Août 21

Réflexions sur l’avenir de la civilisation industrielle et nucléaire

De multiples problèmes, politiques, économiques, environnementaux, technologiques, énergétiques…se posent à notre «civilisation» industrielle, nucléaire.
Sans que nos responsables semblent s’en apercevoir.

Je vous conseille vivement la lecture du livre:
«Comment tout peut s’effondrer »
Pablo Servigne et Raphaël Stevens
Editions du SEUIL – 19€

C’est une réflexion sur les différents modes d’évolutions possibles de nos sociétés. Un outil pour analyser le présent, penser l’avenir, s’organiser, réagir.

En voici quelques extraits concernant le nucléaire qui n’est qu’un des problèmes abordés

page 199
…se pose un autre problème majeur, toujours le même: le risque nucléaire. Comment faire en sorte que les générations futures arrivent à «gérer» cette filière énergétique? Rien qu’aujourd’hui, celle-ci se trouve face à une situation dramatique de renouvellement du savoir. En France, par exemple, «le président d’EDF a déclaré en 2011 que, jusqu’en 2017, la moitié des agents travaillant dans le nucléaire partiront à la retraite. Comment est-ce qu’on forme la moitié des techniciens d’une flotte de 58 réacteurs nucléaires en 6 ans ? […] Beaucoup d’ingénieurs nucléaires jeunes diplômés n’entrent pas dans la filière ou la quittent après peu de temps 341 ».

Plus cocasse, des chercheurs américains se sont rendus compte que la meilleure manière de transmettre des savoirs sur de très longues périodes était la tradition orale, c’est à dire la transmission des mythes par la parole (et non par des écrits ou, pire, par des données électroniques).
Ainsi, les experts nucléaires sont donc allés chercher conseil auprès des «spécialistes» de ces traditions: les rares indigènes américains encore vivants, ceux précisément dont le peuple a été chassé pour l’exploitation de l’Uranium (342)…

Sans le savoir technique déjà accumulé, comment feront les générations futures pour tenter de traiter la toxicité des déchets que notre génération a produits ?

Voilà une question cruciale qui ne se pose que dans le meilleur des cas, celui où les quelque 230 réacteurs actuellement en fonctionnement auront pu être arrêtés avec succès. En effet, non seulement les instabilités géopolitiques et le réchauffement climatique menacent gravement le fonctionnement normal des réacteurs (terrorisme, conflits armés, manque d’eau pour le refroidissement, innondations, etc (343), mais, en cas d’effondrement financier, économique puis politique des régions nucléarisées, qui pourra garantir le maintien en poste des centaines de techniciens et d’ingénieurs chargés de la simple extinction des réacteurs (344) ?

Bien entendu la vie ne s’arrête pas après un accident nucléaire, comme en témoigne le retour de la vie sauvage dans la région autour de la centrale de Tchernobyl et en particulier dans la ville fantôme de Pripiat. Mais de quelle vie s’agit-il ? De celle qui permettra à nos descendants de reconstruire une civilisation ?

Un petit extrait de la présentation du livre

Que savons-nous de l’état global de notre terre ? De l’état de notre civilisation ? un effondrement des cours de la bourse est-il comparable à un effondrement de la biodiversité ? la conjonction et la perennisation des «crises» peuvent-elles réellement entraîner notre civilisation dans un tourbillon irréversible ? Jusqu’où tout cela peut-il aller ? en combien de temps ? pourra-t-on maintenir le geste démocratique ? Est-il possible de vivre un effondrement «civilisé», plus ou moins pacifiquement ? l’issue sera-t-elle forcément malheureuse ?

