Juin 18

De l’interdiction des armes nucléaires à leur élimination effective

La France doit signer et appliquer le traité bannissant les armes nucléaires

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Voici quelques extraits de l’infographie qu’a créée le réseau Sortir du nucléaire
http://www.sortirdunucleaire.org/infographie-interdiction-armes-nucleaires

La dissuasion nucléaire, c’est du gaspillage d’argent public !

☢ Depuis la création du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) en 1945 et les premières recherches sur la bombe atomique, la dissuasion nucléaire a coûté plus de 420 milliards d’euros à la France.
☢ À l’horizon 2025, les contribuables français financeront l’entretien et la modernisation des armes nucléaires à hauteur de 6,5 milliards d’euros par an (ce budget ne comprenant pas les dépenses de personnel ni celles de gestion des déchets ou de démantèlement) et sur la période 2019-2023, la loi de programmation militaire prévoit une enveloppe de 25 milliards d’euros pour la dissuasion, soit plus de 22 % des dépenses d’équipement de l’armée.
☢ Au niveau mondial, 100 milliards d’euros sont consacrés chaque année à la dissuasion. Cette somme correspond au montant estimé par la COP 15 pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique, deuxième menace pour l’Humanité après… la guerre nucléaire !

La dissuasion nucléaire, c’est dangereux et polluant !

De 1969 à 1996, l’armée française a effectué 210 essais atmosphériques et souterrains en Algérie et en Polynésie. Des milliers de personnes ont été irradiées et de gigantesques zones resteront contaminées pour des milliers d’années. Parmi les populations locales, chez les vétérans et leurs descendants : cancers, malformations et retards mentaux se sont multipliés.
Même en l’absence d’essais, la fabrication, le transport et le stockage des matières radioactives destinées à la bombe représentent un danger. Consacré à l’entretien et à la modernisation de la bombe, le site de Valduc (Côte-d’Or) et ses alentours sont pollués par des éléments radioactifs comme le tritium. L’histoire l’a montré à plusieurs reprises : des accidents peuvent arriver. Collisions de sous-marins avec leurs têtes et leurs réacteurs nucléaires, bombes égarées… Qu’ils soient le résultat de négligences humaines ou de défaillances techniques, ces événements montrent que le risque zéro n’existe pas et que les atteintes à l’environnement sont inévitables.

La dissuasion nucléaire, ça accroit les tensions !

☢ En 1962, la crise des missiles de Cuba déclenche une escalade de menaces nucléaires. La « ligne rouge » est franchie lorsque l’URSS installe des missiles nucléaires à 150 km des côtes américaines. Ici, les armes nucléaires ont failli déclencher une troisième guerre mondiale.
☢ De nombreux événements montrent que nous sommes passés une dizaine de fois près d’une guerre nucléaire. En 1983, des images satellites montraient 5 missiles américains en route vers l’URSS. Malgré ces évidences le colonel Petrov annonça au Kremlin une « fausse alerte ». En fait, les tâches lumineuses identifiées longtemps après sur les clichés étaient des reflets du soleil. L’Humanité a failli subir une guerre nucléaire… par erreur !
☢ Depuis que la Corée du Nord possède la bombe, les tensions se sont exacerbées. Par tweets interposés, Donald Trump et Kim Jong-un rivalisent de menaces à la guerre nucléaire. Et la nouvelle doctrine des États-Unis – exprimée début 2018 – prévoit de nouvelles armes nucléaires et désigne la Russie et la Chine comme des ennemis.

La dissuasion nucléaire, c’est du bluff !

Conscientes du caractère « juridiquement contraignant » du texte, les grandes puissances dotées de la bombe atomique ont boycotté les négociations. Au moment où un large consensus autour d’une stratégie de désarmement concerté émerge dans la communauté internationale, refuser d’y participer, c’est aller à rebours de l’histoire et de la volonté démocratique des peuples. Avec les capacités actuelles des arsenaux mondiaux, une guerre nucléaire serait synonyme d’autodestruction de l’Humanité.
Le bluff sur lequel repose la menace de l’emploi d’une arme nucléaire n’est pas crédible tant les conséquences seraient dramatiques. Dans ses mémoires, le président Valéry Giscard d’Estaing faisait une confidence qui révélait que la dissuasion nucléaire est un jeu de poker-menteur : « Je n’aurais jamais pris l’initiative d’un geste qui conduirait à l’anéantissement de la France. »
Censée être notre « assurance-vie », la dissuasion ne constitue pas une protection efficace contre les menaces actuelles que sont par exemple le terrorisme, les guerres civiles, les drones ou les cyberattaques. La dissuasion est une menace psychologique : elle ne « protège » pas comme une porte blindée ou une muraille. En vérité, elle donne simplement « l’illusion » de sécurité

La dissuation nucléaire, c’est anti-démocratique

Le Traité d’interdiction des armes nucléaires voté à l’ONU en juillet 2017 est un événement inédit. Une majorité d’États s’opposent frontalement aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Conscientes du caractère « juridiquement contraignant » du texte, les grandes puissances dotées de la bombe atomique ont boycotté les négociations. Au moment où un large consensus autour d’une stratégie de désarmement concerté émerge dans la communauté internationale, refuser d’y participer, c’est aller à rebours de l’histoire et de la volonté démocratique des peuples.
Les armes nucléaires sont les dernières armes de destruction massive en passe d’être interdites, alors que leurs conséquences humanitaires sont catastrophiques et que leur fabrication n’a jamais été décidée démocratiquement.


L’infographie contient beaucoup d’autres informations
Je vous invite à aller la regarder ICI
http://www.sortirdunucleaire.org/infographie-interdiction-armes-nucleaires

explosion nucléaire

Le 18 juin 2017


Avr 30

Tchernobyl : «Je suis la seule survivante de mon équipe de liquidateurs»

22 avril 2016 / Entretien avec Natalia Manzurova

un article de Reporterre
https://reporterre.net/Tchernobyl-Je-suis-la-seule-survivante-de-mon-equipe-de-liquidateurs

Le 26 avril 1986, des réactions en chaîne conduisaient à la fusion du cœur d’un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, aujourd’hui en Ukraine. Entre 1986 et 1992, entre un demi et un million de «liquidateurs» ont été «réquisitionnés» pour sauver ce qui pouvait l’être. Reporterre a rencontré l’une d’entre eux.

Radiobiologiste russe, Natalia Manzurova a été envoyée à Tchernobyl dès 1986 pour évacuer «les biens matériels devenus radioactifs». À la tête d’une brigade de sept personnes, elle a passé 4 ans et demi sur place.

Reporterre — Comment avez-vous été engagée comme «liquidatrice» à Tchernobyl ?

