Mar 10

Fukushima: un risque de cancer de la thyroïde multiplié par 15

Fukushima huit ans après

Un article du Dr Alex Rosen

https://www.ippnw.de/no_cache/atomenergie/gesundheit/artikel/de/15-faches-risiko-fuer-schilddruesenk.html#c11062

Ce mois de mars marque le huitième anniversaire de la catastrophe de Fukushima. Les enfants nés l’année de la fusion des réacteurs fréquentent aujourd’hui l’école primaire, tandis que de nombreux enfants et adolescents qui, à cette époque, ont ingéré de l’iode radioactif en respirant ou dans leur alimentation, ont atteint l’âge adulte. Beaucoup de temps a passé depuis les images bouleversantes des explosions dans les réacteurs de Fukushima Dai-ichi en mars 2011. Le sujet a à peu près disparu de la conscience publique, et au Japon, de plus en plus de gens voudraient étouffer les événements de cette époque et leurs conséquences. Et pourtant la catastrophe n’est pas terminée/se poursuit/dure encore.

Jour après jour, de l’eau contaminée en provenance des bâtiments ayant abrité les réacteurs endommagés est déversée dans l’océan et dans les nappes phréatiques. Encore récemment, l’exploitant Tepco a été contraint d’admettre avoir trompé le gouvernement et l’opinion publique sur l’état réel de l’eau contaminée stockée sur le terrain des centrales et ce, des années durant. Contrairement aux allégations de l’entreprise selon lesquelles cette eau n’aurait plus contenu que du Tritium, les autorités japonaises ont constaté que 750 000 tonnes d’eau sur les 890 000 dépassent de cent fois le seuil maximal autorisé par l’État et qu’elles contiennent aussi une forte concentration d’isotopes radioactifs comme le strontium-90. Dans certains échantillons analysés par les autorités, la concentration de strontium-90 était 20 000 fois supérieure au maximum autorisé. Or, peu de temps auparavant, TEPCO avait fait part de son projet de déverser l’eau contaminée dans le Pacifique. Pour l’instant, ces nouvelles révélations ont mis un terme à ce plan.

Pendant ce temps, depuis la catastrophe, des villages entiers et des quartiers de zones urbanisées ont été nettoyés des retombées radioactives au prix d’un difficile travail de fourmi. Cependant, les régions boisées et montagneuses du nord-est du Japon, largement inaccessibles, représentent un réservoir incontrôlable de particules radioactives. Chaque tempête, chaque inondation, chaque incendie de forêt et chaque envol de pollens peut recouvrir de Césium 137 des territoires déjà décontaminés. C’est ainsi que de nombreuses localités, qui selon le gouvernement japonais pro-nucléaire devraient être repeuplées depuis longtemps, présentent des niveaux de radiation accrus. Et par voie de conséquence, les gens n’y retournent pas. Plus de 50 000 personnes sur les 200 000 déplacées initialement vivent aujourd’hui encore, huit ans après le début de la catastrophe, dans des foyers de réfugiés ou dans des hébergements de fortune. Et l’état prévoit de leur couper les aides. Ainsi le gouvernement pense-t-il les contraindre à retourner rapidement à l’endroit où ils vivaient. La commission des droits de l’homme de l’ONU s’est vue dans l’obligation d’examiner la situation de ces déplacés.

166 cas de cancers avérés, 38 enfants en attente d’opération

Que les radiations provoquent des problèmes de santé n’est nulle part aussi évident que dans l’augmentation des cas de cancers de la thyroïde. Depuis 2011, on examine tous les deux ans la thyroïde des personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la fusion des réacteurs nucléaires. La première série de dépistages a eu lieu de 2011 à 2014, la deuxième de 2014 à 2016, la troisième de 2016 à 2018, la quatrième, en cours, à partir de 2018. Tandis que l’exploitation des données de la première série est terminée, celle des deuxième, troisième, et quatrième surtout est encore incomplète. Néanmoins il est déjà possible de tirer des conclusions à partir des résultats disponibles. Alors que ces examens avaient été effectués à l’origine pour rassurer les populations sur les conséquences de l’accident, ils ont en fait mis en évidence des résultats inquiétants.

Selon les données du Registre du Cancer Japonais, le taux d’incidence (le nombre de nouveaux cas par an) des cancers thyroïdiens chez l’enfant avant la catastrophe était d’environ 0,35 pour 100 000 enfants. Avec une population de 360 000 enfants dans la préfecture de Fukushima le nombre attendu de nouveaux cas serait donc de 1 seulement par an, c’est-à-dire 8 depuis le début de l’accident à la centrale, en mars 2011.
Or, dans cet intervalle de temps, des biopsies de la thyroïde à l’aiguille fine ont révélé des cellules cancéreuses chez 205 enfants. 167 de ces enfants ont dû être opérés entretemps en raison du développement extrêmement rapide de la tumeur, de la présence de métastases ou de la menace sur des organes vitaux. Dans 166 cas, le diagnostic histologique de carcinome thyroïdien a été confirmé, un seul cas de tumeur bénigne a été constaté. Trente-huit enfants sont encore en attente d’opération. Ces chiffres s’appuient sur les dernières publications de l’Université de Médecine de Fukushima (FMU) en date du 27 décembre 2018, qui prennent en compte tous les résultats d’examen disponibles à la fin septembre 2018.

La FMU a également déclaré dans sa dernière publication que parmi les 217 513 enfants ayant subi des tests complets (soit 64,6% des 336 669 enfants concernés), 141 275 (soit 65%) présentaient des nodules ou des kystes sur la thyroïde. Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est le nombre de pathologies détectées chez des enfants qui lors des examens précédents ne présentaient encore aucun symptôme inquiétant : chez 22 108 enfants (10%°), on a détecté dans la troisième série de dépistages des kystes et des nodules qui n’existaient pas lors de la deuxième série. Chez 135 d’entre eux, la taille des nodules dépassait 5 mm, et les kystes 20 mm, si bien que des examens complémentaires ont été nécessaires.

Par ailleurs, chez 577 enfants présentant des kystes ou des nodules de petite taille lors du deuxième dépistage, leur croissance a été telle que des examens plus poussés ont été nécessaires également.
Chez 54 des enfants présentant des résultats anormaux, des biopsies à l’aiguille fine ont été effectuées. Dans 18 cas, un cancer a été suspecté. Treize enfants ont été opérés depuis et le diagnostic de carcinome thyroïdien a été confirmé.

Ainsi, depuis l’an passé, dans le troisième dépistage, 5 cas confirmés de cancers et 6 suspicions de cancer se sont ajoutés aux cas précédents. Trente-cinq pour cent des données de ce troisième dépistage n’ont pas encore été exploitées, si bien qu’on ne peut pas encore en tirer de conclusions définitives.

Un effet de dépistage ?

Du côté du lobby nucléaire, on essaie toujours de rapporter le nombre élevé de cancers de la thyroïde à Fukushima à ce qu’on appelle l’effet de dépistage. Cet argument aurait encore pu passer pour les 101 cas de cancers de la première série de dépistages, mais il ne vaut plus pour la deuxième ni la troisième série. Les cas qui ont été détectés alors sont forcément nouveaux. Si l’on considère exclusivement les cas de cancers de la thyroïde qui ont été détectés lors de la deuxième et de la troisième série de dépistages, on en arrive au nombre total de 65 nouveaux cas (52 pour la deuxième série et 13 pour la troisième). Pour une population étudiée de 270 000 enfants et un intervalle de 4,5  années (d’avril 2014 à septembre 2018), cela représente une incidence d’environ 5,3 nouveaux cas de cancers de la thyroïde pour 100 000 personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la fusion des réacteurs. Comme cela a déjà été expliqué plus haut, le taux habituel de ce cancer est de 0,35% pour 100 000 au Japon. Dans la préfecture de Fukushima le taux de nouveaux cas de cancer est par conséquent plus de quinze fois supérieur à la moyenne du Japon. Autrement dit : les personnes qui étaient enfants à Fukushima lorsque l’explosion a eu lieu ont un risque 15 fois plus élevé que les autres de développer un cancer de la thyroïde. Ce résultat est extrêmement significatif et ne peut en aucun cas être expliqué ou relativisé par l’effet de dépistage.

