Déc 17

Fukushima, bilan d’une situation sanitaire inquiétante

Par CÉCILE ASANUMA-BRICE | 19 OCTOBRE 2015

(Texte reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Tant est grand l’irrationnel en cet affaire, et par-delà les contradictions qui dépassent l’entendement, simultanément à l’annonce des résultats du groupe de recherche INWORKS (Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers) selon lesquels le risque de mortalité par leucémie ou myélome multiple des travailleurs de centrales nucléaires après exposition à des faibles doses est désormais avéré[1], le gouvernement japonais, avec l’aval de l’AIEA[2], a relevé les doses acceptables pour les travailleurs du nucléaire de 100msv/an à 250 msv/an en cas d’urgence[3].

Pour rappel, cette même norme qui était à 20 msv/an avant l’explosion de la centrale de Tepco – Fukushima Dai ichi a été réhaussée à 100 msv/an après l’accident (pour les travailleurs du nucléaire) et à 20 msv/an pour la population civile.
Suite au réhaussement de la norme, lors du seul mois d’août 2015, on compte trois décès parmi les travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi, ce qui porte à 64, selon les chiffres officiels[4], le nombre de travailleurs décédés des conséquences de leur travail.

Devant la vivacité des prises de position concernant les conséquences sanitaires du nucléaire, nous avons jugé nécessaire de refaire un bref bilan sur le sujet, afin de poser une question des plus candides : le nucléaire est-il dangereux pour l’homme ? Où en sont les enquêtes épidémiologiques sur le sujet ? Qu’avons-nous appris des diverses recherches médicales menées à Fukushima après l’explosion de la centrale en mars 2011 ?

Les effets épidémiologiques du nucléaire : Even INWORKS[5]doesn’t work…

Cette étude, menée par 13 chercheurs en épidémiologie provenant tous de laboratoires distincts, a été rendue publique en juin 2015.
Son financement provient du centre de prévention et contrôle des maladies, du Ministère de la santé, du travail et du bien-être du Japon, de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (IRSN), d’AREVA, d’électricité de France, de l’institut national pour la sécurité et la santé (USA), du département de l’énergie américain, du service sanitaire et humanitaire des Etats-Unis, de l’université de Caroline du Nord, du ministère de la santé publique anglais. Les financements de cette recherche relèvent donc principalement d’acteurs impliqués directement dans les intérêts du microcosme nucléaire. Néanmoins, les auteurs de cette recherche précisent que les financeurs ne sont à aucun moment intervenus dans la recherche ou dans la rédaction du rapport, leur rôle s’étant limité à l’autorisation d’accès aux données.
Cette étude a consisté à suivre non moins de 308 297 travailleurs employés dans un équipement nucléaire depuis au moins un an, pour la France : par la Commission d’Energie Atomique (CEA), AREVA Nuclear Cycle, ou l’entreprise nationale d’électricité (EDF) ; les départements de l’énergie et de la défense pour les USA ; et pour l’Angleterre, les employés de l’industrie nucléaire inscrits au registre national des travailleurs de la radioactivité[6].
La méthode utilisée pour suivre l’état de santé des travailleurs a été la régression de Poisson, ou modèle linéaire de fonctions logarithmiques, qui permet de quantifier les associations entre la dose absorbée par la moëlle épinière, et le taux de mortalité par leucémie, lymphoma (tumeurs qui se développent sur les cellules lymphatiques) ou myelome multiple.
Jusqu’à présent les données dont nous disposions provenaient essentiellement de la radiothérapie. On avait par exemple démontré que l’exposition annuelle à des doses de radiations ionisantes était passée de 0,5 mGy par personne en 1982 à 3,0 mGy par personne en 2006 aux Etats-Unis. Ce phénomène a été observé dans la plupart des pays à revenus élevés. D’autres données avaient été accumulées via le suivi épidémiologique des survivants des deux bombes atomiques larguées par les Etats-Unis à Hiroshima et Nagasaki en août 1945. Leur analyse a permis de démontrer le lien de cause à effet entre l’exposition à des radiations ionisantes et le développement de leucémie.
Mais ces résultats ne concernaient que l’exposition à des niveaux élevés de radiation. Les auteurs n’évoquent pas les bases de données effectuées et analysées après Tchernobyl.
L’étude menée par l’équipe de chercheurs de INWORKS quant à elle, prouve la corrélation entre le risque de mort par leucémie et l’exposition à de faibles doses de radiation, via un suivi des individus concernés sur une période de 60 ans.

La raison au service du devoir de soumission

Mais puisque rien n’arrête ceux qui vont se servir à la boucherie ALARA (As Low As Reasonably Achievable – aussi bas que raisonnablement possible)[7], c’est moins d’évidences épidémiologiques que de « raison » dont nos vies dépendraient.
Ainsi, la démagogie en la matière aurait depuis peu remplacé le terme de victime par celui de « personnes affectées » dans ses documents. Ce changement de terminologie, notamment dans les rapports de l’ICRP[8] n’est pas sans conséquence car l’affect, est, en psychologie, ce qui est opposé à l’intellect, et en cela, induirait des comportements qui ne seraient pas rationnellement fondés. En psychologie, l’affectivité est opposée à la cognition, soit aux capacités d’un raisonnement rationnel bien que cette approche dichotomique tende à se nuancer au cours du temps.
En outre, l’utilisation du terme d’affect ici renvoie au discours d’une peur irrationnelle d’un danger mal connu (le nucléaire) qui serait à l’origine d’une radio-phobie. Récemment, l’ICRP s’accorde à dire que ce terme de « radio-phobie » dont elle était l’auteur, est déplacé. Il serait, selon leur nouveau discours, normal que les personnes aient peur car elles seraient dans la méconnaissance. Il s’agirait donc de mettre en place un système d’éducation afin de remédier à l’ignorance régnante. Cette logique est néanmoins en contradiction avec celle développée par les mêmes personnes pour appliquer le principe ALARA, soit : « nous ne savons pas, scientifiquement, quels effets sanitaires ont les faibles niveaux de radioactivité,> que l’on ne sait pas… Cela en dit long sur le poids donné à la simple communication en la matière. Par ailleurs, l’étude Inworks a désormais démontré les conséquences sanitaires concrètes des faibles doses. Ainsi, on peut se demander si la communication mise en place par l’ICRP ne relève pas de l’endoctrinement publicitaire plus que de l’information scientifiquement fondée.

