Jan 28

« J’avais le sentiment que le gouvernement nous laissait tomber »

Après la catastrophe de Fukushima, une lycéenne quitte la préfecture d’Ibaraki pour pouvoir assurer son avenir

Carte nord du Japon

Ce texte est extrait du Volume 2 d’un recueil d’interviews et de messages collectés par Shou Kamihara qui a interrogé des personnes ayant quitté leur foyer et leur terre natale à cause de la crise nucléaire actuelle. Il a également rédigé de courtes nouvelles en se fondant sur leurs informations et a publié 6 volumes qui ne sont disponibles qu’en japonais.

WNSCR (Worldnet for Saving Children from Radiation)a traduit vers l’anglais l’un des entretiens du livre (Volume 2). La personne interrogée est une lycéenne qui a quitté sa ville natale pour Hokkaido, l’île du nord du Japon. Elle a déménagé à Hokkaido pour un nouveau départ comme élève du secondaire.
Traduction française par l’équipe de «vivre-apres-fukushima.fr»

Question 1. Informations de base
Nom : Mika
Ancienne adresse : ville de Chikusei, préfecture d’Ibaraki
Adresse actuelle : Ville de Ebetsu, Hokkaido
Situation scolaire précédente : collégienne
Situation scolaire actuelle : lycéenne
Composition de la famille : père, mère, grand frère, grande sœur, grand-père, grand-mère
Situation actuelle de la famille : frère étudiant à l’université de Hokkaïdo l’année du tremblement de terre. Sœur étudiante à Mito, qui dépend de la préfecture d’Ibaraki. Le reste de la famille gère une société familiale à Ibaraki, leur lieu de résidence.

Q 2 : pourquoi avez-vous déménagé ?
Parce que mes parents ont compris combien les radiations sont dangereuses

Q 3 : est-ce qu’il y a eu des problèmes à résoudre avant de partir ?
Ça m’a pris un an parce que j’ai dû passer un examen d’entrée au lycée de Hokkaïdo. Je m’étais déjà réfugiée à Hokkaïdo avec ma mère et mes frères et sœurs immédiatement après le tremblement de terre, et nous y sommes restés un mois.
*Au Japon, pour entrer au lycée, il faut passer un examen d’entrée avant la rentrée scolaire japonaise, c’est-à-dire avant le mois d’avril.

Q 4 : est-ce qu’il y a eu des problèmes liés au déménagement ?
Je n’ai pas aimé que mes amis me demandent sans cesse « pourquoi est-ce que tu pars à Hokkaïdo » comme si c’était juste un sujet de bavardage.

Q 5 : comment avez-vous choisi votre nouveau lieu de résidence ? Quelles ont été vos critères de choix ?
Mon père a un ami qui habite Hokkaïdo et nous a déjà aidés lors de notre premier séjour d’un mois immédiatement après l’accident. Il va continuer de nous aider. Et si dans notre future zone de résidence les autorités décident d’accepter les débris radioactifs en provenance du Tohoku, on partira en Nouvelle-Zélande.

Q 6 : quels problèmes avez-vous rencontrés après le déménagement ?
J’avais peur qu’on me rejette parce que j’ai été exposée aux radiations, mais c’est un problème qui n’est pas très connu ici et je me suis fait beaucoup d’amis ! Je suis vraiment soulagée. La qualité de l’air et de la nourriture continuent de m’inquiéter mais je me sens bien mieux ici qu’à Ibaraki.

Q 7 : quels ont été les inconvénients de ce déménagement ?
Ce déménagement n’a causé aucun inconvénient, et l’avantage c’est que je me sens bien et que je me suis fait de nouveaux amis.

Q 8 : votre vie professionnelle/scolaire a-t-elle été modifiée ?
J’ai déménagé juste au moment de mon passage au lycée, donc j’ai simplement l’impression d’aller dans un établissement très éloigné de chez moi.