Il faut de surcroît considérer qu’en même temps, plus de 87 000 enfants de la population ayant fait l’objet des examens à l’origine sont sortis de l’étude, qu’un tiers des données de la troisième série de dépistages n’est pas encore connu et que tous les cas de cancers qui sont décelés et traités en dehors des hôpitaux officiels ne sont pas pris en compte dans les statistiques, si bien que le nombre réel de cas est certainement bien plus élevé.

Le cancer de la thyroïde : une affection banale ?

Au vu de cette évolution préoccupante, il est bon de rappeler que le cancer de la thyroïde, en dépit de perspectives thérapeutiques relativement bonnes, n’est pas une maladie anodine, quoi qu’en dise le lobby nucléaire. Il peut entraîner d’importantes conséquences pour la qualité de vie des malades et leur état de santé. Une opération de la thyroïde comporte des risques importants, les patients et les patientes doivent prendre des médicaments à vie, se soumettre régulièrement à des analyses de sang, et vivent constamment dans l’angoisse de la récidive. Selon une étude de la fondation japonaise pour le soutien aux enfants malades du cancer de la thyroïde, 10% des patients et patientes opérés ont déjà connu une récidive, c’est-à-dire qu’ils ont développé de nouvelles tumeurs cancéreuses, qui ont dû être de nouveau opérées. Dans la préfecture de Fukushima, le cancer a récidivé au bout de peu d’années chez 8 des 84 enfants soignés pour cancer.

Répartition géographique des cas de cancer de la thyroïde

L’an dernier déjà nous avions indiqué que la répartition géographique des cas de ca>ncers de la thyroïde chez les enfants coïncidait avec le degré de contamination à l’io>de radioactif-131 dans les différentes régions de la préfecture : « www.ippnw.de/commonFiles/pdfs/Atomenergie/Fukushima/SD_Artikel_Fukushima_Maerz_2018.pdf »
Le taux le plus bas relevé, 7,7 suspicions de cancer après biopsie pour 100 000 enfants par an, se retrouvait dans la région de Aizu, la moins contaminée par les particules radioactives. Avec 9,9 cas pour 100 000 on trouvait ensuite la partie de Hamadori, également peu contaminée par les radiations. Le taux était plus élevé (13,4 cas pour 100 000 par an) à Nakadori qui fut plus contaminé, le taux le plus élevé étant constaté dans les 13 localités les plus contaminées tout autour de la centrale (21,4 cas pour 100 000 par an). Les incidences de cette étude ne concernent pas seulement des cas avérés après opération, mais aussi les suspicions de cancer après biopsie, raison pour laquelle ils sont supérieurs aux chiffres cités plus haut.

Des tentatives pour vider l’étude de tout sens

Ces données semblent gêner les responsables de la FMU. Il est vrai qu’elles contredisent la thèse soutenue depuis le début de la catastrophe nucléaire selon laquelle les multiples fusions des cœurs n’auraient provoqué aucune augmentation des cancers. Depuis le début, la FMU subit de fortes pressions de la part d’un gouvernement central pro-nucléaire et de la puissante industrie nucléaire du pays. La FMU reçoit aussi des soutiens financiers et logistiques du lobby international de l’atome, en l’occurrence l’AIEA. Tout ceci remet en cause l’indépendance scientifique de la FMU.

Déjà l’an dernier, nous avions attiré l’attention sur le fait que la FMU elle-même faisait tout pour faire capoter les études sur les affections de la thyroïde. C’est ainsi que contrairement à ce qui était prévu initialement et qui avait été annoncé, à partir de l’âge de 25 ans, les examens n’auront plus lieu tous les deux ans mais seulement tous les cinq ans. Par ailleurs, on a appris que des collaborateurs de la FMU passaient dans les écoles pour informer les enfants de leur droit à refuser les examens et de leur droit à l’ignorance. Depuis peu est apparue sur les formulaires l’option « Opt-out », c’est-à-dire la possibilité de sortir de l’étude. C’est tout à fait remarquable, dans la mesure où la participation a toujours été volontaire et que, d’ores et déjà, 20 à 30% des enfants ne font pas partie des cohortes se soumettant aux examens. Les critiques soulignent aussi qu’à partir de 18 ans, les frais d’examen ne seront pas assumés par les pouvoirs publics mais supportés par les patients et leurs familles. On peut supposer que les efforts de la FMU visent à diminuer le taux de participation aux examens et, à long terme, de faire perdre tout valeur à l’étude en déformant les résultats des tests, un résultat qui ne serait pas pour déplaire à l’industrie nucléaire du Japon.

Il faut également souligner de nouveau que les chiffres de la FMU de représentent qu’une partie des maladies survenues en réalité. Celle-ci ne prend pas en compte les autres affections liées aux radiations hormis les cancers de la thyroïde, pas plus qu’elle ne s’intéresse aux affections atteignant les personnes âgées de plus de 18 ans au moment de la fusion des cœurs, celles qui n’étaient pas enregistrés dans la préfecture de Fukushima à ce moment-là, celles qui ont déménagé depuis ou qui pour des raisons personnelles n’ont pas pris part aux dépistages. Un autre fait qui montre comment les statistiques officielles sont manipulées, c’est le refus de prendre en considération les cas de cancers de la thyroïde diagnostiqués en dehors des hôpitaux appartenant à la FMU. Au début 2017, la famille d’un enfant victime d’un cancer de la thyroïde a dénoncé publiquement que le cas de son enfant n’était pas inclus dans les données officielles de la FMU. Les responsables de l’étude ont soutenu que le diagnostic de l’enfant n’avait pas été posé par eux, mais par une clinique partenaire à laquelle le jeune garçon avait été adressé pour confirmer le diagnostic et suivre le traitement. Le fait que le garçon ait vécu à Fukushima au moment de l’accident nucléaire, qu’il ait pris part au dépistage de la FMU et qu’il ait dû être opéré suite à un cancer de la thyroïde nouvellement diagnostiqué, tout cela n’a pas été considéré comme pertinent par les responsables de l’étude.
Fin décembre, un autre cas de cancer thyroïdien, qui ne figurait pas parmi les statistiques officielles de la FMU, a été signalé. Le patient vivait certes dans la préfecture de Fukushima au moment de la fusion des cœurs et il avait participé au premier dépistage de l’Université ; mais comme il avait été évacué de sa ville natale, Koriyama, le diagnostic de cancer de la thyroïde et l’opération ont eu lieu en-dehors de la préfecture et, de ce fait, n’ont pas été inclus dans les statistiques officielles.
Combien d’autres cas de cancers thyroïdiens touchant des enfants n’ont pas été signalés, combien de cas se sont déclarés en-dehors de la préfecture ou chez des personnes qui au moment de l’accident avaient déjà plus de 18 ans, tout cela n’a jamais fait l’objet de la moindre recherche scientifique et on peut présumer qu’on ne le saura jamais.

Le droit à la santé

Nous observons à Fukushima une hausse significative des taux de nouveaux cas de cancer de la thyroïde chez les enfants et en même temps, en raison de la dépendance particulière des responsables de l’étude vis-à-vis du lobby nucléaire et du biais restrictif de l’étude, ces chiffres sont vraisemblablement systématiquement sous-estimés.
En outre, on peut s’attendre une augmentation d’autres sortes de cancer et d’autres maladies provoquées ou aggravées par les radiations ionisantes. Les tests de la FMU sur la thyroïde constituent les seuls tests en série à même de donner des résultats pertinents sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Et ils risquent en l’état actuel des choses d’être manipulés  par les partisans de l’énergie nucléaire.

Les habitants de Fukushima et les Japonais ont un droit inaliénable à la santé et à une vie dans un environnement sain. Dans ce contexte, les tests thyroïdiens chez les enfants ne bénéficient pas seulement aux patients dont les cancers sont détectés de manière précoce et qui peuvent ainsi être soignés, mais à toute la population qui a subi les effets des radiations libérées lors de l‘accident. La poursuite des tests thyroïdiens dans le respect des règles et leur suivi scientifique sont donc d’intérêt général et ne doivent en aucun cas être entravés par des motifs politiques ou économiques.

