Avr 25

TCHERNOBYL : 30 ANS déjà – quelles leçons ?

Des leçons ont été tirées de la catastrophe
mais ce n’est pas au bénéfice des populations.

Les autorités internationales, européennes et nationales ont mis en place un cadre juridique destiné à gérer à moindre coût les catastrophes nucléaires.

Voici le communiqué de presse de la CRIIRAD du 21/04/2016 à l’occasion des 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl

Après un accident nucléaire, la protection des populations devrait être au cœur des décisions mais les coûts d’une catastrophe sont tels qu’ils ont conduit les États à mettre en place une gestion « optimisée » qui fait supporter aux victimes de la pollution la plus grande part des dommages économiques et sanitaires.

Les concepts que le lobby nucléaire français[1] a testé et mis au point au Bélarus ont été intégrés aux recommandations de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR). Ils sont désormais mis en œuvre dans les territoires contaminés par les rejets de la centrale de Fukushima-Daiichi. Le « développement durable en zone contaminée » se substitue à l’obligation de relogement dans des zones exemptes de risque radiologique dosimètre porté par les écoliers: il faut apprendre aux habitants des zones affectées à vivre avec la radioactivité, les équiper de radiamètres et de dosimètres afin qu’ils limitent au mieux leur niveau d’exposition, qu’ils contrôlent le niveau de contamination de leur alimentation. Les victimes doivent être résilientes et autonomes. Elles deviennent responsables de leur protection contre les risques d’irradiation et de contamination (et potentiellement coupables si au final elles tombent malades). Les photographies d’écolières, avec leur dosimètre en guise de pendentif, illustrent parfaitement combien est devenu banal, normal, une réalité qui devrait susciter l’horreur et la révolte.

Les politiques de relogement à grande échelle sont trop onéreuses, d’autant plus onéreuses que le principe pollueur-payeur ne s’applique pas à l’industrie nucléaire. Les catastrophes n’ont pas provoqué de remise en question du régime dérogatoire de la responsabilité civile du nucléaire. Si le protocole d’amendement de la convention de Paris voté en 2004 aboutit, le montant disponible pour l’indemnisation des dommages corporels et matériels atteindra 1,5 milliard d’euros, une somme totalement dérisoire en regard du coût réel d’un accident majeur que les services officiels eux-mêmes chiffrent désormais à des centaines de milliards d’euros, voire à plusieurs milliers de milliards d’€.

Dès l’origine, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a pris le contrôle des recherches sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl et sa stratégie du doute a réussi à neutraliser les résultats les plus dérangeants. Malgré cela, l’évolution des connaissances scientifiques aurait dû conduire à tenir compte des effets spécifiques des faibles doses de rayonnements et à renforcer les normes de radioprotection. Au lieu de quoi :

  • 1/ les effets génétiques ont été arbitrairement limités à leur impact sur les 2 premières générations, une décision scandaleuse et incompréhensible à la lumière des travaux sur l’instabilité génomique ;
  • 2/ le coefficient qui divise artificiellement par 2 les effets cancérigènes n’a pas été supprimé en dépit des résultats de plusieurs études épidémiologiques de référence, en particulier sur les travailleurs ;
  • 3/ les pathologies non cancéreuses n’ont toujours pas été pris en compte, pas même les effets cardiaques, alors que tous les systèmes physiologiques sont impactés et notamment le système immunitaire ;
  • 4/ le principe de précaution n’est pas appliqué alors que de nombreux travaux questionnent les fondements mêmes du système de radioprotection (effet de proximité par exemple) ;
  • 5/ l’accident de Fukushima a relancé les discours les plus mensongers sur l’existence d’un seuil (autour de 100 mSv) en dessous duquel les doses seraient sans effet sanitaire, sur la prétendue innocuité de la radioactivité naturelle ou des examens médicaux … comme si les effets du radon n’étaient abondamment documentés, comme si aucune publication n’avait mis en évidence les risques associés aux scanners !

Dans un tel contexte, les dispositions règlementaires relatives à la gestion des phases accidentelle et post-accidentelle sont particulièrement laxistes. Pour faciliter la réinstallation, ou le maintien, des populations dans les zones contaminées, le seuil de référence applicable aux situations de contamination post-accidentelle est désormais fixé à 20 mSv/an. Il s’agit d’une valeur excessivement élevée : 20 fois la limite de 1 mSv/an qui définit le niveau de risque maximum acceptable hors situation accidentelle ! De plus, il s’agit bien d’une « référence » et non pas d’une « limite » qui serait beaucoup plus contraignante : la référence de dose peut être dépassée par une partie des personnes exposées. La « normalisation » se fera progressivement : la seule obligation est que le pourcentage des personnes exposées à plus de 20 mSv/an diminue progressivement. Aucune contrainte de temps n’est fixée ! Et cette valeur ne concerne pas la phase d’urgence au cours de laquelle les références de dose applicables sont encore plus élevées.

Les nouvelles recommandations de la CIPR sont désormais inscrites dans le droit européen : les prescriptions de la directive Euratom 2013-59[2] doivent être transposées dans le droit national des États membres d’ici février 2018. De plus, le 15 janvier dernier a été publié le règlement Euratom n°2016-52 qui fixe les niveaux de contamination autorisés dans les aliments en cas d’accident. Il reprend sans les modifier les limites établies en 1987-1990 alors qu’entre-temps le risque cancérigène radio-induit a été multiplié par 10 et qu’il est désormais établi que le rapport d’expertise qui a servi de caution scientifique est truffé d’erreurs, de lacunes et d’incohérences ! Les limites applicables à l’iode 131 sont révoltantes, en particulier quand on songe à l’épidémie de cancers de la thyroïde qui a frappé les personnes (en particulier les enfants) exposées aux retombées de Tchernobyl. Concernant la distribution d’iode stable, destiné à saturer la thyroïde et à limiter son irradiation, la référence de dose est de 50 mSv/an alors que le bureau européen de l’OMS préconise depuis 1999 un seuil d’action de 10 mSv/an pour les enfants, les femmes enceintes et les mères qui allaitent.

Les nouvelles doctrines et limites se sont mises en place dans l’indifférence quasi-générale. Compte-tenu de la répartition et de l’âge du parc électronucléaire mondial, la probabilité que le prochain accident nucléaire majeur affecte directement l’Europe est assez élevée. Tout est prêt pour qu’il soit géré au mieux des intérêts de l’industrie nucléaire.

Créée au lendemain de l’accident de Tchernobyl, la CRIIRAD a mis au cœur de son action le combat pour l’information et la protection des populations. Elle appelle les citoyens, en France et en Europe, à s’intéresser d’urgence aux questions qui déterminent directement la protection de leur santé et l’avenir de leurs enfants. Faute de mobilisation, le prix à payer sera colossal.

