Août 18

Radiations Ionisantes: les normes de radioprotection doivent être améliorées

Des médecins et des scientifiques lancent une alerte au sujet des risques sur la santé des radiations ionisantes.
Même de faibles doses d’environ 1 millisievert (mSv) augmentent le risque de faire se développer des maladies radio-induites.
Il n’y a pas de seuil en dessous duquel les radiations pourraient être considérées comme inoffensives.

Résumé d’une réunion d’experts à Ulm (Allemagne) le 19 octobre 2013

Le 19 octobre 2013, les membres allemands et suisses de « International Physicians for the Prevention of Nuclear War» (IPPNW – médecins du monde pour la prévention de la guerre nucléaire) ont invité des médecins et des scientifiques dans les domaines de la radiobiologie, épidémiologie, statistique et physique à une réunion d’experts à ULM, la ville natale d’Einstein. Les participants ont discuté des connaissances  actuelles concernant les effets sur la santé des radiations ionisantes, spécialement dans le domaine des faibles doses.

Le groupe d’experts a conclu qu’une révision des normes de radio-protection actuelles est essentielle, de façon qu’elles reflètent le niveau actuel des connaissances scientifiques. Les radiations ionisantes sont capables de causer des effets préjudiciables à la santé; certains peuvent être prévus et quantifiés grâce à l’utilisation de modèles épidémiologiques.

Dans le passé, la détermination des risques sanitaires des radiations ionisantes a été basée sur des études concernant les survivants des bombardements de Hiroshima et Nagasaki. Ce groupe de référence ne peut plus être considéré comme approprié à la lumière des nouvelles preuves statistiques. Même de très faibles doses de radiations sont susceptibles de provoquer des maladies.

Voici les conclusions du symposium d’ULM:
  • 1. Même le rayonnement naturel de fond a des effets néfastes qui sont mesurables ;
  • 2. L’usage des radiations en vue de faire des diagnostics médicaux a des effets néfastes sur la santé qui sont mesurables ;
  • 3. L’usage de l’énergie nucléaire et les tests d’armes nucléaires ont des effets néfastes sur la santé qui sont mesurables ;
  • 4. L’utilisation du concept de dose collective dans les études épidémiologiques permet de prédire et quantifier de façon fiable les risques pour la santé des faibles doses de radiations.
  • 5- L’usage par la CIPR de baser les facteurs de risques pour les faibles doses de radiations sur l’examen des survivants de Hiroshima et Nagasaki doit être considéré comme périmé.
  • 6. Une amélioration de la radioprotection basée sur la notion de risque est nécessaire. Elle doit être combinée à l’application rigoureuse de l’impératif de minimisation de l’exposition aux radiations.
1. Même le rayonnement naturel
a des effets néfastes mesurables sur la santé.

Même les faibles doses du rayonnement naturel (radiations d’origine terrestre et cosmique, radon inhalé et ingestion de radioisotopes naturels), ont des effets néfastes sur la santé qui peuvent être mesurés par les études épidémiologiques. C’est donc une tromperie d’affirmer que l’exposition aux radiations peut être considérée sans danger tant qu’elle elle se trouve au niveau des doses de la radiation de fond « naturelle ». 1-17

2. L’usage des radiations en vue de faire des diagnostics médicaux a des effets néfastes sur la santé qui sont mesurables

Il a été mis en évidence que le scanner et les examens radiologiques conventionnels provoquent une augmentation des cas de cancer (surtout cancer du sein, leucémie, cancer de la thyroïde et tumeurs du cerveau). Le risque est plus grand chez les enfants et les adolescents que chez les adultes et l’embryon est le plus vulnérable de tous. 18-40

Limiter l’usage des rayons à usage diagnostique et l’usage de la médecine nucléaire aux cas d’absolue nécessité est recommandé de façon urgente. Il faudrait adhérer à des règles strictes pour l’usage des scanners et n’utiliser que des CT scanners [Computed tomography=tomodensitomètre appelés simplement scanners -ndt] à basse émission de radiations. Chaque fois que c’est possible les ultrasons et l’imagerie par résonnance magnétique devraient être préférés.

Certains groupes de population ont un risque augmenté de développer un cancer suite à l’exposition aux radiations, par exemple les femmes qui ont une prédisposition génétique au cancer du sein. Par conséquent il est recommandé que les femmes avec un tel risque ne soient pas incluses dans les dépistages utilisant les rayons X. 41-45

3. L’usage de l’énergie nucléaire et les tests d’armes nucléaires ont des effets néfastes sur la santé qui sont mesurables

Du fait de l’usage des armes nucléaires (plus de 2.000 tests) et de graves accidents nucléaires, de grandes quantités de radionucléides ont été relâchées et largement dispersées ; elles exposent une grande partie de la population mondiale à une exposition accrue aux radiations. Les études épidémiologiques effectuées chez les populations concernées, autour des sites des tests d’armes nucléaires du Nevada et de Semipalatinsk et dans les régions affectées par le désastre de Tchernobyl et de Fukushima, montrent une augmentation de la morbidité et de la mortalité. 46-54
Même les opérations de routine des centrales nucléaires ont des effets néfastes sur la santé de la population environnante. Dépendant de la distance, une augmentation des cas de leucémies et d’autres sortes de cancers a été constatée chez les enfants de moins de 5 ans dans l’environnement des centrales nucléaires. (Actuellement, la preuve la plus forte se trouve en Allemagne, avec des résultats concordants dans des études en Suisse, en France et au Royaume-Uni.) 55-59

Chez les travailleurs exposés professionnellement aux radiations ionisantes, on constate une élévation significative des cas de cancer, en comparaison avec les autres groupes même si la dose limite officielle n’a pas été dépassée.
La santé de leurs enfants est plus altérée que celle des autres enfants. 60-64
Chez les employés des compagnies minières d’uranium et des sites de production d’armes atomiques, on observe une augmentation des leucémies lymphoïdes chroniques. 65-68
Des leucémies et beaucoup d’autres types de cancers ont été provoqués par de faibles doses de radiations ionisantes, dans les régions dont le rayonnement de fond a augmenté suite aux tests des armes nucléaires, aux accidents nucléaires, ou du fait d’examens de diagnostic médical et d’exposition professionnelle. 69-92

Suite à l’exposition à de faibles doses d’Iode radioactif, des maladies de la thyroïde dont des cancers ont été observées chez des enfants, des adolescents et des adultes. 93-99
De plus, de faibles doses de radiations ionisantes provoquent des maladies graves non malignes telles que des méningiomes et autres tumeurs bénignes, des maladies ou dysfonctionnements cardiaques, cérébro-vasculaires, respiratoires, gastrointestinaux et endocriniens ; et aussi des troubles psychiatriques et des cataractes.100-113

Des études ont pu montrer que, in utero et chez les enfants, l’exposition du cerveau aux radiations ionisantes provoque une diminution du développement cognitif. Les sources possibles de radiations sont, parmi d’autres, les rayons X pour diagnostic, les radiothérapies et l’exposition aux radiations due aux accidents nucléaires. 114-116

Suite aux accidents nucléaires, des effets tératogènes ont été observés tant chez les animaux que chez les humains, même chez ceux qui n’ont été exposés qu’à de faibles niveaux de radiations. 117-120
Certains effets génétiques peuvent déjà être observés dans la première génération de descendants, d’autres ne commencent à apparaître que dans les générations suivantes. Les affections tardives peuvent de ce fait être difficiles à confirmer.
De nombreuses études ont été menées dans les « zones mortes » de Tchernobyl et Fukushima sur des animaux dont les générations se succèdent rapidement ; elles ont montré de sévères anomalies génétiques en rapport avec le niveau de radiation dans leur habitat.

