Mar 10

Fukushima: un risque de cancer de la thyroïde multiplié par 15

Fukushima huit ans après

Un article du Dr Alex Rosen

https://www.ippnw.de/no_cache/atomenergie/gesundheit/artikel/de/15-faches-risiko-fuer-schilddruesenk.html#c11062

Ce mois de mars marque le huitième anniversaire de la catastrophe de Fukushima. Les enfants nés l’année de la fusion des réacteurs fréquentent aujourd’hui l’école primaire, tandis que de nombreux enfants et adolescents qui, à cette époque, ont ingéré de l’iode radioactif en respirant ou dans leur alimentation, ont atteint l’âge adulte. Beaucoup de temps a passé depuis les images bouleversantes des explosions dans les réacteurs de Fukushima Dai-ichi en mars 2011. Le sujet a à peu près disparu de la conscience publique, et au Japon, de plus en plus de gens voudraient étouffer les événements de cette époque et leurs conséquences. Et pourtant la catastrophe n’est pas terminée/se poursuit/dure encore.

Jour après jour, de l’eau contaminée en provenance des bâtiments ayant abrité les réacteurs endommagés est déversée dans l’océan et dans les nappes phréatiques. Encore récemment, l’exploitant Tepco a été contraint d’admettre avoir trompé le gouvernement et l’opinion publique sur l’état réel de l’eau contaminée stockée sur le terrain des centrales et ce, des années durant. Contrairement aux allégations de l’entreprise selon lesquelles cette eau n’aurait plus contenu que du Tritium, les autorités japonaises ont constaté que 750 000 tonnes d’eau sur les 890 000 dépassent de cent fois le seuil maximal autorisé par l’État et qu’elles contiennent aussi une forte concentration d’isotopes radioactifs comme le strontium-90. Dans certains échantillons analysés par les autorités, la concentration de strontium-90 était 20 000 fois supérieure au maximum autorisé. Or, peu de temps auparavant, TEPCO avait fait part de son projet de déverser l’eau contaminée dans le Pacifique. Pour l’instant, ces nouvelles révélations ont mis un terme à ce plan.

Pendant ce temps, depuis la catastrophe, des villages entiers et des quartiers de zones urbanisées ont été nettoyés des retombées radioactives au prix d’un difficile travail de fourmi. Cependant, les régions boisées et montagneuses du nord-est du Japon, largement inaccessibles, représentent un réservoir incontrôlable de particules radioactives. Chaque tempête, chaque inondation, chaque incendie de forêt et chaque envol de pollens peut recouvrir de Césium 137 des territoires déjà décontaminés. C’est ainsi que de nombreuses localités, qui selon le gouvernement japonais pro-nucléaire devraient être repeuplées depuis longtemps, présentent des niveaux de radiation accrus. Et par voie de conséquence, les gens n’y retournent pas. Plus de 50 000 personnes sur les 200 000 déplacées initialement vivent aujourd’hui encore, huit ans après le début de la catastrophe, dans des foyers de réfugiés ou dans des hébergements de fortune. Et l’état prévoit de leur couper les aides. Ainsi le gouvernement pense-t-il les contraindre à retourner rapidement à l’endroit où ils vivaient. La commission des droits de l’homme de l’ONU s’est vue dans l’obligation d’examiner la situation de ces déplacés.

166 cas de cancers avérés, 38 enfants en attente d’opération

Que les radiations provoquent des problèmes de santé n’est nulle part aussi évident que dans l’augmentation des cas de cancers de la thyroïde. Depuis 2011, on examine tous les deux ans la thyroïde des personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la fusion des réacteurs nucléaires. La première série de dépistages a eu lieu de 2011 à 2014, la deuxième de 2014 à 2016, la troisième de 2016 à 2018, la quatrième, en cours, à partir de 2018. Tandis que l’exploitation des données de la première série est terminée, celle des deuxième, troisième, et quatrième surtout est encore incomplète. Néanmoins il est déjà possible de tirer des conclusions à partir des résultats disponibles. Alors que ces examens avaient été effectués à l’origine pour rassurer les populations sur les conséquences de l’accident, ils ont en fait mis en évidence des résultats inquiétants.

Selon les données du Registre du Cancer Japonais, le taux d’incidence (le nombre de nouveaux cas par an) des cancers thyroïdiens chez l’enfant avant la catastrophe était d’environ 0,35 pour 100 000 enfants. Avec une population de 360 000 enfants dans la préfecture de Fukushima le nombre attendu de nouveaux cas serait donc de 1 seulement par an, c’est-à-dire 8 depuis le début de l’accident à la centrale, en mars 2011.
Or, dans cet intervalle de temps, des biopsies de la thyroïde à l’aiguille fine ont révélé des cellules cancéreuses chez 205 enfants. 167 de ces enfants ont dû être opérés entretemps en raison du développement extrêmement rapide de la tumeur, de la présence de métastases ou de la menace sur des organes vitaux. Dans 166 cas, le diagnostic histologique de carcinome thyroïdien a été confirmé, un seul cas de tumeur bénigne a été constaté. Trente-huit enfants sont encore en attente d’opération. Ces chiffres s’appuient sur les dernières publications de l’Université de Médecine de Fukushima (FMU) en date du 27 décembre 2018, qui prennent en compte tous les résultats d’examen disponibles à la fin septembre 2018.

La FMU a également déclaré dans sa dernière publication que parmi les 217 513 enfants ayant subi des tests complets (soit 64,6% des 336 669 enfants concernés), 141 275 (soit 65%) présentaient des nodules ou des kystes sur la thyroïde. Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est le nombre de pathologies détectées chez des enfants qui lors des examens précédents ne présentaient encore aucun symptôme inquiétant : chez 22 108 enfants (10%°), on a détecté dans la troisième série de dépistages des kystes et des nodules qui n’existaient pas lors de la deuxième série. Chez 135 d’entre eux, la taille des nodules dépassait 5 mm, et les kystes 20 mm, si bien que des examens complémentaires ont été nécessaires.

Par ailleurs, chez 577 enfants présentant des kystes ou des nodules de petite taille lors du deuxième dépistage, leur croissance a été telle que des examens plus poussés ont été nécessaires également.
Chez 54 des enfants présentant des résultats anormaux, des biopsies à l’aiguille fine ont été effectuées. Dans 18 cas, un cancer a été suspecté. Treize enfants ont été opérés depuis et le diagnostic de carcinome thyroïdien a été confirmé.

