Fév 18

58e anniversaire du premier essai nucléaire français dans le Sud algérien

Victimes des essais nucléaires en Algérie:toujours rien

«Nous interpellons de nouveau la France et les autorités algériennes
pour que ces victimes soient réellement prises en charge.
Il est temps de sortir du verbe et des paroles creuses pour aller vers l’action»

Abdelkrim Touhami, vice-président de l’association Taourirt (Association des Victimes des Essais Nucléaires (Tamanrasset)

Un article du journal «Liberté Algérie»
https://www.liberte-algerie.com/centre/laven-de-tamanrasset-interpelle-de-nouveau-la-france-287084

Cinquante-huit ans se sont écoulés passés depuis la première tragédie nucléaire française, survenue le 13 février 1960 dans le Sahara algérien, et toujours rien n’est acquis pour les victimes qui meurent à petit feu.
L’association “Taourirt” des victimes des essais nucléaires (Aven) effectués à In Eker, dans la wilaya de Tamanrasset, saisit cette occasion pour lancer un énième cri de détresse face la prolifération inquiétante des maladies radio-induites dans ce vaste territoire du pays.
Un cri qui dénote les souffrances d’une population en proie à une importante charge de morbidité imputée particulièrement au cancer. L’association qui mène un double combat contre l’oubli et le silence coupable des autorités algériennes, se remet encore une fois dans le contexte de la douleur vécue tous les jours par les populations des zones irradiées. “
Nous interpellons la France et les autorités algériennes pour que ces victimes soient réellement prises en charge. Il est temps de sortir du verbe et des paroles creuses pour aller vers l’action. Il faut qu’on agisse dans les faits afin d’aider ces populations à se débarrasser de ce lourd boulet sanitaire traîné depuis l’Indépendance. Nous devons faire toute la lumière sur les répercussions de cette tragédie afin d’y remédier en définissant les responsabilités de tout un chacun”, se lamente Abdelkrim Touhami, vice-président de Taourirt.
Joint par téléphone, notre interlocuteur se dit interpellé par les décès signalés presque quotidiennement dans les zones irradiées d’In Eker. La toute dernière étude réalisée par des experts fait ressortir un taux de 18 cancéreux sur 500 habitants. Un taux en-dessous de la norme fixée à 104 cas pour le même nombre d’habitants, précise-t-on. Sauf qu’à Tamanrasset, ce chiffre reste loin de la réalité puisque les malades ne consultent pas et nombreux sont ceux qui trépassent dans l’anonymat.
Plus de vingt types de cancers sont répertoriés dans la wilaya, indique Boubakeur Ibba, SG de ladite association qui ne dispose ni de siège social ni de moyens financiers pour mener ses projets à terme. M. Ibba regrette le fait que les cancéreux reçus dans les structures sanitaires locales soient généralement au dernier stade et décèdent peu après le diagnostic. Le constat est plus qu’alarmant. Le cancer de la thyroïde qui est au 10e rang, selon les registres du cancer du nord du pays, est en 4e position à Tamanrasset, surtout chez les femmes. Outre cette localisation néoplasique, on note un taux particulièrement élevé de cancers du sein et cutanés qui diffèrent par leur présentation clinique de ceux observés dans le nord du pays. La menace radioactive, faut-il le dire, pèse sur la femme enceinte avec son lot de malformations chez le nouveau-né et est souvent à l’origine de la stérilité des hommes.
À l’unité d’oncologie de l’EPH de Tamanrasset on a dénombré 100 nouveaux cas de cancer en 2017. Depuis la mise en service en 2015 de cette unité qui manque cruellement de médecins spécialistes et de radiothérapie, plus de 280 cancéreux ont été enregistrés à Tamanrasset, relève le président du conseil médical de cette structure hospitalière, Elias Akhamouk. “L’unité fonctionne avec un seul cancérologue. Si celui-ci décide de partir, les malades galèreront et on sera contraint de les évacuer de nouveau vers Alger ou Ouargla” regrette M. Akhamouk qui s’en est remis aux plus hautes autorités de pays pour se pencher sérieusement sur ce problème.
RABAH KARECHE

