Fév 15

COMBUSTIBLE NUCLÉAIRE BLOQUÉ À LA CENTRALE DU TRICASTIN :

UN DANGER GRAVE PÈSE SUR LES TRAVAILLEURS ET LA POPULATION : FACE À L’OPACITÉ NOUS INTERPELLONS LES AUTORITÉS

Communiqué de presse commun CAN 84, FRAPNA Drôme Nature Environnement, Collectif Halte Aux Nucléaires Gard (ADN), Greenpeace France, Ma Zone Contrôlée, Réaction En Chaîne Humaine, Réseau « Sortir du nucléaire », Sortir du nucléaire Sud Ardèche, Stop Nucléaire Drôme-Ardèche (ADN), Stop Tricastin – 15 février 2019

Depuis le 3 février, un assemblage de combustible est bloqué dans le réacteur n°2 du Tricastin et menace de chuter. Cette situation fait peser un risque important pour les travailleurs et les riverains. Or EDF SA n’a pas informé les populations de sa gravité. Pire, l’entreprise maintient l’organisation d’ateliers pour enfants sur le site nucléaire pendant les vacances de février Nos associations dénoncent cette opacité et interpellent les autorités.

Le 3 février, lors d’une opération de déchargement de combustible sur le réacteur n°2, un assemblage de combustible nucléaire est resté coincé. Des opérations périlleuses devront être engagées pour le décrocher. En effet, celui-ci est actuellement suspendu au-dessus des 156 autres assemblages présents dans le cœur du réacteur : s’il venait à chuter, des gaines de combustible pourraient être endommagées.

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Lire le communiqué en entier

Le communiqué de la CRIIRAD


Fév 15

ABROGATION DU TRAITÉ EURATOM : conférence à Genève le 7 mars 2019

À 18H AU PALAIS EYNARD

Le traité EURATOM, établi en 1957, a institué la Communauté Européenne de l’Énergie Atomique chargée de développer des industries nucléaires puissantes en Europe.

C’est également sous son égide que sont fixées les normes de protection contre les dangers de la radioactivité. Le conflit d’intérêt est criant, au détriment de la protection des populations.

Plus de 60 ans après sa création, ce traité maintient l’énergie nucléaire en dehors du fonctionnement normal des institutions européennes. Ce régime d’exception est aussi anachronique qu’anormal.

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ABROGATION DU TRAITÉ EURATOM : CONFÉRENCE À GENÈVE LE 7 MARS 2019 À 18H AU PALAIS EYNARD


Fév 09

L’assemblage suspendu du Tricastin

Origine: AIPRI
Association Internationale pour la Protection contre les Rayons Ionisants.
L’AIPRI a pour but la divulgation scientifique dans le domaine de la physique nucléaire et des dangers radiologiques de la contamination interne.
https://aipri.blogspot.com/2019/02/lassemblage-suspendu-du-triscatin.html

vendredi 8 février 2019

Le 3 février dernier le réacteur N°2 du Tricastin a connu un accident aux conséquences potentiellement très graves comme le souligne à très juste titre la CRIIRAD. Un des 157 assemblages de quelque 750 kg et de plusieurs millions de Curie, qui aurait dû rester dans la cuve comme les autres, a été emporté avec le couvercle de plus de 66 tonnes durant les opérations de maintenance. Incorporé au couvercle, son système de blocage supérieur dans la cuve ne s’est pas déverrouillé et il est resté accroché au couvercle.

Il est à l’heure actuelle sous 9 mètres d’eau sans que l’on sache s’il a été partiellement ou intégralement retiré de son logement. Retirer sous l’eau un assemblage requiert une manipulation experte et un outillage adéquat car il doit être soulevé de manière parfaitement verticale tant le logement qui l’accueille est étroit. Tout balancement horizontal au moment de l’extraction risque de coincer si non de rompre ce parallélépipède rectangle de plus de 4 mètres de long qu’est un assemblage. En deux mots, sans compter le risque d’un déverrouillage impromptu qui le précipiterait sur le cœur, le couvercle n’est pas le treuil approprié pour extraire un assemblage.

Le fait est que plus de 66 tonnes en attente d’être calées sont suspendues au-dessus du réacteur ouvert, que plusieurs semaines inquiètes seront nécessaires avant de venir à bout de cet accident et que c’est là la troisième fois que ce type d’anomalie survient au Tricastin. L’AIPRI salue de tout cœur les agents qui maintenant s’efforcent de désamorcer ce potentiel désastre.


L’article de la CRIIRAD sur le même sujet


http://criirad.org/installations-nucl/tricastin-mesures/CP_CRIIRAD_190206_Incident_Centrale%20Nucl%C3%A9aire_Tricastin.pdf


Notes techniques fournies par l’AIPRI:

Radioactivité effective et radiotoxicité potentielle de l’assemblage suspendu au Tricastin qui sera ici considéré composé d’UOX et émettant 1/157ème de la radioactivité des 157 assemblages de ce réacteur de 915 MWé.

Estimations à deux dates différentes de l’arrêt. (NB. Si l’assemblage s’avérait au MOX la radiotoxicité potentielle serait là nettement plus élevée en raison de la quantité bien supérieure de plutonium et de ses dérivés d’activation, tous très fortement radiotoxiques.)

10 jours après l’arrêt l’activité radiologique initiale est divisée par 11 et s’élève à 8,5 millions de Curie soit 314 millions de milliards de Becquerel. La radiotoxicité par inhalation n’a cependant été elle divisée que par 1,09 et représente, selon les facteurs de dose de l’ICRP, encore un potentiel maximal de 16,6 milliards de Sievert pendant que la radiotoxicité par ingestion a été divisée par 2,7 et a encore un potentiel de 697 millions de Sievert.