Chez les humains, de telles anomalies ont depuis longtemps été observées suite à une exposition à des doses faibles.
Des effets transgénérationnels des radiations, c’est-à-dire génétiquement fixés, ont été souvent documentés par exemple chez les enfants des liquidateurs de Tchernobyl. 121-128. De nombreuses autres études suggèrent également que les radiations ionisantes provoquent des dommages génétiques ou épigénétiques sur le long terme. 129-146

4.L’utilisation du concept de dose collective dans les études épidémiologiques permet de prédire et quantifier de façon fiable les risques pour la santé des faibles doses de radiations.

Le concept de dose collective est, dans l’état actuel des connaissances, le moyen le plus sûr d’évaluer quantitativement les risques stochastiques des radiations. D’importantes études cliniques nouvelles confirment le modèle linéaire sans seuil ; ce modèle établit qu’il n’y a pas de seuil au-dessous duquel les radiations n’auraient pas d’effets sur la santé. 147,148

En utilisant le concept de dose collective qui prend en considération les études scientifiques actuelles, voici les facteurs de risque (Excès absolu de risque, EAR) qui devraient être appliqués :

Un facteur de risque de 0,2/Sv devrait être utilisé pour prévoir la mortalité par cancer et de 0,4/Sv pour prévoir l’incidence des cancers. 149-151
Le comité scientifique de l’ONU pour les effets des radiations atomiques (UNSCEAR) et la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) utilisent encore des facteurs de risque bas, soit 0,05/Sv pour la mortalité par cancer et 0,1/Sv pour l’incidence des cancers. Cependant, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dans son évaluation de 2013 sur les risques pour la santé à Fukushima, a reconnu que les facteurs de risque de la CIPR devraient être doublés. 152

Les facteurs de risque ci-dessus s’appliquent à une population exposée dont les âges ont une distribution standard. Cependant, selon la CIPR, la sensibilité aux radiations ionisantes des jeunes enfants (moins de 10 ans) et des fœtus est trois fois plus élevée que celle des adultes. 153-155

Les facteurs de risque pour la prédiction de l’incidence et de la mortalité des affections non malignes (maladies non cancéreuses), spécialement les affections cardiovasculaires, sont du même ordre que celles des affections malignes. 156-157

Il serait souhaitable que l’OMS et les institutions nationales de radioprotection adoptent les facteurs de risque mentionnés ci-dessus comme base pour l’évaluation des risques après les accidents nucléaires.

5. L’utilisation par la CIPR [Commission internationale de protection radiologique] des études sur les survivants de Hiroshima et Nagasaki comme base pour déterminer les risques des faibles doses de radiations doit être considérée comme une pratique périmée.

Dans leurs études, les institutions comme la CIPR ont utilisé comme référence les survivants des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki pour la prédiction des effets des radiations.
La prédiction du risque sur cette base n’est pas transférable à d’autres populations exposées sur une longue période à des niveaux croissants de radiations, pour les raisons suivantes :

Les survivants japonais ont été exposés brièvement à des radiations gamma pénétrantes à haute énergie. Les recherches radiobiologiques ont montré qu’une telle exposition est moins nuisible pour les tissus qu’une irradiation interne Alpha ou Beta consécutive à l’incorporation de radionucléides.
La même chose vaut pour l’exposition à long terme à des rayons X ou des rayons Gamma issus de sources naturelles ou artificielles, à des niveaux comparables à la radiation normale de fond. 158-159

Les radiations délivrées par les bombes nucléaires ont un niveau de dose extrêmement élevé. Antérieurement, il était accepté que la mutagénicité serait donc dans ce cas plus élevée que pour de faibles doses. Actuellement la CIPR prétend que cette assertion tient toujours et elle divise dans ses calculs le risque de développer des cancers par un facteur 2.
Les études sur des cohortes de travailleurs exposés professionnellement contredisent cette affirmation et l’OMS ne voit plus de justification pour diviser ce facteur de risque par deux. 160-161

Les doses de radiations reçues du fait des retombées radioactives et de l’activation neutronique n’ont pas été prises en compte par la RERF (Radiation Effects Research Fondation), malgré le fait qu’elles ont causé des effets signifiants sur les survivants de Hiroshima et Nagasaki. Les effets réels des radiations s’en sont donc trouvés sous-estimés. 162

Du fait que le RERF n’a commencé ses travaux qu’en 1950, il manque d’importantes données sur les 5 premières années qui ont suivi le bombardement nucléaire. Il faudrait donc reconnaître que l’évaluation des effets tératogéniques et génétiques, ainsi que celle des cancers avec une courte période de latence est incomplète.
Du fait de la situation catastrophique après les bombardements de Hiroshima et Nagasaki, il faut admettre de considérer les survivants comme une cohorte sélectionnée de gens spécialement résistants («la survie du plus apte»). Par conséquent ces études n’étaient pas représentatives d’une population normale. Ce biais de sélection a provoqué une sous-estimation d’environ 30% du risque des radiations. 163

Les survivants des bombardements nucléaires étaient ostracisés par la société japonaise. Il est fort probable que les informations concernant l’origine de la famille ou la morbidité des descendants aient été cachées ou falsifiées pour ne pas mettre en danger, par exemple les chances de mariage et l’intégration sociale des enfants. 164

Note des éditeurs:

Les facteurs de risque utilisés dans le concept de dose collective décrivent la probabilité que des cas supplémentaires de maladie, supérieurs aux taux de cancers spontanés, se produisent, que la carcinogénèse provoquée par les radiations, l’incidence ou la mortalité du cancer, s’accroissent au dessus de la ligne de base d’une population donnée.
Habituellement cet Excès Absolu de Risque (EAR) est représenté par l’unité 1/Sv. Un facteur de risque (EAR) de 0,2/Sv pour la mortalité par cancer signifie qu’une irradiation de 1Sv provoquerait un risque supplémentaire de décès par cancer de 20% – en supplément du risque de base de 25%. Un EAR de 0,2/Sv correspond à un excès relatif de risque (ERR) de 0,2/0,25=0,8/Sv.

6. Une amélioration de la radioprotection basée sur la notion de risque est nécessaire. Elle doit être combinée à l’application rigoureuse de l’impératif de minimisation de l’exposition aux radiations.

Déterminer à quel niveau le risque pour la santé provoqué par les radiations est acceptable et raisonnable ne peut se faire qu’au niveau de la société, en écoutant la voix de ceux qui sont concernés. Pour protéger les populations, les risques des radiations ionisantes devraient être déterminés aussi précisément que possible et présentés d’une façon compréhensible. En médecine, de tels critères de radioprotection s’imposent déjà de plus en plus.

L’évaluation des dangers des radiations ionisantes selon un concept basé sur le risque peut aider à minimiser leurs effets néfastes, même aux doses faibles. Associé aux exigences légales de minimisation, un ensemble de mesures concrètes utilisant un tel concept pourrait servir à réduire encore plus les effets néfastes des radiations. Le concept d’acceptabilité du risque pour les matériaux cancérigènes au travail déjà existant dans la législation allemande est, dans ses grandes lignes, un bon exemple à suivre. 165-169

La plus haute priorité devrait être donnée à la protection de la vie avant la naissance et à l’intégrité des futures générations. La radioprotection doit élargir ses modèles basés sur les adultes et les adapter à la vulnérabilité particulière de l’embryon et des enfants.


