Mar 24

Il n’y a pas de Fukushima bis en Norvège

Voici des extraits du communiqué de la CRIIRAD :

Valence, le 14 mars 2017
(Complétée le 24/3/2017)

Confusion

Depuis quelques jours, circulent sur les réseaux sociaux, des messages très inquiétants comme “Alerte en ce jour (12 mars 2017) on apprend que la Norvège contamine toute l’Europe avec de l’iode 131 radioactive depuis plusieurs semaines (on évoque même fin octobre)..”.

Il s’agit d’une confusion entre deux évènements :

De l’iode 131 (isotope radioactif artificiel) a été détecté, à de faibles niveaux, dans l’air ambiant de plusieurs pays européens en janvier 2017. L’origine exacte de cet iode 131 n’est pas connue et plusieurs hypothèses sont envisageables. Voir communiqué CRIIRAD du 14 février 2017.

Il y a eu un incident sur un réacteur nucléaire en Norvège en octobre 2016, mais il n’y a pas à notre connaissance d’incident ou accident nucléaire actuellement en Norvège et les stations de mesure dont les résultats sont publiés sur le site du réseau Européen EURDEP ne montrent pas actuellement de radioactivité anormale en Norvège ou sur les pays proches.

Rejets d’iode 131 d’un réacteur Norvégien en octobre 2016
Il y a bien eu, le 24 octobre 2016 à 13H45 un incident significatif sur le réacteur nucléaire de l’IET (ou IFE)à Halden au sud-est d’Oslo en Norvège, lors de la manipulation du combustible usé. L’autorité Norvégienne de Protection Radiologique (NRPA) a signalé cet incident dans un communiqué du 25 octobre 2016.

Cet incident, qui a conduit à évacuer le personnel de la centrale, a entrainé des rejets radioactifs à l’atmosphère. Les autorités norvégiennes ont estimé le rejet à 150 millions de becquerels pour l’iode 131 et 24 millions de becquerels pour l’iode 132. A noter que le communiqué ne précise pas comment ces estimations ont été effectuées, ni leur niveau de fiabilité. On peut s’étonner d’ailleurs du fait que les autorités n’aient pas fait état des autres substances radioactives susceptibles d’avoir été rejetées (tritium, carbone 14, gaz rares radioactifs) (voir complément en Annexe1 : les échanges du 16 mars 2017 avec la NRPA ont confirmé que les rejets anormaux ont duré jusqu’au début novembre et ont concerné d’autres radionucléides).

Heureusement, la situation a pu être maîtrisée. Cet « incident » d’octobre 2016 pose de nombreuses
questions sur le plan de la sûreté (origine de l’incident), du défaut de transparence (l’exploitant n’a déclaré l’incident que 20 heures après), des insuffisances de la métrologie (pas d’évaluation de l’ensemble des rejets radioactifs). L’ONG Norvégienne Bellona, avait fait part en 2004 d’inquiétudes sur la sûreté et dénoncé des fuites d’eau lourde et des rejets élevés de tritium (isotope radioactif de l’hydrogène)…


A ce jour, rien ne permet de faire le lien entre les rejets d’iode 131 du réacteur de Halden en Norvège en octobre 2016 et la détection d’iode 131 dans l’atmosphère de plusieurs pays européens en janvier 2017.

Les résultats des mesures de radioactivité dans l’environnement effectuées en Norvège et dans les pays limitrophes en ce moment permettent d’affirmer qu’il ne s’est pas produit un “Fukushima bis” à Halden.

Cependant de nombreuses questions restent en suspens en ce qui concerne ce réacteur Norvégien, sa sûreté et l’impact de son fonctionnement.
Il serait nécessaire de conduire une enquête approfondie et indépendante sur la sûreté de ce réacteur.
De ce point de vue, la CRIIRAD considère que les éléments recueillis posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponse et donnent un sentiment de non maîtrise de la situation.

Voyez le texte complet et les résultats des mesures ICI

Rédaction : Bruno CHAREYRON, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD avec le support technique de Jérémie MOTTE, ingénieur environnement, responsable du service Balises de la CRIIRAD

.

Le 24 Mars 2017

Mar 07

Fukushima – 6 ans.

La situation est très loin d’être sous contrôle

Le réseau «Sortir du nucléaire» nous fait une synthèse de ce qui s’est passé et de ce qui se passe encore là bas:

Aller directement à l’article complet de «sortir du nucléaire»:
http://sortirdunucleaire.org/Fukushima-6-ans-plus-tard-la-situation-est-tres
avec plusieurs videos et de nombreuses références.

Extraits de l’article:
<<<

Nous commémorons ce 11 mars 2017 les 6 ans du début de la catastrophe de Fukushima.

Ce début d’année aura été marqué par une information peu réjouissante sur les taux de radioactivité records mesurés par une sonde envoyée dans le réacteur 2.

