Juin 25

Des éleveurs japonais protestent devant le ministère de l’agriculture

Des éleveurs japonais ont mené une vache noire devant le ministère de l’agriculture pour demander au gouvernement d’étudier pourquoi elle, et beaucoup d’autres animaux, ont développé des points blancs sur le pelage après que la centrale nucléaire de Fukushima soit entrée en fusion.

Quelques réactions d’agriculteurs glanées par Enenews dans la presse japonaise et traduites en anglais
Enenews du 20 Juin 2014

[…] Naoto Matsumura éleveur: «Et si cela commence à arriver aux gens? Nous devons examiner la cause de cette anomalie; il faut que les gens sachent ce qui s’est passé chez ces animaux  » Les terres de Fukushima ont été contaminées par des matériaux radioactifs…

Masami Yoshizawa […] dit que de nombreux animaux de Fukushima ont maintenant les taches;il a demandé que le gouvernement enquête sur elles.
«Le ministère nous dit qu’ils ne savent pas ce qui cause les taches. Eh bien, ils doivent faire plus de recherches et comprendre ce qui se passe. Ils ne peuvent pas s’enfuir, en disant qu’ils ne savent pas « , a déclaré Yoshizawa.

Certains agriculteurs bravent l’ordre du gouvernement de tuer ces bêtes. Il estiment que cette décision revient à supprimer des témoins gênants et empêche d’étudier sérieusement le phénomène.

Une video de la manifestation
(J’admire le flegme de la vache !)
https://youtu.be/yskbC1AhMV4

Une autre video de la manif, nous est fournie par Fukushima diary ainsi que des commentaires intéressants en français (aller en bas de page).


Note

Des taches blanches sur le pelage des animaux, cela semble anodin, mais survenues après un accident nucléaire majeur, il faudrait que les autorités se préoccupent de savoir ce que cela signifie; pour les animaux et pour les humains. Pour l’instant, que ce soit pour les taches sur le pelage, que ce soit pour des morts anormales de bétail, le gouvernement japonais n’a mené aucune expertise. La seule réponse donnée aux agriculteurs est d’abattre les animaux. La décision de tuer les animaux atteints s’apparente, comme le dit un agriculteur, à une suppression de témoins gênants.

Cette critique des agriculteurs japonais rejoint l’une des 10 critiques qu’ont faites les médecins de l’IPPNW au dernier rapport de l’UNSCEAR: le lobby nucléaire n’étudie pas les conséquences d’une vie en milieu contaminé sur la santé des animaux. Ce qui aurait un intérêt pour les animaux comme pour les humains.
Voir l’article consacré à la critique du dernier rapport de l’UNSCEAR par les médecins de l’IPPNW.

La présence de taches blanches sur le pelage des animaux avait déjà été signalée par les éleveurs de Fukushima. Des éleveurs ont également signalé une forte mortalité chez les jeunes. Des particuliers signalent aussi des saignements de nez chez chiens et chats.
Tout cela est occulté par les autorités.

Déjà à Tchernobyl, le Pr Yablokov, signalait des taches de dépigmentation du plumage chez des hirondelles; dans son livre publié par l’académie des sciences de New York en 2009.
C’est ici dans la version complète en anglais

la tête sous le sable

Lustige Naturgeschichte oder Zoologia comica. München: Braun & Schneider – Adolph Oberländer 1877 – Staatsbibliothek Berlin – Domaine public

le 25 Juin 2014


PS le 27 Juin. – Un lecteur attentif signale qu’il s’agissait du ministère de l’Agriculture. Merci à lui. Je corrige dans le texte, mais je laisse le lien tel quel pour ne pas perturber ceux qui auraient mis le lien en mémoire.


Juin 22

Les médecins de l’IPPNW critiquent sévèrement le dernier rapport de l’UNSCEAR

“Pour nous, médecins, le rapport de l’UNSCEAR sous-estime systématiquement l’impact sanitaire de la catastrophe de Fukushima”

Une analyse critique du rapport de l’UNSCEAR du 2 Avril 2014 a été publiée le 6 Juin 2014 par 19 organisations affiliées à l’IPPNW (International Physicians for the Prevention of Nuclear War)
http://ippnw.org/about-us.html

logo de l'IPPNWL’IPPNW est une fédération d’associations de médecins de 62 pays. Elle représente des dizaines de milliers de médecins, étudiants en médecine, autres travailleurs de santé, citoyens qui partagent le but de créer un monde plus paisible et plus sûr, libre de la menace de l’annihilation nucléaire.
L’IPPNW a été lauréat en 1985 du Prix Nobel de la paix pour avoir rendu  » un service considérable à l’humanité de par la diffusion d’informations fiables, et pour avoir créé une prise de conscience des conséquences catastrophiques d’une guerre atomique ».