La protection sanitaire des populations et des travailleurs doit être placée au centre des discussions et des décisions. Ceci concerne en tout premier lieu les risques d’accident mais également l’impact du fonctionnement normal des installations nucléaires. À titre d’exemple, la multiplication des chantiers de démantèlement des installations nucléaires produits des quantités grandissantes de déchets radioactifs dits valorisables (métaux et gravats notamment). Avec la bénédiction de la Commission européenne et de l’AIEA, plusieurs États européens pratiquent d’ores et déjà le recyclage à grande échelle de ces matériaux contaminés. En France, le pas n’est pas franchi mais les pressions sur l’Autorité de Sûreté Nucléaire se font de plus en plus fortes. Et avec le marché commun, ce qui a été recyclé en Allemagne ou en Suède est peut-être déjà présent, à notre insu, dans les objets de notre environnement quotidien.

L’équipe de la CRIIRAD

Renvois:
[1] Notamment le CEPN, Centre d’étude sur l’Évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, une « association » qui regroupe EDF, AREVA, le CEA et l’IRSN. Son directeur est désormais vice-président de la CIPR.
[2] Directive 2013/59/Euratom du Conseil du 5 décembre 2013 fixant les normes de base relatives à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants.

Le communiqué sur le site de la CRIIRAD: http://www.criirad.org/tchernobyl/cp-2016-04-21-30-ans-web.pdf

CRIIRAD
Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité
29 Cours Manuel de Falla 26000 VALENCE- 04 75 41 82 50
asso@criirad.org – www.criirad.org

Le 25 avril 2016

L’information en français sur Fukushima:
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et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
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Avr 16

Voyage de Fairewinds au Japon

Arnie Gundersen, dirigeant de« Fairewinds education », ancien ingénieur de haut niveau dans le nucléaire, a fait au début de l’année 2016 un voyage au Japon.
A son retour, il livre ce qu’il a vu dans une série de podcasts que vous pouvez consulter en anglais sur le site de Fairewinds.

J’ai choisi un extrait du podcast n° 4-1: FAIREWINDS / SPEAKING TOUR SERIES 4.1
Publié le 5 avril 2016 sur le site de Fairewinds
http://www.fairewinds.org/podcast//put-on-a-happy-face-japan-speaking-tour-series-no-4-1
Il discute ici avec une partie de l’équipe de Fairewinds:


Arnie Gundersen :
… J’ai beaucoup réfléchi au cours de la dernière semaine et demie sur ce que le voyage signifiait pour moi personnellement, ce que j’appris, ce que Fairewinds appris et ce que nous pouvons tous apprendre de cette expérience.
La première chose est, les gens sont aimables partout. Les personnes que j’ai rencontrées pendant mon voyage et qui m’ont accueilli étaient des êtres humains merveilleux, terriblement préoccupés par leur pays et soucieux de leurs enfants; ils ont accueilli Fairewinds à cœur ouvert. C’était vraiment, vraiment extraordinaire de voir tant de gentillesse et, en fait, d’amour. C’ était vraiment merveilleux.
La deuxième chose est l’inhumanité du gouvernement japonais, des sociétés d’électricité japonaises et des banques japonaises envers leurs compatriotes. Je suis consterné par la façon dont la structure au pouvoir au Japon ignore ce que les gens veulent et imposent le nucléaire à leurs compatriotes.


Arnie Gundersen (12 :49)
En vue des jeux olympiques de 2020, le gouvernement japonais prévoit de faire disparaître tous les camps de préfabriqués où ont été parquées les personnes déplacées; elles devront soit rentrer chez elle dans les zones contaminées, soit aller s’installer ailleurs au Japon dans des résidences permanentes. Et cela concerne tout spécialement les parcs de caravanes qui relogent 160.000 personnes. Le but est évidemment de faire croire au monde entier que la catastrophe de Fukushima est loin derrière nous, ce qui est totalement faux.

Mme Maggie Gundersen:
Le Japon a toujours été synonyme de beauté, de sérénité, de paix de l’esprit. Leurs jardins sont célèbres à cet égard, même dans la ville de Tokyo. Or les populations évacuées sont obligées de vivre dans des conditions épouvantables, dans de véritables baraquements militaires plantés sur du béton. Lors d’une de vos émissions précédentes, vous avez rencontré des femmes qui ont été évacuées de la préfecture de Fukushima. Or en 5 ans, cette communauté de 62 personnes n’a reçu la visite d’aucun représentant du gouvernement. Personne n’est venu leur expliquer quoi que soit sur les rayonnements, même pas comment reconnaitre les symptômes en cas d’empoisonnement lié aux radiations. Et personne aujourd’hui ne reconnaît qu’il y a des retombées radioactives importantes dans les régions déjà nettoyées, des dépôts dus à la fonte des neiges, aux inondations et à la pluie. Prétendre que tout va bien et qu’ils peuvent rentrer chez eux équivaut à une condamnation à mort pour toutes ces familles, leurs enfants et leurs petits-enfants.

Arnie Gundersen
C’est vrai. Mais ce n’est pas tout. Des médecins nous ont raconté qu’ils se voient dans l’impossibilité de faire soigner leurs patients à l’hôpital, parce que s’ils inscrivent sur leur fiche qu’ils souffrent d’une « maladie liée aux radiations », le gouvernement refuse de payer.
J’ai aussi appris récemment qu’on voit apparaître actuellement un énorme pic de mortalité chez les jeunes enfants par rapport aux années précédentes, information bien sûr gardée secrète par les autorités médicales et gouvernementales japonaises. Aucune statistique concernant les années précédant la catastrophe n’est d’ailleurs publiée. On ne dispose par exemple d’aucune donnée sur le taux de mortalité dans la préfecture de Fukushima, ce qui rend les études épidémiologiques quasiment impossibles. L’enquête lancée par Fairewinds avec une équipe de scientifiques va dans le bon sens, mais il faut absolument obtenir les témoignages des médecins qui sont sur le terrain. Or le régime Abé tient la communauté médicale sous sa coupe encore plus que ç’est le cas pour la presse : c’est déprimant.

Caroline Philips:
Un article de la BBC rapporte qu’un groupe de femmes s’est débrouillé pour se procurer un compteur Geiger, et surtout qu’elles ont appris à s’en servir avec l’aide de professeurs d’université qui leur ont expliqué ce que sont Becquerels, millisieverts et sieverts… Aujourd’hui, elles font même tourner un petit laboratoire. Et ce n’est pas un cas isolé, il y en a des centaines comme cela. Ces initiatives de la part de la population japonaise sont extraordinaires et très précieuses puisque, comme vous l’avez dit, il va être quasiment impossible de faire des études épidémiologiques sans les informations que le gouvernement refuse de divulguer. Ces femmes font tout pour protéger leurs enfants, leur communauté et leur pays : elles ont même ouvert une clinique avec un service de dépistage thyroïdien.

Arnie Gundersen :
Effectivement. Avant la catastrophe, les japonais avaient toute confiance dans leur gouvernement. Aujourd’hui, cette confiance a disparu, mais on voit des citoyens s’atteler à la tâche et faire le travail du gouvernement défaillant : c’est remarquable.


L’entretien complet en anglais est disponible ici:
http://www.fairewinds.org/podcast//put-on-a-happy-face-japan-speaking-tour-series-no-4-1


Qu’est Fairewinds ?