« Faire aussi bas que raisonnablement possible » (ALARA) signifie également, selon Jacques Lochard, que « Le droit au refuge ne peut être une des règles de la radio-protection. Nous devons accepter la situation et faire avec. »[9]. Deborah Oughton (CERAD) complète ces termes prononcés lors du symposium sur l’éthique en radio-protection par « nous devons éduquer les gens aux risques, afin de rendre ce risque plus acceptable ».
Le tout est de savoir par qui ce risque devrait être accepté et pourquoi.
Ces quelques extraits d’intervention choisis parmi d’autres, nous ont amené à nous interroger sur ce qui est très certainement l’une des préoccupations majeures de nos sociétés aujourd’hui, soit le fait que ceux qui effectuent la prise de risque sont rarement ceux qui reçoivent les bénéfices de cette prise de risque. En cela la situation devient inacceptable pour ceux qui en sont victimes. Cela se reflète concrètement par la déterioration de leur état psychologique et se traduit par un taux de suicide qui augmente de façon exponentielle.

Les effets psychologiques du nucléaire : un retour impossible

Nous avions établi un premier bilan en décembre 2014 du nombre de victimes de cette gestion aussi désastreuse que le désastre lui-même, comptabilisant 1170 décès relatifs à l’explosion de la centrale nucléaire de Tepco[10].
Les résultats d’une enquête récente menée auprès de 16 000 personnes réfugiées par l’équipe du professeur Takuya TSUJIUCHI, directeur de l’institut d’anthropologie médicale sur la reconstruction des désastres de l’université de Waseda[11], montre que plus de 40% d’entre elles sont atteintes de troubles de stress post-traumatique (PTSD).
Le professeur Tsujiuchi, interviewé par la NHK le 27 mai 2015, précise que contraindre ces personnes au retour à la vie sur le lieu générateur du désordre psychologique alors même que cet environnement reste instable en raison du taux de contamination et de l’état de la centrale nucléaire en déliquescence, aurait des conséquences dramatiques. Celui-ci précise qu’à la différence des résultats des tests post-traumatiques effectués après des tremblements de terre, il ressort de cette enquête que les victimes ne sont pas confrontées à un simple stress dans la gestion de leur vie quotidienne, mais ressentent une véritable angoisse de mort face à la menace nucléaire.
Selon le professeur Tsujiuchi : « aujourd’hui on fait comme si la catastrophe avait pris fin, alors que ça n’est pas le cas. On coupe l’aide au logement, puis, l’indemnité pour préjudice nerveux, puis les compensations financières pour perte de bien… il n’y aura bientôt plus d’aides au refuge. La situation est très dangereuse. »

Les enquêtes épidémiologiques à Fukushima : Il est toujours trop tôt à moins qu’il ne soit déjà trop tard…

Le 8 octobre 2015, lors d’une conférence de presse à Tôkyô au club des correspondants étrangers du Japon, le Professeur Toshihide TSUDA, épidémiologiste de l’université d’Okayama, spécialiste des retombées sanitaires des pollutions environnementales, exprime son désarroi quant à la manière dont les enquêtes épidémiologiques sont actuellement menées à Fukushima.
L’université médicale de Fukushima ainsi que la Préfecture elle-même, deux acteurs à la tête des investigations menées depuis 2011, estiment encore aujourd’hui, qu’il est trop tôt pour tirer des conséquences sérieuses des résultats obtenus.

Quels sont ces résultats ?

Le professeur Tsuda et son équipe ont repris la totalité des données rassemblées d’octobre 2011 jusqu’en juin 2015. Soit, l’échographie de la thyroïde d’un échantillon de 370 000 personnes agées de moins de 18 ans au moment des faits. Ils ont mené une étude comparative prenant en compte la moyenne connue de développement de cancer de la thyroïde sur l’ensemble du Japon par classe d’âge par année afin de quantifier le rapport de causes à effets entre la pollution engendrée par les isotopes qui se sont répandus dans l’atmosphère après l’explosion de la centrale et l’accroissement du nombre de cancer de la thyroïde chez les enfants de moins de 18 ans dans la région.

« Si l’on fait une comparaison avec la moyenne nationalement connue, on en déduit, que le taux de cancer de la thyroïde des moins de 18 ans a été multiplié par 50. Dans les endroits où le taux est naturellement faible, on trouve une multiplication par 20 fois du nombre de cancer de la thyroïde. Dans les localités (au plan national) où le taux était le plus faible, nous n’avons pas encore détecté de cas de développement de cancer de la thyroïde. »

Le professeur Tsuda se porte en faux face au rapport de l’organisation mondiale de la santé de 2013 qui sous-estime considérablement les conséquences sanitaires de l’explosion de la centrale de Fukushima.
Selon lui, il sera bientôt trop tard pour prendre les mesures qui s’imposent face à une multiplication importante des cancers (il s’agit en particulier de cancers de la thyroïde, de leucémies et de cancers du sein) dans les régions contaminées qui n’ont toujours pas toutes été évacuées, et dans lesquels, bien au contraire, on rappelle les familles réfugiées dites “volontaires” à revenir habiter.
Le professeur Toshihide TSUDA a publié le 5 octobre 2015 les résultats de ses recherches dans la revue internationale Epydemiology[12] et les exposera à l’Institut des systèmes complexes (CNRS) à Paris le 9 novembre prochain.