Q 9 : à votre avis, que se serait-il passé si vous étiez restée au Kanto ?
Au bout d’un certain temps, disons 5 à 10 ans, tout le monde serait mort autour de moi, moi y compris !

Q 10 : à votre avis, quel est l’impact potentiel des radiations sur la santé ?
J’ai entendu un rapport de la presse allemande disant que 60 % de la population de Kanto et Tohoku sera morte d’ici cinq ans, que les radiations seront cause de maladie pour 40 % de la population restante, et que 80 % des enfants actuellement en vie n’atteindront pas l’âge de 40 ans. Et pour ce qui est des enfants à naître, 15 % seulement d’entre eux naîtront en bonne santé.

Q 11 : quel est votre avis sur les mesures prises par le gouvernement et les pouvoirs locaux face aux problèmes soulevés par les radiations et le tremblement de terre ?
Je pense que les membres du gouvernement s’intéressent beaucoup plus à l’argent qu’ils gagnent qu’à la vie de la population. Ils ont perdu toute humanité.

Q 12 : que pensez-vous de ceux qui restent vivre au Kanto ?
Je ne sais pas s’ils le font par ignorance des faits ou parce que leur vie ne les intéresse plus, mais je suis persuadée qu’ils vont mourir. Si on ne cherche pas à s’informer soi-même, on ne survivra pas.

Q 13 : quelle a été l’influence de la catastrophe de Fukushima et des radiations qui s’en sont suivies sur votre vie et sur votre vision de la vie ?
Jamais je n’aurais cru que le Japon pouvait manquer de jugement à ce point.

Q 14 : avez-vous un message à transmettre ?
En l’état actuel des choses, si nous voulons préserver notre avenir, il faut agir sans attendre. Et j’espère que ce message va pousser les gens à réagir et à prendre leur décision.
À partir du mois d’avril je vais aller au lycée à Hokkaïdo ! une ville où j’avais été évacuée pour un mois le 15 mars 2011 et où nous avons vécu chez les amis de mon père.
Au moment de l’évacuation, j’habitais Ibaraki où j’allais au collège. Je faisais partie du club de softball du collège (un jeu collectif dérivé du base-ball) et ce sport était tout pour moi. Au début, à Hokkaïdo, j’étais très déçue parce que je ne pouvais pas sortir avec des amis ou aller manger avec eux. J’étais très triste ; c’était très douloureux mais je n’étais même pas capable de pleurer.
Ça me brisait le cœur de partir, mais il n’était pas question de rester dans mon école locale après l’accident nucléaire. Je me suis dit qu’il fallait partir à Hokkaïdo, mais ça m’a fait de la peine que mes amis et mes professeurs ne cessent de me demander « pourquoi partir à Hokkaïdo ? ». Aujourd’hui, quand je vois tout ce qui circule sur Twitter, c’est moi qui leur pose la question « pourquoi n’êtes-vous pas tous partis ? »
Mon rêve aujourd’hui est de vivre plus longtemps que mes parents qui ont dépensé tellement d’argent pour que je puisse quitter Ibaraki.

Il y a un point sur lequel je voudrais insister : après l’accident nucléaire, mon école a diffusé des notes d’information sur l’origine des aliments servis à la cantine et j’ai découvert que la plupart des aliments venaient de la région du Kanto et même quelquefois de Fukushima. Là, j’ai vraiment eu le sentiment que le gouvernement nous laissait tomber et je ne voulais pas que mes amis mangent cette nourriture.