«Démystifier l’énergie nucléaire par l’information»
Fairewinds Energy Education est une organisation sans but lucratif fondée en 2008. Notre mission est d’informer le public sur l’énergie nucléaire et d’autres questions d’énergie. Education Energy Fairewinds est un outil éducatif facile à utiliser basé sur les faits, l’information non faussée sur l’énergie nucléaire. Le site Web de Fairewinds propose des podcasts et des vidéos, dans lesquels nous collaborons avec des experts dans le vaste domaine des questions concernant l’énergie nucléaire.

Arnie Gundersen en est le directeur:
Il a plus de 40 ans d’expérience en ingénierie nucléaire de puissance. Il a étudié à Rensselaer Polytechnic Institute (RPI) où il a obtenu son Baccalauréat cum laude tout en devenant le récipiendaire d’une prestigieuse bourse de la Commission de l’énergie atomique pour sa maîtrise en génie nucléaire. Arnie détient un brevet de sûreté nucléaire, a été un opérateur de réacteur sous licence, et est un ancien vice-président senior de l’industrie nucléaire. Au cours de sa carrière dans l’industrie nucléaire de puissance, Arnie a également géré et coordonné des projets dans les centrales nucléaires des années 70 aux États-Unis.
Fairewinds Energy Education · 70 S Winooski Ave, 289, Burlington, VT 05401, United States
http://www.fairewinds.org/

le 16 avril 2016

L’information en français sur Fukushima:
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Avr 08

Le dossier des médecins de IPPNW et PSR (suite)

Chapitre 2. Émissions et contaminations radioactives

Voici une traduction du chapitre 2 du rapport des médecins de l’ IPPNW et PSR
sur les conséquences à 5 ans de la catastrophe nucléaire de Fukushima
Traduction odile Girard, http://www.fukushima-is-still-news.com/

Avec l’accord des auteurs:

Dr.med. Alex Rosen, Vice-Chair, IPPNW Germany
Dr.med. Angelika Claussen, IPPNW Vice President for Europe

mars 2016

Le rapport complet en anglais est disponible ici:
http://www.psr.org/resources/fukushima-report-2016.html

Une première partie en français a été publiée ici le 26 mars 2016


Ce chapitre 2 contient:
Présentation
2.1 Rejets dans l’atmosphère
2.2 Rejets dans l’océan Pacifique
2.3 Contamination radioactive de l’alimentation

Les multiples fusions des réacteurs de Fukushima constituent le pire accident nucléaire depuis celui de Tchernobyl en 1986. Les réacteurs dévastés laissent échapper des matériaux radioactifs depuis mars 2011, malgré les assurances de l’industrie nucléaire et des institutions du lobby nucléaire comme l’Agence internationale de l’énergie atomique (l’AIEA) qu’il s’est produit un accident unique au printemps 2011 et que la situation est aujourd’hui sous contrôle. Cette affirmation ignore le rejet continu dans l’atmosphère, les nappes phréatiques et l’océan, de radionucléides à vie longue, comme le césium-137 et le strontium-90. Elle ignore également la recontamination fréquente des zones affectées à cause des tempêtes, des inondations, des feux de forêt, la pollinisation, les précipitations et même les opérations de nettoyage, qui soulèvent dans l’air des isotopes radioactifs ensuite transportés par le vent.1 C’est ainsi qu’on a pu établir au cours des dernières années plusieurs cas de contamination nouvelle impliquant du césium-137 et du strontium-90, même à distance considérable de la zone d’évacuation.[2]

Même aujourd’hui, 30 ans après la catastrophe de Tchernobyl, le gibier et les champignons sauvages dans le sud de l’Allemagne s’avèrent contenir encore tellement de césium-137 radioactif qu’ils sont classés comme déchets radioactifs. Une durée de 30 ans ne représente que la demi-vie du césium-137, ce qui veut dire que la moitié seulement de la radioactivité s’est dissipée.[3-4]. On peut présumer sans risque que la flore et la faune des régions affectées du Japon présenteront un développement similaire. Comme il serait inutile d’essayer de décontaminer les zones forestières, les montagnes ou les autres endroits couverts de végétation dense, on n’envisage même pas de mettre en place ce genre de mesures et le danger de l’exposition aux radiations à Fukushima va persister pendant encore des dizaines d’années. Les autorités japonaises ont déjà abandonné leur objectif initial de rendre toutes les régions contaminées à nouveau habitables. [5]
Un danger supplémentaire pour la population locale provient du lessivage des matériaux radioactifs en provenance du sol dans les nappes souterraines durant les opérations de décontamination. La question du stockage se pose également : dans un effort intensif et coûteux de décontamination des maisons, des terres agricoles et même des forêts, les ouvriers ont mis en sac et stocké le sol, les feuilles et les débris des zones plus contaminées dans la zone évacuée, ce qui avait coûté jusqu’en 2014 plus de 13,5 milliards de dollars. Les tonnes de sacs de débris sont censées être amenées sur un site de stockage temporaire proche de la centrale de Fukushima. [6]Dans les zones où l’exposition aux radiations est moins élevée, on s’est contenté de retourner le sol pour enterrer la terre radioactive à une trentaine de cm au maximum.

Finalement, des fuites fréquentes sont dues à la centrale elle-même, en particulier les cuves souterraines fissurées des bâtiments réacteur et les citernes remplies d’eau contaminée, qui ont été soudées à la va-vite et montrent déjà de nombreux défauts. Selon TEPCO, 300 tonnes d’eau radioactive continuent à se déverser chaque jour dans l’océan, soit plus de 500 000 tonnes depuis le début de la catastrophe nucléaire.[7]La quantité et la composition des isotopes radioactifs fluctuent énormément, ce qui fait qu’il n’est pas possible d’évaluer avec certitude les effets réels que ces rejets radioactifs pourront avoir sur la vie marine. Ce qui est clair, cependant, c’est que des quantités de plus en plus importantes de strontium-90 sont rejetées dans la mer. Le strontium-90 est un isotope radioactif qui se fixe dans les organismes marins de la même façon que le calcium, à savoir dans les os et les dents. En remontant le long de la chaîne alimentaire marine, il subit une importante bioaccumulation et du fait de la longueur de ses demi-vies biologique et physique, va continuer à contaminer l’environnement pendant des centaines d’années. [8]

On estime que 23 % des retombées nucléaires de la catastrophe de Fukushima se sont produites au-dessus du Japon continental.[9]Les régions les plus sévèrement atteintes sont situées dans la moitié est et le centre de l’île principale du Japon, Honshu. La côte ouest de l’île, toutefois, a été très peu touchée par les retombées nucléaires en raison de la topographie montagneuse, qui forme une barrière météorologique. Mais une élévation des taux de radiations a également été observée à l’extrême sud et tout au nord du Japon[10] D’un bout à l’autre du pays, les gens ont été en contact avec des isotopes radioactifs, via l’eau et l’air radioactifs et les aliments contaminés. Pour cette raison, il est essentiel de tenir compte non seulement de l’exposition aux radiations de la population de Fukushima et des préfectures voisines de Chiba, Gunma, Ibaraki, Iwate, Miyagi et Tochigi, mais aussi de celle de préfectures plus éloignées qui ont été affectées par les retombées. Le 15 et le 21 mars, par exemple, de fortes quantités de retombées ont non seulement touché Tokyo, mais aussi les préfectures de Kanagawa, Saitama et Shizuoka.[11] Les plantations de thé de la préfecture de Shizuoka Prefecture, à 400 km au sud de Fukushima, et à 140 km de Tokyo, ont été si fortement contaminées que la récolte de thé de 201 a dû être retirée du marché[12]La carte ci-contre, créée par un chercheur de l’université de Gunma, montre la contamination radioactive de l’île Honshu à la fin de 2012.

