hydrauliques et par l’utilisation de la biomasse ligneuse; ce qui permettra à son entreprise de puiser dans les ressources générées par l’eau abondante et les forêts de la région d’Aizu, dans la partie Ouest de la préfecture de Fukushima où se situe Kitakata.

«Aizu dispose de suffisamment de ressources pour être auto-suffisante» affirme Sato. «Initialement, l’eau du lac Inawashiroko et l’eau de la rivière Tadamigawa étaient pour nous. Il est probablement temps de les récupérer».

Voici des extraits de l’entretien:

Question: Qu’est-ce qui vous pousse à être si actif, y compris dans l’utilisation des énergies renouvelables ?

Sato: Vous connaissez le chaudron de l’enfer ? Vous serez envoyés en enfer et bouilli dans ce chaudron si vous agissez mal. Et il y a 4 de ces chaudrons dans la préfecture de Fukushima, dans la centrale Fukushima N°1 gérée par Tokyo Electric Power Co.

Question: Vous parlez des réacteurs N° 1 à 4 qui ont succombé aux accidents. C’est cela ?

Sato: Oui et la catastrophe n’est pas terminée. Elle continue de se produire chaque jour.
Plus de 300 tonnes d’eau fortement contaminée par des substances radioactives sont générées chaque jour à la centrale nucléaire, vrai ?
Nous avons une entreprise familliale, une brasserie de saké avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 350 millions de Yens ($2,9 millions). Chaque année nous brassons environ 300.000 litres de saké qui pèsent environ 300 tonnes. Il y a plus d’eau radioactive générée chaque jour que le saké que nous produisons en un an.

Question: La totalité du village de Iitate, préfecture de Fukushima, reste à ce jour évacué à cause de la catastrophe nucléaire.Vous avez soutenu Iitate avant que le désastre nucléaire ait été déclenché par le grand tremblement de terre du grand est et le tsunami. Pouvez-vous préciser votre travail ?

Sato: Tout a commencé quand la chambre de commerce et de l’industrie du village m’a demandé de brasser du saké avec du riz d’Iitate. J’ai accepté d’être un « ambassadeur Madei» pour aider le village, et la cérémonie de de nomination a eu lieu en janvier 2011. Le désastre nucléaire est suvenu seulement deux mois plus tard.
Iitate n’a rien à voir avec l’énergie nucléaire. Je me suis dit: « Je vais devoir aider d’une façon ou d’une autre».

Question: «Madei» qui signifie quelque chose comme «cordialement» dans le dialecte local est le slogan des efforts de développement de la communauté d’Iitate n’est-ce pas ?

Sato: Oui. Norio Kanno, le maire de Iitate, a déclaré lors de la cérémonie de nomination que le développement communautaire du «village Madei» était presque achevé. Mais tout a été ruiné par le désastre nucléaire.
Pour commencer, pourquoi la préfecture de Fukushima héberge-t-elle autant que 10 réacteurs nucléaires ? Eh bien, c’était pour envoyer l’électricité à Tokyo. Mais les habitants de Fukushima n’ont pas élevé suffisamment la parole en face du du gouvernement central et de Tepco.
Voici quelques-unes des idées que je partageais avec Yumiko Endo, ancien chef du conseil préfectoral de Fukushima pour l’éducation, et avec Norio Akasaka, un professeur d’ethnologie à l’université Gakushuin qui a lancé les «études Tohoku». Et la première chose que nous ayons faite a été de lancer dans l’été 2011, «Fukushima Kaigi», un forum pour les citoyens avec pour sujet «la renaissance de Fukushima».

Question: Ce forum vous a donné l’occasion de rencontrer Jun Yamada, un conseiller principal à «Qualcom Japan», le bras japonais du grand fabricant de puces américain; vrai ?

Sato: Oui, Yamada et moi avons discuté de ce que nous devrions faire à partir de ce moment là; et nous avons conclu que nous étions tous deux des dirigeants d’entreprise qui en aucun cas ne vivaient à l’écart du monde dans leur bibliothèque.Il ne servait à rien de seulement maudire le gouvernement central et Tepco. Nous ne devions pas nous contenter d’un simple mouvement social. Ainsi, nous avons finalement conclu: Pourquoi ne pas créer une entreprise ?

Question: Et l’entreprise que vous avez crée est «Aizu Denryoku», n’est-ce pas ?

Sato: Oui. Imaginez: quelles sont les conditions requises pour la vie humaine ? Vous ne pouvez rester en vie que si vous disposez d’eau, d’aliments et d’énergie.
Les 17 municipalités de la région d’Aizu dans la préfecture de Fukushima ont, ensemble, une population de 280.000 personnes ou plus. Et la région dispose de suffisamment de riz et d’énergie pour être autonome. Les seules centrales hydro-électriques de Aizu ont suffisamment de puissance pour couvrir la demande d’énergie de tous les foyers de la préfecture.