Natalia Manzurova — Mes parents avaient été recrutés de force par le régime dans les années 1950 pour construire le complexe nucléaire de Maïak. Nous habitions sur place, tenus au secret. J’ai souhaité devenir radiobiologiste pour comprendre leurs activités et les conséquences de celles-ci. En 1986, juste après l’accident de Tchernobyl, le laboratoire dans lequel je travaillais nous a réquisitionnés pour faire un inventaire de la catastrophe. Nous avons été envoyés sur place, comme 500.000 à 1 million d’autres liquidateurs. Parmi les liquidateurs, il y avait deux catégories : ceux qui étaient envoyés en mission ponctuelle d’un mois, comme des plombiers ou des chauffeurs… Et ceux qui étaient nommés pour un poste à long terme. Comme la dose d’exposition aux radiations n’était pas connue, le régime choisissait de les laisser le plus longtemps possible, perdus pour perdus… Personne n’était vraiment formé ni préparé. Mais, nous n’avions pas le choix. En tout, je suis restée 4 ans et demi à Tchernobyl, de 36 ans à 41 ans.

Natalia Manzurova, en avril, à Paris.

portrait : © Éric Coquelin/Reporterre

Dans quelles conditions travailliez-vous ?

Natalia Manzurova J’avais été nommée ingénieure en chef chargée de l’évacuation des biens matériels devenus radioactifs. Je dirigeais une brigade de sept «permanents» plus des occasionnels. Nous étions chargés d’explorer les appartements abandonnés précipitamment par les habitants pour récupérer meubles, bijoux, tissus… Ces objets étaient ensuite enterrés dans des fosses recouvertes de béton.

Nous étions équipés de vêtements et de masques de protection, mais les deux premières années, la radioactivité était si forte que notre visage était comme «tanné». Je me souviens que nous ne disposions d’aucun instrument de mesure de la radioactivité pour évaluer la dangerosité du travail. Un comble pour un radiobiologiste. Nous connaissions pourtant les risques et faisions attention à bien nous laver les mains et à laver les aliments. Mais était-ce suffisant ? Bien sûr que non, puisque tous les membres de mon équipe sont morts du cancer. Je suis la seule survivante. Depuis la loi de 1993, les liquidateurs survivants sont pris en charge par l’État et affichent les statuts les plus élevés d’invalidité (2 et 3). Cela signifie que nous sommes logés et aidés financièrement. Mais les subventions diminuent aujourd’hui. Moi, j’ai 20 % d’aberration chromosomique et suis donc classée catégorie 2, avec un statut de maladie chronique. Je n’ai jamais pu reprendre une vie normale.

Et vous, comment allez-vous, moralement et physiquement, après ce drame ?

Natalia Manzurova J’ai connu un état de mort clinique, souffre de maux de tête et d’estomac récurrents, et j’ai subi une ablation de la thyroïde. Quand j’ai commencé à être malade, quelques mois après mon retour de Tchernobyl, je vivais seule avec ma fille. Il fallait tenir.

Souvent, les gens s’étonnent que je sois encore vivante, alors que la plupart de mes collègues sont morts. Je leur réponds que, lorsqu’ils ne me voient pas durant plusieurs jours, je suis malade, au fond de mon lit, et le reste du temps je m’efforce de guérir.

Ma relation à la vie a changé. Après avoir vu autant de malheurs autour de soi, on mesure mieux ce qui est important : les questions morales, les droits de l’homme, les enfants… Les liquidateurs ont d’ailleurs les taux de suicide parmi les plus élevés du pays.

Quelle fut la place des femmes parmi les liquidateurs ?

Natalia Manzurova Nous étions une infime minorité. Parmi les liquidateurs de Tchernobyl, il y avait 1 femme pour 1.000 hommes. En général, elles exerçaient des fonctions subalternes de cuisinières, de femmes de ménage, d’aides-soignantes. Il y a eu de nombreux cas de harcèlement, de viols et violences. C’était très dur. Les femmes liquidateurs qui étaient enceintes ont été obligées d’avorter pour éviter les malformations ou les « liquidateurs in utero », comme cela avait été le cas à Maïak.

Croyez vous que l’on ait tiré toutes les leçons de Tchernobyl ?

Natalia Manzurova Non. Dans ma vie, j’ai connu trois catastrophes nucléaires : Maïak en 1957, Tchernobyl en 1986, et Fuskushima en 2011. Mais j’ai l’impression que l’on ne prend pas suffisamment en compte les causes et les conséquences de ces accidents. Il faut notamment accentuer la transparence et les échanges autour de la vérification des lieux de production nucléaire. Il est toujours impossible d’accéder à Maïak, les données sur la contamination de la zone, l’une des plus dangereuse du monde, sont confidentielles et ce secret pèse sur nos têtes.

– Propos recueillis par Pascale d’Erm

un article de Reporterre
https://reporterre.net/Tchernobyl-Je-suis-la-seule-survivante-de-mon-equipe-de-liquidateurs


Mar 31

« La bombe et nous », film et débats sur les armes nucléaires

Présenté dans 12 cinémas finistériens, suivi de débats, le film «La bombe et nous» sensibilise à l’abandon du nucléaire civil et militaire.
Trois questions à Roland de Penanros, du Cian, Collectif finistérien pour l’interdiction des armes nucléaires.

– Qu’est ce qui a motivé la création du Cian ?

En 2017, deux événements majeurs sont passés inaperçus.

  • En juillet, l’ONU adopte un projet de traité sur l’interdiction des armes nucléaires, décidé par 122 pays sur 192.
  • En octobre, à Oslo, le prix Nobel de la Paix est attribué à l’ICAN, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires.

La France, comme les autres puissances nucléaires, a boycotté ce traité d’interdiction. Mais, dans le Finistère, des citoyens ont décidé de mener un travail d’information au sein du Cian.

– Parlez-nous de «La bombe et nous» de Xavier-Marie Bonnot

Construit sur trois ans de rencontres fortes, inquiétantes et passionnantes, ce film amène à réfléchir sur l’avenir du nucléaire militaire….

Pour lire la suite de l’entretien, cliquer sur l’image

La bombe et nous

L’article origine de Ouest-France publié le 27/03/2018

le 31 mars 2018


Mar 03

Rechutes du cancer de la thyroïde chez certains enfants de Fukushima

Une fondation privée qui aide des enfants atteints du cancer de la thyroïde de Fukushima a constaté 8 cas de rechute sur les 84 enfants pris en charge.

Voici le compte-rendu d’une émission de la chaine de télévision NHK japonaise.
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/20180301_24/
01 mars 2018

Une fondation privée qui offre une assistance financière aux jeunes atteints d’un cancer de la thyroïde suite à l’accident nucléaire de Fukushima, a demandé une surveillance détaillée pour ceux qui ont rechuté.

Le «Fonds du 3.11 pour les enfants atteints de cancer de la thyroide» (3.11 Fund for children with thyroidcancer) appelle à une nouvelle réunion à Tokyo jeudi prochain.
Le nom de cette fondation se réfère au 11 mars 2011 où un tsunami provoqué par un fort tremblement de terre a ravagé une centrale nucléaire dans la préfecture de Fukushima.