Celle-ci a pu mesurer une radioactivité ambiante de 530 Sv – un taux capable de tuer un homme instantanément ce qui n’augure guère d’espoir quant à la capacité humaine (ou même robotique) à démanteler l’installation et à récupérer les coriums de combustible fondu – dont on ne connait toujours pas la localisation précise…

Par ailleurs le gouvernement japonais via une nouvelle évaluation a considérablement revu à la hausse le coût estimé de la gestion de cette catastrophe, la facture passant ainsi d’une trentaine de milliards d’euros en 2013 à 170 milliards d’euros en 2016 !

Si les médias ont quelque peu déserté le suivi au quotidien de celle-ci et que le gouvernement japonais a tenté la relance de 5 réacteurs nucléaires au Japon, (dont 3 fonctionnent à ce jour), il est pourtant fondamental de rappeler que la situation n’est en aucun cas sous contrôle.

Retour sur la chronologie des événements marquants de ces six dernières années, au cœur de l’enfer radioactif d’un désastre industriel, humain, économique et sanitaire.

Un impact sanitaire préoccupant et difficile à estimer

Les conséquences de la catastrophe étant toujours en cours il est difficile de faire un bilan sur le nombre de personnes directement contaminées, irradiées ou décédées en raison de Fukushima. D’après l’ONG Green Cross c’est près de 32 millions de personnes qui ont été touchées par les retombées atmosphériques de l’accident.

Immédiatement après l’accident, le taux de mortalité des personnes âgées a été multiplié par 3 sur une période d’un an. Le taux de mortalité infantile, d’avortements spontanés et d’anomalies à la thyroïde sur les nouveaux nés a été mesuré en hausse significative jusqu’en Californie, pourtant à 8000 km de la centrale (résultats controversés par le lobby nucléaire américain).

L’ex-directeur de la centrale au moment de la catastrophe, Masao Yoshida, est décédé d’un cancer de l’œsophage deux ans après son exposition mais TEPCO refuse pourtant de relier sa maladie aux radiations qu’il a reçu sur le site de Fukushima.

Une étude significative et sérieuse est à mettre en exergue concernant l’augmentation de cas de cancers de la thyroïde chez les enfants. Dévoilée en février 2015 cette étude a permis de détecter un taux de 30 cas de cancers de la thyroïde par échantillon de 100 000 enfants vivant à Fukushima alors que la moyenne se situait à 1,7 cas pour 100 000 enfants dans la préfecture voisine [11]. Officiellement fin 2016, 173 cas de cancers de la thyroïde suspects ont déjà été déclarés chez des enfants de la région dont au moins 135 confirmés.

Ayant analysé des données médicales et scientifiques des territoires touchés par les retombées radioactives‬, les deux ONG « Physicians for social responsability » (PSR) et « International Physicians for the Prevention of Nuclear War » (IPPN) estiment en mars 2016 que la catastrophe pourrait être responsable de 9 600 à 66 000 cas de cancers supplémentaires au Japon.

Une grande partie des pathologies radio-induites, en particulier les multiples formes de cancer, se déclarent en général après une période de latence qui peut durer des décennies. Il est donc certain qu’un bilan sanitaire de Fukushima ne pourrait être établi qu’au moyen d’études épidémiologiques rigoureuses et honnêtes, menées pendant 40 à 60 ans au moins après la catastrophe – des études peu probables (qui voudrait les financer ?)… Et c’est sans compter les éventuels effets génétiques sur les générations suivantes.

>>>


La contamination de l’environnement marin induite par cet accident est considérée comme étant la plus grande pollution radioactive marine de l’Histoire !
Si les éléments charriés par les courants marins auraient eu par la suite tendance à se déposer sur les couches sédimentaires de par leur masse atomique conséquente, une bonne partie de ces éléments se retrouve pourtant dans tout l’écosystème marin. Le plancton à la base de l’alimentation des animaux marins a incorporé des éléments nocifs tels que le césium137 qui se retrouve ainsi dans la chaîne alimentaire.
C’est ainsi que le taux de radioactivité dans les thons péchés dans le Pacifique (poisson très prisé de la gastronomie japonaise) a augmenté significativement (avec des concentrations en radio-césium jusqu’à 10 fois plus élevées qu’avant Fukushima [3]), et les migrations des bancs de poisson ont répandu cette contamination jusqu’aux thons péchés aux abords des côtes californiennes


Près de 160 000 personnes ont donc ainsi été obligées d’évacuer leurs logements, abandonnant bien souvent tous leurs effets personnels mais aussi parfois leurs animaux de compagnie ou d’élevage sur place, pensant pouvoir revenir rapidement sur place à la suite de l’alerte.

La leçon de l’histoire n’a pas été retenue…

Cliquer sur l’une des images pour voir l’article en entier

Du 11 Mars 2011
image du tsunami

à Février 2017:

le trou sous la cuve

530 Sv/h: Inapprochable

Le 07 Mars 2017


Mar 01

Les conséquences du nucléaire en Polynésie ne sont plus «négligeables».