Ainsi, depuis l’an passé, dans le troisième dépistage, 5 cas confirmés de cancers et 6 suspicions de cancer se sont ajoutés aux cas précédents. Trente-cinq pour cent des données de ce troisième dépistage n’ont pas encore été exploitées, si bien qu’on ne peut pas encore en tirer de conclusions définitives.

Un effet de dépistage ?

Du côté du lobby nucléaire, on essaie toujours de rapporter le nombre élevé de cancers de la thyroïde à Fukushima à ce qu’on appelle l’effet de dépistage. Cet argument aurait encore pu passer pour les 101 cas de cancers de la première série de dépistages, mais il ne vaut plus pour la deuxième ni la troisième série. Les cas qui ont été détectés alors sont forcément nouveaux. Si l’on considère exclusivement les cas de cancers de la thyroïde qui ont été détectés lors de la deuxième et de la troisième série de dépistages, on en arrive au nombre total de 65 nouveaux cas (52 pour la deuxième série et 13 pour la troisième). Pour une population étudiée de 270 000 enfants et un intervalle de 4,5  années (d’avril 2014 à septembre 2018), cela représente une incidence d’environ 5,3 nouveaux cas de cancers de la thyroïde pour 100 000 personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la fusion des réacteurs. Comme cela a déjà été expliqué plus haut, le taux habituel de ce cancer est de 0,35% pour 100 000 au Japon. Dans la préfecture de Fukushima le taux de nouveaux cas de cancer est par conséquent plus de quinze fois supérieur à la moyenne du Japon. Autrement dit : les personnes qui étaient enfants à Fukushima lorsque l’explosion a eu lieu ont un risque 15 fois plus élevé que les autres de développer un cancer de la thyroïde. Ce résultat est extrêmement significatif et ne peut en aucun cas être expliqué ou relativisé par l’effet de dépistage.

Il faut de surcroît considérer qu’en même temps, plus de 87 000 enfants de la population ayant fait l’objet des examens à l’origine sont sortis de l’étude, qu’un tiers des données de la troisième série de dépistages n’est pas encore connu et que tous les cas de cancers qui sont décelés et traités en dehors des hôpitaux officiels ne sont pas pris en compte dans les statistiques, si bien que le nombre réel de cas est certainement bien plus élevé.

Le cancer de la thyroïde : une affection banale ?

Au vu de cette évolution préoccupante, il est bon de rappeler que le cancer de la thyroïde, en dépit de perspectives thérapeutiques relativement bonnes, n’est pas une maladie anodine, quoi qu’en dise le lobby nucléaire. Il peut entraîner d’importantes conséquences pour la qualité de vie des malades et leur état de santé. Une opération de la thyroïde comporte des risques importants, les patients et les patientes doivent prendre des médicaments à vie, se soumettre régulièrement à des analyses de sang, et vivent constamment dans l’angoisse de la récidive. Selon une étude de la fondation japonaise pour le soutien aux enfants malades du cancer de la thyroïde, 10% des patients et patientes opérés ont déjà connu une récidive, c’est-à-dire qu’ils ont développé de nouvelles tumeurs cancéreuses, qui ont dû être de nouveau opérées. Dans la préfecture de Fukushima, le cancer a récidivé au bout de peu d’années chez 8 des 84 enfants soignés pour cancer.

Répartition géographique des cas de cancer de la thyroïde

L’an dernier déjà nous avions indiqué que la répartition géographique des cas de ca>ncers de la thyroïde chez les enfants coïncidait avec le degré de contamination à l’io>de radioactif-131 dans les différentes régions de la préfecture : « www.ippnw.de/commonFiles/pdfs/Atomenergie/Fukushima/SD_Artikel_Fukushima_Maerz_2018.pdf »
Le taux le plus bas relevé, 7,7 suspicions de cancer après biopsie pour 100 000 enfants par an, se retrouvait dans la région de Aizu, la moins contaminée par les particules radioactives. Avec 9,9 cas pour 100 000 on trouvait ensuite la partie de Hamadori, également peu contaminée par les radiations. Le taux était plus élevé (13,4 cas pour 100 000 par an) à Nakadori qui fut plus contaminé, le taux le plus élevé étant constaté dans les 13 localités les plus contaminées tout autour de la centrale (21,4 cas pour 100 000 par an). Les incidences de cette étude ne concernent pas seulement des cas avérés après opération, mais aussi les suspicions de cancer après biopsie, raison pour laquelle ils sont supérieurs aux chiffres cités plus haut.

Des tentatives pour vider l’étude de tout sens

Ces données semblent gêner les responsables de la FMU. Il est vrai qu’elles contredisent la thèse soutenue depuis le début de la catastrophe nucléaire selon laquelle les multiples fusions des cœurs n’auraient provoqué aucune augmentation des cancers. Depuis le début, la FMU subit de fortes pressions de la part d’un gouvernement central pro-nucléaire et de la puissante industrie nucléaire du pays. La FMU reçoit aussi des soutiens financiers et logistiques du lobby international de l’atome, en l’occurrence l’AIEA. Tout ceci remet en cause l’indépendance scientifique de la FMU.

Déjà l’an dernier, nous avions attiré l’attention sur le fait que la FMU elle-même faisait tout pour faire capoter les études sur les affections de la thyroïde. C’est ainsi que contrairement à ce qui était prévu initialement et qui avait été annoncé, à partir de l’âge de 25 ans, les examens n’auront plus lieu tous les deux ans mais seulement tous les cinq ans. Par ailleurs, on a appris que des collaborateurs de la FMU passaient dans les écoles pour informer les enfants de leur droit à refuser les examens et de leur droit à l’ignorance. Depuis peu est apparue sur les formulaires l’option « Opt-out », c’est-à-dire la possibilité de sortir de l’étude. C’est tout à fait remarquable, dans la mesure où la participation a toujours été volontaire et que, d’ores et déjà, 20 à 30% des enfants ne font pas partie des cohortes se soumettant aux examens. Les critiques soulignent aussi qu’à partir de 18 ans, les frais d’examen ne seront pas assumés par les pouvoirs publics mais supportés par les patients et leurs familles. On peut supposer que les efforts de la FMU visent à diminuer le taux de participation aux examens et, à long terme, de faire perdre tout valeur à l’étude en déformant les résultats des tests, un résultat qui ne serait pas pour déplaire à l’industrie nucléaire du Japon.