Question: Mais ces centrales hydro-électriques appartiennent à Tepco, Tohoku Electric Power Co. et Electric Power development Co. La plupart de l’électricité qu’ils produisent est envoyée vers la grande région de Tokyo. Que pensez-vous de cet arrangement ?

Sato: Les droits d’utilisation de l’eau pour produire de l’énergie ne sont pas entre nos mains. Mais l’eau du lac Inawashiroko et celle de la rivière Tadamigawa étaient considérées comme les nôtres. Il est probablement temps de les récupérer.
Les centrales nucléaires également se trouvent sur le sol de la préfecture de Fukushima. Pourquoi nos ressources sont-elles toujours emmenées ailleurs ? Allons récupérer ce qui a été emporté loin de chez nous – voilà ce que je dis.

Question: Tohoku Electric a limité la quantité d’électricité qu’il achèterait aux producteurs d’énergie renouvelable. Comment voyez-vous la lourde tâche de briser les intérêts acquis ?

Sato: Mon père a commencé à court-circuiter les grossistes et détaillants pour vendre notre saké directement aux touristes à Kitakata. Cela a déclenché de terribles indignations chez les associations de grossistes et détaillants. Mais lorsque les clients, une fois acquis un désir pour nos produits, ont commencé à passer commande chez les détaillants, ces derniers , à la fin, ont bien du vendre nos produits. Une clientèle ne manquera jamais de se matérialiser si vous fabriquez des produits fins.

Question: Il y a un cercle croissant de personnes qui pensent comme vous. «Iitate Denryoku», une compagnie d’électricité solaire a été créée à Iitate en septembre 2014 avec vous comme vice président. Comment cela se passe-t-il ?

Sato: Un autre groupe de personnes à Tadami, préfecture de Fukushima, se prépare à créer une compagnie de production d’électricité, «Tadami Denryoku». Quatre des 17 communes de la région d’Aizu – Inawashiro, Bandai, Nishi-Aizu et Kita-Shiobara- ont décidé en Mars d’investir dans Aizu Denryoku.
Nous projetons de créer ce que nous pourrions appeler une « société anonyme de nature publique». Nous sommes toujours confrontés à de multiples défis, comme celui de la question des droits d’usage de l’eau. Dans les années à venir nous prévoyons de diffuser la création de microcentrales électriques qui vont utiliser l’eau des rivières et autres sources famillières; et l’utilisation de la biomasse en provenance du bois des forêts et d’autres sources.
Nous avons commencé par la production d’énergie solaire pour consolider les fondations de notre compagnie.

Question: Vous appelez tous les conseils municipaux d’Aizu à injecter du capital dans votre compagnie. Quel rôle attendez vous des municipalités ?

Sato: Un développement communautaire est en place pour les populations locales dans le secteur privé; et ce n’est pas quelque chose que les administrations sont censées prendre en charge.
Les administrations sont là pour sauvegarder ce que fait le secteur privé. Voilà comment les efforts pour promouvoir Kitakata, (comme) une ville d’entrepôts et une «ville de ramen» ont décollé et sont en bonne voie.

TOSHIHIDE UEDA – Asahi simbun du 1 mai 2015


L’article original en anglais

Notes:

Le journaliste n’a pas traduit «ramen» en anglais. Je n’en ai pas trouvé la signification. Si un lecteur la connait, je serai ravi qu’il nous en fasse part.

14 Décembre:
Merci à Mathieu qui nous fournit les indications pour comprendre la dernière phrase:

Les entrepôts, kura en japonais: ce sont des constructions destinées à stocker les choses précieuses de la maisonnée, ou bien les récoltes, des outils; les stocks des commerçants, même des munitions de l’armée etc… on en trouve donc de toutes tailles, en bois, en pierre etc…de la cabane de jardin au grand entrepôt. Les kura de Kitakata étaient réputés.
Détails sur les kura

Les Ramen : ce sont des plats de nouilles très prisés au Japon. Kitakata est aussi réputé pour ses restaurants de ramen.
La page de wikipedia sur Kitakata

La phrase reste un peu ambigüe; je pense que Mr SATO souhaite que Kitakana soit connu également pour autre chose que pour ses restaurants et ses nombreux et beaux entrepôts

En France aussi des citoyens prennent le problème en mains:
  • Voyez Enercoop une coopérative chez qui on peut acheter son électricité exclusivement propre et même être fournisseur
  • Voyez Énergie partagée qui a déjà 30 projets d’énergie citoyenne en France
  • Voyez cet article du monde
  • Des municipalités françaises sont déjà productrices d’énergie renouvelable

le 13 décembre 2015

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.