Juil 16

Théatres d’Outre mer en Avignon– « LES CHAMPIGNONS DE PARIS », essais(polynésiens) transformés !

Texte original:
https://la1ere.francetvinfo.fr/theatres-outre-mer-avignon-champignons-paris-essais-polynesiens-transformes-608855.html

l'affivhe du spectacle
Grâce à ce spectacle, « Les Champignons de Paris», la compagnie polynésienne du Caméléon montre à quel point le théâtre citoyen est nécessaire dans les Outre-mer.

En racontant les conséquences individuelles, politiques et historiques des essais nucléaires qui se sont déroulés sur 30 ans dans l’archipel polynésien, la pièce livre à la fois les clés pour comprendre, une critique lucide d’un scandale d’État et un message fort.

Le spectacle « Les Champignons de Paris » pourrait se classer parmi ce que l’on appelle du théâtre documentaire. Ce genre, qui commence à faire florès sur les scènes de théâtre, en France et ailleurs, se veut un subtil mélange entre fiction et réalité montrée – la plupart du temps grâce à la diffusion d’éléments sonores ou à la projection d’archives ou de documents empruntés à l’actualité – tendant à expliquer, argumenter, dénoncer des faits historiques ou contemporains et se mêlant au récit… Un procédé qui unit plus ou moins habilement les faits et l’intime. À cet exercice, « Les Champignons de Paris » s’en sortent haut la main. C’est une réussite à la fois émouvante et édifiante, qui touche au cœur comme elle touche à l’esprit.

Plongée dans l’Histoire

Très loin du contexte culinaire que pourrait évoquer leur titre, ces « Champignons… » donneraient plutôt la recette pour comprendre comment une nation, la République française, sous l’air de « si vis pacem, para bellum » (si tu veux la guerre, prépare la guerre), a volontairement exposé l’un de ses territoires, la Polynésie française, aux radiations entraînées par les tirs nécessaires aux perfectionnement de son arsenal nucléaire. De 1966 à 1996, dans le cadre de ce programme nucléaire militaire, 193 tirs aériens et souterrains ont été ainsi opérés à Moruroa et Fangataufa, près de Tahiti.

Sur scène, plongée dans l’Histoire : l’auteure Emilie Genaedig et le metteur en scène François Bourcier convoquent les fantômes du Général de Gaulle, des ministres et des protagonistes militaires de l’époque, jusqu’au président Jacques Chirac relançant les essais puis annonçant leur arrêt définitif ; une multitude de personnages-clés se succèdent non seulement en images d’archives mais également par le truchement des acteurs. Ils sont trois sur scène endossant tour à tour le rôle des décideurs mais aussi des victimes, d’abord consentantes devant les promesses de richesses et d’avantages que le gouvernement français leur octroient, puis de plus en plus rétives devant les conséquences sanitaires épouvantables dont la Polynésie paie encore le prix fort de nos jours.

Trois comédiens pleins de talent

Les trois comédiens sont d’une grande justesse dans tous ces rôles : Tepa Teuru, Tuarii Tracqui et Guillaume Gay, par leurs interprétations, sont d’admirables passeurs de ce pan de l’histoire de France, aussi touchants quand ils jouent de simples travailleurs dans ces unités œuvrant à l’élaboration des tirs (on apprend notamment, consternés, quelle différence était faite entre militaires, vivant dans des bunkers relativement protégés des radiations et civils locaux, logés dans de simples baraques en bois…) que convaincants dans les rôles de militaires décisionnaires à Paris et en Polynésie ou autorités locales dépassées par les exigences françaises ou encore, personnalités politiques polynésiennes qui ont osé à l’époque se dresser contre le scandale annoncé.