Orateurs et participants à la réunion d’experts de Ulm,
19 Octobre 2013:
  • » » Prof. Dr. med. Wolfgang Hoffmann, MPH, Professor für
    bevölkerungsbezogene Versorgungsepidemiologie und
    Community Health, Institut für Community Medicine,
    Universitätsmedizin in Greifswald
  • » » Dr. rer. nat. Alfred Körblein, Dipl. Phys., selbstständiger
    Wissenschaftler in Nürnberg, Wissenschaftlicher Beirat
    der IPPNW.de
  • » » Prof. Dr. med. Dr. h.c. Edmund Lengfelder, Professor
    em. des Strahlenbiologisches Institutes an der Medizini-
    schen Fakultät der LMU München, Leiter des Otto Hug
    Strahleninstitutes für Gesundheit und Umwelt
  • » » Dr. rer. nat. Hagen Scherb, Dipl. Math., Helmholtz Zen-
    trum, Deutsches Forschungszentrum für Gesundheit und
    Umwelt in München
  • » » Prof. Dr. rer. nat. Inge Schmitz-Feuerhake, Professorin
    em. für experimentelle Physik an der Universität in Bre-
    men, Wissenschaftlicher Beirat der IPPNW.de
  • » » Dr. med. Hartmut Heinz, Facharzt für Arbeitsmedizin,
    ehem. leitender Werksarzt in Salzgitter, AK Atomenergie
    der IPPNW.de
  • » » Dr. med. Angelika Claußen, Fachärztin für Psychothe-
    rapie in Bielefeld, AK Atomenergie der IPPNW.de
  • » » Dr. med. Winfrid Eisenberg, ehem. Chefarzt der Kin-
    derklinik in Herford, AK Atomenergie der IPPNW.de
  • » » Dr. med. Claudio Knüsli, Leitender Arzt der Onkologie
    im St. Claraspital in Basel, Vorstandsmitglied IPPNW.ch
  • » » Dr. med. Helmut Lohrer, Facharzt für Allgemeinmedizin
    in Villingen, Int. Board der IPPNW, International Councillor
    der IPPNW.de
  • » » Henrik Paulitz, Dipl.-Biol., Atomenergie-Referent der
    IPPNW.de in Seeheim
  • » » Dr. med. Alex Rosen, Kinderarzt in Berlin, Stellv. Vorsit-
    zender der IPPNW.de
  • » » Dr. med. Jörg Schmid, Facharzt für Psychotherapie in
    Stuttgart, AK Atomenergie der IPPNW.de
  • » » Reinhold Thiel, Facharzt für Allgemeinmedizin, Ulmer
    Ärzteinitiative, AK Atomenergie der IPPNW.de

Le texte est complété par une longue liste de références à télécharger ici


Traduction:fukushima-is-still-news.com/ et vivre-apres-Fukushima.fr
à partir des versions allemande et anglaise
La version allemande:
http://www.ippnw.de/commonFiles/pdfs/Atomenergie/Ulmer_Expertentreffen_-_Gefahren_ionisierender_Strahlung.pdf
La version anglaise:
https://www.ippnw.de/commonFiles/pdfs/Atomenergie/Health_effects_of_ionising_radiation.pdf


Je rajoute une référence traduite en français:
Risque de cancer chez 680 000 personnes exposées à la tomodensitométrie dans l’enfance ou l’adolescence: étude reliant les données de 11 millions d’Australiens
Version française
original en anglais

Qu’est l’IPPNW ?

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et syndrome d’irradiation aiguë. L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.

Le site de l’IPPNW: http://ippnw.org/
Le site de la section française: Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
http://amfpgn.org/site/category/qui-sommes-nous/amfpgn-presentation/

le 18 Août 2017


Juin 19

Fissures à Tihange – malfaçons sur EPR
interdiction des armes nucléaires

Voici l’appel à se joindre à la chaîne humaine en Belgique dimanche 25 juin 2017 pour l’arrêt d’urgence de réacteurs nucléaires fissurés maintenus en fonctionnement sous la pression des nucléocrates français : https://www.chain-reaction-tihange.eu/fr/.
Un bus est prévu à Paris à 7h45, angle de l’av. de Friedland et de la place du Général de Gaulle – Étoile.

En France, des actions se multiplient pour que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) n’autorise pas EDF à construire le désastreux EPR de Flamanville sur une cuve siège de malfaçons.
À ce sujet (entre autres), (ré-)écouter les quatre volets de l’émission « À l’ombre des centrales nucléaires » diffusée sur France Culture du 12 au 15 juin 2017, et sur le site : https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/lombre-des-centrales-nucleaires.
Et (re)voir la vidéo par Stéphane Lhomme
https://youtu.be/06M2DzpDuK0.

Pour plus d’information, voir l’article de l’observatoire du nucléaire:
http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article326

Concernant le nucléaire militaire, la vidéo par Dominique Lalanne est plus que jamais d’actualité car, en ce moment même, le traité d’interdiction des armes atomiques est vigoureusement porté à l’ONU malgré l’opposition de pays accros à l’atome comme la France :
https://www.youtube.com/watch?v=R7GgEMBDGbk&t=13s.

Voir aussi le site de « sortir du nucléaire »:
http://sortirdunucleaire.org/Abolition-des-armes-nucleaires

le 19 juin 2017

Mai 24

«La farce cachée du nucléaire»-un livre instructif

Ce livre décapant dresse un panorama saisissant des centrales nucléaires françaises. Il vulgarise le fonctionnement d’une centrale en décryptant de nombreux documents internes d’EDF. Il propose une vision sans concession du quotidien des centrales hexagonales. Le texte est enrichi de figures, de tableaux, de schémas et de photographies prises à l’intérieur des sites nucléaires.
Les phénomènes physiques sont expliqués sans langue de bois, à des années lumière de la communication lénifiante d’EDF. Plusieurs chapitres détaillent la cinétique d’un grave accident nucléaire avec les rejets radioactifs massifs associés.

Cependant tous les mécanismes sont en place pour cacher à la population les conséquences radiologiques d’un tel accident, à l’image de ce qui se passe au Japon et dans l’ex-Union soviétique suite aux catastrophes de Fukushima Dai ichi et de Tchernobyl. Cet ouvrage donne quelques coups de canif à la propagande bien huilée des zélateurs de l’atome.
L’auteur conclut sur la nécessité d’arrêter les centrales avant la catastrophe. Il liste les tranches nucléaires les plus dangereuses qu’il faudrait mettre à l’arrêt en priorité. Enfin, des pistes pour sortir du nucléaire sont abordées… pour le salut de nos enfants.

Nozomi SHIHIRO est issue du sérail d’EDF. Formaté par le culte du secret au sein de son entreprise, l’auteur s’est caché derrière un pseudonyme pour publier cet ouvrage. L’ensemble des droits d’auteur sera versé en soutien à l’institut de radioprotection BELRAD de Minsk (Ukraine) qui réalise notamment des mesures de contamination radioactive dans l’organisme des enfants irradiés de Tchernobyl.

On peut se procurer l’ouvrage ici:
http://boutique.sortirdunucleaire.org/index.php
12€


L’une des illustrations du livre:
Description d'un accident nucléaire grave

En voici la table des matières:

  • 1ere partie: les barrières de sûreté
  • Chapitre 1: première barrière
  • Chapitre 2: deuxième barrière
  • Chapitre 3:Les générateurs de vapeur
  • Chapitre 4: Troisième barrière
  • 2° partie: Accidents nucléaires
  • Chapitre 5: L’accident grave
  • Chapitre 6:L’accident sur les tranches de 900 MWe
  • Chapitre 7: L’accident sur les tranches de 1300 et 1450 MWe
  • Chapitre 8: Les rejets radioactifs en accident grave
  • Chapitre 9: Les conséquences radioactives: la farce cachée de l’accident grave
  • 3° partie, chapitre 10: Sortir du nucléaire
  • Épilogue
  • Annexes

le 24 Mai 2017


Mai 12

Coûts et faisabilité du démantèlement des installations nucléaires

Le point sur le rapport parlementaire français du 1er février 2017

Au terme de 7 mois d’enquête et l’audition de 70 personnes, dont les porte-paroles du réseau «Sortir du nucléaire, la rapporteure Barbara Romagnan (PS) et le président Julien Aubert (LR) de la commission parlementaire ont rendu un rapport (1)d’information sur la faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires.