20 jours après l’arrêt l’activité radiologique initiale est divisée par 14,6 et s’élève à 6,4 millions de Curie soit 237 millions de milliards de Becquerel. La radiotoxicité par inhalation n’a cependant été elle divisée que par 1,12 et représente encore un potentiel maximal de 16,2 milliards de Sievert pendant que la radiotoxicité par ingestion a été divisée par 3,6 et a encore un potentiel de 521,1 millions de Sievert. (NB. A 20 jours, uraniums et trans-uraniums comptent pour seulement 1,2 % de la radioactivité résiduelle mais comptent par contre pour 84% de la radiotoxicité potentielle par inhalation, si l’on en croit l’ICRP.)

Estimations pour les seuls gaz.

Les gaz sont de par leur nature volatile toujours les premiers immanquables candidats à l’évasion, accident ou pas. A deux dates différentes de l’arrêt, voici leur radioactivité probable dans cet assemblage suspendu et la radiotoxicité potentielle qui leur est associée selon les paramètres officiels de l’ICRP de conversion des Becquerel de chacun en dose.

10 jours après l’arrêt l’activité radiologique initiale des gaz a été divisée par 29,3 et s’élève à 530,7 mille Curie soit 20 millions de milliards de Becquerel. Leur radiotoxicité potentielle rémanente par inhalation est de 53,1 millions de Sievert et par ingestion de 154,2 millions de Sievert.

20 jours après l’arrêt l’activité radiologique initiale des gaz a été divisée par 95,7 et s’élève à 162,64 mille Curie soit 6 millions de milliards de Becquerel. Leur radiotoxicité potentielle rémanente par inhalation est de 22,1 millions de Sievert et par ingestion de 64,7 millions de Sievert.

*****

Activité totale du cœur atomique

Un réacteur atomique de 915 MWé engendre une radioactivité d’environ 14,66 milliards de Curie (5,42E20 Bq) qui représente selon l’ICRP un potentiel radiotoxique par inhalation de 2,84 mille milliards de Sievert et une radiotoxicité potentielle par ingestion de 292,80 milliards de Sievert. (Diviser les Sievert par 5 pour convertir en doses létales aigües potentielles, « à la Litvinenko » pour s’entendre.)


L’article sur le site de l’AIPRI
https://aipri.blogspot.com/2019/02/lassemblage-suspendu-du-triscatin.html

L’article de la CRIIRAD
:http://criirad.org/installations-nucl/tricastin-mesures/CP_CRIIRAD_190206_Incident_Centrale%20Nucl%C3%A9aire_Tricastin.pdf

Le silence de la presse est remarquable !!!


Jan 21

Naoto Kan en France

Il était premier ministre au Japon lors de la catastrophe de Fukushima

En février, l’ancien Premier ministre japonais Naoto Kan viendra exceptionnellement dans trois villes de France pour faire le point sur la situation au Japon autour de la préfecture de Fukushima. L’ancien homme d’État japonais viendra également présenter trois avant premières de la nouvelle version du film «Fukushima : le couvercle du soleil» puis participera aux débats post-projection.
Officiellement, le thriller haletant qui retrace les heures et les jours qui suivirent la catastrophe de Fukushima de l’intérieur sortira le 6 mars en salle.

Avant premières « Fukushima, le couvercle du soleil »
VALENCE (26), GRENOBLE (38), PARIS (75)

PROGRAMME DES TROIS JOURS DE NAOTO KAN EN FRANCE :

Le lundi 18 février à Valence :
À 16h00, Naoto Kan visitera les locaux et le laboratoire de la CRIIRAD.
À 20h00 au cinéma Le Navire, 9 boulevard d’Alsace, il participera à la projection et au débat sur le film Fukushima, le couvercle du soleil.

Le mardi 19 février à Grenoble :
À 14h00 : visite du site de production d’électricité renouvelable
À 20h00 au cinéma Le Club, 9 bis rue du Phalanstère, il participera à la projection et au débat sur le film Fukushima, le couvercle du soleil.

Le mercredi 20 février à Paris :
À 20h00, au Forum des Images, Forum des Halles, 2 Rue du cinéma (75001), il participera à la projection et au débat sur le film Fukushima, le couvercle du soleil, animé par Audrey Pulvar et en compagnie de Corinne Lepage.


Tous les événements de l’agenda de «Sortir du nucléaire»
http://sortirdunucleaire.org/Agenda


Juil 08

La commission d’enquête de l’assemblée Nationale française a rendu son rapport sur la sécurité et la sûreté des installations nucléaires:

Présentation:

Sur le site de l’Assemblée nationale:
http://www2.assemblee-nationale.fr/15/autres-commissions/commissions-d-enquete/commission-d-enquete-sur-la-surete-et-la-securite-des-installations-nucleaires

<<
L’augmentation du nombre d’incidents survenus au sein des centrales nucléaires françaises au cours de ces dernières années, bien qu’ils n’aient jamais dépassé le niveau 2 sur l’échelle INES (de l’anglais International Nuclear Event Scale) graduée de 0 à 7, ainsi que les incursions répétées de militants opposés à l’énergie nucléaire ont conduit à la création d’un commission d’enquête, le 20 décembre 2017 permettant l’examen à la fois sur la sûreté matérielle de nos installations nucléaires et leur sécurité à l’égard de tout acte de malveillance.

Événement plus rare, la commission d’enquête a sollicité un organisme expert pour éclairer ses débats. En effet, confrontée à des positions divergentes de ses interlocuteurs sur la question technique du refroidissement à sec ou en piscine des combustibles usagés encore hautement radioactifs, elle a demandé à l’IRSN un rapport sur les mérites et les inconvénients respectifs de ces deux méthodes d’entreposage ( voir le rapport de l’IRSN).