Dr Asanuma-Brice Cécile
Adjointe au directeur
Bureau régional CNRS Asie du nord (Corée du sud, Taiwan, Japon)
Tel. : 03-3443-8551
Fax. : 03-3443-8552

Références:
[1] Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers (INWORKS) : an International cohort study, Klervi Leuraud, David B Richardson, Elisabeth Cardis, Robert D Daniels, Michael Gillies, Jacqueline A O’Hagan, Ghassan B Hamra, Richard Haylock, Dominique Laurier, Monika Moissonnier, Mary K Schubauer-Berigan, Isabelle Thierry-Chef, Ausrele Kesminiene, 22 juin 2015.
[2] Agence Internationale à l’Energie Atomique
[3] NHK News, 25 Juillet 2015. 緊急時の被ばく線量 上限引き上げ案を審議
Nikkei, 15 août 2015, 原発作業員の被曝限度上げ、緊急時250ミリシーベルトに 規制委
http://www.nikkei.com/article/DGXLASDG08H1Q_Y5A700C1CR0000/
[4] Journal Nikkan Gendai du 26 août 2015 :
http://www.nikkan-gendai.com/articles/view/news/163113
[5] Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers
[6] dixit : National Registry for Radiation Workers in the UK.
[7] Principe de précaution en matière de radio-protection lorsqu’il y a incertitude sur la relation dose-effet.
[8] Commission internationale de Protection Radiologique. Symposium 2-3 juin 2015 à l’Université Médicale de Fukushima : workshop sur les questions d’éthique dans le domaine de la radio-protection, organisé par l’université médicale de Fukushima et l’ICRP
[9] Prononcé en anglais : « The right of refuge could not be one of radio-protection rules. We have to accept situation and deal with ». Ibid.
[10] Cecile Asanuma-Brice (2014) : Beyond reality: The management of migratory flows in a nuclear catastrophe by a pro-nuclear State, Japan Focus, nov. (en anglais)
[11] Waseda Institute of Medical Anthropology on Disaster Reconstruction
[12]http://journals.lww.com/epidem/Abstract/publishahead/Thyroid_Cancer_Detection_by_Ultrasound_Among.99115.aspx


L’article original:
ICI ET
Article reproduit ici avec l’aimable autorisation du Dr Cécile Asanuma-Brice


articles liés:

  • Le déni des responsabilités du nucléaire par les institutions officielles de l’ONU
    Dr Gordon Edwards président du CCNR (Canadian Coalition for Nuclear Responsibility)
  • Même à de faibles doses, l’exposition aux rayonnements accroît le risque de décès par leucémie chez les travailleurs du nucléaire
    Une étude du Centre International de Recherches sur le Cancer (CIRC)-26 juillet 2015
  • Les cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima sont bien dus à la radioactivité (11 octobre 2015)
    Un épidémiologiste japonais, le prof. Toshihidé TSUDA de l’université de Okayama a publié avec son équipe une synthèse qui démontre que les cancers de thyroïde découverts à Fukushima sont bien liés à l’irradiation de l’accident de Fukushima.
  • Une Synthèse des conséquences sur la santé du désastre de Fukushima par le dr Ian FAIRLIE

Le 17 Décembre 2015

Les dangers du nucléaire viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Le nucléaire, outre ses énormes dangers propres,
n’est pas une solution valable à la lutte contre l’effet de serre.

voir l’étude WISE – PARIS

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Déc 13

Fukushima. Des citoyens se réapproprient les ressources d’énergie locales

et prennent leur avenir en mains

Un article du journal Asahi Simbun du 1 mai 2015 (traduction Vivre-après Fukushima)

Fukushima doit récupérer ses ressources énergétiques pour éviter les «chaudrons de l’enfer»

KITAKATA, préfecture de Fukushima

Yauemon Sato, de la neuvième génération de dirigeants d’une brasserie de Saké, en exploitation ici depuis 1790, compare les réacteurs détruits de la centrale de Fukushima N°1 aux «chaudrons de l’enfer».

Dans un précédent entretien avec l’ Asahi Simbun, Sato (http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201504190028) déclarait que le désastre nucléaire « continue de se reproduire chaque jour»; il se réfère à l’énorme stock d’eau radioactive qui ne cesse de croître – et fuit souvent- plus de 4 ans après la fusion des coeurs.

Aizu Dentyoku, une compagnie d’énergie qu’il a fondée en 2013 a été sa réponse à la question de savoir quelle direction devait prendre la «renaissance de Fukushima» après le désastre nucléaire.

En tant que chef d’entreprise, Sato était déterminé à ne pas se contenter d’un «simple mouvement social».
Il gère maintenant plus de 20 centrales solaires.

Sato prévoit également de se lancer dans la production d’électricité par micro-centrales hydrauliques et par l’utilisation de la biomasse ligneuse; ce qui permettra à son entreprise de puiser dans les ressources générées par l’eau abondante et les forêts de la région d’Aizu, dans la partie Ouest de la préfecture de Fukushima où se situe Kitakata.

«Aizu dispose de suffisamment de ressources pour être auto-suffisante» affirme Sato. «Initialement, l’eau du lac Inawashiroko et l’eau de la rivière Tadamigawa étaient pour nous. Il est probablement temps de les récupérer».

Voici des extraits de l’entretien:

Question: Qu’est-ce qui vous pousse à être si actif, y compris dans l’utilisation des énergies renouvelables ?

Sato: Vous connaissez le chaudron de l’enfer ? Vous serez envoyés en enfer et bouilli dans ce chaudron si vous agissez mal. Et il y a 4 de ces chaudrons dans la préfecture de Fukushima, dans la centrale Fukushima N°1 gérée par Tokyo Electric Power Co.

Question: Vous parlez des réacteurs N° 1 à 4 qui ont succombé aux accidents. C’est cela ?

Sato: Oui et la catastrophe n’est pas terminée. Elle continue de se produire chaque jour.
Plus de 300 tonnes d’eau fortement contaminée par des substances radioactives sont générées chaque jour à la centrale nucléaire, vrai ?
Nous avons une entreprise familliale, une brasserie de saké avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 350 millions de Yens ($2,9 millions). Chaque année nous brassons environ 300.000 litres de saké qui pèsent environ 300 tonnes. Il y a plus d’eau radioactive générée chaque jour que le saké que nous produisons en un an.

