Juil 08

La commission d’enquête de l’assemblée Nationale française a rendu son rapport sur la sécurité et la sûreté des installations nucléaires:

Présentation:

Sur le site de l’Assemblée nationale:
http://www2.assemblee-nationale.fr/15/autres-commissions/commissions-d-enquete/commission-d-enquete-sur-la-surete-et-la-securite-des-installations-nucleaires

<<
L’augmentation du nombre d’incidents survenus au sein des centrales nucléaires françaises au cours de ces dernières années, bien qu’ils n’aient jamais dépassé le niveau 2 sur l’échelle INES (de l’anglais International Nuclear Event Scale) graduée de 0 à 7, ainsi que les incursions répétées de militants opposés à l’énergie nucléaire ont conduit à la création d’un commission d’enquête, le 20 décembre 2017 permettant l’examen à la fois sur la sûreté matérielle de nos installations nucléaires et leur sécurité à l’égard de tout acte de malveillance.

Événement plus rare, la commission d’enquête a sollicité un organisme expert pour éclairer ses débats. En effet, confrontée à des positions divergentes de ses interlocuteurs sur la question technique du refroidissement à sec ou en piscine des combustibles usagés encore hautement radioactifs, elle a demandé à l’IRSN un rapport sur les mérites et les inconvénients respectifs de ces deux méthodes d’entreposage ( voir le rapport de l’IRSN).

Le présent rapport, suite aux 43 auditions menées entre février et juin 2018 (tome 2) , conclut par la publication de 33 préconisations (tome 1).

Ces préconisations visent à :

  • lutter contre les risques d’endogamie de l’expertise,
  • renforcer le rôle de l’ASN,
  • mieux envisager les accidents,
  • contrôler la sous-traitance et mieux protéger ses salariés,
  • repenser la gestion des déchets et des combustibles,
  • prévenir les actes de malveillance,
  • mieux contrôler le démantèlement,
  • améliorer le contrôle démocratique.

>>

Voir le rapport de la commission d’enquête

Le rapport de l’IRSN concernant l’entreposage du combustible nucléaire usé.
Il s’agit ici de l’entreposage provisoire du combustible encore très « chaud » qui vient d’être sorti des réacteurs.

Le 08 juillet 2018


Juil 07

Le nucléaire français n’inspire pas vraiment confiance aux parlementaires

Les 19 centrales nucléaires françaises sont-elles suffisamment à l’abri du risque ? Après cinq mois de travail, 48 réunions dont 43 auditions, et 83 personnes entendues, les parlementaires français ont de sérieux doutes.

Sur France Inter, 5 juillet 2018:

Dans un rapport que France Inter a pu consulter, la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires s’alarme de plusieurs dysfonctionnements. Mais aussi, plus largement, de la culture du secret qui entoure le nucléaire français, y compris pour les représentants élus.

D’abord parce qu’ils ont l’impression de ne pas avoir appris suffisamment de choses. Sur les questions de sécurité par exemple, essentielles à l’heure où « les installations nucléaires pourraient être des cibles de choix à l’époque où le spectaculaire figure parmi les priorités des organisations terroristes », députés et sénateurs se sont souvent heurtés à un refus tout net de les informer.

Le rapport indique ainsi que « le secret-défense a été presque systématiquement opposé aux membres de la commission, tant par les pouvoirs publics que par le principal exploitant d’installations nucléaires ». Et la commission s’inquiète que « dans de nombreux cas, elle [ait] dû se contenter de bonnes paroles, sans qu’aucun élément tangible ne lui soit produit […]. Le propos qui consiste à demander à la représentation nationale de ‘faire confiance’ est difficilement acceptable.»

Des mesures de sécurité trop opaques

Difficile aussi pour les parlementaires de se contenter d’une promesse que « tout va bien » , alors par exemple que Greenpeace a réussi il y deux jours à faire voler un drone au-dessus d’une centrale nucléaire française. Ils expliquent avoir identifié plusieurs risques (chute d’avion, incursion de drones, sabotage interne, menace externe, et menace informatique), pour lesquels les mesures de prévention et les suites restent floues.

« Les installations nucléaires françaises n’ont pas été conçues pour résister à une agression terroriste », assurent-ils. De plus, il est difficile « d’identifier l’autorité prescriptrice en matière de sécurité », entre les différents ministères concernés, les forces de sécurité, les hauts fonctionnaires défense, etc. D’où un risque de désorganisation en cas d’incident. Les parlementaires recommandent de lier davantage sécurité (prévention des attaques) et sûreté (prévention des accidents), puisque dans les deux situations, « les conséquences sont les mêmes ».

Une sûreté qui offre « des failles »

La sûreté, justement, est un autre motif d’inquiétude, surtout après l’accident de Fukushima, qui a « démontré qu’une sûreté absolue n’est jamais acquise« et que même si « certains évènements semblent ‘impossibles’, il est apparu indispensable de ‘concevoir l’inconcevable’. »

Les parlementaires dénoncent ainsi un problème avec le facteur humain, notamment sur la question de la sous-traitance. Ils estiment que « 80 % des tâches sont de nos jours confiées à des entreprises sous-traitantes ». Ce qui pose plusieurs problèmes majeurs, comme « une perte de compétences des exploitants » et « leur dépendance vis-à-vis des entreprises prestataires ». Or selon l’ancien directeur de la centrale de Fukushima, ce fonctionnement est dangereux : il raconte que lors de la catastrophe, « les sous-traitants sont partis très rapidement, considérant que la tournure prise par les évènements n’était pas prévue par leur contrat », ce qui a retardé la stabilisation. De son côté, EDF assure pouvoir agir seule en cas d’accident, sans l’aide de ses sous-traitants.

Des pièces pas si irréprochables

La qualité des pièces des centrales inquiète aussi la commission d’enquête. Ils évoquent « le vieillissement des installations nucléaires françaises », « la corrosion, l’altération de certaines pièces ou tuyauteries », « les effets du changement climatique ». Et se disent frappés par l’utilisation abusive d’un principe, « l’exclusion de rupture », qui est censée être garante de la fabrication de pièces irréprochables.

Un principe appliqué au départ uniquement aux pièces essentielles, mais étendu à d’autres domaines : or, le rapport rappelle que « cela a pour conséquence l’absence de procédures de secours, certains types d’accident étant réputés impossibles ». Pas si impossibles que ça : la commission a découvert qu’à Flamanville, des pièces censées être irréprochables « n’avaient pas été usinées de manière correcte. Des fraudes relatives à la conformité des pièces ont également été mises en évidence ».

Publié le jeudi 5 juillet 2018 à 7h07 par Olivier Bénis ( @OlivierBenis )

Note : Le nombre de réacteurs nucléaires en activité est de 58, répartis sur 19 sites. Six réacteurs sont en cours de démantèlement (Brennilis, Chooz A, Chinon A, Bugey A, Saint-Laurent A et Creys-Malville).