Une étude menée par la fondation a montré que le cancer a rechuté chez 9,5 % ,
soit 8 sur 84 enfants atteints de cancer de la thyroïde après l’accident. Ils ont dû de ce fait subir une seconde opération.

La fondation révèle que ces 8 enfants étaient âgés entre 6 et 15 ans au moment de l’accident, il y a 7 ans. Leur cancer a rechuté 28 mois en moyenne après la première intervention chirurgicale. Une fois, la rechute s’est produite juste 1 an après l’intervention.

La préfecture de Fukushima a propose un dépistage du cancer de la thyroïde aux habitants qui avaient 18 ans ou moins au moment de l’accident.

La Fondation 3.11 a souligné que le comité d’experts conseillant le gouvernement préfectoral n’a pas abordé la question des rechutes chez les jeunes patients atteints de cancer de la thyroïde.
La directrice de la fondation, Hisako Sakiyama, a déclaré que pour avoir une idée claire des effets sur la santé de l’accident nucléaire, il est important de poursuivre le dépistage en accordant une attention particulière aux rechutes.

la présidente de l'association

Voir l’article de la NHK en anglais
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/20180301_24/


Note:

L’université médicale de Fukushima, chaperonnée par l’AIEA (Agence internationale pour l’Énergie atomique, un département de l’ ONU) prétend depuis plusieurs mois que ces examens de dépistage des cancers de la thyroïde sont inutiles, exagérés et qu’ils provoquent des traitements inutiles. Et effectivement on ne voit jamais mentionnée la surveillance de rechutes de ces cancers, ce qui est élémentaire sur le plan médical.

Voir l’article «Fukushima: Le dépistage des cancers de la thyroïde serait déraisonnable»du 22 août 2016.
https://www.vivre-apres-fukushima.fr/fukushima-le-depistage-des-cancers-de-la-thyroide-serait-deraisonnable/

Le 03 mars 2018


Mise à jour le 03 mars 2014:
On savait déjà que ces cancers n’étaient pas les cancers anodins auxquels le village nucléaires tente de nous faire croire
Déjà en octobre 2016, le Dr Rosen de l’IPPNW signalait la fréquence des cancers envahissants d’emblée:
Parmi ces enfants, 136 ont dû être opérés parce qu’ils présentaient des métastases dans les ganglions lymphatiques (22,4 %), des métastases distantes (2,4 %) ou une croissance dangereuse de leur tumeur (pourcentage inconnu) : 102 enfants (premier dépistage) et 34 enfants (second dépistage) ont ainsi été opérés.
https://www.vivre-apres-fukushima.fr/fukushima-5-ans-apres-nouveaux-resultats-concernant-les-cancers-de-la-thyroide/


Fév 26

Impasses concernant les déchets nucléaires -2.

Nul ne sait comment gérer sans danger des déchets de l’industrie nucléaire

-2- Les problèmes du stockage en profondeur

Un dossier de France nature Environnement
https://www.fne.asso.fr/node/401830

Déchets nucléaires : questions explosives soulevées par le projet CIGÉO à Bure

Décidé par l’État français, le projet CIGÉO à Bure vise à enfouir les déchets nucléaires les plus radioactifs du pays pour des centaines de milliers d’années. Plonger dans ce dossier, c’est rencontrer une multitude de questions auxquelles ni les promoteurs, ni l’État ne savent répondre, révélant ainsi notre incapacité à gérer les déchets nucléaires.
Mirabel-Lorraine Nature Environnement et France Nature Environnement reviennent sur quelques questions explosives liées à ce projet.

En quoi consiste le projet de CIGÉO à Bure ?

Enfouir 99,9 % de la radioactivité totale des déchets du programme nucléaire français dans un seul et même lieu pour des centaines de milliers d’années : voici, en substance, l’insensé projet du Centre Industriel de stockage GÉOlogique, alias CIGÉO, à Bure. Cette poubelle du nucléaire français est censée accueillir ses premiers colis de déchets radioactifs en 2030. Pendant au moins 120 ans, ils seraient alors progressivement entreposés à 500 mètres sous terre, avant que le stockage ne soit « scellé pour l’éternité ». Alors qu’il avait été demandé d’étudier diverses alternatives à l’enfouissement en profondeur, l’État a d’ores et déjà jeté son dévolu sur la commune de Bure, village de 90 âmes entre Nancy et Troyes. Si pour l’instant aucun déchet n’y est enfoui, un laboratoire de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) y est installé depuis 2000 et y jette les bases d’un centre d’enfouissement.

L’ANDRA est l’établissement public chargé de traiter l’épineuse question des déchets nucléaires. Pour y répondre, elle a décidé de construire à 500m de profondeur environ 300km de galeries souterraines (soit Paris-Angers à vol d’oiseau). La surface de cette poubelle nucléaire représente plus de 2 fois celle de la ville de Paris. Ces galeries desserviraient des alvéoles horizontales de plusieurs centaines de mètres au sein d’une couche d’argile censée ralentir la diffusion de la radioactivité vers la surface au cours des millénaires. 108 000 m3 de déchets radioactifs dits « à haute activité » et « à moyenne activité à vie longue » (HA & MA-VL) y seraient enfouis, l’équivalent d’environ 43 piscines olympiques de 2 m de profondeur.

Mais en réalité, nul ne sait exactement ce qui sera enfoui car, au fur à mesure que le temps passe, de nouveaux déchets nucléaires dont on ne sait que faire s’accumulent. Ils pourraient aussi finir dans le « grand trou » puisque ce scénario s’est déjà réalisé avec les déchets de Moyenne activité à vie longue qui n’étaient pas prévus dans ce projet au départ.

Et si ces déchets HA & MA-VL ne constitueraient pour l’heure « que » 3,2 % du volume total de ceux issus des réacteurs nucléaires français, ils concentrent à eux seuls 99,9 % de leur radioactivité.

A quoi peut-on comparer la radioactivité de ces déchets ?

Tenter de décrire la dangerosité des déchets que l’État désire enfouir à Bure, c’est se confronter à un dictionnaire qui manque de mots. Les chiffres aident à percevoir l’enjeu. Cette radioactivité représente près de 100 fois celle dispersée par l’accident de Tchernobyl. La durée de sa dangerosité, elle, est estimée à 100 000 ans.

100 000 ans. Une échelle de temps hors de proportion avec toute civilisation et hors de portée pour les humains et leur espérance de vie d’environ 80 ans. Alors qu’aucun assureur ne garantirait l’absence d’accidents sur une telle durée, l’État français croit pouvoir tenir le pari… Par sa nature, CIGÉO interroge donc fortement l’avenir, la durée de l’engagement des choix politiques présents et la fiabilité des compétences actuelles de l’industrie nucléaire alors que la Mise à l’Arrêt Définitif (MAD) des réacteurs et leur Démantèlement (DEM) doit se préciser.

