Juil 06

Le «Risque négligeable»: applications pratiques:

IL DÉCÈDE SANS AVOIR PU ÊTRE INDEMNISÉ « GRÂCE » À LA NOTION SCANDALEUSE DE « RISQUE NÉGLIGEABLE »

Un article de la «voix du Nord» (que nous signale le site: http://savoie-antinucleaire.fr/)

Mort sans indemnité

Le tribunal administratif de Lille examine ce mardi trois dossiers de victimes d’essais nucléaires qui contestent le rejet de leur demande d’indemnisation. Parmi eux Guy Berlivet, de Lumbres, se bat depuis six ans pour être reconnu. Du 1er mars 1966 au 22 mars 1968, Guy Berlivet servait sur l’Anjou, le Guyenne. Il était cuistot sur ces navires ravitailleurs de la Marine, dans le Pacifique, entre Mururoa et Hoa. Précisément à l’endroit et à l’époque où la France procédait à ses premiers essais nucléaires, il y a 50 ans tout juste, de l’autre côté du monde. « On avait 20 ans, on était heureux, un peu inconscient. Tout ce qu’on voyait, c’était qu’on était au milieu du Pacifique, dans un cadre magnifique. » Même les champignons nucléaires – « l’éclair blanc » – ont quelque chose de magique à l’époque. « On n’avait aucun équipement particulier, il n’y avait pas de précautions, j’étais torse nu dans ma cuisine où l’eau de mer rentrait facilement. »

Des années plus tard, le nucléaire n’a plus rien de magique aux yeux de Guy Berlivet. Depuis la fin des années 1990, il souffre d’un cancer de l’œsophage, lui qui revendique n’avoir jamais fumé. À ce titre, et parce que la loi met alors en place en 2010 une commission d’indemnisation pour les victimes d’essais nucléaires, il fait une demande d’indemnisation.

Requête rejetée en 2011, alors que le cancer de Guy figure bien sur la liste des 21 cancers radio-induits et qu’il était bien sur place à la période couverte par la loi. « L’article 4 de la loi Morin pour l’indemnisation introduit la notion de risque négligeable. Les juristes de l’État se sont engouffrés dans la brèche », explique Me Glinkowski, l’avocat de Guy Berlivet.

Le ministère de la Défense considère en effet qu’en tant que cuisinier, son client n’aurait pas été exposé directement. En 2012, il conteste cette décision devant le tribunal administratif de Lille. Le début d’un processus long de quatre ans pour arriver jusqu’à l’audience de ce mardi. Le tribunal peut confirmer la décision de la commission d’indemnisation ou lui demander de revoir sa copie, voire indemniser directement Guy Berlivet. « Je n’ai plus de vie depuis 15ans. Je dors assis, je suis sous médicaments… », soupire l’Audomarois, fatigué d’attendre.

Indemnisation : parcours du combattant

La loi Morin pour l’indemnisation des victimes des essais nucléaires de janvier 2010 aurait dû être une avancée. « Elle est en fait un fiasco », martèle Pierre Marhic, président de l’ANVVEN, une des associations de défense des victimes. « 1 059 dossiers ont été déposés devant la commission d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN). Nous en sommes à 20 indemnisations. C’est un parcours du combattant, avec des frais de justice à la charge des victimes. »

Le parcours du combattant tourne même au chemin de croix, parfois. Le 6 octobre dernier était examiné au tribunal administratif de Lille le cas de Bernard Bertin, originaire de l’Audomarois. Il est décédé trois jours après l’audience, des suites d’une leucémie. Le 20 octobre, le tribunal ordonnait à l’État de revoir son évaluation du dossier. Décision dont le ministère a fait appel. (NDLR: appel inhumain!!!)

« Souvent, les victimes répondent aux trois critères définis par la loi : avoir été dans la zone géographique des essais, à la période où ils avaient lieu et souffrir d’un des 21 cancers radio-induits », poursuit Pierre Marhic. « Le problème, c’est l’article 4 de cette loi, qui introduit la notion de risque négligeable. La CIVEN introduit un calcul de probabilité qui rend la causalité nucléaire du cancer faible et qui finit par évincer tout le monde, à mon avis pour des raisons budgétaires. 150 000 personnes, militaires et populations locales, sont potentiellement concernées. »

Cet automne, Manuel Valls reconnaissait que le nombre de victimes indemnisées était faible. Un comité de suivi autour de Marisol Touraine a été mis en place. « Il y a une volonté de dialogue, d’assouplir les conditions. Au-delà, c’est une reconnaissance de la Nation qu’on veut, pas être rejetés comme des fauteurs de trouble. »

L’article original sur «La Voix du Nord»,
Publié le 04/07/2016 PAR SÉBASTIEN LEROY
http://www.lavoixdunord.fr/region/depuis-six-ans-il-tente-d-etre-reconnu-victime-des-ia37b48522n3613694


EN POLYNÉSIE:
BARILLOT VEUT UNE LOI MORIN CALQUÉE SUR LE SYSTÈME AMÉRICAIN

À quelques jours de la présentation de la proposition de décret venant modifier la loi Morin, Brunot Barillot a exprimé sa volonté de voir les conditions d’éligibilité à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français s’inspirer du modèle en vigueur aux États-Unis.

Trois jours après la commémoration des 50 ans du premier des 193 essais nucléaires français opérés sur le fenua, un projet de décret sera présenté à Paris, mercredi, par la ministre des Affaires sociales, lors d’une réunion de la commission consultative de suivi des essais nucléaires. Réunion à laquelle participeront le Président Edouard Fritch mais aussi les présidents d’associations Roland Oldham et père Auguste.

Bruno Barillot, le « monsieur nucléaire » du fenua, a confié à Tahiti Nui Télévision son souhait de voir les conditions d’éligibilité à l’indemnisation des essais nucléaires français calqués américains. « La loi américaine fonctionne sur ce principe de présomption, c’est à dire qu’il faut être atteint d’une des maladies de la liste et avoir été sur les sites ou à proximité des sites, c’est à dire ici, sur l’ensemble de la Polynésie. Dans la mesure où on remplit ces deux conditions, on est éligible pour une indemnisation et il y a une commission qui se réunit pour fixer le montant de l’indemnisation. »

En effet, aux États-Unis, 51% des demandes d’indemnisations des vétérans des essais réalisés dans le Nevada et 80% des demandes formulées par la population riveraine ont abouti, contre à peine 2% en Polynésie.

Concernant le devoir de mémoire, Bruno Barillot, que la rumeur voudrait voir réintégré au poste de délégué polynésien pour le suivi des conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, « pense qu’il faudrait qu’il y ait un lieu où toutes les générations polynésiennes puissent s’informer sur ce qui s’est passé pendant la période du CEP [Centre d’expérimentations du Pacifique]. Le déroulement des essais mais aussi ce que vivait la population polynésienne à cette époque. » Il attend de pied ferme la création d’un musée, « Un lieu qui soit digne et qui soit aussi pris en charge par l’État puisque c’est une promesse de François Hollande. »

Les indemnisations en chiffres

En tout le CIVEN a examiné 1043 demandes d’indemnisations dont moins d’une centaine formulées par des polynésiens. Le CIVEN a accordé 20 indemnisations dont 7 pour des Polynésiens. Les autres dossiers ayant été rejetés car les risques engendrés par les essais nucléaires étaient considérés comme «négligeables» .

Chaque année, la France prévoit dans son budget 10 millions d’euros pour l’indemnisation des victimes des essais, mais elle ne débourse que 270 000 euros par an, en moyenne, depuis 2010, soit 2,7% des crédits alloués.

Un article de TNTTV.pf: Rédaction web (interview Thierry Teamo et Mike Leyral)
L’article original : http://www.tntv.pf/Barillot-veut-une-loi-Morin-calquee-sur-le-systeme-americain_a12657.html


Voyez les témoignages rassemblés par l’assemblée de Polynésie française:
http://www.assemblee.pf/_documents/actualites_documents/livret_temoins_bombe.pdf

Le 06 juillet 2016

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Juil 02

46 essais nucléaires atmosphériques en Polynésie. Quelles conséquences sur la santé des populations exposées ?

Cinquante ans après le premier essai nucléaire, quel impact pour les
populations exposées aux retombées radioactives ?

UN COMMUNIQUE de la CRIIRAD

Valence, le 1er Juillet 2016

46 essais nucléaires atmosphériques

Il y a 50 ans, le 2 juillet 1966, la France réalisait une première explosion nucléaire sur l’atoll de Moruroa en Polynésie. Entre 1966 et 1974, la France a réalisé 46 essais nucléaires atmosphériques 1 à Moruroa et Fangataufa. Certains de ces essais ont entrainé des retombées radioactives très importantes sur des îles et atolls habités, à plusieurs centaines de kilomètres des lieux des tirs.

La contamination résiduelle à 500 km de Moruroa

Les bandes de croissance des coraux 2 prélevés par la CRIIRAD dans le lagon de l’île de Mangareva (archipel des Gambier), située à environ 500 km à l’est sud-est de Moruroa, conservent la mémoire des retombées de carbone 14, strontium 90, uranium 236 (isotope artificiel de l’uranium) et plutonium. On détecte toujours ces éléments plusieurs décennies après les retombées, du fait de leur longue période physique.
Heureusement, cinquante ans après les premières retombées, les éléments radioactifs à courte période ont totalement disparu, c’est le cas par exemple de l’iode 131 de période 8 jours. La contamination résiduelle ne conduit plus aujourd’hui à une exposition notable des habitants de l’île. Mais, à l’époque des retombées, la contamination de l’air, puis celle des sols et de la chaîne alimentaire ont entraîné une exposition de la population nettement supérieure aux normes sanitaires.

Une population fortement exposée à l’époque

Des comparaisons effectuées par la CRIIRAD 3 avec les rares données militaires officielles sur les retombées de 1966 à 1974 font apparaître une irradiation importante liée au passage de masses d’air contaminées suite à certains des essais atmosphériques. Le 2 juillet 1966, le niveau de radiation aux Gambier était plus de 1 000 fois supérieur à celui relevé, en France métropolitaine, après le passage du nuage de Tchernobyl.
Les photographies reproduites en annexe montrent que, sur l’île de Mangareva, les militaires étaient protégés des retombées radioactives par un blockhaus en béton armé avec des murs de 60 centimètres d’épaisseur, tandis que les populations n’ont pu s’abriter, et seulement après 1967, que dans un simple « hangar ».