IPPNW en France: «Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire» (AMFPGN)


L’UNSCEAR

United Nations Scientific Commitee on the Effects of Atomic Radiation.
http://www.unscear.org/
L’UNSCEAR a été créé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1955. Son mandat dans le système des Nations Unies est d’évaluer les niveaux et les effets de l’exposition aux rayonnements ionisants.
Les gouvernements et les organisations à travers le monde s’appuient sur les estimations de l’UNSCEAR pour évaluer le risque des rayonnements et établir des mesures de protection.
Le rapport de l’UNSCEAR publié le 2 Avril 2014


L’analyse critique complète du rapport de l’UNSCEAR du 2 Avril 2014 par les médecins de l’IPPNW est disponible en anglais à l’adresse suivante:
www.fukushima-disaster.de/information-in-english/maximum-credible-accident.html

Ci dessous: un résumé de l’analyse des médecins de l’ IPPNW
à lire ici et là en anglais
(traduction et mise en page de «Vivre après Fukushima»)


««
Tout en reconnaissant les efforts déployés par la Commission des Nations unies pour évaluer la masse des données très complexes relatives à la catastrophe de Fukushima, les médecins signataires indiquent qu’il ne s’agit pas d’un accident ponctuel, mais bien d’une catastrophe qui perdure, ajoutant qu’elle touche non seulement la préfecture de Fukushima mais la totalité de la population japonaise et au-delà, et qu’elle constitue la plus importante cause unique de contamination radioactive des océans jamais enregistrée.
Les doses biochroniques collectives auxquelles la population japonaise a été exposée d’après le rapport sont telles que l’incidence attendue de cancers supplémentaires par rapport à la normale est évaluée à environ 1 000 cas pour le cancer de la thyroïde et entre 4 300 et 16 800 cas pour d’autres cancers, sachant que la qualité de ces prévisions dépend bien entendu de l’exactitude des données de base.

Le rapport de l’UNSCEAR tend à minimiser les conséquences de cette catastrophe et ses conclusions doivent être considérées comme des sous-estimations pour les raisons suivantes :

  • 1. On peut douter de l’exactitude du «terme source» tel qu’estimé par l’UNSCEAR (Dans un modèle mathématique, « terme source» représente la nature, la quantité et la cinétique de rejet des produits radioactifs d’une installation nucléaire soit en conditions normales de fonctionnement, soit au cours d’un accident réel ou supposé).
  • 2. Le calcul des irradiations internes est sérieusement sujet à caution
  • 3. Les évaluations des doses auxquelles les travailleurs ont été exposés ne sont pas fiables
  • 4. Le rapport UNSCEAR ignore les effets des retombées radioactives sur les milieux vivants (biote) non-humains
  • 5. La vulnérabilité particulière de l’embryon aux rayonnements n’est pas prise en compte
  • 6. Les maladies non cancéreuses et les facteurs héréditaires sont ignorés
  • 7. La comparaison entre retombées nucléaires et radiations de fond est trompeuse
  • 8. L’interprétation des résultats donnée par l’UNSCEAR est contestable
  • 9. Les mesures de protection décidées par les autorités ne sont pas fidèlement reproduites
  • 10. Les estimations de dose collective ne sont suivies d’aucune proposition logique

A la date du 31 décembre 2013, 33 cas de cancer de la thyroïde avaient été diagnostiqués et 41 biopsies de tumeurs suspectes potentiellement malignes avaient été pratiquées sur des enfants.
Les cancers ne portant pas de  » label d’origine », il est impossible de savoir si cela est la conséquence directe de l’exposition aux radiations, mais le nombre de cas enregistrés est étonnamment élevé (les statistiques japonaises indiquent en effet une incidence de moins d’un cas de cancer de la thyroïde par an pour cette population) et risque encore d’augmenter car on ne dispose de résultats que pour 70 % de la population pédiatrique concernée.
De plus, il faut réévaluer des centaines de résultats suspects et surveiller l’état général de la population sans oublier de prendre en compte d’autres types de maladies si on veut mesurer sérieusement les conséquences de la catastrophe nucléaire et assurer des soins appropriés aux victimes de retombées radioactives.

Les autorités japonaises n’ont pas su protéger les enfants des rayonnements : elles ont refusé la distribution de comprimés d’iode stable et ont augmenté le seuil annuel permissible d’exposition à 20 mSv, obligeant ainsi de nombreux enfants à vivre dans des zones contaminées.
Les responsables des établissements scolaires font semblant d’ignorer la présence de points chauds (les hotspots ou points chauds sont des endroits où les doses dans l’air sont considérablement plus hautes que dans les zones environnantes) à quelques mètres de leur école et remettent le riz de Fukushima au menu des cantines.