Ce rapport est disponible à l’adresse:
http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i448.asp

Voici çi-dessous l’analyse qu’en fait le réseau «Sortir du nucléaire»:

<<

Ce rapport fait ressortir les divergences entre les auteurs sur l’évolution de la production d’électricité d’origine nucléaire en France et dans le monde, sur le montant des provisions réalisées par EDF et sur la remise en état des sites sur lesquels se trouvent des installations nucléaires. Il instruit de façon pertinente la problématique du démantèlement en apportant des informations et des justifications sur le dogme de la nécessité du démantèlement immédiat. Dressant d’abord un état des lieux, le document détaille les difficultés techniques que rencontre EDF, les questions cruciales de la gestion des déchets et de la sous-traitance, et s’intéresse aux provisions de l’exploitant et à la sous évaluation des coûts induite par des hypothèses trop optimistes, de nombreuses dépenses non provisionnées et des charges sous-évaluées.

Qu’est-ce que le démantèlement immédiat ?

L’article 127 de la loi n°215-992 du 17 août 2015(2) relative à la transition énergétique pour la croissance verte dispose que «lorsque le fonctionnement d’une installation nucléaire de base ou d’une partie d’une telle installation est arrêté définitivement, son exploitant procède à son démantèlement dans un délai aussi court que possible.
Ce principe est toutefois relatif, dans la mesure où il s’écoule un délai de 5 à 7 ans entre la mise à l’arrêt définitif d’un réacteur et le début de son démantèlement, qui prendra plusieurs d’années. Les exemples en cours contredisant d’ailleurs ce dogme du démantèlement «immédiat» : les chantiers de Brennilis (arrêt en 1985) et Superphénix (arrêt en 1998) sont loin d’être terminés. Quand à la filière graphite gaz, EDF a reporté au XXII° siècle leur déconstruction ! Et pour les sous-marins nucléaires mis à l’arrêt, le tronçon réacteur est découpé et entreposé «pour une durée de l’ordre de quelques dizaines d’années» dans l’attente d’une diminution de la radioactivité de certains matériaux métalliques.

Une faisabilité technique pas entièrement assurée.

C’est que pour démanteler, EDF se heurte à plusieurs difficultés techniques. La première est de travailler dans un milieu radioactif. Milieu qui, en outre, n’a pas toujours été conçu pour dans l’optique d’être un jour démantelé.

Par ailleurs, 80% des réacteurs ont été mis en service entre 1877 et 1987. Du fait de la mise en service resserrée dans le temps, leur démantèlement sera donc aussi rapproché et cette quasi-simultanéité posera de véritables défis en termes de moyens et de main d’oeuvre à mobiliser simultanément en de nombreux points du territoire.

La gestion des déchets est elle aussi problématique. Le démantèlement d’une installation nucléaire génère la production d’une grande quantité de déchets, certains conventionnels et d’autres radioactifs. c’est un volume de 2.300.000 m3 qui est attendu, toutes catégories confondues, auxquels il faut encore ajouter les combustibls usagés. Les décharges existantes arriveront rapidement à saturation et la création de nouveaux sites de stockage de déchets se heurtera à la légitimes oppositions des populations impactées comme à Bure avec le projet CIGEO (3).

Et il y a aussi la question du seuil de libération: afin d’en diminuer le volume, le rapport n’exclut pas que des déchets de radioactivité comparable à la radioactivité naturelle puissent être réutilisés dans le domaine public, même si cette option (surtout envisagée pour les métaux) coûterait plus cher car elle impose un tri plus sévère des déchets. Le rapport prend en compte le niveau de radioactivité sans se poser la question de la nature de la radioactivité, question pourtant importante sachant par exemple que des matériaux peuvent contenir des traces de plutoniun sans pour autant dépasser le niveau de la radioactivité naturelle.

Enfin, autre difficulté: il n’existe pas de filière industrielle spécialisée du démantèlement. Et le recours à la sous-traitance pose problème comme le signale le rapport:« L’absence de cadre législatif réellement contraignant en matière de recours à la sous-traitance dans le secteur empêche à l’heure actuelle à la fois la sructuration de cette filière et de réels gains d’eficacité comme d’efficience des opérations de démantèlement. En d’autre termes, sans filière structurée du démantèlement, il semble peu probable que l’on puisse compter sur un véritable retour d’expérience permettant de gagner en efficacité au fil des démantèlements successifs ni que des économies d’échelle (réutilisation d’équipements lourds, de robots) soient possibles si le marché reste éclaté entre différents prestataires» (4)

Des provisions financières nettement insuffisantes:

Selon la loi française, le démantèlement doit être financé par l’exploitant des centrales. Examinant les principes et les méthodes d’estimation d’EDF, le rapport conclut à une sous-évaluation. Sur les 75 milliards d’euros du coût estimé du démantèlement, seuls 36 milliards sont provisionnés, dont 23 milliards couverts par des actifs dédiés qui sont des placements boursiers sensibles aux fluctuations des marchés financiers !

Quant aux comparaisons internationales, elles sont toutes défavorables aux calculs français; les provisions allemandes sont 2,4 fois supérieures aux provisions d’EDF !

Ces coûts ne prennent pas en compte la gestion des combustibles usagés, ni le coût social des suppressions d’emplois consécutives à la mise à l’arrêt des réacteurs; Les taxes et assurances auxquels les sites seront assujettis ne sont pas non plus prises en compte.
Hypothèses optimistes, dépenses non provisionnées, charges sous-évaluées…Il ne fait aucun doute qu’en l’absence de décisions politiques exigeant des provisions suffisantes, le coût du démantèlement et de la gestion des déchets sera supporté par les impôts des générations futures !

Les raisons du choix du démantèlement immédiat

On peut se demander si le choix du démantèlement immédiat n’a pas été fait dans l’idée de libérer des sites pour construire de nouveaux réacteurs. Comme l’a fait remarquer Mr André-Claude Lacoste, ancien président de l’ASN,  » l’idéal pour tout grand électricien serait de disposer, sur un même site, d’un réacteur en construction, d’un autre en exploitation et d’un troisième en cours de démantèlement »; (…) EDF considère qu’il y aura un réacteur en construction ou en exploitation sur tous les sites. Il s’agira la plupart du temps de nouveaux réacteurs dont la construction n’est actuellement pas décidée (5) ». Ainsi EDF considère que le programme nucléaire français va se poursuivre sans tenir compte de la loi de Transition Énergétique (6) qui limite à 50% la part du nucléaire dans l’électricité produite en France.

Le point de vue développé
lors de l’audition du réseau « Sortir du nucléaire »

Cas des Graphite-gaz arrêtés depuis plus de 20 ans

La décision d’EDF de reporter à 2100 le démantèlement des deux réacteurs de St Laurent des Eaux est risquée: les réacteurs auront alors 130 ans, et qui peut garantir qu’il n’y aura pas de fuite de radioactivité dans l’environnement ? D’autant plus que ces réacteurs ont déjà été à l’origine de rejets de radionucléides et qu’ils se trouvent en bord de Loire, dans une zone potentiellement innondable. Dès lors, quelles solutions pour les stocks de graphite contaminé ?

Démantèlement des sites nucléaires:

Notre réflexion est en discussion dans les groupes qui composent le Réseau mais nous nous orientons vers une position interrogative sur la nécessité de démanteler le coeur du réacteur pour 3 raisons essentielles:

  • la cuve et l’enceinte en béton sont radioactives et leur déconstruction ferait prendre des risques importants aux travailleurs qui l’effectueraient ainsi qu’à l’environnement
  • les gravats et ferrailles de démolition seraient alors envoyées dans des centres d’enfouissemnet à créer, or personne ne veut une poubelle nucléaire près de chez lui
  • il y a une tentation récurrente de la part des autorités d’autoriser le «recyclage» de déchets faiblement radioactifs dans les biens de consommation et matériaux de construction. Or cela aboutirait à disperser de faibles doses de radioactivité dans l’environnement et augmenter le niveau moyen d’exposition à la radioactivité du grand public.Nous sommes contre cette option et rappelons notre opposition catégorique au recyclage des matériaux même faiblement radioactifs pour la fabrication d’objets et d’infrastructures de la vie quotidienne.