Un article du journal «Liberté Algérie» le 14 février 2018
https://www.liberte-algerie.com/centre/laven-de-tamanrasset-interpelle-de-nouveau-la-france-287084

AVEN : Association des Vétérans des Essais Nucléaires
Siege Social 44-A rue de la Favorite – 69005 Lyon –
Tél: 04 78 36 65 31
http://www.aven.org/
Un site riche en documentation sur les essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie

le 18 février 2018


Fév 14

On ne doit pas trouver de pollution radioactive dans les aliments en France

Un article du journal «Lyon capitale»

La Commission de recherche et d’information indépendante de la radioactivité (CRIIRAD), association créée à Valence au lendemain de Tchernobyl, juge « trop élevés » les seuils d’alerte de substances radioactives dans les aliments comme le lait, la viande ou encore les œufs.

La CRIIRAD a détecté des « anomalies préoccupantes » dans la surveillance de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), qui s’occupe des denrées d’origine animale comme le lait, la viande, ou encore les œufs. Cette branche du ministère français de l’Agriculture fixe les seuils de danger et fournit des directives à tous les exploitants concernant les substances radioactives dans la nourriture. Ces limites, définies par la DGAL, sont jugées « trop élevées » pour l’association valentinoise, qui se veut référence en termes de recherche sur la radioactivité. « Les seuils tolérés dans les aliments que nous consommons sont extrêmement hauts, et ce n’est qu’au-delà de ces limites que la DGAL demande d’établir une enquête» , déplore Corinne Castanier, la responsable des questions de réglementation et de radioprotection de la CRIIRAD.

« En France, on ne doit pas trouver de pollution radioactive dans les aliments»

« Il est question de la protection sanitaire des populations» , explique Corinne Castanier.
À titre d’exemple, « pour le strontium 90 (élément radioactif, ndlr), la limite est de 100 becquerels (unité de radioactivité, ndlr) par kg. Mais si l’on trouve ne serait-ce que 50 ecquerels par kg dans du lait, une enquête est primordiale, car il est anormal de trouver de telles quantités» , explique la scientifique. « En France, on ne doit pas trouver de pollution radioactive dans les aliments, sauf pour les produits artificiels, où l’on peut retrouver notamment des traces de Tchernobyl» , précise-t-elle. Corinne Castanier met en garde contre ces produits radioactifs qui, selon elle, « sont cancérigènes, mutagènes et peuvent causer des problèmes cardiaques» . Pour la scientifique, «dès le premier becquerel, le risque augmente pour la santé» .

« C’est presque une incitation à polluer pour les exploitants»

Selon Corinne Castanier, la norme de la DGAL ne se base pas sur le règlement français, mais sur le Codex alimentarius, un programme commun de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui définit les seuils de danger pour le commerce international des aliments. « Si l’on considère uniquement les produits nationaux, la quantité de substances dangereuses ingérée est plus importante, et il faut que les limites soient revues» , affirme Corinne Castanier. Elle ajoute que juridiquement, les limites du Codex ne s’appliquent qu’en cas d’accident nucléaire : « En période normale, on n’a pas à accepter des substances radioactives dans nos aliments» . Par ailleurs, « appliquer les limites telles qu’elles sont définies par la DGAL, c’est presque une incitation à polluer pour les exploitants : ils n’ont pas à faire d’effort pour diminuer leur pollution radioactive« , explique-t-elle.

La CRIIRAD demande aujourd’hui à ce que la DGAL corrige ces instructions. Corinne Castanier souhaite également que ces démarches soient rendues publiques, « pour que chacun sache comment l’État gère le contrôle de la radioactivité dans les aliments» . Pour elle, il s’agit surtout de « mettre des filtres supplémentaires, pour ne pas que la population soit contaminée» .