Le texte anglais paru sur le site « sauvez les enfants des radiations »


Notes

Cet article allemand (question 10) devait être très agressif. J’espère que les conséquences de Fukushima seront moins dures que cela.
Les seules références solides actuelles sur les conséquences de la vie et de l’alimentation en milieu contaminé par la radioactivité à dose faible, ce sont les constatations des médecins de Tchernobyl:
Mauvais état général des populations et spécialement des enfants (26% des enfants seulement en bonne santé), augmentation des cancers, des maladies cardio-vasculaires, des malformations congénitales.
Je vous invite à lire à ce sujet :

26 ans après, la santé des enfants de Tchernobyl est mauvaise et continue de se dégrader
La communication du Dr Galina Bandajevskaya (Belarus) pédiatre, cardiologue,au forum de Genève du 12 Mai 2012
Télécharger

Pathologies non cancéreuses dans les secteurs du Belarus contaminés par la radioactivité due à la catastrophe de tchernobyl
exposé du dr Y. Bandajevski au forum de Genève en 2012
télécharger

TCHERNOBYL: CONSÉQUENCES DE LA CATASTROPHE POUR L’HOMME ET LA NATURE.
A.Yablokov, V. Nesterenko, A. Nesterenko
Publié en 2010 par l’Académie des Sciences de New York
L’ouvrage de référence sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl
Traduction partielle en français.
Le texte complet en anglais
Michel Philips a rédigé une synthèse rapide du livre que vous trouverez [ici] sur le site de Independentwho


A la pollution radioactive il faut désormais ajouter la pollution générale liée à nos sociétés.

Je viens de lire le livre de André Cicolella: «Toxique Planète» qui s’inquiète de l’augmentation dans le monde entier de maladies non contagieuses:
– Obésité, diabète
– cancers dont chez les enfants et adolescents
– maladies respiratoires (asthme, bronchite chronique)
– maladies mentales (Alzheimer, dépressions)
– maladies métaboliques

Et de l’apparition de nouvelles maladies contagieuses:
le Sida, les épidémies de « grippes »à partir des élevages concentrationnaires d’animaux, les fièvres hémorragiques liées à la déforestation…

Il incrimine:
– la pollution chimique et physique
– la transformation de notre alimentation (cultures et alimentation industrielles)
– le développement de la sédentarité
– l’augmentation de la précarité

A propos de la contamination chimique, il s’inquiète spécialement des perturbateurs endocriniens.
Les exemples les plus connus en sont les conséquences de la prise de Distilbène et les conséquences de la contamination au Bisphénol A (les biberons en matière plastique).

Le mode d’action des perturbateurs endocriniens qu’il décrit m’impressionne: il y a une forte similitude avec les radiations à faible dose, avec un mécanisme différent (physique pour la radioactivité, chimique pour les perturbateurs endocriniens)

    Les caractéristiques des perturbateurs endocriniens qu’indique André Cicollella:

  1. l’âge d’exposition: c’est la période qui fait le poison car les impacts sont surtout consécutifs à l’exposition pendant la période de gestation.
  2. le temps écoulé entre l’exposition et ses effets: les effets d’une exposition sont observés longtemps après que l’exposition réelle a cessé et sans qu’il soit même toujours possible de trouver une trace de la substance responsable dans l’organisme;
  3. les interactions entre les substances chimiques: c’est l’effet cocktail. Des substances qui individuellement n’ont pas d’effet à un niveau donné de concentration peuvent en induire un si elles sont présentes ensemble dans l’organisme à ce même niveau de concentration chacune;
  4. la relation dose-effet: l’effet est plus fort à faible dose qu’à forte dose; il est même possible de ne rien observer à forte dose alors qu’à faible dose les effets peuvent être importants;
  5. les effets latents à long terme: les effets constatés peuvent être trans-générationnels. Chez les animaux qui ont exposés au stade utérin on observe un impact non seulement lors de l’enfance ou à l’âge adulte, mais également chez leurs propres descendants, bien que ces dereniers n’aient pas eux-mêmes été exposés.

Toxique planète – André Cicolella
-Le scandale invisible des maladies chroniques – p 149 19€ au Seuil)

Il serait bon que nos politiques aient une autre comportement que celui des 3 petits singes

les 3 petits singes

le 28 janvier 2014


Jan 24

Rester fermes et aller de l’avant: une statue pour l’espoir.