Il faut également souligner de nouveau que les chiffres de la FMU de représentent qu’une partie des maladies survenues en réalité. Celle-ci ne prend pas en compte les autres affections liées aux radiations hormis les cancers de la thyroïde, pas plus qu’elle ne s’intéresse aux affections atteignant les personnes âgées de plus de 18 ans au moment de la fusion des cœurs, celles qui n’étaient pas enregistrés dans la préfecture de Fukushima à ce moment-là, celles qui ont déménagé depuis ou qui pour des raisons personnelles n’ont pas pris part aux dépistages. Un autre fait qui montre comment les statistiques officielles sont manipulées, c’est le refus de prendre en considération les cas de cancers de la thyroïde diagnostiqués en dehors des hôpitaux appartenant à la FMU. Au début 2017, la famille d’un enfant victime d’un cancer de la thyroïde a dénoncé publiquement que le cas de son enfant n’était pas inclus dans les données officielles de la FMU. Les responsables de l’étude ont soutenu que le diagnostic de l’enfant n’avait pas été posé par eux, mais par une clinique partenaire à laquelle le jeune garçon avait été adressé pour confirmer le diagnostic et suivre le traitement. Le fait que le garçon ait vécu à Fukushima au moment de l’accident nucléaire, qu’il ait pris part au dépistage de la FMU et qu’il ait dû être opéré suite à un cancer de la thyroïde nouvellement diagnostiqué, tout cela n’a pas été considéré comme pertinent par les responsables de l’étude.
Fin décembre, un autre cas de cancer thyroïdien, qui ne figurait pas parmi les statistiques officielles de la FMU, a été signalé. Le patient vivait certes dans la préfecture de Fukushima au moment de la fusion des cœurs et il avait participé au premier dépistage de l’Université ; mais comme il avait été évacué de sa ville natale, Koriyama, le diagnostic de cancer de la thyroïde et l’opération ont eu lieu en-dehors de la préfecture et, de ce fait, n’ont pas été inclus dans les statistiques officielles.
Combien d’autres cas de cancers thyroïdiens touchant des enfants n’ont pas été signalés, combien de cas se sont déclarés en-dehors de la préfecture ou chez des personnes qui au moment de l’accident avaient déjà plus de 18 ans, tout cela n’a jamais fait l’objet de la moindre recherche scientifique et on peut présumer qu’on ne le saura jamais.

Le droit à la santé

Nous observons à Fukushima une hausse significative des taux de nouveaux cas de cancer de la thyroïde chez les enfants et en même temps, en raison de la dépendance particulière des responsables de l’étude vis-à-vis du lobby nucléaire et du biais restrictif de l’étude, ces chiffres sont vraisemblablement systématiquement sous-estimés.
En outre, on peut s’attendre une augmentation d’autres sortes de cancer et d’autres maladies provoquées ou aggravées par les radiations ionisantes. Les tests de la FMU sur la thyroïde constituent les seuls tests en série à même de donner des résultats pertinents sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Et ils risquent en l’état actuel des choses d’être manipulés  par les partisans de l’énergie nucléaire.

Les habitants de Fukushima et les Japonais ont un droit inaliénable à la santé et à une vie dans un environnement sain. Dans ce contexte, les tests thyroïdiens chez les enfants ne bénéficient pas seulement aux patients dont les cancers sont détectés de manière précoce et qui peuvent ainsi être soignés, mais à toute la population qui a subi les effets des radiations libérées lors de l‘accident. La poursuite des tests thyroïdiens dans le respect des règles et leur suivi scientifique sont donc d’intérêt général et ne doivent en aucun cas être entravés par des motifs politiques ou économiques.

Dr. med. Alex Rosen Pédiatre, Président de IPPNW Allemagne
https://www.ippnw.de/der-verein/vorstand.html
Sources:
Proceedings of the 33rd Prefectural Oversight Committee Meeting for Fukushima Health Management Survey, December 27th, 2018
https://www.pref.fukushima.lg.jp/site/portal/kenkocyosa-kentoiinkai-33.html
NHK: Thyroid cancer relapses in some Fukushima children. 01.03.2018.
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/20180301_24
Sheldrick A, Tsukimori O. « Fukushima nuclear plant owner apologizes for still-radioactive water ». Reuters, 11.10.2018.
https://www.reuters.com/article/us-japan-disaster-nuclear-water/fukushima-nuclear-plant-owner-apologizes-for-still-radioactive-water-idUSKCN1ML15N


Article traduit par Yveline Girard

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW, est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et le syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW Europe : http://www.ippnw.eu/fr/accueil.html
Celui de l’IPPNW Allemagne : https://www.ippnw.de

Le 10 mars 2019


Jan 20

L’impasse nucléaire française

Un film de Greenpeace:
https://greenpeacefilmfestival.org/film/nucleaire-limpasse-francaise/

Depuis 50 ans, la France satisfait 75 % de ses besoins en électricité grâce à la filière nucléaire.
Un cas unique au monde. Cette dépendance mène aujourd’hui l’entreprise publique EDF tout droit à la faillite.
Le nouveau réacteur français, l’EPR, accumule les retards de livraison, en France (à Flamanville), comme en Finlande.
Les coûts continuent de grimper et c’est en dizaine de milliards que se chiffrent aujourd’hui les dépenses de la France pour tenter de maîtriser cette technologie trop complexe.
Alors pourquoi la France a-t-elle donné le feu vert à la construction de deux autres EPR en Grande-Bretagne, à Hinkley Point ? Et ce malgré de violentes oppositions au sein même d’EDF ?
Alors que de plus en plus de pays sortent du nucléaire, qu’on ne sait toujours pas comment démanteler les centrales en fin de vie ni que faire des déchets radioactifs, et que le coût des énergies renouvelables ne cesse de baisser, la France est de plus en plus isolée dans ses choix pro-nucléaires.
Des choix qui pèsent très lourds sur le budget de l’État et qui font prendre à la France un retard colossal sur sa nécessaire transition énergétique.
Qui paiera la facture du nucléaire ? Un film écrit et réalisé par Patrick Benquet

Le mot du réalisateur

Ceux qui défendent le nucléaire perçoivent le monde à travers une industrie dont ils refusent de reconnaître le déclin.
La révolution des renouvelables en marche dans nos sociétés est vue comme une agression.
Ils s’entêtent : le nucléaire produirait une électricité plus sûre et moins chère que toutes les autres formes d’énergie…
Notre film souhaite démontrer que cet argument est non seulement faux mais qu’en outre il cache une réalité financière catastrophique : la facture que les générations futures vont avoir à payer à cause du nucléaire est colossale.
Chaque catastrophe nucléaire (Tchernobyl, Fukushima) en augmentant l’obligation de nouvelles mesures de sécurité, fait exploser les coûts et aboutit à la construction de prototypes comme l’EPR, hors de prix et technologiquement tellement compliqués que nombre d’ingénieurs disent aujourd’hui qu’il ne fonctionnera jamais.
Patrick Benquet

Pourquoi ce choix ?

