Mai 23

TRITIUM: impact sur l’environnement et la santé

Les problèmes causés par cet isotope radioactif de l’Hydrogène
Dr Ian Fairlie.

Voici la traduction du podcast de Fairewinds sur ce sujet, daté du 18 avril 2016
Vous trouverez l’original ici


Maggie Gundersen : Bonjour. Mon nom est Maggie Gundersen et j’ai le plaisir de vous présenter le podcast de Fairewinds Energy Education que l’équipe de Fairewinds a organisé.
Vous avez sans doute entendu parler du tritium, cet isotope radioactif de l’hydrogène et sous-produit de la production d’énergie nucléaire. C’est un sujet d’inquiétude majeur, car on constate des fuites sur 75% des réacteurs aux US (Indian Point près de New York, Turkey Point en Floride). Et c’est aussi un problème considérable à Fukushima Daiichi, à cause des énormes quantités d’eau utilisées pour refroidir les réacteurs.
Nous allons donc parler du tritium et de son impact sur l’environnement et la santé. Les participants à cette table ronde sont : le Dr Ian Fairlie – consultant indépendant spécialiste des questions de contamination radioactive de l’environnement. Il a un Diplôme de biologie des rayonnements (Bart Hospital à Londres), un Doctorat portant sur les risques radiologiques du retraitement combustible nucléaire (Imperial College, Londres et université de Princeton). Il a travaillé pour le ministère britannique de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales en tant que spécialiste des risques liés aux radiations émises par les réacteurs nucléaires. De 2000 à 2004, il a dirigé le secrétariat du comité britannique SIRI pour une étude portant sur l’examen des risques liés aux « émetteurs éternels » de radiations. Après avoir quitté ses fonctions, il a travaillé en tant que consultant pour le Parlement européen, pour des pouvoirs locaux et régionaux, pour des O.N.G. s’intéressant à l’environnement et dans le secteur privé.
Bienvenue, Docteur Fairlie

Ian FAIRLIE : Ravi d’être parmi vous

MG : Participent aussi à cette table ronde Arnie Gundersen – ingénieur en chef et Caroline Phillips – administrateur de programme, travaillant toutes deux chez Fairewinds.
Le tritium est subitement devenu un sujet d’intérêt majeur aux États-Unis pour différentes raisons : fuites et débordements lors du démantèlement de centrales nucléaires et découverte récente de fuites sur différents sites américains (Indian Point et Biscayne Bay en Floride). De plus, la Tepco prévoit de rejeter des millions de mètres cubes d’eau tritiée dans l’océan Pacifique.
Que pouvez-vous nous en dire ?

Ian FAIRLIE : Bien sûr. Le tritium est l’isotope radioactif de l’hydrogène, et toute fission nucléaire génère du tritium qui est rejeté dans l’air, dans le sol ou dans les cours d’eau sous forme liquide ou de vapeur. On en trouve partout aux environs d’une centrale. Le tritium est un problème majeur pour l’industrie du nucléaire, car ce n’est pas seulement un produit d’activation, mais aussi un produit de fission nucléaire. Donc on ne peut pas parler d’énergie nucléaire sans immédiatement penser à son sous-produit incontournable : le tritium.

CP : j’ai cru comprendre que le tritium a les propriétés de l’hydrogène, et peut donc se lier à l’oxygène et à l’eau (H2O). Pouvez-vous nous redire comment les choses se passent?

Ian FAIRLIE: oui, bien sûr.
La forme la plus commune du tritium est l’eau tritiée, sous forme liquide ou de vapeur. Tout le monde connaît la formule de l’eau : H2O. Dans le cas de l’eau tritiée, un des H est radioactif, voire même les 2. Or cela devrait nous inquiéter, car les 2/3 des atomes de notre corps sont des molécules d’eau. L’exposition à de l’eau radioactive est donc beaucoup plus dangereuse pour notre santé qu’on ne veut bien le penser, ce que devraient reconnaître les autorités de santé du monde entier.

CP : vous dites que notre corps est composé d’eau pour 80 % … ?

Ian FAIRLIE: …les 2/3…

CP : …2/3 de notre corps. Mais n’oublions pas que l’eau s’évapore dans l’air. Et puis il y a la condensation, le brouillard et la pluie. Le problème de l’air tritié doit bien se poser lui aussi, comme pour l’eau ?

Ian FAIRLIE : bien sûr

CP : Mais le lien entre les centrales nucléaires et l’air tritié, on en parle beaucoup moins. La presse parle beaucoup ces temps-ci de la présence d’eau tritiée dans les nappes phréatiques (Fukushima et le Pacifique, la baie de Biscayne). Et l’air tritié, alors ?

Ian FAIRLIE : Vous savez, la vapeur d’eau, on en trouve partout dans l’air, tout le temps. Bien sûr quand il pleut, il y a 100% de vapeur d’eau dans l’air. Elle est très importante, même si on ne peut ni la voir, ni l’entendre, ni la sentir.

Arnie Gundersen : c’est là qu’intervient une des plus grandes opérations de poudre aux yeux jamais organisées par le nucléaire. En effet, une centrale nucléaire décharge par ses cheminées environ 5000 gallons (presque 19 000 litres) par jour à cause de fuites ou par évaporation de la piscine. Ce sont donc 19 000 l d’eau tritiée qui s’évaporent donc dans l’air tous les jours. Sur le site de la centrale d’Indian Point on a même trouvé des flaques fortement tritiées. Le terme « rainout » est utilisé quand une fuite aérienne de tritium venant de la centrale survient en même temps que la pluie, causant des retombées de tritium sur la centrale elle-même ou sur la communauté environnante. Et ça n’intéresse personne…

Ian FAIRLIE : Exact. Pourquoi ? Parce qu’une des caractéristiques du tritium est qu’il est très difficile à mesurer. Pour cela, il faut faire un prélèvement, l’envoyer un laboratoire et utiliser des techniques de mesure par scintillation liquide, ce qui prend environ 24 heures. Il existe bien des appareils de mesure électroniques portables, mais ils sont extrêmement coûteux et je ne connais personne parmi les O.N.G. ou les défenseurs de l’environnement qui puisse les financer, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. On dispose généralement de compteurs Geiger, mais ils ne sont d’aucune utilité pour la mesure du tritium. On est assez démunis. Et les défenseurs de l’environnement ont du mal à « se coltiner » avec le problème du tritium.
Je voudrais ajouter ceci : le tritium qui est rejeté par les centrales nucléaires nous est rapidement transmis par notre environnement. Nous le respirons, nous mangeons des aliments et buvons de l’eau contaminés. Le tritium est rapidement absorbé par les pores de notre peau. Tout cela veut dire que l’être humain est facilement exposé au tritium et peut rapidement en absorber de fortes concentrations.

MG : j’essaie de comprendre. La NRC (commission de réglementation nucléaire des États-Unis) proclame urbi et orbi que le tritium n’est pas un problème, surtout dans la région de Miami et de la centrale d’Indian Point, parce qu’il se trouve dans de l’eau que personne ne boit. Mais si on regarde de plus près les données sur lesquelles leurs experts se fondent, on voit qu’ils ne prennent en compte ni l’air inhalé, ni le contact cutané, ni les processus de bio accumulation et leurs répercussions sur la chaîne bioalimentaire.

Ian FAIRLIE: c’est exact, Maggie. En Europe non plus, le tritium n’est pas considéré – à tort – comme un danger majeur par les régulateurs nucléaires. Ils ne disposent que rarement d’équipements de mesure du tritium, ce qui rend leur tâche très difficile.
Vous venez de faire allusion au tritium organiquement lié (TOL). Le problème est le suivant : en cas d’exposition au tritium, ce dernier s’accumule dans le corps humain. Suite à de nombreuses réactions métaboliques et chimiques, le corps humain absorbe l’hydrogène radioactif et le combine avec du carbone en TOL. Or ce paramètre est rarement pris en compte dans les agences nucléaires, ce qui est effrayant car le tritium lié au carbone reste beaucoup plus longtemps dans le corps humain, et le TOL est beaucoup plus dangereux que l’eau tritiée. La présence d’eau tritiée entraîne toujours celle de tritium organiquement lié.

CP : pouvez-vous nous parler plus en détail des conséquences de l’absorption de TOL sur le corps humain ? Sur les barrières placentaires, les organes internes, la formation de protéines et le DNA ?

Ian FAIRLIE: le tritium est un radionucléide, et sa demi-vie est longue, puisqu’elle est de 12 ans. Lorsqu’il se désintègre, le tritium émet une particule bêta (il y a 4 types de rayonnements : Alpha, bêta, rayons X, rayons gamma) dont l’énergie est qualifiée de faible : 5,7 keV en moyenne (l’énergie des particules beta est très variable). Certains en déduisent qu’il n’y a donc pas à s’en inquiéter, ce qui est totalement faux. La faible puissance de cette particule bêta ne l’empêche pas de représenter un danger d’irradiation lorsque le tritium est localisé près de ou à l’intérieur de l’ADN. Et je pense que plutôt que de parler de particule à faible énergie, il faudrait parler de particule à faible portée.

CP: que voulez-vous dire exactement ?

Ian FAIRLIE: je veux dire que c’est la portée de la particule bêta, la distance qu’elle parcourt, qui est faible. Mais une fois qu’elle est dans la cellule, cette particule n’a pas besoin d’aller bien loin pour être dangereuse, donc peu importe sa portée. Pour comparaison, sachez que le diamètre moyen d’une molécule d’ADN est de 0,5 microns. Et comme par hasard, cela coïncide avec la portée d’une particule bêta émise par le tritium, à savoir 0,6 microns.

CP: On peut dire que ça coïncide parfaitement…

Ian FAIRLIE : oui, malheureusement. Vous voyez donc que tous ceux qui parlent de la faiblesse d’émission du tritium ont tort et font circuler une information trompeuse. Une fois à l’intérieur du corps humain, même une particule de faible portée peut endommager l’ADN qui ne sera jamais hors d’atteinte !!!

Ian FAIRLIE : d’ailleurs, permettez-moi de corriger une autre idée reçue. Très souvent, quand on parle d’« eau radioactive », les gens pensent qu’il y a quelque chose de radioactif dans l’eau. Ils se trompent : c’est l’eau elle-même qui est radioactive. Et ce n’est pas du tout la même chose. Si de l’eau est contaminée par une impureté, comme du césium ou du strontium, on peut la filtrer. Mais dans le cas du tritium ce n’est pas possible car c’est l’eau elle-même qui est radioactive.

AG: Ian, l’industrie nucléaire prétend que « c’est juste comme de l’eau », que cette eau ne reste dans notre corps qu’une dizaine de jours, que ça ne dure pas longtemps. Tout à l’heure, vous nous avez parlé d’un long séjour du TOL dans le corps. Pouvez-vous nous aider à mieux comprendre la distinction qu’il faut faire ?

Ian FAIRLIE  : oui bien sûr. On a dit que la demi-vie biologique de l’eau tritiée dans le corps humain est d’une dizaine de jours, c’est vrai. Mais la demi-vie biologique du tritium organiquement lié – lorsque le tritium est lié au carbone – est plutôt de quelques années. En d’autres termes, une partie du tritium disparaît au bout de 40,50 ou 60 jours ; mais une autre partie du tritium reste beaucoup plus longtemps. Pour l’être humain, nous pensons que cette durée est d’environ 2 ans et demi à 3 ans, ce qui est un vrai problème. Car cela veut dire que la dose émise par du tritium organiquement lié est 5 fois plus importante que celles de l’eau tritiée, je dis bien 5 fois plus dangereuse.

AG: la dose est plus forte, elle reste plus longtemps : c’est une vraie bombe à retardement dans le corps humain…

Ian FAIRLIE : tout à fait. Et si la dose est plus forte, c’est précisément parce qu’elle reste plus longtemps.

MG: on y perd son latin… c’est tout le contraire de ce que nous dit l’industrie nucléaire. J’aimerais comprendre : vous nous avez dit que les biologistes nucléaires sont parfaitement conscients de la dangerosité du tritium pour le corps humain. Pourquoi est-ce qu’ils ne le disent pas ? Pourquoi les gouvernements ne prennent-ils pas des mesures de protection ? Que fait la commission internationale de protection radiologique ?

Ian FAIRLIE: Au cours de mes longues études sur le tritium, j’ai pu constater que de nombreuses études biologiques portant sur les rayonnements ont donné des résultats très clairs : les biologistes sont inquiets et le disent (voir une bonne vingtaine de citations dans 2 de mes précédentes études insistant sur sa dangerosité et demandant que des mesures soient prises). Mais au contraire, bon nombre de scientifiques qui travaillent pour l’industrie du nucléaire ou pour des agences comme l’UNSCAR, l’ICRP, l’AIEA ou même l’OMS ont tendance à sous-évaluer les dangers du tritium. Parmi les nombreuses études sur ce sujet, je voudrais en citer une du gouvernement britannique en 2006 ou 2007. C’est un rapport très connu dont le titre est « les risques liés au tritium » préparé par AGIR – groupe consultatif sur les rayonnements ionisants. C’est un long rapport détaillé d’une centaine de pages que vous trouverez facilement sur Google en tapant « risques tritium » et l’acronyme AGIR. Il y est dit clairement que les risques liés au tritium sont plus élevés qu’on ne le prétend aujourd’hui. Mais le problème est qu’aucune suite n’y a été donnée. Les collègues que je peux rencontrer en conférence en sont conscients : ils me sourient gentiment et opinent du chef, mais ils savent que les gouvernements ne veulent surtout pas savoir.

MG : est-ce à cause de l’utilisation du tritium dans le domaine militaire, surtout aux États-Unis et en Grande-Bretagne, à cause de l’utilisation d’uranium appauvri pour la fabrication d’armes et à cause de l’impact de tout cela à l’échelle mondiale ?

Ian FAIRLIE: oui, Maggie. Le tritium est un ingrédient capital pour la fabrication d’armes nucléaires. C’est ce qu’on appelle un « trigger », un déclencheur qui augmente leur rendement. On utilise toujours le tritium pour le complément de remplissage des armements nucléaires. Au bout de 12 ans il faut se débarrasser du tritium arrivé en fin de demi-vie et le remplacer par du tritium frais. C’est donc un ingrédient capital à connotation militaire directe. Je l’ai déjà dit, il n’y a pas de nucléaire sans tritium, que ce soit pour la production d’énergie ou d’armements, la fission ou la fusion. Et ça n’est pas sans poser de problèmes aux autorités responsables. On peut dire que le tritium est « le poil à gratter » de l’industrie nucléaire.

AG: le problème se pose de façon encore plus aiguë au Canada où nous avons des auditeurs, parce que par conception, les réacteurs CANDU utilisent le tritium comme modérateur pour ralentir la vitesse des neutrons. Ce qui donne lieu à beaucoup plus de rejets de tritium que chez nous.

Ian FAIRLIE: c’est tout à fait exact. En fait, ces réacteurs à eau lourde pressurisée (CANDU) utilisent le deutérium à la fois comme réfrigérant et comme modérateur, car c’est un modérateur très efficace. Grâce à lui, ils peuvent utiliser l’uranium naturel comme combustible. Mais le problème est que l’activation du deutérium vers le tritium se fait très facilement, le résultat étant que dans ces réacteurs à eau lourde, le modérateur et le réfrigérant sont incroyablement tritiés. Les concentrations de tritium que l’on trouve dans les émissions et les rejets d’un réacteur canadien sont plus importantes que celles réacteurs américains (réacteurs PWR ou VWR à eau bouillante) d’un facteur variant entre 10 et 100 par mégawatt généré. Un vrai problème pour les réacteurs canadiens.

CP : (23 :49) Arnie nous a parlé des réacteurs CANDU, parlez-nous des émissions en tritium des réacteurs à fusion et au thorium. On nous pose beaucoup de questions à ce propos.

Ian FAIRLIE: ces émissions sont gigantesques car les réacteurs à fusion utilisent le tritium comme combustible. En fait, l’idée est de faire fusionner le tritium et le deutérium à des températures et des pressions très élevées pour créer une bouffée d’énergie. Mais il faut avouer qu’on n’en est pas encore là : entre le développement et la mise en œuvre, il y a toujours une trentaine d’années d’écart…

CP : ce qui nous laisse une trentaine d’années devant nous…

Ian FAIRLIE: c’est exact

MG : cela rappelle de dicton du barbier qui affiche « demain on rase gratis »

Ian FAIRLIE: tout à fait. Heureusement, d’ailleurs, parce que si jamais les réacteurs à fusion fonctionnent, les niveaux quotidiens d’émission seront tellement incroyables que la population avoisinante sera noyée sous la vapeur d’eau de tritium. Pourquoi ? Parce qu’une des caractéristiques du tritium élément – l’hydrogène H3 – est que rien ne l’arrête : il est très difficile de l’isoler. Il est presque impossible de stocker de l’hydrogène dans des conteneurs standard. Lorsque vous allez à l’hôpital, par exemple, vous voyez des réservoirs d’oxygène, d’hélium ou de propane. Mais jamais de réservoirs d’hydrogène. La raison en est simple : si vous mettez de l’hydrogène dans un réservoir, il aura disparu au bout de 24 heures parce qu’il s’échappe même à travers de l’acier inoxydable. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de voitures à hydrogène : il est trop difficile à stocker. On comprend donc que lorsqu’il y a d’énormes émissions de tritium–dont la formule chimique est l’hydrogène– ce dernier va suinter à travers les canalisations, les pompes, les vannes et tout le système. Parvenir à en garder 95 % sur un an serait déjà un excellent résultat. Mais les quantités en cause sont si grandes que même si on en gardait 99 %, le niveau des fuites resterait énorme.