Le présent rapport, suite aux 43 auditions menées entre février et juin 2018 (tome 2) , conclut par la publication de 33 préconisations (tome 1).

Ces préconisations visent à :

  • lutter contre les risques d’endogamie de l’expertise,
  • renforcer le rôle de l’ASN,
  • mieux envisager les accidents,
  • contrôler la sous-traitance et mieux protéger ses salariés,
  • repenser la gestion des déchets et des combustibles,
  • prévenir les actes de malveillance,
  • mieux contrôler le démantèlement,
  • améliorer le contrôle démocratique.

>>

Voir le rapport de la commission d’enquête

Le rapport de l’IRSN concernant l’entreposage du combustible nucléaire usé.
Il s’agit ici de l’entreposage provisoire du combustible encore très « chaud » qui vient d’être sorti des réacteurs.

Le 08 juillet 2018


Avr 30

Tchernobyl : «Je suis la seule survivante de mon équipe de liquidateurs»

22 avril 2016 / Entretien avec Natalia Manzurova

un article de Reporterre
https://reporterre.net/Tchernobyl-Je-suis-la-seule-survivante-de-mon-equipe-de-liquidateurs

Le 26 avril 1986, des réactions en chaîne conduisaient à la fusion du cœur d’un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, aujourd’hui en Ukraine. Entre 1986 et 1992, entre un demi et un million de «liquidateurs» ont été «réquisitionnés» pour sauver ce qui pouvait l’être. Reporterre a rencontré l’une d’entre eux.

Radiobiologiste russe, Natalia Manzurova a été envoyée à Tchernobyl dès 1986 pour évacuer «les biens matériels devenus radioactifs». À la tête d’une brigade de sept personnes, elle a passé 4 ans et demi sur place.

Reporterre — Comment avez-vous été engagée comme «liquidatrice» à Tchernobyl ?

Natalia Manzurova — Mes parents avaient été recrutés de force par le régime dans les années 1950 pour construire le complexe nucléaire de Maïak. Nous habitions sur place, tenus au secret. J’ai souhaité devenir radiobiologiste pour comprendre leurs activités et les conséquences de celles-ci. En 1986, juste après l’accident de Tchernobyl, le laboratoire dans lequel je travaillais nous a réquisitionnés pour faire un inventaire de la catastrophe. Nous avons été envoyés sur place, comme 500.000 à 1 million d’autres liquidateurs. Parmi les liquidateurs, il y avait deux catégories : ceux qui étaient envoyés en mission ponctuelle d’un mois, comme des plombiers ou des chauffeurs… Et ceux qui étaient nommés pour un poste à long terme. Comme la dose d’exposition aux radiations n’était pas connue, le régime choisissait de les laisser le plus longtemps possible, perdus pour perdus… Personne n’était vraiment formé ni préparé. Mais, nous n’avions pas le choix. En tout, je suis restée 4 ans et demi à Tchernobyl, de 36 ans à 41 ans.

Natalia Manzurova, en avril, à Paris.

portrait : © Éric Coquelin/Reporterre

Dans quelles conditions travailliez-vous ?

Natalia Manzurova J’avais été nommée ingénieure en chef chargée de l’évacuation des biens matériels devenus radioactifs. Je dirigeais une brigade de sept «permanents» plus des occasionnels. Nous étions chargés d’explorer les appartements abandonnés précipitamment par les habitants pour récupérer meubles, bijoux, tissus… Ces objets étaient ensuite enterrés dans des fosses recouvertes de béton.

Nous étions équipés de vêtements et de masques de protection, mais les deux premières années, la radioactivité était si forte que notre visage était comme «tanné». Je me souviens que nous ne disposions d’aucun instrument de mesure de la radioactivité pour évaluer la dangerosité du travail. Un comble pour un radiobiologiste. Nous connaissions pourtant les risques et faisions attention à bien nous laver les mains et à laver les aliments. Mais était-ce suffisant ? Bien sûr que non, puisque tous les membres de mon équipe sont morts du cancer. Je suis la seule survivante. Depuis la loi de 1993, les liquidateurs survivants sont pris en charge par l’État et affichent les statuts les plus élevés d’invalidité (2 et 3). Cela signifie que nous sommes logés et aidés financièrement. Mais les subventions diminuent aujourd’hui. Moi, j’ai 20 % d’aberration chromosomique et suis donc classée catégorie 2, avec un statut de maladie chronique. Je n’ai jamais pu reprendre une vie normale.

Et vous, comment allez-vous, moralement et physiquement, après ce drame ?

Natalia Manzurova J’ai connu un état de mort clinique, souffre de maux de tête et d’estomac récurrents, et j’ai subi une ablation de la thyroïde. Quand j’ai commencé à être malade, quelques mois après mon retour de Tchernobyl, je vivais seule avec ma fille. Il fallait tenir.

Souvent, les gens s’étonnent que je sois encore vivante, alors que la plupart de mes collègues sont morts. Je leur réponds que, lorsqu’ils ne me voient pas durant plusieurs jours, je suis malade, au fond de mon lit, et le reste du temps je m’efforce de guérir.

Ma relation à la vie a changé. Après avoir vu autant de malheurs autour de soi, on mesure mieux ce qui est important : les questions morales, les droits de l’homme, les enfants… Les liquidateurs ont d’ailleurs les taux de suicide parmi les plus élevés du pays.

Quelle fut la place des femmes parmi les liquidateurs ?