FigureCarte de la contamination radioactive du Japon du nord

Figure 2.1 – Carte de la contamination radioactive du Japon du nord

On distingue principalement cinq voies par lesquelles les êtres humains entrent en contact avec la radioactivité pendant et après une catastrophe nucléaire :

Exposition externe au rayonnement de nuage : irradiation directe provenant du nuage radioactif. Cela peut impliquer toutes sortes de radioisotopes, tels que le xénon-133, l’iode-131 ou le césium-137.
Exposition externe au rayonnement du sol : irradiation directe provenant des particules radioactives du sol, en particulier les émetteurs de rayons gamma, comme le baryum-137, un produit de désintégration du césium-137.
Irradiation externe via une contamination superficielle de la peau, des cheveux ou des vêtements, en particulier par les émetteurs bêta comme le césium-137, le strontium-90 ou l’iode-131. Les rayons bêta sont bloqués par les vêtements, mais en cas de contact direct, peuvent pénétrer dans la peau.

Figure 2.2 Les différentes voies d’exposition aux radiations

Figure 2.2 – Les différentes voies d’exposition aux radiations

L’irradiation interne peut être due à l’inhalation de particules radioactives, particulièrement les émetteurs alpha comme le plutonium, ou les émetteurs bêta comme le césium-137, le strontium-90 et l’iode-131.

L’irradiation interne peut être due à l’exposition à des particules radioactives ingérées avec la nourriture ou l’eau de boisson, en particulier les émetteurs alpha comme le plutonium, ou les émetteurs bêta comme le césium-137, le strontium-90 et l’iode-131.

Pour calculer les doses d’irradiation individuelles et collectives, il est donc important de connaître non seulement la quantité totale des émissions radioactives, mais aussi la concentration des radiations dans l’air, dans l’eau et dans les aliments. Les chapitres suivants étudieront brièvement les données disponibles concernant les émissions et la contamination.

2.1 Émissions atmosphériques

Des isotopes radioactifs ont été rejetés à de multiples reprises avec la fumée et les gaz d’échappement des explosions et avec l’incendie de la piscine de stockage du réacteur 4, à travers l’évaporation de l’eau de refroidissement, ainsi que la ventilation délibérée des réacteurs. Aujourd’hui encore, la magnitude de toutes les émissions, ce qu’on appelle le « terme source » dans la littérature scientifique, est tout aussi controversée que pour la catastrophe de Tchernobyl. Alors que les calculs effectués par des scientifiques d’instituts indépendants indiquent des taux plus élevés, l’Organisation mondiale de la Santé (l’OMS) et le Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) citent les chiffres beaucoup plus bas diffusés par l’Agence japonaise de l’énergie atomique (JAEA). [13]
Stohl et al, de l’Institut norvégien de recherche sur l’air (NILU), ont calculé que dans la période du 12 au 19 mars, la centrale de Fukushima a rejeté 35,8 PBq de césium-137 (avec un intervalle de confiance ou IC de 23,3 à 50,1).[14] Les chiffres de l’Agence japonaise de l’énergie atomique concernant les émissions de césium-137 sont, par contre, considérablement moins élevés : seulement 13 PBq. [15]

Il semble raisonnable de faire appel à une méta-analyse de tous les calculs du terme source. Le résumé le plus exhaustif de toutes les estimations de rejets est l’étude d’Aliyu et al, qui compare les données de 14 articles scientifiques et les soumet à une analyse critique. [16] Les auteurs estiment les émissions des principaux radioisotopes comme suit :

Radioisotope Quantité rejetée Sources
Iode 131 150-160 PBq Masson 2011
Césium 137 12-55 PBq IRSN 2012,Masson 2011,Kantei 2011,
Stohl 2012
Strontium 90 0,01-0,14 PBq Povinec 2012

Tableau 2.1 : Estimation des émissions atmosphériques après la catastrophe de Fukushima

La manière de calculer les émissions est extrêmement importante pour estimer les doses de radiation et donc prédire les effets sanitaires dans la population affectée. Il va sans dire que dans l’intérêt de la santé publique, les données les plus fiables et les plus sérieuses doivent être utilisées si l’objectif est de protéger les gens de façon efficace contre les effets des radiations. On a par conséquent du mal à comprendre pourquoi, au lieu de se fonder sur les données émanant d’instituts indépendants et neutres, l’OMS et UNSCEAR se sont servis des estimations les plus basses. Cette confiance exclusive dans les données de la JAEA est incompréhensible, alors que le parlement japonais a accusé précisément cette agence d’avoir contribué au désastre par corruption, collusion et négligence. Citer la JAEA comme une source neutre dans cette affaire est tout bonnement inacceptable.

En outre, toutes les estimations de quantités de rejets ne couvrent que les trois premiers jours après le début de la catastrophe nucléaire, malgré les rejets radioactifs émis depuis quotidiennement par les réacteurs, principalement via l’évaporation de l’eau de refroidissement contaminée.
Ici il faut mentionner qu’en plus des substances radioactives bien connues, l’iode-131, le césium-137 et le strontium-90, des radioisotopes à vie courte comme l’iode-133, le césium-134 et le strontium-89 ont également été rejetés. Dans le cas du césium radioactif par exemple, la proportion de césium-134 par rapport au césium-137 est de 1 :1. En d’autres termes, les quantités données pour les rejets de césium-137 ne constituent que la moitié des substances nocives pour la santé qui ont été réellement rejetées.
De surcroît, un grand nombre de particules radioactives, dont les effets sur la santé humaine sont insuffisamment connus, ont aussi été rejetées. Selon des sources gouvernementales japonaises, d’importantes quantités des substances suivantes ont été émises durant la catastrophe nucléaire : plutonium-239 et -240, baryum-140, tellurium-127m, tellurium-129m, tellurium-131m, tellurium-132, ruthénium-103, ruthénium-106, zirconium-95, cérium-141, cérium-144, neptunium-239, yttri­um-91, praséodyme -143, néodyme-147, curium-242, io­de-132, iode-135, antimoine-129, molybdène 99 et xénon-133.[17] Quoiqu’elles aient été trouvées dans des échantillons d’eaux souterraines, de sédiments et de sol, ces substances n’ont pas été incluses dans les estimations de la JAEA.[18] En limitant les estimations d’émissions aux données de la JAEA, l’OMS comme UNSCEAR courent le risque de sous-estimer systématiquement les effets sanitaires.