CP : (27 :01) voilà qui n’est pas très réjouissant. Mais parlons de la centrale d’Indian Point, qui est située à une quarantaine de kilomètres de Manhattan. Vous nous avez parlé des dangers de l’eau tritiée, de l’air tritié, du tritium organiquement lié, et aussi de la difficulté à stocker le tritium, de la façon dont il s’infiltre partout et se lie facilement : tout cela est effrayant ! Et je me dis que si le fleuve Hudson s’évapore beaucoup, s’il y a du brouillard, si les agriculteurs mettent sur le marché des aliments contaminés par le TOL … la population de New York – où j’ai de la famille et beaucoup d’amis – court un grand danger

Ian FAIRLIE: c’est exact, et c’est même pire que ça. Vous savez, on nous donne (en tous cas en Europe) des chiffres annuels de rejets pour les centrales nucléaires ; mais en réalité, 60 % de ces émissions ont lieu un jour donné, un matin ou une après-midi précis. Pourquoi ? Parce qu’il faut refaire le plein du réacteur en moyenne une fois par an, l’ouvrir, vidanger l’ancien combustible et le remplacer par du nouveau. Et c’est précisément à ce moment-là qu’intervient la presque totalité des émissions annuelles, au moment de ce que j’appelle un « pic ». C’est une information qu’on nous a cachée depuis le début du nucléaire. Il a fallu qu’une ONG, l’IPPNW (association internationale de médecins pour la prévention de la guerre nucléaire), intervienne fermement auprès du gouvernement de coalition écologiste/socialiste en Allemagne pour qu’on obtienne les premières données semi-horaires pour la centrale allemande de Gundremmingen en Bavière. Et nous avons constaté que la valeur de ces pics – dont nous prenions connaissance pour la première fois – représentait 70 % des émissions annuelles. Cette constatation a des conséquences dosimétriques énormes, puisque 70 % des rejets considérés comme annuels sont intervenus en une demi-journée, ce qui veut dire que les taux d’émission réels étaient multipliés par 20, voire selon certaines estimations par 100.

AG : en réalité, l’industrie nucléaire masque l’existence de ces pics en se cachant derrière des moyennes annuelles.

Ian FAIRLIE: exactement. Et absolument personne n’était au courant jusque tout récemment, (en 2012 je crois), lorsque le nouveau gouvernement de coalition « vert/rouge » s’est tourné vers les responsables de la centrale de Gundremmingen et vers le régulateur local (le Land étant partiellement propriétaire de la centrale) en exigeant des données semi-horaires pour la totalité de l’année. Ils essuyèrent d’abord un refus, sous prétexte que les données n’étaient pas disponibles. Il leur a fallu 6 mois pour les obtenir, et je crois même savoir qu’il a fallu menacer de faire renvoyer le régulateur pour obtenir un résultat. On ne voulait donc clairement pas les communiquer. Or les choses se passent toujours de la même façon, que ce soit à Gundremmingen ou dans toute autre centrale du même type (REP) : il faut ouvrir le réacteur, vidanger l’ancien combustible et le remplacer par du nouveau. Certains prétendent que c’est faux parce qu’on peut les réapprovisionner « en ligne », mais cette méthode n’a été utilisée que dans les années 70 et 80, au moment de la construction de ces réacteurs (REP en particulier, mais cela vaut aussi pour les réacteurs CANDU). On s’est vite rendu compte que cette méthode ne fonctionnait pas et qu’il fallait mettre le réacteur hors service, le vider de l’ancien combustible et le remplacer par du nouveau. Pour ce faire, il faut dépressuriser les réacteurs et ouvrir les vannes. Et c’est bien là ce qui doit nous inquiéter, car des gaz chauds sous haute pression giclent littéralement vers l’extérieur (on peut même en entendre le bruit dans les réacteurs à eau). Il s’agit de différentes sortes de gaz en très grande quantité, et parmi eux – et c’est le pire de tout – il y a de la vapeur d’eau, donc de la vapeur d’eau tritiée. Et aussi du gaz hydrogène H3 – qui est la forme élémentaire du tritium. Ces gaz s’échappant sous pression et à haute température vont former un panache qui va suivre le cours des vents, au gré de la météo. Si donc le vent rabat les gaz vers le fleuve Hudson vous avez raison : ils atteindront New York. Je n’essaie pas d’effrayer la population, je signale simplement le risque que de grosses quantités de tritium descendent la vallée du fleuve Hudson jusqu’à Manhattan. Et pas seulement de la vapeur d’eau tritiée, mais aussi une variété de gaz nobles, notamment du krypton 85 et du xénon 133, dont la durée de vie respective est de 8 ans pour l’un et de 5,3 jours pour l’autre. Notons d’ailleurs qu’il y a eu émission de krypton et de xénon à Three Mile Island en 1979, et donc probablement aussi émission de tritium.

AG : or l’industrie nucléaire le savait parfaitement, et s’est bien gardée de le faire savoir aux scientifiques indépendants comme vous.

Ian FAIRLIE: vous avez tout compris

Arnie Gundersen : lorsque je travaillais dans l’industrie, nous savions que les émissions étaient beaucoup plus importantes pendant les interruptions de fonctionnement. Et le règlement était fait de telle façon qu’il n’était pas nécessaire de faire des rapports horaires, mais plutôt des rapports annuels, ce qui permettait d’écréter les pics. Autre chose : Maggie et moi avons exploité 20 ans de données fournies par une centrale située à Sainte Lucie, en Floride. Les résultats affichés étaient totalement incohérents : on ne retrouvait pas les mêmes isotopes d’une année sur l’autre, et les ratios relatifs ne voulaient rien dire. Nous en avons conclu qu’ils se contentaient d’inscrire des chiffres et de les envoyer au NRC, ce dernier ne se posant aucune question sur leur signification. Donc je ne leur fais aucune confiance, même s’ils donnent des chiffres sur leurs prétendus rejets. Et vous avez raison de dire qu’au moment de la dépressurisation, tous les gaz nobles et tout le tritium en solution s’évacuent brutalement… comme un énorme rot !!! Et ça n’est pas tout, car dans la piscine du  réacteur vous avez la valeur d’un mois de combustible nucléaire et cette piscine dégage presque 20 000 litres de vapeur par jour dans l’atmosphère par la ventilation et la cheminée, un peu comme le contenu d’une cocotte qui s’évapore doucement sur le coin de la cuisinière ; et ça précisément au moment de la mise hors service du réacteur, donc au moment du pic dont vous parliez tout à l’heure. C’est donc pendant la période où on ferme la centrale pour la réapprovisionner en combustible que la piscine est la plus chaude, qu’il y a donc le plus d’évaporation et qu’il y a le plus fort dégagement de tritium.

Ian FAIRLIE: oui, vous avez raison, je n’y avais pas pensé.

MG : Ian, si nous avons voulu aborder ce sujet aujourd’hui, c’est aussi à cause d’un article du Huffington Post dont le titre est « mensonges, sales mensonges et statistiques : remettons en perspective l’hystérie relative à Indian Point ». Son auteur, Jerry Kremer, est lobbyiste et président du groupe « Empire Government Srategies ». Il prétend que l’article du New York Times qualifiant la centrale d’Indian Point de « Three mile Island » newyorkaise n’est qu’une interprétation mensongère des statistiques. Commençons, dit-il, par la prétendue exposition des new-yorkais au tritium. Il affirme que le tritium, qu’on ne trouve qu’en quantité infinitésimale dans notre environnement, n’est qu’une forme du H2 que l’on trouve dans la formule H2O (c’est-à-dire de l’eau). Il continue son baratin, qui est aussi celui de l’industrie nucléaire, en disant que les radiations sont présentes de façon naturelle dans ce nous mangeons, que si nous mangeons des pommes de terre, des bananes, des tomates ou tout aliment riche en potassium, nous ingérons aussi un isotope appelé K40 qui – exactement comme le tritium dit-il – émet de très faibles rayonnements. Mais il omet mentionner l’origine anthropique de ces émissions, et de préciser qu’il préside un groupe auquel participe Entergy, une société qui voudrait voir renouveler la licence de la centrale d’Indian Point. Personne ne va boire cette eau, dit-il, il faut remettre les choses en perspective ; cette centrale ne pose pour lui aucun problème de sécurité et il prétend pouvoir le démontrer. Tout cela bien sûr n’étant que baratin et mensonge de la part de l’industrie.

Ian FAIRLIE: oui, sur mon site Internet et sur mes blogs, j’ai souvent parlé de ce qu’écrivent les journalistes qui sont payés par l’industrie nucléaire, et j’explique que dans le meilleur des cas leurs articles sont trompeurs, voire même totalement faux. La plupart d’entre eux n’ont aucune expérience, aucune qualification, aucune formation en matière de rayonnements ou de radioactivité. Les rédacteurs en chef de ces journaux devraient avoir une attitude responsable et ne pas accepter sans broncher – comme ils le font malheureusement la plupart du temps – les articles de journalistes payés par l’industrie dont l’ignorance n’a souvent d’égal que l’arrogance, ou inversement….

MG : c’est tout à fait vrai dans le cas qui nous intéresse, celui de Jerry Kremer, sauf que c’est encore pire car ce prétendu journaliste est avocat et lobbyiste, fondateur d’un groupe d’intérêts pour l’industrie. Mais l’heure est venue de nous quitter : y a-t-il d’autres questions, ou d’autres points à souligner ?

Ian FAIRLIE: oui, une question que vous auriez pu me poser est de savoir s’il existe une liste comparative de la dangerosité des radionucléides ?

MG : eh bien je vous pose la question : cette liste existe-t-elle ?

Ian FAIRLIE: la réponse est non. Celle de l’AIEA est sommaire (4 niveaux seulement), et malheureusement fausse puisque le tritium y figure en bas de liste. Certains scientifiques allemands considèrent malgré tout que cette liste doit être établie. L’un d’entre eux – son nom est Kirker – a fait la liste de 10 caractéristiques dangereuses des radionucléides. Par exemple la solubilité, la facilité de déplacement dans l’air, le volume des rejets, la liaison avec des tissus organiques, etc., etc. Il a donc établi une liste de 10 caractéristiques et le tritium correspond à chacune d’entre elles, ce qui fait de lui un radionucléide extrêmement important selon le classement de ce chercheur. En conclusion, je dirai ceci : il faut savoir que les scientifiques indépendants sont tout à fait conscients de la dangerosité du tritium et considèrent qu’il faut s’en préoccuper bien plus que l’industrie nucléaire ne le prétend.

Maggie Gundersen : merci beaucoup. Voilà qui confirme ce que nous soupçonnions sans pouvoir l’affirmer faute de compétence. Merci d’avoir fait ce long voyage depuis le Royaume-Uni pour répondre à nos questions.

Ian FAIRLIE: je vous en prie. Tous mes vœux de succès pour l’équipe de Fairewinds.

MG : merci, on vous tient au courant.

Traduction par l’équipe de vivre-apres-fukushima.fr avec l’accord de Fairewinds.


  • Le podcast original en anglais: http://www.fairewinds.org/podcast//tritium-expos
  • Le site du Dr Ian FAIRLIE: http://www.ianfairlie.org/
  • L’étude du Dr Ian FAIRLIE sur les fuites de Tritium au Canada:
    http://www.fairewinds.org/s/tritium-hazard-report-pollu.pdf

Pour en savoir plus:

  • Le Wikipedia radiotoxicité du tritium:
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Radiotoxicit%C3%A9_du_tritium
  • Le livre blanc du tritium par l’ASN: http://livre-blanc-tritium.asn.fr/
  • La revue nature:
    http://www.nature.com/srep/2012/121210/srep00947/full/srep00947.html

Le 23 mai 2016

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Mai 18

Fukushima 5 ans – rapport des médecins de l’IPPNW et PSR (3)

Voici la traduction du chapitre 5 du rapport des médecins de l’ IPPNW et PSR
sur les conséquences à 5 ans de la catastrophe nucléaire de Fukushima

Traduction odile Girard, http://www.fukushima-is-still-news.com/
Avec l’accord des auteurs:
Dr.med. Alex Rosen, Vice-Chair, IPPNW Germany
Dr.med. Angelika Claussen, IPPNW Vice President for Europe
mars 2016

Le rapport complet en anglais est disponible ici:
http://www.psr.org/resources/fukushima-report-2016.html

D’autres chapitres de ce rapport en français ont déjà été publiés ici:
5 ans. Bilan sanitaire de la catastrophe de Fukushima. 26 mars 2016
Le dossier des médecins de IPPNW et PSR (suite) 8 avril 2016

CHAPITRE 5. Conséquences de la catastrophe nucléaire sur le biote non humain

Outre les conséquences de la catastrophe sur la santé humaine dans les zones contaminées, il faudrait également examiner de plus près les effets de l’exposition accrue aux radiations sur le biote non humain, c’est-à-dire les plantes et les animaux. Les plantes et les animaux appartiennent au même écosystème que les êtres humains et les liens d’interdépendance avec nous sont nombreux : on peut difficilement oublier que notre régime se compose presque entièrement de produits animaux et végétaux. Ceci mis à part, nous coexistons dans une symbiose complexe avec beaucoup d’espèces et sommes par conséquent affectés par tout changement intervenant dans ces systèmes complexes. De plus, nous pouvons peut-être tirer des leçons sur les conséquences de l’exposition chronique aux faibles doses de rayonnement en observant ce qui se passe chez les animaux et les plantes. Comme le renouvellement des générations est plus rapide chez beaucoup d’organismes vivants que chez l’homme, il est plus facile d’y observer et étudier les effets génétiques in vitro et in vivo. L’étude du biote non humain est donc un aspect important de l’analyse des conséquences d’une catastrophe nucléaire. Au cours des cinq dernières années, plusieurs journaux scientifiques ont traité des effets morphologiques, génétiques et physiologiques des radiations ionisantes sur le biote non humain à Fukushima. Les analyses les plus pertinentes feront l’objet du présent chapitre.

Ainsi, en 2015, le groupe de recherche de Watanabe et al. a trouvé un corrélation significative entre la dose de radiation et les anomalies morphologiques des sapins japonais (sapins Momi) dans la zone contaminée autour de la centrale dévastée. Plus les arbres étaient proches des réacteurs, plus les changements étaient prononcés, ce qui suggèrent une corrélation entre la dose et l’effet. Une progression dans le temps était également observable, car les mutations les plus sévères concernaient des arbres qui avaient commencé à pousser au printemps 2012, soit une année après le début de la catastrophe nucléaire. Le fait que les arbres vivent et poussent toute leur vie au même endroit nous fournit une excellente démonstration de l’influence des effets locaux.

Ce n’est pas le cas des animaux qui vont où ils veulent et ne conviennent donc pas pour démontrer les effets locaux. Cependant un papillon (lycaenid butterfly),une espèce autochtone qui passe toute sa vie dans un rayon extrêmement réduit a été évalué pour étudier les effets des radiations. Dans une étude de 2012, Hiyama et al. ont montré une augmentation significative des pathologies qui était directement proportionnelle à la contamination des ressources alimentaires : réduction de la taille du corps et des ailes, nombre accru de mutations morphologiques et élévation du taux de mortalité (18,5 %). Des examens de laboratoire ont confirmé l’augmentation radio-induite des mutations génétiques et des changements morphologiques chez les papillons. Les générations ultérieures de papillons ont aussi révélé des taux de mutation plus élevés que la première génération. Ceci suggère que les mutations peuvent passer de génération en génération et s’aggraver.

Des études bien conçues peuvent également être une source importante d’information sur les animaux de plus grande taille. Murase et al. ont observé une espèce de faucon qui revient dans le même nid tous les ans. Les faucons ont été étudiés avant et après la catastrophe nucléaire de Fukushima jusqu’à une distance de 100 à 120 km du site de la centrale. Murase et al ont montré que la capacité reproductrice de l’oiseau était directement proportionnelle au niveau de radiation mesuré directement sous le nid. Ces résultats indiquent que la radioactivité a un effet sur la lignée germinale de l’oiseau. La capacité des oiseaux à quitter le nid est tombée de 79 à 55 % en 2012, puis à 50 % en 2013, ce qui pourrait être lié au taux de radioactivité dans leur nourriture. De manière générale, on constate une réduction du nombre d’oiseaux, de papillons et de cigales proportionnelle à la radioactivité ambiante de la zone étudiée.