Natalia Manzurova Nous étions une infime minorité. Parmi les liquidateurs de Tchernobyl, il y avait 1 femme pour 1.000 hommes. En général, elles exerçaient des fonctions subalternes de cuisinières, de femmes de ménage, d’aides-soignantes. Il y a eu de nombreux cas de harcèlement, de viols et violences. C’était très dur. Les femmes liquidateurs qui étaient enceintes ont été obligées d’avorter pour éviter les malformations ou les « liquidateurs in utero », comme cela avait été le cas à Maïak.

Croyez vous que l’on ait tiré toutes les leçons de Tchernobyl ?

Natalia Manzurova Non. Dans ma vie, j’ai connu trois catastrophes nucléaires : Maïak en 1957, Tchernobyl en 1986, et Fuskushima en 2011. Mais j’ai l’impression que l’on ne prend pas suffisamment en compte les causes et les conséquences de ces accidents. Il faut notamment accentuer la transparence et les échanges autour de la vérification des lieux de production nucléaire. Il est toujours impossible d’accéder à Maïak, les données sur la contamination de la zone, l’une des plus dangereuse du monde, sont confidentielles et ce secret pèse sur nos têtes.

– Propos recueillis par Pascale d’Erm

un article de Reporterre
https://reporterre.net/Tchernobyl-Je-suis-la-seule-survivante-de-mon-equipe-de-liquidateurs


Avr 27

Tchernobyl il y a 32 ans: la contamination perdure

La santé des populations locales est sérieusement altérée.

Un article de natura-sciences.com

Il y a déjà 32 ans avait lieu l’accident nucléaire de Tchernobyl. Proche de la zone d’exclusion, les enfants et les jeunes adultes portent encore les stigmates de cette catastrophe européenne. Un programme de recherche européen fait le point sur les risques sanitaires rencontrés par ces populations.

« Il n’y a pas de vie saine après une catastrophe nucléaire », assure Michèle Rivasi, députée européenne et co-fondatrice de la CRIIRAD. Si le réacteur numéro 4 de Tchernobyl a explosé le 26 avril 1986, « la catastrophe de Tchernobyl ne relève pas du passé, la contamination perdure », assure la députée.

Durant plusieurs décennies, les autorités locales et la communauté internationale se sont focalisées depuis la catastrophe sur la sécurité des réacteurs. Le 27 novembre 2016, la société Novarka, une coentreprise des géants français du BTP Vinci et Bouygues installait une cloche de confinement pour recouvrir le sarcophage de la centrale nucléaire de Tchernobyl, construit dans l’urgence après l’explosion.

Des zones habitées encore contaminées

Aujourd’hui, cinq millions de personnes vivent sur 150 000 km2 de terres contaminées. Depuis 2013, grâce à des collaborations entre le Parlement européen et de la Commission européenne, un programme européen sur la santé et l’environnement a été lancé autour de la zone d’exclusion de Tchernobyl. Une étude a notamment été lancée dans le district d’Ivankov, un territoire ukrainien contaminé se trouvant dans la région de Kiev, à 30 km de la centrale de Tchernobyl.

Depuis 1999, les équipes médicales de l’hôpital d’Ivankov n’avaient plus les moyens de mesurer les niveaux de radioactivité. Dans le cadre de ce programme européen, le laboratoire a été équipé de spectromètres et de radiomètres extrêmement fiables. Ces instruments ont permis de mesurer les niveaux de radioactivité dans les organismes, les aliments, les immeubles et installations. Notamment, 3.000 personnes ont été observées, particulièrement des enfants et des femmes enceintes.

La population suivie seulement depuis 2013

Les résultats complets de ces analyses ne seront rendues publiques qu’en juillet prochain. Toutefois, de premiers résultats ont déjà été communiqués. Trente-deux ans après l’accident, de nombreux problèmes de santé sont ainsi observés chez les enfants. « 45 % des enfants examinés ont un déséquilibre hormonal dans la thyroïde, 35% des enfants ont des problèmes de foies anormalement gros, 80% des adolescents ont des problèmes cardiaques et 30 % ont une pression sanguine trop élevée », relève Michèle Rivasi.

Ce n’est pas tout. Le taux de mortalité est 20 fois plus élevé que le taux moyen en Ukraine et de trop nombreux jeunes adultes sont atteints de cancers. Par ailleurs, 80% des garçons présentent un taux beaucoup trop élevé en homocystéine, un acide aminé qui touche divers organes et peut causer des AVC et des arrêts cardiaques. Enfin, la recherche a montré une corrélation entre le cancer du sein et la radiation. Pour continuer le suivi, un laboratoire d’analyse radiométrique et spectrométrique et un centre spécialisé pour la santé infantile et maternel seront inauguré à l’hôpital d’Ivankov en juillet.

Des sols et des aliments toujours contaminés

Le centre d’information et de consultation sur l’hygiène alimentaire de l’hôpital d’Ivankov travaille sur la prévention des maladies liées à l’exposition à la radioactivité. Dans cette région très pauvre, les populations élèvent et cultivent elles-mêmes leurs bétails et légumes. La principale source d’alimentation est devenue la forêt. Il est alors très difficile d’éviter l’ingestion d’aliments irradiés.

Le centre a analysé et listé les aliments contribuant à une radiation interne. Selon ses résultats, 30% des aliments irradiés proviennent de la forêt, à savoir des champignons, du gibier et des oiseaux sauvages. Les animaux vivant dans la zone d’exclusion sont quotidiennement chassés par les populations. Or, le taux de césium dans la viande animale n’a pas diminué. La viande de sanglier est notamment la plus dangereuse. « Une cartographie des sols d’Ivankov met en évidence que des zones hors de la zone d’exclusion de Tchernobyl ont des niveaux de pollution inappropriés pour une production de nourriture », souligne Michèle Rivasi. Elle espère donc développer une cartographie pour tous les districts avoisinant la zone d’exclusion et assurer l’accès à une alimentation saine.