Si face à cette brûlante question de la gestion des déchets nucléaire, l’étude de différentes options s’avère primordiale, le concept de plan B à CIGÉO, prévu en 1991, a été supprimé en 2006. Ce renoncement à l’étude d’alternatives conduit désormais les pouvoirs publics à faire plier le projet à une décision déjà prise. Une conception à l’envers. Immanquablement, le site de Bure montre déjà des failles : deux décès sont déjà survenus sur le site et donnent un amer avant-goût des risques qui pèsent sur le projet.

Une qualité des sous-sols en question

L’accident du 26 janvier 2016 qui a tué un technicien et en a blessé un autre peut être affecté à tous risques miniers. Cependant, il pose ici crucialement la question de la stabilité des sous-sols. En effet, malgré un boulonnage, une partie de la roche a glissé, s’est effondrée et a enseveli un salarié. Le creusement de galeries altère forcément l’unité de la roche, elle provoque fracturations et fissurations sur le pourtour des cavités. Ce phénomène, nommé « zone endommagée » (EDZ), fait perdre à la roche ses propriétés premières. En 2005, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) soulignait à ce propos qu’à Bure, « l’extension de [la zone fracturée] s’avère plus grande que prévue ».

Le phénomène de zone endommagée est-il sous-estimé ? Le drame serait-il plutôt survenu à cause de la nature même de la roche, une argilite, qui est en réalité une marne, critiquée par certains géologues pour sa friabilité ? A la question de stabilité du sol s’ajoute celle du choix même d’enfouir les déchets. L’expérience la plus similaire à celle de CIGÉO, le projet WIPP (Waste Isolation Pilot Plant), aux Etats-Unis, a rapidement montré les limites d’un tel choix.

Le choix de l’enfouissement en profondeur est-il pertinent et réversible en cas d’accident ?

Le projet WIPP (Waste Isolation Pilot Plant) est un site d’enfouissement de déchets radioactifs militaires de Moyenne et de Faible Activité à Vie Longue (MA-FAVL), donc beaucoup moins irradiants qu’à Bure. Il est entré en fonction en 1999 aux États-Unis. Seulement, deux incendies successifs en sous-sol ont provoqué une contamination humaine en surface. Résultat : le site a fermé provisoirement au bout de 15 ans alors même que ce tout premier site d’enfouissement de déchets radioactifs au monde était censé durer 10 000 ans.

Que s’est-il passé pour en arriver là ? Le 5 février 2014, un incendie se déclare sur un camion dans une galerie. Neuf jours après, un fût de déchets explose et provoque un autre incendie. Or en profondeur, rien ne se passe comme en surface. Agir dans un site d’enfouissement s’avère particulièrement ardu : il n’est pas systématiquement possible d’utiliser de l’eau à cause de la nature même des déchets à traiter. Sur place, peu d’informations sont alors livrées aux populations.

Depuis, des milliers de pages de rapports et commentaires avec contre-expertises ont été rendus publics. Ils permettent de se faire une bonne idée des centaines d’aléas liés à l’enfouissement de déchets nucléaires, aux États-Unis comme en France.

Une longue enquête a fini par pointer du doigt la non-conformité d’un fût. Elle montre aussi que l’univers confiné dégrade très rapidement les matériels et déplore leur importante vétusté, 15 ans seulement après l’ouverture.

Si le redémarrage du chantier du WIPP apparaît sur le papier comme opérationnel fin 2016, il n’est pas effectif à ce jour. Actuellement, les travaux consistent à réhabiliter les lieux. Ils scellent notamment définitivement de manière irréversible certains quartiers où sont entreposés des fûts potentiellement de même nature que celui qui a explosé. L’activité réelle ne reprendra au mieux qu’en 2021, quand il aura été dépensé environ 2 milliards de dollars supplémentaires de « remise à niveau ».

L’échec de l’enfouissement profond de WIPP n’est pas un cas isolé. Les enseignement de ASSE II, en Allemagne, comme Stocamine, en France, montrent que les systèmes miniers ne sont pas en cohérence avec des stockages de déchets, qu’ils soient radioactifs ou non. En effet, la grande profondeur aggrave les difficultés à faire face au moindre accident.

Infiltrations d’eau, risques d’incendie, ventilation éternelle… CIGÉO face à des centaines de milliers d’années

Eau et déchets nucléaires ne font pas bon ménage. L’Andra a déjà pu percevoir ces désastreux effets lorsqu’elle a participé au projet de Asse II, en Allemagne. Contrairement à ce qui était projeté, des infiltrations d’eau ont eu lieu sur ce site aux 126 000 fûts de déchets radioactifs, provoquant des contaminations radioactives en surface. Les dégâts sont tels que l’extraction des fûts a été décidée après 2030 pour un coût estimé entre 5 et 10 milliards d’euros. Comment garantir qu’à Bure, les couches d’argile et de béton ne vont pas se dégrader en 100 000 ans et faciliter des infiltrations d’eau ? Et même sans cela, des infiltrations ne risqueraient-elles pas de se produire à travers les circuits de ventilation et les puits ?

De plus, selon leur nature, les déchets nucléaires dégagent en permanence de la chaleur, de l’hydrogène et des radioéléments. Certaines combinaisons et/ou associations de déchets sont interdites au risque de réactions ingérables. Ainsi, il est impératif que la zone de stockage soit ventilée en permanence pour ne pas monter en température du fait du dégagement de chaleur des colis et pour obtenir une concentration aussi faible que possible en hydrogène… Bref, il ne faut surtout pas atteindre 100°C sous peine d’avoir une réaction explosive. Seulement, qui peut sérieusement garantir une absence de panne de ventilation durant les 120 ans de remplissage de cette poubelle ? Et pour les 100 000 ans suivants ?

En cas d’incendie, l’arrêt de la ventilation augmenterait la concentration d’hydrogène et donc le risque d’explosion tandis que l’augmentation de la ventilation pour éliminer les fumées attiserait l’incendie… Comment éviter toute étincelle avec les différents dispositifs électriques et les engins qui circuleraient pendant les quelque 120 ans de remplissage de cette méga-poubelle nucléaire, au sein d’un milieu chargé en hydrogène particulièrement inflammable ?

Même en temps normal, l’hydrogène et les radioéléments rejetés par cette ventilation ne nuiront-ils pas à la santé des habitants et l’environnement de la Haute-Marne et de la Meuse ?

Enfin, le risque sismique entre également en ligne de mire. Régulièrement réévalué par les scientifiques, il est qualifié de « stable » car il n’aurait pas bougé depuis 130 millions d’années. Seulement, le passé ne peut prédire l’avenir. Le site de Bure, ceinturé de fractures géologiques, n’est pas à l’abri des caprices sismiques.