Pourquoi ne pas utiliser les enceintes actuelles comme lieu de stockage des combustibles usagés tout en maintenant à l’intérieur la cuve fortement radioactive ? Contrôler l’état de confinement de ces vieilles enceintes et en cas de fuite construire une nouvelle «peau» par dessus la première ? Cette solution de non démantèlement immédiat avec sécurisation du confinement de la radioactivité dans les réacteurs existants ou dans des bunkers à proximité éviterait de nombreux transports de déchets radioactifs et leur mise en décharges.Néanmoins pour les réacteurs en zone potentiellement innondable (Gravelines, le Blayais, Fessenheim, Bugey, Chinon …), le démantèlement devra être mené dans les meilleurs délais sans attendre l’innondation !

le «retour à l’herbe» est pour nous un mythe idéaliste

En l’absence d’une définition stricte de ce qui constitue une installation démantelée, comme c’est le cas actuellement, la plupart des exploitants ont pour objectif d’obtenir simplement la déclassification administrative de l’installation nucléaire. Les lieux peuvent être déclassés en étant assortis d’une servitude pour l’éventuelle réutilisation industrielle du site.

Nécessité d’évaluer les coûts de manière réaliste et de provisionner en conséquence

Les provisions actuelles d’EDF nous semblent ridicules. Démantèlement ou pas, il est indispensable d’imposer à tous les producteurs de déchets nucléaires de provisionner des capitaux à hauteur des besoins.

Arrêter le retraitement des combustibles usagés à La Hague de toute urgence

Ce retraitement est coûteux, il s’accompagne de rejets radioactifs dans l’environnement (mer et atmosphère), et du fait des traitements chimiques utilisés, le volume des déchets radioactifs augments. Au final les déchets sont séparés les uns des autres, les plus dangereux se trouvent concentrés dans un faible volume, ce qui tend à augmenter leur dangerosité. C’est le cas en particulier du plutonium (50 tonnes en stock à La Hague alors qu’il suffit de 6 à 8 kg pour faire une bombe !).

Pas d’enfouissement des déchets à 500m de profondeur à Bure !

L’enfouissement ne garantit en rien la mise en sûreté des déchets, la réversibilité n’existe que sur le papier, personne ne peut garantir que les galeries ne se déformeront pas et la récupération des colis, si nécessaire, deviendrait problématique.
Pour évacuer les gaz et la chaleur, une ventilation permanente des galeries sera nécessaire pendant des centaines d’années ou plus, avec les risques de remontée de radioéléments dans l’environnement, de pollution des eaux…

Pour les déchets radioactifs, il n’y a pas de solution, que des options toutes mauvaises et nous considérons que la moins mauvaise consiste à les sécuriser et stocker en surface de façon à intervenir en cas de problème.

Les déchets nucléaires et le démantèlement sont les casse-têtes insolubles de la filière nucléaire. L’urgence est d’arrêter d’en produire. Le seul moyen pour y arriver est de fermer les réacteurs existants et de ne pas en construire de nouveaux.

Notes:

  • 1: rapport d’information n°4428, 1er février 2017,113 pages:
    http://www.assemblee-nationale.fr14/rap-info/i4428.asp
  • 2: LOI n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte
    ELI: https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2015/8/17/DEVX1413992L/jo/texte
    Alias: https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2015/8/17/2015-992/jo/texte
  • 3: Centre industriel de stockage géologique: www.sortirdunucleaire.org/CIGEO-qu-est-ce-que-cest
  • 4 :Voir page 44 du rapport
  • 5: voir pages 52-53 du rapport
  • 6: loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énéergétique pour une croissance verte.

Martial Chateau et Laure Barthélémy.

>>

Cet article est paru dans «Sortir du nucléaire» n°73, printemps 2017
www.sortirdunucleaire.org
sa reproduction est autorisée et vivement conseillée sous réserve d’en indiquer la source et le nom des auteurs


Avr 26

Genève: La vigie antinucléaire fête ses dix ans et s’arrête

Depuis le 26 avril 2007, les militants de la «Vigie d’Hippocrate» d’IndependentWHO – Santé et Nucléaire (IWHO) se relaient quotidiennement devant le siège de l’Organisation mondiale de la santé, à Genève, pour demander à l’OMS de «dire la vérité sur les effets sanitaires» des rayonnements ionisants, notamment pour les victimes des retombées des essais nucléaires militaires et des catastrophes de Tchernobyl et Fukushima. Au bout de dix ans de protestation silencieuse, les vigies constatent que «le déni officiel reste entier, en dépit des témoignages des victimes et des publications scientifiques indépendantes qui le prouvent». Le collectif a décidé de poursuivre son combat «pour la vérité et la santé» sous d’autres formes. Pour marquer la fin de ses dix ans d’action, IWHO (pour une OMS indépendante)organise divers événements devant l’OMS, ce mercredi 26 avril 2017
Voir le site de Independent WHO
http://www.independentwho.org/

la vigie à Genève

A cette occasion, «Le Courrier» un quotidien suisse publie un article de Allison Katz:
https://www.lecourrier.ch/148245/en_finir_avec_le_dogme_hiroshima

En finir avec le «dogme Hiroshima»
Lundi 03 avril 2017
Alison Katz

Depuis dix ans, des militants du collectif IndependentWHO manifestent quotidiennement devant le siège de l’OMS pour dénoncer ses liens avec l’industrie nucléaire.

«Exigeons que l’OMS démolisse enfin les trois piliers de la désinformation sur les rayonnements ionisants!» Alison Katz, d’IWHO, pointe l’invocation de la «radiophobie» pour expliquer les problèmes sanitaires des victimes d’accidents nucléaires, le recyclage douteux du «modèle Hiroshima» et le déni des effets de la radio-contamination à faible dose.

La rencontre entre le collectif IndependentWHO – Santé et Nucléaire (IWHO, pour l’indépendance de l’OMS) et l’Organisation mondiale de la santé (1) a confirmé que l’autorité sanitaire internationale persiste à soutenir les trois piliers de la désinformation sur lesquels repose la dissimulation – internationale et de haut niveau – des conséquences sanitaires des activités nucléaires, qu’elles soient industrielles ou militaires.

    Les trois piliers sont

  • 1) la «maladie», dénommée «radiophobie»;
  • 2) l’utilisation du modèle Hiroshima pour établir les normes de radioprotection;
  • 3) l’affirmation qu’il n’existe pas de preuve d’effets sanitaires en dessous de doses d’irradiation de 100 millisieverts par an (mSv/an), malgré le fait que la limite internationale recommandée par la Commission internationale de la protection radiologique (CIPR) soit de 1 mSv/an.

La scandaleuse pseudoscience de la «radiophobie»

L’OMS affirme que les problèmes psychologiques et sociaux sont les conséquences majeures de la catastrophe de Fukushima, en reprenant point par point son verdict final sur Tchernobyl(2), selon lequel «l’impact sur la santé mentale (…) est le problème de santé publique le plus grave et (que) la population affectée a un sentiment exagéré des dangers sanitaires de l’exposition aux rayonnements». Est-ce que l’establishment nucléaire, qui malheureusement dirige la politique de l’OMS dans ce domaine, suggère sérieusement que les plantes, les animaux et les bébés –même in utero! – souffrent de «radiophobie»?

De nouvelles maladies sont souvent montées de toutes pièces afin de créer ou élargir un segment de marché pour des traitements économiquement profitables. La «radiophobie», par contre, a été inventée afin de nier l’existence des maladies bien réelles apparues à la suite de la catastrophe de Tchernobyl. Quand il est devenu impossible de nier leur existence, on les a attribuées aux comportements irresponsables des victimes – abus d’alcool, de tabac, mauvaise alimentation… – comme si ces facteurs n’avaient pas été pris en compte dans les études épidémiologiques démontrant des différences significatives en termes d’effets sanitaires entre des territoires respectivement peu, moyennement et hautement contaminés.