La contamination est partout. Le bois contaminé au césium est également utilisé par les populations pour se chauffer et cuisiner. Ce bois a été analysé par le laboratoire du centre hospitalier d’Ivankov et les cendres montrent des niveaux de césium très élevés. Le cercle vicieux est en place : les cendres sont utilisées comme fertilisants, et augmentent encore les doses de césium déjà très élevés dans le corps humain.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

L’article original:
http://www.natura-sciences.com/sante/32-ans-apres-tchernobyl-malades-nucleaire.html

Le 27 avril 201


Mar 31

« La bombe et nous », film et débats sur les armes nucléaires

Présenté dans 12 cinémas finistériens, suivi de débats, le film «La bombe et nous» sensibilise à l’abandon du nucléaire civil et militaire.
Trois questions à Roland de Penanros, du Cian, Collectif finistérien pour l’interdiction des armes nucléaires.

– Qu’est ce qui a motivé la création du Cian ?

En 2017, deux événements majeurs sont passés inaperçus.

  • En juillet, l’ONU adopte un projet de traité sur l’interdiction des armes nucléaires, décidé par 122 pays sur 192.
  • En octobre, à Oslo, le prix Nobel de la Paix est attribué à l’ICAN, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires.

La France, comme les autres puissances nucléaires, a boycotté ce traité d’interdiction. Mais, dans le Finistère, des citoyens ont décidé de mener un travail d’information au sein du Cian.

– Parlez-nous de «La bombe et nous» de Xavier-Marie Bonnot

Construit sur trois ans de rencontres fortes, inquiétantes et passionnantes, ce film amène à réfléchir sur l’avenir du nucléaire militaire….

Pour lire la suite de l’entretien, cliquer sur l’image

La bombe et nous

L’article origine de Ouest-France publié le 27/03/2018

le 31 mars 2018


Fév 26

Impasses concernant les déchets nucléaires -2.

Nul ne sait comment gérer sans danger des déchets de l’industrie nucléaire

-2- Les problèmes du stockage en profondeur

Un dossier de France nature Environnement
https://www.fne.asso.fr/node/401830

Déchets nucléaires : questions explosives soulevées par le projet CIGÉO à Bure

Décidé par l’État français, le projet CIGÉO à Bure vise à enfouir les déchets nucléaires les plus radioactifs du pays pour des centaines de milliers d’années. Plonger dans ce dossier, c’est rencontrer une multitude de questions auxquelles ni les promoteurs, ni l’État ne savent répondre, révélant ainsi notre incapacité à gérer les déchets nucléaires.
Mirabel-Lorraine Nature Environnement et France Nature Environnement reviennent sur quelques questions explosives liées à ce projet.

En quoi consiste le projet de CIGÉO à Bure ?

Enfouir 99,9 % de la radioactivité totale des déchets du programme nucléaire français dans un seul et même lieu pour des centaines de milliers d’années : voici, en substance, l’insensé projet du Centre Industriel de stockage GÉOlogique, alias CIGÉO, à Bure. Cette poubelle du nucléaire français est censée accueillir ses premiers colis de déchets radioactifs en 2030. Pendant au moins 120 ans, ils seraient alors progressivement entreposés à 500 mètres sous terre, avant que le stockage ne soit « scellé pour l’éternité ». Alors qu’il avait été demandé d’étudier diverses alternatives à l’enfouissement en profondeur, l’État a d’ores et déjà jeté son dévolu sur la commune de Bure, village de 90 âmes entre Nancy et Troyes. Si pour l’instant aucun déchet n’y est enfoui, un laboratoire de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) y est installé depuis 2000 et y jette les bases d’un centre d’enfouissement.

L’ANDRA est l’établissement public chargé de traiter l’épineuse question des déchets nucléaires. Pour y répondre, elle a décidé de construire à 500m de profondeur environ 300km de galeries souterraines (soit Paris-Angers à vol d’oiseau). La surface de cette poubelle nucléaire représente plus de 2 fois celle de la ville de Paris. Ces galeries desserviraient des alvéoles horizontales de plusieurs centaines de mètres au sein d’une couche d’argile censée ralentir la diffusion de la radioactivité vers la surface au cours des millénaires. 108 000 m3 de déchets radioactifs dits « à haute activité » et « à moyenne activité à vie longue » (HA & MA-VL) y seraient enfouis, l’équivalent d’environ 43 piscines olympiques de 2 m de profondeur.

Mais en réalité, nul ne sait exactement ce qui sera enfoui car, au fur à mesure que le temps passe, de nouveaux déchets nucléaires dont on ne sait que faire s’accumulent. Ils pourraient aussi finir dans le « grand trou » puisque ce scénario s’est déjà réalisé avec les déchets de Moyenne activité à vie longue qui n’étaient pas prévus dans ce projet au départ.

Et si ces déchets HA & MA-VL ne constitueraient pour l’heure « que » 3,2 % du volume total de ceux issus des réacteurs nucléaires français, ils concentrent à eux seuls 99,9 % de leur radioactivité.

A quoi peut-on comparer la radioactivité de ces déchets ?

Tenter de décrire la dangerosité des déchets que l’État désire enfouir à Bure, c’est se confronter à un dictionnaire qui manque de mots. Les chiffres aident à percevoir l’enjeu. Cette radioactivité représente près de 100 fois celle dispersée par l’accident de Tchernobyl. La durée de sa dangerosité, elle, est estimée à 100 000 ans.

100 000 ans. Une échelle de temps hors de proportion avec toute civilisation et hors de portée pour les humains et leur espérance de vie d’environ 80 ans. Alors qu’aucun assureur ne garantirait l’absence d’accidents sur une telle durée, l’État français croit pouvoir tenir le pari… Par sa nature, CIGÉO interroge donc fortement l’avenir, la durée de l’engagement des choix politiques présents et la fiabilité des compétences actuelles de l’industrie nucléaire alors que la Mise à l’Arrêt Définitif (MAD) des réacteurs et leur Démantèlement (DEM) doit se préciser.