Des études sur les primates dans les zones contaminées sont encore plus pertinentes quand il s’agit de tirer des conclusions s’appliquant à l’homme. En avril 2012, des changements pathologiques dans l’hémogramme de singes sauvages des forêts de Fukushima à quelque 70 km de la centrale ont été observés. Une population de singes vivant à environ 400 km au nord de Fukushima a également fait l’objet d’analyses en tant que groupe de contrôle. Alors que la concentration de césium radioactif allait de 78 à 1 778 Bq/kg dans les muscles des singes de Fukushima, les concentrations de césium dans le groupe de contrôle étaient en-dessous du niveau décelable. Chez les singes de Fukushima, la baisse du nombre de globules rouges et de globules blancs était directement proportionnelle à la concentration de césium dans les muscles, ce qui laisse présumer une corrélation dose-effet.

Il ne serait certes pas raisonnable d’un point de vue scientifique de tirer des conclusions directes sur les conséquences des radiations ionisantes pour l’homme à partir de ces études sur les plantes et les animaux. Néanmoins, les résultats de cette recherche ne doivent pas être ignorés, en particulier pour ce qui est de la question des effets génétiques et transgénérationnels de la radioactivité. À cet égard, les modèles animaux, grâce à la rapidité de leur succession générationnelle, peuvent nous aider à remplir des lacunes dans nos connaissances et à mieux comprendre la complexité de l’interaction entre les radiations ionisantes et les tissus vivants en général, et l’ADM de la lignée germinale en particulier. Par conséquent l’étude du biote non humain à Fukushima est un domaine de recherche qui peut à l’avenir fournir encore toute une série de conclusions importantes.

Dr.med. Alex Rosen, Vice-Chair, IPPNW Germany
Dr.med. Angelika Claussen, IPPNW Vice President for Europe


Le 18 mai 2016

L’information en français sur Fukushima:
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Mai 13

TCHERNOBYL, Le nuage sans fin

30 ans après l’explosion de la centrale nucléaire, l’Association Française des Malades de la Thyroïde raconte son combat pour faire reconnaître la vérité dans une Bande dessinée.

titre de l'ouvrage

Le 26 avril 1986, à 1h 23 mn du matin, une manoeuvre humaine erronée déclenche la fusion du cœur du réacteur N°4 de la centrale ukrainienne puis une explosion qui libère une énorme quantité d’éléments radioactifs dans l’atmosphère.

Le nuage contaminé entame alors sa course dans le ciel européen au gré des vents. Des mesures de protection sont décrétées en urgence dans la plupart des pays, comme l’interdiction aux enfants de jouer à l’extérieur, la mise en garde contre l’exposition à la pluie, la destruction de milliers de tonnes de légumes frais, etc.

En France, la communication gouvernementale se veut rassurante, au point d’affirmer que le nuage radioactif va épargner l’Hexagone !

Des communiqués laconiques nient la gravité de la pollution radioactive et conseillent « de ne rien changer à nos habitudes » notamment alimentaires !!!

La Bande dessinée illustrée par Ming relate l’explosion du réacteur N°4, le travail des liquidateurs, mais surtout , le déni de tous les acteurs politiques sur la gravité de cet accident tant en URSS que dans notre pays.

En 2016, il nous faut constater:
À Fukushima, les discours et les comportements des autorités sont les mêmes:

Le déni du désastre est le même : les victimes doivent apprendre à vivre en territoire contaminé. Nous voilà prévenus ! Nous, citoyens, avons des leçons à tirer de la façon dont les responsables politiques ont fait face à leur devoir de protection des populations lors des événements de Tchernobyl puis de Fukushima.

macaron

Tchernobyl « Le nuage sans fin » Scénario AFMT, dessin Ming
Cette BD n’est pas disponible en librairie.
Vous pouvez la commander en envoyant un chèque de 22 € (15 € de BD + 7 € de port et d’emballage) à l’adresse ci-dessous
AFMT
BP 21
82700 BOURRET
(Pour les envois en nombre, voir directement avec l’association)

La présentation de l’ouvrage sur le site de l’AFMT:
http://www.asso-malades-thyroide.org/detail_asc.php?id=1

Documentation

Sur le site « http://nuagesansfin.info/ » L’AFMT a rassemblé des documents qui fournissent des références sourcées et indiscutables aux faits évoqués dans la Bande Dessinée « Tchernobyl, un nuage sans fin ».

Ces pièces ont été extraites des milliers de pages des dossiers des perquisitions menées par Madame la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy. Elles vous permettront de cerner comment les responsables politiques ont utilisé leurs pouvoirs pour la défense de l’industrie nucléaire civile et militaire, à tout prix et contre toute vérité.

Si ces informations vous parviennent si longtemps après la survenue de la catastrophe du 26 avril 1986, c’est qu’elles sont issues d’un très long processus. Il a fallu un accroissement anormal du nombre de cancers thyroïdiens, spécialement en Corse, pour que l’Association Française des Malades de la Thyroïde se constitue et tente tous les recours légaux qui étaient en son pouvoir devant toutes les juridictions possibles – 31 mars 2011 – Rejet en cour d’appel avec énoncé d’un Non Lieu – 7 sept 2011 —Rejet du pourvoi en cassation – 8 octobre 2013 – La Cour Européenne des Droits de l’Homme, juge irrecevable la plainte de Me. Fau déposée pour l’AFMT .

Le 13 mai 2013

Avr 25

TCHERNOBYL : 30 ANS déjà – quelles leçons ?

Des leçons ont été tirées de la catastrophe
mais ce n’est pas au bénéfice des populations.

Les autorités internationales, européennes et nationales ont mis en place un cadre juridique destiné à gérer à moindre coût les catastrophes nucléaires.

Voici le communiqué de presse de la CRIIRAD du 21/04/2016 à l’occasion des 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl

Après un accident nucléaire, la protection des populations devrait être au cœur des décisions mais les coûts d’une catastrophe sont tels qu’ils ont conduit les États à mettre en place une gestion « optimisée » qui fait supporter aux victimes de la pollution la plus grande part des dommages économiques et sanitaires.

Les concepts que le lobby nucléaire français[1] a testé et mis au point au Bélarus ont été intégrés aux recommandations de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR). Ils sont désormais mis en œuvre dans les territoires contaminés par les rejets de la centrale de Fukushima-Daiichi. Le « développement durable en zone contaminée » se substitue à l’obligation de relogement dans des zones exemptes de risque radiologique dosimètre porté par les écoliers: il faut apprendre aux habitants des zones affectées à vivre avec la radioactivité, les équiper de radiamètres et de dosimètres afin qu’ils limitent au mieux leur niveau d’exposition, qu’ils contrôlent le niveau de contamination de leur alimentation. Les victimes doivent être résilientes et autonomes. Elles deviennent responsables de leur protection contre les risques d’irradiation et de contamination (et potentiellement coupables si au final elles tombent malades). Les photographies d’écolières, avec leur dosimètre en guise de pendentif, illustrent parfaitement combien est devenu banal, normal, une réalité qui devrait susciter l’horreur et la révolte.

Les politiques de relogement à grande échelle sont trop onéreuses, d’autant plus onéreuses que le principe pollueur-payeur ne s’applique pas à l’industrie nucléaire. Les catastrophes n’ont pas provoqué de remise en question du régime dérogatoire de la responsabilité civile du nucléaire. Si le protocole d’amendement de la convention de Paris voté en 2004 aboutit, le montant disponible pour l’indemnisation des dommages corporels et matériels atteindra 1,5 milliard d’euros, une somme totalement dérisoire en regard du coût réel d’un accident majeur que les services officiels eux-mêmes chiffrent désormais à des centaines de milliards d’euros, voire à plusieurs milliers de milliards d’€.

Dès l’origine, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a pris le contrôle des recherches sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl et sa stratégie du doute a réussi à neutraliser les résultats les plus dérangeants. Malgré cela, l’évolution des connaissances scientifiques aurait dû conduire à tenir compte des effets spécifiques des faibles doses de rayonnements et à renforcer les normes de radioprotection. Au lieu de quoi :

  • 1/ les effets génétiques ont été arbitrairement limités à leur impact sur les 2 premières générations, une décision scandaleuse et incompréhensible à la lumière des travaux sur l’instabilité génomique ;
  • 2/ le coefficient qui divise artificiellement par 2 les effets cancérigènes n’a pas été supprimé en dépit des résultats de plusieurs études épidémiologiques de référence, en particulier sur les travailleurs ;
  • 3/ les pathologies non cancéreuses n’ont toujours pas été pris en compte, pas même les effets cardiaques, alors que tous les systèmes physiologiques sont impactés et notamment le système immunitaire ;
  • 4/ le principe de précaution n’est pas appliqué alors que de nombreux travaux questionnent les fondements mêmes du système de radioprotection (effet de proximité par exemple) ;
  • 5/ l’accident de Fukushima a relancé les discours les plus mensongers sur l’existence d’un seuil (autour de 100 mSv) en dessous duquel les doses seraient sans effet sanitaire, sur la prétendue innocuité de la radioactivité naturelle ou des examens médicaux … comme si les effets du radon n’étaient abondamment documentés, comme si aucune publication n’avait mis en évidence les risques associés aux scanners !

Dans un tel contexte, les dispositions règlementaires relatives à la gestion des phases accidentelle et post-accidentelle sont particulièrement laxistes. Pour faciliter la réinstallation, ou le maintien, des populations dans les zones contaminées, le seuil de référence applicable aux situations de contamination post-accidentelle est désormais fixé à 20 mSv/an. Il s’agit d’une valeur excessivement élevée : 20 fois la limite de 1 mSv/an qui définit le niveau de risque maximum acceptable hors situation accidentelle ! De plus, il s’agit bien d’une « référence » et non pas d’une « limite » qui serait beaucoup plus contraignante : la référence de dose peut être dépassée par une partie des personnes exposées. La « normalisation » se fera progressivement : la seule obligation est que le pourcentage des personnes exposées à plus de 20 mSv/an diminue progressivement. Aucune contrainte de temps n’est fixée ! Et cette valeur ne concerne pas la phase d’urgence au cours de laquelle les références de dose applicables sont encore plus élevées.

Les nouvelles recommandations de la CIPR sont désormais inscrites dans le droit européen : les prescriptions de la directive Euratom 2013-59[2] doivent être transposées dans le droit national des États membres d’ici février 2018. De plus, le 15 janvier dernier a été publié le règlement Euratom n°2016-52 qui fixe les niveaux de contamination autorisés dans les aliments en cas d’accident. Il reprend sans les modifier les limites établies en 1987-1990 alors qu’entre-temps le risque cancérigène radio-induit a été multiplié par 10 et qu’il est désormais établi que le rapport d’expertise qui a servi de caution scientifique est truffé d’erreurs, de lacunes et d’incohérences ! Les limites applicables à l’iode 131 sont révoltantes, en particulier quand on songe à l’épidémie de cancers de la thyroïde qui a frappé les personnes (en particulier les enfants) exposées aux retombées de Tchernobyl. Concernant la distribution d’iode stable, destiné à saturer la thyroïde et à limiter son irradiation, la référence de dose est de 50 mSv/an alors que le bureau européen de l’OMS préconise depuis 1999 un seuil d’action de 10 mSv/an pour les enfants, les femmes enceintes et les mères qui allaitent.

Les nouvelles doctrines et limites se sont mises en place dans l’indifférence quasi-générale. Compte-tenu de la répartition et de l’âge du parc électronucléaire mondial, la probabilité que le prochain accident nucléaire majeur affecte directement l’Europe est assez élevée. Tout est prêt pour qu’il soit géré au mieux des intérêts de l’industrie nucléaire.

Créée au lendemain de l’accident de Tchernobyl, la CRIIRAD a mis au cœur de son action le combat pour l’information et la protection des populations. Elle appelle les citoyens, en France et en Europe, à s’intéresser d’urgence aux questions qui déterminent directement la protection de leur santé et l’avenir de leurs enfants. Faute de mobilisation, le prix à payer sera colossal.

La protection sanitaire des populations et des travailleurs doit être placée au centre des discussions et des décisions. Ceci concerne en tout premier lieu les risques d’accident mais également l’impact du fonctionnement normal des installations nucléaires. À titre d’exemple, la multiplication des chantiers de démantèlement des installations nucléaires produits des quantités grandissantes de déchets radioactifs dits valorisables (métaux et gravats notamment). Avec la bénédiction de la Commission européenne et de l’AIEA, plusieurs États européens pratiquent d’ores et déjà le recyclage à grande échelle de ces matériaux contaminés. En France, le pas n’est pas franchi mais les pressions sur l’Autorité de Sûreté Nucléaire se font de plus en plus fortes. Et avec le marché commun, ce qui a été recyclé en Allemagne ou en Suède est peut-être déjà présent, à notre insu, dans les objets de notre environnement quotidien.

L’équipe de la CRIIRAD

Renvois:
[1] Notamment le CEPN, Centre d’étude sur l’Évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, une « association » qui regroupe EDF, AREVA, le CEA et l’IRSN. Son directeur est désormais vice-président de la CIPR.
[2] Directive 2013/59/Euratom du Conseil du 5 décembre 2013 fixant les normes de base relatives à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisants.

Le communiqué sur le site de la CRIIRAD: http://www.criirad.org/tchernobyl/cp-2016-04-21-30-ans-web.pdf

CRIIRAD
Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité
29 Cours Manuel de Falla 26000 VALENCE- 04 75 41 82 50
asso@criirad.org – www.criirad.org

Le 25 avril 2016

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Avr 16

Voyage de Fairewinds au Japon

Arnie Gundersen, dirigeant de« Fairewinds education », ancien ingénieur de haut niveau dans le nucléaire, a fait au début de l’année 2016 un voyage au Japon.
A son retour, il livre ce qu’il a vu dans une série de podcasts que vous pouvez consulter en anglais sur le site de Fairewinds.

J’ai choisi un extrait du podcast n° 4-1: FAIREWINDS / SPEAKING TOUR SERIES 4.1
Publié le 5 avril 2016 sur le site de Fairewinds
http://www.fairewinds.org/podcast//put-on-a-happy-face-japan-speaking-tour-series-no-4-1
Il discute ici avec une partie de l’équipe de Fairewinds:


Arnie Gundersen :
… J’ai beaucoup réfléchi au cours de la dernière semaine et demie sur ce que le voyage signifiait pour moi personnellement, ce que j’appris, ce que Fairewinds appris et ce que nous pouvons tous apprendre de cette expérience.
La première chose est, les gens sont aimables partout. Les personnes que j’ai rencontrées pendant mon voyage et qui m’ont accueilli étaient des êtres humains merveilleux, terriblement préoccupés par leur pays et soucieux de leurs enfants; ils ont accueilli Fairewinds à cœur ouvert. C’était vraiment, vraiment extraordinaire de voir tant de gentillesse et, en fait, d’amour. C’ était vraiment merveilleux.
La deuxième chose est l’inhumanité du gouvernement japonais, des sociétés d’électricité japonaises et des banques japonaises envers leurs compatriotes. Je suis consterné par la façon dont la structure au pouvoir au Japon ignore ce que les gens veulent et imposent le nucléaire à leurs compatriotes.


Arnie Gundersen (12 :49)
En vue des jeux olympiques de 2020, le gouvernement japonais prévoit de faire disparaître tous les camps de préfabriqués où ont été parquées les personnes déplacées; elles devront soit rentrer chez elle dans les zones contaminées, soit aller s’installer ailleurs au Japon dans des résidences permanentes. Et cela concerne tout spécialement les parcs de caravanes qui relogent 160.000 personnes. Le but est évidemment de faire croire au monde entier que la catastrophe de Fukushima est loin derrière nous, ce qui est totalement faux.

Mme Maggie Gundersen:
Le Japon a toujours été synonyme de beauté, de sérénité, de paix de l’esprit. Leurs jardins sont célèbres à cet égard, même dans la ville de Tokyo. Or les populations évacuées sont obligées de vivre dans des conditions épouvantables, dans de véritables baraquements militaires plantés sur du béton. Lors d’une de vos émissions précédentes, vous avez rencontré des femmes qui ont été évacuées de la préfecture de Fukushima. Or en 5 ans, cette communauté de 62 personnes n’a reçu la visite d’aucun représentant du gouvernement. Personne n’est venu leur expliquer quoi que soit sur les rayonnements, même pas comment reconnaitre les symptômes en cas d’empoisonnement lié aux radiations. Et personne aujourd’hui ne reconnaît qu’il y a des retombées radioactives importantes dans les régions déjà nettoyées, des dépôts dus à la fonte des neiges, aux inondations et à la pluie. Prétendre que tout va bien et qu’ils peuvent rentrer chez eux équivaut à une condamnation à mort pour toutes ces familles, leurs enfants et leurs petits-enfants.