Notes

– 341 – 342. «le déclin du nucléaire», interview de mycle Schneider, Silence n°410, 2013, p. 5-9.
– 343. R.Heinberg et J. Mander, Searching for a miracle : net Energy Limits and the fate of Industrial Society, Post-carbone Institute, 2009, p.37.
– 344. Pour plus de détails sur cette problématique, voir P. Servigne, « Le nucléaire pour l’après-pétrole ?», Barricade, 2014. Disponible sur www.barricade.be

Le 21 août 2015

22 Août: commentaire d’un lecteur du livre:
«Ça nous parle de notre avenir, qui est toujours en questionnement …»

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Août 15

Les victimes de Hiroshima-Nagasaki servent toujours de référence scientifique

Alors que les études récentes démontrent le danger des faibles doses

Mme Annie Thébaud-Mony (1) précise, dans une interview à «Sciences et Avenir» que les études modernes ont montré que les risques des faibles doses de radiation doivent être réévalués.

Les limites d’exposition déduites des études sur les victimes des bombardements atomiques ont été fondées sur la dose qu’elles ont reçues en moins d’une heure lors de l’explosion nucléaire. (elles ont ignoré la contamination interne liée à la pluie noire qui a suivi- voir l’article de Christopher Busby)
Alors que les expositions actuelles sont des expositions à de faibles doses étalées souvent sur plusieurs années: celles des travailleurs du nucléaire; celles des populations vivant en milieu contaminé (Tchernobyl, Fukushima); celles des populations européennes dont 40% ont été exposés au Césium-137 de Tchernobyl qui va rester contaminant pendant 300 ans; celles des expositions médicales délivrées lors d’une radiothérapie qui sont répétées et étalées dans le temps.

– La Commission internationale de Protection Radiologique (CIPR, ICRP en anglais)(2) a adopté le modèle «linéaire et sans seuil» : Toute dose même faible a un effet et cet effet est proportionnel à la dose.
– Pour d’autres, il n’y aurait aucune conséquence pathologique en dessous de 100 millisieverts (mSv).

Selon les études récentes la réponse biologique part de zéro (dose nulle) et augmente ensuite fortement pour s’aplanir à des doses plus élevées.
Ainsi, selon Mme Annie Thébaud-Mony, l’hypothèse linéaire qu’utilise la CIPR n’est pas valide car elle ne rend pas compte des effets pathogènes induits par les faibles doses de radioactivité chez les êtres humains.
L’imagerie dont le scanner provoque également un risque, spécialement chez les enfants.


En cas d’accident on devrait considérer non seulement les radionucléides projetés dans l’atmosphère au moment de l’accident — puis au cours des premiers jours et semaines qui suivent — mais aussi ceux libérés à faibles doses de façon continue par la suite et que l’on retrouve dans l’air, l’eau et le sol. Ainsi, depuis 1987, les principaux radionucléides issus de la catastrophe de Tchernobyl sont constitués par le césium-137 et le strontium-90. La part du Cesium-137 dans les premiers jours après l’explosion de la centrale ne dépassait pas 4% de l’irradiation externe totale; par contre, vingt ans après la catastrophe elle représente 95% de la dose totale d’irradiation subie par la population.
40% des territoires de l’Europe ont été exposés au Cs-137 de Tchernobyl dont la radioactivité persistera au moins 300 ans.

Concernant l’irradiation médicale:
Sachant que les tissus cellulaires réagissent diversement aux radiations, il convient d’être vigilant sur le risque de cancer et autres maladies radio-induites dues aux expositions médicales, y compris l’imagerie par scanner(3). Particulièrement pour les enfants chez qui ce risque est plus élevé que chez les adultes. Ce critère devrait donc être intégré dans le choix de la thérapeutique.

Lire l’entretien complet de Mme Annie Thebaud-Mony sur la page web de Sciences et Avenir


Notes:

De nombreuses études récentes concordantes confirment que l’exposition chronique aux faibles doses a des conséquences sur la santé. Augmentation des cas de leucémies chez les travailleurs du nucléaire, augmentation des cas de leucémies chez les enfants habitant à proximité d’une centrale nucléaire. Cela confirme ce qu’ont constaté les médecins de la région de Tchernobyl(4).
Dans le même temps, le gouvernement japonais fait pression sur les évacués de la région de Fukushima pour qu’ils retournent vivre dans un environnement contaminé jusqu’à 20 mSv par an; y compris les enfants et les femmes enceintes. Avec la bénédiction des «autorités» nucléaires.