Dr. med. Alex Rosen Pédiatre, Président de IPPNW Allemagne
https://www.ippnw.de/der-verein/vorstand.html
Sources:
Proceedings of the 33rd Prefectural Oversight Committee Meeting for Fukushima Health Management Survey, December 27th, 2018
https://www.pref.fukushima.lg.jp/site/portal/kenkocyosa-kentoiinkai-33.html
NHK: Thyroid cancer relapses in some Fukushima children. 01.03.2018.
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/20180301_24
Sheldrick A, Tsukimori O. « Fukushima nuclear plant owner apologizes for still-radioactive water ». Reuters, 11.10.2018.
https://www.reuters.com/article/us-japan-disaster-nuclear-water/fukushima-nuclear-plant-owner-apologizes-for-still-radioactive-water-idUSKCN1ML15N


Article traduit par Yveline Girard

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW, est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et le syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW Europe : http://www.ippnw.eu/fr/accueil.html
Celui de l’IPPNW Allemagne : https://www.ippnw.de

Le 10 mars 2019


Mar 10

Fukushima, 7 ans après : 159 cas de cancer thyroïdien confirmés et 35 enfants en attente d’une opération

Résumé de l’article du Dr Rosen, IPPNW Allemagne du 07mars 2018
https://www.ippnw.de/atomenergie/artikel/de/schilddruesenkrebs-in-fukushima-7-ja.html

Le 25 décembre 2017, l’Université de Médecine de Fukushima (la FMU) a publié les derniers chiffres des tests thyroïdiens en cours. Les données comprennent les chiffres allant jusqu’à la fin de septembre 2017.
On en est à la troisième série de dépistage qui a démarré en mai 2016 et devrait se terminer à la fin mars 2018.
Au total, 159 cas de cancer sont confirmés, 35 enfants attendent toujours la chirurgie.
Ils ont été opérés à cause d’une croissance rapide de la tumeur, des métastases ou parce qu’elle menaçait des organes vitaux.

Selon la base de données du Registre du cancer japonais, le taux d’incidence du cancer de la thyroïde de l’enfant était avant la catastrophe nucléaire autour de 0,35 pour 100.000 enfants par an.
Avec une population pédiatrique d’environ 360.000 enfants, la préfecture de Fukushima aurait attendu environ un seul nouveau cas de cancer de la thyroïde de l’enfant chaque année.

…..

On observe aujourd’hui clairement une répartition géographique des cas de cancers. La FMU a longtemps éludé cet aspect, ce qui lui permettait de nier un éventuel rapport entre la fusion des cœurs des réacteurs de Fukushima et l’élévation des taux de cancers de la thyroïde.

Voici la carte des zones où ont eu lieu les examens
«13 communes évacuées», c’est la zone la plus proche de la centrale

carte des zones

Les dépistages durent deux ans et les dates des différentes séries de dépistage se chevauchent dans le temps; cela complique bien sûr la lecture et l’interprétation des résultats. Mais en décembre la FMU a présenté un tableau avec des données « nettoyées » qui étaient censées prendre en compte justement la différence temporelle entre les différents dépistages:

Cas de cancer ou de suspicion de cancer
détectés chez les participants aux deux premiers tours, classés par zone – 30 juin 2017
.
Extrait du tableau en allemand du Dr Rosen
tableau d’origine en japonais:
https://www.pref.fukushima.lg.jp/uploaded/attachment/244313.pdf

13 municipalités évacuées Nakadori Hamadori Aizu Total
population cible 49.454 207.165 72.871 51.766 381.256
Nb participants aux deux tours 32.006 140.582 46.406 27.693 246.687
Âge moyen 11,8 11,9 12,6 12,3
% filles 50,3 49,5 50,0 49,6 49,7
Nb cas de cancer ou suspicion pour 100.000 enfants 53,1 27,7 21,5 14,4 28,4
Nb cas de cancer ou suspicion /100.000 et /an 21,4 13,4 9,9 7,7 13,4

Avant Fukushima l’incidence du cancer de la thyroïde des enfants au Japon était de 0,35 cas par an pour 100.000 enfants.

Ce résultat est extrêmement significatif et il ne peut pas s’expliquer ou être relativisé par un effet de dépistage, car les résultats des premiers examens de tous les patients sont très clairs. [les cancers découverts lors des deuxième et troisième dépistages touchent des gens qui n’avaient pas de cancer lors du premier dépistage].

C’est aussi la première fois que la FMU inclut dans sa présentation des résultats les données officielles sur l’incidence du cancer de la thyroïde (c’est-à-dire le taux annuel de nouvelles victimes sur 100 000 enfants).

Voici la répartition géographique des cas.
On voit que plus on se rapproche de la zone de l’accident nucléaire (les 13 communes évacuées) plus il y a de jeunes atteints

Répartition géographique des ca

Tout est fait pour dévaluer l’étude sur la thyroïde

Ces données semblent gêner les responsables de la FMU. Il est vrai qu’elles contredisent la thèse soutenue depuis le début de la catastrophe nucléaire selon laquelle les multiples fusions des cœurs n’auraient provoqué aucune augmentation des cancers. Depuis le début, la FMU subit de fortes pressions de la part d’un gouvernement central pronucléaire et de l’industrie nucléaire toute-puissante dans le pays. La FMU reçoit aussi des soutiens financiers et logistiques du lobby international de l’atome, en l’occurrence l’AIEA, qui participe à l’organisation de l’étude sur les cancers de la thyroïde. Tout ceci remet en cause l’indépendance scientifique de la FMU. De nombreux observateurs et journalistes au Japon critiquent actuellement les efforts de la FMU pour réduire les tests de thyroïde et éventuellement y mettre fin.

Ainsi, à partir de l’âge de 25 ans, l’intervalle entre les séries de tests passerait de 2 à 5 ans, contrairement aux annonces et aux plans initiaux. On sait également depuis un certain temps que des membres de la FMU vont dans les écoles pour y informer les enfants de leur „droit de non-participation“ et de leur „droit de ne pas savoir“. Récemment est aussi apparue sur les formulaires une option „opt-out“, c’est-à-dire la possibilité de ne pas faire partie du dépistage. Ceci est assez remarquable, car la participation est de toute façon volontaire et aujourd’hui entre 20 et 30 % des enfants de la cohorte de test ne participent déjà pas aux tests. On peut aussi critiquer le fait que les coûts des tests après 18 ans ne soient plus complètement pris en charge, ce qui signifie que ce sont les patients et leur famille qui doivent les assumer.
On peut présumer que le but de la FMU est de réduire encore les quotas de participation et en déformant systématiquement les résultats des tests, de vider à long terme l’ensemble de l’étude de sa valeur. Une conséquence qui ne serait pas pour déplaire à l’industrie nucléaire japonaise.

Des cas de cancer passés sous silence

Ces deux cas de manipulation de données particulièrement évidents montrent combien il est difficile de faire confiance aux chiffres officiels:
Au début 2017, la famille d’un enfant victime d’un cancer de la thyroïde a dénoncé publiquement que le cas de leur enfant n’était pas inclus dans les données officielles de la FMU. Les responsables de l’étude ont soutenu que le diagnostic de leur enfant n’émanait pas de chez eux, mais d’une clinique partenaire à laquelle le jeune garçon avait été adressé pour approfondir le diagnostic et suivre la thérapie. Le fait que le garçon ait vécu à Fukushima au moment de l’accident nucléaire, qu’il ait pris part au dépistage de la FMU et qu’il ait dû être opéré suite à un cancer de la thyroïde nouvellement diagnostiqué, tout cela n’a pas été considéré comme pertinent pour les responsables de l’étude.
À la fin décembre, un autre cas de cancer thyroïdien, qui ne figurait pas parmi les statistiques officielles de la FMU, a été signalé. Le patient vivait certes dans la préfecture de Fukushima au moment de la fusion des cœurs et il a participé au premier dépistage de l’Université, mais comme il avait été évacué de sa ville natale, Koriyama, le diagnostic de cancer de la thyroïde et l’opération ont eu lieu en-dehors de la préfecture et n’ont de ce fait pas été inclus dans les statistiques officielles.