Question: La totalité du village de Iitate, préfecture de Fukushima, reste à ce jour évacué à cause de la catastrophe nucléaire.Vous avez soutenu Iitate avant que le désastre nucléaire ait été déclenché par le grand tremblement de terre du grand est et le tsunami. Pouvez-vous préciser votre travail ?

Sato: Tout a commencé quand la chambre de commerce et de l’industrie du village m’a demandé de brasser du saké avec du riz d’Iitate. J’ai accepté d’être un « ambassadeur Madei» pour aider le village, et la cérémonie de de nomination a eu lieu en janvier 2011. Le désastre nucléaire est suvenu seulement deux mois plus tard.
Iitate n’a rien à voir avec l’énergie nucléaire. Je me suis dit: « Je vais devoir aider d’une façon ou d’une autre».

Question: «Madei» qui signifie quelque chose comme «cordialement» dans le dialecte local est le slogan des efforts de développement de la communauté d’Iitate n’est-ce pas ?

Sato: Oui. Norio Kanno, le maire de Iitate, a déclaré lors de la cérémonie de nomination que le développement communautaire du «village Madei» était presque achevé. Mais tout a été ruiné par le désastre nucléaire.
Pour commencer, pourquoi la préfecture de Fukushima héberge-t-elle autant que 10 réacteurs nucléaires ? Eh bien, c’était pour envoyer l’électricité à Tokyo. Mais les habitants de Fukushima n’ont pas élevé suffisamment la parole en face du du gouvernement central et de Tepco.
Voici quelques-unes des idées que je partageais avec Yumiko Endo, ancien chef du conseil préfectoral de Fukushima pour l’éducation, et avec Norio Akasaka, un professeur d’ethnologie à l’université Gakushuin qui a lancé les «études Tohoku». Et la première chose que nous ayons faite a été de lancer dans l’été 2011, «Fukushima Kaigi», un forum pour les citoyens avec pour sujet «la renaissance de Fukushima».

Question: Ce forum vous a donné l’occasion de rencontrer Jun Yamada, un conseiller principal à «Qualcom Japan», le bras japonais du grand fabricant de puces américain; vrai ?

Sato: Oui, Yamada et moi avons discuté de ce que nous devrions faire à partir de ce moment là; et nous avons conclu que nous étions tous deux des dirigeants d’entreprise qui en aucun cas ne vivaient à l’écart du monde dans leur bibliothèque.Il ne servait à rien de seulement maudire le gouvernement central et Tepco. Nous ne devions pas nous contenter d’un simple mouvement social. Ainsi, nous avons finalement conclu: Pourquoi ne pas créer une entreprise ?

Question: Et l’entreprise que vous avez crée est «Aizu Denryoku», n’est-ce pas ?

Sato: Oui. Imaginez: quelles sont les conditions requises pour la vie humaine ? Vous ne pouvez rester en vie que si vous disposez d’eau, d’aliments et d’énergie.
Les 17 municipalités de la région d’Aizu dans la préfecture de Fukushima ont, ensemble, une population de 280.000 personnes ou plus. Et la région dispose de suffisamment de riz et d’énergie pour être autonome. Les seules centrales hydro-électriques de Aizu ont suffisamment de puissance pour couvrir la demande d’énergie de tous les foyers de la préfecture.

Question: Mais ces centrales hydro-électriques appartiennent à Tepco, Tohoku Electric Power Co. et Electric Power development Co. La plupart de l’électricité qu’ils produisent est envoyée vers la grande région de Tokyo. Que pensez-vous de cet arrangement ?

Sato: Les droits d’utilisation de l’eau pour produire de l’énergie ne sont pas entre nos mains. Mais l’eau du lac Inawashiroko et celle de la rivière Tadamigawa étaient considérées comme les nôtres. Il est probablement temps de les récupérer.
Les centrales nucléaires également se trouvent sur le sol de la préfecture de Fukushima. Pourquoi nos ressources sont-elles toujours emmenées ailleurs ? Allons récupérer ce qui a été emporté loin de chez nous – voilà ce que je dis.

Question: Tohoku Electric a limité la quantité d’électricité qu’il achèterait aux producteurs d’énergie renouvelable. Comment voyez-vous la lourde tâche de briser les intérêts acquis ?

Sato: Mon père a commencé à court-circuiter les grossistes et détaillants pour vendre notre saké directement aux touristes à Kitakata. Cela a déclenché de terribles indignations chez les associations de grossistes et détaillants. Mais lorsque les clients, une fois acquis un désir pour nos produits, ont commencé à passer commande chez les détaillants, ces derniers , à la fin, ont bien du vendre nos produits. Une clientèle ne manquera jamais de se matérialiser si vous fabriquez des produits fins.

Question: Il y a un cercle croissant de personnes qui pensent comme vous. «Iitate Denryoku», une compagnie d’électricité solaire a été créée à Iitate en septembre 2014 avec vous comme vice président. Comment cela se passe-t-il ?

Sato: Un autre groupe de personnes à Tadami, préfecture de Fukushima, se prépare à créer une compagnie de production d’électricité, «Tadami Denryoku». Quatre des 17 communes de la région d’Aizu – Inawashiro, Bandai, Nishi-Aizu et Kita-Shiobara- ont décidé en Mars d’investir dans Aizu Denryoku.
Nous projetons de créer ce que nous pourrions appeler une « société anonyme de nature publique». Nous sommes toujours confrontés à de multiples défis, comme celui de la question des droits d’usage de l’eau. Dans les années à venir nous prévoyons de diffuser la création de microcentrales électriques qui vont utiliser l’eau des rivières et autres sources famillières; et l’utilisation de la biomasse en provenance du bois des forêts et d’autres sources.
Nous avons commencé par la production d’énergie solaire pour consolider les fondations de notre compagnie.