Ces questions et bien d’autres encore, les opposants au projet de CIGÉO ne sont pas les seuls à se les poser : les instances d’expertise de l’État les relèvent également.

Les experts et leurs critiques seront-ils entendus ?

Dans son avis et son rapport sur le « Dossier d’Options de Sûreté » du projet CIGÉO rendu le 15 juin 2017, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), expert public en matière de recherche et d’expertise sur les risques nucléaires et radiologiques, s’inquiète principalement de quatre points du projet concernant :

  • – la sécurité notamment sur les transferts de radioactivité dans l’environnement, pour protéger les populations,
  • – les moyens de surveillance mis en place lors de l’exploitation,
  • – la possibilité d’intervenir pour gérer des situations susceptibles d’entraîner une contamination des infrastructures,
  • – la sécurité contre les incendies.

C’est ainsi que le rapport de l’IRSN interroge la conception même du projet en soulignant qu’il faudra « revoir significativement les concepts afin d’éliminer la possibilité qu’un incendie puisse se propager dans l’alvéole de stockage ». Cette expertise confirme surtout les doutes sur la faisabilité de CIGÉO au vu des nombreuses questions scientifiques qui restent sans réponse. Et les questions peuvent encore et encore se décliner…

Le projet est-il vraiment réversible ?

Espérant trouver un jour une solution meilleure face à l’épineux problème des déchets nucléaires, l’exécutif a inscrit dans la loi que le projet CIGEO doit être réversible. Selon sa définition, en cas d’idées lumineuses ou de sérieux problèmes il doit donc être possible de vider les déchets nucléaires qui auraient déjà été entreposés durant les 120 ans de remplissage. Ensuite, fermeture des portes. La réversibilité disparaît. Comme l’ont montré les expériences précédentes de stockage en profondeur, à WIPP ou encore Asse II, cette réversibilité inscrite dans la loi ressemble davantage à un vœu allégeant les consciences qu’à une réalité : elle est techniquement impossible.

A la question de la réversibilité s’ajoute également celle de l’impossible risque zéro. Bien plus que la théorie, le premier décès survenu sur les lieux en rappelle l’évidence.
Mort d’un employé en 2002 : jusqu’à quel point la France est-elle prête à croire au risque zéro face aux ravages de l’atome ?

Le premier événement tragique sur le chantier est survenu en mai 2002. Alors qu’il travaillait dans le puits principal d’accès du laboratoire, un mineur de 33 ans est écrasé par un tube de 400 kg. Celui-ci s’est détaché à une quinzaine de mètres au-dessus de lui. Suite au drame, l’Inspection du travail souligne de « graves manquements en matière de sécurité ». Bouygues Travaux Publics rétorque que « les mesures d’organisation et de sécurité sur place étaient nettement supérieures à celles prises dans la profession. » Plus tard, face au tribunal de Bar-le-duc en 2007, le groupe de BTP avance que l’accident s’est produit à la suite d’« une collection d’erreurs » de ses employés.

Les deux points de vue se rejoignent sur l’essentiel : il y a eu des erreurs. Que l’origine du drame provienne de manquements, de maladresses, de mauvaises intentions ou d’oublis, le drame est là et personne n’a su agir ou réagir avant, malgré un chantier identifié à risques et une sécurité annoncée comme « supérieure ». Le site de CIGÉO n’accueille pas encore de déchets. Jusqu’à quel point la France est-elle prête à croire au risque zéro face aux ravages de l’atome ? Sur les 4 pays les plus nucléarisés au monde, la France est aujourd’hui le seul à ne pas avoir vécu d’accident de grande ampleur, mais pour combien de temps encore cela restera-il vrai ?

Que demande France Nature Environnement ?

France Nature Environnement appelle à la sortie du nucléaire afin, notamment, de ne plus produire ces déchets et d’en connaître la réalité. Nous demandons l’arrêt du projet CIGÉO avant d’engager une phase pilote. Les retours d’expérience des centres de stockage du WIPP (Etats-Unis), Asse (Allemagne), ou encore du centre de stockage de déchets chimiques de Stocamine (Alsace) semblent négligés et ne permettent pas d’aborder sereinement le projet CIGÉO. Celui-ci fait l’objet de questionnements scientifiques sur sa faisabilité, restés sans réponse malgré d’importantes sommes d’argent engagées depuis près de 20 ans. De plus, il a été décidé de réaliser cette installation, et exclusivement celle-ci, avant même que sa faisabilité soit avérée, ce qui conduit à un projet imposé, source de très graves tensions locales et nationales.

CIGÉO ne constitue pas un projet de territoire soutenable pour ses habitants qui le contestent, ni pour l’ensemble de la nation qui ne pourrait assumer un tel héritage. Construire la plus grande poubelle nucléaire du monde à Bure reviendrait à ajouter un grand nombre d’aléas ingérables à la catastrophe que représente d’ores et déjà la filière nucléaire en quasi-faillite.

C’est pourquoi France Nature Environnement demande de toute urgence de stopper le projet CIGÉO et de le comparer avec ses alternatives, à l’aune d’études de faisabilité attendues depuis de trop nombreuses années.

Texte mis en ligne le 12/02/18 – Mis à jour le 23/02/18
Texte original: https://www.fne.asso.fr/node/401830

France Nature Environnement
81-83 bd Port-Royal, 75013 – Paris
Email : information@fne.asso.fr


Plus d’infos:
Informations sur Wipp
Informations sur Wipp
Les problèmes Stocamine
Doc sur ASSE
Les avis et rapports de l’IRSN sur le projet CIGEO

le 26 février 2018


Fév 25

Impasses concernant les déchets nucléaires -1.

Nul ne sait comment gérer sans danger des déchets de l’industrie nucléaire

– 1- Les problèmes du stockage en piscine

La filière française de l’atome a multiplié les types de déchets radioactifs, en instaurant une industrie du « retraitement » qui se révèle inutile. Le système est moribond, et, mezzo voce, les experts commencent à envisager sa fin.