Le dépôt au sol des radionucléides contenus dans l’air a entraîné, à l’époque des essais, une contamination très importante des eaux, des sols et des denrées alimentaires. La radioactivité des eaux de pluie a dépassé par exemple aux Gambier, le 26 septembre 1966, 850 millions de fois le niveau de radioactivité naturel.
Les évaluations de doses conduites par la CRIIRAD en 2006, à partir des rares documents classés rendus publics à l’époque par la revue Damoclès, montent que certaines retombées ont pu conduire à une irradiation externe et interne des populations conduisant à des risques sanitaires non négligeables et dans certains cas inacceptables, au sens des normes de radioprotection internationales (plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliSieverts par an).

Ces évaluations montrent que les bilans officiels publiés par la DIRCEN 4 en 1998 (quelques milliSieverts par an au maximum) sous-estiment fortement l’impact radiologique des retombées sur la population. Les évaluations de doses officielles ne prennent pas en compte toutes les retombées, ne tiennent pas compte de la radiosensibilité très élevée des enfants, négligent certains radionucléides comme les isotopes du plutonium, le tritium et le carbone 14 – pourtant présents dans les retombées comme l’ont montré les résultats de la campagne de mesure réalisée en 2005 par la CRIIRAD à Tureia et Mangareva. Ces évaluations officielles ne tiennent pas compte, par ailleurs, des modes de vie réels des populations (ingestion directe des eaux de pluie par exemple).

Cinquante ans après, trop de questions restent sans réponse

L’évaluation de l’impact des essais atmosphériques de 1966 à 1974 sur la santé des populations et des travailleurs exposés nécessitera :

  • 1 / la communication de toutes les archives des militaires et du CEA (notamment du SMSR et du SMCB). Ceci afin de se prononcer sur le niveau de protection des populations et de réaliser des évaluations dosimétriques les plus précises possibles.
  • 2 / la réalisation d’études épidémiologiques indépendantes portant sur les pathologies cancéreuses, mais aussi sur l’ensemble des pathologies non cancéreuses susceptibles d’apparaître chez les personnes exposées et leur descendance.
    Une partie des effets sanitaires induits sur les populations exposées à l’époque, ou sur leurs descendants, a déjà pu se manifester, d’autres pathologies sont à venir. L’évolution des connaissances sur les effets sanitaires des faibles doses de radiation, en particulier lors de contaminations internes (inhalation et ingestion), montre que les cancers ne sont pas les seules pathologies à craindre, il faut y ajouter des conséquences négatives sur le système immunitaire, le système cardio-vasculaire, le système nerveux ou le système digestif, ainsi que les instabilités du génome, etc….
  • 3 / le lancement d’études biologiques spécifiques sur les personnes exposées (enregistrement des anomalies chromosomiques, dosimétrie biologique, etc..).

Sur tous ces aspects, il est indispensable que soit mis en œuvre un comité de pilotage regroupant des spécialistes de l’ensemble des disciplines concernées ainsi que des représentants des populations, anciens travailleurs et élus. Les populations exposées ont le droit de savoir et d’être indemnisées en conséquence.

Rédaction : Bruno CHAREYRON, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD


1.Dont 5 tirs de sécurité
2.Rapport CRIIRAD N°13-24 : Expertise radiologique sur les coraux du lagon des Gambier (Polynésie Française) / Mai 2013. Etude
réalisée par le laboratoire de la CRIIRAD à la demande de la Délégation pour le suivi des Conséquences des Essais Nucléaires
(DSCEN).
3. http://www.criirad.org/actualites/dossiers2006/polynesie/sompolynesie.html
4. Direction des centres d’expérimentations nucléaires


carte de polynésie
Localisation des atolls de Moruroa, Fangataufa (sites des essais nucléaires) et de Mangareva (Gambier).


prélèvement d'une coupe sur une "patate"
Photographies de la mission CRIIRAD de 2012 à Mangareva (Gambier) / échantillonnage de coraux


le hangar pour la population
Photographies de la mission CRIIRAD de 2005 à Mangareva (Gambier).
Hangar servant d’abri pour la population lors des retombées radioactives à Rikitea (Mangareva) construit après 1967
(photographie remise par monsieur Daniel Teakarotu)


mesures sur les écoulements des eaux de pluie
Contrôles radiamétriques le long de l’ancien caniveau de récupération des eaux du toit du hangar destiné à protéger la population à Rikitea (Mangareva). CRIIRAD (octobre 2005)


le blockhaus pour les officiels
Contrôles radiamétriques au voisinage de l’ancien blockhaus destiné à protéger les militaires des retombées radioactives à Mangareva. L’épaisseur des murs est de 60 centimètres (CRIIRAD, octobre 2005)


D’autres photos et les dossiers concernant les essais en Polynésie sont visibles sur le site de la CRIIRAD: http://www.criirad.org/actualites/dossiers2006/polynesie/sompolynesie.html

La CRIIRAD – Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – est née en mai 1986, au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, à l’initiative d’un groupe de citoyens révoltés par les mensonges officiels et qui souhaitaient connaître la vérité sur la contamination réelle du territoire français. La CRIIRAD est une association… Elle possède son propre laboratoire d’analyses.
Indépendante de l’Etat, des exploitants du nucléaire et de tout parti politique, la CRIIRAD existe grâce au soutien moral et financier de quelques milliers d’adhérents.
Elle mène ses propres investigations, informe le public et les médias. Si nécessaire, elle interpelle les responsables et les pouvoirs publics, engage des actions en justice et contribue ainsi à faire évoluer la règlementation en vigueur.
http://www.criirad.org
29 cours Manuel de Falla / 26000 Valence / France

Le communiqué ci-dessus et les photos ont été reproduits avec l’aimable autorisation de la CRIIRAD

Le 02 juillet 2016

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Juin 24

Les maladies radio-induites « négligeables », un nouveau paradigme

Dr. ABRAHAM BEHAR
Président de l’AMFPGN
Ex président de l’IPPNW

Jusqu’en 2006, la bataille a fait rage dans la communauté scientifique pour faire admettre la notion de “faibles doses“. Celle-ci fut soit rejetée par les partisans d’un seuil d’efficacité biologique, soit reliée aux effets des rayonnements ionisants en dessous de 500 mSv, ce qui retirait toute singularité puisque les effets tangibles sur la santé étaient identiques avec celles des fortes doses, la gravité en moins.

Dans un premier temps le seuil est redescendu à 100 mSv. Même si la majorité des experts avaient accepté une limite “admissible“ en radioprotection (soit 1 mSv pour la population) les nucléaristes restaient fermes sur ce qui leur paraissaient une évidence : pas de maladies radio induites en dessous du seuil  fatidique de 100 mSv.

La contestation de ce dogme, menée par des radiobiologistes (comme votre serviteur) et par une partie de la société civile a eu pendant longtemps uniquement des arguments épidémiologiques confirmant des effets délétères des rayonnements ionisants bien en dessous des 100 mSv, jusqu’à 10 mSv dans certains cas. Si très tôt on a compris que la genèse des cancers était multifactorielle, cette caractéristique a surtout servi à masquer la part de la radioactivité dans ce processus.

La bascule, du moins dans les esprits, s’est faite avec le rapport de l’UNSCEAR (agence de l’ONU pour la radioprotection) de 2006 (1) confirmé par celui de 2012 sur “ les mécanismes biologiques des effets des radiations aux faibles doses“ (2).

    Ce rapport allait confirmer :

  • La reconnaissance officielle d’une différence majeure entre fortes et faibles doses, avec un lien sur les effets non ciblés.
  • L’existence d’une nouvelle radiobiologie radicalement différente de l’ancienne
  • L’acceptation (prudente) d’un début de modèle biologique pour expliquer les lésions non ciblées. (3)
  • La reconnaissance d’un support biologique aux groupes humains à risque : l’épi génétique, c’est à dire l’ensemble des événements environnementaux susceptibles de modifier le génome.

Cela n’a pas suffit pour faire changer d’avis les tenants de la limite à 100 mSv, mais une brèche s’est ouverte au sein du groupe des experts en radioprotection : Un certain nombre ont accepté l’idée de la réalité du modèle linéaire sans seuil, non plus comme précaution administrative, mais comme une réalité.
Cela rétablissait la cohérence avec les dernières études épidémiologiques (4) avec des valeurs de doses cumulées très inférieures au 100 mSv.
Par exemple, l’étude portant sur les travailleurs de 3 pays (USA, GB et France) appelée INWORKS. On a étudié une population de 8,22 millions de “sujet/année“ correspondant à 308 297 travailleurs. La dose cumulée moyenne est de 16 mGy, avec une dose moyenne annuelle de 1,1 mGy. Même si on traduit un milli Gray (mGy) par un milli Sievert (mSv) on est loin des 100 mSv exigés pour avoir un effet !

Nous avons déjà expliqué ce que signifie «l’excès de risque relatif» ERR (5), rappelons qu’il est très significatif au delà de 1.

    On a,
  • pour les leucémies myéloïdes chroniques recensées un ERR de 10,45
  • pour les leucémies aigues lymphoblastiques : ERR= 5,80
  • Pour la maladie de Hodgkin, ERR= 2,54
  • et pour les lymphomes non Hodgkinien ERR=0,47
  • tout cela avec un dose cumulée moyenne de 16 mGy.

Alors, dans le milieu spécialisé s’est posée très vite la question : comment construire une nouvelle digue contre la reconnaissance des effets biologiques non ciblés, singulièrement aux faibles doses ? Il y avait urgence compte tenue des retombées financières.