Pour réécouter l’interview (10 minutes) de Barbara Pompili (rapporteure de la Commission) invitée de Léa Salamé à 7h50 (NDLR : très instructive, à ne pas rater), cliquer ICI — ou aller à :
http://www2.assemblee-nationale.fr/15/autres-commissions/commissions-d-enquete/commission-d-enquete-sur-la-surete-et-la-securite-des-installations-nucleaires

Le 07 juillet 2018


Juin 18

De l’interdiction des armes nucléaires à leur élimination effective

La France doit signer et appliquer le traité bannissant les armes nucléaires

logo

Voici quelques extraits de l’infographie qu’a créée le réseau Sortir du nucléaire
http://www.sortirdunucleaire.org/infographie-interdiction-armes-nucleaires

La dissuasion nucléaire, c’est du gaspillage d’argent public !

☢ Depuis la création du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) en 1945 et les premières recherches sur la bombe atomique, la dissuasion nucléaire a coûté plus de 420 milliards d’euros à la France.
☢ À l’horizon 2025, les contribuables français financeront l’entretien et la modernisation des armes nucléaires à hauteur de 6,5 milliards d’euros par an (ce budget ne comprenant pas les dépenses de personnel ni celles de gestion des déchets ou de démantèlement) et sur la période 2019-2023, la loi de programmation militaire prévoit une enveloppe de 25 milliards d’euros pour la dissuasion, soit plus de 22 % des dépenses d’équipement de l’armée.
☢ Au niveau mondial, 100 milliards d’euros sont consacrés chaque année à la dissuasion. Cette somme correspond au montant estimé par la COP 15 pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique, deuxième menace pour l’Humanité après… la guerre nucléaire !

La dissuasion nucléaire, c’est dangereux et polluant !

De 1969 à 1996, l’armée française a effectué 210 essais atmosphériques et souterrains en Algérie et en Polynésie. Des milliers de personnes ont été irradiées et de gigantesques zones resteront contaminées pour des milliers d’années. Parmi les populations locales, chez les vétérans et leurs descendants : cancers, malformations et retards mentaux se sont multipliés.
Même en l’absence d’essais, la fabrication, le transport et le stockage des matières radioactives destinées à la bombe représentent un danger. Consacré à l’entretien et à la modernisation de la bombe, le site de Valduc (Côte-d’Or) et ses alentours sont pollués par des éléments radioactifs comme le tritium. L’histoire l’a montré à plusieurs reprises : des accidents peuvent arriver. Collisions de sous-marins avec leurs têtes et leurs réacteurs nucléaires, bombes égarées… Qu’ils soient le résultat de négligences humaines ou de défaillances techniques, ces événements montrent que le risque zéro n’existe pas et que les atteintes à l’environnement sont inévitables.

La dissuasion nucléaire, ça accroit les tensions !

☢ En 1962, la crise des missiles de Cuba déclenche une escalade de menaces nucléaires. La « ligne rouge » est franchie lorsque l’URSS installe des missiles nucléaires à 150 km des côtes américaines. Ici, les armes nucléaires ont failli déclencher une troisième guerre mondiale.
☢ De nombreux événements montrent que nous sommes passés une dizaine de fois près d’une guerre nucléaire. En 1983, des images satellites montraient 5 missiles américains en route vers l’URSS. Malgré ces évidences le colonel Petrov annonça au Kremlin une « fausse alerte ». En fait, les tâches lumineuses identifiées longtemps après sur les clichés étaient des reflets du soleil. L’Humanité a failli subir une guerre nucléaire… par erreur !
☢ Depuis que la Corée du Nord possède la bombe, les tensions se sont exacerbées. Par tweets interposés, Donald Trump et Kim Jong-un rivalisent de menaces à la guerre nucléaire. Et la nouvelle doctrine des États-Unis – exprimée début 2018 – prévoit de nouvelles armes nucléaires et désigne la Russie et la Chine comme des ennemis.

La dissuasion nucléaire, c’est du bluff !

Conscientes du caractère « juridiquement contraignant » du texte, les grandes puissances dotées de la bombe atomique ont boycotté les négociations. Au moment où un large consensus autour d’une stratégie de désarmement concerté émerge dans la communauté internationale, refuser d’y participer, c’est aller à rebours de l’histoire et de la volonté démocratique des peuples. Avec les capacités actuelles des arsenaux mondiaux, une guerre nucléaire serait synonyme d’autodestruction de l’Humanité.
Le bluff sur lequel repose la menace de l’emploi d’une arme nucléaire n’est pas crédible tant les conséquences seraient dramatiques. Dans ses mémoires, le président Valéry Giscard d’Estaing faisait une confidence qui révélait que la dissuasion nucléaire est un jeu de poker-menteur : « Je n’aurais jamais pris l’initiative d’un geste qui conduirait à l’anéantissement de la France. »
Censée être notre « assurance-vie », la dissuasion ne constitue pas une protection efficace contre les menaces actuelles que sont par exemple le terrorisme, les guerres civiles, les drones ou les cyberattaques. La dissuasion est une menace psychologique : elle ne « protège » pas comme une porte blindée ou une muraille. En vérité, elle donne simplement « l’illusion » de sécurité

La dissuation nucléaire, c’est anti-démocratique

Le Traité d’interdiction des armes nucléaires voté à l’ONU en juillet 2017 est un événement inédit. Une majorité d’États s’opposent frontalement aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Conscientes du caractère « juridiquement contraignant » du texte, les grandes puissances dotées de la bombe atomique ont boycotté les négociations. Au moment où un large consensus autour d’une stratégie de désarmement concerté émerge dans la communauté internationale, refuser d’y participer, c’est aller à rebours de l’histoire et de la volonté démocratique des peuples.
Les armes nucléaires sont les dernières armes de destruction massive en passe d’être interdites, alors que leurs conséquences humanitaires sont catastrophiques et que leur fabrication n’a jamais été décidée démocratiquement.


L’infographie contient beaucoup d’autres informations
Je vous invite à aller la regarder ICI
http://www.sortirdunucleaire.org/infographie-interdiction-armes-nucleaires

explosion nucléaire

Le 18 juin 2017


Avr 30

Tchernobyl : «Je suis la seule survivante de mon équipe de liquidateurs»

22 avril 2016 / Entretien avec Natalia Manzurova

un article de Reporterre
https://reporterre.net/Tchernobyl-Je-suis-la-seule-survivante-de-mon-equipe-de-liquidateurs

Le 26 avril 1986, des réactions en chaîne conduisaient à la fusion du cœur d’un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, aujourd’hui en Ukraine. Entre 1986 et 1992, entre un demi et un million de «liquidateurs» ont été «réquisitionnés» pour sauver ce qui pouvait l’être. Reporterre a rencontré l’une d’entre eux.

Radiobiologiste russe, Natalia Manzurova a été envoyée à Tchernobyl dès 1986 pour évacuer «les biens matériels devenus radioactifs». À la tête d’une brigade de sept personnes, elle a passé 4 ans et demi sur place.