Le public d’Avignon ne s’y est pas trompé en se rendant nombreux voir ces « Champignons… » dès les premières représentations : un thème volontairement méconnu, un scandale en puissance, la certitude d’en apprendre davantage sur l’envers (l’enfer ?) de ce décor paradisiaque polynésien et il n’en fallait pas plus pour que ce spectacle en particulier attise la curiosité des spectateurs jusqu’à pousser les portes de la Chapelle du Verbe Incarné. Le TOMA serait bien inspiré de réitérer ce type de sélection pour peu que les auteurs et les compagnies poursuivent ce genre de théâtre documentaire et de travail salutaire. Car les Outre-mer, du chlordécone aux Antilles ou à certaines affaires politiques, en passant par les petits bégaiements et les grands travers de l’Histoire, ont matière à fournir pour voir pousser d’autres « Champignons de Paris » sur scène…

Par Patrice Elie-Dit-Cosaque
Publié le 14/07/2018 à 11:46, mis à jour le 14/07/2018 à 11:47

« Les Champignons de Paris » jusqu’au 28 juillet à 21h35 à la Chapelle du Verbe Incarné (http://www.verbeincarne.fr/fr/), Festival d’Avignon.

Pour en savoir plus sur la compagnie du Caméléon : www.caméleon.pf

Texte original: https://la1ere.francetvinfo.fr/theatres-outre-mer-avignon-champignons-paris-essais-polynesiens-transformes-608855.html

le 16 juillet 2018


Juil 08

La commission d’enquête de l’assemblée Nationale française a rendu son rapport sur la sécurité et la sûreté des installations nucléaires:

Présentation:

Sur le site de l’Assemblée nationale:
http://www2.assemblee-nationale.fr/15/autres-commissions/commissions-d-enquete/commission-d-enquete-sur-la-surete-et-la-securite-des-installations-nucleaires

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L’augmentation du nombre d’incidents survenus au sein des centrales nucléaires françaises au cours de ces dernières années, bien qu’ils n’aient jamais dépassé le niveau 2 sur l’échelle INES (de l’anglais International Nuclear Event Scale) graduée de 0 à 7, ainsi que les incursions répétées de militants opposés à l’énergie nucléaire ont conduit à la création d’un commission d’enquête, le 20 décembre 2017 permettant l’examen à la fois sur la sûreté matérielle de nos installations nucléaires et leur sécurité à l’égard de tout acte de malveillance.

Événement plus rare, la commission d’enquête a sollicité un organisme expert pour éclairer ses débats. En effet, confrontée à des positions divergentes de ses interlocuteurs sur la question technique du refroidissement à sec ou en piscine des combustibles usagés encore hautement radioactifs, elle a demandé à l’IRSN un rapport sur les mérites et les inconvénients respectifs de ces deux méthodes d’entreposage ( voir le rapport de l’IRSN).

Le présent rapport, suite aux 43 auditions menées entre février et juin 2018 (tome 2) , conclut par la publication de 33 préconisations (tome 1).

Ces préconisations visent à :

  • lutter contre les risques d’endogamie de l’expertise,
  • renforcer le rôle de l’ASN,
  • mieux envisager les accidents,
  • contrôler la sous-traitance et mieux protéger ses salariés,
  • repenser la gestion des déchets et des combustibles,
  • prévenir les actes de malveillance,
  • mieux contrôler le démantèlement,
  • améliorer le contrôle démocratique.

>>

Voir le rapport de la commission d’enquête

Le rapport de l’IRSN concernant l’entreposage du combustible nucléaire usé.
Il s’agit ici de l’entreposage provisoire du combustible encore très « chaud » qui vient d’être sorti des réacteurs.

Le 08 juillet 2018


Juil 07

Le nucléaire français n’inspire pas vraiment confiance aux parlementaires

Les 19 centrales nucléaires françaises sont-elles suffisamment à l’abri du risque ? Après cinq mois de travail, 48 réunions dont 43 auditions, et 83 personnes entendues, les parlementaires français ont de sérieux doutes.

Sur France Inter, 5 juillet 2018:

Dans un rapport que France Inter a pu consulter, la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires s’alarme de plusieurs dysfonctionnements. Mais aussi, plus largement, de la culture du secret qui entoure le nucléaire français, y compris pour les représentants élus.

D’abord parce qu’ils ont l’impression de ne pas avoir appris suffisamment de choses. Sur les questions de sécurité par exemple, essentielles à l’heure où « les installations nucléaires pourraient être des cibles de choix à l’époque où le spectaculaire figure parmi les priorités des organisations terroristes », députés et sénateurs se sont souvent heurtés à un refus tout net de les informer.