LA NOUVELLE FRONTIÈRE POUR LES FAIBLES DOSES : LES MALADIES RADIO INDUITES “NEGLIGEABLES“
Négligeable, du verbe négliger vient du latin negligere c’est à dire stricto sensu : ne pas en tenir compte. Donc le qualificatif négligeable s’applique à tout ce qui est susceptible de n’être pas pris en compte.
On utilise depuis longtemps en statistique cette notion quand une mesure oscille autour d’une valeur centrale et qu’il faut déterminer un “intervalle de confiance“ :

courbe de Gauss

Si on choisit un intervalle de confiance de 99% de part et d’autre de la moyenne, cela ne veut pas dire que les valeurs mesurées au delà de 1% n’existent pas, mais on accepte de ne pas en tenir compte, c’est la loi de GAUSS dite normale. Exemple, si un objet pesant une tonne en moyenne sur une balance, est il raisonnable de tenir compte des variations de l’ordre du gramme, même du kilo,  en plus ou en moins?

    Pour les faibles doses, le glissement va se faire en plusieurs étapes :

  • 1- Contrairement aux principes fondamentaux de la statistique, on va mesurer la probabilité de “causalité“ non pas pour une population, mais pour un individu précis : alors que devant une réalité d’un effet (ici un cancer) c’est la loi du tout ou rien qui s’applique.
  • 2- Pour ce faire on va utiliser un logiciel américain (abandonné aux USA pour les vétérans) le NIOSH IREP (6) qui mixte des données multiples mais en fait qui embrouille une seule donnée décisive, la dose évaluée pour cet individu, avec une seule hypothèse : la probabilité de causalité. Si celle-ci est inférieure à 1% du calcul global fait à partir d’une population de référence (l’étude LLS sur la mortalité dans une cohorte de survivants d’Hiroshima et Nagasaki), on ne dit pas explicitement que le patient n’est pas atteint d’une maladie radio induite, mais qu’il se situe en dessous du seuil de 1%. Donc la prise en compte de sa pathologie comme étant radio induite n’est pas possible, donc le lien entre son exposition (bien réelle) et sa maladie pourtant inscrite dans un tableau, n’existe pas, ou plus exactement “qu’il est négligeable“ !
  • 3- Par extension, et en conformité avec le modèle linéaire sans seuil qui cesse d’être une précaution et devient un reflet de la réalité, on ne nie plus la survenue des maladies radio induites aux faibles doses, (y compris en dessous de 50 mSv de dose engagée cumulative), mais on les déclare négligeables.

QUE PEUT ON FAIRE DEVANT CE NOUVEAU FRONT DU REFUS ?

1Retourner au socle initial de l’épidémiologie d’une population en montrant l’ineptie de cette règle de 1% qui est ici appliquée uniquement sur les valeurs basses de la relation dose/effet.
Si, dans la probabilité de survenue d’une pathologie dans la population française on appliquait cette règle de 1% cela donnerait le résultat suivant : pour 65 millions d’habitants, la survenue certaine de 650 000 cas par an, est-ce acceptable? quand on voit la mobilisation générale (le téléthon) pour des maladies dont la probabilité de survenue est inférieure à un millionième soit 65 cas par an, cette morbidité a-t-on le droit de la proclamer « négligeable » ?

2 Démonter la supercherie des logiciels.
Pour NIOSH IREP utilisé pour exclure 97% des vétérans des essais nucléaires du droit à l’indemnisation, il nous revient de revenir sans cesse aux défauts de ce système en parti reconnus par les concepteurs de celui-ci :

  • a- Il s’appuie sur la mortalité des survivants japonais exposés en 1945 (à Hiroshima et Nagasaki) pour l’appliquer à la MORBIDITÉ y compris pour des travailleurs d’une population différente exposés pendant leur durée du travail. Or, aujourd’hui un cancer sur deux est guéri, avec une grande inhomogénéité alors que le logiciel tend à les évaluer en moyenne et en confondant en plus mortalité et morbidité.
  • b- Les manipulations des doses proposées par le logiciel reposent quasi uniquement sur une évaluation plus ou moins fantaisiste de la dose effectivement reçue mais non mesurée dans la plupart des cas. Le flou artistique à l’entrée dans NIOSH IREP se retrouve inéluctablement à la sortie.
  • c- Même si la version corrigée actuelle de ce logiciel tient compte des objections de la communauté scientifique et est donc plus réaliste, tout se passe comme si rien n’existe en dessous de 50 mSv (sauf pour les leucémies) ce qui est en contradiction avec les données épidémiologiques.
  • d- L’évaluation des doses liées à la contamination interne est encore plus discutable, l’interprétation par le logiciel aggrave encore cette sous estimation.
  • e- La nature du dépôt d’énergie dans les organes humains est mal prise en compte en particulier pour les neutrons, et pourtant pour les explosions atomiques et encore plus, pour les travailleurs exposés, ce n’est pas négligeable (environ 10% dans la cohorte des travailleurs du nucléaire).

3 SURTOUT PROMOUVOIR LE MODÈLE DIT DU “SYSTÈME BIOLOGIQUE“ (3) certes plus complexe mais qui intègre convenablement le caractère spécifique des faibles doses dans le cadre général du détriment des rayons ionisants sur la santé. Il y a en effet un monde entre nos anciennes conceptions en radiobiologie schématisée ici avec une mutation première de l’ADN des cellules irradiées puis une deuxième mutation secondaire pour aboutir de façon aléatoire au cancer (le terme utilisé étant un effet “stochastique“ opposé à l’effet “ déterministe“ strictement lié à la dose). Dans le nouveau modèle biologique, il y a bien une mutation première éventuellement tardive, mais c’est un deuxième événement qui est décisif.

Schéma Genèse des cancers

QUELLES SONT NOS TÂCHES POUR NOUS AMFPGN ?

Avec l’IPPNW, et en tant que praticiens de la santé, nous avons comme matière principale les conséquences humanitaires de la menace nucléaire et donc en priorité les conséquences sur la santé publique. Se battre dans toutes les instances scientifiques pour faire admettre la pertinence du système biologique, cohérente avec notre expérience médicale, reste crucial. Nous l’avons fait dans le passé pour la reconnaissance des effets sur la santé publique des faibles doses, nous devons le faire contre ce nouveau révisionnisme avec cette conception de ce qui est “négligeable“.
Mais pour nous en France il y a une urgence spécifique, celle des vétérans des essais nucléaires régulièrement grugés par cette mécanique du 1%, dénoncée partout, y compris dans la commission des droits de l’Homme de l’ONU ( voir l’éditorial de Françoise Ducloux dans le dernier numéro de MGN). Il s’agit d’une bataille politique au bon sens du terme qu’il faut mener avec les parlementaires favorables à la loi sur l’indemnisation et avec les ministres, comme celle de la santé, qui ont soutenu le bon droit des vétérans porté en particulier par l’AVEN.
L’AMFPGN ne se dérobera pas à cette exigence majeure.

Dr. ABRAHAM BEHAR

BIBLIOGRAPHIE
1- IRSN, Synthèse des rapports de l’UNSCEAR, Ed doc référence, septembre 2006
2- UNSCEAR (United nations committee on the effects of atomic radiation), Biological mechanisms of radiation actions at low doses, 2012
3- A.BEHAR, la radiobiologie a changé de base, CR. AC.ROY MED Belgique, 163, N°3-4,133/143p, 2008
4- KIERVI LEURAUD, DS RICHARDSON, E CARDIS et al, Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation monitored workers (INWORKS), THE LANCET HEM.2, 276/281p, juillet 2015
5- A.BEHAR quelles pratiques en zone contaminée (glossaire) MGN, 30,N°1, 13/15p, 2015
6- A.BEHAR, la loi d’indemnisation, miroir aux alouettes pour les vétérans des essais nucléaires, MGN, 26, N°4, 4/8p, 2011


Notes

J’ai reproduit ci-dessus le texte original intégral, avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Le texte origine se trouve sur le site de l’ AMFPGN: Association des Médecins Français pour la prévention de la Guerre Nucléaire.- http://amfpgn.org/

L’AMFPGN est la branche française de l’ IPPNW International.
l’IPPNW a publié avec l’association américaine PSR un rapport sur la situation sanitaire à Fukushima 5 ans après la triple fusion nucléaire.
Vous pouvez trouver la version française:
ICI: http://www.vivre-apres-fukushima.fr/gm-documents/Ippnw-fukushima-report-FRa.pdf
et LÀ: http://tinyurl.com/zzmazqj

Qu’est l’IPPNW ?

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son «important et compétent travail d’information», qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW: http://ippnw.org/

Le site de la section française:
Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
http://amfpgn.org/site/category/qui-sommes-nous/amfpgn-presentation/

Le PSR: « Physicians for Social Responsability » est une association américaine de médecins qui milite pour que cessent toutes sortes de pollutions : le nucléaire, les gaz de schiste etc…
Le site du PSR: http://www.psr.org/

L’AVEN, Association des Vétérans des Essais Nucléaires Français et leurs familles
a pour but de soutenir la cause de tous les Vétérans et, particulièrement, ceux porteurs de maladies radio-induites, en intervenant auprès des autorités administratives et judiciaires pour obtenir :

  • 1 – Le recensement des personnels civils et militaires qui ont travaillé aux Centres d’Expérimentation du Sahara et du Pacifique;
  • 2 – L’accès aux dossiers médicaux militaires des personnels des essais ;
  • 3 – La présomption d’origine des maladies radio-induites ;
  • 4 – Une Commission du suivi des essais nucléaires ;
  • 5 – Un fonds d’indemnisation des victimes civiles et militaires des essais nucléaires
  • 6 – Un droit à pension pour les personnels civils et militaires et leurs ayants droit
  • 7 – La reconnaissance de la nation

Le 24 juin 2016

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Juin 10

Catastrophes nucléaires et « normalisation » des zones contaminées

Enjeux politiques, économiques, sanitaires, démocratiques et éthiques

Le lobby nucléaire commence à affirmer ouvertement que l’évacuation des populations concernées par un accident nucléaire majeur coûte trop cher, est source de tas d’embêtements, d’accidents, de désespoir des familles, de ruine de l’économie locale.
Pour quelques cancers supplémentaires il ne vaudrait pas la peine d’imposer cela aux populations.

Sezin Topçu analyse cette question dans un article paru sur le site de la «Fondation pour l’Ecologie Politique».

Sezin TOPÇU est Docteure en sociologie des sciences et des techniques, elle est chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et enseigne à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Elle est l’auteure de «La France nucléaire. L’art de gouverner une technologie contestée» (Le Seuil, 2013) et a ­codirigé l’ouvrage «Une autre histoire des Trente Glorieuses. Modernisation,contestations et pollutions dans la France d’après-guerre» (avec Christophe Bonneuil et Céline Pessis, La Découverte 2013).