Question: Vous appelez tous les conseils municipaux d’Aizu à injecter du capital dans votre compagnie. Quel rôle attendez vous des municipalités ?

Sato: Un développement communautaire est en place pour les populations locales dans le secteur privé; et ce n’est pas quelque chose que les administrations sont censées prendre en charge.
Les administrations sont là pour sauvegarder ce que fait le secteur privé. Voilà comment les efforts pour promouvoir Kitakata, (comme) une ville d’entrepôts et une «ville de ramen» ont décollé et sont en bonne voie.

TOSHIHIDE UEDA – Asahi simbun du 1 mai 2015


L’article original en anglais

Notes:

Le journaliste n’a pas traduit «ramen» en anglais. Je n’en ai pas trouvé la signification. Si un lecteur la connait, je serai ravi qu’il nous en fasse part.

14 Décembre:
Merci à Mathieu qui nous fournit les indications pour comprendre la dernière phrase:

Les entrepôts, kura en japonais: ce sont des constructions destinées à stocker les choses précieuses de la maisonnée, ou bien les récoltes, des outils; les stocks des commerçants, même des munitions de l’armée etc… on en trouve donc de toutes tailles, en bois, en pierre etc…de la cabane de jardin au grand entrepôt. Les kura de Kitakata étaient réputés.
Détails sur les kura

Les Ramen : ce sont des plats de nouilles très prisés au Japon. Kitakata est aussi réputé pour ses restaurants de ramen.
La page de wikipedia sur Kitakata

La phrase reste un peu ambigüe; je pense que Mr SATO souhaite que Kitakana soit connu également pour autre chose que pour ses restaurants et ses nombreux et beaux entrepôts

En France aussi des citoyens prennent le problème en mains:
  • Voyez Enercoop une coopérative chez qui on peut acheter son électricité exclusivement propre et même être fournisseur
  • Voyez Énergie partagée qui a déjà 30 projets d’énergie citoyenne en France
  • Voyez cet article du monde
  • Des municipalités françaises sont déjà productrices d’énergie renouvelable

le 13 décembre 2015

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

Déc 08

Fukushima est un problème mondial de sécurité

De Matsuhei Murata, ancien ambassadeur du Japon en Suisse

Le 1 Novembre 2015

Préface

L’absence de signification donnée à la crise de Fukushima forme un contraste frappant avec la gravité de cette crise.
Indéniablement, Fukushima est maintenant un problème mondial de sécurité.

La contamination de l’océan pacifique et de l’atmosphère par les rayonnements ionisants issus des réacteurs nucléaires détruits de Fukushima reste imparable; elle menace la côte Ouest des États Unis. Le Japon devrait faire le maximum d’efforts pour faire face à la crise de Fukushima en se retirant des jeux olympiques de Tokyo qui disséminent la fausse impression que Fukushima est sous contrôle.

La détérioration de la situation à Fukushima

Le Japon est confronté aux conséquences d’un accident encore jamais vécu par l’humanité: la destruction et la fusion simultanée de 3 réacteurs nucléaires commerciaux.
Quatre ans et demi après la catastrophe du 11.3, il est démontré qu’un acccident nucléaire grave ne peut pas être contrôlé par un seul état. Le gouvernement japonais est déterminé à redémarrer ses réacteurs et à exporter la technologie nucléaire sans avoir élucidé pleinement les causes de l’accident.

La majorité des japonais critique sévèrement cette conduite, la jugeant immorale et irresponsable. La question est posée de savoir si le Japon a l’aptitude à la gestion et les capacités nécessaires pour faire face à cette crise qui couve.

Les coeurs fondus des réacteurs des unités 1,2 et 3 restent inaccessibles à cause des niveaux de radiations mortels qu’ils émettent; elles détruisent même les robots qui sont envoyés pour les localiser et les inspecter. Leurs cuves de confinement nécessitent un constant flux d’azote de façon à maintenir de faibles concentrations en Oxygène pour prévenir des explosions d’Hydrogène.

Le territoire japonais pourrait devenir inhabitable sur une grande étendue si les barres fondues de combustible nucléaire se trouvaient exposées à l’atmosphère à travers de fissures dues à un énorme tremblement de terre ou à cause de la liquéfaction des sols du site qui provoqueraient l’effondrement et des brèches dans les piscines de combustible usé.

Le problème des travailleurs sur le site est très grave. Le nombre moyen de travailleurs chaque jour est maintenant de plus de 7.000. Mathématiquement cela nécessite plus de 2,5 millions de travailleurs chaque année.[voir note] Le démantèlement des réacteurs sur le site prendra polusieurs dizaines d’années. Cela fait frémir.

Le premier redémarrage a eu lieu sans que la sécurité soit pleinement assurée et sans que des systèmes fiables d’évacuation des résidents soient établis.

L’ensemble du Japon est menacé par une dégradation de la situation des barres de combustible fondues; celles-ci continuent de diffuser largement de grandes quantités de dangereux radionucléides dans la mer et dans l’atmosphère. L’émission continue de vapeur évoque la possibilité du retour d’une situation de criticité sur le site.La nécessité d’une expertise internationale concernant la suspicion d’un retour de criticité sur le site est indéniable; cela devrait mener à une coopération internationale, indispensable pour pour faire face efficacement à l’accident.

La contamination continue de la mer sans aucune perspective de solution déshonore le Japon, ce qui fait qu’il est critiqué car il nuit à l’environnement mondial. En dépit de tout cela, on tente honteusement de cacher Fukushima.

Les jeux olympiques de Tokyo ont été décidés avec la fausse assurance que Fukushima avait été mis sous contrôle.

Le monde est menacé par la dissémination de la contamination

Récemment, un fort typhon a touché l’Est du Japon, provoquant des innondations telles qu’on n’en avait pas vues depuis 50 ans.Vous pouvez imaginer l’extraordinaire quantité de Césium, de strontium et autres isotopes à nettoyer, disséminés à des centaines de miles du site de la catastrophe et maintenant déplacés par les innondations dans des villages nouvellement contaminés.