Reporterre — Comment avez-vous été engagée comme «liquidatrice» à Tchernobyl ?

Natalia Manzurova — Mes parents avaient été recrutés de force par le régime dans les années 1950 pour construire le complexe nucléaire de Maïak. Nous habitions sur place, tenus au secret. J’ai souhaité devenir radiobiologiste pour comprendre leurs activités et les conséquences de celles-ci. En 1986, juste après l’accident de Tchernobyl, le laboratoire dans lequel je travaillais nous a réquisitionnés pour faire un inventaire de la catastrophe. Nous avons été envoyés sur place, comme 500.000 à 1 million d’autres liquidateurs. Parmi les liquidateurs, il y avait deux catégories : ceux qui étaient envoyés en mission ponctuelle d’un mois, comme des plombiers ou des chauffeurs… Et ceux qui étaient nommés pour un poste à long terme. Comme la dose d’exposition aux radiations n’était pas connue, le régime choisissait de les laisser le plus longtemps possible, perdus pour perdus… Personne n’était vraiment formé ni préparé. Mais, nous n’avions pas le choix. En tout, je suis restée 4 ans et demi à Tchernobyl, de 36 ans à 41 ans.

Natalia Manzurova, en avril, à Paris.

portrait : © Éric Coquelin/Reporterre

Dans quelles conditions travailliez-vous ?

Natalia Manzurova J’avais été nommée ingénieure en chef chargée de l’évacuation des biens matériels devenus radioactifs. Je dirigeais une brigade de sept «permanents» plus des occasionnels. Nous étions chargés d’explorer les appartements abandonnés précipitamment par les habitants pour récupérer meubles, bijoux, tissus… Ces objets étaient ensuite enterrés dans des fosses recouvertes de béton.

Nous étions équipés de vêtements et de masques de protection, mais les deux premières années, la radioactivité était si forte que notre visage était comme «tanné». Je me souviens que nous ne disposions d’aucun instrument de mesure de la radioactivité pour évaluer la dangerosité du travail. Un comble pour un radiobiologiste. Nous connaissions pourtant les risques et faisions attention à bien nous laver les mains et à laver les aliments. Mais était-ce suffisant ? Bien sûr que non, puisque tous les membres de mon équipe sont morts du cancer. Je suis la seule survivante. Depuis la loi de 1993, les liquidateurs survivants sont pris en charge par l’État et affichent les statuts les plus élevés d’invalidité (2 et 3). Cela signifie que nous sommes logés et aidés financièrement. Mais les subventions diminuent aujourd’hui. Moi, j’ai 20 % d’aberration chromosomique et suis donc classée catégorie 2, avec un statut de maladie chronique. Je n’ai jamais pu reprendre une vie normale.

Et vous, comment allez-vous, moralement et physiquement, après ce drame ?

Natalia Manzurova J’ai connu un état de mort clinique, souffre de maux de tête et d’estomac récurrents, et j’ai subi une ablation de la thyroïde. Quand j’ai commencé à être malade, quelques mois après mon retour de Tchernobyl, je vivais seule avec ma fille. Il fallait tenir.

Souvent, les gens s’étonnent que je sois encore vivante, alors que la plupart de mes collègues sont morts. Je leur réponds que, lorsqu’ils ne me voient pas durant plusieurs jours, je suis malade, au fond de mon lit, et le reste du temps je m’efforce de guérir.

Ma relation à la vie a changé. Après avoir vu autant de malheurs autour de soi, on mesure mieux ce qui est important : les questions morales, les droits de l’homme, les enfants… Les liquidateurs ont d’ailleurs les taux de suicide parmi les plus élevés du pays.

Quelle fut la place des femmes parmi les liquidateurs ?

Natalia Manzurova Nous étions une infime minorité. Parmi les liquidateurs de Tchernobyl, il y avait 1 femme pour 1.000 hommes. En général, elles exerçaient des fonctions subalternes de cuisinières, de femmes de ménage, d’aides-soignantes. Il y a eu de nombreux cas de harcèlement, de viols et violences. C’était très dur. Les femmes liquidateurs qui étaient enceintes ont été obligées d’avorter pour éviter les malformations ou les « liquidateurs in utero », comme cela avait été le cas à Maïak.

Croyez vous que l’on ait tiré toutes les leçons de Tchernobyl ?

Natalia Manzurova Non. Dans ma vie, j’ai connu trois catastrophes nucléaires : Maïak en 1957, Tchernobyl en 1986, et Fuskushima en 2011. Mais j’ai l’impression que l’on ne prend pas suffisamment en compte les causes et les conséquences de ces accidents. Il faut notamment accentuer la transparence et les échanges autour de la vérification des lieux de production nucléaire. Il est toujours impossible d’accéder à Maïak, les données sur la contamination de la zone, l’une des plus dangereuse du monde, sont confidentielles et ce secret pèse sur nos têtes.

– Propos recueillis par Pascale d’Erm

un article de Reporterre
https://reporterre.net/Tchernobyl-Je-suis-la-seule-survivante-de-mon-equipe-de-liquidateurs


Avr 27

Tchernobyl il y a 32 ans: la contamination perdure

La santé des populations locales est sérieusement altérée.

Un article de natura-sciences.com

Il y a déjà 32 ans avait lieu l’accident nucléaire de Tchernobyl. Proche de la zone d’exclusion, les enfants et les jeunes adultes portent encore les stigmates de cette catastrophe européenne. Un programme de recherche européen fait le point sur les risques sanitaires rencontrés par ces populations.

« Il n’y a pas de vie saine après une catastrophe nucléaire », assure Michèle Rivasi, députée européenne et co-fondatrice de la CRIIRAD. Si le réacteur numéro 4 de Tchernobyl a explosé le 26 avril 1986, « la catastrophe de Tchernobyl ne relève pas du passé, la contamination perdure », assure la députée.

Durant plusieurs décennies, les autorités locales et la communauté internationale se sont focalisées depuis la catastrophe sur la sécurité des réacteurs. Le 27 novembre 2016, la société Novarka, une coentreprise des géants français du BTP Vinci et Bouygues installait une cloche de confinement pour recouvrir le sarcophage de la centrale nucléaire de Tchernobyl, construit dans l’urgence après l’explosion.

Des zones habitées encore contaminées

Aujourd’hui, cinq millions de personnes vivent sur 150 000 km2 de terres contaminées. Depuis 2013, grâce à des collaborations entre le Parlement européen et de la Commission européenne, un programme européen sur la santé et l’environnement a été lancé autour de la zone d’exclusion de Tchernobyl. Une étude a notamment été lancée dans le district d’Ivankov, un territoire ukrainien contaminé se trouvant dans la région de Kiev, à 30 km de la centrale de Tchernobyl.