Les resultats de ces études récentes concernant les faibles doses pendant de longues durées montrent que les réglements de radioprotection des travailleurs et des populations doivent être modifiés; Ils doivent particulièrement individualiser les femmes enceintes et les enfants. De même le projet de réglement européen concernant la radioactivité autorisée dans l’alimentation en cas de catastrophe nucléaire doit être amendé.

Pour en savoir plus au sujet de la valeur des études sur les survivants de Hiroshima-Nagasaki et sur le caractère erroné des conclusions de la CIPR, consulter sur Fukushima-blog l’article:
Les horreurs de Hiroshima sont la preuve qu’on ne sort pas vainqueur de guerres nucléaires par Christopher Busby (en français).
C’est en se fondant sur ce modèle erroné que les autorités médicales de Fukushima affirment que les multiples cancers de la thyroïde constatés là bas n’ont rien à voir avec l’accident nucléaire.

(1) Mme Annie Thébaud-Mony, est directrice de recherches honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et spécialiste en santé publique. (retour au texte)

(2)Le CIPR est une organisation indépendante internationale animée par des scientifiques et des politiques volontaires issus d’une trentaine de pays. C’est elle qui a créé le système international de protection contre les rayonnements. (retour au texte)

(3) l’étude australienne sur les conséquences des scanners sur les enfants traduite en français par ME Hanne. – (retour au texte)

(4) Le volume 1181 des Annales de l’Académie des Sciences de New-York, intitulé «Tchernobyl : Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement», des professeurs Nesterenko, Yablokov et du Dr Nesterenko, traduit en français.

Le 15 Août 2015

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Août 10

Dans les Alpes, 29 ans après Tchernobyl, certains sols sont toujours des «déchets radioactifs».

Le laboratoire de la CRIIRAD a procédé, les 5 et 6 juillet 2015, à des mesures de radioactivité et échantillonnages dans les Alpes, afin d’étudier l’évolution de la contamination résiduelle par les retombées consécutives à la catastrophe de Tchernobyl.
En mai 1986, les retombées avaient été particulièrement intenses dans le sud-est de la France et la CRIIRAD avait mis en évidence entre 1996 et 1998, de très fortes contaminations des sols dans le Mercantour.

Les nouvelles mesures réalisées au cœur du Parc National du Mercantour, entre 2 440 et 2 540 mètres d’altitude, dans le secteur du Col de la Bonette-Restefond, à la frontière entre les départements des Alpes de Haute-Provence et des Alpes Maritimes, montrent que :

  • A 1 mètre du sol, sur des centaines de mètres carrés, le niveau de radiation est toujours plus de 2 fois supérieur à la normale. Ces forts niveaux de rayonnement sont dus à la contamination résiduelle des sols par le césium 137 imputable principalement aux retombées de la catastrophe de Tchernobyl. Les rejets radioactifs massifs provenant du réacteur accidenté ont entrainé des dépôts radioactifs articulièrement intenses dans le sud-est de la France et en particulier en montagne.
  • En outre, en fonction de la topographie, des conditions climatiques, de la nature du couvert végétal et de la typologie des sols, le métal radioactif qui s’est déposé sur de vastes étendues a pu être redistribué et induire de très fortes accumulations. Les niveaux de radiation au contact du sol dépassent toujours, sur les zones d’accumulation, des valeurs plusieurs dizaines de fois voire plus de 100 fois supérieures au niveau naturel (cf Annexe 1).

Le fait de bivouaquer 2 heures sur certaines de ces zones induit toujours en 2015 une exposition non négligeable (débit de dose de 5 μSv/h au contact du sol).