Si face à cette brûlante question de la gestion des déchets nucléaire, l’étude de différentes options s’avère primordiale, le concept de plan B à CIGÉO, prévu en 1991, a été supprimé en 2006. Ce renoncement à l’étude d’alternatives conduit désormais les pouvoirs publics à faire plier le projet à une décision déjà prise. Une conception à l’envers. Immanquablement, le site de Bure montre déjà des failles : deux décès sont déjà survenus sur le site et donnent un amer avant-goût des risques qui pèsent sur le projet.

Une qualité des sous-sols en question

L’accident du 26 janvier 2016 qui a tué un technicien et en a blessé un autre peut être affecté à tous risques miniers. Cependant, il pose ici crucialement la question de la stabilité des sous-sols. En effet, malgré un boulonnage, une partie de la roche a glissé, s’est effondrée et a enseveli un salarié. Le creusement de galeries altère forcément l’unité de la roche, elle provoque fracturations et fissurations sur le pourtour des cavités. Ce phénomène, nommé « zone endommagée » (EDZ), fait perdre à la roche ses propriétés premières. En 2005, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) soulignait à ce propos qu’à Bure, « l’extension de [la zone fracturée] s’avère plus grande que prévue ».

Le phénomène de zone endommagée est-il sous-estimé ? Le drame serait-il plutôt survenu à cause de la nature même de la roche, une argilite, qui est en réalité une marne, critiquée par certains géologues pour sa friabilité ? A la question de stabilité du sol s’ajoute celle du choix même d’enfouir les déchets. L’expérience la plus similaire à celle de CIGÉO, le projet WIPP (Waste Isolation Pilot Plant), aux Etats-Unis, a rapidement montré les limites d’un tel choix.

Le choix de l’enfouissement en profondeur est-il pertinent et réversible en cas d’accident ?

Le projet WIPP (Waste Isolation Pilot Plant) est un site d’enfouissement de déchets radioactifs militaires de Moyenne et de Faible Activité à Vie Longue (MA-FAVL), donc beaucoup moins irradiants qu’à Bure. Il est entré en fonction en 1999 aux États-Unis. Seulement, deux incendies successifs en sous-sol ont provoqué une contamination humaine en surface. Résultat : le site a fermé provisoirement au bout de 15 ans alors même que ce tout premier site d’enfouissement de déchets radioactifs au monde était censé durer 10 000 ans.

Que s’est-il passé pour en arriver là ? Le 5 février 2014, un incendie se déclare sur un camion dans une galerie. Neuf jours après, un fût de déchets explose et provoque un autre incendie. Or en profondeur, rien ne se passe comme en surface. Agir dans un site d’enfouissement s’avère particulièrement ardu : il n’est pas systématiquement possible d’utiliser de l’eau à cause de la nature même des déchets à traiter. Sur place, peu d’informations sont alors livrées aux populations.

Depuis, des milliers de pages de rapports et commentaires avec contre-expertises ont été rendus publics. Ils permettent de se faire une bonne idée des centaines d’aléas liés à l’enfouissement de déchets nucléaires, aux États-Unis comme en France.

Une longue enquête a fini par pointer du doigt la non-conformité d’un fût. Elle montre aussi que l’univers confiné dégrade très rapidement les matériels et déplore leur importante vétusté, 15 ans seulement après l’ouverture.

Si le redémarrage du chantier du WIPP apparaît sur le papier comme opérationnel fin 2016, il n’est pas effectif à ce jour. Actuellement, les travaux consistent à réhabiliter les lieux. Ils scellent notamment définitivement de manière irréversible certains quartiers où sont entreposés des fûts potentiellement de même nature que celui qui a explosé. L’activité réelle ne reprendra au mieux qu’en 2021, quand il aura été dépensé environ 2 milliards de dollars supplémentaires de « remise à niveau ».

L’échec de l’enfouissement profond de WIPP n’est pas un cas isolé. Les enseignement de ASSE II, en Allemagne, comme Stocamine, en France, montrent que les systèmes miniers ne sont pas en cohérence avec des stockages de déchets, qu’ils soient radioactifs ou non. En effet, la grande profondeur aggrave les difficultés à faire face au moindre accident.

Infiltrations d’eau, risques d’incendie, ventilation éternelle… CIGÉO face à des centaines de milliers d’années

Eau et déchets nucléaires ne font pas bon ménage. L’Andra a déjà pu percevoir ces désastreux effets lorsqu’elle a participé au projet de Asse II, en Allemagne. Contrairement à ce qui était projeté, des infiltrations d’eau ont eu lieu sur ce site aux 126 000 fûts de déchets radioactifs, provoquant des contaminations radioactives en surface. Les dégâts sont tels que l’extraction des fûts a été décidée après 2030 pour un coût estimé entre 5 et 10 milliards d’euros. Comment garantir qu’à Bure, les couches d’argile et de béton ne vont pas se dégrader en 100 000 ans et faciliter des infiltrations d’eau ? Et même sans cela, des infiltrations ne risqueraient-elles pas de se produire à travers les circuits de ventilation et les puits ?

De plus, selon leur nature, les déchets nucléaires dégagent en permanence de la chaleur, de l’hydrogène et des radioéléments. Certaines combinaisons et/ou associations de déchets sont interdites au risque de réactions ingérables. Ainsi, il est impératif que la zone de stockage soit ventilée en permanence pour ne pas monter en température du fait du dégagement de chaleur des colis et pour obtenir une concentration aussi faible que possible en hydrogène… Bref, il ne faut surtout pas atteindre 100°C sous peine d’avoir une réaction explosive. Seulement, qui peut sérieusement garantir une absence de panne de ventilation durant les 120 ans de remplissage de cette poubelle ? Et pour les 100 000 ans suivants ?