Soyons clairs. La peur de la radiocontamination existe. Il s’agit d’une réponse normale face à un risque sanitaire réel. L’unique «traitement» éthique de l’angoisse qui résulte naturellement de l’exposition est de reconnaître que cette peur est normale, de minimiser toute exposition supplémentaire, de fournir des soins dès l’apparition de symptômes et d’établir des programmes de dépistage pour la prévention précoce (secondaire) des maladies.

Au Japon, aujourd’hui, les autorités ont conseillé aux victimes de Fukushima de sourire (3). Ces dernières sont soumises à d’intenses pressions pour retourner vivre dans des territoires inhabitables selon les normes de radioprotection de la communauté internationale, établie par la CIPR.

Lors de la rencontre avec l’OMS le 11 mars 2016, en signe d’encouragement aux visiteurs japonais, un membre de l’équipe Radiation (Département de santé publique et de l’environnement) a fait remarquer que leur pays avait un avantage en termes d’information sur les effets sanitaires des activités nucléaires grâce à la recherche entreprise à la suite des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.

Deux remarques sur cette observation. D’abord, il est notoirement connu que la recherche sur les effets sanitaires d’Hiroshima et Nagasaki est profondément défectueuse (4). Pendant cinq ans, après l’attaque des bombes A, aucune investigation officielle de la santé des survivants n’a été menée. En 1946, le gouvernement étatsunien a créé l’Atomic Bomb Casualty Commission (Commission d’évaluation des dommages dus à la bombe atomique – ABCC) et les Etats-Unis maintiennent toujours leur contrôle sur ce projet – qui s’appelle maintenant la Radiation Effects Research Foundation (Fondation pour la recherche des effets du rayonnement -RERF) – en fournissant la majeure partie de son financement.

Pour des raisons évidentes, le délai de cinq ans [entre les bombardements atomiques et les premières recherches] invalide plus ou moins les études sur les effets sanitaires, car les données les plus importantes font défaut. De plus, la population étudiée ne peut pas être considérée comme représentative de la population générale parce que les personnes encore en vie sont celles dont la résistance aux effets des rayonnements est naturellement plus élevée que la moyenne. Cet effet dit de «survivant en bonne santé» produit une sous-estimation considérable des effets sanitaires.

Pire encore, les études ABCC/RERF ne disposaient pas de groupe de contrôle adéquat. Cela est dû au fait que les groupes «irradiés» et les groupes de contrôle «non exposés» – les habitants d’Hiroshima et de Nagasaki, à diverses distances de l’épicentre – étaient tous contaminés par les retombées. De surcroît, le groupe «non exposé» avait un taux de leucémie deux fois plus haut que le reste de la population japonaise pendant toute la première période de l’étude et jusqu’aux années 1960. Par ailleurs, le fait que toutes ces personnes aient souffert d’une exposition interne à travers les aliments, le lait, l’eau et par inhalation n’a pas été pris en compte.

Enfin, le modèle Hiroshima est inapplicable aux accidents nucléaires. Les effets sanitaires d’une exposition externe de quelques secondes aux quantités gigantesques de radionucléides, comme ce fut le cas à Hiroshima et Nagasaki, sont incomparables aux effets sanitaires d’une exposition interne à de faibles doses sur des décennies. Ces faibles doses sont responsables de 95% de la radiocontamination lors d’accidents nucléaires.

Et pourtant, étonnamment, les normes de radioprotection actuelles se basent encore sur les études ABCC/RERF des survivants d’Hiroshima. Mais il n’existe aucune preuve d’équivalence entre l’irradiation chronique interne et l’irradiation externe aigüe.

Aucune preuve d’effets sanitaires en dessous de 100 mSv/an?

Des milliers d’études menées pendant trois décennies fournissent des preuves d’effets sanitaires graves à la suite de l’incorporation chronique à faible dose de radionucléides, bien en dessous de 100 mSv/an et, contrairement aux affirmations de l’establishment nucléaire, une grande partie de ces études est publiée dans des revues scientifiques à comité de lecture – dans une proportion d’ailleurs bien plus grande que dans le rapport majeur de l’ONU, le «Forum de Tchernobyl» (5).

En 2015 et 2016, par exemple, des études ont démontré le lien entre la présence de césium 137 chez les femmes enceintes et de hauts niveaux d’anomalies congénitales (6); un risque élevé de leucémie, de lymphome (7) et de cancer chez les travailleurs du nucléaire (8); des taux élevés d’anomalies de la thyroïde (y compris des cancers et des précurseurs de cancer) chez les enfants à Fukushima (9), et toutes sortes de défauts héréditaires associés à des doses d’irradiation comprises entre 1 et 10 mSv/an (10).

Malgré la limite internationale de 1 mSv/an et les multiples preuves réunies sur ce sujet depuis des décennies, l’OMS a répété (notamment lors de la rencontre avec IndependentWHO du 11 mars 2016) qu’il n’existait pas de preuve d’effets sanitaires en dessous de 100 mSv/an. Tout comme le Dr Shunichi Yamashita, professeur à l’université de Nagasaki et conseiller de la préfecture de Fukushima pour le risque sanitaire radiologique, qui, ainsi, donne raison au gouvernement japonais d’exercer une forte pression sur les populations pour qu’elles retournent vivre dans des régions non habitables (11). Relevons qu’à la suite de l’accident de Tchernobyl, la limite pour l’évacuation obligatoire des populations avait été fixée à 5 mSv/an.

Il est de plus en plus reconnu que la limite de 1 mSv/an est à peu près adéquate dans le cas de l’exposition externe (pour certains radionucléides seulement), mais qu’elle est totalement inadéquate en cas d’exposition interne. Différents radionucléides se concentrent dans divers organes. Ainsi, si la charge moyenne dans le corps est de 100 becquerels par kilo (Bq/kg), le cœur contiendra 2500 Bq/kg et les reins 1500 Bq/kg (12). Une particule d’uranium ou de plutonium logée dans le poumon va irradier pendant toute la vie de la personne et produira un cancer.

Le «dogme Hiroshima» mène l’establishment nucléaire vers une logique impossible. Quand on ne peut plus nier les effets sanitaires, on affirme qu’ils sont forcément causés par autre chose que les rayonnements parce que, selon le modèle utilisé par le CIPR, les doses reçues étaient trop faibles.
Le moment est venu pour l’OMS et l’institution nucléaire de reconnaître publiquement que l’exposition externe et l’exposition interne sont des phénomènes biologiquement distincts et que le modèle Hiroshima ne peut ni prédire les effets sanitaires observés à la suite d’expositions à faible dose, ni fournir une base pour la radioprotection.


1. A. Katz (agora), «Les victimes de Fukushima sous les pressions au retour», Le Courrier du 15 mars 2016.
2. World Health Organization. Health Effects of the Chernobyl Accident and Special Health Care Programmes. Report of the UN Chernobyl Forum. Expert Group on Health, Geneva, 2006.
3. Professeur Yamashita, conseiller du gouverneur de la préfecture de Fukushima pour la gestion des risques sanitaires, http://bit.ly/2moWYcx
4. Busby, C. Wings of Death: Nuclear Pollution and Human Health. Green Audit, Aberystwyth, 1995.
5. Katz, A. «Who is afraid of Volume 1181 of the New York Academy of Sciences? Under threat, the nuclear establishment plays dirty», International Journal of Health Services, 2015,Vol 45(3) 530-544.
6. Wertelecki et al. Elevated Congenital Anomaly Rates and Incorporated Cesium 137 in teh Polissia Region of Ukraine. Birth Defects Research (Part A).
7. Leuraud et al. «Ionizing Radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers». Lancet, Volume 2, N° 7, e276-e281, July 2015.
8. Richardson et al. «Risk of cancer from occupational exposure to ionizing radiation: retrospective cohort study of workers in France, the UK and the USA». British Medical Journal, 2015, 351: h5359.
9. Tsuda et al. «Thyroid cancer detection by ultrasound among residents aged 18 years and younger in Fukushima, Japan. 2011-2014». Epidemiology, 2015.
10. Schmitz-Feuerhake et al. «Genetic radiation risks – a neglected topic in the low dose debate. Environ Health Toxicol», 2016; e2016001, Published online 2016 January 20. doi: http://dx.doi.org/10.5620/eht.e2016001.
11. Greaves, S. «Tokyo contaminated and not fit for habitation, doctor says». Insitute of Science in Society, 4.9.2014, www.i-sis.org.uk/Tokyo_contaminated_and_not_fit_for_habitation.php
12. Bandachevsky, Y. Clinical and experimental aspects of the effect of incorporated radionuclides on the organism. Ministry of Health, Gomel State Medical Institute, Belorussian Engineering Academy, Belarus, Info Tribo Ltd, Gomel, 1995 (128 pages).