Voici l’introduction de son analyse:

La minimisation des impacts catastrophiques d’un accident nucléaire est en passe de devenir un grand classique de notre temps, et ce non seulement dans les pays où la présence d’installations nucléaires est importante, comme la France, ou dans les pays ayant déjà subi un accident, comme le Japon ou la Biélorussie, mais également dans les pays qui en sont dépourvus. Cette minimisation, qui semble s’imposer avec force, relève de la capacité de « résilience » des nucléaristes, c’est-à-dire des industriels, des Etats nucléaires, ainsi que de certaines instances de régulation, nationales comme internationales.

Comment les nucléaristes ont-ils réussi à banaliser le mal radioactif à ce point ? Par quels moyens, stratégies et mots d’ordres les instances gouvernantes sont parvenues à formuler le problème en termes de modalités d’évacuation, voire de sa légitimité, alors qu’on devrait plutôt discuter collectivement de la légitimité à continuer à faire usage d’installations qui ont un potentiel de transformation et de destruction inégalé sur les territoires, les ressources naturelles, les espèces vivantes, et les corps humains?
En partant de ces questions, la présente note souhaite contribuer à l’avènement d’un débat politique et citoyen, qui n’a que trop tardé, autour de la problématique des territoires contaminés en cas d’accident nucléaire.

Three Mile Island ? Les responsables nucléaires français n’y virent dans l’immédiat qu’un « incident » ou un « pépin ». Tchernobyl ? En 1996 encore, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne comptabilisait que 32 morts. Fukushima ? La catastrophe a paradoxalement accéléré l’offensive de l’industrie nucléaire japonaise en matière d’exportations. Nul autre secteur ne provoque, en cas d’accident, de controverses aussi vives et permanentes (avec des expertises, preuves/non-preuves, observations, et évaluations aussi contrastées et antinomiques), sur les impacts sanitaires dont souffrent les ­populations victimes.

Au delà des conséquences très graves sur la santé des populations, dont la démonstration ou la reconnaissance sont rendues difficiles en raison du temps de latence que nécessitent les maladies radio-induites pour se manifester, mais aussi du secret ou de la fabrique active d’ignorance qui souvent les entourent, un accident nucléaire signifie également le sacrifice de territoires tout entiers.
L’enjeu pour les nucléaristes, depuis les années 1990 du moins, consiste en effet à minimiser ce sacrifice aux yeux de l’opinion publique. A faire en sorte que le renoncement aux terres n’ait pas lieu, ou n’ait lieu que de façon seulement provisoire. A instrumentaliser, pour cela, la souffrance, certes bien réelle mais aucunement singulière, des évacués pour faire croire que ceux qui restent sur leurs terres, quand bien même elles n’offriraient plus de conditions de vie suffisamment saines, ne souffriraient de rien. A prétendre qu’on peut très bien « apprendre à vivre » avec la radioactivité ambiante.

La première partie de cette note retrace la genèse des débats d’experts, des arrangements juridiques et des outils managériaux relatifs à la gestion des territoires contaminés. Il s’agit ici de rappeler le fait que le caractère ingérable des dégâts provoqués par un accident nucléaire majeur a été reconnu par les experts du nucléaire dès les années 1950, ce qui a historiquement conditionné la doctrine, aujourd’hui dominante, selon laquelle les mesures post-accidentelles (dont l’abandon des zones contaminées) seront nécessairement limitées, voire devraient être optimisées.

La deuxième partie de la note se penche sur la manière dont les territoires contaminés ont été effectivement pris en charge dans l’après-Tchernobyl et l’après-Fukushima. Les critères socio-économiques et géo-politiques qui influent sur la manière de concevoir l’avenir des zones évacuées, leurs statuts, et leur impossible «retour à la normale» sont ici analysés.

La dernière partie de la note insiste sur l’importance des stratégies officielles visant à psychologiser les catastrophes en vue de minimiser l’abandon des terres contaminées, mais aussi de pousser au second plan la perspective d’une évaluation équitable des dégâts sanitaires engendrés en cas d’accident.

Pour lire la totalité de l’article:
Le Télécharger en pdf (400Ko)
Le consulter sur le site de la FEP

Le site de la Fondation pour l’Écologie politique: http://www.fondationecolo.org/

Note:

Nous voilà avertis: lors du prochain accident nucléaire, nous serons fermement invités à rester ou retourner vivre sur les territoires contaminés.

Le 10 Juin 2016

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Juin 05

Frankushima: un essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire en France

Géraud Boumet, illustrateur de formation scientifique,
publie en mars 2016 son livre « Franckushima »,
qui mêle BD, illustrations, cartes, témoignages, articles

S’appuyant sur deux ans de recherches et un réseau de contributeurs, « Franckushima » aborde la catastrophe de Fukushima et ses multiples facettes de façon très complète, et traite en filigrane la question du risque nucléaire en France.

Les chapitres:

Préface:
«N’oubliez pas Fukushima»

11 mars 2011:
Début d’une longue réaction en chaîne

Contamination:
Aperçu des retombées radioactives sur le territoire japonais et dans l’océan Pacifique.

evacs300

(Non) évacuation des territoires contaminés:
Comment s’est déroulée l’évacuation des populations juste après l’accident ? retour sur la gestion de crise par le biais de nombreux témoignages

Restés dans la zone interdite
Malgré l’ordre d’évacuer, des personnes ont continué à vivre dans la zone interdite/ Rencontre avec quelques unes d’entr’elles

L’impossible décontamination ou l’arnaque de la décontamination:
Depuis 2011, les opérations de décontamination se succèdent. Cette décontamination est-elle efficace ? comment est-elle vécue par les populations ?

décontamination

Retour en zones contaminées:
Apprendre à vivre avec la contamination serait-elle la seule issue proposée par les autorités ? Comment ont été gérées les réouvertures de zones ?

Qu’est-ce que la radioactivité ? Quels sont ses effets ?
Notions de base sur la radioactivité, effets des radiations sur l’organisme et risque «acceptable»

Tchernobyl: 30 ans de déni
Trente ans après cette catastrophe majeure, comparons le bilan sanitaire officiel et les principales conclusions d’études indépendantes

Tout va bien !
Conséquences sanitaires, des points de vue (très) divergents. Des médecins et des habitants livrent leurs points de vue sur les conséquences sanitaires de l’accident.

Freeter300

Initiatives citoyennes
La société civile japonaise s’est largement mobilisée depuis mars 2011 quels combats ? quels enjeux ?

Dans l’enfer de la centrale
Que se passe-t-il à la centrale depuis 5 ans ? Des travailleurs témoignent.

Demain, un accident chez nous ?
En France le risque nucléaire est désormais admis. Que prévoient les plans d’urgence ? Sommes-nous prêts à faire face ?


256 pages couleur, format 21 x 27,6 cm ISBN : 978-2-9555634-0-3
http://franckushima.com/
–Se procurer l’ouvrage chez l’auteur:
Envoyez un chèque à l’ordre de Lutopiquant édition, en mentionnant vos coordonnées :
Lutopiquant édition 17 route de Revel 38420 Domène
– 20€ : à retirer sur Grenoble (à l’atelier ou lors d’événements à venir)

– 26€: livré en France (20€ pour le livre + 6€ de frais de port)
– 28€ : livré à l’étranger (20€ pour le livre + 8€ de frais de port)

–Commander sur le site de « sortir du nucléaire » : cliquer ici

silence !

Le 5 juin 2016

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Juin 02

Le rapport des médecins de l’IPPNW/PSR sur Fukushima-5 ans disponible en français

C’est une synthèse des conséquences à 5 ans de l’accident de Fukushima dont vous avez déjà pu lire des extraits sur « vivre-apres-fukushima » ces dernières semaines.

Vous pouvez maintenant télécharger la version française complète ici ou ICI

la page 1

Les chapitres:

  • 1. Le début de la catastrophe nucléaire
  • 2. Emissions et contamination radioactives
    • 2. 1. Rejets dans l’atmosphère
    • 2. 2. Rejets dans l’océan Pacifique
    • 2. 3. Contamination radioactive des denrées alimentaires
  • 3. Conséquences de la catastrophe nucléaire sur la santé humaine
    • 3. 1. Effets sur la santé des personnes exposées professionnellement
    • 3. 2. Effets sur la santé du public
  • 4. Les tests thyroïdiens dans la préfecture de Fukushima
    • 4. 1. Dépistage préliminaire de base
    • 4. 2. Dépistage à grande échelle
    • 4. 3. Les dépistages thyroïdiens, synthèse
  • 5. Conséquences de la catastrophe nucléaire sur le biote non humain
  • 6. Perspectives
  • 7. Recommandations de l’IPPNW et de PSR

Qu’est l’IPPNW ?

L’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (en anglais : International Physicians for the Prevention of Nuclear War, IPPNW), est une organisation internationale pacifiste de médecins qui s’engagent pour le désarmement nucléaire. Créée en 1980, l’organisation obtient le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 1984 et le prix Nobel de la Paix en 1985 pour son « important et compétent travail d’information », qui améliora la conscience mondiale sur les conséquences d’une guerre nucléaire et syndrome d’irradiation aiguë.
L’organisation regroupe près de 150 000 membres dans plus de 50 pays.
Le site de l’IPPNW: http://www.ippnw.eu/fr/accueil.html

Le site de la section française:
Association des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
http://amfpgn.org/site/category/qui-sommes-nous/amfpgn-presentation/

Le PSR: « Physicians for Social Responsability » est une association américaine de médecins qui milite pour que cessent toutes sortes de pollutions : le nucléaire, les gaz de schiste etc…
Le site du PSR: http://www.psr.org/

Le 2 juin 2016

Mai 30

La comédie Atomique

L’histoire occultée des dangers des radiations.

Comment expliquer le déni systématique des dangers du nucléaire par les « experts », les politiques ?

la couverture du livreYves Lenoir, dans son livre, nous retrace l’aventure du nucléaire depuis ses débuts; la prise de conscience de ses dangers d’abord pour les manipulateurs, puis plus tardivement pour les populations.
Il nous montre la construction progressive d’un systèmes de normes de protection qui minore systématiquement les risques et les dégâts des activités nucléaires, militaires et civiles.
Il nous montre comment la « vérité officielle » a été construite à Tchernobyl et comment les mêmes procédés sont utilisés à Fukushima.