Cette enquête complète tournée en France, en Chine, en Allemagne, en Grande-Bretagne et au Japon explique les enjeux de l’industrie nucléaire et les raisons pour lesquelles le gouvernement français refuse d’abandonner cette technologie, malgré les mises en garde de spécialistes.
Les interventions de salariés d’EDF, témoins de l’intérieur, mettent en lumière une situation plus qu’alarmante et nous invitent à nous interroger sur l’avenir de cette industrie française.

voir aussi les autres films 2019 de Greenpeace
https://greenpeacefilmfestival.org/edition/2019/

Oct 05

Nucléaire, la fin d´un mythe

Public Sénat-diffusion du documentaire de Bernard Nicolas, Thierry Gadault et Hugues Demeude. Réalisé par Bernard Nicolas

« Nucléaire, la fin d’un mythe »

Samedi 06 octobre 2018 à 23h25
et
Dimanche 07 octobre 2018 à 12h25

54min
D´ici à 2028, 34 des 58 réacteurs vont fêter leur quarantième anniversaire, âge limite d´exploitation fixé lors de la construction du parc. EDF surendetté n´a pas les moyens de remplacer ces réacteurs en fin de vie. Ce film raconte comment la France, par choix politique, s´est rendue totalement dépendante du nucléaire jusqu´à se mettre dans une dangereuse impasse.
Ce film montre aussi que simultanément au vieillissement des centrales nucléaires, plusieurs barrages stratégiques d´EDF donnent quelques signes de faiblesse inquiétants.
Qui ont été les acteurs de cette stratégie électronucléaire ? Comment s´est-elle été imposée dans les coulisses de l´Etat, quels ont été les moments clés ? Quels sont aujourd´hui les véritables raisons et les risques liés au prolongement de la durée de vie du parc en exploitation ?
Une enquête rigoureuse au coeur de la machine nucléaire française avec les témoignages des différents acteurs du secteur.

Un film de Bernard Nicolas, Thierry Gadault et Hugues Demeude Réalisé par Bernard Nicolas Une coproduction : Bonne Pioche /Public Sénat Avec la participation de France Télévisions

Plus d’info ici

Le 5 octobre 2018


Oct 05

Flamanville: Les soudures des tuyauteries principales d’évacuation de la vapeur ne sont pas bonnes

Une note de L’Autorité de Sûreté Nucléaire du 03/10/2018:

https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Soudures-de-l-EPR-un-travail-technique-important-reste-a-faire

>>

Anomalies des soudures des tuyauteries principales d’évacuation de la vapeur du réacteur EPR de Flamanville 3 : un travail technique important reste à faire

Objet : Réacteur EPR de Flamanville 3 – Soudures des tuyauteries VVP
Exigences d’exclusion de rupture et défauts non détectés lors des contrôles de fin de fabrication

Les soudures des tuyauteries principales d’évacuation de la vapeur du réacteur EPR de Flamanville 3 sont concernées par des écarts de conception et de réalisation.

EDF a informé l’ASN, par courrier le 23 juillet 2018, de la démarche de traitement des écarts qu’elle envisage de mettre en œuvre. L’ASN avait noté favorablement la proposition de remise à niveau d’une partie des soudures avec un procédé de soudage permettant de respecter les valeurs de résilience prévues dans le référentiel d’exclusion de rupture de ces tuyauteries.

EDF envisage néanmoins le maintien en l’état de certaines soudures, dont les 8 soudures situées au niveau de l’enceinte de confinement. L’ASN considère notamment que cette option nécessite la réalisation d’un programme conséquent d’essais visant à mieux caractériser les propriétés mécaniques des soudures. Dans la mesure où il n’est pas certain que cette démarche aboutisse, l’ASN invite EDF à engager dès à présent les actions préalables à la réparation des soudures concernées.

Les propositions d’EDF feront l’objet d’une instruction par l’ASN avec l’appui technique de l’IRSN. L’ASN consultera son groupe permanent d’experts pour les équipements sous pression nucléaires dans le cadre de cette instruction.

L’ASN considère par ailleurs que les écarts constatés traduisent une défaillance de la surveillance réalisée par EDF sur certaines activités du chantier du réacteur EPR de Flamanville. Elle demande par conséquent à EDF d’étendre la revue de la qualité des matériels installés sur ce réacteur.

Enfin, le premier écart ayant été identifié par EDF en juillet 2015, l’ASN considère que la gestion de cette situation par l’exploitant a été défaillante. L’ASN demande donc à EDF d’effectuer une analyse approfondie des dysfonctionnements survenus au sein de ses services et de ceux de ses fournisseurs. EDF devra également expliquer l’information tardive de l’ASN, au début de l’année 2017.

>>

L’article original sur le site de l’ASN:

https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Soudures-de-l-EPR-un-travail-technique-important-reste-a-faire

En savoir plus :lire l’article détaillé de l’ASN

Soudures des tuyauteries VVP.
Exigeance d’exclusion de rupture et défauts non détectés lors des contrôles de fin de fabrication. (PDF 193 Ko)


Note:

Je ne suis pas technicien mais je suis effaré par la quantité de malfaçons trouvées sur les centrales nucléaires.

«Exigeance d’exclusion de rupture»: cela signifie qu’une rupture d’un élément ou içi d’une soudure est considérée comme impossible. La réalisation de la pièce, de la soudure doit exclure ce risque. Il n’y a donc pas de protection supplémentaire installée pour ce risque puisqu’il est exclu. Les accidents nucléaires nous ont prouvé que l’impossible finit par arriver…Et si la pièce est en plus défectueuse…

Le 5 octobre 2018


Sep 20

Mycle Schneider : Dans le monde, « le nucléaire devient insignifiant »

Un article de « Reporterre »
https://reporterre.net/Dans-le-monde-le-nucleaire-devient
11 septembre 2018
Émilie Massemin (Reporterre)

Mycle Schneider est consultant international indépendant sur les questions de politique énergétique et nucléaire. Il est également l’auteur principal et l’éditeur du World Nuclear Industry Status Report 2018.
https://www.worldnuclearreport.org/World-Nuclear-Industry-Status-Report-2018-HTML.html

Mycle Schneider

Mycle Schneider

Le « Rapport sur l’état de l’industrie nucléaire dans le monde », établi par des experts internationaux indépendants, est officiellement présenté en France ce mardi 11 septembre. Parmi ses conclusions : une filière à la traîne loin derrière les énergies renouvelables, y compris en Chine, pourtant leader mondial de l’atome. Reporterre a fait le point avec Mycle Schneider, auteur principal et éditeur de ce rapport.