Finalement, ce ne sont pas seulement les quantités totales d’isotopes individuels qui comptent, mais aussi leur distribution dans l’espace. Des chercheurs grecs et français ont trouvé que la plus grande partie (env.76 %) des retombées radioactives s’était produite au-dessus de l’Océan pacifique et seulement 23% au-dessus du Japon continental.
Suite aux retombées radioactives sur l’île principale de Honshu, la dose locale reçue est passée d’une moyenne de 0,05 μSv/h avant la catastrophe nucléaire à des taux de 10 à 760 fois plus élevés, avec des valeurs allant de 0,5 à 38 μSv/h. [19] Les 2 % restants des émissions radioactives étaient distribués au-dessus du Canada (40 TBq), les États-Unis (95 TBq, le Groenland (5 TBq), le Pôle Nord (69 TBq), l’Europe (14 TBq), en particulier la Russie, la Suède et la Norvège, ainsi que d’autres parties de l’Asie (47 TBq), notamment la Russie, les Philippines et la Corée du Sud. [20]
Quoique le fait que la majorité des retombées se soient produites au-dessus de l’océan puisse être considérée comme une chance pour la population des préfectures environnantes, cela ne signifie nullement que ces radiations ne représentent plus aucun danger pour la santé humaine, comme nous le verrons dans les prochains chapitres.

2.2 Rejets dans l’Océan pacifique

C’est peut-être la contamination de l’Océan pacifique au large des côtes japonaises qui constitue le dégât écologique le plus grave de la catastrophe nucléaire. Outre les retombées radioactives au-dessus de la mer, les rejets continus d’eau contaminée en provenance des réacteurs dévastés ont été un autre facteur de pollution radioactive dans le Pacifique. Au cours des trois dernières années, d’énormes volumes d’eau ont été injectés sans cesse dans les bâtiments réacteur dans le but de les refroidir. De vastes quantités d’eaux usées radioactives sont ainsi générées chaque jour et sont déversées dans la mer, s’infiltrent dans les nappes phréatiques et s’évaporent dans l’atmosphère. À propos de la question de l’ampleur totale de la contamination radioactive du Pacifique, Kawamura et al, de la JAEA, parviennent à un total de 124 PBq d’iode-131 et 11 PBq de césium-137.
L’étude de la JAEA, cependant, n’analyse qu’une période extrêmement courte, allant du 21 mars au 6 avril 2011. Quant à la radioactivité rejetée entre le 11 et le 21 mars, c’est-à-dire les premiers dix jours qui ont suivi la première explosion à la centrale, les auteurs écrivent : « Aucun rejet direct dans l’océan n’a été pris en compte avant le 21 mars parce que les données de surveillance n’étaient pas disponibles pour cette période. » Une approche similaire a été appliquée aux retombées radioactives postérieures au 6 avril 2011, comme l’indiquent les auteurs : «  Il n’existe pas d’information sur les quantités rejetées dans l’atmosphère après le 6 avril. On présume par conséquent qu’il n’y a pas eu de rejet de matériaux radioactifs dans l’atmosphère après le 6 avril. » [21]

La contamination radioactive incessante de l’océan est donc complètement ignorée, malgré la révélation par l’opérateur TEPCO que 300 tonnes d’eaux usées contaminées sont rejetées chaque jour dans la mer. Des chercheurs de l’Institut français de sûreté nucléaire, l’IRSN, ont estimé qu’entre mars et juillet 2011, la quantité de césium-137 rejetée dans le Pacifique se montait à un chiffre entre 12 et 41PBq. [22] La majorité des études omettent également d’inclure les émissions de strontium-90 qui ont elles aussi été rejetées dans l’océan en quantité significative et constituent aujourd’hui un danger supplémentaire pour la chaîne alimentaire marine. Le groupe de recherche de Povinec, de l’Université de Bratislava, est une exception : il a calculé qu’un total de 0,1 à 2,2 PBq de strontium-90 avait été émis dans le Pacifique.[23]

Radioisotope Quantité rejetée Sources
Iode-131 124 PBq Kawamura 2011
Césium-137 12-41 PBq Bailly du Bois 2012
Strontium-90 0,1-2,2 PBq Povinec 2012

Tableau 2.2 : Estimation des quantités rejetées dans le Pacifique suite à la catastrophe de Fukushima

Malgré la gravité des déficiences du calcul du total des émissions dans le Pacifique et les incessantes discussions parmi les scientifiques pour savoir si les estimations sont réalistes, un large consensus international admet que la catastrophe nucléaire de Fukushima représente déjà la plus sévère contamination radioactive des océans du monde de toute l’histoire de l’humanité. Elle dépasse les effets des tests atomiques dans l’atmosphère, les retombées radioactives de Tchernobyl ou les rejets des usines de retraitement comme Sellafield et La Hague. [24-25-26]

L’IAEA a analysé l’eau de mer aux abords de la centrale nucléaire de Fukushima et a publié des concentrations de 130 000 Bq/l pour l’iode radioactif et jusqu’à 63 000 Bq/l pour le césium radioactif. [27-28-29] L’industrie nucléaire tente de soutenir que la dilution diminue l’impact des déchets radioactifs sur la chaîne alimentaire et l’environnement marins. Les particules radioactives ne disparaissent pas, elles se dispersent tout simplement sur une zone plus large.
Ce qui est dangereux pour deux raisons :

    Premièrement, parce qu’il n’existe pas de seuil de radiations ionisantes minimal qui soit sans danger, l’élargissement de la contamination radioactive dans l’Océan pacifique fait qu’un nombre accru de personne sont affectées. [30] La moindre quantité de radiation peut causer des maladies si elle est ingérée avec de l’eau ou des aliments
    Deuxièmement, les séismes marins ou les tempêtes remuent les radio-isotopes à vie longue contenus dans les sédiments, comme le césium 137 et le strontium-90, provoquant de façon sans cesse renouvelée une bioaccumulation de la radioactivité dans les animaux marins via le mécanisme de cascade trophique.

De nombreux échantillons de plancton relevés sur la côte de la préfecture de Fukushima en 2012, montraient déjà des concentrations accrues de césium-137. [31] Le césium-137 contenu dans le plancton est ingéré par les petits poissons, qui à leur tour sont mangés par les gros poissons, qui sont ensuite pêchés et vendus sur les marchés de poissons dans la région Pacifique. [32] Le strontium radioactif en particulier, du fait de son affinité avec les os et de sa longue demi-vie biologique, mais aussi les isotopes radioactifs du césium mettent en danger la population des régions côtières, ainsi que les consommateurs potentiels d’algues, de fruits de mer et de poissons en provenance de la zone affectée. Dans un pays comme le Japon où ces aliments constituent justement une part substantielle du régime habituel, la contamination à long terme des produits de la mer et des algues est un risque sanitaire important, comment le montre le prochain chapitre.