Arnie Gundersen
C’est vrai. Mais ce n’est pas tout. Des médecins nous ont raconté qu’ils se voient dans l’impossibilité de faire soigner leurs patients à l’hôpital, parce que s’ils inscrivent sur leur fiche qu’ils souffrent d’une « maladie liée aux radiations », le gouvernement refuse de payer.
J’ai aussi appris récemment qu’on voit apparaître actuellement un énorme pic de mortalité chez les jeunes enfants par rapport aux années précédentes, information bien sûr gardée secrète par les autorités médicales et gouvernementales japonaises. Aucune statistique concernant les années précédant la catastrophe n’est d’ailleurs publiée. On ne dispose par exemple d’aucune donnée sur le taux de mortalité dans la préfecture de Fukushima, ce qui rend les études épidémiologiques quasiment impossibles. L’enquête lancée par Fairewinds avec une équipe de scientifiques va dans le bon sens, mais il faut absolument obtenir les témoignages des médecins qui sont sur le terrain. Or le régime Abé tient la communauté médicale sous sa coupe encore plus que ç’est le cas pour la presse : c’est déprimant.

Caroline Philips:
Un article de la BBC rapporte qu’un groupe de femmes s’est débrouillé pour se procurer un compteur Geiger, et surtout qu’elles ont appris à s’en servir avec l’aide de professeurs d’université qui leur ont expliqué ce que sont Becquerels, millisieverts et sieverts… Aujourd’hui, elles font même tourner un petit laboratoire. Et ce n’est pas un cas isolé, il y en a des centaines comme cela. Ces initiatives de la part de la population japonaise sont extraordinaires et très précieuses puisque, comme vous l’avez dit, il va être quasiment impossible de faire des études épidémiologiques sans les informations que le gouvernement refuse de divulguer. Ces femmes font tout pour protéger leurs enfants, leur communauté et leur pays : elles ont même ouvert une clinique avec un service de dépistage thyroïdien.

Arnie Gundersen :
Effectivement. Avant la catastrophe, les japonais avaient toute confiance dans leur gouvernement. Aujourd’hui, cette confiance a disparu, mais on voit des citoyens s’atteler à la tâche et faire le travail du gouvernement défaillant : c’est remarquable.


L’entretien complet en anglais est disponible ici:
http://www.fairewinds.org/podcast//put-on-a-happy-face-japan-speaking-tour-series-no-4-1


Qu’est Fairewinds ?

«Démystifier l’énergie nucléaire par l’information»
Fairewinds Energy Education est une organisation sans but lucratif fondée en 2008. Notre mission est d’informer le public sur l’énergie nucléaire et d’autres questions d’énergie. Education Energy Fairewinds est un outil éducatif facile à utiliser basé sur les faits, l’information non faussée sur l’énergie nucléaire. Le site Web de Fairewinds propose des podcasts et des vidéos, dans lesquels nous collaborons avec des experts dans le vaste domaine des questions concernant l’énergie nucléaire.

Arnie Gundersen en est le directeur:
Il a plus de 40 ans d’expérience en ingénierie nucléaire de puissance. Il a étudié à Rensselaer Polytechnic Institute (RPI) où il a obtenu son Baccalauréat cum laude tout en devenant le récipiendaire d’une prestigieuse bourse de la Commission de l’énergie atomique pour sa maîtrise en génie nucléaire. Arnie détient un brevet de sûreté nucléaire, a été un opérateur de réacteur sous licence, et est un ancien vice-président senior de l’industrie nucléaire. Au cours de sa carrière dans l’industrie nucléaire de puissance, Arnie a également géré et coordonné des projets dans les centrales nucléaires des années 70 aux États-Unis.
Fairewinds Energy Education · 70 S Winooski Ave, 289, Burlington, VT 05401, United States
http://www.fairewinds.org/

le 16 avril 2016

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Avr 08

Le dossier des médecins de IPPNW et PSR (suite)

Chapitre 2. Émissions et contaminations radioactives

Voici une traduction du chapitre 2 du rapport des médecins de l’ IPPNW et PSR
sur les conséquences à 5 ans de la catastrophe nucléaire de Fukushima
Traduction odile Girard, http://www.fukushima-is-still-news.com/

Avec l’accord des auteurs:

Dr.med. Alex Rosen, Vice-Chair, IPPNW Germany
Dr.med. Angelika Claussen, IPPNW Vice President for Europe

mars 2016

Le rapport complet en anglais est disponible ici:
http://www.psr.org/resources/fukushima-report-2016.html

Une première partie en français a été publiée ici le 26 mars 2016


Ce chapitre 2 contient:
Présentation
2.1 Rejets dans l’atmosphère
2.2 Rejets dans l’océan Pacifique
2.3 Contamination radioactive de l’alimentation

Les multiples fusions des réacteurs de Fukushima constituent le pire accident nucléaire depuis celui de Tchernobyl en 1986. Les réacteurs dévastés laissent échapper des matériaux radioactifs depuis mars 2011, malgré les assurances de l’industrie nucléaire et des institutions du lobby nucléaire comme l’Agence internationale de l’énergie atomique (l’AIEA) qu’il s’est produit un accident unique au printemps 2011 et que la situation est aujourd’hui sous contrôle. Cette affirmation ignore le rejet continu dans l’atmosphère, les nappes phréatiques et l’océan, de radionucléides à vie longue, comme le césium-137 et le strontium-90. Elle ignore également la recontamination fréquente des zones affectées à cause des tempêtes, des inondations, des feux de forêt, la pollinisation, les précipitations et même les opérations de nettoyage, qui soulèvent dans l’air des isotopes radioactifs ensuite transportés par le vent.1 C’est ainsi qu’on a pu établir au cours des dernières années plusieurs cas de contamination nouvelle impliquant du césium-137 et du strontium-90, même à distance considérable de la zone d’évacuation.[2]

Même aujourd’hui, 30 ans après la catastrophe de Tchernobyl, le gibier et les champignons sauvages dans le sud de l’Allemagne s’avèrent contenir encore tellement de césium-137 radioactif qu’ils sont classés comme déchets radioactifs. Une durée de 30 ans ne représente que la demi-vie du césium-137, ce qui veut dire que la moitié seulement de la radioactivité s’est dissipée.[3-4]. On peut présumer sans risque que la flore et la faune des régions affectées du Japon présenteront un développement similaire. Comme il serait inutile d’essayer de décontaminer les zones forestières, les montagnes ou les autres endroits couverts de végétation dense, on n’envisage même pas de mettre en place ce genre de mesures et le danger de l’exposition aux radiations à Fukushima va persister pendant encore des dizaines d’années. Les autorités japonaises ont déjà abandonné leur objectif initial de rendre toutes les régions contaminées à nouveau habitables. [5]
Un danger supplémentaire pour la population locale provient du lessivage des matériaux radioactifs en provenance du sol dans les nappes souterraines durant les opérations de décontamination. La question du stockage se pose également : dans un effort intensif et coûteux de décontamination des maisons, des terres agricoles et même des forêts, les ouvriers ont mis en sac et stocké le sol, les feuilles et les débris des zones plus contaminées dans la zone évacuée, ce qui avait coûté jusqu’en 2014 plus de 13,5 milliards de dollars. Les tonnes de sacs de débris sont censées être amenées sur un site de stockage temporaire proche de la centrale de Fukushima. [6]Dans les zones où l’exposition aux radiations est moins élevée, on s’est contenté de retourner le sol pour enterrer la terre radioactive à une trentaine de cm au maximum.

Finalement, des fuites fréquentes sont dues à la centrale elle-même, en particulier les cuves souterraines fissurées des bâtiments réacteur et les citernes remplies d’eau contaminée, qui ont été soudées à la va-vite et montrent déjà de nombreux défauts. Selon TEPCO, 300 tonnes d’eau radioactive continuent à se déverser chaque jour dans l’océan, soit plus de 500 000 tonnes depuis le début de la catastrophe nucléaire.[7]La quantité et la composition des isotopes radioactifs fluctuent énormément, ce qui fait qu’il n’est pas possible d’évaluer avec certitude les effets réels que ces rejets radioactifs pourront avoir sur la vie marine. Ce qui est clair, cependant, c’est que des quantités de plus en plus importantes de strontium-90 sont rejetées dans la mer. Le strontium-90 est un isotope radioactif qui se fixe dans les organismes marins de la même façon que le calcium, à savoir dans les os et les dents. En remontant le long de la chaîne alimentaire marine, il subit une importante bioaccumulation et du fait de la longueur de ses demi-vies biologique et physique, va continuer à contaminer l’environnement pendant des centaines d’années. [8]

On estime que 23 % des retombées nucléaires de la catastrophe de Fukushima se sont produites au-dessus du Japon continental.[9]Les régions les plus sévèrement atteintes sont situées dans la moitié est et le centre de l’île principale du Japon, Honshu. La côte ouest de l’île, toutefois, a été très peu touchée par les retombées nucléaires en raison de la topographie montagneuse, qui forme une barrière météorologique. Mais une élévation des taux de radiations a également été observée à l’extrême sud et tout au nord du Japon[10] D’un bout à l’autre du pays, les gens ont été en contact avec des isotopes radioactifs, via l’eau et l’air radioactifs et les aliments contaminés. Pour cette raison, il est essentiel de tenir compte non seulement de l’exposition aux radiations de la population de Fukushima et des préfectures voisines de Chiba, Gunma, Ibaraki, Iwate, Miyagi et Tochigi, mais aussi de celle de préfectures plus éloignées qui ont été affectées par les retombées. Le 15 et le 21 mars, par exemple, de fortes quantités de retombées ont non seulement touché Tokyo, mais aussi les préfectures de Kanagawa, Saitama et Shizuoka.[11] Les plantations de thé de la préfecture de Shizuoka Prefecture, à 400 km au sud de Fukushima, et à 140 km de Tokyo, ont été si fortement contaminées que la récolte de thé de 201 a dû être retirée du marché[12]La carte ci-contre, créée par un chercheur de l’université de Gunma, montre la contamination radioactive de l’île Honshu à la fin de 2012.

FigureCarte de la contamination radioactive du Japon du nord

Figure 2.1 – Carte de la contamination radioactive du Japon du nord

On distingue principalement cinq voies par lesquelles les êtres humains entrent en contact avec la radioactivité pendant et après une catastrophe nucléaire :

Exposition externe au rayonnement de nuage : irradiation directe provenant du nuage radioactif. Cela peut impliquer toutes sortes de radioisotopes, tels que le xénon-133, l’iode-131 ou le césium-137.
Exposition externe au rayonnement du sol : irradiation directe provenant des particules radioactives du sol, en particulier les émetteurs de rayons gamma, comme le baryum-137, un produit de désintégration du césium-137.
Irradiation externe via une contamination superficielle de la peau, des cheveux ou des vêtements, en particulier par les émetteurs bêta comme le césium-137, le strontium-90 ou l’iode-131. Les rayons bêta sont bloqués par les vêtements, mais en cas de contact direct, peuvent pénétrer dans la peau.

Figure 2.2 Les différentes voies d’exposition aux radiations

Figure 2.2 – Les différentes voies d’exposition aux radiations

L’irradiation interne peut être due à l’inhalation de particules radioactives, particulièrement les émetteurs alpha comme le plutonium, ou les émetteurs bêta comme le césium-137, le strontium-90 et l’iode-131.

L’irradiation interne peut être due à l’exposition à des particules radioactives ingérées avec la nourriture ou l’eau de boisson, en particulier les émetteurs alpha comme le plutonium, ou les émetteurs bêta comme le césium-137, le strontium-90 et l’iode-131.

Pour calculer les doses d’irradiation individuelles et collectives, il est donc important de connaître non seulement la quantité totale des émissions radioactives, mais aussi la concentration des radiations dans l’air, dans l’eau et dans les aliments. Les chapitres suivants étudieront brièvement les données disponibles concernant les émissions et la contamination.

2.1 Émissions atmosphériques

Des isotopes radioactifs ont été rejetés à de multiples reprises avec la fumée et les gaz d’échappement des explosions et avec l’incendie de la piscine de stockage du réacteur 4, à travers l’évaporation de l’eau de refroidissement, ainsi que la ventilation délibérée des réacteurs. Aujourd’hui encore, la magnitude de toutes les émissions, ce qu’on appelle le « terme source » dans la littérature scientifique, est tout aussi controversée que pour la catastrophe de Tchernobyl. Alors que les calculs effectués par des scientifiques d’instituts indépendants indiquent des taux plus élevés, l’Organisation mondiale de la Santé (l’OMS) et le Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) citent les chiffres beaucoup plus bas diffusés par l’Agence japonaise de l’énergie atomique (JAEA). [13]
Stohl et al, de l’Institut norvégien de recherche sur l’air (NILU), ont calculé que dans la période du 12 au 19 mars, la centrale de Fukushima a rejeté 35,8 PBq de césium-137 (avec un intervalle de confiance ou IC de 23,3 à 50,1).[14] Les chiffres de l’Agence japonaise de l’énergie atomique concernant les émissions de césium-137 sont, par contre, considérablement moins élevés : seulement 13 PBq. [15]

Il semble raisonnable de faire appel à une méta-analyse de tous les calculs du terme source. Le résumé le plus exhaustif de toutes les estimations de rejets est l’étude d’Aliyu et al, qui compare les données de 14 articles scientifiques et les soumet à une analyse critique. [16] Les auteurs estiment les émissions des principaux radioisotopes comme suit :

Radioisotope Quantité rejetée Sources
Iode 131 150-160 PBq Masson 2011
Césium 137 12-55 PBq IRSN 2012,Masson 2011,Kantei 2011,
Stohl 2012
Strontium 90 0,01-0,14 PBq Povinec 2012

Tableau 2.1 : Estimation des émissions atmosphériques après la catastrophe de Fukushima

La manière de calculer les émissions est extrêmement importante pour estimer les doses de radiation et donc prédire les effets sanitaires dans la population affectée. Il va sans dire que dans l’intérêt de la santé publique, les données les plus fiables et les plus sérieuses doivent être utilisées si l’objectif est de protéger les gens de façon efficace contre les effets des radiations. On a par conséquent du mal à comprendre pourquoi, au lieu de se fonder sur les données émanant d’instituts indépendants et neutres, l’OMS et UNSCEAR se sont servis des estimations les plus basses. Cette confiance exclusive dans les données de la JAEA est incompréhensible, alors que le parlement japonais a accusé précisément cette agence d’avoir contribué au désastre par corruption, collusion et négligence. Citer la JAEA comme une source neutre dans cette affaire est tout bonnement inacceptable.

En outre, toutes les estimations de quantités de rejets ne couvrent que les trois premiers jours après le début de la catastrophe nucléaire, malgré les rejets radioactifs émis depuis quotidiennement par les réacteurs, principalement via l’évaporation de l’eau de refroidissement contaminée.
Ici il faut mentionner qu’en plus des substances radioactives bien connues, l’iode-131, le césium-137 et le strontium-90, des radioisotopes à vie courte comme l’iode-133, le césium-134 et le strontium-89 ont également été rejetés. Dans le cas du césium radioactif par exemple, la proportion de césium-134 par rapport au césium-137 est de 1 :1. En d’autres termes, les quantités données pour les rejets de césium-137 ne constituent que la moitié des substances nocives pour la santé qui ont été réellement rejetées.
De surcroît, un grand nombre de particules radioactives, dont les effets sur la santé humaine sont insuffisamment connus, ont aussi été rejetées. Selon des sources gouvernementales japonaises, d’importantes quantités des substances suivantes ont été émises durant la catastrophe nucléaire : plutonium-239 et -240, baryum-140, tellurium-127m, tellurium-129m, tellurium-131m, tellurium-132, ruthénium-103, ruthénium-106, zirconium-95, cérium-141, cérium-144, neptunium-239, yttri­um-91, praséodyme -143, néodyme-147, curium-242, io­de-132, iode-135, antimoine-129, molybdène 99 et xénon-133.[17] Quoiqu’elles aient été trouvées dans des échantillons d’eaux souterraines, de sédiments et de sol, ces substances n’ont pas été incluses dans les estimations de la JAEA.[18] En limitant les estimations d’émissions aux données de la JAEA, l’OMS comme UNSCEAR courent le risque de sous-estimer systématiquement les effets sanitaires.

Finalement, ce ne sont pas seulement les quantités totales d’isotopes individuels qui comptent, mais aussi leur distribution dans l’espace. Des chercheurs grecs et français ont trouvé que la plus grande partie (env.76 %) des retombées radioactives s’était produite au-dessus de l’Océan pacifique et seulement 23% au-dessus du Japon continental.
Suite aux retombées radioactives sur l’île principale de Honshu, la dose locale reçue est passée d’une moyenne de 0,05 μSv/h avant la catastrophe nucléaire à des taux de 10 à 760 fois plus élevés, avec des valeurs allant de 0,5 à 38 μSv/h. [19] Les 2 % restants des émissions radioactives étaient distribués au-dessus du Canada (40 TBq), les États-Unis (95 TBq, le Groenland (5 TBq), le Pôle Nord (69 TBq), l’Europe (14 TBq), en particulier la Russie, la Suède et la Norvège, ainsi que d’autres parties de l’Asie (47 TBq), notamment la Russie, les Philippines et la Corée du Sud. [20]
Quoique le fait que la majorité des retombées se soient produites au-dessus de l’océan puisse être considérée comme une chance pour la population des préfectures environnantes, cela ne signifie nullement que ces radiations ne représentent plus aucun danger pour la santé humaine, comme nous le verrons dans les prochains chapitres.