Mycle Schneider — Nous établissons ce rapport tous les ans depuis plus d’une dizaine d’années. Son objectif est de proposer une base factuelle aux débats sur les politiques nucléaires. Je trouve insupportables les discussions en l’air, comme s’il n’existait pas de chiffre sur le nombre de réacteurs nucléaires actuellement en construction, comme s’il s’agissait d’une opinion. … D’où ce rapport : on y donne des définitions très précises de ce qu’est un réacteur en construction, en fonctionnement, en démantèlement ; on donne les chiffres ; et on indique les sources — le texte compte plus de 12.000 notes de bas de page.

La première conclusion est que la Chine continue de dominer le paysage. Sur les quatre réacteurs nucléaires mis en service en 2017, trois étaient en Chine et le quatrième était au Pakistan, mais avait été construit par les Chinois. Par ailleurs, si la production mondiale d’électricité nucléaire a augmenté de 1 % en 2017, c’est le fait de la Chine.
Si l’on exclut la Chine, la production d’électricité nucléaire a baissé pour la troisième année consécutive. Mais même en Chine, la question de l’avenir du nucléaire se pose.

Deuxième point : le nucléaire devient irrelevant — je ne sais pas quel est le mot correspondant en français [« non pertinent »]. En effet, les capacités de production d’électricité ont augmenté de 257 gigawatts net — moins les arrêts — en 2017 au niveau mondial. Là-dedans, les quatre réacteurs mis en service ne représentent que 3,3 gigawatts, moins 2,3 gigawatts pour trois réacteurs arrêtés, donc 1 gigawatt net — insignifiant, irrelevant ; les énergies renouvelables, en revanche, représentent 157 gigawatts, soit plus de 60 % des nouvelles capacités nettes ! On fait toujours comme si le nucléaire était important, mais c’est surtout une perspective franco-française où il produit toujours plus de 70 % de l’électricité consommée. Et encore, ce chiffre est à nuancer : le nucléaire ne produit que 16 % de l’énergie finale, encore majoritairement issue du pétrole.

Un de ces nouveaux chapitres est consacré à l’avancement du démantèlement dans le monde. En effet, jusqu’à présent, nos statistiques s’arrêtent avec l’arrêt définitif du réacteur. Ainsi, mi-2018, 173 réacteurs étaient définitivement arrêtés dans le monde. D’où la question que nous nous sommes posée : que se passe-t-il ensuite ?

Nous avons aussi consacré un nouveau chapitre aux interdépendances entre nucléaire civil et militaire. La question de départ était : pourquoi cette dynamique de construction de nouveaux réacteurs ou de prolongation de réacteurs vieillissants ?


Pour lire l’article complet sur « Reporterre


Consulter le rapport sur l’état du nucléaire dans le monde
World Nuclear Industry Status Report 2018

Le 20 septembre 2018


Juil 16

Théatres d’Outre mer en Avignon– « LES CHAMPIGNONS DE PARIS », essais(polynésiens) transformés !

Texte original:
https://la1ere.francetvinfo.fr/theatres-outre-mer-avignon-champignons-paris-essais-polynesiens-transformes-608855.html

l'affivhe du spectacle
Grâce à ce spectacle, « Les Champignons de Paris», la compagnie polynésienne du Caméléon montre à quel point le théâtre citoyen est nécessaire dans les Outre-mer.

En racontant les conséquences individuelles, politiques et historiques des essais nucléaires qui se sont déroulés sur 30 ans dans l’archipel polynésien, la pièce livre à la fois les clés pour comprendre, une critique lucide d’un scandale d’État et un message fort.

Le spectacle « Les Champignons de Paris » pourrait se classer parmi ce que l’on appelle du théâtre documentaire. Ce genre, qui commence à faire florès sur les scènes de théâtre, en France et ailleurs, se veut un subtil mélange entre fiction et réalité montrée – la plupart du temps grâce à la diffusion d’éléments sonores ou à la projection d’archives ou de documents empruntés à l’actualité – tendant à expliquer, argumenter, dénoncer des faits historiques ou contemporains et se mêlant au récit… Un procédé qui unit plus ou moins habilement les faits et l’intime. À cet exercice, « Les Champignons de Paris » s’en sortent haut la main. C’est une réussite à la fois émouvante et édifiante, qui touche au cœur comme elle touche à l’esprit.

Plongée dans l’Histoire

Très loin du contexte culinaire que pourrait évoquer leur titre, ces « Champignons… » donneraient plutôt la recette pour comprendre comment une nation, la République française, sous l’air de « si vis pacem, para bellum » (si tu veux la guerre, prépare la guerre), a volontairement exposé l’un de ses territoires, la Polynésie française, aux radiations entraînées par les tirs nécessaires aux perfectionnement de son arsenal nucléaire. De 1966 à 1996, dans le cadre de ce programme nucléaire militaire, 193 tirs aériens et souterrains ont été ainsi opérés à Moruroa et Fangataufa, près de Tahiti.

Sur scène, plongée dans l’Histoire : l’auteure Emilie Genaedig et le metteur en scène François Bourcier convoquent les fantômes du Général de Gaulle, des ministres et des protagonistes militaires de l’époque, jusqu’au président Jacques Chirac relançant les essais puis annonçant leur arrêt définitif ; une multitude de personnages-clés se succèdent non seulement en images d’archives mais également par le truchement des acteurs. Ils sont trois sur scène endossant tour à tour le rôle des décideurs mais aussi des victimes, d’abord consentantes devant les promesses de richesses et d’avantages que le gouvernement français leur octroient, puis de plus en plus rétives devant les conséquences sanitaires épouvantables dont la Polynésie paie encore le prix fort de nos jours.

Trois comédiens pleins de talent

Les trois comédiens sont d’une grande justesse dans tous ces rôles : Tepa Teuru, Tuarii Tracqui et Guillaume Gay, par leurs interprétations, sont d’admirables passeurs de ce pan de l’histoire de France, aussi touchants quand ils jouent de simples travailleurs dans ces unités œuvrant à l’élaboration des tirs (on apprend notamment, consternés, quelle différence était faite entre militaires, vivant dans des bunkers relativement protégés des radiations et civils locaux, logés dans de simples baraques en bois…) que convaincants dans les rôles de militaires décisionnaires à Paris et en Polynésie ou autorités locales dépassées par les exigences françaises ou encore, personnalités politiques polynésiennes qui ont osé à l’époque se dresser contre le scandale annoncé.