Environ 7.000 personnes de tout le Japon ont sculpté une statue dans le bois d’une forêt dévastée par le tsunami de 2011.
La statue représente Kannon, la déesse de la miséricorde.
Le projet est de prier pour les personnes tuées par le tremblement de terre et le tsunami et de soutenir la reconstruction de la région.

Seizan Wanatabe, un sculpteur de staues boudhistes, en est le sculpteur principal.

Le sculpteur  Seizan Wanatabe sculpte Ayumi Kannon

Le sculpteur Seizan Wanatabe sculpte Ayumi Kannon (photo Seizan Watanabe)


Le bois provient d’une forêt côtière de pins à Takata-Matsubara; sur les 70.000 arbres de la forêt, un seul était resté debout, devenu le symbole de l’espoir.
Wanataba a assemblé le bois d’une vingtaine d’arbres.
La statue a 85 cm de haut et 60 cm de large.

Elle a un « sourire céleste »; elle a été nommée « Ayumi Kannon » ce qui signifie  » déesse Kannon pour avancer pas à pas ».

Dès janvier 2012, le bloc de bois de la statue avait été envoyé à une trentaine de sites à travers le pays. Les habitants pouvaient en ciseler une partie, garder les copeaux en tant que porte-bonheur et faire un don pour aider à la reconstruction de la région sinistrée.

La statue sera érigée à Rikuzentakata (préfecture d’Iwate) dans une des zones les plus touchées.

Une cérémonie pour peindre les yeux de la statue symbolisera l’infusion d’une âme; elle aura lieu le 11 Juillet.
Parole d’un survivant:

«Nous devons à ceux qui ont été tués de rester fermes et d’aller de l’avant»

Résumé d’un article de l’ Asahi Simbun du 24 janvier, écrit par Norihide FURUSAWA

Le 24 Janvier 2014


Jan 21

Les 4 mythes qu’invente l’industrie nucléaire

    Pour nous faire accepter le nucléaire, les promoteurs et industriels du secteur nucléaire veulent nous faire croire:

  1. Que le nucléaire est sûr
  2. Qu’il ne fait pas de victimes lors d’un accident
  3. Qu’il combat le réchauffement climatique
  4. Que c’est la source d’énergie la moins chère

Arnie Gundersen, ingénieur nucléaire nous démontre que c’est faux
dans cette video sous-titrée en français par Kna:

«https://youtu.be/B3UhME8DyD4»


Vous trouverez une mine de videos consacrées à l’accident de Fukushima et au nucléaire en général sur le site de Kna


Le site de Fairewinds


Le livre cité par Arnie Gundersen à propos des conséquences de Tchernobyl:

TCHERNOBYL: CONSÉQUENCES DE LA CATASTROPHE POUR
L’HOMME ET LA NATURE.

Publié en 2010 par l’Académie des Sciences de New York
Alexei V. Yablokov, Vassili B. Nesterenko, Alexei V. Nesterenko
Saint-Pétersbourg – 2007 – New York 2010

Les auteurs estiment que les émissions radioactives du réacteur en feu ont atteint dix milliards de curies, soit deux cents fois les retombées des bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki
Que le nombre de décès à travers le monde attribuables aux retombées de l’accident, entre 1986 et 2004, est de 985 000, un chiffre qui a encore augmenté depuis cette date.
Des 830 000 « liquidateurs » intervenus sur le site après les faits, 112 000 à 125 000 sont morts.

Le livre a été traduit partiellement en français le télécharger
Le texte complet en anglais sur chernobyl-day
Michel Philips a rédigé une synthèse rapide du livre que vous trouverez ici sur le site de Independentwho


Jan 15

Il faut entre 12 h et 6 jours pour évacuer la population autour d’une centrale nucléaire

12 heures à 6 jours sont nécessaires pour évacuer la population vivant dans un rayon de 30 km autour d’une centrale nucléaire accidentée.