2.2 Rejets dans l’Océan pacifique

C’est peut-être la contamination de l’Océan pacifique au large des côtes japonaises qui constitue le dégât écologique le plus grave de la catastrophe nucléaire. Outre les retombées radioactives au-dessus de la mer, les rejets continus d’eau contaminée en provenance des réacteurs dévastés ont été un autre facteur de pollution radioactive dans le Pacifique. Au cours des trois dernières années, d’énormes volumes d’eau ont été injectés sans cesse dans les bâtiments réacteur dans le but de les refroidir. De vastes quantités d’eaux usées radioactives sont ainsi générées chaque jour et sont déversées dans la mer, s’infiltrent dans les nappes phréatiques et s’évaporent dans l’atmosphère. À propos de la question de l’ampleur totale de la contamination radioactive du Pacifique, Kawamura et al, de la JAEA, parviennent à un total de 124 PBq d’iode-131 et 11 PBq de césium-137.
L’étude de la JAEA, cependant, n’analyse qu’une période extrêmement courte, allant du 21 mars au 6 avril 2011. Quant à la radioactivité rejetée entre le 11 et le 21 mars, c’est-à-dire les premiers dix jours qui ont suivi la première explosion à la centrale, les auteurs écrivent : « Aucun rejet direct dans l’océan n’a été pris en compte avant le 21 mars parce que les données de surveillance n’étaient pas disponibles pour cette période. » Une approche similaire a été appliquée aux retombées radioactives postérieures au 6 avril 2011, comme l’indiquent les auteurs : «  Il n’existe pas d’information sur les quantités rejetées dans l’atmosphère après le 6 avril. On présume par conséquent qu’il n’y a pas eu de rejet de matériaux radioactifs dans l’atmosphère après le 6 avril. » [21]

La contamination radioactive incessante de l’océan est donc complètement ignorée, malgré la révélation par l’opérateur TEPCO que 300 tonnes d’eaux usées contaminées sont rejetées chaque jour dans la mer. Des chercheurs de l’Institut français de sûreté nucléaire, l’IRSN, ont estimé qu’entre mars et juillet 2011, la quantité de césium-137 rejetée dans le Pacifique se montait à un chiffre entre 12 et 41PBq. [22] La majorité des études omettent également d’inclure les émissions de strontium-90 qui ont elles aussi été rejetées dans l’océan en quantité significative et constituent aujourd’hui un danger supplémentaire pour la chaîne alimentaire marine. Le groupe de recherche de Povinec, de l’Université de Bratislava, est une exception : il a calculé qu’un total de 0,1 à 2,2 PBq de strontium-90 avait été émis dans le Pacifique.[23]

Radioisotope Quantité rejetée Sources
Iode-131 124 PBq Kawamura 2011
Césium-137 12-41 PBq Bailly du Bois 2012
Strontium-90 0,1-2,2 PBq Povinec 2012

Tableau 2.2 : Estimation des quantités rejetées dans le Pacifique suite à la catastrophe de Fukushima

Malgré la gravité des déficiences du calcul du total des émissions dans le Pacifique et les incessantes discussions parmi les scientifiques pour savoir si les estimations sont réalistes, un large consensus international admet que la catastrophe nucléaire de Fukushima représente déjà la plus sévère contamination radioactive des océans du monde de toute l’histoire de l’humanité. Elle dépasse les effets des tests atomiques dans l’atmosphère, les retombées radioactives de Tchernobyl ou les rejets des usines de retraitement comme Sellafield et La Hague. [24-25-26]

L’IAEA a analysé l’eau de mer aux abords de la centrale nucléaire de Fukushima et a publié des concentrations de 130 000 Bq/l pour l’iode radioactif et jusqu’à 63 000 Bq/l pour le césium radioactif. [27-28-29] L’industrie nucléaire tente de soutenir que la dilution diminue l’impact des déchets radioactifs sur la chaîne alimentaire et l’environnement marins. Les particules radioactives ne disparaissent pas, elles se dispersent tout simplement sur une zone plus large.
Ce qui est dangereux pour deux raisons :

    Premièrement, parce qu’il n’existe pas de seuil de radiations ionisantes minimal qui soit sans danger, l’élargissement de la contamination radioactive dans l’Océan pacifique fait qu’un nombre accru de personne sont affectées. [30] La moindre quantité de radiation peut causer des maladies si elle est ingérée avec de l’eau ou des aliments
    Deuxièmement, les séismes marins ou les tempêtes remuent les radio-isotopes à vie longue contenus dans les sédiments, comme le césium 137 et le strontium-90, provoquant de façon sans cesse renouvelée une bioaccumulation de la radioactivité dans les animaux marins via le mécanisme de cascade trophique.

De nombreux échantillons de plancton relevés sur la côte de la préfecture de Fukushima en 2012, montraient déjà des concentrations accrues de césium-137. [31] Le césium-137 contenu dans le plancton est ingéré par les petits poissons, qui à leur tour sont mangés par les gros poissons, qui sont ensuite pêchés et vendus sur les marchés de poissons dans la région Pacifique. [32] Le strontium radioactif en particulier, du fait de son affinité avec les os et de sa longue demi-vie biologique, mais aussi les isotopes radioactifs du césium mettent en danger la population des régions côtières, ainsi que les consommateurs potentiels d’algues, de fruits de mer et de poissons en provenance de la zone affectée. Dans un pays comme le Japon où ces aliments constituent justement une part substantielle du régime habituel, la contamination à long terme des produits de la mer et des algues est un risque sanitaire important, comment le montre le prochain chapitre.

2.3 Contamination radioactive de l’alimentation.

Outre le terme source, il est important de connaître la contamination radioactive des aliments et de l’eau de boisson pour calculer la dose totale de radioactivité à laquelle est exposée une personne après un accident nucléaire. Comme il est indiqué plus haut, il n’existe tout simplement pas de « seuil sans danger » pour la radioactivité en ce qui concerne la nourriture et l’eau de boisson. Les moindres quantités de radioactivité sont à même de provoquer des dégâts dans les tissus, des mutations génétiques et des cancers. [33] La Société allemande pour la protection radiologique (GRS) estime qu’une personne est habituellement exposée à quelque 0,3mSv par an, en ingérant des radionucléides dans l’alimentation et l’eau. Ce chiffre peut être considéré comme le « niveau admissible » de radioactivité ingéré avec les aliments et l’eau pour prévenir des risques sanitaires excessifs.
Pour ne pas excéder ce niveau, le taux de césium-137 radioactif dans le lait et les laits pour bébés ne devrait pas dépasser 8 Bq/kg et 16 Bq/kg dans tous les autres aliments.
En raison de la brièveté de sa demi-vie, l’iode radioactif ne devrait pas être permis du tout dans l’alimentation.
Au Japon cependant, le taux admissible de césium-137 radioactif est de 50 Bq/kg dans le lait et les laits pour bébés, et de 100 Bq/kg dans tous les autres aliments. Pour l’iode 131 radioactif, le taux admissible est de 300 Bq/kg dans le lait et les autres liquides et de 2 000 Bq/kg dans les aliments solides. [34] Les seuils japonais sont donc plus stricts que ceux de l’Union européenne (voir tableaux) mais ne sont pas encore suffisamment bas pour prévenir efficacement un excès de risques sanitaires.

Laits infantiles et produits laitiers Autres aliments
Japon 50 Bq/kg 100 Bq/kg
UE 370 Bq/kg 600 Bq/kg
Recommandation IPPNW 8 Bq/kg 16 Bq/kg

Tableau 2.3 : Taux d’exposition sans danger pour le Césium radioactif (Cs-134/Cs-137) [35]


Laits infantiles Lait et autres liquides Aliments solides
Japon 100 Bq/kg 300 Bq/kg 2 000 Bq/kg
UE 150 Bq/kg 500 Bq/kg 2 000 Bq/kg
Recommandation IPPNW 0 Bq/kg 0 Bq/kg 0 Bq/kg

Tableau 2.4 : Taux d’exposition sans danger pour l’iode radioactif (en particulier l’iode 131) [36]

La fusion du cœur des réacteurs de Fukushima a provoqué une contamination très importante de l’alimentation et de l’eau de boisson, notamment pendant les premiers mois. Selon l’AIEA, presque tous les échantillons de légumes et de lait prélevés dans les préfectures d’Ibaraki et de Fukushima une semaine après le séisme contenaient des taux d’iode-131 et de césium-137 supérieurs aux seuils préconisés au Japon pour la nourriture et les boissons. [37] Au cours des mois qui ont suivi, l’alimentation s’est souvent révélée contaminée :

Fruits et légumes : Une étude du ministère des Sciences et de la Technologie japonais (MEXT), menée hors de la zone d’évacuation de Fukushima une semaine après le séisme, a trouvé des légumes contaminés dans les municipalités de Iitate, Kawamata, Tamura, Ono, Minamisoma, Iwaki, Date, Nihonmatsu, Shirakawa, Sukagawa, Ootama, Izumizaki et Saigou ; certains contenaient des concentrations d’iode-131 allant jusqu’à 2 540 000 Bq/kg et des concentrations de césium-137 allant jusqu’à 2 650 000 Bq/kg. Un mois après la fusion des cœurs, la concentration d’iode-131 dans certaines régions dépassait encore 100 000 Bq/kg et le taux de césium-137 était encore supérieur à 900 000 Bq/kg.[38] Dans la préfecture d’Ibaraki, située à une centaine de km au sud de la centrale de Fukushima, le gouvernement local a trouvé des épinards contenant jusqu’à 54 100 Bq/kg d’iode radioactif et jusqu’à 1 931 Bq/kg de césium radioactif. Outre les épinards, la plupart des autres légumes contenaient également des radioisotopes, en particulier, les plants de moutarde avec 1 200 Bq/kg d’iode-131, le persil avec 12 000 Bq/kg d’iode-131 et 2 110 Bq/kg de césium-137 et les champignons shiitake avec 8 000 Bq/kg de césium -37. Des concentrations de radiation moins importantes ont aussi été trouvées dans la laitue, les oignons, les tomates, les fraises, le blé et l’orge.[39]

Lait : Dans les premières semaines de la catastrophe nucléaire, même l’AIEA a lancé un avertissement de ne pas boire de lait venant de la préfecture de Fukushima, car il contenait des taux dangereux d’iode-131 et de césium-137. [40]
Bœuf : La vente de bœuf a été temporairement réglementée quand les taux de radioactivité dans de la viande de bœuf en provenance des préfectures de Fukushima, Tochigi, Miyagi et Iwate ont dépassé les limites de tolérance permises. [41]

Riz : Selon le gouvernement préfectoral de Fukushima, du riz contaminé avec des taux de césium allant jusqu’à 1 050 Bq/kg a été trouvé dans le quartier d’Onami, ainsi que dans la ville de Date. [42] À ce jour, les échantillons de riz venant de Fukushima excèdent encore régulièrement les limites officielles. [43]

Eau de boisson : Au printemps 2011, l’AIEA a averti que les taux d’iode-131 admissibles avaient été dépassés dans les échantillons d’eau de boisson prélevés dans les préfectures de Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Chiba et Saitama entre le 17 et le 23 mars.[44] Même dans les quartiers nord de Tokyo, on a trouvé dans l’eau du robinet contenant 210 Bq/kg d’iode-131 et les habitants ont été prévenus de ne pas la boire. [45]

Poisson et fruits de mer : Aujourd’hui encore, les poissons et les fruits de mer pêchés aux abords de la centrale de Fukushima Daiichi contiennent encore des taux élevés de césium, plus de 10 000 Bq/kg, voire, dans certains cas extrêmes, jusqu’à 740 000 Bq/kg. [46-47-48-49]

Thé : Selon le gouvernement préfectoral de Shizuoka, des feuilles de thé récoltées à 400 km de Fukushima contenaient 679 Bq/kg de césium-137. En juin 2011, du thé vert radioactif a été découvert en France. [50]

Illustration 2.1 : Évaluation de la radioactivité dans les aliments 2011/2012

Illustration 2.1 : Évaluation de la radioactivité dans les aliments 2011/2012

L’illustration 2.1 tirée de la revue Nature [51] montre le nombre d’échantillons d’aliments excédant les valeurs permises et l’évolution de la contamination radioactive dans les aliments sélectionnés au cours de l’année qui a suivi la fusion des réacteurs.

La désintégration naturelle de la radioactivité, les restrictions commerciales et les mesures préventives ont permis une diminution graduelle de la radioactivité dans la plupart des aliments au Japon, excepté le poisson, les fruits de mer, le gibier, les fruits de la forêt, et les récoltes provenant des zones contaminées. Mais il y a eu une importante absorption de radioactivité via la nourriture et l’eau de boisson, notamment la première année de la catastrophe nucléaire. Il faudrait disposer d’une estimation scientifique des doses de radiation individuelles et collectives ingérées avec la nourriture contaminée pour pouvoir évaluer l’ensemble du risque sanitaire menaçant la population affectée.

Mais les rapports des institutions internationales responsables, l’OMS et UNSCEAR, se basent uniquement sur la banque de données alimentaires de l’AIEA, un organisme créé pour « promouvoir l’utilisation sûre, sécurisée et pacifique des technologies nucléaires » et « accélérer et élargir la contribution de l’énergie atomique à la paix, la santé et la prospérité à travers le monde » [52] Les responsables de l’AIEA sont nominés par les organisations nucléaires nationales ; en d’autres termes quand il s’agit d’évaluer les effets des catastrophes nucléaires, l’AIEA se trouve devant un terrible conflit d’intérêts. La base de données de l’AIEA contient 125 826 échantillons d’aliments qui ont été collectés la première année après la catastrophe, dont les deux tiers (66,9 %) toutefois sont des échantillons de viande de bœuf.[53] Quoique les 40 000 échantillons restants soient plus ou moins classés par mois et par lieu de collecte, ils peuvent difficilement être considérés comme représentatifs des vastes quantités de nourriture consommées dans les zones contaminées.

Si dans un pays qui, comme le Japon, compte plus 120 millions d’habitants, entre 6 et 81 œufs sont testés chaque mois, cela permet difficilement d’en tirer des conclusions valables sur la contamination générale des œufs dans le pays. Cela vaut également pour la taille d’échantillonnage ridicule des poissons d’eau douce [11] ou des jus de fruits [63] qui ont été analysés par l’AIEA la première année. Sur un total de 135 isotopes radioactifs, seuls l’iode-131 et le césium-137 ont fait l’objet de tests. Le strontium-90, spécialement inquiétant pour la santé humaine, a été complètement ignoré. On ne sait même pas vraiment si les échantillons ont été prélevés dans des zones où la contamination était basse, moyenne ou élevée. Les taux de radioactivité des échantillons alimentaires collectés par les autorités japonaises sont largement supérieurs à ceux de l’AIEA. Le tableau ci-dessous donne les valeurs maximales des échantillons de légumes dans la base de données de l’AIEA (tirées du rapport de l’OMS sur Fukushima de 2012) [54] et d’échantillons comparables collectés par MEXT, le ministère japonais de la Science et de la technologie. [55] Ni l’AIEA ni l’OMS n’ont expliqué pourquoi ces échantillons n’avaient pas été inclus dans la base de données de l’AIEA.