Yves Lenoir est ingénieur de formation, Il a participé à un groupe interministériel sur les déchets radioactifs en 1974-75.
Il est président de l’association «Enfants de Tchernobyl Belarus» créé en 2001 pour financer un organisme indépendant de protection radiologique au Belarus: L’institut Belrad basé à Minsk.
Editions La Découverte – 22 € – disponible en librairie.

Vous pouvez commander ce livre auprès d’Enfants de Tchernobyl Belarus(26€ dont port 4€) par :
1. chèque à l’ordre d’ETB, 3 Avenue Pierre Poivre, 49240 Avrillé.
2. ou à http://enfants-tchernobyl-belarus.org
Les bénéfices seront reversés à BELRAD

le 29 mai 2016

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Mai 23

TRITIUM: impact sur l’environnement et la santé

Les problèmes causés par cet isotope radioactif de l’Hydrogène
Dr Ian Fairlie.

Voici la traduction du podcast de Fairewinds sur ce sujet, daté du 18 avril 2016
Vous trouverez l’original ici


Maggie Gundersen : Bonjour. Mon nom est Maggie Gundersen et j’ai le plaisir de vous présenter le podcast de Fairewinds Energy Education que l’équipe de Fairewinds a organisé.
Vous avez sans doute entendu parler du tritium, cet isotope radioactif de l’hydrogène et sous-produit de la production d’énergie nucléaire. C’est un sujet d’inquiétude majeur, car on constate des fuites sur 75% des réacteurs aux US (Indian Point près de New York, Turkey Point en Floride). Et c’est aussi un problème considérable à Fukushima Daiichi, à cause des énormes quantités d’eau utilisées pour refroidir les réacteurs.
Nous allons donc parler du tritium et de son impact sur l’environnement et la santé. Les participants à cette table ronde sont : le Dr Ian Fairlie – consultant indépendant spécialiste des questions de contamination radioactive de l’environnement. Il a un Diplôme de biologie des rayonnements (Bart Hospital à Londres), un Doctorat portant sur les risques radiologiques du retraitement combustible nucléaire (Imperial College, Londres et université de Princeton). Il a travaillé pour le ministère britannique de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales en tant que spécialiste des risques liés aux radiations émises par les réacteurs nucléaires. De 2000 à 2004, il a dirigé le secrétariat du comité britannique SIRI pour une étude portant sur l’examen des risques liés aux « émetteurs éternels » de radiations. Après avoir quitté ses fonctions, il a travaillé en tant que consultant pour le Parlement européen, pour des pouvoirs locaux et régionaux, pour des O.N.G. s’intéressant à l’environnement et dans le secteur privé.
Bienvenue, Docteur Fairlie

Ian FAIRLIE : Ravi d’être parmi vous

MG : Participent aussi à cette table ronde Arnie Gundersen – ingénieur en chef et Caroline Phillips – administrateur de programme, travaillant toutes deux chez Fairewinds.
Le tritium est subitement devenu un sujet d’intérêt majeur aux États-Unis pour différentes raisons : fuites et débordements lors du démantèlement de centrales nucléaires et découverte récente de fuites sur différents sites américains (Indian Point et Biscayne Bay en Floride). De plus, la Tepco prévoit de rejeter des millions de mètres cubes d’eau tritiée dans l’océan Pacifique.
Que pouvez-vous nous en dire ?

Ian FAIRLIE : Bien sûr. Le tritium est l’isotope radioactif de l’hydrogène, et toute fission nucléaire génère du tritium qui est rejeté dans l’air, dans le sol ou dans les cours d’eau sous forme liquide ou de vapeur. On en trouve partout aux environs d’une centrale. Le tritium est un problème majeur pour l’industrie du nucléaire, car ce n’est pas seulement un produit d’activation, mais aussi un produit de fission nucléaire. Donc on ne peut pas parler d’énergie nucléaire sans immédiatement penser à son sous-produit incontournable : le tritium.

CP : j’ai cru comprendre que le tritium a les propriétés de l’hydrogène, et peut donc se lier à l’oxygène et à l’eau (H2O). Pouvez-vous nous redire comment les choses se passent?

Ian FAIRLIE: oui, bien sûr.
La forme la plus commune du tritium est l’eau tritiée, sous forme liquide ou de vapeur. Tout le monde connaît la formule de l’eau : H2O. Dans le cas de l’eau tritiée, un des H est radioactif, voire même les 2. Or cela devrait nous inquiéter, car les 2/3 des atomes de notre corps sont des molécules d’eau. L’exposition à de l’eau radioactive est donc beaucoup plus dangereuse pour notre santé qu’on ne veut bien le penser, ce que devraient reconnaître les autorités de santé du monde entier.

CP : vous dites que notre corps est composé d’eau pour 80 % … ?

Ian FAIRLIE: …les 2/3…

CP : …2/3 de notre corps. Mais n’oublions pas que l’eau s’évapore dans l’air. Et puis il y a la condensation, le brouillard et la pluie. Le problème de l’air tritié doit bien se poser lui aussi, comme pour l’eau ?

Ian FAIRLIE : bien sûr

CP : Mais le lien entre les centrales nucléaires et l’air tritié, on en parle beaucoup moins. La presse parle beaucoup ces temps-ci de la présence d’eau tritiée dans les nappes phréatiques (Fukushima et le Pacifique, la baie de Biscayne). Et l’air tritié, alors ?

Ian FAIRLIE : Vous savez, la vapeur d’eau, on en trouve partout dans l’air, tout le temps. Bien sûr quand il pleut, il y a 100% de vapeur d’eau dans l’air. Elle est très importante, même si on ne peut ni la voir, ni l’entendre, ni la sentir.

Arnie Gundersen : c’est là qu’intervient une des plus grandes opérations de poudre aux yeux jamais organisées par le nucléaire. En effet, une centrale nucléaire décharge par ses cheminées environ 5000 gallons (presque 19 000 litres) par jour à cause de fuites ou par évaporation de la piscine. Ce sont donc 19 000 l d’eau tritiée qui s’évaporent donc dans l’air tous les jours. Sur le site de la centrale d’Indian Point on a même trouvé des flaques fortement tritiées. Le terme « rainout » est utilisé quand une fuite aérienne de tritium venant de la centrale survient en même temps que la pluie, causant des retombées de tritium sur la centrale elle-même ou sur la communauté environnante. Et ça n’intéresse personne…

Ian FAIRLIE : Exact. Pourquoi ? Parce qu’une des caractéristiques du tritium est qu’il est très difficile à mesurer. Pour cela, il faut faire un prélèvement, l’envoyer un laboratoire et utiliser des techniques de mesure par scintillation liquide, ce qui prend environ 24 heures. Il existe bien des appareils de mesure électroniques portables, mais ils sont extrêmement coûteux et je ne connais personne parmi les O.N.G. ou les défenseurs de l’environnement qui puisse les financer, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. On dispose généralement de compteurs Geiger, mais ils ne sont d’aucune utilité pour la mesure du tritium. On est assez démunis. Et les défenseurs de l’environnement ont du mal à « se coltiner » avec le problème du tritium.
Je voudrais ajouter ceci : le tritium qui est rejeté par les centrales nucléaires nous est rapidement transmis par notre environnement. Nous le respirons, nous mangeons des aliments et buvons de l’eau contaminés. Le tritium est rapidement absorbé par les pores de notre peau. Tout cela veut dire que l’être humain est facilement exposé au tritium et peut rapidement en absorber de fortes concentrations.

MG : j’essaie de comprendre. La NRC (commission de réglementation nucléaire des États-Unis) proclame urbi et orbi que le tritium n’est pas un problème, surtout dans la région de Miami et de la centrale d’Indian Point, parce qu’il se trouve dans de l’eau que personne ne boit. Mais si on regarde de plus près les données sur lesquelles leurs experts se fondent, on voit qu’ils ne prennent en compte ni l’air inhalé, ni le contact cutané, ni les processus de bio accumulation et leurs répercussions sur la chaîne bioalimentaire.

Ian FAIRLIE: c’est exact, Maggie. En Europe non plus, le tritium n’est pas considéré – à tort – comme un danger majeur par les régulateurs nucléaires. Ils ne disposent que rarement d’équipements de mesure du tritium, ce qui rend leur tâche très difficile.
Vous venez de faire allusion au tritium organiquement lié (TOL). Le problème est le suivant : en cas d’exposition au tritium, ce dernier s’accumule dans le corps humain. Suite à de nombreuses réactions métaboliques et chimiques, le corps humain absorbe l’hydrogène radioactif et le combine avec du carbone en TOL. Or ce paramètre est rarement pris en compte dans les agences nucléaires, ce qui est effrayant car le tritium lié au carbone reste beaucoup plus longtemps dans le corps humain, et le TOL est beaucoup plus dangereux que l’eau tritiée. La présence d’eau tritiée entraîne toujours celle de tritium organiquement lié.

CP : pouvez-vous nous parler plus en détail des conséquences de l’absorption de TOL sur le corps humain ? Sur les barrières placentaires, les organes internes, la formation de protéines et le DNA ?

Ian FAIRLIE: le tritium est un radionucléide, et sa demi-vie est longue, puisqu’elle est de 12 ans. Lorsqu’il se désintègre, le tritium émet une particule bêta (il y a 4 types de rayonnements : Alpha, bêta, rayons X, rayons gamma) dont l’énergie est qualifiée de faible : 5,7 keV en moyenne (l’énergie des particules beta est très variable). Certains en déduisent qu’il n’y a donc pas à s’en inquiéter, ce qui est totalement faux. La faible puissance de cette particule bêta ne l’empêche pas de représenter un danger d’irradiation lorsque le tritium est localisé près de ou à l’intérieur de l’ADN. Et je pense que plutôt que de parler de particule à faible énergie, il faudrait parler de particule à faible portée.

CP: que voulez-vous dire exactement ?