C’est le résultat d’une étude réalisée au Japon par « Kanto Keizai Kenkyujo » (institut de recherche sur l’économie de l’environnement – organisme indépendant)

Cette étude montre qu’il est quasiment impossible d’évacuer assez rapidement tous les habitants pour éviter leur exposition aux rayonnements en cas d’accident nucléaire avec rejets dans l’air.

Cette étude a été réalisée dans des communes japonaises situées dans les 30 km d’une centrale nucléaire: elles sont tenues de préparer un plan d’évacuation d’urgence.

    L’étude s’est basée sur

  • la disponibilité de 30% des autocars et 50% des véhicules particuliers.
  • sur l’hypothèse que tous les habitants de la zone partiraient en même temps
  • les techniques de gestion du trafic (gestion des embouteillages) seraient utilisées.
    2 situations ont été étudiées:

  1. seules les routes nationales sont utilisées, les routes secondaires étant inutilisables du fait du désastre (tremblement de terre…) ou utilisées par les services de secours d’urgence.
  2. toutes les routes sont disponibles.

Dans le cas où seules les routes nationales sont utilisées pour l’évacuation:
– Au moins 15 heures seraient nécessaires pour évacuer tous les habitants dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Tomari (préfecture d’Hokkaido)
– 5,5 jours pour la centrale de Tokai (préfecture d’Ibaraki)
– 6 jours pour évacuer les habitants autour de la centrale de Hamaoka

Si toutes les routes peuvent être utilisées:
– 8 heures seraient nécessaires pour évacuer les habitants autour de la centrale de Oi (préfecture de Fukui)
– 63 heures pour la centrale de Hamaoka.
A Hamakoa environ 740.000 personnes vivent dans les 30 km autour de la centrale et il y a un nombre restreint de routes utilisables. Il y aurait vraisemblablement de gros embouteillages concernant les véhicules privés et les autocars.
… …

Naomi Kamioka qui dirige l’institut de recherche et est vice-président de l' »Association pour la recherche sur les problèmes de transport et les droits de l’homme »:

Bien que les activités visant à relancer les réacteurs soient menées activement, les conditions du réseau routier n’ont pas été considérablement améliorées, même après l’accident de Fukushima.
Cette étude montre qu’il est quasiment impossible d’évacuer assez rapidement tous les habitants pour éviter leur exposition aux rayonnements en cas d’accident nucléaire avec rejets dans l’air.

Extraits d’un article en anglais du Mainichi Japan du 14 janvier 2014
L’article original


Notes: je tente d’imaginer:

– avec une petite brise de 15 km/h le panache radioactif a parcouru 30 km en 2 heures
– si le vent change de direction comme à Fukushima…
– si cela se passe la nuit, s’il pleut, s’il neige, s’il y a un fort vent, des innondations, comment cela se passe-t-il ?
– si c’est pendant les heures de classe, pendant les heures de travail… les familles sont dispersées…
et la distribution des comprimés d’Iode ?
– et les consignes de confinement ? les gens avec enfants et bagages des heures dans les embouteillages…
– le transfert des malades des hôpitaux et des pensionnaires grabataires des maisons de retraite s’est avéré difficile et dangereux à Fukushima…


Jan 08

Les nourrissons de Californie ont été atteints par les retombées de Fukushima

La nocivité des faibles doses de radioactivité, la rapide dispersion des éléments radioactifs de Fukushima se confirment

En Californie, chez les nouveaux-nés des femmes qui étaient enceintes au moment du passage du nuage radioactif de Fukushima, les cas d’hypothyroïdie ont augmenté de 7 fois par rapport aux périodes précédentes sans pollution radioactive.

Les doses d’Iode radioactif qu’ont reçu les mères de Californie devaient être assez faibles. L’Iode radioactif a été dispersé au cours de son trajet de 6 jours au dessus du Pacifique et son activité radioactive diminue de moitié en 8 jours.