Des quantités croissantes d’eau contaminée ont été stockées dans près de 1.000 réservoirs fabriqués à la hâte qui souvent fuient. Leur volume total dépasse largement les 600.000 tonnes et se rapproche de ses limites; il est possible qu’elles soient finalement toutes rejetées à la mer.

Les conséquences de la contamination radioactive de l’Océan Pacifique, du Japon à la côte ouest des États Unis, nécessitent une attention accrue. Certains experts estiment maintenant que la vague de radiations venant de Fukushima sera dix fois plus grande que l’addition des radiations de tous les essais nucléaires réalisés dans l’histoire. Certains rapports indiquent que des niveaux dangereux de radiations ont été relevés dans les neiges du Texas, du Colorado et du Missouri; ils annoncent que les États Unis vont devoir affronter les conséquences les plus graves de ce désastre historique et apparemment imparable.

Les jeux Olympiques de Tokyo font minimiser la crise de Fukushima.

Il est indéniable que les jeux olympiques de Tokyo constituent un sérieux obstacle pour faire face aux conséquences de désastre du 11 mars, en faisant augmenter les prix des matériaux de construction et en aggravant la forte pénurie de main d’oeuvre dans la région.

Le magazine « Monthly Japan» a publié mon article en septembre 2015. Il est intitulé «Un retrait honorable des jeux olympiques de Tokyo»; il a été publié à une place centrale. Les réactions sont notables et s’accroissent.

Dans mon récent message au premier ministre Shinzo Abe, je lui ai proposé d’annuler les jeux olympiques de Tokyo et d’annoncer em même temps la candidature du Japon pour les jeux de 2028 ou 2032. L’estimation du coût total, 3 milliards de Yens selon le gouverneur de Tokyo, a choqué le public. Près de 90 fois moins ( 34,5 milliards de Yens ) a été dépensé par le gouvernement pour faire face au problème de l’eau contaminée de Fukushima Dai ichi. Les jeux olympiques de Tokyo détournent l’attention de Fukushima et donnent au monde la fausse impression que Fukushima ne représente plus une menace. La promotion des jeux olympiques de Tokyo se fait au détriment des fonds nécessaires pour répondre à la multitude de catastrophes environnementales créées par les réacteurs détruits de Fukushima.

Les engagements initiaux des jeux olympiques de Tokyo ont maintenant tous été brisés. Le plan original de stade national a été annulé. L’emblème des jeux olympiques, suspecté de plagiat a été abandonné. Un éditorial du journal Asahi daté du 25 septembre 2015 a exprimé son étonnement devant l’irresponsabilité et l’incurie du comité d’organisation. Le CIO pourrait disqualifier Tokyo. Le Japon est maintenant obligé de choisir entre un retrait honorable et une disqualification honteuse.

L’avenir des jeux olympiques est en jeu. C’est en croyant en l’esprit des jeux olympiques, au mouvement olympique, que je plaide pour une retraite honorable; de façon que le Japon puisse consacrer le maximum d’efforts pour contrôler la crise de Fukushima.

Matsuhei Murata

L’article en anglais sur le site global Ethics. (traduction «vivre après Fukushima»)

Un résumé de l’article sur Enenews en anglais


Mitsuhei Murata est né à Tokyo en 1938. Diplomate de carrière, il est entré au ministère des Affaires étrangères en 1960 après avoir été diplômé en droit de l’Université de Tokyo. Il a servi en tant que Directeur Général Adjoint du Bureau des Nations Unies au Ministère des affaires étrangères; Vice-Secrétaire Général, Commission du Commerce Équitable; ancien ambassadeur du Japon au Sénégal ainsi qu’en Suisse avant de prendre le poste de Professeur Honoraire à l’Université de la Science et de la Technologie de Tianjin (Chine) et professeur de civilisations comparées à l’Université Tokai Gakuin de Nagoya au Japon. Il est actuellement directeur exécutif de la Japan Society for Global System and Ethics, et conseiller auprès de la Peace Research Foundation, USA.

Le 8 Décembre 2015


NOTE: Le 16 décembre 2015:merci à Pierre de nous signaler qu’au lieu de « Mathématiquement cela nécessite plus de 2,5 millions de travailleurs chaque année» il serait plus exact d’écrire «2,5 millions de jours-travailleurs» car les travailleurs restent tant qu’ils n’ont pas atteint la dose maxi. C’est en effet plus précis.

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
Les Veilleurs de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.

Déc 02

Évacués de Fukushima: le gouvernement veut cesser l’aide au relogement début 2018

Ce qui obligera les réfugiés à retourner vivre en milieu contaminé

Un entretien avec Ken Sakamoto qui milite pour le maintien de l’aide au logement

Voici des extraits de la version française d’un entretien avec Ken SAKAMOTO.
Traduction «nos voisins 311»
La version française complète
La version originale de l’entretien, en anglais et japonais

INTRODUCTION à l’entretien

Par «evacuate fukushima»

Avec les Jeux Olympiques à l’horizon et pour montrer au monde que le Japon a totalement récupéré du triple désastre qui a frappé la région de Tohoku en 2011, y compris la crise en cours de Fukushima et au-delà, Sinzo Abe et les gouvernements locaux ont clairement indiqué aux dizaines de milliers d’évacués qu’il est temps de rentrer dans leur région d’origine.
Le Japon affirme qu’une quantité suffisante de travaux de décontamination a été réalisée pour que les évacués retournent en toute sécurité sur leurs terres contaminées.
Cependant, beaucoup d’entre eux n’acceptent pas la propagande déployée par les gouvernements locaux et sont réticents à rentrer et ce à juste titre.

Afin d’accélérer le processus de retour, le gouvernement a adopté des mesures drastiques, à savoir arrêter l’aide au logement et les autres compensations, à la grande majorité des évacués d’ici la fin mars 2018, les obligeant ainsi à retourner dans leur lieux d’origine.