Combien d’autres cas de cancers thyroïdiens touchant des enfants n’ont pas été signalés non plus, combien de cas se sont produits en-dehors de la préfecture ou chez des gens qui au moment de l’accident avaient déjà plus de 18 ans, tous ces cas ne font l’objet d’aucune recherche scientifique et on peut présumer qu’on ne les connaîtra jamais.

Le droit à la santé

En conclusion nous observons à Fukushima une hausse significative des taux de nouveaux cas de cancer de la thyroïde chez les enfants et qu’en raison de la dépendance particulière des responsables de l’étude vis-à-vis du lobby nucléaire et du biais restrictif de l’étude, ces chiffres pourraient en même temps être systématiquement sous-estimés.

En outre, on peut attendre une augmentation d’autres sortes de cancer et d’autres maladies qui sont provoquées ou influencées de manière négative par les radiations ionisantes. Les tests thyroïdiens de la FMU représentent les seuls tests scientifiques en série qui puissent donner des résultats pertinents sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Et ils courent actuellement le risque d’être dévalorisés par les partisans de l’énergie nucléaire.

Les Japonais ont comme tous les humains un droit à la santé et un droit à l’information. Les tests thyroïdiens chez les enfants ne sont pas seulement bénéfiques aux patients dont les cancers sont détectés de manière précoce et peuvent ainsi être traités, mais servent l’intérêt de l’ensemble de la population qui a subi les effets des radiations libérées lors de l‘accident. La poursuite des tests thyroïdiens dans le respect des règles et leur accompagnement scientifique sont donc d’intérêt public et ne doivent en aucun cas être entravés par des motifs politiques ou économiques.
Dr Alex Rosen, médecin, président de l’IPPNW Allemagne
le 7 mars 2018

l’article original:
https://www.ippnw.de/atomenergie/artikel/de/schilddruesenkrebs-in-fukushima-7-ja.html
Traduction et résumé: www.fukushima-is-still-news.com et www.vivre-apres-fukushima.fr


Notes:

1 – www.fukushima-is-still-news nous signale:
Un article publié le 6 mars 2018 dans le Mainichi Shimbun indique que le nombre d’enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde est de 160, un dernier cas ayant été rajouté aux résultats de décembre 2017 susmentionnés. Voir :

http://www.fukushima-is-still-news.com/2018/03/160-cases-of-thyroid-cancers-among-fukushima-children.html

2 – Une précision sur les cas « suspectés »:
les cas suspectés sont ceux qui n’ont eu qu’un prélèvement à l’aiguille fine; avec un résultat suffisamment suspect pour justifier l’intervention chirurgicale
les cas confirmés sont ceux dont l’examen anatomo-pathologique de la pièce opératoire a certifié la nature cancéreuse.
D’après la Faculté de Fukushima il n’y a eu qu’une erreur : un cas suspect à l’examen à l’aiguille qui s’est révélé bénin à l’examen de la pièce chirurgicale.

le 10 mars 2018
mis à jour le 11 mars 2018


Nov 25

Les migrants du nucléaire

Une étude de la sociologue Cécile Asanuma-Brice

Publié le 18/10/2017
Auteur(s) : Cécile Asanuma-Brice, chercheuse en sociologie urbaine, Maison franco-japonaise Tokyo UMIFRE 19-CNRS / Laboratoire CLERSE, Université Lille 1

L’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima 1 le 11 mars 2011 a provoqué une grave contamination radioactive contraignant des dizaines de milliers de personnes à la fuite de leur domicile.

Parce qu’il prouve l’impossibilité de la gestion d’un accident nucléaire, le refuge n’est souhaité ni par les autorités nationales ayant opté pour une poursuite du nucléaire, ni par les autorités internationales.

Si dans un premier temps, les autorités ont simulé l’aide au refuge, cette aide a été interrompue en avril 2017 simultanément à la réouverture à l’habitat d’une partie de l’ancienne zone d’évacuation afin de contraindre les migrants au retour à la vie dans les territoires contaminés.

Sommaire

  • Un matin comme un autre
  • Les effets de la résilience
  • Ce nouveau séisme ravive les colères
  • En dépit du bon sens, le retour dans l’ancienne zone d’évacuation organisé par les autorités prend place
  • Dans les faits, où en est-on ?
  • Du progrès, et de la vie : ce que les sciences sont en droit d’interroger

Lire la suite

Lire l’article origine de C. Asanuma-Brice

Merci à Fukushima blog qui nous a signalé et a publié cette étude


carte de la contamination du Japon après Fukushima


Le 25 novembre 2017

Sep 03

Pas de droits de l’homme dans Namie à Fukushima ?

L’ordre d’évacuation des zones les plus peuplées de Namie, dans la préfecture de Fukushima, a été levé le 31 mars 2017.

Je transcris ici la partie française de l’article paru dans «Nos voisins 311»
Je vous invite à aller sur leur site voir l’article entier traduit en français et illustré

29/8/2017

Nous publions la carte la plus récente de densité de surface du sol de Namie créée par un groupe de mesures citoyennes nommé le «Projet de mesures de la radioactivité environnementale autour de Fukuichi (Fukushima Daiichi)».

la carte de la contamination de Namie

Cette carte est tout simplement terrifiante. Elle montre des niveaux de radio-contamination bien supérieurs au seuil défini pour une « zone contrôlée de radioactivité ».
Toute zone est désignée comme telle lorsque la dose efficace totale due à la radiation externe et celle due aux substances radioactives dans l’air est susceptible de dépasser 1,3 mSv par trimestre – sur une période de trois mois -, ou lorsque la densité de surface risque de dépasser 40.000 Bq/m2.
Dans la zone contrôlée de radioactivité, il est interdit de boire, de manger ou de passer la nuit. Même les adultes ne sont pas autorisés à rester plus de 10 heures. Pour quitter la zone, il faut passer par un dépistage rigoureux.

La radio-contamination de Namie va bien au-delà de ces chiffres. La densité moyenne de contamination du sol pour un total de 314 points dont le sol a été collecté et mesuré est de 858 143 Bq/m². La valeur maximale est de 6 780 000 Bq/m², et le minimum se lève à 31 400 Bq/m²!

Et les populations, y compris les nourrissons et les femmes enceintes, sont autorisées et encouragées à y retourner vivre en les persuadant qu’elles sont censées y être en sécurité. A la base, le gouvernement japonais ne reconnaît pas le droit humain fondamental de vivre dans un environnement sain. La population est confrontée à un avenir difficile, car la compensation sera bientôt coupée, et l’aide au logement par le gouvernement central a déjà fini. Continuer à vivre en tant que réfugiés nucléaires devient de plus en plus difficile. Nous considérons qu’il s’agit là d’une violation des droits fondamentaux de l’homme en matière d’environnement.

N’oublions pas de remercier les membres et les bénévoles de l’équipe du Projet de mesures de la radioactivité environnementales autour de Fukuichi. Ils sont surtout des personnes âgées de plus de 60 ans. Etant âgées, ces personnes sont censées être moins radio-sensibles que les personnes plus jeunes. Toutefois, cela ne signifie pas pour autant qu’elles soient insensibles à l’irradiation. Nous les remercions et prions pour leur santé.

une équipe de testeurs

Vous pourriez penser que les Japonais ont l’habitude d’endurer leur sort sans se plaindre. Ce n’est pas vrai. Beaucoup de gens se battent et protestent. Nous allons citer, parmi les nombreux procès en cours, l’un appelé le «procès pour exiger le retrait de la dose-limite de 20 mSv pour l’évacuation» déposé par les résidents de la ville de Minamisoma à Fukushima. Rappelons que le gouvernement japonais a adopté 1 mSv/an, la limite de dose internationalement reconnue pour le public recommandée par la CIPR (Commission internationale de protection radiologique), et que c’est encore la limite pour le public partout au Japon, sauf dans le département de Fukushima. C’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de gens de Fukushima se demandent: « Fukushima fait-il vraiment partie du Japon? » ou « sommes-nous les gens abandonnés par l’État? »

les plaignants devant le tribunal
Partie civile du procès pour exiger le retrait de la dose-limite de 20 mSv


Qui sont «Nos voisins lointains» ?
Nous sommes une association loi 1901. Notre objectif est de venir en aide aux populations sinistrées de l’accident de Fukushima.
Nous essayons de diffuser une information concernant la vie de sinistrés, mal connue en France, et aussi collecter des dons afin de venir en aide aux familles les plus nécessiteuses.