Les efforts déployés ne donnent pas les résultats escomptés du fait que le gouvernement pousse les habitants des zones évacuées à regagner leur domicile, allant jusqu’à leur offrir de l’argent pour qu’ils réintègrent les zones contaminées.
Or rien de tout cela n’apparaît dans le rapport de l’UNSCEAR.

Il est inacceptable pour ces médecins de constater que les conséquences terribles de la catastrophe nucléaire de Fukushima pour des dizaines de milliers de familles sont réduites à un problème purement statistique ; le rapport UNSCEAR se contente en effet d’affirmer, au mépris des souffrances subies par la population, qu’il est « peu probable que l’exposition aux retombées radioactives aura des conséquences sur la santé du grand public et d’une grande majorité des ouvriers ».

Ils signalent enfin que les choses auraient pu se passer de façon bien plus dramatique encore à Fukushima : si l’orientation du vent avait été différente, les retombées radioactives auraient pu menacer des millions de Japonais vivant à l’est du pays plutôt que de s’abattre dans l’océan pacifique. C’est un point qu’il faudra prendre en compte dans la rédaction des futures règles de sécurité nucléaire.

Enfin, ce qu’il faut sauvegarder n’est pas seulement l’indépendance de la recherche scientifique face aux intérêts politiques et industriels, mais aussi le droit de tout être humain à bénéficier d’un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé et son bien-être.

C’est sur cette base qu’il faudrait évaluer l’impact de la catastrophe de Fukushima sur la santé de la population.
»»


L’étude complète en anglais, est à cette adresse:
www.fukushima-disaster.de/information-in-english/maximum-credible-accident.html
9 Juillet: ME-Hanne nous en a fait une traduction française qui se trouve ici. Merci à elle pour ce gros travail.


Note:

Voilà un jugement très sévère des médecins envers un organisme chargé de la sécurité des humains et de l’ensemble du vivant.
Je rappelle que c’est sur les travaux de l’UNSCEAR que se basent les gouvernements pour édicter les règles auxquelles doit se soumettre l’industrie atomique pour assurer la sécurité des populations.

le 22 Juin 2014


Juin 19

A Takahagi, 100 km de Fukushima, 23% des enfants examinés ont une anomalie thyroïdienne

Dans la commune de Takahagi, préfecture d’Ibaraki, 100km au sud de la centrale en ruines, à l’issue des examens de la thyroïde, 22,8 % des enfants ont été catégorisés “A2″.

carte de la région
Être catégorisé “A2″ signifie devoir obligatoirement être suivi médicalement.
Sur 1 615 enfants:
– 369 ont été catégorisés A2.
– 14 doivent subir des examens approfondis.(classés B)
Les enfants examinés avaient entre 2 et 18 ans en 2013. Les examens ont été effectués entre mai 2013 et mars 2014.

Le journal japonais qui apporte l’info:
http://www.city.takahagi.ibaraki.jp/news.php?category=0&code=1373

La traduction vers l’anglais a été faite par Fukushima Diary


Notes

Tout comme en Europe, les nuages radioactifs ignorent les frontières administratives.

Cette info n’est pas bien précise mais tout ce qui concerne l’état de santé des habitants de la région est squelettique.
Elle nous montre en tout cas que la préfecture de Ibaraki, voisine de celle de Fukushima se préoccupe de la question des cancers de la thyroïde chez les enfants.
Et elle a raison car presque 1 enfant sur 4 avec une anomalie thyroïdiene, ce n’est pas normal.

J’espérais fournir des informations solides et vérifiées mais c’est rarissime. Il y a bien des infos ponctuelles sur des blogs mais il est difficile d’en estimer la fiabilité.

Il est bon de savoir que l’Université de Fukushima a signé en 2013 un protocole d’accord avec l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) qui précise que les signataires garantissent «The confidentiality of information classified by the other party as restricted or confidential» (Les signataires garantissent la confidentialité d’une information que l’autre aurait classée à diffusion restreinte ou confidentielle). Si l’AIEA (qui est l’agence de l’ONU chargée de développer l’énergie atomique de par le monde) décide que des données doivent être cachées, l’université ne les rendra pas publiques.

C’est la même technique qui a permis à l’ AIEA de neutraliser l’OMS (Organisation Mondiale de la santé – WHO) à Tchernobyl comme à Fukushima:
L’OMS et l’AIEA ont signé, le 28 mai 1959,un protocole d’accord prévoyant qu’elles «agiront en coopération étroite et se consulteront régulièrement en ce qui concerne les questions présentant un intérêt commun».
De plus «chaque fois que l’une des parties se propose d’entreprendre un programme ou une activité dans un domaine qui présente ou peut présenter un intérêt majeur pour l’autre partie, la première consulte la seconde en vue de régler la question d’un commun accord».