Le public d’Avignon ne s’y est pas trompé en se rendant nombreux voir ces « Champignons… » dès les premières représentations : un thème volontairement méconnu, un scandale en puissance, la certitude d’en apprendre davantage sur l’envers (l’enfer ?) de ce décor paradisiaque polynésien et il n’en fallait pas plus pour que ce spectacle en particulier attise la curiosité des spectateurs jusqu’à pousser les portes de la Chapelle du Verbe Incarné. Le TOMA serait bien inspiré de réitérer ce type de sélection pour peu que les auteurs et les compagnies poursuivent ce genre de théâtre documentaire et de travail salutaire. Car les Outre-mer, du chlordécone aux Antilles ou à certaines affaires politiques, en passant par les petits bégaiements et les grands travers de l’Histoire, ont matière à fournir pour voir pousser d’autres « Champignons de Paris » sur scène…

Par Patrice Elie-Dit-Cosaque
Publié le 14/07/2018 à 11:46, mis à jour le 14/07/2018 à 11:47

« Les Champignons de Paris » jusqu’au 28 juillet à 21h35 à la Chapelle du Verbe Incarné (http://www.verbeincarne.fr/fr/), Festival d’Avignon.

Pour en savoir plus sur la compagnie du Caméléon : www.caméleon.pf

Texte original: https://la1ere.francetvinfo.fr/theatres-outre-mer-avignon-champignons-paris-essais-polynesiens-transformes-608855.html

le 16 juillet 2018


Juil 07

Le nucléaire français n’inspire pas vraiment confiance aux parlementaires

Les 19 centrales nucléaires françaises sont-elles suffisamment à l’abri du risque ? Après cinq mois de travail, 48 réunions dont 43 auditions, et 83 personnes entendues, les parlementaires français ont de sérieux doutes.

Sur France Inter, 5 juillet 2018:

Dans un rapport que France Inter a pu consulter, la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires s’alarme de plusieurs dysfonctionnements. Mais aussi, plus largement, de la culture du secret qui entoure le nucléaire français, y compris pour les représentants élus.

D’abord parce qu’ils ont l’impression de ne pas avoir appris suffisamment de choses. Sur les questions de sécurité par exemple, essentielles à l’heure où « les installations nucléaires pourraient être des cibles de choix à l’époque où le spectaculaire figure parmi les priorités des organisations terroristes », députés et sénateurs se sont souvent heurtés à un refus tout net de les informer.

Le rapport indique ainsi que « le secret-défense a été presque systématiquement opposé aux membres de la commission, tant par les pouvoirs publics que par le principal exploitant d’installations nucléaires ». Et la commission s’inquiète que « dans de nombreux cas, elle [ait] dû se contenter de bonnes paroles, sans qu’aucun élément tangible ne lui soit produit […]. Le propos qui consiste à demander à la représentation nationale de ‘faire confiance’ est difficilement acceptable.»

Des mesures de sécurité trop opaques

Difficile aussi pour les parlementaires de se contenter d’une promesse que « tout va bien » , alors par exemple que Greenpeace a réussi il y deux jours à faire voler un drone au-dessus d’une centrale nucléaire française. Ils expliquent avoir identifié plusieurs risques (chute d’avion, incursion de drones, sabotage interne, menace externe, et menace informatique), pour lesquels les mesures de prévention et les suites restent floues.

« Les installations nucléaires françaises n’ont pas été conçues pour résister à une agression terroriste », assurent-ils. De plus, il est difficile « d’identifier l’autorité prescriptrice en matière de sécurité », entre les différents ministères concernés, les forces de sécurité, les hauts fonctionnaires défense, etc. D’où un risque de désorganisation en cas d’incident. Les parlementaires recommandent de lier davantage sécurité (prévention des attaques) et sûreté (prévention des accidents), puisque dans les deux situations, « les conséquences sont les mêmes ».

Une sûreté qui offre « des failles »

La sûreté, justement, est un autre motif d’inquiétude, surtout après l’accident de Fukushima, qui a « démontré qu’une sûreté absolue n’est jamais acquise« et que même si « certains évènements semblent ‘impossibles’, il est apparu indispensable de ‘concevoir l’inconcevable’. »

Les parlementaires dénoncent ainsi un problème avec le facteur humain, notamment sur la question de la sous-traitance. Ils estiment que « 80 % des tâches sont de nos jours confiées à des entreprises sous-traitantes ». Ce qui pose plusieurs problèmes majeurs, comme « une perte de compétences des exploitants » et « leur dépendance vis-à-vis des entreprises prestataires ». Or selon l’ancien directeur de la centrale de Fukushima, ce fonctionnement est dangereux : il raconte que lors de la catastrophe, « les sous-traitants sont partis très rapidement, considérant que la tournure prise par les évènements n’était pas prévue par leur contrat », ce qui a retardé la stabilisation. De son côté, EDF assure pouvoir agir seule en cas d’accident, sans l’aide de ses sous-traitants.

Des pièces pas si irréprochables

La qualité des pièces des centrales inquiète aussi la commission d’enquête. Ils évoquent « le vieillissement des installations nucléaires françaises », « la corrosion, l’altération de certaines pièces ou tuyauteries », « les effets du changement climatique ». Et se disent frappés par l’utilisation abusive d’un principe, « l’exclusion de rupture », qui est censée être garante de la fabrication de pièces irréprochables.

Un principe appliqué au départ uniquement aux pièces essentielles, mais étendu à d’autres domaines : or, le rapport rappelle que « cela a pour conséquence l’absence de procédures de secours, certains types d’accident étant réputés impossibles ». Pas si impossibles que ça : la commission a découvert qu’à Flamanville, des pièces censées être irréprochables « n’avaient pas été usinées de manière correcte. Des fraudes relatives à la conformité des pièces ont également été mises en évidence ».

Publié le jeudi 5 juillet 2018 à 7h07 par Olivier Bénis ( @OlivierBenis )

Note : Le nombre de réacteurs nucléaires en activité est de 58, répartis sur 19 sites. Six réacteurs sont en cours de démantèlement (Brennilis, Chooz A, Chinon A, Bugey A, Saint-Laurent A et Creys-Malville).