Malgré une très mauvaise information par les medias japonais, Fukushima a été témoin d’un énorme acte de résistance de la part des résidents; de nombreux citoyens se sont organisés en groupes et associations à but non lucratif, déterminés à lutter contre des réformes exerçant des pressions sur les évacués. Un des leaders les plus dévoués est Ken Sakamoto que j’ai eu le privilège de rencontrer via les réseaux sociaux. Il m’a été présenté par une de mes chères amies d’Evacuate Fukushima福島の子供を守れ,Yukiko Young. M. Sakamoto est un être incroyable et se bat avec tout son cœur et son esprit afin de protéger la vie des enfants et des résidents de Fukushima.

M. Sakamoto a accepté d’être interviewé par nous et nous lui avons promis de diffuser l’entretien autant que possible, et de le partager ; espérons-le, beaucoup plus largement que ce que les media ont fait jusqu’à présent, contre leur gré. Nous sommes tous une plateforme pour transmettre au monde les voix oubliées de Fukushima.

Veuillez lui apporter votre soutien et aussi aux milliers de victimes en lisant cet entretien et en le partageant largement.
A la fin de l’article, vous trouverez les liens où vous pouvez faire un don qui sera de l’aide directe aux victimes. Beaucoup de gens m’ont demandé comment ils pouvaient aider. Voici la solution !

Evacuate Fukushima


Ken Sakamoto

坂本健 Ken Sakamoto and Tatsuyo Young
– Courtesy of 坂本健

Extraits de l’Entretien:

Nelson :
Qu’est ce qui vous a amené à cette lutte pour protéger les droits des habitants de Fukushima ?

Sakamoto :
Jusqu’à présent, beaucoup de citoyens ainsi que les experts, ont fait remarquer l’insuffisance des politiques. Ainsi le gouvernement central et la préfecture de Fukushima se renvoient la responsabilité, ignorent les nombreuses voix du peuple tout en menant une politique d’abandon vis à vis d’une partie de la population, quoique de manière camouflée. En effet, pour protéger les enfants, nous devons défendre nos droits à l’évacuation, et assurer la perennité de leur hébergement est crucial. Telles sont les raisons pour mes actions aujourd’hui.

Nelson:
Si je comprends bien, l’aide au logement pour les déplacés se termine à la fin de l’année fiscale 2016 (au mois de mars 2017) pour les zones dont la radioactivité ambiante est au-dessous de 20mSv/an, et à la fin de l’année fiscale 2017, partout où la radioactivité sera en dessous de 50mSv/an.
A la fin de 2018, il n’y aura plus aucune compensation. Qu’est ce que cela signifie pour les milliers de familles qui ont du reconstruire leur vie ailleurs et qui devront recommencer une vie nouvelle ?

Sakamoto :
Votre commentaire sur la remise à zéro est tout à fait correct. A mon avis, le gouvernement central a constamment déployé des efforts pour minimiser les dommages de l’accident nucléaire tout en exerçant des pressions sur les médias. On peut presque parler ici d’un contrôle de l’information.

La préfecture de Fukushima a mis en priorité la sauvegarde du gouvernement local plutôt que la santé et la vie de ses ressortissants. L’ETHOS qui avait été actif dans les coulisses à Tchernobyl est entré en scène sans tarder à Fukushima, et a recommandé de vivre avec la radiation, prétendant qu’il était là pour protéger la santé des habitants de Fukushima.
Derrière la série des événements, on aperçoit les figures de l’AIEA, de la CIPR et de l’UNSCEAR. Toutefois, j’ai l’impression que l’éducation après guerre a fait des Japonais un peuple docile qui suit les autorités et les média aveuglément. Même si la diffusion de l’accès à l’internet empêche le contrôle complet de l’information, le fait est que les personnes n’ayant pas accès à une information véridique, ne se rendent même pas compte qu’ils sont dupés. Ceux qui ne sont pas conscients de la manigance du gouvernement se laissent abuser à cause de leur discrétion, élément caractéristique du caractère japonais. Parmi ceux qui bénéficient de la ”Compensation” (quoi qu’insuffisante ), beaucoup ne réalisent même pas qu’ils ont été manipulés à ne pas réclamer leurs droits légitimes à cause de leur sentiment de culpabilité vis-à-vis des personnes qui elles sont privées du droit à la “Compensation”. Une partie de sinistrés ont fini par accepter leur situation comme inévitable. C’est dommage.
Toutefois, il existe également des déplacés ayant une forte conscience de leurs droits qui s’élèvent contre cette maltraitance injustifiable.
Le gouvernement central ainsi que TEPCO, les auteurs, non seulement ne reconnaissent pas leur responsabilité pénale mais ils essaient en plus de s’en tirer sans remplir la responsabilité de la “Compensation”. Cela me met en rage. A cause de députés parlementaires sans coeur, à cause du sabotage et de l’absence de prise de décision de la part des administrateurs, les victimes ne peuvent que vivre au jour le jour, et dans la situation où ils se trouvent, ne voient plus que l’option de la mort.

Les autorités ne jouissent pas de l’adhésion des sinistrés.

Nelson :
Quel est le consensus parmi les membres des familles concernant un tel déplacement? J’ai lu quelque part que 40% ne souhaitent pas rentrer, ce qui est compréhensible. Est ce exact ?

Sakamoto :
En ce qui concerne les évacués de la zone d’exclusion où l’ordre d’évacuation a été appliqué, la part de la population souhaitant retourner est d’environ 20%. Ceux qui n’arrivent pas à prendre une décision définitive et continuent la vie de réfugié représentent entre 30 et 40%. Le reste de la population, c’est-à-dire entre 40 et 50%, considère qu’il n’est pas possible de rentrer, et souhaite reconstruire leur vie ailleurs rapidement. Au fur et à mesure que la période d’évacuation s’allonge, la part de la population qui considère qu’il n’est pas possible de rentrer augmente.