2.3 Contamination radioactive de l’alimentation.

Outre le terme source, il est important de connaître la contamination radioactive des aliments et de l’eau de boisson pour calculer la dose totale de radioactivité à laquelle est exposée une personne après un accident nucléaire. Comme il est indiqué plus haut, il n’existe tout simplement pas de « seuil sans danger » pour la radioactivité en ce qui concerne la nourriture et l’eau de boisson. Les moindres quantités de radioactivité sont à même de provoquer des dégâts dans les tissus, des mutations génétiques et des cancers. [33] La Société allemande pour la protection radiologique (GRS) estime qu’une personne est habituellement exposée à quelque 0,3mSv par an, en ingérant des radionucléides dans l’alimentation et l’eau. Ce chiffre peut être considéré comme le « niveau admissible » de radioactivité ingéré avec les aliments et l’eau pour prévenir des risques sanitaires excessifs.
Pour ne pas excéder ce niveau, le taux de césium-137 radioactif dans le lait et les laits pour bébés ne devrait pas dépasser 8 Bq/kg et 16 Bq/kg dans tous les autres aliments.
En raison de la brièveté de sa demi-vie, l’iode radioactif ne devrait pas être permis du tout dans l’alimentation.
Au Japon cependant, le taux admissible de césium-137 radioactif est de 50 Bq/kg dans le lait et les laits pour bébés, et de 100 Bq/kg dans tous les autres aliments. Pour l’iode 131 radioactif, le taux admissible est de 300 Bq/kg dans le lait et les autres liquides et de 2 000 Bq/kg dans les aliments solides. [34] Les seuils japonais sont donc plus stricts que ceux de l’Union européenne (voir tableaux) mais ne sont pas encore suffisamment bas pour prévenir efficacement un excès de risques sanitaires.

Laits infantiles et produits laitiers Autres aliments
Japon 50 Bq/kg 100 Bq/kg
UE 370 Bq/kg 600 Bq/kg
Recommandation IPPNW 8 Bq/kg 16 Bq/kg

Tableau 2.3 : Taux d’exposition sans danger pour le Césium radioactif (Cs-134/Cs-137) [35]


Laits infantiles Lait et autres liquides Aliments solides
Japon 100 Bq/kg 300 Bq/kg 2 000 Bq/kg
UE 150 Bq/kg 500 Bq/kg 2 000 Bq/kg
Recommandation IPPNW 0 Bq/kg 0 Bq/kg 0 Bq/kg

Tableau 2.4 : Taux d’exposition sans danger pour l’iode radioactif (en particulier l’iode 131) [36]

La fusion du cœur des réacteurs de Fukushima a provoqué une contamination très importante de l’alimentation et de l’eau de boisson, notamment pendant les premiers mois. Selon l’AIEA, presque tous les échantillons de légumes et de lait prélevés dans les préfectures d’Ibaraki et de Fukushima une semaine après le séisme contenaient des taux d’iode-131 et de césium-137 supérieurs aux seuils préconisés au Japon pour la nourriture et les boissons. [37] Au cours des mois qui ont suivi, l’alimentation s’est souvent révélée contaminée :

Fruits et légumes : Une étude du ministère des Sciences et de la Technologie japonais (MEXT), menée hors de la zone d’évacuation de Fukushima une semaine après le séisme, a trouvé des légumes contaminés dans les municipalités de Iitate, Kawamata, Tamura, Ono, Minamisoma, Iwaki, Date, Nihonmatsu, Shirakawa, Sukagawa, Ootama, Izumizaki et Saigou ; certains contenaient des concentrations d’iode-131 allant jusqu’à 2 540 000 Bq/kg et des concentrations de césium-137 allant jusqu’à 2 650 000 Bq/kg. Un mois après la fusion des cœurs, la concentration d’iode-131 dans certaines régions dépassait encore 100 000 Bq/kg et le taux de césium-137 était encore supérieur à 900 000 Bq/kg.[38] Dans la préfecture d’Ibaraki, située à une centaine de km au sud de la centrale de Fukushima, le gouvernement local a trouvé des épinards contenant jusqu’à 54 100 Bq/kg d’iode radioactif et jusqu’à 1 931 Bq/kg de césium radioactif. Outre les épinards, la plupart des autres légumes contenaient également des radioisotopes, en particulier, les plants de moutarde avec 1 200 Bq/kg d’iode-131, le persil avec 12 000 Bq/kg d’iode-131 et 2 110 Bq/kg de césium-137 et les champignons shiitake avec 8 000 Bq/kg de césium -37. Des concentrations de radiation moins importantes ont aussi été trouvées dans la laitue, les oignons, les tomates, les fraises, le blé et l’orge.[39]

Lait : Dans les premières semaines de la catastrophe nucléaire, même l’AIEA a lancé un avertissement de ne pas boire de lait venant de la préfecture de Fukushima, car il contenait des taux dangereux d’iode-131 et de césium-137. [40]
Bœuf : La vente de bœuf a été temporairement réglementée quand les taux de radioactivité dans de la viande de bœuf en provenance des préfectures de Fukushima, Tochigi, Miyagi et Iwate ont dépassé les limites de tolérance permises. [41]

Riz : Selon le gouvernement préfectoral de Fukushima, du riz contaminé avec des taux de césium allant jusqu’à 1 050 Bq/kg a été trouvé dans le quartier d’Onami, ainsi que dans la ville de Date. [42] À ce jour, les échantillons de riz venant de Fukushima excèdent encore régulièrement les limites officielles. [43]

Eau de boisson : Au printemps 2011, l’AIEA a averti que les taux d’iode-131 admissibles avaient été dépassés dans les échantillons d’eau de boisson prélevés dans les préfectures de Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Chiba et Saitama entre le 17 et le 23 mars.[44] Même dans les quartiers nord de Tokyo, on a trouvé dans l’eau du robinet contenant 210 Bq/kg d’iode-131 et les habitants ont été prévenus de ne pas la boire. [45]

Poisson et fruits de mer : Aujourd’hui encore, les poissons et les fruits de mer pêchés aux abords de la centrale de Fukushima Daiichi contiennent encore des taux élevés de césium, plus de 10 000 Bq/kg, voire, dans certains cas extrêmes, jusqu’à 740 000 Bq/kg. [46-47-48-49]

Thé : Selon le gouvernement préfectoral de Shizuoka, des feuilles de thé récoltées à 400 km de Fukushima contenaient 679 Bq/kg de césium-137. En juin 2011, du thé vert radioactif a été découvert en France. [50]

Illustration 2.1 : Évaluation de la radioactivité dans les aliments 2011/2012

Illustration 2.1 : Évaluation de la radioactivité dans les aliments 2011/2012

L’illustration 2.1 tirée de la revue Nature [51] montre le nombre d’échantillons d’aliments excédant les valeurs permises et l’évolution de la contamination radioactive dans les aliments sélectionnés au cours de l’année qui a suivi la fusion des réacteurs.

La désintégration naturelle de la radioactivité, les restrictions commerciales et les mesures préventives ont permis une diminution graduelle de la radioactivité dans la plupart des aliments au Japon, excepté le poisson, les fruits de mer, le gibier, les fruits de la forêt, et les récoltes provenant des zones contaminées. Mais il y a eu une importante absorption de radioactivité via la nourriture et l’eau de boisson, notamment la première année de la catastrophe nucléaire. Il faudrait disposer d’une estimation scientifique des doses de radiation individuelles et collectives ingérées avec la nourriture contaminée pour pouvoir évaluer l’ensemble du risque sanitaire menaçant la population affectée.