Ian FAIRLIE: je veux dire que c’est la portée de la particule bêta, la distance qu’elle parcourt, qui est faible. Mais une fois qu’elle est dans la cellule, cette particule n’a pas besoin d’aller bien loin pour être dangereuse, donc peu importe sa portée. Pour comparaison, sachez que le diamètre moyen d’une molécule d’ADN est de 0,5 microns. Et comme par hasard, cela coïncide avec la portée d’une particule bêta émise par le tritium, à savoir 0,6 microns.

CP: On peut dire que ça coïncide parfaitement…

Ian FAIRLIE : oui, malheureusement. Vous voyez donc que tous ceux qui parlent de la faiblesse d’émission du tritium ont tort et font circuler une information trompeuse. Une fois à l’intérieur du corps humain, même une particule de faible portée peut endommager l’ADN qui ne sera jamais hors d’atteinte !!!

Ian FAIRLIE : d’ailleurs, permettez-moi de corriger une autre idée reçue. Très souvent, quand on parle d’« eau radioactive », les gens pensent qu’il y a quelque chose de radioactif dans l’eau. Ils se trompent : c’est l’eau elle-même qui est radioactive. Et ce n’est pas du tout la même chose. Si de l’eau est contaminée par une impureté, comme du césium ou du strontium, on peut la filtrer. Mais dans le cas du tritium ce n’est pas possible car c’est l’eau elle-même qui est radioactive.

AG: Ian, l’industrie nucléaire prétend que « c’est juste comme de l’eau », que cette eau ne reste dans notre corps qu’une dizaine de jours, que ça ne dure pas longtemps. Tout à l’heure, vous nous avez parlé d’un long séjour du TOL dans le corps. Pouvez-vous nous aider à mieux comprendre la distinction qu’il faut faire ?

Ian FAIRLIE  : oui bien sûr. On a dit que la demi-vie biologique de l’eau tritiée dans le corps humain est d’une dizaine de jours, c’est vrai. Mais la demi-vie biologique du tritium organiquement lié – lorsque le tritium est lié au carbone – est plutôt de quelques années. En d’autres termes, une partie du tritium disparaît au bout de 40,50 ou 60 jours ; mais une autre partie du tritium reste beaucoup plus longtemps. Pour l’être humain, nous pensons que cette durée est d’environ 2 ans et demi à 3 ans, ce qui est un vrai problème. Car cela veut dire que la dose émise par du tritium organiquement lié est 5 fois plus importante que celles de l’eau tritiée, je dis bien 5 fois plus dangereuse.

AG: la dose est plus forte, elle reste plus longtemps : c’est une vraie bombe à retardement dans le corps humain…

Ian FAIRLIE : tout à fait. Et si la dose est plus forte, c’est précisément parce qu’elle reste plus longtemps.

MG: on y perd son latin… c’est tout le contraire de ce que nous dit l’industrie nucléaire. J’aimerais comprendre : vous nous avez dit que les biologistes nucléaires sont parfaitement conscients de la dangerosité du tritium pour le corps humain. Pourquoi est-ce qu’ils ne le disent pas ? Pourquoi les gouvernements ne prennent-ils pas des mesures de protection ? Que fait la commission internationale de protection radiologique ?

Ian FAIRLIE: Au cours de mes longues études sur le tritium, j’ai pu constater que de nombreuses études biologiques portant sur les rayonnements ont donné des résultats très clairs : les biologistes sont inquiets et le disent (voir une bonne vingtaine de citations dans 2 de mes précédentes études insistant sur sa dangerosité et demandant que des mesures soient prises). Mais au contraire, bon nombre de scientifiques qui travaillent pour l’industrie du nucléaire ou pour des agences comme l’UNSCAR, l’ICRP, l’AIEA ou même l’OMS ont tendance à sous-évaluer les dangers du tritium. Parmi les nombreuses études sur ce sujet, je voudrais en citer une du gouvernement britannique en 2006 ou 2007. C’est un rapport très connu dont le titre est « les risques liés au tritium » préparé par AGIR – groupe consultatif sur les rayonnements ionisants. C’est un long rapport détaillé d’une centaine de pages que vous trouverez facilement sur Google en tapant « risques tritium » et l’acronyme AGIR. Il y est dit clairement que les risques liés au tritium sont plus élevés qu’on ne le prétend aujourd’hui. Mais le problème est qu’aucune suite n’y a été donnée. Les collègues que je peux rencontrer en conférence en sont conscients : ils me sourient gentiment et opinent du chef, mais ils savent que les gouvernements ne veulent surtout pas savoir.

MG : est-ce à cause de l’utilisation du tritium dans le domaine militaire, surtout aux États-Unis et en Grande-Bretagne, à cause de l’utilisation d’uranium appauvri pour la fabrication d’armes et à cause de l’impact de tout cela à l’échelle mondiale ?

Ian FAIRLIE: oui, Maggie. Le tritium est un ingrédient capital pour la fabrication d’armes nucléaires. C’est ce qu’on appelle un « trigger », un déclencheur qui augmente leur rendement. On utilise toujours le tritium pour le complément de remplissage des armements nucléaires. Au bout de 12 ans il faut se débarrasser du tritium arrivé en fin de demi-vie et le remplacer par du tritium frais. C’est donc un ingrédient capital à connotation militaire directe. Je l’ai déjà dit, il n’y a pas de nucléaire sans tritium, que ce soit pour la production d’énergie ou d’armements, la fission ou la fusion. Et ça n’est pas sans poser de problèmes aux autorités responsables. On peut dire que le tritium est « le poil à gratter » de l’industrie nucléaire.

AG: le problème se pose de façon encore plus aiguë au Canada où nous avons des auditeurs, parce que par conception, les réacteurs CANDU utilisent le tritium comme modérateur pour ralentir la vitesse des neutrons. Ce qui donne lieu à beaucoup plus de rejets de tritium que chez nous.

Ian FAIRLIE: c’est tout à fait exact. En fait, ces réacteurs à eau lourde pressurisée (CANDU) utilisent le deutérium à la fois comme réfrigérant et comme modérateur, car c’est un modérateur très efficace. Grâce à lui, ils peuvent utiliser l’uranium naturel comme combustible. Mais le problème est que l’activation du deutérium vers le tritium se fait très facilement, le résultat étant que dans ces réacteurs à eau lourde, le modérateur et le réfrigérant sont incroyablement tritiés. Les concentrations de tritium que l’on trouve dans les émissions et les rejets d’un réacteur canadien sont plus importantes que celles réacteurs américains (réacteurs PWR ou VWR à eau bouillante) d’un facteur variant entre 10 et 100 par mégawatt généré. Un vrai problème pour les réacteurs canadiens.

CP : (23 :49) Arnie nous a parlé des réacteurs CANDU, parlez-nous des émissions en tritium des réacteurs à fusion et au thorium. On nous pose beaucoup de questions à ce propos.

Ian FAIRLIE: ces émissions sont gigantesques car les réacteurs à fusion utilisent le tritium comme combustible. En fait, l’idée est de faire fusionner le tritium et le deutérium à des températures et des pressions très élevées pour créer une bouffée d’énergie. Mais il faut avouer qu’on n’en est pas encore là : entre le développement et la mise en œuvre, il y a toujours une trentaine d’années d’écart…

CP : ce qui nous laisse une trentaine d’années devant nous…

Ian FAIRLIE: c’est exact

MG : cela rappelle de dicton du barbier qui affiche « demain on rase gratis »

Ian FAIRLIE: tout à fait. Heureusement, d’ailleurs, parce que si jamais les réacteurs à fusion fonctionnent, les niveaux quotidiens d’émission seront tellement incroyables que la population avoisinante sera noyée sous la vapeur d’eau de tritium. Pourquoi ? Parce qu’une des caractéristiques du tritium élément – l’hydrogène H3 – est que rien ne l’arrête : il est très difficile de l’isoler. Il est presque impossible de stocker de l’hydrogène dans des conteneurs standard. Lorsque vous allez à l’hôpital, par exemple, vous voyez des réservoirs d’oxygène, d’hélium ou de propane. Mais jamais de réservoirs d’hydrogène. La raison en est simple : si vous mettez de l’hydrogène dans un réservoir, il aura disparu au bout de 24 heures parce qu’il s’échappe même à travers de l’acier inoxydable. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de voitures à hydrogène : il est trop difficile à stocker. On comprend donc que lorsqu’il y a d’énormes émissions de tritium–dont la formule chimique est l’hydrogène– ce dernier va suinter à travers les canalisations, les pompes, les vannes et tout le système. Parvenir à en garder 95 % sur un an serait déjà un excellent résultat. Mais les quantités en cause sont si grandes que même si on en gardait 99 %, le niveau des fuites resterait énorme.

CP : (27 :01) voilà qui n’est pas très réjouissant. Mais parlons de la centrale d’Indian Point, qui est située à une quarantaine de kilomètres de Manhattan. Vous nous avez parlé des dangers de l’eau tritiée, de l’air tritié, du tritium organiquement lié, et aussi de la difficulté à stocker le tritium, de la façon dont il s’infiltre partout et se lie facilement : tout cela est effrayant ! Et je me dis que si le fleuve Hudson s’évapore beaucoup, s’il y a du brouillard, si les agriculteurs mettent sur le marché des aliments contaminés par le TOL … la population de New York – où j’ai de la famille et beaucoup d’amis – court un grand danger

Ian FAIRLIE: c’est exact, et c’est même pire que ça. Vous savez, on nous donne (en tous cas en Europe) des chiffres annuels de rejets pour les centrales nucléaires ; mais en réalité, 60 % de ces émissions ont lieu un jour donné, un matin ou une après-midi précis. Pourquoi ? Parce qu’il faut refaire le plein du réacteur en moyenne une fois par an, l’ouvrir, vidanger l’ancien combustible et le remplacer par du nouveau. Et c’est précisément à ce moment-là qu’intervient la presque totalité des émissions annuelles, au moment de ce que j’appelle un « pic ». C’est une information qu’on nous a cachée depuis le début du nucléaire. Il a fallu qu’une ONG, l’IPPNW (association internationale de médecins pour la prévention de la guerre nucléaire), intervienne fermement auprès du gouvernement de coalition écologiste/socialiste en Allemagne pour qu’on obtienne les premières données semi-horaires pour la centrale allemande de Gundremmingen en Bavière. Et nous avons constaté que la valeur de ces pics – dont nous prenions connaissance pour la première fois – représentait 70 % des émissions annuelles. Cette constatation a des conséquences dosimétriques énormes, puisque 70 % des rejets considérés comme annuels sont intervenus en une demi-journée, ce qui veut dire que les taux d’émission réels étaient multipliés par 20, voire selon certaines estimations par 100.