Un dossier de «reporterre»
sur les problèmes du stockage en piscine

  • Mardi 13 février 2018, Reporterre a révélé la volonté d’EDF de construire un stockage géant de déchets nucléaires à Belleville-sur-Loire (Cher),
    cliquer ici
  • mercredi 14 février 2018 Reporterre a expliqué pourquoi les piscines de La Hague allaient déborder
    Cliquer ici
  • et jeudi 15 février 2018, en quoi le stockage en piscines est excessivement dangereux.
    cliquer ici
  • Voici le quatrième et dernier article d’une série que Reporterre consacre au stockage des déchets radioactifs en « piscine ».
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le 25 février 2018

Fév 18

58e anniversaire du premier essai nucléaire français dans le Sud algérien

Victimes des essais nucléaires en Algérie:toujours rien

«Nous interpellons de nouveau la France et les autorités algériennes
pour que ces victimes soient réellement prises en charge.
Il est temps de sortir du verbe et des paroles creuses pour aller vers l’action»

Abdelkrim Touhami, vice-président de l’association Taourirt (Association des Victimes des Essais Nucléaires (Tamanrasset)

Un article du journal «Liberté Algérie»
https://www.liberte-algerie.com/centre/laven-de-tamanrasset-interpelle-de-nouveau-la-france-287084

Cinquante-huit ans se sont écoulés passés depuis la première tragédie nucléaire française, survenue le 13 février 1960 dans le Sahara algérien, et toujours rien n’est acquis pour les victimes qui meurent à petit feu.
L’association “Taourirt” des victimes des essais nucléaires (Aven) effectués à In Eker, dans la wilaya de Tamanrasset, saisit cette occasion pour lancer un énième cri de détresse face la prolifération inquiétante des maladies radio-induites dans ce vaste territoire du pays.
Un cri qui dénote les souffrances d’une population en proie à une importante charge de morbidité imputée particulièrement au cancer. L’association qui mène un double combat contre l’oubli et le silence coupable des autorités algériennes, se remet encore une fois dans le contexte de la douleur vécue tous les jours par les populations des zones irradiées. “
Nous interpellons la France et les autorités algériennes pour que ces victimes soient réellement prises en charge. Il est temps de sortir du verbe et des paroles creuses pour aller vers l’action. Il faut qu’on agisse dans les faits afin d’aider ces populations à se débarrasser de ce lourd boulet sanitaire traîné depuis l’Indépendance. Nous devons faire toute la lumière sur les répercussions de cette tragédie afin d’y remédier en définissant les responsabilités de tout un chacun”, se lamente Abdelkrim Touhami, vice-président de Taourirt.
Joint par téléphone, notre interlocuteur se dit interpellé par les décès signalés presque quotidiennement dans les zones irradiées d’In Eker. La toute dernière étude réalisée par des experts fait ressortir un taux de 18 cancéreux sur 500 habitants. Un taux en-dessous de la norme fixée à 104 cas pour le même nombre d’habitants, précise-t-on. Sauf qu’à Tamanrasset, ce chiffre reste loin de la réalité puisque les malades ne consultent pas et nombreux sont ceux qui trépassent dans l’anonymat.
Plus de vingt types de cancers sont répertoriés dans la wilaya, indique Boubakeur Ibba, SG de ladite association qui ne dispose ni de siège social ni de moyens financiers pour mener ses projets à terme. M. Ibba regrette le fait que les cancéreux reçus dans les structures sanitaires locales soient généralement au dernier stade et décèdent peu après le diagnostic. Le constat est plus qu’alarmant. Le cancer de la thyroïde qui est au 10e rang, selon les registres du cancer du nord du pays, est en 4e position à Tamanrasset, surtout chez les femmes. Outre cette localisation néoplasique, on note un taux particulièrement élevé de cancers du sein et cutanés qui diffèrent par leur présentation clinique de ceux observés dans le nord du pays. La menace radioactive, faut-il le dire, pèse sur la femme enceinte avec son lot de malformations chez le nouveau-né et est souvent à l’origine de la stérilité des hommes.
À l’unité d’oncologie de l’EPH de Tamanrasset on a dénombré 100 nouveaux cas de cancer en 2017. Depuis la mise en service en 2015 de cette unité qui manque cruellement de médecins spécialistes et de radiothérapie, plus de 280 cancéreux ont été enregistrés à Tamanrasset, relève le président du conseil médical de cette structure hospitalière, Elias Akhamouk. “L’unité fonctionne avec un seul cancérologue. Si celui-ci décide de partir, les malades galèreront et on sera contraint de les évacuer de nouveau vers Alger ou Ouargla” regrette M. Akhamouk qui s’en est remis aux plus hautes autorités de pays pour se pencher sérieusement sur ce problème.
RABAH KARECHE

Un article du journal «Liberté Algérie» le 14 février 2018
https://www.liberte-algerie.com/centre/laven-de-tamanrasset-interpelle-de-nouveau-la-france-287084

AVEN : Association des Vétérans des Essais Nucléaires
Siege Social 44-A rue de la Favorite – 69005 Lyon –
Tél: 04 78 36 65 31
http://www.aven.org/
Un site riche en documentation sur les essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie

le 18 février 2018


Fév 14

On ne doit pas trouver de pollution radioactive dans les aliments en France

Un article du journal «Lyon capitale»

La Commission de recherche et d’information indépendante de la radioactivité (CRIIRAD), association créée à Valence au lendemain de Tchernobyl, juge « trop élevés » les seuils d’alerte de substances radioactives dans les aliments comme le lait, la viande ou encore les œufs.

La CRIIRAD a détecté des « anomalies préoccupantes » dans la surveillance de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), qui s’occupe des denrées d’origine animale comme le lait, la viande, ou encore les œufs. Cette branche du ministère français de l’Agriculture fixe les seuils de danger et fournit des directives à tous les exploitants concernant les substances radioactives dans la nourriture. Ces limites, définies par la DGAL, sont jugées « trop élevées » pour l’association valentinoise, qui se veut référence en termes de recherche sur la radioactivité. « Les seuils tolérés dans les aliments que nous consommons sont extrêmement hauts, et ce n’est qu’au-delà de ces limites que la DGAL demande d’établir une enquête» , déplore Corinne Castanier, la responsable des questions de réglementation et de radioprotection de la CRIIRAD.

« En France, on ne doit pas trouver de pollution radioactive dans les aliments»

« Il est question de la protection sanitaire des populations» , explique Corinne Castanier.
À titre d’exemple, « pour le strontium 90 (élément radioactif, ndlr), la limite est de 100 becquerels (unité de radioactivité, ndlr) par kg. Mais si l’on trouve ne serait-ce que 50 ecquerels par kg dans du lait, une enquête est primordiale, car il est anormal de trouver de telles quantités» , explique la scientifique. « En France, on ne doit pas trouver de pollution radioactive dans les aliments, sauf pour les produits artificiels, où l’on peut retrouver notamment des traces de Tchernobyl» , précise-t-elle. Corinne Castanier met en garde contre ces produits radioactifs qui, selon elle, « sont cancérigènes, mutagènes et peuvent causer des problèmes cardiaques» . Pour la scientifique, «dès le premier becquerel, le risque augmente pour la santé» .

« C’est presque une incitation à polluer pour les exploitants»

Selon Corinne Castanier, la norme de la DGAL ne se base pas sur le règlement français, mais sur le Codex alimentarius, un programme commun de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui définit les seuils de danger pour le commerce international des aliments. « Si l’on considère uniquement les produits nationaux, la quantité de substances dangereuses ingérée est plus importante, et il faut que les limites soient revues» , affirme Corinne Castanier. Elle ajoute que juridiquement, les limites du Codex ne s’appliquent qu’en cas d’accident nucléaire : « En période normale, on n’a pas à accepter des substances radioactives dans nos aliments» . Par ailleurs, « appliquer les limites telles qu’elles sont définies par la DGAL, c’est presque une incitation à polluer pour les exploitants : ils n’ont pas à faire d’effort pour diminuer leur pollution radioactive« , explique-t-elle.