Quant aux auto-évacués (ntr : ceux qui ont quitté des régions en dehors des zones d’évacuation officielles), la grande majorité souhaite demeurer où ils sont, et ce souhait est de la première importance pour eux. Il existe de plus en plus de personnes qui sont rentrées malgré elles pour des raisons financières ou à cause de conflits au sein de la famille. Généralement, les gens ne comprennent pas la situation des refugiés. Aussi, il est difficile de dire combien de refugiés comprennent pleinement la démarche d’arrêt de l’aide de “Compensation” de la préfecture de Fukushima. Dans ce sens, une audition publique est nécessaire, et la préfecture de Fukushima a la responsabilité de s’expliquer.

Nelson :
Les autorités locales ont l’air de croire qu’elles ont réussi à décontaminer suffisamment les régions contaminées pour y faire retourner les familles avec leurs enfants. Qu’en pensez-vous ? Y a-t-il suffisamment d’infrastructures sur place pour accueillir un si grand nombre de personnes qui vont rentrer – hôpitaux, supermarchés, écoles ?

Sakamoto :
C’est le planning des bureaucrates, ils essaient de détourner l’attention du peuple japonais de l’accident de la centrale nucléaire et de l’orienter vers les Jeux Olympiques en suscitant leur enthousiasme.

Quant aux infrastructures, leur mise en place est retardée par le manque de main-d’œuvre dû à la préparation des Jeux Olympiques. Cela freine aussi la construction de logements publics, ce qui rend difficile la levée de l’ordre d’évacuation au mois de mars 2017.

Ils vont donc dire que les infrastructures sont prêtes pour le retour et ceux qui ne rentrent pas devront reconstruire leur vie avec leurs propres moyens. D’ores et déjà, les gouvernement central et de Fukushima incitent à « l’autonomisation » des évacués.
La démarche du gouvernement actuel est de créer une ambiance sociale requérant l’autonomisation des réfugiés, et de créer une situation dans laquelle ceux-ci n’auront d’autres options que de retourner dans leur région d’origine. Pour ce faire, il arrête les aides et la compensation, en se basant sur la mesure de la radioactivité ambiante comme seul critère pour lever l’ordre d’évacuation, sans faire face à la réalité de la radio-contamination.

Nelson:
Selon l’ICRP, le public ne devrait pas être exposé à plus de 1mSv/an. Les autorités parlent-elles réellement de 50mSv/an ou moins, comme la dose sans risque pour faire rentrer les enfants ? Quels sont les arguments fournis par les autorités locales aux évacués afin de les convaincre de rentrer– à part, bien sûr, de les priver du statut d’évacué et de la ” Compensation” ?

Sakamoto :
Malheureusement, le gouvernement central diffuse des informations erronées en profitant de l’ignorance du peuple japonais sur la radioprotection, et le mène en bateau en impliquant les gouvernements locaux.
C’est ainsi que les gens qui croient en leur sécurité sans même en discuter, ou les gens qui veulent y croire, soutiennent la politique du retour. Le gouvernement utilise leur sentiment de vouloir reconstruire leur pays natal qui n’a rien à voir avec la logique scientifique.


Le gouvernement maintient son point de vue selon lequel l’exposition à la radioactivité jusqu’à 100mSv/an n’est pas censée avoir des effets sanitaires. Quant à la dose inférieure à 50mSv/an, cela va sans dire

Afin d’implanter dans le peuple japonais l’idée selon laquelle les gens qui parlent des effets sanitaires ne sont qu’une petite partie de la population trop nerveuse et trop inquiète, des chercheurs et des universitaires sous l’influence du lobby nucléaire français mènent des activités de lavage de cerveau au sujet de la sécurité auprès des organismes d’administration, des comités d’éducation et des organisations à but non lucratif, et ce, en utilisant le budget de la reconstruction.
Puisque les fonctionnaires ont l’habitude de transmettre la volonté de leur supérieur hiérarchique aux subalternes sans se poser de question, la voix des habitants n’est pas entendue et par conséquent n’est évidemment pas prise en considération.

Nelson :
C’est une question personnelle et vous n’êtes pas obligé d’y répondre. J’ai compris que vous êtes vous-même un évacué de Tomioka et que maintenant vous habitez à Yokohama. Vous êtes en première ligne de feu. Il vous faut beaucoup de courage pour vous déplacer dans un nouvel environnement et vous insérer dans de nouvelles communautés. Pendant quatre ans, les évacués ont été forcés de reconstruire leur vie afin de s’adapter à ce nouvel environnement. Maintenant, ils doivent rentrer s’ils ne peuvent plus subvenir aux besoins de leur famille et recommencer à zéro. Alors ma question c’est, retournerez-vous à Fukushima ?

Sakamoto:
Je n’en ai pas l’intention. La plus grande partie du territoire de la préfecture de Fukushima est contaminée à une dose équivalente aux zones contrôlées radioactives. Considérant le fait que la demi-vie du Césium 137, – radionucléide le plus présent -, est d’environ 30 ans, la possibilité d’une nouvelle crise à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, et le fait que son démantèlement nécessiterait quelques centaines d’années, je ne prends pas le choix du retour. Si je rentre, cela signifie que mes enfants ainsi que mes petits-enfants y retournent également.

Je ne peux même pas considérer la possibilité d’imposer l’irradiation aux générations de mes enfants et petits-enfants.

Lire en entier la traduction française de l’entretien
l’entretien en anglais et japonais


Note

Mr Sakamoto évoque l’influence du lobby nucléaire français: c’est le programme ETHOS
Ce programme, créé par le lobby nucléaire français vise à réinstaller les populations évacuées dans leur ancienne région contaminée. Il a été créé de suite après Tchernobyl. Il travaille à persuader les populations et les gouvernants qu’on peut très bien vivre en territoire contaminé.
Ethos travaille maintenant à Fukushima.
Voyez ce qu’en dit la «journaliste indépendante et mère indignée» Mari Takenouchi

Le 02 décembre 2015

L’information en français sur Fukushima:
La revue de presse hebdomadaire de PECTINE
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