Des échantillons de sol prélevés sur ces zones d’accumulation ont été ramenés au laboratoire de la CRIIRAD en caisson plombé. Leur radioactivité dépasse 100 000 Bq/kg en césium 137 (cf Annexe 1). Ils doivent être considérés comme des déchets radioactifs et devront être confiés à l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs).

Au début du siècle dernier, la radioactivité des sols était de 0 Bq/kg pour le césium 137.

La CRIIRAD a démontré à la fin des années 90 que la présence de fortes accumulations en césium 137 dans les sols concernait de vastes secteurs des Alpes en France, Suisse, Italie et Autriche. Elle a interpelé à plusieurs reprises les autorités sanitaires françaises, en particulier en 1997 et 1998, pour que les secteurs les plus radioactifs soient dépollués, ou tout au moins balisés, pour éviter des expositions inutiles. Le ministre de la Santé était venu dans le Mercantour constater la gravité des contaminations
(voir JT de France 2 du 21 Août 1998).

https://youtu.be/xkbaIhCYqko


Voir le communiqué complet de la CRIIRAD
Voir le dossier de la CRIIRAD concernant les sols des alpes.

Le 10 août 2015

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Août 05

Hiroshima 6 Août 1945 – Nagasaki 9 Août 1945

HIROSHIMA 6 Août 1945 – Little boy
Ville de 350.000 habitants
70.000 décès immédiats
70.000 dans les 5 années suivantes
NAGASAKI 9 Août 1945 – Fat man
port de 260.000h
décès: 20.000 – blessés 50.000
autres sources: 87.000 décès
manifestation à Nagasaki

Manifestation à Nagasaki


70 ans après le bombardement atomique
Extrait du livre de Roger et Bella Belbéoch
« Tchernobyl une catastrophe »

L’énergie atomique se manifesta publiquement pour la première fois le 6 août 1945: destruction à peu près complète et instantanée d’Hiroshima. La « performance » fut répétée trois jours plus tard sur Nagasaki avec le même succès. Si la surprise fut grande dans l’opinion publique, parmi les savants il n’en fut rien car ils envisageaient ce développement scientifique depuis 1939. Contrairement à ce qui a été écrit plusieurs années plus tard, ces destructions de masse ne traumatisèrent ni le milieu scientifique ni l’opinion publique. Elles furent perçues comme le début d’une ère nouvelle, « l’âge atomique » confirmant la fiabilité de cette nouvelle source d’énergie.

Le mercredi 8 août 1945, on put lire à la une du journal Le Monde : « Une révolution scientifique: Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le Japon ». L’unanimité fut assez parfaite dans l’ensemble de la presse. L’ampleur du désastre, ces êtres humains qui, en quelques millionièmes de seconde, furent « volatilisés » et ne laissèrent qu’une ombre sur les murs, loin de déclencher horreur et indignation, fut reçue comme la preuve objective d’un avenir radieux pour une humanité qui allait enfin être débarrassée à tout jamais des contraintes du travail. La matière se révélait source inépuisable d’énergie, qu’il serait possible d’utiliser partout sans limite, sans effort, sans danger.

D’invraisemblables projets étaient présentés sérieusement comme à notre portée dans un avenir très proche. On parlait de faire fondre la glace des pôles par bombardement atomique pour produire un climat tempéré sur la terre entière, d’araser le Mont Blanc ou de combler la Méditerranée pour irriguer le Sahara (Joliot), etc.

Le délire scientiste n’a plus jamais atteint de tels sommets. Les explosions sur le Japon furent glorifiées et bénies par tout ce que l’establishment scientifique avait de disponible: à l’époque cela s’appelait « les savants ». La mobilisation fut spontanée pour nous initier à cet avenir que les prix Nobel du « Projet Manhattan » nous avaient soigneusement préparé. Hiroshima devait ouvrir à l’humanité une ère de liberté, on entrait dans la modernité libératrice.