La CRIIRAD demande aujourd’hui à ce que la DGAL corrige ces instructions. Corinne Castanier souhaite également que ces démarches soient rendues publiques, « pour que chacun sache comment l’État gère le contrôle de la radioactivité dans les aliments» . Pour elle, il s’agit surtout de « mettre des filtres supplémentaires, pour ne pas que la population soit contaminée» .

L’article dans Lyon Capitale


Contrôle radiologique des aliments en situation normale
Denrées alimentaires d’origine animale

Véritable surveillance ou permis de polluer ?
La CRIIRAD met en cause le dispositif officiel
Voir le dossier de la CRIIRAD

le 14 février 2018


Fév 12

Les seuls vrais experts en armes nucléaires sont les survivants de Hiroshima-Nagasaki

Un article du journal suisse «le temps»
https://www.letemps.ch/monde/beatrice-fihn-survivants-dhiroshima-seuls-vrais-experts-armes-nucleaires

L’ICAN vient de recevoir le Prix Nobel de la paix. Sa directrice, Beatrice Fihn, a beau avoir eu droit aux honneurs planétaires le 10 décembre dernier à Oslo, elle garde les pieds sur terre, dans le quartier de la Jonction à Genève.

Directrice de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, ONG dont le siège est à Genève, Beatrice Fihn raconte l’aventure du Prix Nobel de la paix obtenu le 10 décembre. Si elle a côtoyé les grands de ce monde, elle garde les pieds sur terre

Au milieu d’un couloir anonyme, la petite salle 477 installée dans le complexe du Conseil œcuménique des Églises au Grand-Saconnex, sur les hauts de Genève, ne paie pas de mine. Quelques chaises et bureaux entassés, une poignée d’employés. C’est pourtant là qu’a son siège la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), une organisation non gouvernementale méconnue du grand public qui vient de recevoir le Prix Nobel de la paix. Sa directrice, Beatrice Fihn, a beau avoir eu droit aux honneurs planétaires le 10 décembre dernier à Oslo, elle garde les pieds sur terre, dans le quartier de la Jonction à Genève, où elle vit avec son mari et ses deux enfants. Suédoise, millennial, elle ne s’embarrasse pas des étiquettes. Au Forum économique de Davos, elle était ravie de pouvoir défendre sa cause auprès des décideurs de la planète. Mais au fond, elle aurait presque préféré être du côté des manifestants, de l’autre côté des barrières. La cause du désarmement? Elle s’y est attelée un peu par hasard. En suivant les débats de la Conférence du désarmement à Genève, où les débats stériles n’ont pas manqué de l’irriter. Maintenant, elle ne ferait autre chose pour rien au monde.

B. Fihn

capture d’écran de la video

Votre organisation, l’ICAN, a obtenu le Prix Nobel de la paix pour son engagement en faveur de l’abolition des armes nucléaires. Comment réagissez-vous à la nouvelle doctrine de l’administration Trump prônant l’usage de bombes nucléaires à faible puissance?

C’est une doctrine très dangereuse et irresponsable. Elle augmente le risque déjà élevé de recours à l’arme nucléaire. Elle abaisse le seuil à partir duquel on pourrait utiliser la bombe. Il suffit désormais d’une guerre commerciale ou d’une cyberattaque pour déclencher une riposte nucléaire. C’est un revirement majeur. De plus, on nous dit que de telles bombes à faible puissance rendraient la dissuasion nucléaire plus crédible, car elles pourraient effectivement être utilisées. C’est terrifiant. À la conférence de presse du Pentagone, ils n’ont jamais parlé des millions de morts que de telles armes peuvent causer.

L’ICAN a joué un rôle majeur dans l’adoption du traité sur l’interdiction des armes nucléaires en juillet 2017 à New York. Les puissances atomiques et les membres de l’OTAN (à l’exception des Pays-Bas) ont boycotté l’événement. Etes-vous un agent du changement ou une douce rêveuse?

On nous a dit que ceux qui bénéficient du statu quo rendront tout changement impossible. Ce n’est pas vrai. Nous sommes des agents du changement. Le monde a déjà accompli des choses plus difficiles. Il a fait des progrès immenses en matière de droits de l’homme, de droit humanitaire et même de désarmement. Ce que nous faisons n’est qu’une manière d’assurer un suivi des Conventions de Genève et des traités d’interdiction d’armes de destruction massive. Nous devons refuser le narratif des puissances nucléaires selon lequel les armes atomiques sont nécessaires pour notre sécurité et pour la paix. C’est faux. Si c’était le cas, pourquoi ne pas se réjouir de voir la Corée du Nord en acquérir? Pourquoi les gens sont-ils nerveux à l’idée que Donald Trump détient les codes nucléaires?

Comment convaincre maintenant les puissances nucléaires?

La tâche s’annonce ardue. Mais avec le Prix Nobel, nous avons une autorité morale que nous n’avions pas avant. Nous insistons: le risque zéro n’existe pas. Un mauvais calcul ne peut être exclu. Il ne s’agit pas de savoir si une telle arme sera utilisée un jour, mais quand. C’est un fait statistique. Les armes nucléaires seront abolies un jour. C’est ma conviction. J’espère simplement que cette abolition aura lieu avant que de telles armes ne soient utilisées.

En ce sens, la fausse alerte à l’attaque de missile à Hawaii voici quelques semaines est révélatrice…

Quand j’ai entendu parler de cette alerte, j’étais au Mémorial de la paix à Nagasaki. Des survivants venaient de me décrire ce qui se passe des heures, des jours voire des semaines après une attaque nucléaire. J’ai été d’autant plus bouleversée par cette fausse alerte que mes enfants étaient à des milliers de kilomètres de là. Imaginez: les habitants d’Hawaii ont dû décider en vingt minutes où aller, quel enfant aller chercher en premier. Paniqués, ils ont cherché sur Google comment agir en cas d’attaque nucléaire. J’étais aussi en colère. Pourquoi doit-on vivre avec une telle menace? C’est une situation inutile que nous avons créée nous-mêmes. Que se serait-il passé si l’alerte avait été adressée à Donald Trump ou à Kim Jong-un? L’homme qui a déclenché l’alerte à Hawaii pensait qu’il s’agissait d’une vraie alerte. Les armes nucléaires sont maniées par des êtres humains faillibles.

Avant le 6 octobre 2017, votre vie était plutôt normale. Depuis, vous avez rencontré la famille royale de Norvège, des personnalités politiques de haut rang à Davos, à New York et Bruxelles. Comment gère-t-on un tel tsunami?