Ceci montre que contrairement à ce qu’affirme le lobby nucléaire, les faibles doses ont un effet néfaste sur la santé.


Notes

1- Je ne sais pas quel est l’avenir de ces enfants. Leur thyroïde se remettra-t-elle à fonctionner ? resteront-ils dépendants leur vie durant d’un traitement ? y a-t-il un risque que se développent des tumeurs bénignes ou malignes ?

2- Le nuage radioactif a traversé le Pacifique et atteint la côte Ouest des USA en 6 jours. Il a vraisemblablement fait le tour de l’hémisphère nord. Donc beaucoup de gens ont été exposés à des doses relativement faibles de la radioactivité de Fukushima.

3- Il ne devait pas y avoir que de l’Iode radioactif. Aussi du Césium, Strontium, peut-être du plutonium.

le panache radioactif de Fukushima

L’étude a été publiée dans l’Open journal of Pediatrics, (J. Mayano, J. Sherman, Christopher Busby)
Résumé-traduction et commentaire de l’étude:

L’état de Californie, sur la côte pacifique des USA pratique depuis des années sur tous les nouveaux nés un test permettant le diagnostic de l’Hypothyroïdie (manque ou absence de production d’hormone thyroïdienne par la Thyroïde). Le manque d’hormone thyroïdienne a de graves conséquences sur le développement physique et le développement intellectuel de l’enfant.

Si on additionne, en Californie, les cas limites et les cas confirmés, les cas d’hypothyroïdie à la naissance ont augmenté de 7 fois chez les enfants soumis à la pollution intra-utérine, pendant la grossesse de leur mère. Les cas « limite » ont plus augmenté que les cas confirmés.
Aucune autre cause que le passage du nuage radioactif de Fukushima au printemps 2011 n’est décelable.

Ceci confirme encore une fois la nocivité des faibles doses et la grande sensibilité des foetus.

La glande thyroïde est la première glande à apparaître chez l’embryon humain, vers le 70° jour de gestation. Le développement du cerveau dépend d’un fonctionnement thyroïdien normal.

Par ailleurs, à Fukushima:

44 cas de cancer de la thyroïde ont été diagnostiqués depuis mars 2011 sur 178.000 enfants de 0 à 18 ans

Soit un proportion de 12 pour 100.000 enfants chaque année;
Le taux « habituel », avant la pollution, était de 0,15 pour 100.000 en 2005.

On a constaté aussi la présence de nodules ou de kystes chez 43,6% des 94.426 enfants examinés, ce qui est totalement anormal.

De nombreuses études prouvent la nocivité des faibles doses de radioactivité.

L’étude BEIR (dont nous avons parlé à propos de la vie dans un milieu à 20mSv/an) a conclu à une relation proportionelle entre la radioactivité et le risque de cancer, sans seuil; donc dès le premier Becquerel.

– Steward et d’autres ont montré un quasi-doublement de la mortalité des enfants exposés in utero aux rayons X à l’occasion d’une radiographie pelvienne.

– L’institut US de médecine et le National Research Council estiment que au moins 212.000 américains ont développé un cancer de la thyroïde suite à leur exposition, pendant la période foetale ou l’enfance, aux doses relativement basses d’Iode 131 relâchées par les essais nucléaires dans le désert du Nevada.

– Des études récentes montrent la nocivité des faibles doses sur les travailleurs du nucléaire. Les faibles doses reçues de façon chronique semblent plus dangereuses que la même dose reçue en une fois.

– D’autres études montrent que les faibles doses provoquent des translocations chromosomiques (cassure des chromosomes suivies d’une mauvaise réparation). Ces translocations chromosomiques sont considérées comme la cause primaire des cancers.

De plus en plus d’auteurs affirment que le modèle qu’utilise le lobby nucléaire officiel (AIEA, OMS, UNSCEAR etc…) pour la prédiction des effets des faibles doses en sous estime fortement la gravité.
Le lobby nucléaire ne cesse d’affirmer que les faibles doses ne représentent aucun risque alors que les faits viennent le démentir.