L’article dans Lyon Capitale


Contrôle radiologique des aliments en situation normale
Denrées alimentaires d’origine animale

Véritable surveillance ou permis de polluer ?
La CRIIRAD met en cause le dispositif officiel
Voir le dossier de la CRIIRAD

le 14 février 2018


Fév 12

Les seuls vrais experts en armes nucléaires sont les survivants de Hiroshima-Nagasaki

Un article du journal suisse «le temps»
https://www.letemps.ch/monde/beatrice-fihn-survivants-dhiroshima-seuls-vrais-experts-armes-nucleaires

L’ICAN vient de recevoir le Prix Nobel de la paix. Sa directrice, Beatrice Fihn, a beau avoir eu droit aux honneurs planétaires le 10 décembre dernier à Oslo, elle garde les pieds sur terre, dans le quartier de la Jonction à Genève.

Directrice de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, ONG dont le siège est à Genève, Beatrice Fihn raconte l’aventure du Prix Nobel de la paix obtenu le 10 décembre. Si elle a côtoyé les grands de ce monde, elle garde les pieds sur terre

Au milieu d’un couloir anonyme, la petite salle 477 installée dans le complexe du Conseil œcuménique des Églises au Grand-Saconnex, sur les hauts de Genève, ne paie pas de mine. Quelques chaises et bureaux entassés, une poignée d’employés. C’est pourtant là qu’a son siège la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), une organisation non gouvernementale méconnue du grand public qui vient de recevoir le Prix Nobel de la paix. Sa directrice, Beatrice Fihn, a beau avoir eu droit aux honneurs planétaires le 10 décembre dernier à Oslo, elle garde les pieds sur terre, dans le quartier de la Jonction à Genève, où elle vit avec son mari et ses deux enfants. Suédoise, millennial, elle ne s’embarrasse pas des étiquettes. Au Forum économique de Davos, elle était ravie de pouvoir défendre sa cause auprès des décideurs de la planète. Mais au fond, elle aurait presque préféré être du côté des manifestants, de l’autre côté des barrières. La cause du désarmement? Elle s’y est attelée un peu par hasard. En suivant les débats de la Conférence du désarmement à Genève, où les débats stériles n’ont pas manqué de l’irriter. Maintenant, elle ne ferait autre chose pour rien au monde.

B. Fihn

capture d’écran de la video

Votre organisation, l’ICAN, a obtenu le Prix Nobel de la paix pour son engagement en faveur de l’abolition des armes nucléaires. Comment réagissez-vous à la nouvelle doctrine de l’administration Trump prônant l’usage de bombes nucléaires à faible puissance?

C’est une doctrine très dangereuse et irresponsable. Elle augmente le risque déjà élevé de recours à l’arme nucléaire. Elle abaisse le seuil à partir duquel on pourrait utiliser la bombe. Il suffit désormais d’une guerre commerciale ou d’une cyberattaque pour déclencher une riposte nucléaire. C’est un revirement majeur. De plus, on nous dit que de telles bombes à faible puissance rendraient la dissuasion nucléaire plus crédible, car elles pourraient effectivement être utilisées. C’est terrifiant. À la conférence de presse du Pentagone, ils n’ont jamais parlé des millions de morts que de telles armes peuvent causer.

L’ICAN a joué un rôle majeur dans l’adoption du traité sur l’interdiction des armes nucléaires en juillet 2017 à New York. Les puissances atomiques et les membres de l’OTAN (à l’exception des Pays-Bas) ont boycotté l’événement. Etes-vous un agent du changement ou une douce rêveuse?

On nous a dit que ceux qui bénéficient du statu quo rendront tout changement impossible. Ce n’est pas vrai. Nous sommes des agents du changement. Le monde a déjà accompli des choses plus difficiles. Il a fait des progrès immenses en matière de droits de l’homme, de droit humanitaire et même de désarmement. Ce que nous faisons n’est qu’une manière d’assurer un suivi des Conventions de Genève et des traités d’interdiction d’armes de destruction massive. Nous devons refuser le narratif des puissances nucléaires selon lequel les armes atomiques sont nécessaires pour notre sécurité et pour la paix. C’est faux. Si c’était le cas, pourquoi ne pas se réjouir de voir la Corée du Nord en acquérir? Pourquoi les gens sont-ils nerveux à l’idée que Donald Trump détient les codes nucléaires?