Radioisotope OMS/AIEA MEXT
Iode-131 54 100 Bq/kg 2 540 000 Bq/Kg
Césium-137 41 000 Bq/kg 2 650 000 Bq/kg

Tableau 2.5 : Différences de valeurs dans les échantillons de légumes

L’estimation des effets sanitaires ne vaut que par la fiabilité des données sur lesquelles elle se fonde. La méthode utilisée pour choisir les échantillons alimentaires et la taille de l’échantillonnage influencent les résultats et par conséquent les calculs des effets sanitaires possibles. À ce jour, une estimation scientifiquement solide des doses de radiations individuelles et collectives ingérées au Japon via une alimentation contaminée n’est ni possible ni voulue politiquement.55


Une première partie de la traduction partielle est parue dans cet article
Télécharger le rapport en anglais: http://www.psr.org/FukushimaReport2016

le 8 avril 2016

Avr 05

Oleg Veklenko, liquidateur à Tchernobyl

Le 3 avril 2016 à Darnieulles, dans le cadre des évènements promus par l’Appel du 26 avril, Vosges Alternatives au Nucléaire a accueilli Oleg Veklenko, liquidateur ukrainien de Tchernobyl .
Il raconte la vie des liquidateurs sur le site de la centrale détruite à l’aide de nombreuses photographies

Conférence de Oleg Veklenko, liquidateur ukrainien de Tchernobyl, sur les hommes qui ont sauvé l’Europe d’un enfer radioactif

https://youtu.be/3TDQBDWiqSI (première partie)
https://youtu.be/hBRVUrOKPdQ (deuxième partie)

Conférence de Jocelyn Peyret sur la lutte des aborigènes australiens contre les mines d’uranium
https://youtu.be/DW_m34MjEgU

Conférence de Claude Kaiser sur un scénario de sortie du nucléaire en moins de 10 ans
https://youtu.be/kNPn_3jECVM


Vous pouvez encore rencontrer Oleg Veklenko jusqu’au 15 avril.
Se reporter au programme ci-dessous

Mardi 5 avril à 20h – Nevers 58000 Salle Stephane Hessel
20 Rue Henri Bouquillard,

Mercredi 6 avril à 20h – Valence 26000 à la MJC du Grand Charran
61 avenue du Grand Charran à Valence

Jeudi 7 avril à 20h – Le Puy en Velay 43000 à la Biocoop
34 route de roderie

Vendredi 8 avril à 20h – Clermont-Ferrand 63000 Salle Multi média
3 Rue Léo-Lagrange 63000 Clermont-ferrand

Samedi 9 avril 20h30 – Léguillac de Cercles 24340 Salle des fêtes

Dimanche 10 avril 17h Moulidars 16290 Ferme-Théâtre de Malvieille
Le Cluzeau

Lundi 11 avril 20h – Poitiers 86000 Le Local
16 rue St Pierre le Puellier

Mardi 12 avril 20h – Alençon 61000 Arts Terre Native
http://www.asso-atn.org/

Mercredi 13 avril 20h30 – Paris 75012 la M.E.O 3 passage Hennel
http://www.sildav.org.

Jeudi 14 avril 20h ! Montreuil 93100 La Guillotine
24 rue Robespierre
http://la-guillotine.fr

Vendredi 15 avril Colloque de 10h à 19h (ELENA à 18h) Paris 75013 INALCO Auditorium
65 rue des Grands Moulins.


Avr 02

Cancers de la thyroïde: Création d’un groupe d’entraide par les familles

Les familles de jeunes patients de la préfecture de Fukushima atteints d’un cancer de la Thyroïde après la catastrophe du 3/11, ont créé un groupe d’entraide qui vise à faire pression sur les médecins et les autorités pour qu’ils améliorent leurs politiques.

Traduction d’un article du journal Asahi Shimbun du 24 mars 2016
http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201603240025

Le « 311 Thyroid cancer family group» souhaite que les gens puissent partager leurs inquiétudes concernant la santé de leurs proches depuis les 5 ans écoulés depuis la catastrophe nucléaire.

Un membre de l’association: «Nous voulons que les responsables de la préfecture de Fukushima et les médecins fassent preuve d’une meilleure compréhension des patients»

Le groupe a été créé par 7 parents et familles de 5 jeunes de Nakadori et de Hamadori (régions centrale et orientale de la préfecture); ils ont subi une intervention chirurgicale sur la thyroïde après la triple fusion des coeurs à la centrale de N°1 de Fukushima.

Hiroyuki Kawai, un avocat de l’association « Daini Tokyo Bar» dirigera le groupe et le représentera. D’autres vont aider à gérer l’association, dont Motomi Ushiyama, un médecin qui a travaillé à la préfecture de Fukushima et a mené une étude sur les habitants des zones contaminées lors de la catastrophe de Chernobyl en 1986.

« Notre objectif est de créer un lieu où les patients, qui restent isolés et ne peuvent même pas parler de leurs inquiétudes et de leurs doutes, puissent se rencontrer et parler ensemble» dit Kawai. «Le fait que les patients et leurs familles soient unis et crient d’une seule voix nous rend plus facile de faire des suggestions de politiques au gouvernement.»

Le groupe envisage, à l’avenir, de mener des poursuites judiciaires contre les gouvernements centraux et préfectoraux, ainsi que contre Tokyo Electric Power Co; mais, pour l’instant, son but principal et de fournir une aide directe aux patients et à leurs familles.

La préfecture de Fukushima continue d’examiner les glandes thyroïdes des habitants âgés de 18 ans ou moins au moment du désastre nucléaire de 2011 et ceux qui sont nés après; cela représente environ 380.000 personnes. Un total de 166 cas ou suspicions de cancer de la Thyroïde a été détecté avant la fin de l’année 2015.

Cependant le groupe d’experts de la préfecture qui examine les statistiques a estimé qu’il était «peu probable que ces cas aient été causés par les radiations»
Sans surprise, les membres du groupe ont considéré ce communiqué officiel avec inquiétude et scepticisme.

Une élève de l’école secondaire de Nakadori a subi l’ablation de la glande thyroïde par un médecin de l’hôpital Universitaire de Fukushima au printemps dernier. Mais du fait que les cellules cancéreuses s’étaient disséminées plus que prévu, elle a maintenant une grande cicatrice sur son cou qu’elle doit couvrir avec un foulard, même l’été.

Sa mère, âgée de 40 ans a déclaré: « Ma fille est plus sujette à la fatigue depuis l’intervention chirurgicale. Jamais auparavant elle ne s’endormait en jouant à ses jeux vidéos qu’elle aime.»

Il y a deux ans, un nodule avait été trouvé dans la thyroïde de cette jeune fille. A l’hôpital, son chirurgien lui a dit: «Nous allons examiner le tissu dont nous pensons qu’il est formé de cellules cancéreuses en plantant une aiguille dans votre cou. C’est très douloureux, c’est donc à vous de décider. Vous avez un mois pour prendre votre décision.»

La jeune fille et sa mère en ont discuté et ont choisi de faire l’examen. Mais quand elles sont retournées à l’hôpital pour obtenir les résultats, la mère a été très choquée: le médecin a jeté à la figure de la jeune patiente: «C’est une tumeur maligne.»
Il a toutefois expliqué qu’il n’y avait pas à s’inquiéter et a dit :«Ce n’est pas une grosse affaire. Les cancers de la thyroïde peuvent être laissés tels quels pendant 6 mois à 1 an; ils ne seront toujours pas une quelconque menace pour la vie.»
Mais quand elle a subi l’intervention six mois plus tard, le médecin a réprimandé la mère: «La tumeur était plus grosse que prévu. Mais qui donc vous a dit qu’on pouvait la négliger pendant 6 mois ?»
Le médecin l’a aussi avertie des possibilités de récidive.

Après l’opération de sa fille, la mêre s’est rendue à une réunion organisée par l’hôpital pour les patients atteints de cancer de la thyroïde, pour qu’ils puissent se rencontrer. Mais ce ne fut pas du tout comme elle l’avait imaginé.
«Nous n’avons entendu qu’un discours à sens unique; ce ne fut pas un forum capable de répondre aux doutes que j’avais. C’était complètement inutile»

Le père d’un jeune homme qui était élève du secondaire en 2011 a été perturbé par l’attitude du même médecin qui a également opéré la thyroïde de son fils.

«Après l’intervention, j’ai demandé à plusieurs reprises au médecin si le cancer avait quelque chose à voir avec la centrale nucléaire, mais il a catégoriquement nié, disant ‘Il n’y a pas de relation’.
De plus, le médecin lui a dit:«Ne dites rien aux médias s’ils apprennent l’intervention chirurgicale de votre fils. Vous savez qu’il n’y a aucune obligation à leur répondre.»

«Mon fils , chaque jour, a peur d’une récidive et d’une métastase.»

Toutefois, le médecin a affirmé à l’Asahi Shimbun, par l’intermédiaire du services des relations publiques de son institution qu’il avait été mal compris.

«Nous portons la plus grande attention à établir un environnement où les patients peuvent parler de leurs inquiétudes et de leurs doutes; et voir des spécialistes de la santé mentale qui s’impliquent avec eux à un stade précoce de leur traitement. Ces efforts se poursuivent également pendant la période post opératoire» a-t-il affirmé par écrit.
« Nous prenons un soin extrème lorsque nous révélons au patient le diagnostic de cancer. Mais maintenant, après avoir été confronté à des interprétations qui n’étaient pas dans mes intentions, je réalise fortement la difficulté qu’il y a à transmettre ce message au patient. Lorsque nous informons les mineurs, nous consultons auparavant leurs parents, nous discutons avec eux avant de prononcer le mot [de cancer].

Le «311 Thyroid cancer family Group» créera des réunions pour promouvoir la mise en réseau des familles de patients; ils pourront y obtenir des conseils et ils encourageront plus de gens à se joindre au groupe.

Les membres du groupe affirment: «Nous voulons d’abord encourager les patients à se rencontrer, à partager des informations et demander une amélioration de leurs environnements médicaux.»

By MASAKAZU HONDA

La version originale de l’article en anglais


Notes:

– 1. Dans la société japonaise, il est mal vu de réclamer, de parler même de ses soucis concernant le nucléaire, la santé de ses enfants. D’où la solitude des familles atteintes.

– 2. Le 10 juin 2014, lors de réunions de la commission de surveillance des dysfonctionnements thyroïdiens, le professeur Suzuki de l’université médicale de Fukushima avait affirmé que la plupart des cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima avaient déjà envahi les ganglions lymphatiques lors du diagnostic.
Ceci en réponse à l’affirmation d’ «experts» qui pensaient que toutes ces opérations, étaient de la surmédication pour une affection finalement sans gravité.
Source: Le Fukushima diary
Voir l’article du 15 Février 2015

Voici ce qu’ont constaté les médecins qui ont travaillé à Chernobyl, dans leur ouvrage
Tchernobyl,Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement
A.V.Yablokov – V.B.Nesterenko – A.V.Nesterenko, Natalia E. Preobrajenskaya:

Chapitre 6.2
L’incidence du cancer de la thyroïde nécessite une attention spéciale, car il constitue la plus répandue de toutes les tumeurs malignes provoquées par la catastrophe. Comme la thyroïde est une partie critique du système endocrinien, le dysfonctionnement de la glande provoque bien d’autres maladies graves.
Les caractéristiques cliniques et moléculaires des cancers de la thyroïde qui se sont développés à la suite de Tchernobyl sont exclusives. Les cancers de la thyroïde de Tchernobyl surviennent pratiquement toujours sous la forme papillaire, sont plus agressifs lorsqu’ils apparaissent et sont souvent associés à une auto-immunité thyroïdienne. En outre, beaucoup sont d’un sous-type inhabituel avec une grande composante solide, se développent rapidement et ont des taux élevés de métastases locales et à distance [Williams et al., 2004 ; Hatch et al.,2005 ; et bien d’autres]. Ils sont également souvent précédés ou accompagnés par des nodules thyroïdiens bénins radio-induits, une hypothyroïdie, une thyroïdite auto-immune et une insuffisance thyroïdienne.

Télécharger la traduction en français de l’ouvrage
Je vous invite à en lire la préface de Alexey V. YABLOKOV,: «Aux lecteurs français», 15 Janvier 2015.

Le 02 avril 2016

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Mar 26

5 ans. Bilan sanitaire de la catastrophe de Fukushima.

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW) et l’association Physicians for Social responsability (PSR)
ont publié le 9 mars 2016 un rapport intitulé
« Vivre avec Fukushima depuis 5 ans»

Il est disponible en anglais ici:
http://www.psr.org/resources/fukushima-report-2016.html

La couverture du rapport de IPPNW/PSR

Voici une traduction partielle de ce rapport.

Traduction Odile Girard, http://www.fukushima-is-still-news.com/
avec l’aimable autorisation des auteurs

Auteurs
Dr.med. Alex Rosen, Vice-Chair, IPPNW Germany
Dr.med. Angelika Claussen, IPPNW Vice President for Europe

mars 2016


5 ans: vivre avec Fukushima – Résumé des effets sanitaires de la catastrophe nucléaire

Résumé

Le 11 mars 2016, le Japon et le monde commémorent le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Plus de 200 000 personnes furent évacuées de la préfecture de Fukushima dans des camps de fortune, où vivent encore quelque 100 000 d’entre elles. Mais les conséquences de la catastrophe s’étendent bien au-delà des limites de la préfecture. Depuis le début, des millions de gens ont été exposés à une augmentation des doses de radiation, principalement dans les zones de fortes retombées radioactives. Les retombées radioactives affectent les personnes à travers l’exposition atmosphérique pendant les émissions de radioactivité ou les tempêtes qui soulèvent de la poussière radioactive, ainsi que via l’exposition directe à un sol et des surfaces contaminés. Tout le monde, y compris ceux qui vivent dans les régions moins contaminées du pays, a également été confronté à la radioactivité contenue dans l’eau de boisson et l’alimentation contaminées. Cette forme d’exposition est extrêmement inquiétante, car les particules radioactives peuvent
être absorbées par les organes et les tissus internes et continuer à émettre des rayonnements ionisants pendant des dizaines d’années.

Selon le Premier ministre japonais de l’époque, ce n’est que grâce à une « divine Providence » que le Grand Tokyo, avec ses plus de 30 millions d’habitants, a évité la contamination et l’évacuation. Les autorités ayant omis de distribuer de comprimés d’iode, la population est restée sans protection face à l’iode radioactif, qui peut provoquer cancers thyroïdiens et hypothyroïdisme.
Cette tragédie se poursuit encore aujourd’hui.
Chaque jour, quelque 300 tonnes d’eau radioactive se déversent de manière incontrôlée dans l’océan. La catastrophe de Fukushima est déjà responsable de la plus grave contamination radioactive des océans dans l’histoire de l’humanité.

Cinq ans après la fusion des cœurs, on ne connaît toujours pas avec certitude ses effets sur la santé de la population japonaise. Premièrement, on ne sait pas exactement combien de radiation a été réellement émise en mars et avril 2011, et combien s’est échappée depuis des ruines des réacteurs et du site de la centrale. Comment l’expliquer?

  • Des études indépendantes indiquent parfois des émissions radioactives
    considérablement plus importantes
  • Tous les isotopes radioactifs n’ont pas été mesurés, en particulier le
    strontium-90
  • Les premiers rejets n’ont pas été inclus dans l’évaluation des impacts
    sanitaires.

En d’autres termes, les informations de base concernant la contamination du sol,de l’océan et de la nourriture sont encore un sujet de controverse entre le lobby nucléaire et les scientifiques indépendants.
Deuxièmement, le gouvernement pro-nucléaire du Japon et le tout-puissant lobby nucléaire font tout ce qu’ils peuvent pour minimiser et dissimuler les conséquences de la catastrophe.
Même l’Université de Médecine de Fukushima, qui coordonne le programme
de dépistage du cancer de la thyroïde, a des liens avec le lobby nucléaire et a reçu de l’argent de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). On a l’impression que l’idée est de refermer au plus vite le dossier de Fukushima et de s’assurer que le public japonais retrouve une attitude positive vis-à-vis de l’énergie nucléaire.

Toutefois, les données montrent un tableau assez différent. Non seulement des fuites radioactives périodiques en provenance des réacteurs dévastés ainsi que des épisodes de recontamination dans toute la région continuent à se produire, mais la perception de l’énergie nucléaire a aussi changé et une majorité de Japonais rejettent désormais le nucléaire. L’étude controversée relative aux cancers de la thyroïde n’a pas envoyé le signal de fin d’alerte tant espéré par le lobby nucléaire. Au contraire, 116 enfants de la préfecture de Fukushima ont déjà été diagnostiqués comme souffrant d’un cancer de la thyroïde agressif et à évolution rapide, ou déjà au stade des métastases. Dans une population de cette taille, on attendrait normalement environ un cas par an. Pour 16 de ces enfants, on peut exclure l’effet du dépistage (screening effect), étant donné que leur cancer s’est déclaré au cours des deux dernières années.

Ce qui est encore plus inquiétant que les résultats de l’étude, c’est qu’à part l’incidence des cancers de la thyroïde chez les enfants de la préfecture de Fukushima, le Japon n’a pas commencé d’autres enquêtes scientifiques à grande échelle sur les maladies liées aux radiations.
L’origine d’un cancer est difficile à étiqueter
et la cause d’un cancer individuel ne peut être reliée par un lien de causalité à un incident spécifique. Les autorités japonaises sont parfaitement conscientes de ce fait et n’ont pas cherché les augmentations de fausses couches, de malformations fœtales, de leucémies, de lymphomes, de tumeurs solides et de maladies non cancéreuses parmi la population qui a été touchée par les retombées radioactives. Or on sait que le taux d’augmentation de toutes ces maladies avait été significatif après l’accident de Tchernobyl.