Références

L’étude en anglais sur les nourrissons californiens

Qui est Christopher Busby l’un des auteurs de cette étude

Le blog de Michel Philips sur médiapart

Un article de Christopher Busby traduit en français sur fukushima-over-blog

L’article de «vivre-apres-fukushima» sur le danger de vivre dans un milieu à 20mSv/an

Autres études sur les doses faibles

L’étude BEIR VII : étude des effets biologiques des rayonnements ionisants: c’est un rapport de l’Académie Nationale des Sciences US – 2006. Il a étudié les effets biologiques des doses dites « faibles»: jusqu’à 100mSv.
j’en ai rendu compte dans l’article sur les risques qu’il y a de vivre dans une zone à 20mSv/an.
Vous pouvez la consulter et télécharger gratuitement sur le site de l’Académie nationale des Sciences US:
Exposure to Low Levels of Ionizing Radiation: BEIR VII Phase 2 (2006)

Et des études récentes:

Une étude de 2007 sur l’exposition professionnelle aux faibles doses: En 2007, la plus grande étude jamais menée sur l’exposition professionnelle aux rayonnements à faible dose a été publiée. L’étude contenait plus de 400 000 travailleurs de l’industrie nucléaire de 15 pays. [Radiat Res. 2007 Apr;167(4):396-416]. Étude collaborative dans 15 pays du risque de cancer chez les travailleurs de rayonnement de l’industrie nucléaire: les estimations des risques de cancer liés aux rayonnements. par Cardis E. et all.
Deux ans plus tard, en 2009, Jacob et ses collègues ont analysé l’étude de 15 pays que nous venons d’examiner, plus huit autres études de travailleurs nucléaires. [Occup Environ Med 2009; 66 : 789-796 Jacob P. et all. Is cancer risk of radiation workers larger than expected?]
visible ici

En 2010, Bhatti et ses collègues ont publié une méta-analyse (=regroupement d’études sur le même sujet) d’études examinant l’influence des examens médicaux par rayons X sur l’incidence des translocations chromosomiques. [Radiat Res. 2008 August; 170(2): 149–155 Augmentation de la fréquence des translocations chromosomiques associée aux examens radio-diagnostiques ].


Jan 05

La dispersion des radionucléides dans le Pacifique

Le lobby nucléaire affirme que la radioactivité rejetée à l’océan par les retombées aériennes et les rejets d’eau contaminée n’aura aucune conséquence du fait de la dispersion dans le volume énorme des océans.

Cet argument ne peut pas être accepté:

1 – Disperser la pollution, c’est en fait augmenter le nombre de de gens d’animaux et de végétaux contaminés. A des doses plus faibles certes, mais contaminés quand même. On sait que la radioactivité peut avoir des conséquences néfastes dès le premier Becquerel ingéré, sans seuil.

2 – Il faut tenir compte des phénomènes de concentration au fil de la chaîne des êtres vivants. Entre les algues, le krill, les poissons herbivores, les poissons carnivores, les baleines etc, il y a un cycle, avec une concentration croissante des toxiques chimiques ou radioactifs dans les organismes. La radioactivité est ainsi recyclée et concentrée. En fait le contenu en radioéléments et toxiques chimiques des poissons va augmenter au lieu de diminuer du fait des désintégrations.