Depuis 1999, les équipes médicales de l’hôpital d’Ivankov n’avaient plus les moyens de mesurer les niveaux de radioactivité. Dans le cadre de ce programme européen, le laboratoire a été équipé de spectromètres et de radiomètres extrêmement fiables. Ces instruments ont permis de mesurer les niveaux de radioactivité dans les organismes, les aliments, les immeubles et installations. Notamment, 3.000 personnes ont été observées, particulièrement des enfants et des femmes enceintes.

La population suivie seulement depuis 2013

Les résultats complets de ces analyses ne seront rendues publiques qu’en juillet prochain. Toutefois, de premiers résultats ont déjà été communiqués. Trente-deux ans après l’accident, de nombreux problèmes de santé sont ainsi observés chez les enfants. « 45 % des enfants examinés ont un déséquilibre hormonal dans la thyroïde, 35% des enfants ont des problèmes de foies anormalement gros, 80% des adolescents ont des problèmes cardiaques et 30 % ont une pression sanguine trop élevée », relève Michèle Rivasi.

Ce n’est pas tout. Le taux de mortalité est 20 fois plus élevé que le taux moyen en Ukraine et de trop nombreux jeunes adultes sont atteints de cancers. Par ailleurs, 80% des garçons présentent un taux beaucoup trop élevé en homocystéine, un acide aminé qui touche divers organes et peut causer des AVC et des arrêts cardiaques. Enfin, la recherche a montré une corrélation entre le cancer du sein et la radiation. Pour continuer le suivi, un laboratoire d’analyse radiométrique et spectrométrique et un centre spécialisé pour la santé infantile et maternel seront inauguré à l’hôpital d’Ivankov en juillet.

Des sols et des aliments toujours contaminés

Le centre d’information et de consultation sur l’hygiène alimentaire de l’hôpital d’Ivankov travaille sur la prévention des maladies liées à l’exposition à la radioactivité. Dans cette région très pauvre, les populations élèvent et cultivent elles-mêmes leurs bétails et légumes. La principale source d’alimentation est devenue la forêt. Il est alors très difficile d’éviter l’ingestion d’aliments irradiés.

Le centre a analysé et listé les aliments contribuant à une radiation interne. Selon ses résultats, 30% des aliments irradiés proviennent de la forêt, à savoir des champignons, du gibier et des oiseaux sauvages. Les animaux vivant dans la zone d’exclusion sont quotidiennement chassés par les populations. Or, le taux de césium dans la viande animale n’a pas diminué. La viande de sanglier est notamment la plus dangereuse. « Une cartographie des sols d’Ivankov met en évidence que des zones hors de la zone d’exclusion de Tchernobyl ont des niveaux de pollution inappropriés pour une production de nourriture », souligne Michèle Rivasi. Elle espère donc développer une cartographie pour tous les districts avoisinant la zone d’exclusion et assurer l’accès à une alimentation saine.

La contamination est partout. Le bois contaminé au césium est également utilisé par les populations pour se chauffer et cuisiner. Ce bois a été analysé par le laboratoire du centre hospitalier d’Ivankov et les cendres montrent des niveaux de césium très élevés. Le cercle vicieux est en place : les cendres sont utilisées comme fertilisants, et augmentent encore les doses de césium déjà très élevés dans le corps humain.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

L’article original:
http://www.natura-sciences.com/sante/32-ans-apres-tchernobyl-malades-nucleaire.html

Le 27 avril 201


Mar 31

« La bombe et nous », film et débats sur les armes nucléaires

Présenté dans 12 cinémas finistériens, suivi de débats, le film «La bombe et nous» sensibilise à l’abandon du nucléaire civil et militaire.
Trois questions à Roland de Penanros, du Cian, Collectif finistérien pour l’interdiction des armes nucléaires.

– Qu’est ce qui a motivé la création du Cian ?

En 2017, deux événements majeurs sont passés inaperçus.

  • En juillet, l’ONU adopte un projet de traité sur l’interdiction des armes nucléaires, décidé par 122 pays sur 192.
  • En octobre, à Oslo, le prix Nobel de la Paix est attribué à l’ICAN, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires.

La France, comme les autres puissances nucléaires, a boycotté ce traité d’interdiction. Mais, dans le Finistère, des citoyens ont décidé de mener un travail d’information au sein du Cian.

– Parlez-nous de «La bombe et nous» de Xavier-Marie Bonnot

Construit sur trois ans de rencontres fortes, inquiétantes et passionnantes, ce film amène à réfléchir sur l’avenir du nucléaire militaire….

Pour lire la suite de l’entretien, cliquer sur l’image

La bombe et nous

L’article origine de Ouest-France publié le 27/03/2018

le 31 mars 2018


Mar 10

Fukushima, 7 ans après : 159 cas de cancer thyroïdien confirmés et 35 enfants en attente d’une opération

Résumé de l’article du Dr Rosen, IPPNW Allemagne du 07mars 2018
https://www.ippnw.de/atomenergie/artikel/de/schilddruesenkrebs-in-fukushima-7-ja.html

Le 25 décembre 2017, l’Université de Médecine de Fukushima (la FMU) a publié les derniers chiffres des tests thyroïdiens en cours. Les données comprennent les chiffres allant jusqu’à la fin de septembre 2017.
On en est à la troisième série de dépistage qui a démarré en mai 2016 et devrait se terminer à la fin mars 2018.
Au total, 159 cas de cancer sont confirmés, 35 enfants attendent toujours la chirurgie.
Ils ont été opérés à cause d’une croissance rapide de la tumeur, des métastases ou parce qu’elle menaçait des organes vitaux.

Selon la base de données du Registre du cancer japonais, le taux d’incidence du cancer de la thyroïde de l’enfant était avant la catastrophe nucléaire autour de 0,35 pour 100.000 enfants par an.
Avec une population pédiatrique d’environ 360.000 enfants, la préfecture de Fukushima aurait attendu environ un seul nouveau cas de cancer de la thyroïde de l’enfant chaque année.

…..

On observe aujourd’hui clairement une répartition géographique des cas de cancers. La FMU a longtemps éludé cet aspect, ce qui lui permettait de nier un éventuel rapport entre la fusion des cœurs des réacteurs de Fukushima et l’élévation des taux de cancers de la thyroïde.

Voici la carte des zones où ont eu lieu les examens
«13 communes évacuées», c’est la zone la plus proche de la centrale

carte des zones

Les dépistages durent deux ans et les dates des différentes séries de dépistage se chevauchent dans le temps; cela complique bien sûr la lecture et l’interprétation des résultats. Mais en décembre la FMU a présenté un tableau avec des données « nettoyées » qui étaient censées prendre en compte justement la différence temporelle entre les différents dépistages:

Cas de cancer ou de suspicion de cancer
détectés chez les participants aux deux premiers tours, classés par zone – 30 juin 2017
.
Extrait du tableau en allemand du Dr Rosen
tableau d’origine en japonais:
https://www.pref.fukushima.lg.jp/uploaded/attachment/244313.pdf

13 municipalités évacuées Nakadori Hamadori Aizu Total
population cible 49.454 207.165 72.871 51.766 381.256
Nb participants aux deux tours 32.006 140.582 46.406 27.693 246.687
Âge moyen 11,8 11,9 12,6 12,3
% filles 50,3 49,5 50,0 49,6 49,7
Nb cas de cancer ou suspicion pour 100.000 enfants 53,1 27,7 21,5 14,4 28,4
Nb cas de cancer ou suspicion /100.000 et /an 21,4 13,4 9,9 7,7 13,4

Avant Fukushima l’incidence du cancer de la thyroïde des enfants au Japon était de 0,35 cas par an pour 100.000 enfants.