Mais les rapports des institutions internationales responsables, l’OMS et UNSCEAR, se basent uniquement sur la banque de données alimentaires de l’AIEA, un organisme créé pour « promouvoir l’utilisation sûre, sécurisée et pacifique des technologies nucléaires » et « accélérer et élargir la contribution de l’énergie atomique à la paix, la santé et la prospérité à travers le monde » [52] Les responsables de l’AIEA sont nominés par les organisations nucléaires nationales ; en d’autres termes quand il s’agit d’évaluer les effets des catastrophes nucléaires, l’AIEA se trouve devant un terrible conflit d’intérêts. La base de données de l’AIEA contient 125 826 échantillons d’aliments qui ont été collectés la première année après la catastrophe, dont les deux tiers (66,9 %) toutefois sont des échantillons de viande de bœuf.[53] Quoique les 40 000 échantillons restants soient plus ou moins classés par mois et par lieu de collecte, ils peuvent difficilement être considérés comme représentatifs des vastes quantités de nourriture consommées dans les zones contaminées.

Si dans un pays qui, comme le Japon, compte plus 120 millions d’habitants, entre 6 et 81 œufs sont testés chaque mois, cela permet difficilement d’en tirer des conclusions valables sur la contamination générale des œufs dans le pays. Cela vaut également pour la taille d’échantillonnage ridicule des poissons d’eau douce [11] ou des jus de fruits [63] qui ont été analysés par l’AIEA la première année. Sur un total de 135 isotopes radioactifs, seuls l’iode-131 et le césium-137 ont fait l’objet de tests. Le strontium-90, spécialement inquiétant pour la santé humaine, a été complètement ignoré. On ne sait même pas vraiment si les échantillons ont été prélevés dans des zones où la contamination était basse, moyenne ou élevée. Les taux de radioactivité des échantillons alimentaires collectés par les autorités japonaises sont largement supérieurs à ceux de l’AIEA. Le tableau ci-dessous donne les valeurs maximales des échantillons de légumes dans la base de données de l’AIEA (tirées du rapport de l’OMS sur Fukushima de 2012) [54] et d’échantillons comparables collectés par MEXT, le ministère japonais de la Science et de la technologie. [55] Ni l’AIEA ni l’OMS n’ont expliqué pourquoi ces échantillons n’avaient pas été inclus dans la base de données de l’AIEA.

Radioisotope OMS/AIEA MEXT
Iode-131 54 100 Bq/kg 2 540 000 Bq/Kg
Césium-137 41 000 Bq/kg 2 650 000 Bq/kg

Tableau 2.5 : Différences de valeurs dans les échantillons de légumes

L’estimation des effets sanitaires ne vaut que par la fiabilité des données sur lesquelles elle se fonde. La méthode utilisée pour choisir les échantillons alimentaires et la taille de l’échantillonnage influencent les résultats et par conséquent les calculs des effets sanitaires possibles. À ce jour, une estimation scientifiquement solide des doses de radiations individuelles et collectives ingérées au Japon via une alimentation contaminée n’est ni possible ni voulue politiquement.55


Une première partie de la traduction partielle est parue dans cet article
Télécharger le rapport en anglais: http://www.psr.org/FukushimaReport2016

le 8 avril 2016

Avr 05

Oleg Veklenko, liquidateur à Tchernobyl

Le 3 avril 2016 à Darnieulles, dans le cadre des évènements promus par l’Appel du 26 avril, Vosges Alternatives au Nucléaire a accueilli Oleg Veklenko, liquidateur ukrainien de Tchernobyl .
Il raconte la vie des liquidateurs sur le site de la centrale détruite à l’aide de nombreuses photographies

Conférence de Oleg Veklenko, liquidateur ukrainien de Tchernobyl, sur les hommes qui ont sauvé l’Europe d’un enfer radioactif

https://youtu.be/3TDQBDWiqSI (première partie)
https://youtu.be/hBRVUrOKPdQ (deuxième partie)

Conférence de Jocelyn Peyret sur la lutte des aborigènes australiens contre les mines d’uranium
https://youtu.be/DW_m34MjEgU

Conférence de Claude Kaiser sur un scénario de sortie du nucléaire en moins de 10 ans
https://youtu.be/kNPn_3jECVM


Vous pouvez encore rencontrer Oleg Veklenko jusqu’au 15 avril.
Se reporter au programme ci-dessous

Mardi 5 avril à 20h – Nevers 58000 Salle Stephane Hessel
20 Rue Henri Bouquillard,

Mercredi 6 avril à 20h – Valence 26000 à la MJC du Grand Charran
61 avenue du Grand Charran à Valence

Jeudi 7 avril à 20h – Le Puy en Velay 43000 à la Biocoop
34 route de roderie

Vendredi 8 avril à 20h – Clermont-Ferrand 63000 Salle Multi média
3 Rue Léo-Lagrange 63000 Clermont-ferrand

Samedi 9 avril 20h30 – Léguillac de Cercles 24340 Salle des fêtes

Dimanche 10 avril 17h Moulidars 16290 Ferme-Théâtre de Malvieille
Le Cluzeau

Lundi 11 avril 20h – Poitiers 86000 Le Local
16 rue St Pierre le Puellier

Mardi 12 avril 20h – Alençon 61000 Arts Terre Native
http://www.asso-atn.org/

Mercredi 13 avril 20h30 – Paris 75012 la M.E.O 3 passage Hennel
http://www.sildav.org.

Jeudi 14 avril 20h ! Montreuil 93100 La Guillotine
24 rue Robespierre
http://la-guillotine.fr

Vendredi 15 avril Colloque de 10h à 19h (ELENA à 18h) Paris 75013 INALCO Auditorium
65 rue des Grands Moulins.


Avr 02

Cancers de la thyroïde: Création d’un groupe d’entraide par les familles

Les familles de jeunes patients de la préfecture de Fukushima atteints d’un cancer de la Thyroïde après la catastrophe du 3/11, ont créé un groupe d’entraide qui vise à faire pression sur les médecins et les autorités pour qu’ils améliorent leurs politiques.

Traduction d’un article du journal Asahi Shimbun du 24 mars 2016
http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201603240025

Le « 311 Thyroid cancer family group» souhaite que les gens puissent partager leurs inquiétudes concernant la santé de leurs proches depuis les 5 ans écoulés depuis la catastrophe nucléaire.

Un membre de l’association: «Nous voulons que les responsables de la préfecture de Fukushima et les médecins fassent preuve d’une meilleure compréhension des patients»

Le groupe a été créé par 7 parents et familles de 5 jeunes de Nakadori et de Hamadori (régions centrale et orientale de la préfecture); ils ont subi une intervention chirurgicale sur la thyroïde après la triple fusion des coeurs à la centrale de N°1 de Fukushima.

Hiroyuki Kawai, un avocat de l’association « Daini Tokyo Bar» dirigera le groupe et le représentera. D’autres vont aider à gérer l’association, dont Motomi Ushiyama, un médecin qui a travaillé à la préfecture de Fukushima et a mené une étude sur les habitants des zones contaminées lors de la catastrophe de Chernobyl en 1986.

« Notre objectif est de créer un lieu où les patients, qui restent isolés et ne peuvent même pas parler de leurs inquiétudes et de leurs doutes, puissent se rencontrer et parler ensemble» dit Kawai. «Le fait que les patients et leurs familles soient unis et crient d’une seule voix nous rend plus facile de faire des suggestions de politiques au gouvernement.»