AG : en réalité, l’industrie nucléaire masque l’existence de ces pics en se cachant derrière des moyennes annuelles.

Ian FAIRLIE: exactement. Et absolument personne n’était au courant jusque tout récemment, (en 2012 je crois), lorsque le nouveau gouvernement de coalition « vert/rouge » s’est tourné vers les responsables de la centrale de Gundremmingen et vers le régulateur local (le Land étant partiellement propriétaire de la centrale) en exigeant des données semi-horaires pour la totalité de l’année. Ils essuyèrent d’abord un refus, sous prétexte que les données n’étaient pas disponibles. Il leur a fallu 6 mois pour les obtenir, et je crois même savoir qu’il a fallu menacer de faire renvoyer le régulateur pour obtenir un résultat. On ne voulait donc clairement pas les communiquer. Or les choses se passent toujours de la même façon, que ce soit à Gundremmingen ou dans toute autre centrale du même type (REP) : il faut ouvrir le réacteur, vidanger l’ancien combustible et le remplacer par du nouveau. Certains prétendent que c’est faux parce qu’on peut les réapprovisionner « en ligne », mais cette méthode n’a été utilisée que dans les années 70 et 80, au moment de la construction de ces réacteurs (REP en particulier, mais cela vaut aussi pour les réacteurs CANDU). On s’est vite rendu compte que cette méthode ne fonctionnait pas et qu’il fallait mettre le réacteur hors service, le vider de l’ancien combustible et le remplacer par du nouveau. Pour ce faire, il faut dépressuriser les réacteurs et ouvrir les vannes. Et c’est bien là ce qui doit nous inquiéter, car des gaz chauds sous haute pression giclent littéralement vers l’extérieur (on peut même en entendre le bruit dans les réacteurs à eau). Il s’agit de différentes sortes de gaz en très grande quantité, et parmi eux – et c’est le pire de tout – il y a de la vapeur d’eau, donc de la vapeur d’eau tritiée. Et aussi du gaz hydrogène H3 – qui est la forme élémentaire du tritium. Ces gaz s’échappant sous pression et à haute température vont former un panache qui va suivre le cours des vents, au gré de la météo. Si donc le vent rabat les gaz vers le fleuve Hudson vous avez raison : ils atteindront New York. Je n’essaie pas d’effrayer la population, je signale simplement le risque que de grosses quantités de tritium descendent la vallée du fleuve Hudson jusqu’à Manhattan. Et pas seulement de la vapeur d’eau tritiée, mais aussi une variété de gaz nobles, notamment du krypton 85 et du xénon 133, dont la durée de vie respective est de 8 ans pour l’un et de 5,3 jours pour l’autre. Notons d’ailleurs qu’il y a eu émission de krypton et de xénon à Three Mile Island en 1979, et donc probablement aussi émission de tritium.

AG : or l’industrie nucléaire le savait parfaitement, et s’est bien gardée de le faire savoir aux scientifiques indépendants comme vous.

Ian FAIRLIE: vous avez tout compris

Arnie Gundersen : lorsque je travaillais dans l’industrie, nous savions que les émissions étaient beaucoup plus importantes pendant les interruptions de fonctionnement. Et le règlement était fait de telle façon qu’il n’était pas nécessaire de faire des rapports horaires, mais plutôt des rapports annuels, ce qui permettait d’écréter les pics. Autre chose : Maggie et moi avons exploité 20 ans de données fournies par une centrale située à Sainte Lucie, en Floride. Les résultats affichés étaient totalement incohérents : on ne retrouvait pas les mêmes isotopes d’une année sur l’autre, et les ratios relatifs ne voulaient rien dire. Nous en avons conclu qu’ils se contentaient d’inscrire des chiffres et de les envoyer au NRC, ce dernier ne se posant aucune question sur leur signification. Donc je ne leur fais aucune confiance, même s’ils donnent des chiffres sur leurs prétendus rejets. Et vous avez raison de dire qu’au moment de la dépressurisation, tous les gaz nobles et tout le tritium en solution s’évacuent brutalement… comme un énorme rot !!! Et ça n’est pas tout, car dans la piscine du  réacteur vous avez la valeur d’un mois de combustible nucléaire et cette piscine dégage presque 20 000 litres de vapeur par jour dans l’atmosphère par la ventilation et la cheminée, un peu comme le contenu d’une cocotte qui s’évapore doucement sur le coin de la cuisinière ; et ça précisément au moment de la mise hors service du réacteur, donc au moment du pic dont vous parliez tout à l’heure. C’est donc pendant la période où on ferme la centrale pour la réapprovisionner en combustible que la piscine est la plus chaude, qu’il y a donc le plus d’évaporation et qu’il y a le plus fort dégagement de tritium.

Ian FAIRLIE: oui, vous avez raison, je n’y avais pas pensé.

MG : Ian, si nous avons voulu aborder ce sujet aujourd’hui, c’est aussi à cause d’un article du Huffington Post dont le titre est « mensonges, sales mensonges et statistiques : remettons en perspective l’hystérie relative à Indian Point ». Son auteur, Jerry Kremer, est lobbyiste et président du groupe « Empire Government Srategies ». Il prétend que l’article du New York Times qualifiant la centrale d’Indian Point de « Three mile Island » newyorkaise n’est qu’une interprétation mensongère des statistiques. Commençons, dit-il, par la prétendue exposition des new-yorkais au tritium. Il affirme que le tritium, qu’on ne trouve qu’en quantité infinitésimale dans notre environnement, n’est qu’une forme du H2 que l’on trouve dans la formule H2O (c’est-à-dire de l’eau). Il continue son baratin, qui est aussi celui de l’industrie nucléaire, en disant que les radiations sont présentes de façon naturelle dans ce nous mangeons, que si nous mangeons des pommes de terre, des bananes, des tomates ou tout aliment riche en potassium, nous ingérons aussi un isotope appelé K40 qui – exactement comme le tritium dit-il – émet de très faibles rayonnements. Mais il omet mentionner l’origine anthropique de ces émissions, et de préciser qu’il préside un groupe auquel participe Entergy, une société qui voudrait voir renouveler la licence de la centrale d’Indian Point. Personne ne va boire cette eau, dit-il, il faut remettre les choses en perspective ; cette centrale ne pose pour lui aucun problème de sécurité et il prétend pouvoir le démontrer. Tout cela bien sûr n’étant que baratin et mensonge de la part de l’industrie.

Ian FAIRLIE: oui, sur mon site Internet et sur mes blogs, j’ai souvent parlé de ce qu’écrivent les journalistes qui sont payés par l’industrie nucléaire, et j’explique que dans le meilleur des cas leurs articles sont trompeurs, voire même totalement faux. La plupart d’entre eux n’ont aucune expérience, aucune qualification, aucune formation en matière de rayonnements ou de radioactivité. Les rédacteurs en chef de ces journaux devraient avoir une attitude responsable et ne pas accepter sans broncher – comme ils le font malheureusement la plupart du temps – les articles de journalistes payés par l’industrie dont l’ignorance n’a souvent d’égal que l’arrogance, ou inversement….

MG : c’est tout à fait vrai dans le cas qui nous intéresse, celui de Jerry Kremer, sauf que c’est encore pire car ce prétendu journaliste est avocat et lobbyiste, fondateur d’un groupe d’intérêts pour l’industrie. Mais l’heure est venue de nous quitter : y a-t-il d’autres questions, ou d’autres points à souligner ?

Ian FAIRLIE: oui, une question que vous auriez pu me poser est de savoir s’il existe une liste comparative de la dangerosité des radionucléides ?

MG : eh bien je vous pose la question : cette liste existe-t-elle ?

Ian FAIRLIE: la réponse est non. Celle de l’AIEA est sommaire (4 niveaux seulement), et malheureusement fausse puisque le tritium y figure en bas de liste. Certains scientifiques allemands considèrent malgré tout que cette liste doit être établie. L’un d’entre eux – son nom est Kirker – a fait la liste de 10 caractéristiques dangereuses des radionucléides. Par exemple la solubilité, la facilité de déplacement dans l’air, le volume des rejets, la liaison avec des tissus organiques, etc., etc. Il a donc établi une liste de 10 caractéristiques et le tritium correspond à chacune d’entre elles, ce qui fait de lui un radionucléide extrêmement important selon le classement de ce chercheur. En conclusion, je dirai ceci : il faut savoir que les scientifiques indépendants sont tout à fait conscients de la dangerosité du tritium et considèrent qu’il faut s’en préoccuper bien plus que l’industrie nucléaire ne le prétend.

Maggie Gundersen : merci beaucoup. Voilà qui confirme ce que nous soupçonnions sans pouvoir l’affirmer faute de compétence. Merci d’avoir fait ce long voyage depuis le Royaume-Uni pour répondre à nos questions.

Ian FAIRLIE: je vous en prie. Tous mes vœux de succès pour l’équipe de Fairewinds.

MG : merci, on vous tient au courant.

Traduction par l’équipe de vivre-apres-fukushima.fr avec l’accord de Fairewinds.