Ce résultat est extrêmement significatif et il ne peut pas s’expliquer ou être relativisé par un effet de dépistage, car les résultats des premiers examens de tous les patients sont très clairs. [les cancers découverts lors des deuxième et troisième dépistages touchent des gens qui n’avaient pas de cancer lors du premier dépistage].

C’est aussi la première fois que la FMU inclut dans sa présentation des résultats les données officielles sur l’incidence du cancer de la thyroïde (c’est-à-dire le taux annuel de nouvelles victimes sur 100 000 enfants).

Voici la répartition géographique des cas.
On voit que plus on se rapproche de la zone de l’accident nucléaire (les 13 communes évacuées) plus il y a de jeunes atteints

Répartition géographique des ca

Tout est fait pour dévaluer l’étude sur la thyroïde

Ces données semblent gêner les responsables de la FMU. Il est vrai qu’elles contredisent la thèse soutenue depuis le début de la catastrophe nucléaire selon laquelle les multiples fusions des cœurs n’auraient provoqué aucune augmentation des cancers. Depuis le début, la FMU subit de fortes pressions de la part d’un gouvernement central pronucléaire et de l’industrie nucléaire toute-puissante dans le pays. La FMU reçoit aussi des soutiens financiers et logistiques du lobby international de l’atome, en l’occurrence l’AIEA, qui participe à l’organisation de l’étude sur les cancers de la thyroïde. Tout ceci remet en cause l’indépendance scientifique de la FMU. De nombreux observateurs et journalistes au Japon critiquent actuellement les efforts de la FMU pour réduire les tests de thyroïde et éventuellement y mettre fin.

Ainsi, à partir de l’âge de 25 ans, l’intervalle entre les séries de tests passerait de 2 à 5 ans, contrairement aux annonces et aux plans initiaux. On sait également depuis un certain temps que des membres de la FMU vont dans les écoles pour y informer les enfants de leur „droit de non-participation“ et de leur „droit de ne pas savoir“. Récemment est aussi apparue sur les formulaires une option „opt-out“, c’est-à-dire la possibilité de ne pas faire partie du dépistage. Ceci est assez remarquable, car la participation est de toute façon volontaire et aujourd’hui entre 20 et 30 % des enfants de la cohorte de test ne participent déjà pas aux tests. On peut aussi critiquer le fait que les coûts des tests après 18 ans ne soient plus complètement pris en charge, ce qui signifie que ce sont les patients et leur famille qui doivent les assumer.
On peut présumer que le but de la FMU est de réduire encore les quotas de participation et en déformant systématiquement les résultats des tests, de vider à long terme l’ensemble de l’étude de sa valeur. Une conséquence qui ne serait pas pour déplaire à l’industrie nucléaire japonaise.

Des cas de cancer passés sous silence

Ces deux cas de manipulation de données particulièrement évidents montrent combien il est difficile de faire confiance aux chiffres officiels:
Au début 2017, la famille d’un enfant victime d’un cancer de la thyroïde a dénoncé publiquement que le cas de leur enfant n’était pas inclus dans les données officielles de la FMU. Les responsables de l’étude ont soutenu que le diagnostic de leur enfant n’émanait pas de chez eux, mais d’une clinique partenaire à laquelle le jeune garçon avait été adressé pour approfondir le diagnostic et suivre la thérapie. Le fait que le garçon ait vécu à Fukushima au moment de l’accident nucléaire, qu’il ait pris part au dépistage de la FMU et qu’il ait dû être opéré suite à un cancer de la thyroïde nouvellement diagnostiqué, tout cela n’a pas été considéré comme pertinent pour les responsables de l’étude.
À la fin décembre, un autre cas de cancer thyroïdien, qui ne figurait pas parmi les statistiques officielles de la FMU, a été signalé. Le patient vivait certes dans la préfecture de Fukushima au moment de la fusion des cœurs et il a participé au premier dépistage de l’Université, mais comme il avait été évacué de sa ville natale, Koriyama, le diagnostic de cancer de la thyroïde et l’opération ont eu lieu en-dehors de la préfecture et n’ont de ce fait pas été inclus dans les statistiques officielles.

Combien d’autres cas de cancers thyroïdiens touchant des enfants n’ont pas été signalés non plus, combien de cas se sont produits en-dehors de la préfecture ou chez des gens qui au moment de l’accident avaient déjà plus de 18 ans, tous ces cas ne font l’objet d’aucune recherche scientifique et on peut présumer qu’on ne les connaîtra jamais.

Le droit à la santé

En conclusion nous observons à Fukushima une hausse significative des taux de nouveaux cas de cancer de la thyroïde chez les enfants et qu’en raison de la dépendance particulière des responsables de l’étude vis-à-vis du lobby nucléaire et du biais restrictif de l’étude, ces chiffres pourraient en même temps être systématiquement sous-estimés.

En outre, on peut attendre une augmentation d’autres sortes de cancer et d’autres maladies qui sont provoquées ou influencées de manière négative par les radiations ionisantes. Les tests thyroïdiens de la FMU représentent les seuls tests scientifiques en série qui puissent donner des résultats pertinents sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Et ils courent actuellement le risque d’être dévalorisés par les partisans de l’énergie nucléaire.

Les Japonais ont comme tous les humains un droit à la santé et un droit à l’information. Les tests thyroïdiens chez les enfants ne sont pas seulement bénéfiques aux patients dont les cancers sont détectés de manière précoce et peuvent ainsi être traités, mais servent l’intérêt de l’ensemble de la population qui a subi les effets des radiations libérées lors de l‘accident. La poursuite des tests thyroïdiens dans le respect des règles et leur accompagnement scientifique sont donc d’intérêt public et ne doivent en aucun cas être entravés par des motifs politiques ou économiques.
Dr Alex Rosen, médecin, président de l’IPPNW Allemagne
le 7 mars 2018

l’article original:
https://www.ippnw.de/atomenergie/artikel/de/schilddruesenkrebs-in-fukushima-7-ja.html
Traduction et résumé: www.fukushima-is-still-news.com et www.vivre-apres-fukushima.fr


Notes:

1 – www.fukushima-is-still-news nous signale:
Un article publié le 6 mars 2018 dans le Mainichi Shimbun indique que le nombre d’enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde est de 160, un dernier cas ayant été rajouté aux résultats de décembre 2017 susmentionnés. Voir :

http://www.fukushima-is-still-news.com/2018/03/160-cases-of-thyroid-cancers-among-fukushima-children.html

2 – Une précision sur les cas « suspectés »:
les cas suspectés sont ceux qui n’ont eu qu’un prélèvement à l’aiguille fine; avec un résultat suffisamment suspect pour justifier l’intervention chirurgicale
les cas confirmés sont ceux dont l’examen anatomo-pathologique de la pièce opératoire a certifié la nature cancéreuse.
D’après la Faculté de Fukushima il n’y a eu qu’une erreur : un cas suspect à l’examen à l’aiguille qui s’est révélé bénin à l’examen de la pièce chirurgicale.

le 10 mars 2018
mis à jour le 11 mars 2018


Mar 03

Rechutes du cancer de la thyroïde chez certains enfants de Fukushima

Une fondation privée qui aide des enfants atteints du cancer de la thyroïde de Fukushima a constaté 8 cas de rechute sur les 84 enfants pris en charge.