Le texte complet est ici:
http://www.criirad.org/actualites/dossiers%202007/accord_oms-aiea/Accord%20OMS-AIEA.pdf

L’organisation « Independent WHO » (pour une OMS indépendante) manifeste depuis des années devant le siège de l’OMS à Genève pour obtenir la révision de cet accord.
A Paris un groupe manifeste chaque Vendredi devant le ministère de la santé.
http://independentwho.org/fr/
http://independentwho.org/fr/accord-wha12-40/
http://independentwho.org/fr/nos-demandes-a-loms/

Le 19 Juin 2014


Juin 15

La législation européenne autorise la contamination radioactive.

Il se confirme qu’en cas d’accident l’industrie nucléaire aura le droit d’exposer les européens jusqu’à 100 mSv/an.
D’ores et déjà, l’importation d’aliments contaminés par le Césium est autorisée.

Une nouvelle directive européenne 2013/59 EURATOM du Conseil du 5 décembre 2013 parue au JO du 17.01.2014 fixe les normes relatives à l’exposition aux rayonnements ionisants.

Pour le public, la norme «admissible» en temps normal (fonctionnement normal des installations nucléaires) reste de 1mSv/an.

Mais en cas d’accident nucléaire, (situation dite «d’urgence»)nous pourrons être exposés à entre 20 et 100 mSv/an.

Dans les suites d’un accident,(situation nommée «exposition existante») les populations peuvent avoir à subir jusqu’à 20 mSv/an.
« Exposition existante » est un euphémisme pour désigner la contamination permanente persistant après une situation d’urgence. C’est ce chiffre qui est retenu au Japon pour inciter/obliger les populations à retourner vivre dans les régions de Fukushima contaminées.

On voit que ces « normes » sont les mêmes que celles appliquées au Japon. Elles reposent sur les études de l’UNSCEAR, une organisation Onusienne chargée d’établir les risques induits par la radioactivité

Ce texte devra être transposé dans la législation des états membres avant février 2018.
Le document en français : http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32013L0059&qid=1402126308908&from=FR.
Voir annexe 1 page 39:
fragment de la directiveeuropéenne

Le parlement européen avait donné son accord le 24/10/2013

Voir à ce sujet les communiqués des députées européennes
Michèle RIVASI et Karima DELLI


Déjà, depuis le 28 Mars 2014, l’Europe autorise l’importation d’aliments contaminés en provenance du Japon.

    Ici aussi elle est alignée sur les normes japonaises:

  • jusqu’à 100Bq/kg pour les aliments en général
  • jusqu’à 50 Bq/kg pour les aliments pour enfants

le texte officiel
Plus de détails dans l’article consacré à ce sujet:
http://www.vivre-apres-fukushima.fr/leurope-autorise-limportation-daliments-contamines-au-cesium/

Le texte officiel:
RÈGLEMENT D’EXÉCUTION (UE) No 322/2014 DE LA COMMISSION du 28 mars 2014 imposant des conditions particulières à l’importation de denrées alimentaires, et d’aliments pour animaux originaires ou en provenance du Japon, à la suite de l’accident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima.
C’est dans le journal officiel de l’Union européenne du 29 mars 2014:
http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?qid=1399538466891&uri=CELEX:32014R0322


Notes

Comment se fait-il que les politiques abandonnent les populations à la pollution nucléaire au lieu de les en protéger?

Le livre « LA CONDITION NUCLÉAIRE » nous donne des pistes de réflexion, il nous décrit la complicité du lobby nucléaire (militaire et civil), des politiques et de la finance
Un extrait du livre:

Il est parfaitement logique, pour les politiques et les industriels du nucléaire, de minimiser, voire de dénier, l’impact sanitaire et la dangerosité des machines nucléaires dans la mesure où les premiers en tirent du pouvoir et les seconds du profit.
La condition nucléaire – JJ Delfour – page 18

Un livre à lire absolument


L’UNSCEAR

United Nations Scientific Commitee on the Effects of Atomic Radiation.
http://www.unscear.org/

L’UNSCEAR a été créé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1955.
Son mandat dans le système des Nations Unies est d’évaluer les niveaux et les effets de l’exposition aux rayonnements ionisants.
Les gouvernements et les organisations à travers le monde s’appuient sur les estimations de l’UNSCEAR pour évaluer le risque des rayonnements et établir des mesures de protection.
Son dernier rapport a été fortement critiqué par des associations médicales dans monde entier.
Je reviendrai sur la question.