La suppression de la notion de «risque négligeable» dans la loi Morin est validée à Paris

PARIS, 6 février 2017 – A l’occasion des débats autour de la loi « Égalité réelle pour l’Outre-mer », sénateurs et députés ont entériné un changement radical dans le mode de calcul des indemnisations des victimes du nucléaire. Les élus ont supprimé la notion de « risque négligeable », ouvrant ainsi la voie selon eux à une « automaticité » des réparations financières.

Les négociations ont été ardues, tendues même, mais pour les élus polynésiens le résultat est là : un amendement est glissé dans la loi « Egalité réelle pour l’Outre-mer », pour supprimer de l’article 4 de la loi Morin le « risque négligeable » en matière d’exposition au nucléaire.

C’est jusqu’ici en arguant d’un « risque négligeable » d’exposition aux rayonnements ionisants que le Civen (Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires) a presque systématiquement retoqué les demandes des anciens travailleurs des sites nucléaires atteints d’une des 21 maladies reconnues comme potentiellement radio-induites, ou de leurs descendants.

Depuis 2010, sur les 1043 demandes d’indemnisation manifestées sous l’égide de la loi Morin, seules 54 ont définitivement obtenu gain de cause, soit directement devant le Civen: 19 dont 7 polynésiennes; soit à l’issue d’une procédure contentieuse devant la justice administrative (35).

Le combat a été rude , car en coulisses le gouvernement Valls a tenté de négocier un compromis jusqu’au dernier moment. La loi Morin, qui fixe les critères d’indemnisation devait initialement être amendée à la marge, via la modification d’un décret d’application. C’est le Conseil d’Etat qui a contraint le gouvernement français à passer par une loi afin de changer les dispositions de la loi d’indemnisations des victimes des essais nucléaires.

Ce facteur « risque négligeable », dans le mode de calcul du «Comité d’indemnisation des victimes du nucléaire » (Civen), bloquait jusqu’ici toute indemnisation. Il était l’argument numéro un de l’administration pour donner un avis défavorable à l’immense majorité des 1 043 demandes déposées. La loi Morin n’a donné lieu à l’indemnisation que de 19 victimes, dont sept polynésiennes.
Avec les nouvelles règles, de nombreux critères comme le type de maladie, le lieu où elle s’est déclarée et bien sûr la date (entre 1960 et 1996) demeurent. Mais la majorité du millier de dossiers examinés jusqu’ici pourrait connaître une issue favorable. Lorsque la loi « Égalité réelle pour l’outre-mer » sera promulguée, il existera au contraire du « risque négligeable » une « présomption de causalité » entre l’exposition aux radiations et le cancer déclaré chez les travailleurs des sites nucléaires ou leurs ayants droit.

Désormais, aucun malade ne devrait plus s’entendre dire : « Le risque que votre cancer soit dû aux tirs de bombes atomiques dans votre archipel est négligeable. »

« Ce ne sont pas un ou deux tirs qui ont eu lieu chez nous mais 193, pendant trente ans. 46 d’entre eux ont eu lieu à l’air libre et cette phase a duré neuf ans, rappelait en séance la députée (UDI) de Polynésie Maïna Sage. Voilà à quoi ont été exposés les Polynésiens ! Le traumatisme est profond, il touche de nombreux sujets. Le préjudice est unique et mérite une place unique dans le droit français. Nous demandons le minimum : des actes clairs de réparation. C’est une promesse de François Hollande. »


Les articles dont j’ai fait le résumé ci-dessus:
http://www.tahiti-infos.com/Loi-Morin-la-suppression-du-risque-negligeable-validee-a-Paris_a157563.html
http://www.tahiti-infos.com/Suppression-du-risque-negligeable-le-president-du-Senat-apporte-son-soutien_a157746.html
https://www.mediapart.fr/journal/france/090217/la-question-du-nucleaire-en-polynesie-nest-plus-negligeable


Documents

Voyez les témoignages rassemblés par l’assemblée de Polynésie française:
http://www.assemblee.pf/_documents/actualites_documents/livret_temoins_bombe.pdf

Le dossier de la CRIIRAD:
http://www.criirad.org/actualites/dossiers2006/polynesie/dossierdepressepolynesie.pdf

Site officiel de l’Association des Vétérans des Essais Nucléaires:
http://www.aven.org/

L’article: «En Polynésie aussi on a été irradié»
https://www.vivre-apres-fukushima.fr/en-polynesie-aussi-on-a-ete-irradie/
Publié le 18 avril 2013

Note:

Voyons comment cela va être appliqué. J’espère que les militaires présents aux tirs en Algérie, que les sous mariniers de Brest, que les militaires chargés d’entretenir les bombes nucléaires seront aussi concernés.