La seule voix discordante fut celle d’Albert Camus dans l’éditorial de Combat le 8 août 1945: « Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. […] Il est permis de penser qu’il ya quelque indécence à célébrer une découverte qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles ». Ces positions lui valurent, quelques jours plus tard, de violentes critiques.

Pour France-Soir, l’ère nouvelle fut inaugurée le 16 juillet 1945, date de l’essai de la première bombe atomique. Il titre le 8 novembre 1945: « Le 16 juillet 1945 à Alamogordo, par une nuit d’orage, le monde est entré dans une ère nouvelle ». L’article se poursuit ainsi: « L’espèce humaine a réussi à passer un âge nouveau: l’âge atomique ».
Ce même journal titrait un article le 9 août 1945: « L’emploi de la bombe atomique ouvre des horizons illimités ».

Le 10 août 1945, après la destruction de Nagasaki, France-Soir confiait ses colonnes à « un prince, académicien français et prix Nobel de physique » qui titrait son article: « L’homme pourra demain tirer plus d’énergie de quelques grammes de matière désintégrée que de la houille, de l’eau et du pétrole, par le prince Louis de Broglie, de l’Académie française ».

Le 8 août 1945, le journal Libération titrait en première page: « La nouvelle découverte peut bouleverser le monde. […] Charbon, essence, électricité ne seraient bientôt plus que des souvenirs ».

L’Humanité du 8 août 1945 titre en première page: « La bombe atomique a son histoire depuis 1938, dans tous les pays des savants s’employaient à cette tâche immense: libérer l’énergie nucléaire. Les travaux du professeur Frédéric Joliot-Curie ont été un appoint énorme dans la réalisation de cette prodigieuse conquête de la science ». Les journaux mentionnent à de nombreuses reprises la part jouée par la France dans cette prodigieuse découverte. Ainsi on trouve dans le Figaro du 9 août 1945 un communiqué de l’AFP: « Paimpol 8 août – M. Joliot-Curie fait de Paimpol la communication suivante: L’emploi de l’énergie atomique et de la bombe atomique a son origine dans les découvertes et les travaux effectués au Collège de France par MM. Joliot-Curie, Alban et Kowarski en 1939 et 1940. Des communications ont été faites et des brevets pris à cette époque ». Un de ces brevets porte sur les « Perfectionnements aux charges explosives », brevet d’invention n° 971-324, « demandé le 4 mai 1939 à 15 h 35 min à Paris » (lire: L’histoire de la protection des brevets de l’équipe Joliot).

Cependant, personne n’osa en 1945 réclamer au gouvernement américain des royalties, bien que finalement on affirmât que la destruction de Hiroshima était couverte par un brevet français! Seul un bénéfice moral était attendu en exigeant que l’opinion mondiale reconnût la contribution française aux massacres d’Hiroshima et de Nagasaki.


En face de cet enthousiasme délirant
voici ce qui se passait sur place:

A lire:

première du Daily ExpressLe seul article de presse qui ait échappé à quelques heures près à la censure américaine
La une du Dally Express du 5 septembre 1945. « La peste atomique. Ce que j’écris doit servir d’avertissement au monde entier. »

Merci à «Infonucléaire» de nous avoir fourni cette liste de témoignages


Atomisé brûlé mourant

Le 7 août, au poste de quarantaine militaire de Ninoshima, à environ 4 kilomètres de Hiroshima. Beaucoup de ceux atteints de profondes brûlures dues à la chaleur de l’explosion, restent étendus ainsi sans bouger, respirant à peine, jusqu’à ce que la vie s’en aille.
(Photo Masayoshi Onuka)


«Notes de Hiroshima»

Un livre de Kenzaburo Ôé

parti en reportage en Août 1963 à Hiroshima
il recueille le témoignage de survivants, malades, médecins..
Il y retournera à plusieurs reprises


Autres informations:

L’observatoire des armées

Sortir du nucléaire


A propos de l’image du brûlé de Hiroshima
Je ne publie généralement pas de photos à fort impact émotionnel.
Mais ici, je pense que c’est honorer ces victimes que de veiller à reconnaître leur douleur et à ne pas oublier

Le 5 Août 2015


Août 01

Les déchets américains à BIKINI fuient

Le dôme sous lequel ils ont enterré «provisoirement» leurs déchets se dégrade; l’élévation du niveau des mers risque de faire passer 85.000 m3 de déchets radioactifs à la mer.