Beaucoup d’hommes sont dépendants de l’océan pour leur alimentation. Même si les aliments sont en dessous de la limite légale (100Bq/kg) ils seront de plus en plus contaminés au fil des ans.
Au cours d’une conférence tenue en Suède (Estimation des conséquences de la catastrophe de Fukushima, Jiřina Vitázková et Errico Cazzoli, Conférence PSA nordique (centrales nucléaires en Finlande et en Suède), Sept. 2011)
« Même si seulement un centième de la radioactivité (plus de 1015 Bq de CS137) devait entrer dans ce schéma de recirculation, l’ensemble de l’ingestion du corps collectif sur plusieurs générations dépasseraient 107 Sv, suffisante pour tuer plus de 1.000.000 personnes. »
Le compte-rendu de la conférence en anglais

3- Il faut tenir compte également de l’expérience des médecins de Tchernobyl: la contamination du corps par les radio nucléides provoque, outre l’augmentation des cancers, une grande variété de maladies non cancéreuses (spécialement cardio-vasculaires) et des problèmes congénitaux et héréditaires (morts-nés, malformations….) sur plusieurs générations. Il semble qu’avec le temps ces problèmes iraient en s’accroissant plutôt que de diminuer.

4 – On ne parle généralement que du Césium. Mais les eaux de refroidissement des combustibles fondus emportent certainement bien d’autres produits dangereux: Strontium, Plutonium, des isotopes de l’Americium et du Curium etc… Il est admis que l’utilisation du MOX aggrave la nocivité de ces déchets.

5 – L’Europe sera-t-elle épargnée ?
Le Pacifique et les côtes pacifiques des USA et du Canada sont les premiers contaminés.
Pour l’Europe cela prendra simplement plus de temps. Ce sera plus « dilué ».
Elle a déjà été atteinte par des produits transportés par l’air; après ceux des essais nucléaires et de Tchernobyl.
Les océans communiquent, les poissons migrent sur de grandes distances.

6 – C’est une intoxication durable et silencieuse. Pour chaque personne qui souffrira d’un cancer ou d’une autre maladie, il est et sera impossible d’affirmer que c’est dû à la radioactivité. Seulement, on constatera dans la population une augmentation du nombre de cancers, d’autres maladies non cancéreuses, de morts-nés, de malformations. C’est ce qui est déjà constaté autour de Tchernobyl.

Le lobby nucléaire crie et criera: « ce n’est pas nous ! it’s safe ! »

Le lobby nucléaire a persuadé les gouvernants de laisser mettre sur le marché et nous laisser consommer des aliments contaminés:

    Depuis 2008 l’importation d’aliments contaminés par les Césiums est autorisée en Europe tant qu’ils ne dépasssent pas:

  • 370 Bq/kg pour le lait et les aliments pour nourrissons
  • 600 Bq/kg pour tous les autres aliments
    Au Japon, on commercialise des aliments contaminés par les Césiums jusqu’à:

  • 100Bq/kg pour les aliments en général
  • 50 Bq/kg pour les aliments pour enfants

« it’s safe ! » c’est sûr !!! » affirment-ils !!!

Tout cela n’est guère réjouissant.
Sur place, à la centrale Dai Ichi, la situation n’est absolument pas maîtrisée et l’AIEA incite Tepco à rejeter ses eaux polluées à l’océan.


Jan 02

Bonne Année 2014

Bonne année 2014 à tous !

  • – aux lecteurs de ce blog, généralement inconnus
  • – à nos amis japonais victimes de l’accident nucléaire
  • – à ceux qui travaillent sur le site au risque de leur santé
  • – à ceux qui participent à la veille sur les conséquences de l’accident de Fukushima pour que le mur du silence ne se referme pas

J’avoue que c’est parfois lourd de gérer ce blog:
Des mauvaises nouvelles, toujours des mauvaises nouvelles; pas de fin en vue car rien n’est stabilisé à Fukushima: 3 réacteurs fondus dont on ne peut s’approcher, une piscine dangereuse en déchargement, des fuites, des fuites !
J’aimerais trouver une information optimiste. Hélas, un tel accident est humainement ingérable.
Voilà pourquoi j’ai eu plaisir à vous présenter dernièrement l’association Ringono (il y en a certainement bien d’autres): enfin un sourire sur ce blog !

Alors bonne Année quand même !
On ne va pas se laisser abattre par une industrie toxique et non maîtrisée.

Georges