L’article original du «courrier»
https://www.lecourrier.ch/148245/en_finir_avec_le_dogme_hiroshima


le 27 Avril 2017


Avr 17

La cuve du futur EPR de Flamanville a de graves défauts

L’EPR (Réacteur Pressurisé Européen) est souvent présenté comme l’avenir de la filière nucléaire. En réalité, il concentre les principales failles de l’industrie nucléaire. Retards, coûts colossaux, risques en matière de sûreté… Interpelons l’Autorité de sûreté nucléaire pour qu’elle ne valide pas la cuve défectueuse de l’EPR !

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a détecté, dès 2005, de graves problèmes liés aux procédures de fabrication des aciers à l’usine Creusot Forge, où devait être fabriquée la cuve de l’EPR. Bien que l’ASN en ait averti EDF et Areva, cela n’a pas empêché la fabrication ni l’installation de cet équipement qui s’avère aujourd’hui défectueux… En cas d’accident, on risque une rupture de la cuve avec une catastrophe de type Tchernobyl.

Afin qu’elle homologue cette cuve malgré ses défauts, une pression considérable est exercée sur l’ASN de la part d’EDF, d’Areva, de l’État français et même de la Commission européenne. À nous, citoyens, de faire contrepoids et de rappeler que les intérêts de l’industrie nucléaire ne doivent jamais passer avant la protection des populations.

Texte et Illustration «Sortir du Nucléaire»

Je vous invite à signer la pétition de «Sortir du nucléaire» pour exiger de l’Autorité de sûreté nucléaire qu’elle ne valide pas la cuve de l’EPR.

la cuve de cristal

Rendez-vous sur le site de Sortir du nucléaire:
Cliquer sur l’image
http://sortirdunucleaire.org/Petition-cuve-EPR

Note

L’ASN a laissé monter cette cuve qu’elle sait non conforme sans protester énergiquement.
On sait maintenant aussi que sur de nombreuses centrales ont été montées des pièces non conformes aux normes de sécurité. Il faudrait que l’ASN se réveille et prouve qu’elle sert à quelque chose.
Il est vrai qu’elle ne semble pas avoir de moyens suffisants et qu’elle doit généralement se contenter des rapports que lui envoie le fabriquant.

Le 17 avril 2017


Avr 09

Tchernobyl: Atlas des contaminations radioactives en France

Vous pouvez télécharger gratuitement la version numérique de l’Atlas
sur la page suivante des éditions Yves Michel:
http://www.yvesmichel.org/product-page/sante/contaminations-radioactives/

Contaminations radioactives
CRIIRAD & André Paris
Éditions Yves Michel

A-t-on menti aux populations françaises, en 1986, sur les dépôts de radioactivité consécutifs à la catastrophe de Tchernobyl ? La contamination des sols était-elle vraiment négligeable, les risques infimes et toute mesure de protection inutile ? Quelles sont les régions, les communes épargnées par les retombées de Tchernobyl ? Que reste-t-il, aujourd’hui, dans les sols ? Peut-on désormais se fier aux informations diffusées par les services officiels ?

La CRIIRAD – Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – présente en première partie le dossier accablant qu’elle a constitué, tout au long des années, passant au crible les informations et les cartes publiées par les services officiels, étayant ses démonstrations sur le résultat des investigations et contre-expertises de son laboratoire.

Avoir accès à une information indépendante et argumentée sur la radioactivité est une revendication citoyenne légitime et nécessaire face aux dysfonctionnements des services de l’Etat. Cet atlas de référence fournit des cartes et des informations inédites utiles à tous ceux qui veulent comprendre le débat sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl. C’est le résultat de plus de 3000 mesures réalisées de 1999 à 2001 par le géologue André Paris dans toute la France, et jusqu’en Ukraine, au coeur de la zone interdite. Ces mesures ont été effectuées selon une méthodologie unique qui en garantit la reproductibilité.

Le travail réalisé, immense et incontournable, vient combler, autant qu’il est encore possible, les carences des services officiels dans l’évaluation de l’impact de Tchernobyl.

André Paris est géologue indépendant animé d’un infatigable souci de savoir.

Association à but non lucratif, créée au lendemain de l’accident de Tchernobyl, la CRIIRAD se bat depuis 1986 pour que toute la lumière soit faite sur ce dossier. Elle a mobilisé les compétences de son laboratoire d’analyse (laboratoire spécialisé et agréé par l’Autorité de Sûreté Nucléaire pour la mesure de la radioactivité de l’environnement) pour apporter à André Paris un soutien scientifique en procédant notamment, in situ et en laboratoire, à plusieurs séries d’intercomparaisons.

Les activités en césium 137 exprimées en Bq/m 2 et mentionnées dans l’Atlas rendent compte de la contamination superficielle des sols au moment de la réalisation des mesures entre 1999 et 2001. La période physique du césium 137 est de trente ans, c’est-à- dire que sa radioactivité est divisée par 2 tous les 30 ans du fait de sa désintégration. Le césium 137, détecté en 1999-2001 sur les sols en France provenait principalement du reliquat des retombées des essais nucléaires atmosphériques, particulièrement intenses dans les années 50-60 et des retombées de la catastrophe de Tchernobyl en 1986.

Téléchargement gratuit de l’ATLAS sur cette page des éditions Yves Michel:
http://www.yvesmichel.org/product-page/sante/contaminations-radioactives/

Le 09 avril 2017


Mar 29

Le réacteur nucléaire de Halden en Norvège : un danger pour l’Europe

Il n’est pas en fusion mais les autorités nucléaires l’ont trouvé
« dans un état très spécial »…

Le site European News Weekly a réalisé la traduction du rapport de l’autorité de sûreté norvégienne vers l’anglais.
Merci à Pierre FETET d’avoir réalisé la traduction vers le français de ce texte.
Je vous invite à le lire sur son site www.fukushima-blog: Cliquer ICI

En voici la présentation et le sommaire:

La pollution radioactive à l’iode 131 en Europe au début de l’année 2017 a permis de mettre en lumière l’activité d’un réacteur inconnu du grand public, le réacteur de recherche de Halden en Norvège. Bien qu’il ne puisse être tenu responsable du nuage radioactif qui s’est étendu de l’Espagne à la Norvège en janvier-février, on a appris grâce à l’ONG norvégienne Bellona que ce réacteur avait connu un « incident » en octobre dernier. La lecture d’un rapport de l’agence de sûreté nucléaire norvégienne daté du 13 février 2017 permet de se rendre compte du danger que font courir aux Européens les utilisateurs de ce réacteur. On s’éloigne un peu de Fukushima mais pas tant que ça car la problématique est la même : panne de refroidissement du réacteur, risque d’explosion d’hydrogène, rejet d’iode 131 et autres radionucléides cancérigènes, MOX, … ça ne vous rappelle rien ?
Pierre Fetet

  • 1. Un des plus vieux réacteurs au monde encore en activité
  • 2. Les partenaires du « Halden Reactor Project »
  • 3. L’« Incident » du 24 octobre 2016
  • 4. Expérimentation de nouveaux combustibles
  • 5. Quelle était la nature des nuages radioactifs ?
  • 6. Pour un arrêt définitif du réacteur de Halden
  • 7. L’IFE a besoin d’argent public pour traiter ses déchets
  • 8. Pourquoi on ne sait quasiment rien sur cet évènement d’octobre 2016 ?
  • 9. Exiger des éclaircissements
  • 10. Annexes

Le 29 mars 2017


Mar 27

Essais nucléaires: Victoire de douze vétérans bretons

La cour administrative d’appel de Nantes a donné suite aux demandes de douze vétérans bretons d’essais nucléaires, ou à leurs ayants-droits : leurs cancers sont bien liés aux essais nucléaires en Polynésie française.