Pour réécouter l’interview (10 minutes) de Barbara Pompili (rapporteure de la Commission) invitée de Léa Salamé à 7h50 (NDLR : très instructive, à ne pas rater), cliquer ICI — ou aller à :
http://www2.assemblee-nationale.fr/15/autres-commissions/commissions-d-enquete/commission-d-enquete-sur-la-surete-et-la-securite-des-installations-nucleaires

Le 07 juillet 2018


Juin 18

De l’interdiction des armes nucléaires à leur élimination effective

La France doit signer et appliquer le traité bannissant les armes nucléaires

logo

Voici quelques extraits de l’infographie qu’a créée le réseau Sortir du nucléaire
http://www.sortirdunucleaire.org/infographie-interdiction-armes-nucleaires

La dissuasion nucléaire, c’est du gaspillage d’argent public !

☢ Depuis la création du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) en 1945 et les premières recherches sur la bombe atomique, la dissuasion nucléaire a coûté plus de 420 milliards d’euros à la France.
☢ À l’horizon 2025, les contribuables français financeront l’entretien et la modernisation des armes nucléaires à hauteur de 6,5 milliards d’euros par an (ce budget ne comprenant pas les dépenses de personnel ni celles de gestion des déchets ou de démantèlement) et sur la période 2019-2023, la loi de programmation militaire prévoit une enveloppe de 25 milliards d’euros pour la dissuasion, soit plus de 22 % des dépenses d’équipement de l’armée.
☢ Au niveau mondial, 100 milliards d’euros sont consacrés chaque année à la dissuasion. Cette somme correspond au montant estimé par la COP 15 pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique, deuxième menace pour l’Humanité après… la guerre nucléaire !

La dissuasion nucléaire, c’est dangereux et polluant !

De 1969 à 1996, l’armée française a effectué 210 essais atmosphériques et souterrains en Algérie et en Polynésie. Des milliers de personnes ont été irradiées et de gigantesques zones resteront contaminées pour des milliers d’années. Parmi les populations locales, chez les vétérans et leurs descendants : cancers, malformations et retards mentaux se sont multipliés.
Même en l’absence d’essais, la fabrication, le transport et le stockage des matières radioactives destinées à la bombe représentent un danger. Consacré à l’entretien et à la modernisation de la bombe, le site de Valduc (Côte-d’Or) et ses alentours sont pollués par des éléments radioactifs comme le tritium. L’histoire l’a montré à plusieurs reprises : des accidents peuvent arriver. Collisions de sous-marins avec leurs têtes et leurs réacteurs nucléaires, bombes égarées… Qu’ils soient le résultat de négligences humaines ou de défaillances techniques, ces événements montrent que le risque zéro n’existe pas et que les atteintes à l’environnement sont inévitables.

La dissuasion nucléaire, ça accroit les tensions !

☢ En 1962, la crise des missiles de Cuba déclenche une escalade de menaces nucléaires. La « ligne rouge » est franchie lorsque l’URSS installe des missiles nucléaires à 150 km des côtes américaines. Ici, les armes nucléaires ont failli déclencher une troisième guerre mondiale.
☢ De nombreux événements montrent que nous sommes passés une dizaine de fois près d’une guerre nucléaire. En 1983, des images satellites montraient 5 missiles américains en route vers l’URSS. Malgré ces évidences le colonel Petrov annonça au Kremlin une « fausse alerte ». En fait, les tâches lumineuses identifiées longtemps après sur les clichés étaient des reflets du soleil. L’Humanité a failli subir une guerre nucléaire… par erreur !
☢ Depuis que la Corée du Nord possède la bombe, les tensions se sont exacerbées. Par tweets interposés, Donald Trump et Kim Jong-un rivalisent de menaces à la guerre nucléaire. Et la nouvelle doctrine des États-Unis – exprimée début 2018 – prévoit de nouvelles armes nucléaires et désigne la Russie et la Chine comme des ennemis.

La dissuasion nucléaire, c’est du bluff !

Conscientes du caractère « juridiquement contraignant » du texte, les grandes puissances dotées de la bombe atomique ont boycotté les négociations. Au moment où un large consensus autour d’une stratégie de désarmement concerté émerge dans la communauté internationale, refuser d’y participer, c’est aller à rebours de l’histoire et de la volonté démocratique des peuples. Avec les capacités actuelles des arsenaux mondiaux, une guerre nucléaire serait synonyme d’autodestruction de l’Humanité.
Le bluff sur lequel repose la menace de l’emploi d’une arme nucléaire n’est pas crédible tant les conséquences seraient dramatiques. Dans ses mémoires, le président Valéry Giscard d’Estaing faisait une confidence qui révélait que la dissuasion nucléaire est un jeu de poker-menteur : « Je n’aurais jamais pris l’initiative d’un geste qui conduirait à l’anéantissement de la France. »
Censée être notre « assurance-vie », la dissuasion ne constitue pas une protection efficace contre les menaces actuelles que sont par exemple le terrorisme, les guerres civiles, les drones ou les cyberattaques. La dissuasion est une menace psychologique : elle ne « protège » pas comme une porte blindée ou une muraille. En vérité, elle donne simplement « l’illusion » de sécurité

La dissuation nucléaire, c’est anti-démocratique

Le Traité d’interdiction des armes nucléaires voté à l’ONU en juillet 2017 est un événement inédit. Une majorité d’États s’opposent frontalement aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Conscientes du caractère « juridiquement contraignant » du texte, les grandes puissances dotées de la bombe atomique ont boycotté les négociations. Au moment où un large consensus autour d’une stratégie de désarmement concerté émerge dans la communauté internationale, refuser d’y participer, c’est aller à rebours de l’histoire et de la volonté démocratique des peuples.
Les armes nucléaires sont les dernières armes de destruction massive en passe d’être interdites, alors que leurs conséquences humanitaires sont catastrophiques et que leur fabrication n’a jamais été décidée démocratiquement.


L’infographie contient beaucoup d’autres informations
Je vous invite à aller la regarder ICI
http://www.sortirdunucleaire.org/infographie-interdiction-armes-nucleaires

explosion nucléaire

Le 18 juin 2017


Avr 30

Tchernobyl : «Je suis la seule survivante de mon équipe de liquidateurs»

22 avril 2016 / Entretien avec Natalia Manzurova

un article de Reporterre
https://reporterre.net/Tchernobyl-Je-suis-la-seule-survivante-de-mon-equipe-de-liquidateurs

Le 26 avril 1986, des réactions en chaîne conduisaient à la fusion du cœur d’un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, aujourd’hui en Ukraine. Entre 1986 et 1992, entre un demi et un million de «liquidateurs» ont été «réquisitionnés» pour sauver ce qui pouvait l’être. Reporterre a rencontré l’une d’entre eux.