Le site de «Nos voisins lointains»
Le projet de mesures citoyennes:
http://www.f1-monitoring-project.jp/index.html
Page Facebook du « Projet de mesures de la radioactivité environnementale autour de Fukuichi (Fukushima Daiichi) » (en japonais):
https://www.facebook.com/fukuichi.mp/?fref=ts


Le 03 septembre 2017


Nov 08

Fukushima: un fonds créé pour aider les familles des victimes

Traduction de l’article d’Alex Rosen: «Das Geschäft mit dem Krebs»

Section allemande de l’IPPNW
https://www.ippnw.de/atomenergie/gesundheit/artikel/de/das-geschaeft-mit-dem-krebs.html

Le 11.10.2016

La manière de traiter les victimes d’une catastrophe en dit bien plus sur une société que des statistiques comme le PIB ou les chiffres de la croissance économique. Depuis 2011, tous les habitants de la préfecture de Fukushima qui avaient moins de 18 ans au moment de la catastrophe nucléaire de Fukushima, sont soumis à des examens réguliers de la thyroïde pour détecter les cancers et les pré-cancers. Si le coût de ces examens est en règle générale couvert par le gouvernement pour les enfants de moins de 18 ans, il n’en reste pas moins que les familles doivent d’abord avancer les frais avant de se faire rembourser, ce qui peut prendre un certain temps. De plus, la législation sanitaire du Japon exige de manière générale qu’après l’âge de 18 ans, 30 % des coûts du traitement soient assumés par les patients eux-mêmes.

Ironiquement, ces règles s’appliquent aussi aux examens thyroïdiens chez les gens qui ont subi les retombées radioactives, ainsi qu’aux biopsies, opérations ou soins à long terme s’avérant nécessaires. Un examen de la thyroïde revient aux patients à quelque 10 000 yen (environ 87 euros), une opération entre 150 et 300 000 yen (entre 1 300 et 2 600 euros). Pour bon nombre de familles concernées, qui sont déjà été sévèrement touchées par l’évacuation et la perte de leur foyer et de leur travail, ces coûts ne sont pas supportables et accélèrent encore la spirale de la dette et de l’appauvrissement dans laquelle se trouvent déjà beaucoup d’entre elles.

Compte tenu que, suite à la catastrophe nucléaire de 2011, les autorités ont en toute conscience décidé de ne pas distribuer de tablettes d’iode, et que des millions de personnes ont ainsi été exposées à de l’iode radioactif, la préfecture de Fukushima a commencé l’an dernier a rembourser également les frais des tests thyroïdiens aux patients qui avaient entretemps passé la limite d’âge des 18 ans. Mais ces remboursements prennent aussi du temps et les familles doivent d’abord avancer le montant des frais. De plus, le remboursement n’est possible que quand les examens ont eu lieu dans les installations officielles de l’Université de Médecine de Fukushima. Toute demande de seconde opinion en dehors du système strictement contrôlé par l’État entraînerait par conséquent une charge financière supplémentaire. Les frais annexes, tels le transport pour se rendre aux examens ou des compensations pour la perte de salaire des parents, ne sont pas non plus pris en compte.

Comme ces coûts et la complexité des procédures de remboursement restent un gros problème financier pour beaucoup de familles, une organisation caritative non-gouvernementale s’est mise en place : Le «Fonds des enfants du 11 mars pour le cancer de la thyroïde» a pour but d’aider les familles de Fukushima qui en ont besoin à payer les frais des examens et des traitements, et éventuellement les frais annexes occasionnés. La population peut dès maintenant faire une donation et on espère que plusieurs centaines de personnes concernées pourront recevoir une aide d’au moins 50 000 yen (env. 430 euros).

La manière de traiter les victimes d’une catastrophe en dit bien plus sur une société que des statistiques comme le PIB ou les chiffres de la croissance économique. Après la fusion des cœurs à la centrale de Fukushima, le comité de recherche du parlement japonais était arrivé à la conclusion que la catastrophe nucléaire était « d’origine spécifiquement humaine » et que l’industrie nucléaire, les instances de surveillance et les hommes politiques, qui durant des dizaines d’années avaient ignoré les dangers de l’énergie nucléaire et la corruption rampante dans le Village nucléaire, avaient eux aussi une grande part de responsabilité. Au vu de la défaillance institutionnalisée des autorités responsables et du camouflage permanent de l’ampleur de la catastrophe nucléaire, il est particulièrement insupportable que les familles touchées par les retombées radioactives qui ont provoqué chez leurs proches un risque de maladie singulièrement accru, soient en plus abandonnées à leur sort pour faire face à la charge financière de ces maladies.

Ce n’est vraiment pas possible que dans l’un des pays les plus riches du monde, doté d’un des systèmes de santé les plus avancés, des gens qui ont subi des préjudices par la faute de l’État, soient obligés de dépendre de la charité et de l’engagement de quelques volontaires. Il est urgent que le Japon s’attaque de manière raisonnable aux conséquences écologiques, sanitaires, psychologiques, sociales et économiques de la catastrophe nucléaire. Il faut aussi revoir entièrement la manière de traiter ceux qui ont été frappés par la catastrophe nucléaire et les rejets de radioactivité et qui doivent continuer à vivre dans des zones où les taux de radiation restent élevés.

Dr Alex ROSEN
Section allemande de l’IPPNW

Pour plus d’informations :

L’article du Japan Times:
Fund started to help Fukushima thyroid cancer patients cover expenses :
http://www.japantimes.co.jp/news/2016/09/09/national/fund-started-help-fukushima-thyroid-cancer-patients-cover-expenses/

L’article original du Dr Rosen
https://www.ippnw.de/atomenergie/gesundheit/artikel/de/das-geschaeft-mit-dem-krebs.html


Traduction: www.fukushima-is-still-news.com


Qu’est l’IPPNW ?

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW: http://ippnw.org/

Le site de la section française:
Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
http://amfpgn.org/site/category/qui-sommes-nous/amfpgn-presentation/

Le 08 novembre 2016

Nov 04

Marins américains contaminés-lettre au premier ministre japonais

Le gouvernement japonais tente d’influencer les tribunaux américains

Voici la traduction d’une lettre adressée au premier ministre japonais par Brian Victoria et publiée par le Japan Times.
La version anglaise du Japan Times




Le 2 novembre 2016

Le gouvernement japonais ne doit pas se mêler du procès des marins américains contre Tepco

[Lettre adressée au Premier Ministre japonais Shinzo Abe]

Monsieur le Premier Ministre,

Tout d’abord, je voudrais remercier le gouvernement japonais d’avoir finalement, après quatre longues années de silence, pris position concernant le procès mené aux États-Unis contre Tokyo Electric Power Company par plus de 450 marins, militaires et civils, qui se trouvaient à bord de l’USS Reagan et des vaisseaux militaires l’accompagnant au large du Tohoku après le 11 mars 2011.
Ces jeunes souffrent de sévères problèmes de santé résultant, selon eux, de l’exposition aux radiations subie pendant leur participation à l’Opération Tomodachi, la mission de secours humanitaire de l’armée américaine, lancée pour répondre au grand séisme et au tsunami qui avaient frappé le Japon de l’Est et les multiples fusions des réacteurs qui en ont résulté à la centrale nucléaire de Fukushima No.1 en mars 2011.

Si nous apprécions le fait que le gouvernement japonais ait reconnu officiellement l’existence du procès, le soutien inconditionnel que le gouvernement a apporté à Tepco est profondément inquiétant. Aujourd’hui encore, les personnels militaires américains se trouvent dans l’impossibilité de demander justice, parce que Tepco, avec l’appui du gouvernement japonais, se démène pour s’assurer que l’affaire ne soit jamais instruite dans un tribunal américain.