Comment convaincre maintenant les puissances nucléaires?

La tâche s’annonce ardue. Mais avec le Prix Nobel, nous avons une autorité morale que nous n’avions pas avant. Nous insistons: le risque zéro n’existe pas. Un mauvais calcul ne peut être exclu. Il ne s’agit pas de savoir si une telle arme sera utilisée un jour, mais quand. C’est un fait statistique. Les armes nucléaires seront abolies un jour. C’est ma conviction. J’espère simplement que cette abolition aura lieu avant que de telles armes ne soient utilisées.

En ce sens, la fausse alerte à l’attaque de missile à Hawaii voici quelques semaines est révélatrice…

Quand j’ai entendu parler de cette alerte, j’étais au Mémorial de la paix à Nagasaki. Des survivants venaient de me décrire ce qui se passe des heures, des jours voire des semaines après une attaque nucléaire. J’ai été d’autant plus bouleversée par cette fausse alerte que mes enfants étaient à des milliers de kilomètres de là. Imaginez: les habitants d’Hawaii ont dû décider en vingt minutes où aller, quel enfant aller chercher en premier. Paniqués, ils ont cherché sur Google comment agir en cas d’attaque nucléaire. J’étais aussi en colère. Pourquoi doit-on vivre avec une telle menace? C’est une situation inutile que nous avons créée nous-mêmes. Que se serait-il passé si l’alerte avait été adressée à Donald Trump ou à Kim Jong-un? L’homme qui a déclenché l’alerte à Hawaii pensait qu’il s’agissait d’une vraie alerte. Les armes nucléaires sont maniées par des êtres humains faillibles.

Avant le 6 octobre 2017, votre vie était plutôt normale. Depuis, vous avez rencontré la famille royale de Norvège, des personnalités politiques de haut rang à Davos, à New York et Bruxelles. Comment gère-t-on un tel tsunami?

À Oslo, ce fut un peu difficile, je l’avoue. Limousine, convoi spécial: j’avais l’impression d’être une cheffe d’État ou une pop star. À Genève, où je vis, il y avait de grandes photos dans les journaux. Les voisins les ont vues, mais tout est très vite redevenu normal. En fait, tout a changé et rien n’a changé. Nous avons beaucoup plus d’attention médiatique. Tant mieux. Mais aussi plus de pression, car nous devons obtenir des résultats. Nous restons cependant un mouvement de la base. Nous ne sommes pas des chefs d’État, ni des célébrités, juste des gens normaux qui poursuivent la lutte contre les armes nucléaires. Nous venons d’obtenir un levier supplémentaire grâce au Nobel et devons l’utiliser. C’est un vrai défi pour une petite organisation comme la nôtre, même si la campagne est importante (468 partenaires dans 101 pays). Notre priorité est de nous concentrer sur ce qui est faisable et sur ce qui aura le plus d’impact.

D’un côté, le risque nucléaire a augmenté, de l’autre, une nouvelle dynamique du désarmement est en route.

Oui, des épisodes comme celui d’Hawaii accroissent la prise de conscience du public. Nous n’avons plus parlé autant du risque nucléaire depuis la fin de la Guerre froide qu’aujourd’hui. Il faut saisir ce moment. Le Traité de non-prolifération nucléaire a été adopté après la crise des missiles de Cuba, le Traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire après les fortes tensions des années 1980.

Vous étiez à Hiroshima et à Nagasaki en janvier. Comment avez-vous vécu ce moment?