Quand nous parlons de la population affectée au Japon, nous la divisons en quatre sous-groupes :

  • Plus de 25 000 personnes ayant participé au nettoyage et aux secours ont reçu les doses de radiations les plus fortes doses et risqué leur vie, en empêchant l’escalade de la situation sur le site de la centrale. Si l’on en croit les données fournies par l’opérateur TEPCO, une centaine d’ouvriers contracteront un cancer dû aux doses excessives de radiations, cancer qui sera fatal dans 50 pour cent des cas. Cependant, les véritables niveaux de dose sont très probablement bien plus élevés, car l’opérateur n’hésite pas à manipuler les données afin d’éviter les demandes de compensation ; l’entreprise est ainsi capable d’engager des travailleurs temporaires non enregistrés, de trafiquer les dosimètres et même d’avoir recours à des faux grossiers.
  • La population évacuée, soit 200 000 personnes, qui a été initialement exposée à des doses de radiation considérables, vit maintenant pour la majeure partie en-dehors de la préfecture de Fukushima.
  • Les populations non évacuées des zones irradiées continuent à être exposées chaque jour à des doses accrues de radiation.
  • La population du reste du Japon est exposée à des doses accrues de radiation provenant de retombées radioactives minimales, ainsi que d’aliments et d’eau contaminés.

Ce qui est absolument nécessaire à présent, c’est de réaliser une série d’études épidémiologiques pour examiner les conséquences sanitaires de l’exposition aux doses excessives de radiation, en particulier les maladies qui peuvent être détectées et traitées de manière précoce. Ces études doivent être guidées par les enquêtes déjà publiées, exposées dans le présent rapport, sur les animaux , les oiseaux et les insectes touchés par la catastrophe et qui montrent des effets hématologiques, une élévation des taux de mutation dans la seconde génération et une augmentation des taux de mortalité. Mais comme ce genre d’études – et l’image négative de l’énergie nucléaire qu’elles véhiculeraient – ne sont pas politiquement désirables, nous ne connaîtrons sans doute jamais l’ampleur réelle des effets sur la santé de la catastrophe de Fukushima et nous devons nous limiter à faire des estimations fondées sur les émissions radioactives connues ou présumées et sur les voies d’exposition.

Si l’on se base sur les chiffres du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), qui est un organisme pro-nucléaire, qui estimait la dose collective à vie à environ 48 000 personne-Sieverts et si l’on utilise les facteurs de risque reconnus au niveau international dans le rapport BEIR-VII, on peut attendre un excès d’incidence de cancers d’un peu moins de 10 000 au Japon dans les décennies à venir (intervalle de confiance allant de 4 300 à 16 800 cas). Si l’on prend en compte des données et des facteurs de risque plus modernes, les estimations de l’augmentation des taux de cancer sont nettement plus élevées, à savoir quelque 66 000 cas de cancer supplémentaires, dont environ la moitié seraient mortels.

Est-ce beaucoup ?
Certainement pas en regard d’une population de presque 127 millions de personnes et un risque “normal” de cancer de 50 % au cours de la vie. Mais est-ce négligeable ? Vu que dix mille personnes vont développer un cancer uniquement suite à une « catastrophe causée par l’homme » à Fukushima (c’est ainsi que l‘a qualifiée la Commission d’enquête indépendante de la Diète nationale), certes non. Le destin de ces personnes et de leur famille n’est ni « négligeable » ni « non significatif », comme voudraient nous le faire croire le lobby de l’industrie nucléaire, l’AIEA et l’UNSCEAR.

Le discours public sur la catastrophe de Fukushima ne doit pas se laisser guider par le profit économique et l’influence politique, mais doit se concentrer sur la santé et destin des populations affectées, ceux qui ont tout perdu, qui craignent pour leur santé et celle de leurs enfants, et qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre sans la peur incessante des radiations.

Les risques sanitaires pour la population japonaise doivent être étudiés par des scientifiques indépendants et de manière à exclure toute influence indue de la part de l’industrie nucléaire et de ses soutiens politiques. Des études extensives sont nécessaires pour comprendre les conséquences sanitaires sur la population affectée, pour identifier les maladies à un stade précoce et améliorer la protection des générations futures en approfondissant nos connaissances sur les effets des rayonnements ionisants. Le débat sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima va bien au-delà du principe de l’indépendance de la recherche et de la résistance à l’influence des tout-puissants groupes de pression. Il s’agit ici du droit universel de chaque être humain à la santé et à vivre dans un environnement sain.

Dr. Alex Rosen, médecin, vice-président, IPPNW Allemagne
Catherine Thomasson, médecin, directrice exécutive, PSR (États-Unis)


Extraits de quelques chapitres du rapport

Perspectives

Les résultats ci-dessus montrent clairement que la catastrophe nucléaire de Fukushima n’est toujours pas sous contrôle et que le processus enclenché pour faire face aux conséquences sur les humains et l’environnement ne fait que débuter.
Dans le même temps, les informations élémentaires concernant le terme source [expression technique utilisée pour décrire le rejet accidentel de matières radioactives à partie d’une installation nucléaire dans l’environnement] et la contamination du sol, de l’océan et de
l’alimentation est encore sujette à des controverses entre d’une part, le lobby nucléaire et ses institutions, et d’autre part, les chercheurs et physiciens indépendants, même cinq ans après le début de la catastrophe.
Les effets sanitaires sur les ouvriers exposés de par leur travail et le public en général sont systématiquement minimisés par l’industrie nucléaire et leurs groupes de pression comme l’AIEA ou l’UNSCEAR.
À coup de
déclarations éloquentes et de rapports palliatifs, particulièrement de la part des autorités japonaises, des efforts persistants sont faits pour mettre fin à toute discussion sur la catastrophe de Fukushima.

Il faut le clamer avec insistance : le débat est loin d’être terminé.
Selon TEPCO, chaque jour quelque 300 tonnes d’eau radioactive se déversent dans la mer.1 Les travaux de décontamination sont en panne et sont sans cesse contrariés par la recontamination. La décontamination des montagnes, des forêts et des champs s’est avérée impossible, même pour un pays comme le Japon. Les autorités comptent avec optimiste sur “l’effet protecteur” du lavage des radionucléides dans le sol et l’infiltration des particules radioactives dans les couches plus profondes du sol, mais oublient de tenir compte de l’augmentation de l’exposition du public au césium-137 radioactif présent dans les nappes phréatiques et la chaîne alimentaire. 2 Il faudra des dizaines d’années et des milliards de dollars des contribuables pour retirer les matériaux radioactifs restant dans les réacteurs dévastés.3 La demi-vie du césium-137 est d’environ 30 ans. Cela signifie que des quantités non négligeables de radiation resteront présentes dans les champs, les pâturages et les forêts pendant les 300 prochaines années et plus. Le fait que les forêts du sud de l’Allemagne soient encore activement contaminées 30 ans après Tchernobyl en est un parfait exemple.

Il ne serait pas très scientifique de formuler des conclusions définitives sur les effets à long terme d’une catastrophe nucléaire cinq ans seulement après l’accident, surtout que les problèmes principaux sont les cancers et les maladies cardiovasculaires qui prennent des années, voire des décennies à se manifester. C’est précisément pourtant ce que les autorités japonaises, l’AIEA et l’UNSCEAR essaient de faire quand elles déclarent qu’il n’y aura pas dans la population affectée d’effets « pertinents » ou « discernables » dus aux radiations.
Ce dont ont besoin les gens qui vivent dans les régions concernées, c’est d’une information crédible, de conseils et de soutien, et non pas de mensonges, d’études manipulées ou de faux espoirs.
La motivation d’organismes comme l’AIEA n’est pas de protéger la santé des populations : leur intérêt consiste en grande partie à protéger les profits et l’influence politique de l’industrie nucléaire au Japon et dans le reste du monde.
Alors que le secteur de l’énergie nucléaire japonais a généré depuis des dizaines d’années d’immenses profits avec ses réacteurs vieillissants, le coût de la contamination extensive et des efforts de nettoyage à Fukushima sera du ressort de plusieurs générations de contribuables japonais, dont la majorité doute aujourd’hui sérieusement du bien-fondé du nucléaire. Au Japon, un gigantesque système de mensonge organisé a été installé pour protéger l’industrie nucléaire. Les rapports indésirables peuvent être accusés de “trahison de secrets d’État” et sont punis par la loi. 4

Le débat public sur Fukushima ne doit pas concerner les profits, le pouvoir et l’influence politique de l’industrie nucléaire, mais la situation et la santé des populations affectées, ceux qui ont tout perdu, qui craignent pour leur santé et celle de leurs enfants, qui ne demandent rien de plus que de pouvoir vivre sans la peur incessante des radiations.
Les risques sanitaires pour la population japonaise doivent être étudiés par des scientifiques indépendants pour exclure tout soupçon d’influence indue de la part de l’industrie nucléaire et de ses soutiens politiques. Des études extensives sont nécessaires pour comprendre les conséquences sanitaires sur la population affectée, pour identifier les maladies à un stade précoce et améliorer la protection des générations futures en approfondissant nos connaissances sur les effets des rayonnements ionisants. Le débat sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima va bien au-delà du principe de l’indépendance de la recherche et de la résistance à l’influence des tout-puissants groupes de pression. Il s’agit ici du droit universel de chaque être humain à la santé et à vivre dans un environnement sain.

3.Conséquences de la catastrophe nucléaire sur la santé humaine

pp.22-25

La nature cancérigène des radiations ionisantes est connue depuis longtemps. class= »fvert »>1 Les personnes qui sont soumises aux radiations sur leur lieu de travail sont plus souvent malades que les personnes non exposées.
Une méta-analyse de 2007 des données émanant de 15 pays a montré une corrélation significative entre la dose de radiation et l’incidence de cancer sans dose seuil chez les personnes exposées.2
Le Comité consultatif de l’Académie des Sciences américaine sur les effets biologiques des radiations ionisantes déclare dans son rapport BEIR VII qu’il n’existe pas de dose seuil minimale et que même de faibles doses de radiation sont capables de provoquer des dégâts dans les tissus et des mutations génétiques. L’exposition d’une population importante à de faibles doses de radiation peut donc avoir un effet similaire à celle qu’aurait une forte dose de radiation sur une population réduite. Le modèle dose-risque du rapport BEIR VII montre que l’exposition d’une population de 100 000 personnes à une moyenne de 1 mSv aurait pour résultat une moyenne de 20 cas de cancers (avec un intervalle de confiance ou IC de 9 à 35). On pourrait attendre le même nombre de cancers si 1 000 personnes étaient exposées à 100 mSv de radiation.
Dans les deux cas, on part du principe que le facteur de risque relatif à l’incidence de cancer (intervalle de confiance 0,09-0,35) est de 0,2 par personne-sievert. L’OMS utilise aussi un facteur de risque de cancer de 0,2/PSv dans son rapport de 2013 sur Fukushima.4 Le facteur de risque pour la mortalité due au cancer est à peu près deux fois moins élevé (0,1/PSv, IC 0,05-0,19).

Si on applique ce modèle à la situation du Japon après la catastrophe nucléaire de Fukushima, voici l’image qui en résulte :
Les ouvriers responsables du nettoyage de la centrale ont probablement été les plus exposés. Ils constituent cependant un groupe
relativement réduit.
Les retombées radioactives et la contamination incessante de l’océan, de l’eau de boisson et des aliments font qu’une bien plus grande proportion de la population japonaise est actuellement exposée à de faibles doses de radiations, en particulier dans les zones les plus contaminées. Mais les gens vivant dans le Grand Tokyo sont eux aussi affectés, ainsi que les consommateurs de produits irradiés dans tout le pays. La contamination radioactive continuera à avoir des conséquences pour la population pendant longtemps. Le strontium-90 ayant une demi-vie de 28 ans et le césium-137 une demi-vie de 30 ans, il faudra 300 ans avant que le processus de désintégration ne rende les niveaux d’irradiation acceptables.

Dans les décennies à venir, l’exposition chronique d’importantes parties de la population à de faibles doses de radiations va représenter le défi le plus sévère pour la politique de santé publique. L’origine des cancers étant difficile à identifier, le lien de causalité entre les cas de cancers spécifiques et tel ou tel évènement ne peut jamais être établi. En outre, le Japon a déjà une incidence “naturelle” de cancer relativement élevée : environ la moitié des Japonais développeront un cancer au cours de leur vie. Néanmoins, des études épidémiologiques appropriées pourraient différencier les cas de cancers radio-induits du “bruit de fond” de l’incidence naturelle de cancer. On l’a vu très clairement dans l’étude des leucémies et des cancers chez les enfants vivant près de réacteurs nucléaires en Allemagne, qui a révélé une augmentation significative du nombre de cancers
infantiles aux alentours des centrales nucléaires. 5
Mais ce genre d’études ne sert évidemment pas les intérêts des autorités et du puissant lobby nucléaire japonais. Leurs organismes soutiennent par conséquent qu’ « on n’attend pas
d’augmentation perceptible du taux d’incidence des cancers dans cette population qui pourrait être attribuée à une exposition aux radiations liée à l’accident. »6
Dans les deux chapitres qui suivent, nous examinerons cette affirmation [de manière critique] sur la base des deux populations les plus affectées, à savoir les travailleurs affectés au nettoyage et l’ensemble de la population. Pour finir nous reprendrons [encore une fois séparément] les résultats de l’étude en cours sur les cancers de la thyroïde menée par l’Université de Médecine de Fukushima, car elle est jusqu’à présent la seule
étude à présenter la possibilité d’un lien entre l’augmentation de l’incidence des cancers et la catastrophe nucléaire de Fukushima.

3.1 Effets sur la santé des personnes exposées professionnellement

3.2 Effets sur la santé du public en général

Contrairement aux ouvriers qui ont été et continuent à être exposés à des taux de radiation élevés, la plus grande partie de la population japonaise a été exposée à des doses relativement faibles, à travers les aliments, l’eau et l’air contaminés. Cependant, de par sa taille, c’est dans ce groupe qu’on peut attendre de loin le plus grand nombre d’effets concrets sur la santé. L’exemple suivant peut servir d’illustration : si on prend les chiffres de l’UNSCEAR, les 127 millions de Japonais seront exposés à une dose vie d’environ 48 000 personne-sieverts (PSv), dont la majorité affectera la population des préfectures les plus contaminées. En appliquant le facteur de risque de 0,2/PSv (IC : 0,09-0,35) proposé dans le rapport BEIR VII, que même l’OMS utilise à présent, on estime le total des cas de cancers radio-induits au Japon à 9 600 (IC : 4 300 – 16 800), dont environ la moitié seront mortels.

Ce chiffre est encore plus élevé si l’on utilise les calculs de doses du rapport de l’OMS sur Fukushima. L’OMS part du principe que la dose individuelle durant la première année était entre 3 et 25 mSv pour la population des zones les plus contaminées (un peu
moins d’un million de personnes) et de 0,316 mSv (IC : 0,1-1 mSv) pour le reste de la population (soit quelque 126 millions).17

Selon le facteur utilisé pour calculer la dose vie (le double ou le triple de la dose de la première année), on arrive à une dose vie collective de 110 000 à 165 000 PSv. Si on prend le facteur de risque d’incidence de cancer de 0,2/ PSv (IC : 0,09 – 0,35), on peut s’attendre à un chiffre de cancers supplémentaires de 9 900 à 57 000 pour l’ensemble du Japon.
D’autres modèles de calcul qui appliquent le facteur de risque plus élevé de 0,4/PSv pour le taux d’incidence des cancers arrivent à un chiffre situé entre 22 000 et 66 000 cas de cancers.18
Des études épidémiologiques récentes suggèrent que ce facteur de risque reflète le risque réel de cancer de manière plus fiable que le facteur moins élevé appliqué dans le rapport BEIR VII.19

Quelles que soient les estimations de doses, les calculs de dose à vie ou les facteurs de risque qu’on ait tendance à préférer, il ne fait aucun doute que les rejets radioactifs de Fukushima provoqueront au Japon un nombre significatif de cancers – leucémies, lymphomes et tumeurs solides – même si individuellement le lien avec la catastrophe nucléaire de Fukushima n’est pas démontrable. Il n’est envisagé aucun programme de dépistage de masse ou de prévention spécifique pour l’ensemble de la population, à la seule exception des tests thyroïdiens prévus pour les enfants de la préfecture de Fukushima.