En cas d’incendie, l’arrêt de la ventilation augmenterait la concentration d’hydrogène et donc le risque d’explosion tandis que l’augmentation de la ventilation pour éliminer les fumées attiserait l’incendie… Comment éviter toute étincelle avec les différents dispositifs électriques et les engins qui circuleraient pendant les quelque 120 ans de remplissage de cette méga-poubelle nucléaire, au sein d’un milieu chargé en hydrogène particulièrement inflammable ?

Même en temps normal, l’hydrogène et les radioéléments rejetés par cette ventilation ne nuiront-ils pas à la santé des habitants et l’environnement de la Haute-Marne et de la Meuse ?

Enfin, le risque sismique entre également en ligne de mire. Régulièrement réévalué par les scientifiques, il est qualifié de « stable » car il n’aurait pas bougé depuis 130 millions d’années. Seulement, le passé ne peut prédire l’avenir. Le site de Bure, ceinturé de fractures géologiques, n’est pas à l’abri des caprices sismiques.

Ces questions et bien d’autres encore, les opposants au projet de CIGÉO ne sont pas les seuls à se les poser : les instances d’expertise de l’État les relèvent également.

Les experts et leurs critiques seront-ils entendus ?

Dans son avis et son rapport sur le « Dossier d’Options de Sûreté » du projet CIGÉO rendu le 15 juin 2017, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), expert public en matière de recherche et d’expertise sur les risques nucléaires et radiologiques, s’inquiète principalement de quatre points du projet concernant :

  • – la sécurité notamment sur les transferts de radioactivité dans l’environnement, pour protéger les populations,
  • – les moyens de surveillance mis en place lors de l’exploitation,
  • – la possibilité d’intervenir pour gérer des situations susceptibles d’entraîner une contamination des infrastructures,
  • – la sécurité contre les incendies.

C’est ainsi que le rapport de l’IRSN interroge la conception même du projet en soulignant qu’il faudra « revoir significativement les concepts afin d’éliminer la possibilité qu’un incendie puisse se propager dans l’alvéole de stockage ». Cette expertise confirme surtout les doutes sur la faisabilité de CIGÉO au vu des nombreuses questions scientifiques qui restent sans réponse. Et les questions peuvent encore et encore se décliner…

Le projet est-il vraiment réversible ?

Espérant trouver un jour une solution meilleure face à l’épineux problème des déchets nucléaires, l’exécutif a inscrit dans la loi que le projet CIGEO doit être réversible. Selon sa définition, en cas d’idées lumineuses ou de sérieux problèmes il doit donc être possible de vider les déchets nucléaires qui auraient déjà été entreposés durant les 120 ans de remplissage. Ensuite, fermeture des portes. La réversibilité disparaît. Comme l’ont montré les expériences précédentes de stockage en profondeur, à WIPP ou encore Asse II, cette réversibilité inscrite dans la loi ressemble davantage à un vœu allégeant les consciences qu’à une réalité : elle est techniquement impossible.

A la question de la réversibilité s’ajoute également celle de l’impossible risque zéro. Bien plus que la théorie, le premier décès survenu sur les lieux en rappelle l’évidence.
Mort d’un employé en 2002 : jusqu’à quel point la France est-elle prête à croire au risque zéro face aux ravages de l’atome ?

Le premier événement tragique sur le chantier est survenu en mai 2002. Alors qu’il travaillait dans le puits principal d’accès du laboratoire, un mineur de 33 ans est écrasé par un tube de 400 kg. Celui-ci s’est détaché à une quinzaine de mètres au-dessus de lui. Suite au drame, l’Inspection du travail souligne de « graves manquements en matière de sécurité ». Bouygues Travaux Publics rétorque que « les mesures d’organisation et de sécurité sur place étaient nettement supérieures à celles prises dans la profession. » Plus tard, face au tribunal de Bar-le-duc en 2007, le groupe de BTP avance que l’accident s’est produit à la suite d’« une collection d’erreurs » de ses employés.

Les deux points de vue se rejoignent sur l’essentiel : il y a eu des erreurs. Que l’origine du drame provienne de manquements, de maladresses, de mauvaises intentions ou d’oublis, le drame est là et personne n’a su agir ou réagir avant, malgré un chantier identifié à risques et une sécurité annoncée comme « supérieure ». Le site de CIGÉO n’accueille pas encore de déchets. Jusqu’à quel point la France est-elle prête à croire au risque zéro face aux ravages de l’atome ? Sur les 4 pays les plus nucléarisés au monde, la France est aujourd’hui le seul à ne pas avoir vécu d’accident de grande ampleur, mais pour combien de temps encore cela restera-il vrai ?

Que demande France Nature Environnement ?

France Nature Environnement appelle à la sortie du nucléaire afin, notamment, de ne plus produire ces déchets et d’en connaître la réalité. Nous demandons l’arrêt du projet CIGÉO avant d’engager une phase pilote. Les retours d’expérience des centres de stockage du WIPP (Etats-Unis), Asse (Allemagne), ou encore du centre de stockage de déchets chimiques de Stocamine (Alsace) semblent négligés et ne permettent pas d’aborder sereinement le projet CIGÉO. Celui-ci fait l’objet de questionnements scientifiques sur sa faisabilité, restés sans réponse malgré d’importantes sommes d’argent engagées depuis près de 20 ans. De plus, il a été décidé de réaliser cette installation, et exclusivement celle-ci, avant même que sa faisabilité soit avérée, ce qui conduit à un projet imposé, source de très graves tensions locales et nationales.