C’était très émouvant d’entendre des histoires d’enfants qui avaient le même âge que les miens et qui ont subi les effets de la bombe. On l’oublie, mais quand une bombe nucléaire éclate, ce n’est pas la fin du monde. Il y a des survivants qui doivent se battre pour vivre. Ce qui m’a beaucoup inspirée au Japon, ce sont les survivants. Bien qu’âgés, ils étaient très contents du Prix Nobel, du combat que nous menons, du traité d’interdiction. Ils ont l’impression d’avoir contribué à une cause importante alors qu’ils ont longtemps été ignorés, sacrifiés sur l’autel des préoccupations sécuritaires et de la théorie de la dissuasion. D’ailleurs pour moi, les vrais experts nucléaires, ce ne sont pas des spécialistes assis dans leurs bureaux à Paris ou Washington. Ce sont les survivants. Ils sont les seuls à connaître la vraie réalité et l’impact de telles armes.

Dans une vidéo, vous avez parlé de la bombe atomique comme d’un symbole phallique…

C’était à la fin d’une interview. La citation a pris des proportions excessives. Mais ces armes révèlent effectivement une masculinité toxique. Trump est la caricature de cette masculinité toxique quand il déclare que son bouton nucléaire est plus grand que celui du leader nord-coréen Kim Jong-un. Le président américain s’est aussi moqué de son secrétaire d’État Rex Tillerson, qui avait l’intention de mener une action diplomatique avec la Corée du Nord.

Les femmes sont-elles plus à même d’éviter les conflits?

Je ne dis pas que les femmes sont forcément plus pacifiques. Mais elles sont beaucoup plus formées pour valoriser la négociation et le compromis. C’est la société qui les a mises dans ce rôle. Contrairement aux hommes, elles n’ont pas appris à obtenir quelque chose par la pure force, à résoudre les conflits brutalement, mais plutôt à trouver d’autres voies pour obtenir ce qu’elles veulent. Quand les hommes disent que les armes nucléaires offrent davantage de sécurité, de quoi parlent-ils? Dans le Nevada et au Nouveau-Mexique, où des essais nucléaires ont été effectués, les femmes font des fausses couches en raison des radiations. Dans des négociations de paix, si vous n’incluez pas des femmes, les solutions diplomatiques seront plus difficiles à trouver et la paix ne sera pas durable.

Qu’allez-vous faire des 900 000 dollars obtenus grâce au Prix Nobel?

Nous les avons placés dans un «fonds dit des 1000 jours». À partir du 10 décembre 2017, nous nous donnons 1000 jours pour faire en sorte que le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires entre en vigueur. Ce travail s’effectuera moins au niveau de l’ONU, mais plus dans les capitales. Nous allons financer des projets visant à pousser les États à ratifier le traité et la recherche.

On vous dit déçue des positions suisse et suédoise…

Oui, la Suisse et la Suède attendent de voir comment les choses évoluent. Ce n’est pas une politique étrangère très courageuse. Mais nous ne lâcherons pas la Suisse, qui était d’ailleurs très engagée au début du processus. Si la Suisse ratifie le traité, c’est là qu’elle aura le plus d’impact. En renforçant la norme d’interdiction, elle fera indirectement pression sur les États nucléaires. Si le siège de l’ICAN est à Genève, ce n’est pas par hasard. C’est ici que se rencontrent les instances du désarmement et le monde humanitaire.

Barack Obama a obtenu le Prix Nobel en grande partie en raison de son discours de Prague d’avril 2009 où il appelait à dénucléariser le monde. A-t-il joué un rôle important?

Oui et non. Il a fait de bonnes choses, mais il a aussi accepté la modernisation de l’arsenal nucléaire américain en contrepartie d’une ratification du nouveau traité Start de réduction des armes stratégiques. C’est le plus grand investissement (1200 milliards de dollars) dans un programme nucléaire depuis le projet Manhattan. Le discours d’Obama à Prague nous a cependant énormément aidés. Il a montré qu’il était possible pour un président américain d’avoir une réflexion rationnelle sur les armes atomiques. Il a fait du problème une question centriste alors qu’elle était avant l’apanage de l’extrême gauche. L’impact d’Obama se fait sentir aujourd’hui encore.

Vous avez été touchée par votre visite du pape au Vatican.