Le rapport indique ainsi que « le secret-défense a été presque systématiquement opposé aux membres de la commission, tant par les pouvoirs publics que par le principal exploitant d’installations nucléaires ». Et la commission s’inquiète que « dans de nombreux cas, elle [ait] dû se contenter de bonnes paroles, sans qu’aucun élément tangible ne lui soit produit […]. Le propos qui consiste à demander à la représentation nationale de ‘faire confiance’ est difficilement acceptable.»

Des mesures de sécurité trop opaques

Difficile aussi pour les parlementaires de se contenter d’une promesse que « tout va bien » , alors par exemple que Greenpeace a réussi il y deux jours à faire voler un drone au-dessus d’une centrale nucléaire française. Ils expliquent avoir identifié plusieurs risques (chute d’avion, incursion de drones, sabotage interne, menace externe, et menace informatique), pour lesquels les mesures de prévention et les suites restent floues.

« Les installations nucléaires françaises n’ont pas été conçues pour résister à une agression terroriste », assurent-ils. De plus, il est difficile « d’identifier l’autorité prescriptrice en matière de sécurité », entre les différents ministères concernés, les forces de sécurité, les hauts fonctionnaires défense, etc. D’où un risque de désorganisation en cas d’incident. Les parlementaires recommandent de lier davantage sécurité (prévention des attaques) et sûreté (prévention des accidents), puisque dans les deux situations, « les conséquences sont les mêmes ».

Une sûreté qui offre « des failles »

La sûreté, justement, est un autre motif d’inquiétude, surtout après l’accident de Fukushima, qui a « démontré qu’une sûreté absolue n’est jamais acquise« et que même si « certains évènements semblent ‘impossibles’, il est apparu indispensable de ‘concevoir l’inconcevable’. »

Les parlementaires dénoncent ainsi un problème avec le facteur humain, notamment sur la question de la sous-traitance. Ils estiment que « 80 % des tâches sont de nos jours confiées à des entreprises sous-traitantes ». Ce qui pose plusieurs problèmes majeurs, comme « une perte de compétences des exploitants » et « leur dépendance vis-à-vis des entreprises prestataires ». Or selon l’ancien directeur de la centrale de Fukushima, ce fonctionnement est dangereux : il raconte que lors de la catastrophe, « les sous-traitants sont partis très rapidement, considérant que la tournure prise par les évènements n’était pas prévue par leur contrat », ce qui a retardé la stabilisation. De son côté, EDF assure pouvoir agir seule en cas d’accident, sans l’aide de ses sous-traitants.

Des pièces pas si irréprochables

La qualité des pièces des centrales inquiète aussi la commission d’enquête. Ils évoquent « le vieillissement des installations nucléaires françaises », « la corrosion, l’altération de certaines pièces ou tuyauteries », « les effets du changement climatique ». Et se disent frappés par l’utilisation abusive d’un principe, « l’exclusion de rupture », qui est censée être garante de la fabrication de pièces irréprochables.

Un principe appliqué au départ uniquement aux pièces essentielles, mais étendu à d’autres domaines : or, le rapport rappelle que « cela a pour conséquence l’absence de procédures de secours, certains types d’accident étant réputés impossibles ». Pas si impossibles que ça : la commission a découvert qu’à Flamanville, des pièces censées être irréprochables « n’avaient pas été usinées de manière correcte. Des fraudes relatives à la conformité des pièces ont également été mises en évidence ».

Publié le jeudi 5 juillet 2018 à 7h07 par Olivier Bénis ( @OlivierBenis )

Note : Le nombre de réacteurs nucléaires en activité est de 58, répartis sur 19 sites. Six réacteurs sont en cours de démantèlement (Brennilis, Chooz A, Chinon A, Bugey A, Saint-Laurent A et Creys-Malville).

Pour réécouter l’interview (10 minutes) de Barbara Pompili (rapporteure de la Commission) invitée de Léa Salamé à 7h50 (NDLR : très instructive, à ne pas rater), cliquer ICI — ou aller à :
http://www2.assemblee-nationale.fr/15/autres-commissions/commissions-d-enquete/commission-d-enquete-sur-la-surete-et-la-securite-des-installations-nucleaires

Le 07 juillet 2018