Résumé d’un article du «Gardian» en anglais-3 Juillet 2015

L’atoll d’ENEWETAK et celui de BIKINI, plus connu, ont été le site principal des essais atomiques des USA pendant les premières années de la guerre froide.
carte des îles Marshall
En 1948, la population locale de pêcheurs et cultivateurs a été évacuée vers un autre atoll distant de 200 km
En tout, 67 bombes nucléaires, en essais atmosphériques ont été explosées à Enewetak et Bikini entre 1946 et 1958. Ce qui équivaut à 1,6 bombe d’Hiroshima explosée chaque jour pendant 12 ans.

Les explosions ont couvert les îles de débris contaminés dont du Plutonium-239 dont la demi-vie est de 24.000 ans.

Quand les essais nucléaires furent terminés, la «US Defense Agency» (DNA) a nettoyé pendant 8 ans; mais le congrès a refusé de financer un programme complet de décontamination qui aurait rendu l’atoll habitable à nouveau.
L’option préférée de la DNA, l’immersion en mer profonde, était interdite par les traités internationaux. Finalement les militaires américains ont simplement râclé le sol arable contaminé et l’ont mélangé avec des débris radioactifs.
Cette bouillie radioactive a été jetée dans un cratère de 350 pieds (100 mètres), sans voile d’étanchéité, à la pointe nord de l’île Runit; puis elle a été enfermée sous 358 panneaux de béton.

Ce dôme n’a pas été conçu pour durer: c’était un stockage «provisoire» de matériaux radioactifs jusqu’à ce qu’un plan de décontamination définitive ait été conçu.
Nulle part sur les plages ou sur le dôme il n’y a d’avertissement à rester à l’écart, nulle indication qu’il s’agit de radioactivité, aucune clôture.

En 1980, alors que les américains préparaient leur propre départ, la population d’Enewetak a été autorisée à retourner chez elle, après 33 ans d’éloignement.
Les travaux de réinstallation à Rongelap et Bikini , également concernés par des tests, ont été abandonnés dans les années 1970 en raison de persistance de la contamination, en dépit des assurances sur la sécurité données par les États-Unis.

Seulement 3 des 40 iles ont été nettoyées, mais pas ENJEBI où la moitié de la population d’Enewetak avait toujours vécu.

Sur l’attoll ENEWETAK, Ils ont laissé ce dôme de béton sous lequel ils ont laissé 85.000 m3 de déchets nucléaires provenant de leurs 12 années d’essais nucléaires. Cette poubelle nucléaires a été construite en 1979; elle est nommée officiellement le « Runit dome ». les locaux l’appellent le tombeau.

Il y a des mares d’eau saumâtre autour du dôme dont le béton a commencé à se fendre (voyez la video).
Des déchets radioactifs ont commencé de fuir et selon un rapport de 2013 du département US de l’énergie, le sol autour du dôme est déjà plus contaminé que son contenu.

Les Marshallais savent qu’il y a un «poison» sur l’atoll, mais celui-ci leur offre une des rares sources de revenus possible.
Aujourd’hui, Enewetak est toujours inhabitée mais elle reçoit un flux régulier de visiteurs venant des îles voisines; ils viennent pêcher dans ses eaux poissonneuses ou récupérer de la ferraille; des bunkers abandonnés parsèment le littoral, des câbles électriques courent sous le sable.

Maintenant, les gens du pays, les scientifiques et les environnementalistes craignent que la houle d’une tempête, un typhon, ou autre événement cataclysmique provoqué par le changement climatique n’ouvre la couverture de béton et libère ses contenus dans l’Océan pacifique.