Le gouvernement a soumis un mémoire d’amicus curiae le 3 février à la Cour d ‘appel du neuvième circuit [cour d’appel fédérale des États-Unis, sise à San Francisco]. Un mémoire d’amicus curiae (littéralement « ami de la cour ») est un mémoire présenté par une partie qui n’est pas directement impliquée dans l’affaire, dans l’espoir d’influencer le résultat.
Ce mémoire contient deux points :

  • 1. «  le gouvernement du Japon a mis en place un système complet pour garantir l’indemnisation des victimes de l’accident nucléaire de Fukushima. »
  • 2. « Les demandes de dommages et intérêts présentées dans des tribunaux hors Japon menacent la viabilité à long terme du système d’indemnisation établi par le gouvernement japonais. »

Prenons le premier point : Si le gouvernement japonais avait véritablement « un système complet pour garantir l’indemnisation des victimes, » les soldats américains n’auraient pas besoin d’aller en justice. Toutefois, comme vous le savez, le gouvernement japonais et les services gouvernementaux n’ont pas, à ce jour, versé un seul yen à une victime de l’exposition aux radiations de Fukushima No.1 qui ne soit pas liée à Tepco. C’est notamment le cas des 173 enfants de la préfecture qui ont été opérés après un diagnostic de suspicion de cancer, et dont le cancer a été confirmé chez 131 d’entre eux.

Si le gouvernement japonais ne veut pas admettre que les souffrances de ses propres enfants ont été causées par l’exposition aux radiations, quelle chance peuvent avoir de jeunes Américains de voir reconnaître comme telles les maladies apparemment radio-induites dont ils souffrent, sans parler de se voir indemniser, au Japon ?

En outre, au moins sept de ces jeunes Américains auparavant en parfaite santé sont déjà morts et beaucoup d’autres sont trop malades pour se rendre au Japon même s’ils pouvaient se le permettre ; ils seraient encore moins en mesure de rester dans le pays durant les longues procédures juridiques qui, dans ce genre de cas, peuvent prendre des années à résoudre. Sans parler bien sûr du poids des coûts juridiques, les frais de tribunaux, d’avocats japonais, de traduction des documents pertinents, etc. Et n’oublions jamais, Monsieur le Premier Ministre, que c’est le gouvernement japonais qui a appelé ces militaires américains à la rescousse.

Quant au second point mentionné plus haut, j’admets que le procès des soldats américains menace « la viabilité à long terme du système d’indemnisation établi par le gouvernement du Japon. » Si par exemple un tribunal américain décidait d’attribuer les maladies des plaignants à l’exposition aux radiations, comment le gouvernement japonais pourrait-il continuer à proclamer qu’aucune des nombreuses maladies dont souffrent actuellement les enfants et les adultes de Fukushima n’a rien à voir avec les radiations ? Les soldats américains sont véritablement « le canari dans la mine de charbon » dans cette démonstration des effets dangereux de l’exposition aux radiations. Et ce canari, le gouvernement japonais n’a pas moyen de le contrôler.

Imaginons maintenant qu’un tribunal américain accorde une indemnisation de 3 millions de dollars par personne, pour les décès, actuellement au nombre de sept, des soldats américains irradiés ; et que le gouvernement japonais, quant à lui, continue de refuser d’indemniser les maladies radio-induites, ne parlons pas de morts, de ses propres citoyens. Il est certain que la « viabilité » (et la réputation !) du gouvernement japonais dans son refus obstiné d’admettre les problèmes radio-induits de ceux qui ne sont pas des employés de Tepco en prendrait un coup.

Permettez-moi pour terminer de rappeler qu’il y a un leader politique japonais qui a accepté d’engager sa responsabilité personnelle dans cette affaire de blessures infligées à des soldats américains. Je veux parler ici de l’ancien Premier Ministre Junichiro Koizumi qui, après avoir rencontré des soldats malades à San Diego en mai, a lancé un fonds destiné à couvrir un maximum des besoins médicaux de ces marins.

Heureusement, grâce au soutien de milliers de Japonais ordinaires, il a déjà réussi à lever 700 000 dollars, sur un objectif d’un million de dollars. Les larmes aux yeux, Koizumi a expliqué qu’il ne pouvait pas ignorer la souffrance de centaines de jeunes Américains en parfaite santé avant l’accident et qui ont de leur plein gré accepté de risquer leur vie pour venir en aide à la population japonaise.

Monsieur le Premier Ministre, je vous conjure de mettre fin au soutien juridique inconditionnel fourni par le gouvernement à Tepco. Et si le gouvernement japonais a une conscience, accordez immédiatement assistance médicale et indemnisation aux centaines de victimes américaines de l’Opération Tomodachi.

BRIAN VICTORIA
Kyoto


Traduction: «Fukushima is still news» – mise en page: «vivre après fukushima»
L’article original en anglais


Brian Daizen Victoria (Né en 1939 à Omaha, Nebraska) est professeur d’études japonaises à Yellow Springs, Ohio.
Il a étudié le Zen au monastère de Zen d’Eihei-ji. Il a été ordonné prêtre ZEN. Il tient un M.A. d’Études Bouddhiste du Sōt ō à l’Université de Komazawa de Tokyo.

Brian Victoria a manifesté contre la guerre du Viêt Nam.
Il a publié abondamment sur le rapport à la violence du Bouddhisme et de la religion en général; spécialement sur le rapport entre le Bouddhisme et le militarisme japonais pendant et après la Deuxième guerre Mondiale.

Le 04 Novembre 2016


Août 08

71ème anniversaire des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki

La bombe atomique couverte par un brevet français ?

Un article de http://www.dissident-media.org/infonucleaire/


L’énergie atomique se manifesta publiquement pour la première fois le 6 août 1945: destruction à peu près complète et instantanée d’Hiroshima. La « performance » fut répétée trois jours plus tard sur Nagasaki avec le même succès. Si la surprise fut grande dans l’opinion publique, parmi les savants il n’en fut rien car ils envisageaient ce développement scientifique depuis 1939. Contrairement à ce qui a été écrit plusieurs années plus tard, ces destructions de masse ne traumatisèrent ni le milieu scientifique ni l’opinion publique. Elles furent perçues comme le début d’une ère nouvelle, « l’âge atomique » confirmant la fiabilité de cette nouvelle source d’énergie.

un brûlé de Hiroshima
(Photo Masayoshi Onuka)
Le 7 août, au poste de quarantaine militaire de Ninoshima, à environ 4 kilomètres au large de Hiroshima. «Beaucoup de ceux atteints de profondes brûlures dues à la chaleur de l’explosion, restent étendus ainsi sans bouger, respirant à peine, jusqu’à ce que la vie s’en aille.»

Le mercredi 8 août 1945, on put lire à la une du journal Le Monde : « Une révolution scientifique: Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le Japon ». L’unanimité fut assez parfaite dans l’ensemble de la presse. L’ampleur du désastre, ces êtres humains qui, en quelques millionièmes de seconde, furent « volatilisés » et ne laissèrent qu’une ombre sur les murs, loin de déclencher horreur et indignation, fut reçue comme la preuve objective d’un avenir radieux pour une humanité qui allait enfin être débarrassée à tout jamais des contraintes du travail. La matière se révélait source inépuisable d’énergie, qu’il serait possible d’utiliser partout sans limite, sans effort, sans danger.

D’invraisemblables projets étaient présentés sérieusement comme à notre portée dans un avenir très proche. On parlait de faire fondre la glace des pôles par bombardement atomique pour produire un climat tempéré sur la terre entière, d’araser le Mont Blanc ou de combler la Méditerranée pour irriguer le Sahara (Joliot), etc.

Le délire scientiste n’a plus jamais atteint de tels sommets. Les explosions sur le japon furent glorifiées et bénies par tout ce que l’establishment scientifique avait de disponible: à l’époque cela s’appelait « les savants ». La mobilisation fut spontanée pour nous initier à cet avenir que les prix Nobel du « Projet Manhattan » nous avaient soigneusement préparé. Hiroshima devait ouvrir à l’humanité une ère de liberté, on entrait dans la modernité libératrice.

La seule voix discordante fut celle d’Albert Camus dans l’éditorial de Combat le 8 août 1945: « Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. […] Il est permis de penser qu’il ya quelque indécence à célébrer une découverte qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles ». Ces positions lui valurent, quelques jours plus tard, de violentes critiques.