Un article du journal le Télégramme
http://www.letelegramme.fr/bretagne/essais-nucleaires-victoire-de-douze-veterans-bretons-24-03-2017-11447981.php

Le 28 février dernier, ils étaient présents à l’audience de la cour administrative d’appel. Des vétérans, ou leurs veuves et leurs proches. La plupart étaient venus du Finistère: Brest, Saint-Pol-de-Léon, Landéda, Concarneau, Loperhet, Saint-Thégonnec, Saint-Thonan, Lannilis. mais aussi des Côtes-d’Armor (Pléneuf-Val-André, Ploufragan et Plélo), du Morbihan (Marzan), d’Ille-et-Vilaine (Pleurtuit), et de Loire-Atlantique (Pontchâteau).

Le procès avait été l’occasion de revenir sur le quotidien de ces militaires et civils embarqués aux côtés de l’armée française en Polynésie française, dans les années 1960. À l’époque, on se baignait dans le lagon après les essais nucléaires, on buvait de l’eau contaminée après l’avoir passée dans un « bouilleur »…

98 % des demandes refusées

Au final, quelque 15.000 personnes ont été touchées de près ou de loin par les 210 essais nucléaires français, sans compter « un nombre plus difficile à déterminer » de populations locales, avait rappelé le rapporteur public à l’audience. Et ce n’est qu’en 2010 qu’un régime d’indemnisation spécifique avait été créé, sur le principe de la « solidarité nationale.
Ce mécanisme était censé être favorable aux vétérans : c’était à l’administration de prouver que le lien de cause à effet entre les essais nucléaires et leur maladie était « négligeable« ; et non pas aux victimes de rapporter la preuve de leur contamination. Mais le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) n’avait reçu qu’un millier de demandes, selon les chiffres arrêtés au 31 décembre 2015, alors que le gouvernement en prévoyait « vingt fois plus« . Surtout, il n’avait indemnisé que vingt personnes:

« 98% » des demandes ont été refusées, selon un magistrat de la cour administrative d’appel. Celle-ci a donc donné suite aux demandes présentées par douze vétérans ou leurs ayants-droits. Seuls trois requérants ont vu leurs requêtes rejetées mais ils seront en droit de déposer une nouvelle demande devant le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen). Celui-ci pourrait en effet les voir sous un jour plus favorable au vu de la loi publiée au Journal officiel le 1er mars dernier: elle supprime en effet le principe de « risque négligeable« , sur lequel s’appuyait le ministère de la Défense pour refuser l’indemnisation de ses anciens militaires.
Onze autres dossiers de vétérans bretons et normands devraient être examinés par la même cour administrative d’appel de Nantes le 28 mars prochain, a indiqué l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires).

Voir l’article original du journal Le Télégramme:
http://www.letelegramme.fr/bretagne/essais-nucleaires-victoire-de-douze-veterans-bretons-24-03-2017-11447981.php


Voir également le site de l’ Association des Vétérans des Essais Nucléaires (AVEN):
http://www.aven.org/
Bulletin AVEN N°4 décembre 2016
et aussi sur le site des témoignages, des livres etc…

Voir l’article de Vivre-apres-fukushima du 1° mars:
«Les conséquences du nucléaire en Polynésie ne sont plus «négligeables».

Le 27 mars 2017


Mar 24

Il n’y a pas de Fukushima bis en Norvège

Voici des extraits du communiqué de la CRIIRAD :

Valence, le 14 mars 2017
(Complétée le 24/3/2017)

Confusion

Depuis quelques jours, circulent sur les réseaux sociaux, des messages très inquiétants comme “Alerte en ce jour (12 mars 2017) on apprend que la Norvège contamine toute l’Europe avec de l’iode 131 radioactive depuis plusieurs semaines (on évoque même fin octobre)..”.

Il s’agit d’une confusion entre deux évènements :

De l’iode 131 (isotope radioactif artificiel) a été détecté, à de faibles niveaux, dans l’air ambiant de plusieurs pays européens en janvier 2017. L’origine exacte de cet iode 131 n’est pas connue et plusieurs hypothèses sont envisageables. Voir communiqué CRIIRAD du 14 février 2017.

Il y a eu un incident sur un réacteur nucléaire en Norvège en octobre 2016, mais il n’y a pas à notre connaissance d’incident ou accident nucléaire actuellement en Norvège et les stations de mesure dont les résultats sont publiés sur le site du réseau Européen EURDEP ne montrent pas actuellement de radioactivité anormale en Norvège ou sur les pays proches.

Rejets d’iode 131 d’un réacteur Norvégien en octobre 2016
Il y a bien eu, le 24 octobre 2016 à 13H45 un incident significatif sur le réacteur nucléaire de l’IET (ou IFE)à Halden au sud-est d’Oslo en Norvège, lors de la manipulation du combustible usé. L’autorité Norvégienne de Protection Radiologique (NRPA) a signalé cet incident dans un communiqué du 25 octobre 2016.

Cet incident, qui a conduit à évacuer le personnel de la centrale, a entrainé des rejets radioactifs à l’atmosphère. Les autorités norvégiennes ont estimé le rejet à 150 millions de becquerels pour l’iode 131 et 24 millions de becquerels pour l’iode 132. A noter que le communiqué ne précise pas comment ces estimations ont été effectuées, ni leur niveau de fiabilité. On peut s’étonner d’ailleurs du fait que les autorités n’aient pas fait état des autres substances radioactives susceptibles d’avoir été rejetées (tritium, carbone 14, gaz rares radioactifs) (voir complément en Annexe1 : les échanges du 16 mars 2017 avec la NRPA ont confirmé que les rejets anormaux ont duré jusqu’au début novembre et ont concerné d’autres radionucléides).

Heureusement, la situation a pu être maîtrisée. Cet « incident » d’octobre 2016 pose de nombreuses
questions sur le plan de la sûreté (origine de l’incident), du défaut de transparence (l’exploitant n’a déclaré l’incident que 20 heures après), des insuffisances de la métrologie (pas d’évaluation de l’ensemble des rejets radioactifs). L’ONG Norvégienne Bellona, avait fait part en 2004 d’inquiétudes sur la sûreté et dénoncé des fuites d’eau lourde et des rejets élevés de tritium (isotope radioactif de l’hydrogène)…


A ce jour, rien ne permet de faire le lien entre les rejets d’iode 131 du réacteur de Halden en Norvège en octobre 2016 et la détection d’iode 131 dans l’atmosphère de plusieurs pays européens en janvier 2017.

Les résultats des mesures de radioactivité dans l’environnement effectuées en Norvège et dans les pays limitrophes en ce moment permettent d’affirmer qu’il ne s’est pas produit un “Fukushima bis” à Halden.

Cependant de nombreuses questions restent en suspens en ce qui concerne ce réacteur Norvégien, sa sûreté et l’impact de son fonctionnement.
Il serait nécessaire de conduire une enquête approfondie et indépendante sur la sûreté de ce réacteur.
De ce point de vue, la CRIIRAD considère que les éléments recueillis posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponse et donnent un sentiment de non maîtrise de la situation.

Voyez le texte complet et les résultats des mesures ICI

Rédaction : Bruno CHAREYRON, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD avec le support technique de Jérémie MOTTE, ingénieur environnement, responsable du service Balises de la CRIIRAD

.

Le 24 Mars 2017