Michel Gerrard, directeur du centre Sabin sur le changement climatique à l’Université de Columbia a visité le dôme en 2010.
« Il contient de grandes quantités de Plutonium. Il est maintenant progressivement submergé du fait de de l’élévation du niveau de la mer provoquée par l’augmentation de l’émissions des gaz à effet de serre par les pays industriels, États Unis en tête.»

En 1983 les Îles Marshall ont signé un pacte d’association avec les US (sans accès à la pleine citoyenneté). L’accord réglait «toutes les réclamations passées, présentes et futures» et il laissait au gouvernement des îles Marshall la responsabilité du «Runit dome».

Aujourd’hui, les gouvernement US affirme qu’il a honoré toutes ses obligations et que le dôme et son contenu toxique relèvent de la compétence des îles Marshall.

Le gouvernement des îles Marshall de son côté affirme qu’avec une population de 53.000 habitants et un PIB de 190 Millions $ (la plus grande partie est l’aide des USA) il est absolument incapable de faire face à la catastrophe radioactive potentielle que les américains ont laissée derrière eux.

L’économie des atolls est ruinée.

Les américains ont interdit l’exportation de poisson et du Coprah en raison de leur contamination persistante. Le département américain de l’agriculture expédie des aliments: du Spam, de la farine, des conserves.

La destruction d’un mode de vie séculaire a abouti à une épidémie de diabète et des épisodes réguliers de famine.
Certains ont pu émigrer. D’autres vont s’installer pour quelques semaines sur les attols récupérer des cables de cuivre et autres ferrailles qu’ils vendent au seul commerce d’Eniwetak: un marchand chinois qui les achète un dollar ou deux par livre et les exporte avec des coquillages et des concombres de mer vers la province du Fujian, en Chine.

Un rapport de 2013 commandée par le ministère américain de l’énergie a confirmé que des typhons sont capables de détruire ou endommager les panneaux de béton; des matières radioactives fuient déjà hors du dôme.
Le DOE (département de l’énergie des USA) déclare que les fissures dans le béton sont simplement dues au séchage et au retrait; il affirme avoir l’intention de procéder à des réparations cosmétiques de façon à restaurer la confiance du public.
Il affirme qu’il surveille la contamination des résidents locaux, les eaux souterraines, la vie marine. Mais les habitants se plaignent que les résultats des mesures ne leur sont pas aisément accessibles.

Du Plutonium des expériences nucléaires d’Eniwetak a été trouvé en 2014 en Chine dans l’estuaire de la rivière des perles (Canton).

L’article complet du «Gardian» en anglais – 3 Juillet 2015


Quelques essais nucléaires
16 juillet 1945 USA premier essai mondial: Trinity Alamogordo
nouveau mexique (USA)
06 Aout 1945 USA Little Boy sur Hiroshima
09 Aout 1945 USA fat man sur Nagasaki
30 Juin 1946 USA Able premiere explosion sur Bikini
….
29 aout 1949 URSS premier essai à Semipalatinsk (Kazakhstan)
….
01 novembre 1952 USA Castel Bravo sur Bikini.
Contamination de pêcheurs japonais
(sur leur bateau, le Luccky Dragon)
13 février 1960 France Gerboise Bleue
première française
Reggane(Algérie)

Les deux bombes larguées sur le Japon ont tué environ 280.000 personnes de suite
plus 200.000 après, conséquence de leurs brûlures, blessures et irradiation (chiffres ONU).


La quantité invraisemblable d’essais officiellement reconnus:
USA 1054
URSS 715
France 210
CHINE 45
ROYAUME UNI 45
CORÉE DU NORD 2
INDE 2
PAKISTAN 2
Références:

Liste des essais nucléaires
Une carte animée des explosions nucléaires de 1945 à 1998
le site de l’ONU

Le 01 Août 2015

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