Pour France-Soir, l’ère nouvelle fut inaugurée le 16 juillet 1945, date de l’essai de la première bombe atomique. Il titre le 8 novembre 1945: « Le 16 juillet 1945 à Alamogordo, par une nuit d’orage, le monde est entré dans une ère nouvelle ». L’article se poursuit ainsi: « L’espèce humaine a réussi à passer un âge nouveau: l’âge atomique ».
Ce même journal titrait un article le 9 août 1945: « L’emploi de la bombe atomique ouvre des horizons illimités ».

Le 10 août 1945, après la destruction de Nagasaki, France-Soir confiait ses colonnes à « un prince, académicien français et prix Nobel de physique » qui titrait son article: « L’homme pourra demain tirer plus d’énergie de quelques grammes de matière désintégrée que de la houille, de l’eau et du pétrole, par le prince Louis de Broglie, de l’Académie française ».

Le 8 août 1945, le journal Libération titrait en première page: « La nouvelle découverte peut bouleverser le monde. […] Charbon, essence, électricité ne seraient bientôt plus que des souvenirs ».

L’Humanité du 8 août 1945 titre en première page: « La bombe atomique a son histoire depuis 1938, dans tous les pays des savants s’employaient à cette tâche immense: libérer l’énergie nucléaire. Les travaux du professeur Frédéric Joliot-Curie ont été un appoint énorme dans la réalisation de cette prodigieuse conquête de la science ». Les journaux mentionnent à de nombreuses reprises la part jouée par la France dans cette prodigieuse découverte.
Ainsi on trouve dans le Figaro du 9 août 1945 un communiqué de l’AFP: « Paimpol 8 août – M. Joliot-Curie fait de Paimpol la communication suivante: L’emploi de l’énergie atomique et de la bombe atomique a son origine dans les découvertes et les travaux effectués au Collège de France par MM. Joliot-Curie, Alban et Kowarski en 1939 et 1940. Des communications ont été faites et des brevets pris à cette époque ». Un de ces brevets porte sur les « Perfectionnements aux charges explosives », brevet d’invention n° 971-324, « demandé le 4 mai 1939 à 15 h 35 min à Paris » (lire: L’histoire de la protection des brevets de l’équipe Joliot).
Cependant, personne n’osa en 1945 réclamer au gouvernement américain des royalties, bien que finalement on affirmât que la destruction de Hiroshima était couverte par un brevet français! Seul un bénéfice moral était attendu en exigeant que l’opinion mondiale reconnût la contribution française aux massacres d’Hiroshima et de Nagasaki.

Témoignages:

Récits des jours d’Hiroshima du docteur Shuntaro Hida
Futaba Kitayama, atomisée à 1 700 mètres de l’hypocentre à Hiroshima
Hideo Shimpo atomisé â 1 300 mètres de l’hypocentre à Hiroshima
Tomiko Matsumoto atomisé à 1 300 mètres de l’hypocentre à Hiroshima
Ube Makoto atomisé à 3 kilomètres de l’hypocentre à Hiroshima
Hiroshima 54 jours d’enfer du Docteur Michihiko Hachiya
Tamiki Hara atomisé à Hiroshima

A lire:

L’homme qui défia la censure (Les destructions de masse de la bombe atomique ne traumatisèrent ni le milieu scientifique, ni la presse, ni l’opinion publique)
Hiroshima et Nagasaki anéanties pour rien
Les ingénieurs oubliés de la bombe
– Lire l’extrait du livre « Plus clair que mille soleils » de Robert Jungk qui présente les physiciens ayant participés à la construction de la bombe atomique américaine, leurs motivations puis les réticences de certains…)
Hiroshima 8h15 le 6 août 1945

www.dissident-media.org/infonucleaire

Le 08 août 2016

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Juin 05

Frankushima: un essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire en France

Géraud Boumet, illustrateur de formation scientifique,
publie en mars 2016 son livre « Franckushima »,
qui mêle BD, illustrations, cartes, témoignages, articles

S’appuyant sur deux ans de recherches et un réseau de contributeurs, « Franckushima » aborde la catastrophe de Fukushima et ses multiples facettes de façon très complète, et traite en filigrane la question du risque nucléaire en France.

Les chapitres:

Préface:
«N’oubliez pas Fukushima»

11 mars 2011:
Début d’une longue réaction en chaîne

Contamination:
Aperçu des retombées radioactives sur le territoire japonais et dans l’océan Pacifique.

evacs300

(Non) évacuation des territoires contaminés:
Comment s’est déroulée l’évacuation des populations juste après l’accident ? retour sur la gestion de crise par le biais de nombreux témoignages

Restés dans la zone interdite
Malgré l’ordre d’évacuer, des personnes ont continué à vivre dans la zone interdite/ Rencontre avec quelques unes d’entr’elles

L’impossible décontamination ou l’arnaque de la décontamination:
Depuis 2011, les opérations de décontamination se succèdent. Cette décontamination est-elle efficace ? comment est-elle vécue par les populations ?

décontamination

Retour en zones contaminées:
Apprendre à vivre avec la contamination serait-elle la seule issue proposée par les autorités ? Comment ont été gérées les réouvertures de zones ?

Qu’est-ce que la radioactivité ? Quels sont ses effets ?
Notions de base sur la radioactivité, effets des radiations sur l’organisme et risque «acceptable»

Tchernobyl: 30 ans de déni
Trente ans après cette catastrophe majeure, comparons le bilan sanitaire officiel et les principales conclusions d’études indépendantes

Tout va bien !
Conséquences sanitaires, des points de vue (très) divergents. Des médecins et des habitants livrent leurs points de vue sur les conséquences sanitaires de l’accident.

Freeter300

Initiatives citoyennes
La société civile japonaise s’est largement mobilisée depuis mars 2011 quels combats ? quels enjeux ?

Dans l’enfer de la centrale
Que se passe-t-il à la centrale depuis 5 ans ? Des travailleurs témoignent.

Demain, un accident chez nous ?
En France le risque nucléaire est désormais admis. Que prévoient les plans d’urgence ? Sommes-nous prêts à faire face ?


256 pages couleur, format 21 x 27,6 cm ISBN : 978-2-9555634-0-3
http://franckushima.com/
–Se procurer l’ouvrage chez l’auteur:
Envoyez un chèque à l’ordre de Lutopiquant édition, en mentionnant vos coordonnées :
Lutopiquant édition 17 route de Revel 38420 Domène
– 20€ : à retirer sur Grenoble (à l’atelier ou lors d’événements à venir)

– 26€: livré en France (20€ pour le livre + 6€ de frais de port)
– 28€ : livré à l’étranger (20€ pour le livre + 8€ de frais de port)

–Commander sur le site de « sortir du nucléaire » : cliquer ici

silence !

Le 5 juin 2016

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Juin 02

Le rapport des médecins de l’IPPNW/PSR sur Fukushima-5 ans disponible en français

C’est une synthèse des conséquences à 5 ans de l’accident de Fukushima dont vous avez déjà pu lire des extraits sur « vivre-apres-fukushima » ces dernières semaines.

Vous pouvez maintenant télécharger la version française complète ici ou ICI

la page 1

Les chapitres:

  • 1. Le début de la catastrophe nucléaire
  • 2. Emissions et contamination radioactives
    • 2. 1. Rejets dans l’atmosphère
    • 2. 2. Rejets dans l’océan Pacifique
    • 2. 3. Contamination radioactive des denrées alimentaires
  • 3. Conséquences de la catastrophe nucléaire sur la santé humaine
    • 3. 1. Effets sur la santé des personnes exposées professionnellement
    • 3. 2. Effets sur la santé du public
  • 4. Les tests thyroïdiens dans la préfecture de Fukushima
    • 4. 1. Dépistage préliminaire de base
    • 4. 2. Dépistage à grande échelle
    • 4. 3. Les dépistages thyroïdiens, synthèse
  • 5. Conséquences de la catastrophe nucléaire sur le biote non humain
  • 6. Perspectives
  • 7. Recommandations de l’IPPNW et de PSR

Qu’est l’IPPNW ?

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW: http://www.ippnw.eu/fr/accueil.html

Le site de la section française:
Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
http://amfpgn.org/site/category/qui-sommes-nous/amfpgn-presentation/

Le PSR: « Physicians for Social Responsability » est une association américaine de médecins qui milite pour que cessent toutes sortes de pollutions : le nucléaire, les gaz de schiste etc…
Le site du PSR: http://www.psr.org/

Le 2 juin 2016

Avr 25

TCHERNOBYL : 30 ANS déjà – quelles leçons ?