CIGÉO ne constitue pas un projet de territoire soutenable pour ses habitants qui le contestent, ni pour l’ensemble de la nation qui ne pourrait assumer un tel héritage. Construire la plus grande poubelle nucléaire du monde à Bure reviendrait à ajouter un grand nombre d’aléas ingérables à la catastrophe que représente d’ores et déjà la filière nucléaire en quasi-faillite.

C’est pourquoi France Nature Environnement demande de toute urgence de stopper le projet CIGÉO et de le comparer avec ses alternatives, à l’aune d’études de faisabilité attendues depuis de trop nombreuses années.

Texte mis en ligne le 12/02/18 – Mis à jour le 23/02/18
Texte original: https://www.fne.asso.fr/node/401830

France Nature Environnement
81-83 bd Port-Royal, 75013 – Paris
Email : information@fne.asso.fr


Plus d’infos:
Informations sur Wipp
Informations sur Wipp
Les problèmes Stocamine
Doc sur ASSE
Les avis et rapports de l’IRSN sur le projet CIGEO

le 26 février 2018


Fév 18

58e anniversaire du premier essai nucléaire français dans le Sud algérien

Victimes des essais nucléaires en Algérie:toujours rien

«Nous interpellons de nouveau la France et les autorités algériennes
pour que ces victimes soient réellement prises en charge.
Il est temps de sortir du verbe et des paroles creuses pour aller vers l’action»

Abdelkrim Touhami, vice-président de l’association Taourirt (Association des Victimes des Essais Nucléaires (Tamanrasset)

Un article du journal «Liberté Algérie»
https://www.liberte-algerie.com/centre/laven-de-tamanrasset-interpelle-de-nouveau-la-france-287084

Cinquante-huit ans se sont écoulés passés depuis la première tragédie nucléaire française, survenue le 13 février 1960 dans le Sahara algérien, et toujours rien n’est acquis pour les victimes qui meurent à petit feu.
L’association “Taourirt” des victimes des essais nucléaires (Aven) effectués à In Eker, dans la wilaya de Tamanrasset, saisit cette occasion pour lancer un énième cri de détresse face la prolifération inquiétante des maladies radio-induites dans ce vaste territoire du pays.
Un cri qui dénote les souffrances d’une population en proie à une importante charge de morbidité imputée particulièrement au cancer. L’association qui mène un double combat contre l’oubli et le silence coupable des autorités algériennes, se remet encore une fois dans le contexte de la douleur vécue tous les jours par les populations des zones irradiées. “
Nous interpellons la France et les autorités algériennes pour que ces victimes soient réellement prises en charge. Il est temps de sortir du verbe et des paroles creuses pour aller vers l’action. Il faut qu’on agisse dans les faits afin d’aider ces populations à se débarrasser de ce lourd boulet sanitaire traîné depuis l’Indépendance. Nous devons faire toute la lumière sur les répercussions de cette tragédie afin d’y remédier en définissant les responsabilités de tout un chacun”, se lamente Abdelkrim Touhami, vice-président de Taourirt.
Joint par téléphone, notre interlocuteur se dit interpellé par les décès signalés presque quotidiennement dans les zones irradiées d’In Eker. La toute dernière étude réalisée par des experts fait ressortir un taux de 18 cancéreux sur 500 habitants. Un taux en-dessous de la norme fixée à 104 cas pour le même nombre d’habitants, précise-t-on. Sauf qu’à Tamanrasset, ce chiffre reste loin de la réalité puisque les malades ne consultent pas et nombreux sont ceux qui trépassent dans l’anonymat.
Plus de vingt types de cancers sont répertoriés dans la wilaya, indique Boubakeur Ibba, SG de ladite association qui ne dispose ni de siège social ni de moyens financiers pour mener ses projets à terme. M. Ibba regrette le fait que les cancéreux reçus dans les structures sanitaires locales soient généralement au dernier stade et décèdent peu après le diagnostic. Le constat est plus qu’alarmant. Le cancer de la thyroïde qui est au 10e rang, selon les registres du cancer du nord du pays, est en 4e position à Tamanrasset, surtout chez les femmes. Outre cette localisation néoplasique, on note un taux particulièrement élevé de cancers du sein et cutanés qui diffèrent par leur présentation clinique de ceux observés dans le nord du pays. La menace radioactive, faut-il le dire, pèse sur la femme enceinte avec son lot de malformations chez le nouveau-né et est souvent à l’origine de la stérilité des hommes.
À l’unité d’oncologie de l’EPH de Tamanrasset on a dénombré 100 nouveaux cas de cancer en 2017. Depuis la mise en service en 2015 de cette unité qui manque cruellement de médecins spécialistes et de radiothérapie, plus de 280 cancéreux ont été enregistrés à Tamanrasset, relève le président du conseil médical de cette structure hospitalière, Elias Akhamouk. “L’unité fonctionne avec un seul cancérologue. Si celui-ci décide de partir, les malades galèreront et on sera contraint de les évacuer de nouveau vers Alger ou Ouargla” regrette M. Akhamouk qui s’en est remis aux plus hautes autorités de pays pour se pencher sérieusement sur ce problème.
RABAH KARECHE

Un article du journal «Liberté Algérie» le 14 février 2018
https://www.liberte-algerie.com/centre/laven-de-tamanrasset-interpelle-de-nouveau-la-france-287084

AVEN : Association des Vétérans des Essais Nucléaires
Siege Social 44-A rue de la Favorite – 69005 Lyon –
Tél: 04 78 36 65 31
http://www.aven.org/
Un site riche en documentation sur les essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie

le 18 février 2018