Voici le compte-rendu d’une émission de la chaine de télévision NHK japonaise.
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/20180301_24/
01 mars 2018

Une fondation privée qui offre une assistance financière aux jeunes atteints d’un cancer de la thyroïde suite à l’accident nucléaire de Fukushima, a demandé une surveillance détaillée pour ceux qui ont rechuté.

Le «Fonds du 3.11 pour les enfants atteints de cancer de la thyroide» (3.11 Fund for children with thyroidcancer) appelle à une nouvelle réunion à Tokyo jeudi prochain.
Le nom de cette fondation se réfère au 11 mars 2011 où un tsunami provoqué par un fort tremblement de terre a ravagé une centrale nucléaire dans la préfecture de Fukushima.

Une étude menée par la fondation a montré que le cancer a rechuté chez 9,5 % ,
soit 8 sur 84 enfants atteints de cancer de la thyroïde après l’accident. Ils ont dû de ce fait subir une seconde opération.

La fondation révèle que ces 8 enfants étaient âgés entre 6 et 15 ans au moment de l’accident, il y a 7 ans. Leur cancer a rechuté 28 mois en moyenne après la première intervention chirurgicale. Une fois, la rechute s’est produite juste 1 an après l’intervention.

La préfecture de Fukushima a propose un dépistage du cancer de la thyroïde aux habitants qui avaient 18 ans ou moins au moment de l’accident.

La Fondation 3.11 a souligné que le comité d’experts conseillant le gouvernement préfectoral n’a pas abordé la question des rechutes chez les jeunes patients atteints de cancer de la thyroïde.
La directrice de la fondation, Hisako Sakiyama, a déclaré que pour avoir une idée claire des effets sur la santé de l’accident nucléaire, il est important de poursuivre le dépistage en accordant une attention particulière aux rechutes.

la présidente de l'association

Voir l’article de la NHK en anglais
https://www3.nhk.or.jp/nhkworld/en/news/20180301_24/


Note:

L’université médicale de Fukushima, chaperonnée par l’AIEA (Agence internationale pour l’Énergie atomique, un département de l’ ONU) prétend depuis plusieurs mois que ces examens de dépistage des cancers de la thyroïde sont inutiles, exagérés et qu’ils provoquent des traitements inutiles. Et effectivement on ne voit jamais mentionnée la surveillance de rechutes de ces cancers, ce qui est élémentaire sur le plan médical.

Voir l’article «Fukushima: Le dépistage des cancers de la thyroïde serait déraisonnable»du 22 août 2016.
https://www.vivre-apres-fukushima.fr/fukushima-le-depistage-des-cancers-de-la-thyroide-serait-deraisonnable/

Le 03 mars 2018


Mise à jour le 03 mars 2014:
On savait déjà que ces cancers n’étaient pas les cancers anodins auxquels le village nucléaires tente de nous faire croire
Déjà en octobre 2016, le Dr Rosen de l’IPPNW signalait la fréquence des cancers envahissants d’emblée:
Parmi ces enfants, 136 ont dû être opérés parce qu’ils présentaient des métastases dans les ganglions lymphatiques (22,4 %), des métastases distantes (2,4 %) ou une croissance dangereuse de leur tumeur (pourcentage inconnu) : 102 enfants (premier dépistage) et 34 enfants (second dépistage) ont ainsi été opérés.
https://www.vivre-apres-fukushima.fr/fukushima-5-ans-apres-nouveaux-resultats-concernant-les-cancers-de-la-thyroide/


Fév 26

Impasses concernant les déchets nucléaires -2.

Nul ne sait comment gérer sans danger des déchets de l’industrie nucléaire

-2- Les problèmes du stockage en profondeur

Un dossier de France nature Environnement
https://www.fne.asso.fr/node/401830

Déchets nucléaires : questions explosives soulevées par le projet CIGÉO à Bure

Décidé par l’État français, le projet CIGÉO à Bure vise à enfouir les déchets nucléaires les plus radioactifs du pays pour des centaines de milliers d’années. Plonger dans ce dossier, c’est rencontrer une multitude de questions auxquelles ni les promoteurs, ni l’État ne savent répondre, révélant ainsi notre incapacité à gérer les déchets nucléaires.
Mirabel-Lorraine Nature Environnement et France Nature Environnement reviennent sur quelques questions explosives liées à ce projet.

En quoi consiste le projet de CIGÉO à Bure ?

Enfouir 99,9 % de la radioactivité totale des déchets du programme nucléaire français dans un seul et même lieu pour des centaines de milliers d’années : voici, en substance, l’insensé projet du Centre Industriel de stockage GÉOlogique, alias CIGÉO, à Bure. Cette poubelle du nucléaire français est censée accueillir ses premiers colis de déchets radioactifs en 2030. Pendant au moins 120 ans, ils seraient alors progressivement entreposés à 500 mètres sous terre, avant que le stockage ne soit « scellé pour l’éternité ». Alors qu’il avait été demandé d’étudier diverses alternatives à l’enfouissement en profondeur, l’État a d’ores et déjà jeté son dévolu sur la commune de Bure, village de 90 âmes entre Nancy et Troyes. Si pour l’instant aucun déchet n’y est enfoui, un laboratoire de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) y est installé depuis 2000 et y jette les bases d’un centre d’enfouissement.

L’ANDRA est l’établissement public chargé de traiter l’épineuse question des déchets nucléaires. Pour y répondre, elle a décidé de construire à 500m de profondeur environ 300km de galeries souterraines (soit Paris-Angers à vol d’oiseau). La surface de cette poubelle nucléaire représente plus de 2 fois celle de la ville de Paris. Ces galeries desserviraient des alvéoles horizontales de plusieurs centaines de mètres au sein d’une couche d’argile censée ralentir la diffusion de la radioactivité vers la surface au cours des millénaires. 108 000 m3 de déchets radioactifs dits « à haute activité » et « à moyenne activité à vie longue » (HA & MA-VL) y seraient enfouis, l’équivalent d’environ 43 piscines olympiques de 2 m de profondeur.