Radiobiologiste russe, Natalia Manzurova a été envoyée à Tchernobyl dès 1986 pour évacuer «les biens matériels devenus radioactifs». À la tête d’une brigade de sept personnes, elle a passé 4 ans et demi sur place.

Reporterre — Comment avez-vous été engagée comme «liquidatrice» à Tchernobyl ?

Natalia Manzurova — Mes parents avaient été recrutés de force par le régime dans les années 1950 pour construire le complexe nucléaire de Maïak. Nous habitions sur place, tenus au secret. J’ai souhaité devenir radiobiologiste pour comprendre leurs activités et les conséquences de celles-ci. En 1986, juste après l’accident de Tchernobyl, le laboratoire dans lequel je travaillais nous a réquisitionnés pour faire un inventaire de la catastrophe. Nous avons été envoyés sur place, comme 500.000 à 1 million d’autres liquidateurs. Parmi les liquidateurs, il y avait deux catégories : ceux qui étaient envoyés en mission ponctuelle d’un mois, comme des plombiers ou des chauffeurs… Et ceux qui étaient nommés pour un poste à long terme. Comme la dose d’exposition aux radiations n’était pas connue, le régime choisissait de les laisser le plus longtemps possible, perdus pour perdus… Personne n’était vraiment formé ni préparé. Mais, nous n’avions pas le choix. En tout, je suis restée 4 ans et demi à Tchernobyl, de 36 ans à 41 ans.

Natalia Manzurova, en avril, à Paris.

portrait : © Éric Coquelin/Reporterre

Dans quelles conditions travailliez-vous ?

Natalia Manzurova J’avais été nommée ingénieure en chef chargée de l’évacuation des biens matériels devenus radioactifs. Je dirigeais une brigade de sept «permanents» plus des occasionnels. Nous étions chargés d’explorer les appartements abandonnés précipitamment par les habitants pour récupérer meubles, bijoux, tissus… Ces objets étaient ensuite enterrés dans des fosses recouvertes de béton.

Nous étions équipés de vêtements et de masques de protection, mais les deux premières années, la radioactivité était si forte que notre visage était comme «tanné». Je me souviens que nous ne disposions d’aucun instrument de mesure de la radioactivité pour évaluer la dangerosité du travail. Un comble pour un radiobiologiste. Nous connaissions pourtant les risques et faisions attention à bien nous laver les mains et à laver les aliments. Mais était-ce suffisant ? Bien sûr que non, puisque tous les membres de mon équipe sont morts du cancer. Je suis la seule survivante. Depuis la loi de 1993, les liquidateurs survivants sont pris en charge par l’État et affichent les statuts les plus élevés d’invalidité (2 et 3). Cela signifie que nous sommes logés et aidés financièrement. Mais les subventions diminuent aujourd’hui. Moi, j’ai 20 % d’aberration chromosomique et suis donc classée catégorie 2, avec un statut de maladie chronique. Je n’ai jamais pu reprendre une vie normale.

Et vous, comment allez-vous, moralement et physiquement, après ce drame ?

Natalia Manzurova J’ai connu un état de mort clinique, souffre de maux de tête et d’estomac récurrents, et j’ai subi une ablation de la thyroïde. Quand j’ai commencé à être malade, quelques mois après mon retour de Tchernobyl, je vivais seule avec ma fille. Il fallait tenir.

Souvent, les gens s’étonnent que je sois encore vivante, alors que la plupart de mes collègues sont morts. Je leur réponds que, lorsqu’ils ne me voient pas durant plusieurs jours, je suis malade, au fond de mon lit, et le reste du temps je m’efforce de guérir.

Ma relation à la vie a changé. Après avoir vu autant de malheurs autour de soi, on mesure mieux ce qui est important : les questions morales, les droits de l’homme, les enfants… Les liquidateurs ont d’ailleurs les taux de suicide parmi les plus élevés du pays.

Quelle fut la place des femmes parmi les liquidateurs ?

Natalia Manzurova Nous étions une infime minorité. Parmi les liquidateurs de Tchernobyl, il y avait 1 femme pour 1.000 hommes. En général, elles exerçaient des fonctions subalternes de cuisinières, de femmes de ménage, d’aides-soignantes. Il y a eu de nombreux cas de harcèlement, de viols et violences. C’était très dur. Les femmes liquidateurs qui étaient enceintes ont été obligées d’avorter pour éviter les malformations ou les « liquidateurs in utero », comme cela avait été le cas à Maïak.

Croyez vous que l’on ait tiré toutes les leçons de Tchernobyl ?

Natalia Manzurova Non. Dans ma vie, j’ai connu trois catastrophes nucléaires : Maïak en 1957, Tchernobyl en 1986, et Fuskushima en 2011. Mais j’ai l’impression que l’on ne prend pas suffisamment en compte les causes et les conséquences de ces accidents. Il faut notamment accentuer la transparence et les échanges autour de la vérification des lieux de production nucléaire. Il est toujours impossible d’accéder à Maïak, les données sur la contamination de la zone, l’une des plus dangereuse du monde, sont confidentielles et ce secret pèse sur nos têtes.

– Propos recueillis par Pascale d’Erm

un article de Reporterre
https://reporterre.net/Tchernobyl-Je-suis-la-seule-survivante-de-mon-equipe-de-liquidateurs


Mar 31

« La bombe et nous », film et débats sur les armes nucléaires

Présenté dans 12 cinémas finistériens, suivi de débats, le film «La bombe et nous» sensibilise à l’abandon du nucléaire civil et militaire.
Trois questions à Roland de Penanros, du Cian, Collectif finistérien pour l’interdiction des armes nucléaires.

– Qu’est ce qui a motivé la création du Cian ?

En 2017, deux événements majeurs sont passés inaperçus.

  • En juillet, l’ONU adopte un projet de traité sur l’interdiction des armes nucléaires, décidé par 122 pays sur 192.
  • En octobre, à Oslo, le prix Nobel de la Paix est attribué à l’ICAN, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires.

La France, comme les autres puissances nucléaires, a boycotté ce traité d’interdiction. Mais, dans le Finistère, des citoyens ont décidé de mener un travail d’information au sein du Cian.

– Parlez-nous de «La bombe et nous» de Xavier-Marie Bonnot

Construit sur trois ans de rencontres fortes, inquiétantes et passionnantes, ce film amène à réfléchir sur l’avenir du nucléaire militaire….

Pour lire la suite de l’entretien, cliquer sur l’image

La bombe et nous

L’article origine de Ouest-France publié le 27/03/2018

le 31 mars 2018