Oui, je ne suis pas une personne religieuse, mais j’ai été impressionnée par le pape, par les valeurs qu’il véhicule. Il n’a pas de puissance militaire derrière lui. Son pouvoir, c’est son autorité morale, c’est le fait que les gens croient en lui. Le pape a joué un rôle crucial dans le processus d’interdiction. Le Saint-Siège a été le premier pays à signer le traité. Le message du Vatican fut très fort. Il dit que même posséder la bombe atomique est un péché.

Pour vous, la société civile joue un rôle primordial.

Oui, son rôle est essentiel. La démocratie ne consiste pas seulement à aller voter tous les quatre ans. La société civile doit se mobiliser pour reconquérir une forme de pouvoir. C’est à nous qu’incombe le changement. À personne d’autre. Les dirigeants politiques ne vont pas régler les problèmes pour nous.

Article de Stéphane Bussard

Pour voir la vidéo (4mn01s) qui accompagne cet article,
cliquer ici

Merci à Savoie Antinucléaire de nous avoir fait connaître cet article


Voici comment c’était sur place après les bombardements:
Fév 08

Radioactivité des aliments

Véritable surveillance ou permis de polluer ?
La CRIIRAD met en cause les choix de la DGAL

La CRIIRAD a détecté des anomalies préoccupantes dans le plan de surveillance des aliments établi par la Direction générale de l’alimentation (DGAL).

  • 1/ l’alerte pour enquête est déclenchée à partir de niveaux de contamination beaucoup trop élevés et dépourvus de toute justification juridique ;
  • 2/ pour le césium 137 imputable à Tchernobyl, la DGAL applique, en toute illégalité, une tolérance nettement supérieure à celles en vigueur en Europe (et 10 à 20 fois plus élevée que les maxima autorisés au Japon !)

Une demande de régularisation vient d’être adressée au directeur général de l’alimentation.

Plus d’information :
Lire le communiqué du 7/02/2018
Lire le recours gracieux adressé par la CRIIRAD au directeur général de l’alimentation

CRIIRAD
29 Cours Manuel de Falla
26000 VALENCE
04 75 41 82 50
www.criirad.org

logo de la CRIIRAD


Note

Ces limites concernent les conditions normales de fonctionnement des installations nucléaires, hors accident local ou à distance.
Il est incroyable de constater que la découverte de Plutonium dans nos aliments ne déclenche l’alerte que s’il y en a plus de 10 Bq/kg.(voir le tableau du communiqué de la CRIIRAD). Le plutonium n’a rien à faire dans nos aliments; la découverte d’un seul Becquerel est franchement anormale et elle signale une fuite quelque part. Même chose pour les autres éléments radioactifs polluant nos aliments.
Il semble qu’en haut lieu on considère comme normal que nous consommions « un peu » de radioactivité et qu’on ne soit pas très curieux sur la cause d’une éventuelle contamination.

Extraits du communiqué de la CRIIRAD:
Ces seuils sont bien trop élevés: mesurer 1 seul becquerel de plutonium 239 ou d’uranium 235 dans un litre de lait devrait suffire à lancer l’alerte. Il est irresponsable d’attendre que l’activité de l’iode 131 ou du ruthénium 106 dépasse 100 Bq/kg pour diligenter une enquête! Et le seuil est à 1000 Bq/kg pour le cobalt 60, à 10.000 Bq/kg pour le technétium 99!
Selon les cas, des taux de contaminations 10 fois, 100 fois, voire 1000 fois inférieurs à ces limites justifient une intervention. Et il est d’autant plus urgent de déterminer la source de la pollution qu’il est improbable, vu le faible nombre de contrôles, que l’analyse ait porté sur l’échantillon le plus contaminé.

En dehors des contaminations résiduelles attendues (Tchernobyl, essais nucléaires…), toute activité mesurable de radionucléides artificiels dans les aliments doit conduire à s’interroger sur son origine. Les enjeux sont évidemment sanitaires mais la sûreté et la sécurité nucléaires sont également concernées (La présence de plutonium ou d’uranium 235 peut traduire un trafic de matières nucléaires mais n’importe quels produits radioactifs peuvent être associés à des explosifs classiques pour la préparation de bombes sales)…

le 8 février 2018