  • Le podcast original en anglais: http://www.fairewinds.org/podcast//tritium-expos
  • Le site du Dr Ian FAIRLIE: http://www.ianfairlie.org/
  • L’étude du Dr Ian FAIRLIE sur les fuites de Tritium au Canada:
    http://www.fairewinds.org/s/tritium-hazard-report-pollu.pdf

Pour en savoir plus:

  • Le Wikipedia radiotoxicité du tritium:
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Radiotoxicit%C3%A9_du_tritium
  • Le livre blanc du tritium par l’ASN: http://livre-blanc-tritium.asn.fr/
  • La revue nature:
    http://www.nature.com/srep/2012/121210/srep00947/full/srep00947.html

Le 23 mai 2016

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
Le blog de Fukushima
le site de l’ACRO
et bien d’autres que vous trouverez aux adresses ci-dessus
et dans la colonne de droite de cette page.
Pour les anglophones: le site Fukushima is still news

Mai 18

Fukushima 5 ans – rapport des médecins de l’IPPNW et PSR (3)

Voici la traduction du chapitre 5 du rapport des médecins de l’ IPPNW et PSR
sur les conséquences à 5 ans de la catastrophe nucléaire de Fukushima

Traduction odile Girard, http://www.fukushima-is-still-news.com/
Avec l’accord des auteurs:
Dr.med. Alex Rosen, Vice-Chair, IPPNW Germany
Dr.med. Angelika Claussen, IPPNW Vice President for Europe
mars 2016

Le rapport complet en anglais est disponible ici:
http://www.psr.org/resources/fukushima-report-2016.html

D’autres chapitres de ce rapport en français ont déjà été publiés ici:
5 ans. Bilan sanitaire de la catastrophe de Fukushima. 26 mars 2016
Le dossier des médecins de IPPNW et PSR (suite) 8 avril 2016

CHAPITRE 5. Conséquences de la catastrophe nucléaire sur le biote non humain

Outre les conséquences de la catastrophe sur la santé humaine dans les zones contaminées, il faudrait également examiner de plus près les effets de l’exposition accrue aux radiations sur le biote non humain, c’est-à-dire les plantes et les animaux. Les plantes et les animaux appartiennent au même écosystème que les êtres humains et les liens d’interdépendance avec nous sont nombreux : on peut difficilement oublier que notre régime se compose presque entièrement de produits animaux et végétaux. Ceci mis à part, nous coexistons dans une symbiose complexe avec beaucoup d’espèces et sommes par conséquent affectés par tout changement intervenant dans ces systèmes complexes. De plus, nous pouvons peut-être tirer des leçons sur les conséquences de l’exposition chronique aux faibles doses de rayonnement en observant ce qui se passe chez les animaux et les plantes. Comme le renouvellement des générations est plus rapide chez beaucoup d’organismes vivants que chez l’homme, il est plus facile d’y observer et étudier les effets génétiques in vitro et in vivo. L’étude du biote non humain est donc un aspect important de l’analyse des conséquences d’une catastrophe nucléaire. Au cours des cinq dernières années, plusieurs journaux scientifiques ont traité des effets morphologiques, génétiques et physiologiques des radiations ionisantes sur le biote non humain à Fukushima. Les analyses les plus pertinentes feront l’objet du présent chapitre.

Ainsi, en 2015, le groupe de recherche de Watanabe et al. a trouvé un corrélation significative entre la dose de radiation et les anomalies morphologiques des sapins japonais (sapins Momi) dans la zone contaminée autour de la centrale dévastée. Plus les arbres étaient proches des réacteurs, plus les changements étaient prononcés, ce qui suggèrent une corrélation entre la dose et l’effet. Une progression dans le temps était également observable, car les mutations les plus sévères concernaient des arbres qui avaient commencé à pousser au printemps 2012, soit une année après le début de la catastrophe nucléaire. Le fait que les arbres vivent et poussent toute leur vie au même endroit nous fournit une excellente démonstration de l’influence des effets locaux.

Ce n’est pas le cas des animaux qui vont où ils veulent et ne conviennent donc pas pour démontrer les effets locaux. Cependant un papillon (lycaenid butterfly),une espèce autochtone qui passe toute sa vie dans un rayon extrêmement réduit a été évalué pour étudier les effets des radiations. Dans une étude de 2012, Hiyama et al. ont montré une augmentation significative des pathologies qui était directement proportionnelle à la contamination des ressources alimentaires : réduction de la taille du corps et des ailes, nombre accru de mutations morphologiques et élévation du taux de mortalité (18,5 %). Des examens de laboratoire ont confirmé l’augmentation radio-induite des mutations génétiques et des changements morphologiques chez les papillons. Les générations ultérieures de papillons ont aussi révélé des taux de mutation plus élevés que la première génération. Ceci suggère que les mutations peuvent passer de génération en génération et s’aggraver.

Des études bien conçues peuvent également être une source importante d’information sur les animaux de plus grande taille. Murase et al. ont observé une espèce de faucon qui revient dans le même nid tous les ans. Les faucons ont été étudiés avant et après la catastrophe nucléaire de Fukushima jusqu’à une distance de 100 à 120 km du site de la centrale. Murase et al ont montré que la capacité reproductrice de l’oiseau était directement proportionnelle au niveau de radiation mesuré directement sous le nid. Ces résultats indiquent que la radioactivité a un effet sur la lignée germinale de l’oiseau. La capacité des oiseaux à quitter le nid est tombée de 79 à 55 % en 2012, puis à 50 % en 2013, ce qui pourrait être lié au taux de radioactivité dans leur nourriture. De manière générale, on constate une réduction du nombre d’oiseaux, de papillons et de cigales proportionnelle à la radioactivité ambiante de la zone étudiée.

Des études sur les primates dans les zones contaminées sont encore plus pertinentes quand il s’agit de tirer des conclusions s’appliquant à l’homme. En avril 2012, des changements pathologiques dans l’hémogramme de singes sauvages des forêts de Fukushima à quelque 70 km de la centrale ont été observés. Une population de singes vivant à environ 400 km au nord de Fukushima a également fait l’objet d’analyses en tant que groupe de contrôle. Alors que la concentration de césium radioactif allait de 78 à 1 778 Bq/kg dans les muscles des singes de Fukushima, les concentrations de césium dans le groupe de contrôle étaient en-dessous du niveau décelable. Chez les singes de Fukushima, la baisse du nombre de globules rouges et de globules blancs était directement proportionnelle à la concentration de césium dans les muscles, ce qui laisse présumer une corrélation dose-effet.

Il ne serait certes pas raisonnable d’un point de vue scientifique de tirer des conclusions directes sur les conséquences des radiations ionisantes pour l’homme à partir de ces études sur les plantes et les animaux. Néanmoins, les résultats de cette recherche ne doivent pas être ignorés, en particulier pour ce qui est de la question des effets génétiques et transgénérationnels de la radioactivité. À cet égard, les modèles animaux, grâce à la rapidité de leur succession générationnelle, peuvent nous aider à remplir des lacunes dans nos connaissances et à mieux comprendre la complexité de l’interaction entre les radiations ionisantes et les tissus vivants en général, et l’ADM de la lignée germinale en particulier. Par conséquent l’étude du biote non humain à Fukushima est un domaine de recherche qui peut à l’avenir fournir encore toute une série de conclusions importantes.

Dr.med. Alex Rosen, Vice-Chair, IPPNW Germany
Dr.med. Angelika Claussen, IPPNW Vice President for Europe


Le 18 mai 2016

L’information en français sur Fukushima:
Les Veilleurs de Fukushima
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et dans la colonne de droite de cette page.
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Mai 13

TCHERNOBYL, Le nuage sans fin

30 ans après l’explosion de la centrale nucléaire, l’Association Française des Malades de la Thyroïde raconte son combat pour faire reconnaître la vérité dans une Bande dessinée.

titre de l'ouvrage

Le 26 avril 1986, à 1h 23 mn du matin, une manoeuvre humaine erronée déclenche la fusion du cœur du réacteur N°4 de la centrale ukrainienne puis une explosion qui libère une énorme quantité d’éléments radioactifs dans l’atmosphère.

Le nuage contaminé entame alors sa course dans le ciel européen au gré des vents. Des mesures de protection sont décrétées en urgence dans la plupart des pays, comme l’interdiction aux enfants de jouer à l’extérieur, la mise en garde contre l’exposition à la pluie, la destruction de milliers de tonnes de légumes frais, etc.

En France, la communication gouvernementale se veut rassurante, au point d’affirmer que le nuage radioactif va épargner l’Hexagone !

Des communiqués laconiques nient la gravité de la pollution radioactive et conseillent « de ne rien changer à nos habitudes » notamment alimentaires !!!

La Bande dessinée illustrée par Ming relate l’explosion du réacteur N°4, le travail des liquidateurs, mais surtout , le déni de tous les acteurs politiques sur la gravité de cet accident tant en URSS que dans notre pays.

En 2016, il nous faut constater:
À Fukushima, les discours et les comportements des autorités sont les mêmes:

Le déni du désastre est le même : les victimes doivent apprendre à vivre en territoire contaminé. Nous voilà prévenus ! Nous, citoyens, avons des leçons à tirer de la façon dont les responsables politiques ont fait face à leur devoir de protection des populations lors des événements de Tchernobyl puis de Fukushima.

macaron

Tchernobyl « Le nuage sans fin » Scénario AFMT, dessin Ming
Cette BD n’est pas disponible en librairie.
Vous pouvez la commander en envoyant un chèque de 22 € (15 € de BD + 7 € de port et d’emballage) à l’adresse ci-dessous
AFMT
BP 21
82700 BOURRET
(Pour les envois en nombre, voir directement avec l’association)

La présentation de l’ouvrage sur le site de l’AFMT:
http://www.asso-malades-thyroide.org/detail_asc.php?id=1

Documentation

Sur le site « http://nuagesansfin.info/ » L’AFMT a rassemblé des documents qui fournissent des références sourcées et indiscutables aux faits évoqués dans la Bande Dessinée « Tchernobyl, un nuage sans fin ».

Ces pièces ont été extraites des milliers de pages des dossiers des perquisitions menées par Madame la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy. Elles vous permettront de cerner comment les responsables politiques ont utilisé leurs pouvoirs pour la défense de l’industrie nucléaire civile et militaire, à tout prix et contre toute vérité.

Si ces informations vous parviennent si longtemps après la survenue de la catastrophe du 26 avril 1986, c’est qu’elles sont issues d’un très long processus. Il a fallu un accroissement anormal du nombre de cancers thyroïdiens, spécialement en Corse, pour que l’Association Française des Malades de la Thyroïde se constitue et tente tous les recours légaux qui étaient en son pouvoir devant toutes les juridictions possibles – 31 mars 2011 – Rejet en cour d’appel avec énoncé d’un Non Lieu – 7 sept 2011 —Rejet du pourvoi en cassation – 8 octobre 2013 – La Cour Européenne des Droits de l’Homme, juge irrecevable la plainte de Me. Fau déposée pour l’AFMT .

Le 13 mai 2013