Mais en réalité, nul ne sait exactement ce qui sera enfoui car, au fur à mesure que le temps passe, de nouveaux déchets nucléaires dont on ne sait que faire s’accumulent. Ils pourraient aussi finir dans le « grand trou » puisque ce scénario s’est déjà réalisé avec les déchets de Moyenne activité à vie longue qui n’étaient pas prévus dans ce projet au départ.

Et si ces déchets HA & MA-VL ne constitueraient pour l’heure « que » 3,2 % du volume total de ceux issus des réacteurs nucléaires français, ils concentrent à eux seuls 99,9 % de leur radioactivité.

A quoi peut-on comparer la radioactivité de ces déchets ?

Tenter de décrire la dangerosité des déchets que l’État désire enfouir à Bure, c’est se confronter à un dictionnaire qui manque de mots. Les chiffres aident à percevoir l’enjeu. Cette radioactivité représente près de 100 fois celle dispersée par l’accident de Tchernobyl. La durée de sa dangerosité, elle, est estimée à 100 000 ans.

100 000 ans. Une échelle de temps hors de proportion avec toute civilisation et hors de portée pour les humains et leur espérance de vie d’environ 80 ans. Alors qu’aucun assureur ne garantirait l’absence d’accidents sur une telle durée, l’État français croit pouvoir tenir le pari… Par sa nature, CIGÉO interroge donc fortement l’avenir, la durée de l’engagement des choix politiques présents et la fiabilité des compétences actuelles de l’industrie nucléaire alors que la Mise à l’Arrêt Définitif (MAD) des réacteurs et leur Démantèlement (DEM) doit se préciser.

Si face à cette brûlante question de la gestion des déchets nucléaire, l’étude de différentes options s’avère primordiale, le concept de plan B à CIGÉO, prévu en 1991, a été supprimé en 2006. Ce renoncement à l’étude d’alternatives conduit désormais les pouvoirs publics à faire plier le projet à une décision déjà prise. Une conception à l’envers. Immanquablement, le site de Bure montre déjà des failles : deux décès sont déjà survenus sur le site et donnent un amer avant-goût des risques qui pèsent sur le projet.

Une qualité des sous-sols en question

L’accident du 26 janvier 2016 qui a tué un technicien et en a blessé un autre peut être affecté à tous risques miniers. Cependant, il pose ici crucialement la question de la stabilité des sous-sols. En effet, malgré un boulonnage, une partie de la roche a glissé, s’est effondrée et a enseveli un salarié. Le creusement de galeries altère forcément l’unité de la roche, elle provoque fracturations et fissurations sur le pourtour des cavités. Ce phénomène, nommé « zone endommagée » (EDZ), fait perdre à la roche ses propriétés premières. En 2005, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) soulignait à ce propos qu’à Bure, « l’extension de [la zone fracturée] s’avère plus grande que prévue ».

Le phénomène de zone endommagée est-il sous-estimé ? Le drame serait-il plutôt survenu à cause de la nature même de la roche, une argilite, qui est en réalité une marne, critiquée par certains géologues pour sa friabilité ? A la question de stabilité du sol s’ajoute celle du choix même d’enfouir les déchets. L’expérience la plus similaire à celle de CIGÉO, le projet WIPP (Waste Isolation Pilot Plant), aux Etats-Unis, a rapidement montré les limites d’un tel choix.

Le choix de l’enfouissement en profondeur est-il pertinent et réversible en cas d’accident ?

Le projet WIPP (Waste Isolation Pilot Plant) est un site d’enfouissement de déchets radioactifs militaires de Moyenne et de Faible Activité à Vie Longue (MA-FAVL), donc beaucoup moins irradiants qu’à Bure. Il est entré en fonction en 1999 aux États-Unis. Seulement, deux incendies successifs en sous-sol ont provoqué une contamination humaine en surface. Résultat : le site a fermé provisoirement au bout de 15 ans alors même que ce tout premier site d’enfouissement de déchets radioactifs au monde était censé durer 10 000 ans.

Que s’est-il passé pour en arriver là ? Le 5 février 2014, un incendie se déclare sur un camion dans une galerie. Neuf jours après, un fût de déchets explose et provoque un autre incendie. Or en profondeur, rien ne se passe comme en surface. Agir dans un site d’enfouissement s’avère particulièrement ardu : il n’est pas systématiquement possible d’utiliser de l’eau à cause de la nature même des déchets à traiter. Sur place, peu d’informations sont alors livrées aux populations.

Depuis, des milliers de pages de rapports et commentaires avec contre-expertises ont été rendus publics. Ils permettent de se faire une bonne idée des centaines d’aléas liés à l’enfouissement de déchets nucléaires, aux États-Unis comme en France.

Une longue enquête a fini par pointer du doigt la non-conformité d’un fût. Elle montre aussi que l’univers confiné dégrade très rapidement les matériels et déplore leur importante vétusté, 15 ans seulement après l’ouverture.

Si le redémarrage du chantier du WIPP apparaît sur le papier comme opérationnel fin 2016, il n’est pas effectif à ce jour. Actuellement, les travaux consistent à réhabiliter les lieux. Ils scellent notamment définitivement de manière irréversible certains quartiers où sont entreposés des fûts potentiellement de même nature que celui qui a explosé. L’activité réelle ne reprendra au mieux qu’en 2021, quand il aura été dépensé environ 2 milliards de dollars supplémentaires de « remise à niveau ».

L’échec de l’enfouissement profond de WIPP n’est pas un cas isolé. Les enseignement de ASSE II, en Allemagne, comme Stocamine, en France, montrent que les systèmes miniers ne sont pas en cohérence avec des stockages de déchets, qu’ils soient radioactifs ou non. En effet, la grande profondeur aggrave les difficultés à faire face au moindre accident.

Infiltrations d’eau, risques d’incendie, ventilation éternelle… CIGÉO face à des centaines de milliers d’années

Eau et déchets nucléaires ne font pas bon ménage. L’Andra a déjà pu percevoir ces désastreux effets lorsqu’elle a participé au projet de Asse II, en Allemagne. Contrairement à ce qui était projeté, des infiltrations d’eau ont eu lieu sur ce site aux 126 000 fûts de déchets radioactifs, provoquant des contaminations radioactives en surface. Les dégâts sont tels que l’extraction des fûts a été décidée après 2030 pour un coût estimé entre 5 et 10 milliards d’euros. Comment garantir qu’à Bure, les couches d’argile et de béton ne vont pas se dégrader en 100 000 ans et faciliter des infiltrations d’eau ? Et même sans cela, des infiltrations ne risqueraient-elles pas de se produire à travers les circuits de ventilation et les puits ?