À Oslo, ce fut un peu difficile, je l’avoue. Limousine, convoi spécial: j’avais l’impression d’être une cheffe d’État ou une pop star. À Genève, où je vis, il y avait de grandes photos dans les journaux. Les voisins les ont vues, mais tout est très vite redevenu normal. En fait, tout a changé et rien n’a changé. Nous avons beaucoup plus d’attention médiatique. Tant mieux. Mais aussi plus de pression, car nous devons obtenir des résultats. Nous restons cependant un mouvement de la base. Nous ne sommes pas des chefs d’État, ni des célébrités, juste des gens normaux qui poursuivent la lutte contre les armes nucléaires. Nous venons d’obtenir un levier supplémentaire grâce au Nobel et devons l’utiliser. C’est un vrai défi pour une petite organisation comme la nôtre, même si la campagne est importante (468 partenaires dans 101 pays). Notre priorité est de nous concentrer sur ce qui est faisable et sur ce qui aura le plus d’impact.

D’un côté, le risque nucléaire a augmenté, de l’autre, une nouvelle dynamique du désarmement est en route.

Oui, des épisodes comme celui d’Hawaii accroissent la prise de conscience du public. Nous n’avons plus parlé autant du risque nucléaire depuis la fin de la Guerre froide qu’aujourd’hui. Il faut saisir ce moment. Le Traité de non-prolifération nucléaire a été adopté après la crise des missiles de Cuba, le Traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire après les fortes tensions des années 1980.

Vous étiez à Hiroshima et à Nagasaki en janvier. Comment avez-vous vécu ce moment?

C’était très émouvant d’entendre des histoires d’enfants qui avaient le même âge que les miens et qui ont subi les effets de la bombe. On l’oublie, mais quand une bombe nucléaire éclate, ce n’est pas la fin du monde. Il y a des survivants qui doivent se battre pour vivre. Ce qui m’a beaucoup inspirée au Japon, ce sont les survivants. Bien qu’âgés, ils étaient très contents du Prix Nobel, du combat que nous menons, du traité d’interdiction. Ils ont l’impression d’avoir contribué à une cause importante alors qu’ils ont longtemps été ignorés, sacrifiés sur l’autel des préoccupations sécuritaires et de la théorie de la dissuasion. D’ailleurs pour moi, les vrais experts nucléaires, ce ne sont pas des spécialistes assis dans leurs bureaux à Paris ou Washington. Ce sont les survivants. Ils sont les seuls à connaître la vraie réalité et l’impact de telles armes.

Dans une vidéo, vous avez parlé de la bombe atomique comme d’un symbole phallique…

C’était à la fin d’une interview. La citation a pris des proportions excessives. Mais ces armes révèlent effectivement une masculinité toxique. Trump est la caricature de cette masculinité toxique quand il déclare que son bouton nucléaire est plus grand que celui du leader nord-coréen Kim Jong-un. Le président américain s’est aussi moqué de son secrétaire d’État Rex Tillerson, qui avait l’intention de mener une action diplomatique avec la Corée du Nord.

Les femmes sont-elles plus à même d’éviter les conflits?

Je ne dis pas que les femmes sont forcément plus pacifiques. Mais elles sont beaucoup plus formées pour valoriser la négociation et le compromis. C’est la société qui les a mises dans ce rôle. Contrairement aux hommes, elles n’ont pas appris à obtenir quelque chose par la pure force, à résoudre les conflits brutalement, mais plutôt à trouver d’autres voies pour obtenir ce qu’elles veulent. Quand les hommes disent que les armes nucléaires offrent davantage de sécurité, de quoi parlent-ils? Dans le Nevada et au Nouveau-Mexique, où des essais nucléaires ont été effectués, les femmes font des fausses couches en raison des radiations. Dans des négociations de paix, si vous n’incluez pas des femmes, les solutions diplomatiques seront plus difficiles à trouver et la paix ne sera pas durable.

Qu’allez-vous faire des 900 000 dollars obtenus grâce au Prix Nobel?

Nous les avons placés dans un «fonds dit des 1000 jours». À partir du 10 décembre 2017, nous nous donnons 1000 jours pour faire en sorte que le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires entre en vigueur. Ce travail s’effectuera moins au niveau de l’ONU, mais plus dans les capitales. Nous allons financer des projets visant à pousser les États à ratifier le traité et la recherche.

On vous dit déçue des positions suisse et suédoise…

Oui, la Suisse et la Suède attendent de voir comment les choses évoluent. Ce n’est pas une politique étrangère très courageuse. Mais nous ne lâcherons pas la Suisse, qui était d’ailleurs très engagée au début du processus. Si la Suisse ratifie le traité, c’est là qu’elle aura le plus d’impact. En renforçant la norme d’interdiction, elle fera indirectement pression sur les États nucléaires. Si le siège de l’ICAN est à Genève, ce n’est pas par hasard. C’est ici que se rencontrent les instances du désarmement et le monde humanitaire.

Barack Obama a obtenu le Prix Nobel en grande partie en raison de son discours de Prague d’avril 2009 où il appelait à dénucléariser le monde. A-t-il joué un rôle important?

Oui et non. Il a fait de bonnes choses, mais il a aussi accepté la modernisation de l’arsenal nucléaire américain en contrepartie d’une ratification du nouveau traité Start de réduction des armes stratégiques. C’est le plus grand investissement (1200 milliards de dollars) dans un programme nucléaire depuis le projet Manhattan. Le discours d’Obama à Prague nous a cependant énormément aidés. Il a montré qu’il était possible pour un président américain d’avoir une réflexion rationnelle sur les armes atomiques. Il a fait du problème une question centriste alors qu’elle était avant l’apanage de l’extrême gauche. L’impact d’Obama se fait sentir aujourd’hui encore.

Vous avez été touchée par votre visite du pape au Vatican.

Oui, je ne suis pas une personne religieuse, mais j’ai été impressionnée par le pape, par les valeurs qu’il véhicule. Il n’a pas de puissance militaire derrière lui. Son pouvoir, c’est son autorité morale, c’est le fait que les gens croient en lui. Le pape a joué un rôle crucial dans le processus d’interdiction. Le Saint-Siège a été le premier pays à signer le traité. Le message du Vatican fut très fort. Il dit que même posséder la bombe atomique est un péché.

Pour vous, la société civile joue un rôle primordial.

Oui, son rôle est essentiel. La démocratie ne consiste pas seulement à aller voter tous les quatre ans. La société civile doit se mobiliser pour reconquérir une forme de pouvoir. C’est à nous qu’incombe le changement. À personne d’autre. Les dirigeants politiques ne vont pas régler les problèmes pour nous.

Article de Stéphane Bussard

Pour voir la vidéo (4mn01s) qui accompagne cet article,
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Merci à Savoie Antinucléaire de nous avoir fait connaître cet article


Voici comment c’était sur place après les bombardements: