Accident nucléaire en Europe: que mangerons-nous ?

La révision des limites de contamination des aliments en cas d’accident nucléaire, est à l’ordre du jour de l’agenda européen en juillet 2015.

Les règlements qui établissent les Niveaux Maxima admissibles (NMA) de contamination des aliments ont été établis en 1987-1990 dans le cadre du traité EURATOM. La vocation de ce traité est le développement de l’industrie nucléaire. Les NMA édictées se préoccupent donc plus de sauvegarder l’industrie nucléaire que de la santé des populations. Les enfants y sont particulièrement négligés.

La commission européenne a élaboré un projet de révision qui reprend les normes Euratom, sans autre modification que de prolonger de 6 mois à 1 an la définition du nourrisson.
Ce projet doit être présenté en Juillet 2015 devant le parlement européen qui aura le pouvoir de l’amender. Une occasion à saisir.

Je résume ci-dessous l’analyse que fait la CRIIRAD du projet de la commission européenne dans son bulletin d’information n°65 de Février 2015.


Les limites sont exprimées en Becquerels par Kilo : Bq/kg.
Une activité de 1 Bq correspond à une désintégration par seconde, avec à chaque fois l’émission d’un rayonnement ionisant.
Quand un produit contient 100 Bq/kg de Césium 137, cela signifie qu’à chaque seconde, dans un Kilogramme de cet aliment, 100 atomes de Césium se désintègrent et produisent un rayonnement gamma.
Si l’aliment est ingéré, les désintégrations se produisent à l’intérieur des organes où le Césium s’est fixé. Il va irradier tous les organes autour de lui tant que sa radioactivité ne sera pas éteinte ou qu’il soit éliminé.
Le Césium se concentre surtout dans les muscles dont le coeur; pour le Strontium c’est plutôt l’os d’où il va irradier la moëlle osseuse; pour l’iode c’est la thyroïde; pour le tritium c’est partout.

les 4 classes de produits radioactifs du projet

La réglementation divise les produits radioactifs en 4 classes:
Il s’agit ici de l’ingestion par l’alimentation ou la boisson.

1- Le groupe du STRONTIUM
Le Strontium 90 agresse particulièrement l’os et la moëlle osseuse. Il provoque le risque de cancer des os et de leucémie.
C’est un émetteur de rayons Bêta. Demi-vie:29 ans.
2- Le groupe des isotopes radioactifs de l’Iode.
L’organe sensible est ici la glande Thyroïde.
Le rayonnement émis: Bêta et Gamma. Demi vie de I131=8 jours.
3- le groupe du PLUTONIUM (plus Américium, Curium…)
la toxicité des rayons Alpha émis est 20 fois supérieure à celle des rayons gamma ou Bêta.
Sont spécialement concernés: les surfaces osseuses, la moëlle osseuse, le foie,les gonades.
(Par ailleurs, les poussières de Plutonium inhalées sont particulièrement dangereuses pour le poumon – cancer). Demi-vie du Pu 239: 24.000 ans.
4- Le groupe des Césium 134 et 137.
Ces radionucléides sont émis en grandes quantités en cas d’accident nucléaires.
Ils sont émetteurs Gamma.Demi vie: Cs137=30 ans – Cs 134=2 ans.
Les Césiums se fixent particulièrement sur les muscles dont le coeur.

Sont exclus du dispositif:
Le Tritium (demi vie: 12 ans) qui rend l’eau radioactive. Emetteur Bêta. Diffuse dans tout le corps; l’industrie ne sait pas l’empêcher de fuir à travers toutes les parois.
Et le Carbone 14 (demi-vie 5.730 ans).
Ils peuvent être émis en grande quantités en cas d’accident

Les aliments pouront être commercialisés quelle que soit leur teneur en Tritium ou en Carbone 14 qui ne seront pas comptabilisés.

Niveaux maxima Admissibles de contamination radioactive des aliments
après un accident nucléaire (projet)
Niveaux Maxima admissibles de contamination radioactive
en (Bq/kg)
Aliments
pour
nourrissons
Produits
laitiers
Liquides
destinés à la
consommation
Autres denrées
alimentaires
Aliments
de moindre
importance
isotopes du Strontium
notamment SR 90
75 125 125 750 7 500
Isotopes d’Iode
notamment I 131
150 500 500 2 000 20 000
Isotopes du Plutonium
et transplutoniens
Notamment Pu 239 et Am 241
1 20 20 80 800
Autres nucléides dont
Césium 134 et CS 137
400 1 000 1 000 1250 12 500
Activités totales possibles 626 1 645 1 645 4 080 40 800

Tableau repris du bulletin d’information de la CRIIRAD

Une aberration:
On n’additionne pas les contaminations des différents groupes !

Si l’activité radioactive de chaque groupe pris séparément est inférieure à la norme, l’aliment sera autorisé à la vente
On ne tiendra pas compte de la somme de la radioactivité des 4 groupes !