Des leçons ont été tirées de la catastrophe
mais ce n’est pas au bénéfice des populations.

Les autorités internationales, européennes et nationales ont mis en place un cadre juridique destiné à gérer à moindre coût les catastrophes nucléaires.

Voici le communiqué de presse de la CRIIRAD du 21/04/2016 à l’occasion des 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl

Après un accident nucléaire, la protection des populations devrait être au cœur des décisions mais les coûts d’une catastrophe sont tels qu’ils ont conduit les États à mettre en place une gestion « optimisée » qui fait supporter aux victimes de la pollution la plus grande part des dommages économiques et sanitaires.

Les concepts que le lobby nucléaire français[1] a testé et mis au point au Bélarus ont été intégrés aux recommandations de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR). Ils sont désormais mis en œuvre dans les territoires contaminés par les rejets de la centrale de Fukushima-Daiichi. Le « développement durable en zone contaminée » se substitue à l’obligation de relogement dans des zones exemptes de risque radiologique dosimètre porté par les écoliers: il faut apprendre aux habitants des zones affectées à vivre avec la radioactivité, les équiper de radiamètres et de dosimètres afin qu’ils limitent au mieux leur niveau d’exposition, qu’ils contrôlent le niveau de contamination de leur alimentation. Les victimes doivent être résilientes et autonomes. Elles deviennent responsables de leur protection contre les risques d’irradiation et de contamination (et potentiellement coupables si au final elles tombent malades). Les photographies d’écolières, avec leur dosimètre en guise de pendentif, illustrent parfaitement combien est devenu banal, normal, une réalité qui devrait susciter l’horreur et la révolte.

Les politiques de relogement à grande échelle sont trop onéreuses, d’autant plus onéreuses que le principe pollueur-payeur ne s’applique pas à l’industrie nucléaire. Les catastrophes n’ont pas provoqué de remise en question du régime dérogatoire de la responsabilité civile du nucléaire. Si le protocole d’amendement de la convention de Paris voté en 2004 aboutit, le montant disponible pour l’indemnisation des dommages corporels et matériels atteindra 1,5 milliard d’euros, une somme totalement dérisoire en regard du coût réel d’un accident majeur que les services officiels eux-mêmes chiffrent désormais à des centaines de milliards d’euros, voire à plusieurs milliers de milliards d’€.

Dès l’origine, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a pris le contrôle des recherches sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl et sa stratégie du doute a réussi à neutraliser les résultats les plus dérangeants. Malgré cela, l’évolution des connaissances scientifiques aurait dû conduire à tenir compte des effets spécifiques des faibles doses de rayonnements et à renforcer les normes de radioprotection. Au lieu de quoi :

  • 1/ les effets génétiques ont été arbitrairement limités à leur impact sur les 2 premières générations, une décision scandaleuse et incompréhensible à la lumière des travaux sur l’instabilité génomique ;
  • 2/ le coefficient qui divise artificiellement par 2 les effets cancérigènes n’a pas été supprimé en dépit des résultats de plusieurs études épidémiologiques de référence, en particulier sur les travailleurs ;
  • 3/ les pathologies non cancéreuses n’ont toujours pas été pris en compte, pas même les effets cardiaques, alors que tous les systèmes physiologiques sont impactés et notamment le système immunitaire ;
  • 4/ le principe de précaution n’est pas appliqué alors que de nombreux travaux questionnent les fondements mêmes du système de radioprotection (effet de proximité par exemple) ;
  • 5/ l’accident de Fukushima a relancé les discours les plus mensongers sur l’existence d’un seuil (autour de 100 mSv) en dessous duquel les doses seraient sans effet sanitaire, sur la prétendue innocuité de la radioactivité naturelle ou des examens médicaux … comme si les effets du radon n’étaient abondamment documentés, comme si aucune publication n’avait mis en évidence les risques associés aux scanners !

Dans un tel contexte, les dispositions règlementaires relatives à la gestion des phases accidentelle et post-accidentelle sont particulièrement laxistes. Pour faciliter la réinstallation, ou le maintien, des populations dans les zones contaminées, le seuil de référence applicable aux situations de contamination post-accidentelle est désormais fixé à 20 mSv/an. Il s’agit d’une valeur excessivement élevée : 20 fois la limite de 1 mSv/an qui définit le niveau de risque maximum acceptable hors situation accidentelle ! De plus, il s’agit bien d’une « référence » et non pas d’une « limite » qui serait beaucoup plus contraignante : la référence de dose peut être dépassée par une partie des personnes exposées. La « normalisation » se fera progressivement : la seule obligation est que le pourcentage des personnes exposées à plus de 20 mSv/an diminue progressivement. Aucune contrainte de temps n’est fixée ! Et cette valeur ne concerne pas la phase d’urgence au cours de laquelle les références de dose applicables sont encore plus élevées.

Les nouvelles recommandations de la CIPR sont désormais inscrites dans le droit européen : les prescriptions de la directive Euratom 2013-59[2] doivent être transposées dans le droit national des États membres d’ici février 2018. De plus, le 15 janvier dernier a été publié le règlement Euratom n°2016-52 qui fixe les niveaux de contamination autorisés dans les aliments en cas d’accident. Il reprend sans les modifier les limites établies en 1987-1990 alors qu’entre-temps le risque cancérigène radio-induit a été multiplié par 10 et qu’il est désormais établi que le rapport d’expertise qui a servi de caution scientifique est truffé d’erreurs, de lacunes et d’incohérences ! Les limites applicables à l’iode 131 sont révoltantes, en particulier quand on songe à l’épidémie de cancers de la thyroïde qui a frappé les personnes (en particulier les enfants) exposées aux retombées de Tchernobyl. Concernant la distribution d’iode stable, destiné à saturer la thyroïde et à limiter son irradiation, la référence de dose est de 50 mSv/an alors que le bureau européen de l’OMS préconise depuis 1999 un seuil d’action de 10 mSv/an pour les enfants, les femmes enceintes et les mères qui allaitent.

Les nouvelles doctrines et limites se sont mises en place dans l’indifférence quasi-générale. Compte-tenu de la répartition et de l’âge du parc électronucléaire mondial, la probabilité que le prochain accident nucléaire majeur affecte directement l’Europe est assez élevée. Tout est prêt pour qu’il soit géré au mieux des intérêts de l’industrie nucléaire.

Créée au lendemain de l’accident de Tchernobyl, la CRIIRAD a mis au cœur de son action le combat pour l’information et la protection des populations. Elle appelle les citoyens, en France et en Europe, à s’intéresser d’urgence aux questions qui déterminent directement la protection de leur santé et l’avenir de leurs enfants. Faute de mobilisation, le prix à payer sera colossal.

La protection sanitaire des populations et des travailleurs doit être placée au centre des discussions et des décisions. Ceci concerne en tout premier lieu les risques d’accident mais également l’impact du fonctionnement normal des installations nucléaires. À titre d’exemple, la multiplication des chantiers de démantèlement des installations nucléaires produits des quantités grandissantes de déchets radioactifs dits valorisables (métaux et gravats notamment). Avec la bénédiction de la Commission européenne et de l’AIEA, plusieurs États européens pratiquent d’ores et déjà le recyclage à grande échelle de ces matériaux contaminés. En France, le pas n’est pas franchi mais les pressions sur l’Autorité de Sûreté Nucléaire se font de plus en plus fortes. Et avec le marché commun, ce qui a été recyclé en Allemagne ou en Suède est peut-être déjà présent, à notre insu, dans les objets de notre environnement quotidien.

L’équipe de la CRIIRAD

Renvois:
[1] Notamment le CEPN, Centre d’étude sur l’Évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, une « association » qui regroupe EDF, AREVA, le CEA et l’IRSN. Son directeur est désormais vice-président de la CIPR.
[2] Directive 2013/59/Euratom du Conseil du 5 décembre 2013 fixant les normes de base relatives à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants.

Le communiqué sur le site de la CRIIRAD: http://www.criirad.org/tchernobyl/cp-2016-04-21-30-ans-web.pdf

CRIIRAD
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Le 25 avril 2016

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