On sait en outre que les radiations ionisantes causent non seulement des cancers, mais aussi des maladies cardiovasculaires, ainsi qu’un certain nombre d’autres maladies, et qu’une partie de celles-ci présentent les mêmes facteurs de risque que le cancer.20-21
De plus, les dommages génétiques et les effets ransgénérationnels des radiations ionisantes sont aujourd’hui bien connus. On peut en trouver de nombreux exemples dans la récente étude de synthèse de Scherb et al.22
Tout particulièrement, une évolution du rapport des sexes (sex-ratio) chez les nouveau-nés a été observée chez les populations ayant été exposées aux radiations. Avec moins de filles à la naissance, le rapport des sexes évolue en faveur des mâles. Il reste à voir si cet effet se fera également sentir à Fukushima au cours des prochaines années, mais la question vaut certainement la peine d’être examinée. Dans une analyse statistique des registres des naissances au Japon, Körblein a trouvé une augmentation significative de 20 % de mortalité périnatale dans les régions contaminées en 2012 et 2013, ce qui correspond à quelque 140 cas de cas excédentaires de mort périnatale. 23

Il faut noter que les calculs des taux de maladies et d’effets sanitaires sont fondés sur un grand nombre d’hypothèses, telles que le terme source, l’ingestion de particules radioactives dans l’alimentation et certains comportements ayant un impact sur le risque.24
Dans ce chapitre, les calculs sont basés sur les évaluations de doses faites par l’OMS et les estimations de doses vie collectives de l’UNSCEAR. On a déjà montré que cette information est tellement empreinte d’incertitudes et systématiquement sujette à une telle sous-estimation que les doses collectives, et par conséquent le nombre de cas de cancers et de morts, est en toute probabilité plusieurs fois supérieur. En voici quelques raisons :

  • Le montant total de particules radioactives rejetées est probablement
    beaucoup plus élevé que les chiffres utilisés pour les rapports
    de l’OMS et de l’UNSCEAR (voir chapitre sur les rejets
    atmosphériques).
  • L’exposition de la population dans la zone des 20 km avant et durant
    l’évacuation n’a pas été incluse dans ces estimations. 25
  • La quantité et la sélection des échantillons alimentaires pour
    calculer les doses d’irradiation interne étaient inadéquates ou
    biaisées (voir chapitre sur la contamination radioactive des
    aliments).
  • L’indépendance des auteurs des deux rapports doit être mise en question. Des
    représentants de l’AIEA ont écrit des passages essentiels du
    rapport de l’OMS, alors que le principal objectif de l’agence
    est de promouvoir l’énergie nucléaire dans le monde entier. 26

L’exactitude des calculs des risques sanitaires ne vaut que les hypothèses sur lesquelles sont fondés ces calculs. Une évaluation basée sur des données d’une objectivité discutable, un échantillonnage sélectif, la distorsion des données et la soustraction de faits pertinents ne saurait servir de fondement à une politique de santé
publique.

4.3 Les dépistages concernant la thyroïde(résumé)

p.28

Le nombre d’enfants qui n’ont pas été examinés suggère que l’augmentation de l’incidence des cancers thyroïdiens pourrait être encore plus forte. Plus de 67 000 enfants de la
préfecture de Fukushima ayant été exposés aux radiations n’ont pas été inclus dans l’étude et plus de 160 000 sont encore sur la liste d’attente pour un dépistage complet [attendent leur second dépistage]. Un autre motif d’inquiétude est que les enfants qui vivent hors de la préfecture de Fukushima ne sont pas systématiquement examinés ou soumis à un dépistage, alors qu’on sait que les retombées radioactives contenant du césium-131 ont atteint la banlieue nord de Tokyo et que des centaines de milliers d’enfants supplémentaires ont été exposés à une élévation de la radioactivité dans les premiers jours et les premières semaines de la catastrophe nucléaire mais n’ont pas fait l’objet d’un dépistage. Sans des dépistages de masse, il ne sera pas possible d’établir un lien de causalité entre l’excès
des cas de cancer et l’exposition aux radiations, et certains cas de cancer risquent d’être dépistés trop tard.

Dans ce contexte, il est important de rappeler que les autorités ont délibérément omis de distribuer des comprimés d’iode pour protéger la population contre les effets néfastes de l’iode-131. Le rapport du Comité d’enquête indépendant du parlement japonais indique que « quoique les effets positifs de l’administration d’iode stable et les délais appropriés aient été parfaitement connus, les autorités de réponse à l’urgence nucléaire du gouvernement et le gouvernement de la préfecture n’ont pas réussi à donner au public des instructions correctes.[check report]. »12
Il est difficile également de comprendre pourquoi, le 19 avril 2011, le gouvernement japonais a augmenté le niveau d’exposition permissible pour les enfants à 3,8 μSv/heure (l’équivalent de 20 mSv par an pour une exposition de 14 heures par jour).13
Suite aux protestations des organisations de parents, de scientifiques et de médecins, le gouvernement a annulé la nouvelle norme le 27 mai 2011 et repris l’ancienne qui était de 0,2 μSv par heure (soit 1 mSv par an).14 Durant les premières semaines et les premiers mois de la catastrophe, ce changement de norme aura certainement
contribué à exposer les enfants des zones affectées à de plus fortes doses de radiation.

En résumé, on peut dire que les dépistages de masse peuvent aider à étayer l’incidence des carcinomes thyroïdiens et à détecter et donc soigner plus tôt les évolutions angereuses.

Au vu de l’expérience de Tchernobyl, il est incompréhensible qu’à part les dépistages pour la thyroïde, il n’y ait eu aucune autre forme de dépistage de masse des enfants dans les préfectures contaminées.
Une évaluation et un dépistage pour rechercher d’autres formes de maladies radio-induites, telles les tumeurs solides, les leucémies, les lymphomes ainsi que des effets sanitaires non cancéreux comme les cataractes, les maladies endocriniennes et cardiovasculaires, et les conséquences génétiques de l’exposition aux radiations, auraient dû être effectués. Il est encore possible de le faire. Une recherche extensive doit absolument être menée par des scientifiques indépendants pour quantifier l’ampleur réelle de la charge de morbidité au sein de la population affectée.

Recommandations

pp.33-34

Pour le Japon :

  • Les populations affectées par la catastrophe nucléaire et leur droit
    à vivre dans un environnement sain doivent être au centre de
    toutes les discussions et des décisions sur les mesures à prendre.
    Dans ce but, il convient de garantir que les groupes affectés
    soient impliqués comme il se doit dans les processus décisionnels.
  • Tous ceux qui ont été impliqués dans le nettoyage de la catastrophe
    nucléaire, qu’ils aient été ou qu’ils doivent à l’avenir
    être exposés à la radioactivité, doivent être équipés de
    dosimètres fiables et être régulièrement examinés par des
    médecins indépendants. Ceci s’applique également aux employés
    des sous-traitants, aux travailleurs temporaires et aux volontaires.
    Les opérateurs nucléaires comme TEPCO ne doivent plus influencer
    les études et les données.
  • Le gouvernement japonais doit établir et tenir des registres
    semblables à ceux qui ont été mis en place par l’Union
    soviétique après Tchernobyl, pour couvrir tous les groupes ayant
    été exposés aux radiations suite à la catastrophe nucléaire de
    Fukushima. Ceci concerne :
    • Tous les évacués des zones contaminées et ceux qui vivent encore en zone
      contaminée ;
    • Les travailleurs de la centrale et ceux qui s’occupent du nettoyage et
      de la décontamination.
  • Les résidents des zones contaminées doivent être autorisés à
    décider s’ils veulent continuer à y vivre ou s’ils préfèrent
    déménager dans une région non contaminée. Un soutien financier
    et logistique doit leur être fourni.
  • Il faut mettre fin à la réinstallation forcée des évacués dans les
    zones contaminées. En particulier ils ne doivent pas être menacés
    de se voir retirer l’assistance financière s’ils ne veulent pas
    retourner [avec leur famille] dans les zones contaminées.
  • Des recherches épidémiologiques doivent être menées sur les effets
    de la catastrophe nucléaire et les populations affectées doivent
    avoir droit, régulièrement et gratuitement, à des bilans de santé
    et aux traitements. Les risques sanitaires pour la population
    japonaise doivent être évalués par des scientifiques indépendants
    qui n’ont pas de conflit d’intérêt avec l’industrie
    nucléaire ou ses soutiens politiques.
  • Étant donné qu’une grande partie des retombées a touché l’Océan
    Pacifique, une recherche systématique doit être effectuée sur la
    vie marine ; le Japon et des instituts de recherche
    océanographique internationaux doivent travailler en coopération.
  • Les reportages et recherches sur les conséquences de la catastrophe nucléaire ne
    doivent pas se heurter à la répression de l’État, comme la loi
    controversée sur la “trahison des secrets d’État”.
  • Après la fusion des cœurs à Fukushima, le Japon a arrêté toutes ses
    centrales nucléaires et durant plusieurs années, le pays s’est
    débrouillé sans énergie nucléaire. Le lobby nucléaire essaie
    actuellement de redémarrer les réacteurs, contre la volonté de la
    majorité de la population japonaise. Le Japon doit arrêter
    définitivement ses quelque 50 réacteurs et investir à la
    place dans la production d’énergie renouvelable et durable. Le
    pays a un potentiel énorme en termes d’énergie solaire,
    éolienne, hydraulique et géothermique et particulièrement dans le
    domaine de l’efficacité et des économies énergétiques.
  • En attendant, une enquête [par des instances parlementaires
    indépendantes] s’impose sur l’énorme influence exercée par le
    lobby nucléaire sur la politique japonaise et la corruption et la
    collusion endémiques entre hommes politiques, opérateurs de
    centrales et régulateurs, afin d’y mettre un terme et de prévenir
    l’occurrence de nouveaux désastres comme Fukushima.

Pour l’Europe et le reste du monde :

  • En Europe et aux États-Unis un peu moins de 300 réacteurs sont toujours en
    fonctionnement ; la moyenne d’âge est entre 30 et 40 ans.
  • L’IPPNW et PSR exhortent tous les États possédant des centrales nucléaires à
    commencer à fermer et à démanteler leurs réacteurs et à
    s’engager dans la production d’énergie renouvelable durable et
    dans l’efficacité énergétique. Il existe au niveau
    international un large consensus sur le fait que les combustibles
    fossiles ne peuvent ni ne doivent jouer le moindre rôle dans la
    production énergétique future. Mais le nucléaire ne représente
    pas non plus une alternative acceptable.
  • Pour l’IPPNW et PSR, la transition énergétique mondiale tendant vers 100 %
    d’énergie renouvelable associée à l’efficacité et aux
    économies énergétiques, ainsi qu’à la décentralisation de la
    production de l’énergie, est la seule conséquence politique
    raisonnable à tirer des catastrophes nucléaires de Tchernobyl et
    de Fukushima.

Mars 2016

Télécharger le rapport: http://www.psr.org/FukushimaReport2016

Les références surlignées en vert se rapportent au texte anglais

Deutsche Sektion der Internationalen Ärzte
für die Verhütung des Atomrieges / Ärzte in sozialer Verantwortung e. V. (IPPNW)
Körtestr. 10 · 10967 Berlin · Deutschland
Tel. ++49/ (0)30/ 69 80 74-0
Fax ++49/ (0)30/ 693 81 66
E-Mail: kontakt@ippnw.de
Internet: www.ippnw.de

PHYSICIANS FOR SOCIAL RESPONSIBILITY
1111 14th St NW
Washington, DC 20005 USA
Phone 202-667-4260
Fax: 202-667-4201
E-Mail: psrnatl@psr.org
Internet: www.psr.org

Mar 13

Tchernobyl 30 ans,Fukushima 5 ans; où en est le nucléaire dans le monde ?

Les renseignements ci dessous sont tirés principalement du « Courrier international » n° 1323 du 10 au 16 mars 2016 que je vous conseille vivement de consulter.

Le nucléaire dans le monde:

Fin 2014, selon l’agence internationale pour les énergies renouvelables l’hydraulique, le solaire, l’éolien, la géothermie la biomasse et l’énergie des océans totalisent 1 829 gigawatts de capacités de production installées dans le monde contre 383 gigawatts pour le nucléaire.
A elle seule la Chine dispose d’un tiers de la puissance éolienne mondiale.

En FRANCE

Les centrales nucléaires regroupent un total de 58 réacteurs. Un 59ème réacteur est actuellement en construction à Flamanville, dans la Manche. De type EPR (Evolutionary Pressurised water Reactor), il développera une puissance électrique de l’ordre de 1600 MWe. Actuellement, ces installations produisent près de 80% de l’électricité produite en France.

La situation n’est pas brillante:
– Areva est en faillite et a été repris par EDF.
– Le chantier de l’EPR Finlandais est une catastrophe (9 ans de retard déjà et un sur-coût phénoménal).
– Le chantier de l’EPR français débute très mal avec entr’autres un gros défaut constaté sur le cuve.
– La ville et le canton de Genève déposent plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui et pollution des eaux » du fait de la centrale du Bugey, à 40 km de la frontière.
– Le gouvernement allemand demande la fermeture de la centrale de Fessenheim
– L’autorité de sûreté nucléaire française rend publique sa préoccupation quand aux problèmes de sécurité et sur l’insuffisance de ses moyens.
– Le directeur financier d’EDF vient de démissionner avec fracas.
– Le projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure est fortement controversé.

L’intervention officielle du directeur de l’ASN: «Le contexte en matière de sûreté nucléaire et de radio protection est préoccupant»
L’entretien avec le directeur de l’ASN dans Libé:
Il faut imaginer qu’un accident de type Fukushima puisse survenir en Europe.

BELGIQUE:

Six réacteurs nucléaires électrogènes sont en service en Belgique, répartis dans 2 centrales.
Certains ont des cuves fissurées.

L’ALLEMAGNE

Elle sort du nucléaire mais s’aperçoit que le démantèlement et la gestion des déchets va coûter très cher.
La tentative de stockage des déchets nucléaires dans une ancienne mine de sel à ASSE est un échec cuisant.

AFRIQUE DU SUD:

c’est le seul pays africain à produire de l’électricité nucléaire: 2 réacteurs opérationnels.

RUSSIE:

La Russie possède 33 réacteurs de production. Onze autres réacteurs sont en cours de construction

De gros projets de construction de centrales nucléaires à l’étranger:une cinquantaine de projets de construction de centrales dans neuf pays.

«Des revenus sécurisés pour dix ans » : ces contrats concernent 23 réacteurs en projet : 4 en Turquie, 3 en Inde, 2 en Chine, 2 au Vietnam, 2 au Bangladesh, 2 en Iran, 2 en Ukraine, 2 en Hongrie, 2 en Biélorussie, 2 en Hongrie (centrale de Paks), 1 en Finlande (le Parlement finlandais vient de voter en faveur de la construction par Rosatom d’une centrale à Pihäjoki) et 1 en Arménie .

INDE

EDF a signé un protocole d’accord sur la construction de 6 réacteurs nucléaires à Jaitapur. Le projet suscite l’opposition de la population locale.
Les 20 centrales nucléaires indiennes produisent moins de 2% de la production nationale d’électricité.
Un des réacteurs vient d’être arrêté pour fuite d’eau.

AUSTRALIE:

Elle envisage de construire un site d’enfouissement de déchets nucléaires en provenance du monde entier. C’est le 3° producteur mondial d’Uranium. Elle n’envisage pas de construire de centrales chez elle.

CHINE:

En avril 2014, 21 réacteurs nucléaires opérationnels répartis sur 7 sites nucléaires de production d’électricité
28 réacteurs nucléaires sont en construction dont 27 de type à eau pressurisée et un prototype chinois de type « PMBR » (haute température refroidi au gaz).
Elle veut passer du statut de client à celui de constructeur. Elle a conçu un réacteur de 3° génération: « Hualong one » ou « HPR1000 ». Le premier exemplaire ne devrait pas fonctionner en Chine avant plusieurs années.
la Chine envisage de cofinancer avec EDF le projet d’EPR à Hinkley Point (Angleterre). (C’est ce projet qui semble avoir déclenché la démission du directeur financier d’EDF).

Corée du sud

En 2013: 23 réacteurs nucléaires électrogènes sont en service répartis dans 4 centrales.

Au USA:

La plupart des 100 centrales nucléaires américaines avaient obtenu une licence pour 35 à 40 ans. La commission de réglementation nucléaire accorde régulièrement des prolongations par tranches de 20 ans; elles pourraient ainsi fonctionner pendant 60, voire 80 ans. 5 réacteurs sont en construction.
Leur site expérimental de stockage (WIPP)en profondeur de déchets nucléaires a subi une explosion et une grave pollution. Son avenir est incertain.

JAPON

Les réacteurs détruits à Dai ichi ne sont absolument pas maîtrisés. Malgré le risque sismique, le gouvernement remet progressivement quelques centrales en fonctionnement.
L’un des buts du gouvernement Abe est d’exporter des centrales.
Un tribunal japonais vient d’ordonner l’arrêt de deux réacteurs nucléaires à peine relancés pour des raisons de sûreté. Ce sont les unités 3 et 4 de la centrale de Takahama (ouest) qui avaient pourtant obtenu les feux verts techniques et politiques pour redémarrer.


Cet inventaire n’est pas complet. Il y a d’autres pays utilisant des réacteurs nucléaires. Il ne concerne pas les installations militaires ni les installations de stockage, tout aussi sinon plus dangereuses.


Quelques références

– l’article du Courrier international n° 1323 du 10 au 16 mars 2016
– l’entretien de Libération avec le directeur de l’ Autorité de sûreté Nucléaire française: « Il faut imaginer qu’un accident de type Fukushima puisse survenir en Europe
L’intervention officielle du directeur de l’ASN: «Le contexte en matière de sûreté nucléaire et de radio protection est préoccupant»

La carte des centrales âgées en France.
La carte des centrales âgées en France

Le 13 mars 2013