    Du lait peut ainsi, sans être interdit à la vente contenir jusqu’à 1645 Bq/kg:

  • 125 Bq/kg de Strontium 90
  • + 500 Bq/kg d’Iode 131
  • + 20 Bq/kg de Plutonium 239
  • + 1000 Bq/kg de Césium 137
  • Soit 1645 Bq/kg
Les 5 catégories d’aliments

Les Niveaux Maxima Admissibles varient selon la catégorie d’aliments considérée:

1- Les aliments pour nourrissons:
Le législateur a considéré qu’il est acceptable d’autoriser un certain degré de contamination dans les aliments pour nourrisons !
.

La dénomination «aliments pour nourrissons» masque en pratique une réalité très restrictive. Contrairement à ce qui est suggéré, ne sont concernés que les produits étiquetés «préparation pour nourrissons» et qui couvrent tous les besoins alimentaires du nourrisson. En pratique n’est concerné que le lait infantile.
Le projet de révision de la commission européenne propose d’étendre l’application des maxima admissibles aux nourrisons aux enfants jusqu’à 1 an: c’est le seul point positif du texte.
Les laits pour nourrissons sont généralement des poudres; il faut y ajouter 90% d’eau qui elle a des normes bien plus élevées !!! (voir le tableau).
Les petits pots pour Bébés sont classés dans la colonne «autres aliments» dont les limites sont bien plus élevées (voir le tableau) . Même chose pour les fruits, légumes, fromages frais, céréales.
Aucune disposition n’est prévue pour les femmes qui allaitent.
Les vérifications effectuées par la CRIIRAD montrent que les nourrissons sont en fait très mal protégés. Et on sait qu’ils sont bien plus sensibles aux radiations que les adultes.

2- les produits laitiers
Aliment qui joue un rôle important dans l’alimentation des enfants en croissance. La limite de contamination est plus élevée que pour les nourrissons. Elle sera utilisée à partir de 1 an.
L’intitulé est trompeur: cette catégorie n’inclut que le lait à l’exclusion des autres «produits laitiers»: beurre, crèmes, fromages frais, faisselles et tous les autres fromages de vache, de chèvre et de brebis

3- Les liquides destinés à l’alimentation:
les limites sont identiques à celles du lait.
Celle catégorie inclut l’eau potable. La norme couvre l’eau en bouteilles mais aussi l’eau du robinet

le site Actions planète propre indique (pour la France bien sûr):
qu’un adulte utilise 160 l d’eau par jour,
dont 1% pour la boisson= 1,6 l et 6% pour la cuisine = 9,6 l
La base Ciblex donne les consommations (selon enquête INSEE), pour un adulte c’est 2 l /j
Compte tenu des quantités d’eau réellement consommées par jour, jusqu’à 1 645 Bq/l de contamination totale cela mène à des niveaux de contamination inacceptables.

4- Autres denrées alimentaires
La totalité des aliments:
viandes, poissons, céréales, fruits, légumes; l’ensemble des produits laitiers excepté le lait (crèmes, fromages, beurre etc.) et toutes les préparations culinaires: des soupes aux pizzas en passant par les petits pots pour bébés…
On remarque la valeur de 2 000 Bq/kg pour l’iode radioactif; cela correspond à des doses à la thyroïde tellement élevées qu’elles justifieraient l’administration de comprimés d’Iode stable; la consommation d’aliments si contaminés ne devrait pas être autorisée.

5- Denrées alimentaires de moindre importance
épices, condiments, caviar, truffes cacao…vitamines;
Comme ces aliments sont consommés en faible quantités les «experts» leur ont attribué des niveaux de contamination maxima 10 fois supérieurs aux autres aliments !!!
Exemple: Pour l’Iode 131, Niveau maxima Admissible:
– dans les pommes de terre: 2 000 Bq/kg – classée autres denrées alimentaires
– dans les patates douces: 20 000 Bq/kg !!! car «de moindre importance».


Cet article est le résumé du dossier réalisé par Corinne Castanier dans le bulletin d’information «Trait d’union» n° 65, Février 2015 de la CRIIRAD.

Le projet de résolution de la Commission européenne ci dessus passera devant les députés européens en Juillet 2015.
La CRIIRAD a va transmettre son analyse critique et ses arguments au groupe de travail de la commission ENVI et à son rapporteur Mme Esther Herranz-Garcia.


La CRIIRAD nous propose une pétition demandant à ce que les populations soient mieux protégées: La pétition
Le site de la CRIIRAD: www.criirad.org
Contact avec la CRIIRAD: contact@criirad.org


ENVI : Commission parlementaire européenne de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire.
http://www.confrontations.org/fr/nos-publications/suivi-des-commissions-du-pe/envi/821-envi

La CRIIRAD – Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – est née en mai 1986, au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, à l’initiative d’un groupe de citoyens révoltés par les mensonges officiels et qui souhaitaient connaître la vérité sur la contamination réelle du territoire français. La CRIIRAD est une association. Elle possède son propre laboratoire d’analyses.
Indépendante de l’Etat, des exploitants du nucléaire et de tout parti politique, la CRIIRAD existe grâce au soutien moral et financier de quelques milliers d’adhérents.
Elle mène ses propres investigations, informe le public et les médias. Si nécessaire, elle interpelle les responsables et les pouvoirs publics, engage des actions en justice et contribue ainsi à faire évoluer la règlementation en vigueur.

Le 06 Avril 2015

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

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