Le groupe envisage, à l’avenir, de mener des poursuites judiciaires contre les gouvernements centraux et préfectoraux, ainsi que contre Tokyo Electric Power Co; mais, pour l’instant, son but principal et de fournir une aide directe aux patients et à leurs familles.

La préfecture de Fukushima continue d’examiner les glandes thyroïdes des habitants âgés de 18 ans ou moins au moment du désastre nucléaire de 2011 et ceux qui sont nés après; cela représente environ 380.000 personnes. Un total de 166 cas ou suspicions de cancer de la Thyroïde a été détecté avant la fin de l’année 2015.

Cependant le groupe d’experts de la préfecture qui examine les statistiques a estimé qu’il était «peu probable que ces cas aient été causés par les radiations»
Sans surprise, les membres du groupe ont considéré ce communiqué officiel avec inquiétude et scepticisme.

Une élève de l’école secondaire de Nakadori a subi l’ablation de la glande thyroïde par un médecin de l’hôpital Universitaire de Fukushima au printemps dernier. Mais du fait que les cellules cancéreuses s’étaient disséminées plus que prévu, elle a maintenant une grande cicatrice sur son cou qu’elle doit couvrir avec un foulard, même l’été.

Sa mère, âgée de 40 ans a déclaré: « Ma fille est plus sujette à la fatigue depuis l’intervention chirurgicale. Jamais auparavant elle ne s’endormait en jouant à ses jeux vidéos qu’elle aime.»

Il y a deux ans, un nodule avait été trouvé dans la thyroïde de cette jeune fille. A l’hôpital, son chirurgien lui a dit: «Nous allons examiner le tissu dont nous pensons qu’il est formé de cellules cancéreuses en plantant une aiguille dans votre cou. C’est très douloureux, c’est donc à vous de décider. Vous avez un mois pour prendre votre décision.»

La jeune fille et sa mère en ont discuté et ont choisi de faire l’examen. Mais quand elles sont retournées à l’hôpital pour obtenir les résultats, la mère a été très choquée: le médecin a jeté à la figure de la jeune patiente: «C’est une tumeur maligne.»
Il a toutefois expliqué qu’il n’y avait pas à s’inquiéter et a dit :«Ce n’est pas une grosse affaire. Les cancers de la thyroïde peuvent être laissés tels quels pendant 6 mois à 1 an; ils ne seront toujours pas une quelconque menace pour la vie.»
Mais quand elle a subi l’intervention six mois plus tard, le médecin a réprimandé la mère: «La tumeur était plus grosse que prévu. Mais qui donc vous a dit qu’on pouvait la négliger pendant 6 mois ?»
Le médecin l’a aussi avertie des possibilités de récidive.

Après l’opération de sa fille, la mêre s’est rendue à une réunion organisée par l’hôpital pour les patients atteints de cancer de la thyroïde, pour qu’ils puissent se rencontrer. Mais ce ne fut pas du tout comme elle l’avait imaginé.
«Nous n’avons entendu qu’un discours à sens unique; ce ne fut pas un forum capable de répondre aux doutes que j’avais. C’était complètement inutile»

Le père d’un jeune homme qui était élève du secondaire en 2011 a été perturbé par l’attitude du même médecin qui a également opéré la thyroïde de son fils.

«Après l’intervention, j’ai demandé à plusieurs reprises au médecin si le cancer avait quelque chose à voir avec la centrale nucléaire, mais il a catégoriquement nié, disant ‘Il n’y a pas de relation’.
De plus, le médecin lui a dit:«Ne dites rien aux médias s’ils apprennent l’intervention chirurgicale de votre fils. Vous savez qu’il n’y a aucune obligation à leur répondre.»

«Mon fils , chaque jour, a peur d’une récidive et d’une métastase.»

Toutefois, le médecin a affirmé à l’Asahi Shimbun, par l’intermédiaire du services des relations publiques de son institution qu’il avait été mal compris.

«Nous portons la plus grande attention à établir un environnement où les patients peuvent parler de leurs inquiétudes et de leurs doutes; et voir des spécialistes de la santé mentale qui s’impliquent avec eux à un stade précoce de leur traitement. Ces efforts se poursuivent également pendant la période post opératoire» a-t-il affirmé par écrit.
« Nous prenons un soin extrème lorsque nous révélons au patient le diagnostic de cancer. Mais maintenant, après avoir été confronté à des interprétations qui n’étaient pas dans mes intentions, je réalise fortement la difficulté qu’il y a à transmettre ce message au patient. Lorsque nous informons les mineurs, nous consultons auparavant leurs parents, nous discutons avec eux avant de prononcer le mot [de cancer].

Le «311 Thyroid cancer family Group» créera des réunions pour promouvoir la mise en réseau des familles de patients; ils pourront y obtenir des conseils et ils encourageront plus de gens à se joindre au groupe.

Les membres du groupe affirment: «Nous voulons d’abord encourager les patients à se rencontrer, à partager des informations et demander une amélioration de leurs environnements médicaux.»

By MASAKAZU HONDA

La version originale de l’article en anglais


Notes:

– 1. Dans la société japonaise, il est mal vu de réclamer, de parler même de ses soucis concernant le nucléaire, la santé de ses enfants. D’où la solitude des familles atteintes.

– 2. Le 10 juin 2014, lors de réunions de la commission de surveillance des dysfonctionnements thyroïdiens, le professeur Suzuki de l’université médicale de Fukushima avait affirmé que la plupart des cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima avaient déjà envahi les ganglions lymphatiques lors du diagnostic.
Ceci en réponse à l’affirmation d’ «experts» qui pensaient que toutes ces opérations, étaient de la surmédication pour une affection finalement sans gravité.
Source: Le Fukushima diary
Voir l’article du 15 Février 2015

Voici ce qu’ont constaté les médecins qui ont travaillé à Chernobyl, dans leur ouvrage
Tchernobyl,Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement
A.V.Yablokov – V.B.Nesterenko – A.V.Nesterenko, Natalia E. Preobrajenskaya:

Chapitre 6.2
L’incidence du cancer de la thyroïde nécessite une attention spéciale, car il constitue la plus répandue de toutes les tumeurs malignes provoquées par la catastrophe. Comme la thyroïde est une partie critique du système endocrinien, le dysfonctionnement de la glande provoque bien d’autres maladies graves.
Les caractéristiques cliniques et moléculaires des cancers de la thyroïde qui se sont développés à la suite de Tchernobyl sont exclusives. Les cancers de la thyroïde de Tchernobyl surviennent pratiquement toujours sous la forme papillaire, sont plus agressifs lorsqu’ils apparaissent et sont souvent associés à une auto-immunité thyroïdienne. En outre, beaucoup sont d’un sous-type inhabituel avec une grande composante solide, se développent rapidement et ont des taux élevés de métastases locales et à distance [Williams et al., 2004 ; Hatch et al.,2005 ; et bien d’autres]. Ils sont également souvent précédés ou accompagnés par des nodules thyroïdiens bénins radio-induits, une hypothyroïdie, une thyroïdite auto-immune et une insuffisance thyroïdienne.

Télécharger la traduction en français de l’ouvrage
Je vous invite à en lire la préface de Alexey V. YABLOKOV,: «Aux lecteurs français», 15 Janvier 2015.

Le 02 avril 2016

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news