De plus, selon leur nature, les déchets nucléaires dégagent en permanence de la chaleur, de l’hydrogène et des radioéléments. Certaines combinaisons et/ou associations de déchets sont interdites au risque de réactions ingérables. Ainsi, il est impératif que la zone de stockage soit ventilée en permanence pour ne pas monter en température du fait du dégagement de chaleur des colis et pour obtenir une concentration aussi faible que possible en hydrogène… Bref, il ne faut surtout pas atteindre 100°C sous peine d’avoir une réaction explosive. Seulement, qui peut sérieusement garantir une absence de panne de ventilation durant les 120 ans de remplissage de cette poubelle ? Et pour les 100 000 ans suivants ?

En cas d’incendie, l’arrêt de la ventilation augmenterait la concentration d’hydrogène et donc le risque d’explosion tandis que l’augmentation de la ventilation pour éliminer les fumées attiserait l’incendie… Comment éviter toute étincelle avec les différents dispositifs électriques et les engins qui circuleraient pendant les quelque 120 ans de remplissage de cette méga-poubelle nucléaire, au sein d’un milieu chargé en hydrogène particulièrement inflammable ?

Même en temps normal, l’hydrogène et les radioéléments rejetés par cette ventilation ne nuiront-ils pas à la santé des habitants et l’environnement de la Haute-Marne et de la Meuse ?

Enfin, le risque sismique entre également en ligne de mire. Régulièrement réévalué par les scientifiques, il est qualifié de « stable » car il n’aurait pas bougé depuis 130 millions d’années. Seulement, le passé ne peut prédire l’avenir. Le site de Bure, ceinturé de fractures géologiques, n’est pas à l’abri des caprices sismiques.

Ces questions et bien d’autres encore, les opposants au projet de CIGÉO ne sont pas les seuls à se les poser : les instances d’expertise de l’État les relèvent également.

Les experts et leurs critiques seront-ils entendus ?

Dans son avis et son rapport sur le « Dossier d’Options de Sûreté » du projet CIGÉO rendu le 15 juin 2017, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), expert public en matière de recherche et d’expertise sur les risques nucléaires et radiologiques, s’inquiète principalement de quatre points du projet concernant :

  • – la sécurité notamment sur les transferts de radioactivité dans l’environnement, pour protéger les populations,
  • – les moyens de surveillance mis en place lors de l’exploitation,
  • – la possibilité d’intervenir pour gérer des situations susceptibles d’entraîner une contamination des infrastructures,
  • – la sécurité contre les incendies.

C’est ainsi que le rapport de l’IRSN interroge la conception même du projet en soulignant qu’il faudra « revoir significativement les concepts afin d’éliminer la possibilité qu’un incendie puisse se propager dans l’alvéole de stockage ». Cette expertise confirme surtout les doutes sur la faisabilité de CIGÉO au vu des nombreuses questions scientifiques qui restent sans réponse. Et les questions peuvent encore et encore se décliner…

Le projet est-il vraiment réversible ?

Espérant trouver un jour une solution meilleure face à l’épineux problème des déchets nucléaires, l’exécutif a inscrit dans la loi que le projet CIGEO doit être réversible. Selon sa définition, en cas d’idées lumineuses ou de sérieux problèmes il doit donc être possible de vider les déchets nucléaires qui auraient déjà été entreposés durant les 120 ans de remplissage. Ensuite, fermeture des portes. La réversibilité disparaît. Comme l’ont montré les expériences précédentes de stockage en profondeur, à WIPP ou encore Asse II, cette réversibilité inscrite dans la loi ressemble davantage à un vœu allégeant les consciences qu’à une réalité : elle est techniquement impossible.

A la question de la réversibilité s’ajoute également celle de l’impossible risque zéro. Bien plus que la théorie, le premier décès survenu sur les lieux en rappelle l’évidence.
Mort d’un employé en 2002 : jusqu’à quel point la France est-elle prête à croire au risque zéro face aux ravages de l’atome ?

Le premier événement tragique sur le chantier est survenu en mai 2002. Alors qu’il travaillait dans le puits principal d’accès du laboratoire, un mineur de 33 ans est écrasé par un tube de 400 kg. Celui-ci s’est détaché à une quinzaine de mètres au-dessus de lui. Suite au drame, l’Inspection du travail souligne de « graves manquements en matière de sécurité ». Bouygues Travaux Publics rétorque que « les mesures d’organisation et de sécurité sur place étaient nettement supérieures à celles prises dans la profession. » Plus tard, face au tribunal de Bar-le-duc en 2007, le groupe de BTP avance que l’accident s’est produit à la suite d’« une collection d’erreurs » de ses employés.

Les deux points de vue se rejoignent sur l’essentiel : il y a eu des erreurs. Que l’origine du drame provienne de manquements, de maladresses, de mauvaises intentions ou d’oublis, le drame est là et personne n’a su agir ou réagir avant, malgré un chantier identifié à risques et une sécurité annoncée comme « supérieure ». Le site de CIGÉO n’accueille pas encore de déchets. Jusqu’à quel point la France est-elle prête à croire au risque zéro face aux ravages de l’atome ? Sur les 4 pays les plus nucléarisés au monde, la France est aujourd’hui le seul à ne pas avoir vécu d’accident de grande ampleur, mais pour combien de temps encore cela restera-il vrai ?

Que demande France Nature Environnement ?

France Nature Environnement appelle à la sortie du nucléaire afin, notamment, de ne plus produire ces déchets et d’en connaître la réalité. Nous demandons l’arrêt du projet CIGÉO avant d’engager une phase pilote. Les retours d’expérience des centres de stockage du WIPP (Etats-Unis), Asse (Allemagne), ou encore du centre de stockage de déchets chimiques de Stocamine (Alsace) semblent négligés et ne permettent pas d’aborder sereinement le projet CIGÉO. Celui-ci fait l’objet de questionnements scientifiques sur sa faisabilité, restés sans réponse malgré d’importantes sommes d’argent engagées depuis près de 20 ans. De plus, il a été décidé de réaliser cette installation, et exclusivement celle-ci, avant même que sa faisabilité soit avérée, ce qui conduit à un projet imposé, source de très graves tensions locales et nationales.

CIGÉO ne constitue pas un projet de territoire soutenable pour ses habitants qui le contestent, ni pour l’ensemble de la nation qui ne pourrait assumer un tel héritage. Construire la plus grande poubelle nucléaire du monde à Bure reviendrait à ajouter un grand nombre d’aléas ingérables à la catastrophe que représente d’ores et déjà la filière nucléaire en quasi-faillite.

C’est pourquoi France Nature Environnement demande de toute urgence de stopper le projet CIGÉO et de le comparer avec ses alternatives, à l’aune d’études de faisabilité attendues depuis de trop nombreuses années.

Texte mis en ligne le 12/02/18 – Mis à jour le 23/02/18
Texte original: https://www.fne.asso.fr/node/401830

France Nature Environnement
81-83 bd Port-Royal, 75013 – Paris
Email : information@fne.asso.fr


Plus d’infos:
Informations sur Wipp
Informations sur Wipp
Les problèmes Stocamine
Doc sur ASSE
Les avis et rapports de l’IRSN sur le projet CIGEO

le 26 février 2018